Le magistrat Vicente Perez se retourna, se sentant observé. La nuit était sombre, les nuages cachaient la Lune habituellement visible, permettant un meilleur éclairage quand le soleil n'était plus. Il soupira, tout en frissonnant. La nuit était froide.

Il rentra dans sa maison silencieuse. C'était une modeste habitation avec un seul étage, juste le nécessaire pour lui. Sa bonne lui avait préparé de quoi dîner, mais il n'avait pas faim et monta directement dans sa chambre. Sa journée avait été hantée par Diego et par El Cazador. Il avait été frustré d'avoir laissé échapper sa proie et de s'être fait avoir par un bandit inconnu. Ce n'était pas Zorro, non. Il n'avait jamais vu Zorro depuis qu'il travaillait ici.

Venant d'une famille pauvre, le magistrat Perez avait un sens de la justice qui était apprécié de tous. Cependant, il était attiré par la jeunesse. Avant d'arriver à Los Angeles, il avait eu de nombreuses aventures avec de hommes beaucoup plus jeunes que lui. Personne ne lui résistait par sa position de magistrat, mais Diego de la Vega était le seul qui était resté indifférent à ces avances implicites, refusant plusieurs fois de travailler avec lui.

Lorsqu'il avait rencontré le jeune De la Vega, il perdait tous ses moyens. L'animal sauvage qui était lui en avait été réveillé. Si au début, il se contentait juste d'aborder le jeune fils d'Alejandro, ses pensées n'étaient tournées que vers Diego de la Vega, accompagnés de fantasmes. Plus les jours passés, plus il avait envie de voir Diego nu, lui appartenant, criant son nom.

Et hier soir aurait pu être la plus belle nuit, mais El Cazador avait tout gâché. Bien sûr, lorsqu'il s'était réveillé ce matin, il s'était gardé de dire que Diego avait disparu, prétendant que le bandit était venu cette nuit pour essayer de le tuer. Les soldats étaient sceptiques, même Monastario ne semblait pas le croire.

« Maudits soient-ils tous ! » S'énerva-t-il en enlevant sa veste.

« A votre place, j'éviterai de jurer de la sorte. » Dit une voix moqueuse dans son dos.

Perez sursauta et voulut se retourner, mais la pointe d'une épée contre sa colonne vertébrale l'empêcha.

« Bonsoir, Señor Magistrado, continua la voix.

- Vous êtes El Cazador, c'est ça ? Lança Perez en avalant difficilement sa salive.

- Non, je le crains. El Cazador est de repos ce soir. Je suis El Zorro.

- El Zorro ? Que me voulez-vous ?

- Je suis ici pour vous prévenir, Señor Magistrado, siffla le renard sombrement à faire trembler l'homme, si vous touchez un seul cheveu de Diego ou de n'importe quelle personne qui ne serait pas consentante, vous aurez affaire à mon épée.

- Vous me menacez donc de mort ?

- Non, quelqu'un comme vous mériterait plutôt d'être eunuque, ricana El Zorro, si vous ne retenez pas vos pulsions sexuelles, je vais devoir supprimer votre problème. »

Ces paroles firent trembler le magistrat. Derrière lui, Zorro sourit satisfait puis poursuivit :

« Et afin que vous vous souvenez de cela, je vais vous donner un avant-gout de ce que je peux faire. »

Perez n'eut pas le temps de demander quoique ce soit qu'il fut poussé brusquement en avant, tombant face en avant. Il émit un souffle étouffé quand Zorro le plaqua, son genou contre son dos. Son poignet fut saisi, maintenu par la main ferme du renard.

« Qu'allez-vous faire ? S'écria Perez effrayé.

- A chaque fois que vous allez vous branler, mon ami, vous penserez à ce que je vous ai dit. » Déclara El Zorro.

- Quoi ? »

La pointe de l'épée s'enfonça dans sur le dessus de sa main, il lâcha un cri de douleurs. La lame paraissait écrire quelque chose sur sa peau, laissant échapper son sang. C'était assez profond pour laisser une cicatrice qui mettra des années à disparaître.
Zorro retira son épée et se releva, laissant Perez se recroquevillait, gémissant de douleurs.

