Bonjour à tous !
Me revoici pour un tout nouveau chapitre tout frais ! Des idées tellement précises me sont venues en tête lors d'une insomnie que je n'ai pu m'empêcher de les retranscrire aussitôt... En tout cas, j'espère que tout cela vous plaira !
Je vous souhaite à toutes et à tous, une bonne lecture !
A Fan de Twilight : Très contente que tu aies trouvé cela encore mieux ! J'espère que ce sera encore le cas pour ce chapitre-ci. C'est super que la tension et l'inquiétude de Jeena se fasse ainsi ressentir. Pour ce qui est du vainqueur de ces 34ème Hunger Games, il faudra encore attendre... ^^ Mais tout commence dès maintenant ! A voir pour la suite...
Oui, je comprend également qu'on ne soit pas très intéressé par des personnages qui n'existent pas dans le livre. Mais c'est vrai que l'univers Hunger Games, à travers toutes ses éditions (74 quand même !), laisse la place à une très grande part d'imagination. En tout cas, j'espère que cela plaira et continuera à plaire ! Encore merci pour tes commentaires, ça fait vraiment très plaisir ! Bonne lecture
Chapitre Deuxième :
La jeune fille enfonça son poing dans la pâte avec plus de hargne que nécessaire avant de finir par étaler de manière brusque les parties ainsi formées à l'aide d'un rouleau à pâtisserie. Aujourd'hui était le grand jour. Celui où les 34ème Hunger Games débuteraient réellement, marquant ainsi l'application de l'arrêt de mort de 23 des tributs signé implicitement le jour des Moissons. Tous ne mourraient pas le jour même mais il était établi qu'un bain de sang s'annonçait toujours lors des premières minutes de jeu, un massacre capable de réduire le nombre de participants de moitié.
Cette année, le départ avait été prévu en fin de matinée. Ce qui comme toujours dans un tel cas, faisait considérablement augmenter les commandes auprès du service de traiteur que proposait Avalon Alyn. Dans le quartier, les voisins se rassemblaient souvent afin d'assister ensemble au top départ des Hunger Games. Ceux dont l'emploi du temps ne convenait pas se permettaient même de prendre leur journée afin de pouvoir assister au rassemblement au sein duquel se trouvait généralement un buffet livré par le traiteur du quartier. Jeena ne participait jamais à ce genre de réunions. Il était en effet coutume que la plupart des adolescents se regroupent sur le terrain de la salle d'entrainement où pour l'occasion était installé un grand écran, bien que moins imposant que celui de la Grande Place du District 2.
Il était clair que cette année elle n'y serait pas. Malgré la proposition de la famille Bowers d'assister au début des Jeux en leur compagnie, elle avait poliment refusé. Même si elle avait passé la plupart de ces derniers jours chez eux cherchant inconsciemment à retrouver Riley à travers sa famille et sa maison, la jeune fille s'était soudain sentie très réticente à l'idée de regarder le lancement des 24 tributs avec les Bowers. Le besoin d'être avec des personnes traversant la même chose qu'elle, avait laissé place à cette envie de fuir les appréhensions et souffrances comparables à la sienne en ce jour où tout allait commencer, où tout allait être possible : la vie, la mort, le meurtre. Ainsi donc, elle prévoyait de « tranquillement » rester chez elle en compagnie de sa mère et de son petit-frère, son père étant au travail. Mais en attendant l'heure, Jeena s'affairait depuis une heure déjà à aider sa mère dans la préparation de ce qui devait être livré pour le déjeuner.
