Enrique se frotta le visage en se demandant comment il en est arrivé là. Il était allongé dans un lit baldaquin, aussi nu qu'un ver, recouvert d'une douce et tendre couverture, avec à ses côtés le propriétaire de ces lieux, Diego de la Vega. Le jeune don dormait paisiblement, avec un drap sur la partie inférieur de son corps laissant dévoiler sa poitrine.
Le commandant se redressa et s'assit sur le lit, contemplant le sommeil du bel endormi. Après leur ébat sexuel, il était clair pour Enrique que les sentiments qu'il avait envers Diego ne s'arrêtait pas à une simple rivalité, adversité ou bien une quelconque relation banale entre deux individus. C'était bien plus que cela. Il avait beau essayé de se voiler la face, il était clairement attiré par le renard. Une première pour celui qui avait longtemps laissé tomber l'amour pour se concentrer sur sa carrière militaire et sociale. Même si cela se résolvait à des échecs cuisants.
Les lèvres légèrement entrouvertes de Diego le captivèrent si bien qu'il s'y pencha pour l'embrasser. Mais une main attrapa son visage brusquement le repoussant. Enrique en fut tellement surpris qu'il tomba à la renverse au sol.
« La prochaine fois, commandante, ne faites pas ça quand je dors, je pourrais vous tuer pour cela. » Lança Diego en baillant alors que l'autre homme tentait de se remettre sur le lit.
« Je pensais que vous dormez, marmonna-t-il.
- Oui, je dormais et vous m'avez réveillé.
- Vous avez donc un sixième sens.
- Possible.
- Alors je peux vous embrasser, maintenant que vous êtes réveillé ?
- Ce sera 200 pesos.
- C'est de la prostitution.
- Et cela vous dérange ? » Demanda Diego d'un air innocent.
Enrique ouvrit la bouche devant cette réplique, puis il remarqua alors les yeux brillants de malice du jeune homme et enfin soupira, portant une main à son front.
« Cela m'étonne de vous, De la Vega.
- Appelez-moi Diego, commandante, ce n'est pas comme s'il ne s'est rien passé entre nous.
- Alors, cessez de m'appeler « commandante », fit-Enrique.
- Pourtant, vous aviez l'air d'aimer ça, tout à l'heure. »
Le soldat rougit d'embarras en captant ce dont Diego parlait. Effectivement, il avait apprécié que le jeune don prononce son titre en plein ébats, mais il n'avait pas pensé que Diego le remarquerait aussi facilement, surtout dans l'état où il se trouvait à ce moment.
« Mais si vous insistez pour que je vous appelle par votre prénom, je le ferai, sourit Diego.
- C'est aimable à vous. »
Enrique sortit du lit, saisit ses vêtements et se rhabilla rapidement. Il devait sortir avant qu'un domestique, voire Alejandro ne le voit ici.
« Vous partez déjà ? Questionna Diego.
- Contrairement à vous, je ne suis pas très aimé par certains, surtout quand ils me menacent de baisser ma solde s'ils me voient trainer avec leur fils.
- C'est de mon père dont vous parlez, j'imagine, soupira-t-il.
- Toujours agréable.
- Il a toujours été ainsi. Navré que vous ayez à subir cela.
- C'est aussi de ma faute, je n'ai pas été très correct avec lui, autrefois.
- Oh, des regrets donc ? Qu'est devenu le commandant qui voulait tuer mon père et Nacho Torres ? »
Cette fois, le ton était cassant, à la limite du sarcasme. Il n'y avait aucune plaisanterie et le visage de Diego s'était crispé.
Enrique, qui avait terminé de remettre son uniforme, grimpa de nouveau sur le lit, pour se rapprocher de Diego, qui resta immobile, fixant durement le soldat.
« Je crains, Diego, que ce commandant dont vous parlez, vous l'avez tué.
- Qui est donc en face de moi ?
- Votre fidèle serviteur et amant, Enrique. »
Un baiser se posa sur les lèvres de Diego, qui ne protesta pas et l'apprécia longuement, en fermant les yeux.