« Dîtes vous bien que si vous faîtes le moindre faux pas, je n'hésiterai pas, grinça le renard.

Perez amena sa main vers ses yeux et il vit le sang s'écoulait de sa plaie qui formait un Z. Il se releva avec difficulté prêt à faire face à Zorro, mais sa chambre était vide, la fenêtre ouverte.

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Après que Zorro l'ait déposé à l'entrée de l'hacienda De la Vega, auprès de sa monture, Enrique s'était rendu à la caserne. Le renard masqué ne lui avait rien dit sur ces véritables intentions. Ce qui était certain pour le soldat, c'était que Zorro n'irait tuer personne ce soir. Ce n'était pas son genre, commettre un meurtre n'a jamais été son plan. Donc en toute logique, il ferait en sorte que l'incident de se reproduise plus.

« Ensuite, peut-être il le tuera, murmura-t-il pour lui-même.

Arrivé à la Caserne, il fut accueilli par un sergent Garcia, qui semblait impatient.

« Que voulez-vous, Sergent ? Marmonna-t-il alors qu'il rangea la selle de son cheval.

- C'est l'anniversaire du lancier Altarez, donc on souhaitait vous inviter à la taverne, dit Garcia avec un sourire.

- Est-ce pour cela que tout est aussi calme ? Il n'y a donc personne de gardes ?

- Non, bien sûr que non, on a décidé de nous relayer pour que tout le monde participe à la petite fête. »

Enrique lâcha un soupir, exaspéré par le manque d'investissement des lanciers. Il savait que dans une grande ville, ce genre de choses ne se ferait pas. C'est un village, les soldats étaient plus relâchés…et puis ce n'était pas comme si il y avait quelque chose à garder. La seule chose palpitante qui avait eu ces derniers jours c'était la venue d'El Cazador, mais Enrique connaissant bien ce bandit, n'avait pas été très motivé pour chercher dans le vide.

« Bien, Sergent, allez-vous amuser, je vais aller me reposer, fit-il simplement.

L'expression du sergent s'éclaira et sans doute pour la première fois depuis qu'il connaissait ce gros soldat, il fut plutôt content de le voir ainsi, s'en voulant d'avoir autant crié sur lui auparavant. Depuis qu'il s'était épris de Diego, il avait commencé à ressentir de la sympathie pour ceux qu'il avait autrefois humilié. Décidément, son cœur était définitivement enchaîné à Diego.

« Merci ! Mon commandant ! » S'exclama Garcia heureux en prenant la pose militaire avant de se précipiter vers la taverne.

Enrique passa rapidement une main sur son front pour le saluer et se dirigea vers son bureau. Il fut surpris de voir qu'un petit mot avait été laissé sur sa table, bien mis en évidence. Curieusement, il s'en saisit et lut :

« El Cazador, je vous défie. Rendez-vous au Rocher de Saint-Vincent. Signé, Zorro. »

Le commandant esquissa un sourire, ravi.

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Le ciel était désormais dégagé, comme si la Lune souhaitait qu'El Cazador puisse arriver sans encombre au lieu de rendez-vous. Alors qu'il s'approchait du fameux rocher de Saint-Vincent, il aperçut une silhouette sombre sur un cheval qui pouvait se confondre dans la nuit, le rendant presque invisible. Il avança son cheval brun vers eux.

« Bonsoir, Señor Zorro, lança-t-il.

- El Cazador, salua le renard noir en abaissant légèrement son chapeau.

- Pourquoi un défi ?

- Eh bien, je vous propose trois défis.

- Trois défis ?

- Disons que chacun des trois défis sont une vengeance pour ce que vous m'avez fait.

- Je ne comprends pas.

- Le premier défi, c'est pour m'avoir obligé à chanter sous la menace, déclara Zorro.

El Cazador ouvrit la bouche mais finalement obtempéra. Zorro représentait la justice non ? C'était tout à fait normal que Diego se venge, après tout, c'était lui qui avait subi ses caprices.