Après avoir fourré le beurre au milieu de la pâte, elle le recouvrit de cette dernière avant de taper avec son rouleau à pâtisserie pour mieux le répartir. Ses gestes se faisaient secs et sans délicatesse. Le stress avait depuis la veille fait monter en elle une vague d'agitation et de contrariété au plus grand désespoir de ses parents qui subissaient le tout. Ce matin-là, l'idée même de préparer un buffet pour des personnes prévoyant de se goinfrer devant le massacre d'une dizaine d'adolescents au cours duquel serait présent son petit-ami, lui était insupportable. Ce fut donc avec humeur que Jeena préparait cette immense pâte feuilletée sous les yeux scrutateurs de sa mère. Alors qu'elle ressortait ladite pâte du réfrigérateur suite au second temps de repos nécessaire afin de pouvoir l'abaisser une dernière fois, le téléphone sonna et Avalon alla décrocher.
- Petit changement, des invités supplémentaires sont prévus chez les Kane. Je doute qu'il y ait assez de pâte pour faire tous les petits fours nécessaires, tu pourras m'en faire une seconde s'il-te-plait ? intervint la mère de Jeena avec sérieux en se remettant aux fourneaux qu'elle avait dû quitter pour répondre.
- Tu veux rire ? Et ils te préviennent comme ça, deux heures avant, comme s'il n'y avait pas d'autre chose à faire que ces maudits petit fours ! s'exclama la jeune fille, plus qu'agacée par le manque de toupet des Kane, voisins qu'elle n'avait jamais vraiment apprécié.
- Jeena, un peu de calme s'il-te-plait. On a encore largement le temps.
- Sauf que je n'avais pas prévu de passer ma matinée à suffoquer dans cette cuisine, maman, rétorqua-t-elle avant de taper à nouveau la pâte de son rouleau à pâtisserie alors que cela n'était plus nécessaire. Maudits Kane... murmura-t-elle avant de se faire envahir par une soudaine impulsion lui dictant de cracher dans cette pâte qu'elle préparait depuis plus d'une heure et qui n'était finalement pas suffisante.
Y succombant, Abe, juste en face d'elle, ne manqua pas l'action et fit mine d'être choqué avant de réfréner le fou rire qui lui venait. Un mince sourire apparut pour la première fois de la journée sur le visage de Jeena, face à la réaction de son frère qu'elle remerciait silencieusement pour ne pas l'avoir dénoncée. Jetant un coup d'oeil à sa mère qui tournait toujours le dos, elle replia la pâte et l'abaissa une dernière fois à l'aide du rouleau.
- Encore un appel de ce genre et je te jure que je les intoxique, grogna-t-elle en rangeant son œuvre dans le réfrigérateur avant de s'engager dans la concoction d'une nouvelle pâte feuilletée.
- Oh, tu n'as pas intérêt, jeune fille !
- Alors je n'aurais qu'à me contenter de cracher dans leurs plats, se permit-elle de répondre avec un sourire mesquin tout en échangeant un regard complice avec Abe qui rigola dans sa barbe.
- Maintenant ça suffit, Jeena ! Depuis hier soir tu es insupportable. Un mot de plus et c'est dans ta chambre que tu iras. Jeux ou pas Jeux, petit-ami ou pas ! la réprimanda sa mère, menaçante, alors que sa fille lui lançait un regard meurtrier. Et ce n'est pas la peine de me regarder comme ça. Tu n'es pas la seule à avoir un quelconque proche dans cette arène ! Il y a des parents, des frères, des sœurs, des meilleurs amis... Tous se font un sang d'encre pour celui ou celle qui perdra surement la vie. Tu savais très bien à quoi tu t'engageais avec le fils Bowers. Bien heureusement il a tout pour gagner, alors prends sur toi et évite donc la faillite à ta mère.
Irradiant de rage face à de tels reproches, Jeena dut y mettre du sien pour ne rien répliquer afin de ne pas envenimer la situation. Sur le moment, elle détesta plus que jamais cette femme qui semblait ne rien comprendre à sa détresse face aux évènements. Sans aucune douceur, elle malaxa la pâte qui commençait à se former sous ses doigts avant d'entreprendre les différentes étapes nécessaires afin de la feuilleter. Le reste de l'heure se passa dans un silence glacial où la tension était plus que palpable. Même Abe n'osa pas dire un mot face à cette altercation entre la mère et la fille. Lorsqu'enfin Jeena eut terminé les nombreuses bouchées ainsi réclamées qu'il ne restait plus qu'à passer au four, elle ôta sauvagement son tablier et sortit en trombe de la pièce, sans un mot ni un regard derrière elle.
