« Parce que je vous aime, Enrique. »
Le commandant en entendant cet aveu rougit fortement. Il avait l'impression que son monde s'était arrêté. Quel étrange sentiment qu'il ressentait en ce moment même, comme si cette instant était pour lui les meilleurs secondes de sa vie. Qui aurait cru que l'homme qui avait causé sa chute auparavant allait lui déballer son amour sans aucun filtre, sans aucun malentendu ? Qui aurait cru que cette partie de chasse qu'il avait organisée pour attraper El Zorro, a finalement fini comme un conte digne des fées. Qui aurait cru que lui, Enrique, commandant de Los Angeles, serait tombé sous le charme du bandit le plus recherché de la Californie ?
Non. Il n'aurait jamais cru.
Il attrapa la nuque de Diego, qui dut se pencher un peu plus, pour l'embrasser fougueusement, entrant sa langue dans sa bouche, l'envahissant si bien que le plus jeune gémit de surprise.
« Diego, vous me rendez fou, haleta-t-il en reprenant son souffle.
- Comme toujours. » Souffla-Diego en se redressant.
Il s'écarta alors d'Enrique, frustrant ce dernier qui exprima sa déception par un grognement.
« Ce n'est pas que je n'en ai pas envie, Commandante, s'amusa-t-il en s'étirant, mais cela attendra, la nuit va bientôt tomber.
- Je ne comprends pas, dit Enrique confus.
- Perez ne va pas s'en sortir comma ça, fit Diego gravement, il faut que Justice soit rendu.
- Vous m'avez dit que vous ne ferez rien.
- Je l'ai dit. Mais Zorro, non. »
En même temps qu'il disait cela, il appuya sur un mécanisme placé sous le dessous du haut de la cheminée, déclenchant l'ouverture d'une porte murale. Enrique eut un mouvement de recul surpris. Un passage secret ! C'était là sous ses yeux pendant tout ce temps et il n'avait jamais fait attention.
« Là fois où vous cherchiez mon père et que vous étiez venus pour m'empêcher de sortir, cette porte était ouverte et vous étiez rentré dans ma chambre, raconta Diego nostalgique, même Garcia n'avait rien vu.
- Je ne l'ai pas remarqué…
- Tant mieux, j'ignore ce que vous m'auriez fait si vous l'aviez découvert à ce moment-là.
- Je ne vous aurai rien fait ! S'écria Enrique scandalisé.
- Vous n'étiez pas l'homme qui se trouve devant moi, croyez-moi. Suivez-moi.»
A peine eût-il prononcé ces mots, que Diego se faufila derrière la petite porte. Enrique ressentit alors une excitation : découvrir le secret de Zorro, après tout ce temps où il a tenté de l'attraper, était pour lui un accomplissement. Il passa alors la porte pour entrer dans une pièce éclairée par une lampe à huile. La porte se referma derrière lui.
« Eh bien, je dois dire que je suis surpris, avoua le soldat en observant autour de lui.
Il nota alors des vêtements noirs accrochés aux murs, avec deux épées et un chapeau, juste en dessous un coffre qui attisait sa curiosité. Sur la table, à sa gauche, il reconnut des matériels d'entretien d'épées ou bien de coutures. Ceci l'étonna d'abord et il jeta un œil interrogateur vers Diego qui répondit à sa question sourd.
« Il m'arrive parfois de me blesser gravement, Bernardo me recouds, expliqua-t-il.
- Je suis surpris que vous soyez encore en vie sans avoir consulté de médecin.
- Bernardo était le serviteur autrefois du médecin de mon Université en Espagne, il s'y connait aussi bien que lui.
- Oh je vois.
- C'était aussi lui en Zorro, lorsque vous m'avez provoqué en duel. » Révéla Diego d'un air gêné.
Ce n'était pas un jour glorieux pour Enrique et il le savait bien. Mais il devait au moins des explications à son amant.
« Je m'en doutais, marmonna le militaire, quelle…humiliation.
- J'en suis navré, maintenant, vous comprenez pourquoi je vous ai dit que vous n'étiez pas l'homme que je connais aujourd'hui.
- Il est vrai que ce jour-là, j'aurai pu vous tuer…mais sachez, Diego, que je ne l'aurai jamais fait.
- Pour quelle raison ? Vous étiez si déterminé à tuer Zorro.