« En quoi concerne le défi ? Questionna-t-il.

- Une course jusqu'à la limite des Terres de la Vega. Positionnez-vous à mes côtés. Je donne le départ. »

Enrique ne s'y attendait pas mais son esprit de compétition entra en jeu et il commençait à trouver ce défi fort intéressant. Son cheval n'était pas celui qu'il avait l'habitude de prendre quand il est en commandant, mais il savait qu'il serait rapide et très endurant, raison pour laquelle il l'avait choisi d'ailleurs, même si il aurait aimé prendre son cheval blanc. Il se plaça au côté de Tornado et attendit le signal.

« Trois…deux…un…C'est parti ! » S'écria Zorro.

Les deux cavaliers masqués s'étaient élancés en même temps, au galop, chacun serrant les rênes de leur monture, espérant arriver le premier.

A la grande surprise d'El Cazador, son monture avait une bonne cadence et suivait très bien Tornado, restant à la hauteur de ce dernier dans les premiers kilomètres. Malgré la nuit, les deux chevaux arrivaient à garder le rythme et savaient où aller, suivant les chemins de terre qui les menait vers les terres De la Vega.

« Eh bien, El Cazador, vous avez plutôt un bon cheval ! S'exclama El Zorro sa cape volant au vent, mais ce n'est pas assez pour vaincre mon Tornardo ! »

Il héla l'étalon d'aller plus vite. Sa monture ne se fit pas prier et accéléra, dépassant alors le chasseur masqué, qui se mordit les lèvres. Bien évidemment, il avait de nouveau sous-estimé Zorro.

L'écart se creusa et El Cazador sentit que son cheval perdait de l'allure mais continuait à galoper jusqu'à arriver au point d'arrivée.

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Zorro attendait son adversaire au sol, laissant son étalon se reposer et boire un peu d'eau dans un ruisseau qui passait à côté. El Cazador le rejoignit, libérant son cheval qui se jeta sur l'eau fraîche, auprès de Tornado.

« Vous avez gagné, Señor, marmonna-t-il, j'admets que vous avez un très bon destrier.

- Gracias, El Cazador, maintenant passons au deuxième défi : qui de nous deux est le meilleur à l'épée ?

- Défi accepté. » Répliqua-t-il sans équivoque.

Zorro lui adressa un sourire. Il savait qu'il allait accepter. Enrique et Diego étaient pareils. Passionnés par l'escrime, un duel ne se refusait pas.

Ils sortirent tous les deux leurs épées, les présentant en face d'eux, puis s'inclinant ensuite, par respect pour leur adversaire.

« Quel est le véritable but de ces défis ? Demanda El Cazador en se positionnant.

-Vous verrez. » Répondit le renard malicieusement en l'imitant.

Un silence s'abattit sur eux. Il n'y avait pourtant aucune tension, au contraire. Enrique appréciait cet instant où il allait se battre sans être interrompu, le vainqueur sera celui qui aura perdu son épée ou qui sera à terre. Son excitation de combattant était à son summum. Il remerciait profondément Diego d'avoir eu cette bonne idée. Des défis sous la Lune avaient de quoi lui envoyer une vague d'adrénaline.

El Cazador attaqua le premier, se jetant sur Zorro qui para le coup avec facilité. Sans surprise. Les épées s'entrechoquèrent et résonnèrent dans la nuit où seuls les chevaux pouvaient entendre. Enrique avait beau cherché une ouverture, il était face à un expert, qui ne laissait aucune faille. Il était ravi, Zorro avait toujours été un adversaire de taille et encore aujourd'hui, il montrait son invincibilité. Rien n'était laissé au hasard, il aurait dû s'en douter.

« Je suis déçu, lança le renard sur un ton taquin, alors que leurs épées étaient bloqués l'un contre l'autre, je pensais que vous aviez progressé depuis.