« Qui me dit que ce n'est pas un piège que vous tendez à Zorro ? Souffla-t-il entre deux baisers.
- Si c'était le cas, Señor Zorro, vous serez mort depuis longtemps.
- Voilà qui est rassurant, El Cazador. »
Diego attrapa le cou d'Enrique, le forçant à s'abaisser encore plus, collant son corps au sien. Le militaire dut se maintenir sur le matelas avec ses deux coudes, chatouillant le nez de Diego avec le sien, l'embrassant en même temps sur son visage de bellâtre.
« Relâchez-moi, Diego, ou je crains que l'on soit obligé de faire une deuxième partie.
- Avouez que cela ne vous gênerait pas, rit Diego en obéissant.
- Moi non, mais votre père si.
- Vous ne pourriez pas passer par la porte de toute manière.
- Auriez-vous des passages secrets qui expliqueraient certains mystères de Zorro ?
- Comme si j'allais vous le dire.
- Donc c'est oui.
- Sortez par le balcon. »
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Quand Bernardo rentra très tard dans la soirée dans la chambre de Diego, il fut étonné de voir que les draps et les couvertures de son maître étaient inexistants dans le lit.
Ce dernier lisait tranquillement au coin de la cheminée, l'air réfléchi et concentré sur sa lecture. Il leva uniquement la tête quand le muet lui tapa l'épaule et pointa du doigt. Diego referma le livre.
« J'ai eu…une visite, mon ami. »
La confusion se lisait sur le petit homme, ne comprenant pas le lien entre la visite et l'absence de draps. Puis Diego leva les yeux au ciel.
« Souviens-toi en Espagne » marmonna-t-il afin de lui mettre sur la voie.
Un O forma la bouche de Bernardo puis il offrit un large sourire taquin à son jeune maître, tout en miment une femme.
« Non, ce n'était pas une femme. »
Bernardo écarquilla les yeux, puis fronça les sourcils pour finir sur un hochement de tête et une interrogation sur son visage. Connaissant Diego, depuis son séjour en Espagne, Bernardo était au courant de certaines choses, notamment du nombre d'amants ou amantes qu'il avait pu avoir. Généralement, cela ne durait qu'une nuit.
« Parce que tu crois que je vais te le dire ? S'esclaffa Diego, va plutôt me chercher une couverture et un drap. »
Trois jours après
Diego se maudissait véritablement, il avait espéré jusqu'à la dernière minute, convaincre son père de ne pas l'envoyer à Los Angeles pour travailler avec le magistrat Perez, mais Alejandro n'écoutait rien, répétant bêtement ce que Perez lui avait dit. C'était bon pour son fils et cela lui permettrait de le protéger en restant non loin de la caserne. Non seulement, Diego était surveillé mais en plus, il allait devoir supporter un homme qu'il n'appréciait pas forcément. Certes, le magistrat Perez n'avait jamais rien fait de mal, mais quelque chose le rendait très mal à l'aise et il ignorait quoi. Il n'aimait pas ça, généralement, son instinct ne se trompait rarement.
Pour son premier jour, son travail consistait à corriger des rapports écrits par des villageois, concernant certains conflits ou bien sur les prochaines récoltes à venir et leurs bénéfices, afin que le magistrat puisse les lire correctement. C'était une tâche que Diego qualifiait d'ingrat, car il était certains que Perez voulait éviter de se torturer les yeux sur les fautes que pouvaient faire ces pauvres gens. Ensuite, Diego fut envoyé pour une répartition d'une petite maison entre deux vaqueros frères suite à la mort de leur père, le magistrat lui avait demandé de régler à l'amiable cette affaire.
Fort heureusement, il était accompagné de Garcia, qui n'était pas forcément le meilleur homme dans cette situation mais qui avait un don pour détendre l'atmosphère. C'est ainsi que Diego réussit tant bien que mal à mettre en accord les deux frères. L'un gardait la maison, mais il devrait payer la moitié de la somme qu'elle coutait à son autre frère.