Quittant ainsi le local que sa mère louait pour la concoction de ses plats traiteurs, elle dévala la pente à grandes enjambées et s'éloigna du pâté de maison. S'éloignant du quartier par un sentier sinueux, elle ne prit pas le temps de contempler la splendeur du paysage de montagne verdoyante parsemée de fleurs estivales. Puis, elle tourna dans un petit chemin qui la conduisit jusqu'à une falaise offrant un formidable point de vue sur la partie du District 2 se situant dans la vallée, entre les montagnes. Jeena se laissa tomber sur le sol, contre l'un des rares arbres et enfouit sa tête dans ses genoux.
A ce moment, rien ne put empêcher les larmes qui n'avaient plus coulées depuis le jour où elle avait vu Riley pour la dernière fois. Ce jour où elle avait encore pu se caler entre ses bras, où elle avait encore pu sentir la chaleur de ses lèvres sur les siennes, ainsi que la pression de ses mains autour de sa taille. Cela faisait un peu moins d'une semaine et il lui manquait atrocement. Savoir qu'il était possible qu'il ne revienne jamais la terrorisait d'une force inimaginable. Elle avait beau se forcer à garder en elle cette assurance qu'il serait le grand gagnant de ces 34ème Hunger Games, au final rien n'était jamais vraiment acquis.
Effectivement, il faisait partie des meilleures recrues de cette année avec ce score de 10. Effectivement, en tant que Carrière, il avait de grande chance d'être allié dans un premier temps avec les tributs les plus forts et les plus efficaces. Mais était-il réellement le meilleur des meilleurs ? Serait-il le plus malin des Carrières venant à bout de tous ? En voyant les hauts résultats de ces derniers et en assistant à leurs interviews, ses doutes n'avaient cessé de s'amplifier face à un simple constat. Tous les carrières semblaient être animés de cette même hargne, de cette même volonté et de cette même conviction d'être le prochain vainqueur des Jeux. L'atout qu'avait usé Riley afin de se démarquer des adversaires de son niveau avait été de donner une dimension un peu plus humaine à son désir de victoire. C'était un peu difficile à concevoir lorsque l'on savait que pour gagner il fallait tuer l'autre, mais cela avait semblé être sa stratégie, notamment lorsqu'il avait mentionné sa famille ainsi que sa relation avec elle. L'interview des différents tributs avait en effet eu lieu la veille et avait pour la première fois été menée par Caesar Flickerman, Andreis Ells ne se contentant cette année que d'animer les émissions hors plateau.
Les acclamations du public en folie saturaient presque le son de la télévision lorsque Riley avait fait son entrée. Le jeune présentateur qui arborait des cheveux et des lèvres dorés aussi scintillants que les minuscules lampes parcourant son costume de cérémonie bleu nuit, l'avait accueilli à bras ouverts avant de lui serrer la main, dominant le plateau comme s'il avait été là depuis des années déjà.
- Riley, c'est quasiment un parcours sans faute pour toi depuis le début de l'aventure ! Entre cette entrée fracassante lors des Moissons avant même que le tirage au sort ne se fasse, cet air triomphant à la cérémonie d'ouverture dans cette tenue qui je dois te le dire, en a fait craquer plus d'une, et ce score de 10 qui te place dans le trio de tête ! Alors dis-nous tout, qui est ce Riley Bowers qui nous fait tant rêver ? entama Caesar avec enthousiasme alors que tout deux venaient de s'installer sur leurs fauteuils respectifs.
- Eh bien, la réponse est très simple, Caesar. Je suis tout simplement le vainqueur des 34ème Hunger Games, répondit le jeune homme avec évidence, plus à l'aise que jamais alors que le public l'ovationnait de toute part.