- Parce que vous êtes spéciales. »
Le soldat attrapa la cravate de Diego et le poussa contre le mur pour l'embrasser.
« Vous m'avez copié, rit le plus jeune.
- Je vous ai toujours copié, Señor Zorro. »
Cette fois-ci, Diego se détourna, inversant leur position, il plaqua le commandant contre le mur et l'embrassa à nouveau.
« Et j'en suis touché, souffla-t-il en le relâchant.
- Que comptez-vous faire ?
- M'habiller.
- Pardon ?
- Tournez-vous, ordonna Diego en pointant son épée sur Enrique, si vous vous retournez, je vous marquerais d'un Z sur vos jolies fesses, comme je l'ai déjà fait avec le sergent Garcia, même si serait plus plaisant sur vous.
- Voilà une étrange menace, Señor Zorro, ricana l'autre.
- Voulez-vous que j'essaie ? Demanda innocemment Diego.
L'expression du renard montrait clairement qu'il pouvait mettre ses menaces à exécution. Finalement, Enrique soupira levant les yeux au ciel et se retourna vers le mur. Il entendit alors le froissement des vêtements, devinant que Diego se déshabillait.
« Je vous ai déjà vu nu, maugréa le soldat haut gradé, en quoi cela vous gêne ?
- C'est une question de principe, répondit le renard derrière lui, lorsque je touche mon épée, mes vêtements ou n'importe quoi qui appartient à Zorro, je ne suis plus Diego de la Vega, je suis El Zorro. »
Enrique avait du mal à saisir, mais il ne dit rien et attendit que Zorro soit prêt. Son cœur battait la chamade, sans qu'il ne sache vraiment. A croire qu'il était une des femmes admiratrices du renard masqué, qui rêvait de le voir de près. Il se mordit les lèvres, avec impatience. Il allait voir Zorro, du moins Diego en Zorro. Il aura donc la preuve sous les yeux que son amant était bien Zorro.
Son ennemi de toujours était son amour de ces jours.
« Tournez-vous, Commandante. » Dit une voix plus forte et plus assurée que celle habituelle de Diego.
Il pivota doucement vers la silhouette sombre et noire qui, de par la petite lueur de la lampe, aurait pu être terrifiante si Enrique ne connaissait pas l'homme sous le masque. Il écarquilla les yeux, comprenant désormais pourquoi Zorro avait si longtemps gardé son identité secrète. Si Diego ne lui inspirait que douceur, gentillesse et paix, Zorro représentait une ombre intimidante, au charisme imposant, insufflant une crainte. Crainte qui avait parcouru Enrique ces nombreuses fois où il avait dû faire face à cet adversaire hors du commun.
Le sourire aux dents éclatantes était le seul signe distinctif que le soldat put reconnaître en Diego.
« De quoi ai-je l'air ? Lança-t-il.
- De Zorro. » Approuva Enrique.
El Zorro éclata de rire, donna une tape sur l'épaule d'Enrique et l'incita à le suivre. Il ne protesta pas et suivit le renard dans sa tanière. Ils dévalèrent ensemble les escaliers en colimaçon, prouvant à Enrique que les passages secrets étaient beaucoup plus grands qu'il ne l'imaginait, traversant sans doute l'hacienda de part en part.
« Votre père est-il au courant de tout cela ? Questionna-t-il alors qu'ils marchaient le long d'un tunnel sous terrain.
- Non, il ne l'est pas. C'est mieux ainsi.
- Pourquoi ?
- Je ne veux pas le mettre en danger par ma faute.
- Peut-être vous laisserait-il libre si vous lui dites toute la vérité. »
El Zorro s'arrêta brusquement et se tourna vivement vers Enrique qui put croiser les yeux noisettes et profonds du justicier.
« En portant ce masque, j'ai choisi la voie du sacrifice, jamais je ne serai libre, jamais je n'aurai une vie normale, et quand bien même lui dirais-je, ça ne m'apporterait rien d'autres, au contraire, je serai constamment inquiet pour lui, ce serait un fardeau de plus à porter que de lui dire.
- Nombre de fois où j'ai entendu Don Alejandro vous critiquer si durement, nombre de fois où je me suis dit qu'il avait raison et pourtant, maintenant, j'ai pitié pour vous et votre père.
- Pourquoi ?
- Parce que vous vivez dans un mensonge, comment le pouvez-vous ? S'exclama Enrique énervé.