- Mesurez vos paroles, Señor Zorro, j'ai plus d'un tour dans mon sac. »

Le bandit rusé éclata de son rire habituel, s'amusant comme un petit fou face aux coups désespérés du chasseur. Ce dernier dut avouer que même à l'épée, il ne faisait pas le poids face à Zorro. Il avait pourtant performé ses techniques, entrainé son jeu de jambes, le renard semblait plus que jamais intouchable. Et quand Enrique sentit que son poignet faiblissait, Zorro le remarqua et en profita pour le désarmer très facilement avec une technique digne de l'escrimeur qu'il était.

L'épée d'El Cazador lui échappa de sa main et fut rattrapée par Zorro.

« Encore gagné. » Déclara-t-il avec fierté.

Cette fois, Enrique lâcha un grognement exaspéré, la mâchoire crispée. Il avait encore perdu et cela avait touché son orgueil. Il était tellement énervé qu'il se détourna de Zorro, pour cacher toute sa contrariété.

« Allons, allons, une autre fois peut-être, s'amusa Zorro en lui rendant son épée.

- Un jour, je gagnerai, Señor Zorro, grommela-t-il.

- J'attends ce jour avec impatience, El Cazador.

- Quel est le troisième défi ?

- Suivez-moi. »

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Ils se trouvèrent dans une grande plaine, vide et dégagé. Cette vue apaisa soudainement Enrique qui ne s'attendait pas à un tel endroit en Californie. Ils étaient toujours sur les Terres de la Vega, mais il ne souvint pas d'être passé par là. Ils avaient dû emprunter un passage tortueux entre deux rochers, cachés par des immenses buissons. Personne n'aurait donc pensé qu'un lieu pareil pouvait exister.

Laissant les cheveux, Zorro le somma de lui suivre, s'avançant dans l'immensité de ce champ, sans doute coloré et fleuri la journée. Ils se placèrent au milieu de cette vaste étendue de verdure. Zorro s'arrêta et lui fit face, le vent jouant doucement avec sa cape, l'astre de la nuit l'éclairant, donnant un air majestueux au renard.

« Alors ? Quel est ce dernier défi ? Questionna El Cazador, on va de nouveau se battre ?

- Non, rit le renard doucement, je pense que ce défi vous allait le réussir.

- Vous m'en direz tant.

- Le troisième défi consiste à me démasquer. » Révéla-t-il en redressant ses bras en signe de rédemption.

Enrique cligna des yeux sous le choc.

« Mais…Je sais qui vous êtes ! C'est complètement stupide ! S'écria-t-il en abaissant son foulard comme pour rappeler sans doute à Zorro qui il était.

- Je le sais bien, Commandante, mais n'avez-vous jamais rêvé de me démasquer ? De m'arrêter ? De m'attraper ? Cette nuit est votre nuit.

- Dieg…Señor Zorro…

- N'ayez crainte, je ne bougerai pas. Imaginez-vous il y a un an, rêvant de mettre votre main sur mon masque.

- Pourquoi voulez-vous que je fasse cela ?

- Parce que je veux que le chasseur attrape le renard, je veux me donner à vous, Enrique. Je veux que vous soyez la seule et l'unique personne qui ait le privilège de me démasquer. »

Le soldat déglutit devant les confidences de son amant, il s'approcha de Zorro qui restait immobile, s'offrant entièrement à lui.

« Je ne vous ai pas vraiment attrapé, Señor Zorro, murmura Enrique.

- Si, vous l'avez fait. Vous avez pris mon cœur. » Souffla-t-il à travers le vent.

Le Chasseur sentit un battement, des papillons dans le ventre le tourmentèrent agréablement. Il retira ses gants et tendit une main vers le visage de Zorro et saisit tendrement le tissu noir du masque. Le renard ferma les yeux. Enrique tira vers le bas lentement dévoilant un peu mieux le visage de Diego de la Vega.

Si beau, si pur et si…intriguant, pensa-t-il en fixant les yeux noisettes du jeune don. Il caressa sa joue, Diego inclina légèrement la tête, renforçant le contact. Enrique approcha ses lèvres contre celle du plus jeune, déposant un rapide baiser avant de prononcer ces mots :

« Mon Zorro.

- Mon cœur est désormais vôtre."