Il ne pouvait plus du tout bouger.
Paralysé.
Son corps était devenu lourd. Il ne contrôlait plus rien et l'impensable allait se produire sans qu'il ne puisse se défendre et empêcher cela. Il voulut même ouvrir la bouche pour parler ou bien même crier, mais un murmure rauque presque inaudible sorti de sa gorge. La seule explication à cela était qu'il avait été drogué. Par le magistrat Perez, à son insu. Il ignorait quand, mais il regrettait amèrement de lui avoir fait autant confiance.
Le magistrat Perez alluma une petite bougie, un sourire vicieux aux lèvres. Peu à peu, la vision de Diego devint flou et il ne put qu'apercevoir une forme humaine s'approchait de lui et lui touchait le visage d'une main douce et qui se voulait apaisante. Mais Diego ne ressentait qu'une angoisse profonde et peut être pour la première fois de sa vie, la peur et l'horreur envahirent son esprit.
« Si magnifique, Don Diego, cela faisait si longtemps que j'ai attendu, murmura le magistrat en lui attrapant son menton.
Puis il l'embrassa sauvagement, attaquant violemment l'intérieur de la bouche de Diego. N'arrivant même à lui mordre sa langue, le dégout monta en lui. Il avait été si naïf, si stupide que les intentions du magistrat lui avait échappé depuis le début. Ce n'était pas Monastario auquel il aurait dû se méfier, ni bien même El Cazador. Non. Le danger était là bien avant et le renard n'avait pas vu le piège se refermer.
« Je vais être gentil avec toi, mon garçon. » Souffla Perez en lui enlevant sa cravate.
Diego tenta de dire non, de bouger un bras pour le repousser, voire pour fuir. Mais son corps ne lui répondait plus. On ouvrit sa chemise entièrement et des mains étrangères vinrent se glisser sur sa peau, parcourant chaque parcelle.
« Arrêtez…réussit-il à dire dans un murmure sourd.
Mais l'autre homme ne l'avait pas entendu et continuer son exploration, lui ôtant son pantalon suivi de ses sous-vêtements. Diego se retrouva alors complètement nu, sous le joug du magistrat. Alors qu'il se battait contre sa propre conscience, les doigts de Perez stimulèrent son sexe qui tout naturellement réagit à son contact, lui faisant lâcher malgré lui un gémissement de plaisir.
« La nuit va être douce, déclara l'homme de la loi.
La drogue dans son organisme était en train de le rendre complètement embrumé que Diego perdait peu à peu la notion de l'espace, de son environnement et du temps, ne pensant qu'à une chose : être soulagée par ce plaisir qui le prenait soudainement.
Perez, le voyant se perdre dans les méandres de la drogue et du plaisir, esquissa un sourire satisfaisant et il libéra sa dureté dans son pantalon, prêt à pénétrer le jeune homme à moitié inconscient. Avant même qu'il puisse descendre son vêtement, quelqu'un entra brusquement par la porte de derrière.
Un individu au visage masqué par un foulard et au grand manteau en cuir se présenta alors face à lui.
« Ordure, écartez-vous de lui ! S'écria-t-il d'une voix emplie de haine.
- Qui êtes-vous ? »
Le magistrat se leva subitement prêt à affronter l'individu qui avait osé le perturber dans un moment aussi plaisant.
« Je suis El Cazador ! Et vous allez regretter de lui avoir fait cela… »
El Cazador se jeta sur lui si vite, que Perez ne put réagir à temps et fut assommé, tombant lourdement à terre, manquant de se fendre le crâne au coin de la table basse. Le bandit, furieux et tremblant de colère, sortit son arme et le pointa sur le magistrat évanoui, prêt à tirer.
Mais un gémissement l'arrêta et il se tourna vers la cause de cette plainte.
« Diego » Souffla-t-il en se précipitant vers le jeune don.
Il passa sa main gantée sur sa joue et déglutit en le voyant entièrement nu, avec une érection naissante. Faisant preuve d'un respect envers la pauvre victime, il recouvra le corps d'un drap, puis tenta de le réveiller.
« Diego, est ce que vous m'entendez, c'est…Enri…El Cazador… » S'exclama-t-il pour le faire réagir.
Le jeune De la Vega eut un mouvement de tête incontrôlé avant de poser son regard à moitié endormi dans les yeux bleus du Chasseur.
« El Cazador…murmura-t-il presque inaudible, je suis…si heureux de vous voir…
- Je vous demande d'attendre un peu, dit-il tendrement, je reviens. »
Diego hocha faiblement la tête et il ferma les yeux.
.
Enrique ne perdit pas une seconde pour déplacer le magistrat dans la pièce adjacente, de l'attacher et de lui recouvrir la bouche afin qu'il ne puisse pas crier lorsqu'il se réveillera. Ensuite, il retourna dans la chambre de Diego et prit soin de fermer à clé toutes les portes dans le cas où le tavernier ou une tierce personne voudrait rentrer.