Alors que Diego s'apprêtait à finir sa première journée en se dirigeant vers la taverne, là où il avait loué une chambre, le magistrat Perez le rejoignit avant même qu'il atteigne la porte de la Posada.
« Vous êtes donc si pressé de me quitter, Don Diego ? Lança Perez amusé.
- Disons que cette journée m'a épuisé, sourit Diego d'un air las.
- Oh, je vous comprends, vous n'avez pas encore l'habitude… »
Le jeune homme évita de montrer son irritation face à cette phrase. Bien sûr que si il avait l'habitude, du moins, Zorro avait l'habitude. Mais Diego était un indolent, un simple petit effort lui était épuisant.
Ils entrèrent tous les deux dans la taverne. Les yeux perçants du renard remarquèrent alors la présence de Monastario à une table, seul, dans un coin de la salle. Ce dernier le vit aussi et ils échangèrent tous les deux un regard.
Diego se prépara pour le rejoindre, mais une main ferme se posa sur son épaule.
« Tenez, allons à cette table, Don Diego » dit Perez en désignant une table vide à l'opposée d'Enrique.
Voyant qu'il n'avait pas le choix, il lança un regard d'excuse au soldat et s'assit alors à la table désignée, légèrement déçu.
Cela faisait trois jours qu'il n'avait pu voir seul à seul Enrique. Celui-ci craignait toujours qu'on les surprenne tous les deux avait mis une distance pendant quelques jours. Cela en soit ne gênait pas Diego, qui put réfléchir longuement à leur relation. Dire que Diego était insensible au commandant serait une erreur.
Il trouvait qu'Enrique était un bel homme, charmant à certains moments quand il ne criait pas à tout bout de champ sur le pauvre sergent Garcia. Bien avant l'arrestation d'Enrique l'année passée, Diego s'était surpris plusieurs fois à penser que Monastario serait un très bon amant et ami s'il n'avait pas un caractère mauvais à la morale douteuse. Le nombre de fois où Zorro avait dû intervenir pour empêcher les plans diaboliques de Monastario avait dissuadé Diego d'une possible relation entre eux.
C'est ainsi qu'il dut passer la soirée en compagnie de Perez, qu'il avait déjà dû supporter la journée et de verres de vin. Et lorsque la taverne commença à se désemplir, Diego nota qu'il n'arrivait plus à garder les yeux ouverts, ni bien même à saisir le moindre mot de ce qui lui disait Perez. La pièce semblait tourner autour de lui, comme s'il se trouvait sur un navire.
Il s'excusa auprès de Perez, souhaitant retrouver sa chambre et son matelas. Mais à peine, eut-il été débout qu'il tituba avant de trébucher et de se retrouver dans les bras de Perez qui l'avait attrapé à temps.
« Pardonnez-moi, marmonna-t-il en tentant de reprendre le contrôle de ses jambes.
- Je vois que vous tenez mal l'alcool, Don Diego » déclara Perez.
Malgré son esprit à moitié embrumé, Diego n'arrivait pas à comprendre comment trois verres de vin uniquement l'avait rendu dans cette état. Il avait déjà bu autrefois un peu plus que cela et jamais il n'avait été ivre. Qu'est ce qui lui est arrivé ?
« Laissez-moi vous raccompagne à votre chambre. » Dit Perez en lui mettant son bras dessus son épaule afin de l'aider à se remettre sur ses jambes et à se mobiliser, pour l'accompagner.
Le jeune don ne protesta pas et se laissa faire, ne priant que pour dormir et s'enfoncer dans ses couvertures moelleux.
Il ignorait si c'était l'effet de l'alcool ou bien parce qu'il s'était endormi inconsciemment sur le chemin, mais il se retrouva rapidement dans son lit. Soulagé d'être enfin sur son matelas, il s'apprêta à remercier Perez quand il vit dans la nuit sombre et soudainement glaciale, malgré son esprit confus, la silhouette du magistrat debout à ses côtés, le fixant avec convoitise, avec des yeux d'un prédateur sur le point de dévorer sa proie.
Un frisson le parcourut.