- Ah, cette assurance et cette conviction ! Sais-tu que tu es le troisième ce soir à te déclarer officiellement vainqueur de ces Jeux pour cette année ? Aurait-on changé les règles ? fit le présentateur d'un air qui fit démarrer un rire général parmi la foule comme si cela avait été la meilleure blague de l'année.
- Ils peuvent bien dire ce qu'ils veulent, cela n'en fera des adversaires que plus intéressants à combattre.
- Je sens cette détermination et cette hargne en toi Riley, ce sont elles qui t'ont poussé à te porter volontaire, n'est-ce pas ? questionna Caesar avec une soudaine attention.
- C'est exactement ça. J'ai toujours su au plus profond de moi que j'étais fait pour les Hunger Games.
- C'était ta dernière année d'éligibilité, tu n'as pas voulu manquer ta chance.
- Mieux que ça, Caesar, je me suis créé ma propre chance, précisa Riley avec un sourire qui fit retentir une acclamation générale.
Comme pour alimenter l'effervescence déjà fort présente, le présentateur désigna le public du bras en tournant vers lui une tête presque admiratrice avant de la diriger à nouveau vers Riley et de la remuer de bas en haut.
- Regarde comme le public t'aime déjà !
- Et je veux qu'il sache que comme tout bon vainqueur qui se respecte, je leur en suis reconnaissant et que je leur promet du spectacle.
- Ah, promesses, promesses, il y en eut un bon nombre au cours des Hunger Games. Mais je ne doute pas qu'avec la récolte de la Moisson de cette année nous en aurons du spectacle ! Mais dis-nous, Riley, selon toi, qu'est-ce qui fait de toi le réel futur vainqueur de cette année ?
- Ce qui peut faire de moi un réel gagnant, est évidemment le fait que j'en veuille et que j'y croie. Mais bien plus que ma victoire, ce sera celle de ma famille tout entière. Ce sont mes parents qui m'ont inculqué ces valeurs importantes que sont la confiance en soi, le courage et surtout la détermination à atteindre le but qu'on se fixe dans la vie. La vie justement, est quelque chose de si précieux, de si fragile... qu'il est grisant de vouloir la mettre en péril.
- Ta famille est importante pour toi, n'est-ce pas ?
- Elle l'est. Sans elle, je n'aurai pas été le vainqueur que je suis.
- Que tu seras, on l'espère tous, Riley ! approuva Caesar avec engouement. Donc, pour toi, Riley, dans la vie il y a ta famille et les Hunger Games. N'as-tu laissé de place à rien d'autre afin de te consacrer à ton objectif de victoire ?
- Caesar, rigola le jeune homme, je vois très clairement où vous voulez en venir. Inutile de tourner autour du pot, ajouta-t-il comme s'il le prenait en faute.
- Il ne se laisse pas mener en bateau si facilement ! plaisanta le présentateur en se tournant vers son public qui explosa de rire. Bon, manifestement beaucoup de jeunes demoiselles vont déchanter en apprenant que tu n'es plus cœur à prendre, continua-t-il alors que des cris de déception parcourait la foule de spectateurs. Comment s'appelle l'heureuse élue ?
- Elle s'appelle Jeena, révéla Riley, toujours aussi décontracté, un sourire franc aux lèvres.
- Jeena, quel jolie prénom.
- Elle, l'est encore plus.
- Mais c'est qu'en plus de tout ça, il est romantique ! s'exclama Caesar dont la complicité avec le public semblait acquise. Comment a-t-elle vécu ton volontariat ?
- Elle a toujours su que je participerai un jour aux Hunger Games.
- Cela ne doit pas être simple de laisser partir son petit-ami si loin pendant un laps de temps plus qu'incertain.
- Je lui ai promis que je reviendrai.
- Qu'a-t-elle répondu ? S'enquit curieusement le présentateur.
- Elle a cru bon de me faire préciser que c'est vivant que je devais revenir, avoua Riley comme s'il dévoilait là une bonne plaisanterie à laquelle tout le monde réagit avec ferveur.