Le jeune don était toujours dans les vapes et divaguait entre sommeil et éveil. Enrique qui avait gardé son masque s'assit à ses côtés sur le lit, caressant les boucles sauvages de son amant. Lorsqu'il avait vu Diego dans cette état, sa première réaction avait été de se lever pour lui venir en aide, mais la présence du magistrat l'en avait dissuadé. Enrique perdait beaucoup en montrant une quelconque relation avec le fils d'Alejandro de la Vega. De plus, le magistrat Perez ne le portait pas dans son cœur et avait un pouvoir sur lui. Le commandant dépendait entièrement du magistrat.
Et quand Perez avait disparu dans la chambre de Diego et n'en sortait pas, le cœur du soldat avait un bond, craignant le pire. Il se rappela alors des demandes incessantes de Perez à Alejandro pour prendre Diego sous son aile, ou bien de ses nombreuses fois où il parlait avec Diego, jusqu'à que les paroles du jeune don lui revinrent en tête :
« Je n'apprécie pas forcément le magistrat Perez…pour travailler avec lui.
-Comment cela ? Je croyais que le magistrat Perez était quelqu'un de bien...
-Vous ne pouvez pas comprendre.»
Ce qui était au début étrange, car le commandant avait bien vu que tout le monde aimait le magistrat, il était juste, se faisait du souci pour les plus démunis, bref était digne d'être un soutien pour Zorro. Maintenant, Enrique comprenait ce que Diego avait ressenti.
« Je devrais le tuer, maintenant, maugréa Enrique en serrant les poings.
Il était profondément enragé. Mais ce n'était pas ce que Diego aurait voulu. Il le savait. Sa relation avec lui commençait à peine et Enrique ne souhaitait pas la détruire par son comportement impulsif et vengeur. Oh, il aurait pu le tuer sans aucun remord. Quelques mois auparavant, cela ne l'aurait pas gêné de tirer une balle dans son crâne, mais Diego était son frein, il était devenu ce qu'il lui manquait : un cœur d'émotions, de sentiments.
Diego était son cœur et il ne le briserait pas.
.
L'effet de la drogue disparaissait peu à peu, laissant place à sa lucidité. Des ombres dansaient sous ses yeux, sa vision était encore floue. Il tourna sa tête pour apercevoir un crâne à la chevelure noire, sur son bras. Il fut surpris de reconnaître la personne qui semblait endormie à ses côtés.
« Command...Enrique ? » Réussit-il à dire malgré sa gorge complètement sèche.
Sa voix réveilla l'homme qui releva la tête, dévoilant à la lueur de la bougie, ses yeux bleus intenses, unique signe distinctif que Diego put reconnaître sur Enrique, à cause du foulard qui cachait une bonne partie du visage.
« Vous êtes enfin réveillés, dit El Cazador soulagé.
-Je n'allais… pas mourir, hein, fit Diego amusé, pourquoi êtes-vous dans ma chambre ?
-Vous ne vous en souvenez pas ? » S'enquit-il sceptique.
Diego secoua négativement la tête et demanda de boire un peu d'eau. Enrique lui servit et l'aida à le boire. Son esprit était à nouveau optimal, sa bouche humidifiée, et c'est à ce moment-là qu'il remarqua sa nudité sous les draps.
« Vous…m'avez mis nu ? S'étonna-t-il en levant des yeux confus.
- Non, bien sûr que non, répondit Enrique précipitamment avant qu'il n'y ait de malentendus.
- Cela me rassure…Que s'est-il passé ? Quelle heure est-il ?
- Il doit être pas loin de 3h du matin, vous avez…le magistrat Perez vous a drogué.
- Quoi ? »
Les yeux du jeune don s'écarquillèrent sous le choc de la révélation. Il eut un haut le cœur et porta une main sur sa bouche, prit d'un dégout profond. Des visions, de brèves scènes lui apparurent alors dans son esprit perdu, où une silhouette menaçante touchait son corps, s'en emparait. Il pouvait ressentir cette main étrangère qui parcourait sa peau, qui le violait.
Pour lui, il avait eu l'impression que ce n'était qu'un cauchemar, qu'un mauvais rêve et pourtant, c'était bien réel. Ce sentiment de vulnérabilité lui broya les tripes et il n'avait envie que d'une simple chose : enlever cette souillure de sa peau.
« Diego ? »
Il sursauta à son nom et croisa alors le regard inquiet de son amant.
« Je…Vous m'avez sauvé, comprit-il.
-Je suis intervenu à temps avant qu'il ne vous…viole, il est dans la pièce d'à côté, je pense que je lui ai tellement bien frappé sur la tête qu'il ne se réveillera pas avant le matin.
-Merci. »
Zorro n'avait sauvé personne aujourd'hui. Mais El Cazador avait sauvé Zorro.