- Parce que vous croyez que vous et Don Diego ne vivaient pas dans un mensonge ? »
Ces paroles étaient dures à admettre pour Enrique. Mais El Zorro n'avait pas tort. Eux aussi cachaient leurs relations à tous, ils ne pouvaient pas s'afficher comme un couple normal, du moins si la normalité existait en ce monde. Et Zorro détenait sans doute le plus de secret à cacher…
« Vous portez donc tous ces fardeaux, seul, comprit-Enrique.
- Commandante, c'est ma vie depuis mon retour en Espagne, intervint le renard, Zorro est né parce que vous étiez mon premier ennemi, mon premier adversaire, sans vous, il n'y aurait sans doute jamais eu de Zorro…alors il va falloir que vous assumez entièrement cette responsabilité.
- Comment cela ?
- Aidez-moi à porter ces fardeaux. »
Il lui tendit sa main gantée de noirs.
Aider Zorro ? Lui ? Le premier ennemi du renard ? Quelle étrange situation. Il aurait aimé rire. Son lui d'un an auparavant aurait sans doute préféré s'exiler mais aujourd'hui, Enrique était un autre homme. Il aimait. Il était fou amoureux.
Le militaire accepta de lui prendre sa main. Zorro le tira donc hors du tunnel. Pendant un instant, Enrique eut l'impression d'être une petite fille qu'on guidait dans le noir. Rapidement la réalité le rattrapa car il fut introduit dans une caverne éclairée par des torches, où au loin, on pouvait voir la sortie et juste à côté, un étalon aussi noir que le costume du renard se reposait. Non loin de lui, un petit ruisseau d'eau lui servait sans doute d'abreuvoir.
« Holà Tornado ! Salua El Zorro en lâchant Enrique et en se précipitant vers sa monture, voici le commandante Monastario, tu l'as déjà vu auparavant. Ne t'en fais pas, il est désormais avec nous. »
Vivement, l'étalon se leva sur ses pattes et hennit doucement, donnant des coups de tête tendres à son maître. Ce dernier fit signe à Enrique de s'approcher.
« Il ne te fera pas de mal, rit-il en voyant que l'autre homme hésitait à venir.
- Ce n'est pas que je n'ai pas confiance… »
Il s'avança doucement vers l'animal, gardant tout de même une méfiance, malgré la présence de Zorro à ses côtés. Il leva sa main vers la tête de l'animal, qui s'inclina alors pour le laisser le caresser. Enrique frémit de contentement.
« J'ai…touché le cheval de Zorro, murmura-t-il.
- Si je m'attendais à cela, je suis jaloux, se vexa El Zorro.
- De quoi ?
- Vous avez eu plus de réactions avec Tornado qu'avec moi. » Bouda le renard.
Enrique bouffa de rire, ne s'attendant pas à être si bien observer dans ses comportements. Zorro finit par le rejoindre dans son rire. Ils profitèrent d'un instant ensuite pour se rafraichir un peu et le renard fit visiter le lieu au soldat, s'arrêtant sur chaque détail.
Il s'occupa ensuite de seller sa monture.
« Bien, il est temps, la nuit est tombée, annonça El Zorro prêt à grimper sur Tornardo.
- Vous comptez partir ainsi ? Et votre père ? Ne va-t-il pas remarquer votre absence ? S'enquit le commandant.
- Mon père a l'habitude que je reste très longtemps dans ma chambre et Bernardo sait que si je ne suis pas dans ma chambre, c'est que Zorro est sorti et fera en sorte de me couvrir.
- Je vois, vous avez tout prévu.
- J'ai même prévu votre visite, s'amusa Zorro en lui donnant un baiser avant de monter sur l'étalon.
- Je vous sous-estime.
- Je sais, c'est pour ça que vous avez toujours perdu contre moi. D'ailleurs je vous conseille de retourner à votre caserne.
- Il faut que je retrouve mon cheval, je dois repartir dans l'autre sens….
- Ne vous en faites pas, je vous dépose auprès de votre cheval, coupa Zorro en lui tendant le bras pour l'aider à grimper derrière lui.
Enrique émit un grognement. Oui. Zorro avait tout prévu.
« Espèce de copieur, marmonna-t-il après s'être installé derrière lui.
- Je vous dois bien ça, El Cazador. »
Ils sortirent de la grotte.