- Elle ne manque pas d'humour, cette chère Jeena ! En tout cas, nous te souhaitons de tenir tes promesses car en ces 34ème Hunger Games, c'est ce que tu es, une belle promesse ! Mesdames et Messieurs, Riley Bowers, tribut masculin du District 2 ! s'égosilla Caesar qui se leva afin de désigner le jeune homme alors que le gong retentissait.
En se levant à son tour, Riley n'avait pas manquer pas de faire le signe qu'ils avaient tous deux établi, Jeena et lui. Baisant ainsi son poing et le levant bien haut, le public prit certainement cela comme un geste triomphal et victorieux, puisqu'il l'avait acclamé de tout son soul. Cette image du blond, le sourire en coin, le poing levé bien haut dans le ciel, dans son costume argenté, veste et chemise ouvertes sur les premiers boutons, resta dans l'esprit de Jeena pendant de longues minutes. Assise au pied de cet arbre dans ce repère qu'était le leur, la jeune fille se mit a prié silencieusement pour que tout se passe comme Riley le pressentait et le prédisait.
Au bout d'un moment elle jeta un coup d'œil à sa montre et constata qu'il était temps pour elle de rentrer chez elle. Sa mère et Abe devaient surement être déjà rentrés et le buffet déjà livré. Sur le chemin du retour son pas se fit plus lent que jamais. Les rues étaient désertes, tout le monde étant sans surprise devant les écrans de télévisions. Une fois devant sa porte, elle s'arrêta quelques secondes, se remémorant son altercation avec sa mère plus tôt dans la journée. Sans vouloir y réfléchir plus longuement, elle ouvrit la porte et entra.
Abe était confortablement installé dans l'un des sièges fauteuils autour de la table de la cuisine et regardait l'écran mural qui projetait les silhouettes des deux présentateurs montrant en exclusivité les premières images de l'arène encore vide de tout tribut. Avalon était debout et se tourna vers Jeena lorsqu'elle l'entendit rentrer. Elles se fixèrent en silence avant que la fille ne finisse par s'effondrer dans les bras de sa mère. Se trouvant ainsi entourée par la chaleur maternelle, elle se sentit bien, chose qui n'était pas arrivée depuis longtemps maintenant.
- Je sais que c'est dur, ma chérie, crois-moi, tenta de rassurer Avalon alors qu'elle lui caressait tendrement les cheveux. Moi aussi j'en ai fait voir de toutes les couleurs à mes parents quand c'est Narya qui y était, révéla-t-elle en évoquant la participation de son ancienne meilleure amie, sujet habituellement tu.
- Toi aussi tu as craché dans des plats ? interrogea avec ironie Jeena, mais pas moins penaude.
- Quoi, tu l'as vraiment fait ? se figea la mère pendant un très court moment avant de soupirer et de serrer à nouveau sa fille dans ses bras.
- Ca va bientôt commencer, ils ont mis le compte à rebours, intervint Abe, le regard toujours fixé sur l'écran de télé.
Elles se lâchèrent enfin et Jeena prit à son tour place autour de la table, dans son fauteuil habituel. Le compte à rebours de cinq minutes avant l'arrivée des tributs avait été inscrit en haut de l'image alors qu'était mise en avant la nouvelle arène. Cette année le cadre était celui d'une immense forêt équatoriale entourée d'un fleuve aux eaux sombres, qui plus au nord, se déversait en une énorme chute d'eau. En contrebas de cette cascade imposante, l'eau semblait illogiquement stagner et débouchait sur d'anciennes ruines infestées de lianes et autre type de végétations exotiques. La corne d'abondance était disposée tout au sud de l'arène sur l'une des rives très marécageuse et emplie de mangrove. Contrairement aux autres années, les plaques métalliques desquelles surgiraient dans les minutes à venir les 24 tributs n'étaient pas disposées en cercle mais en demi-cercle, toujours de manière équidistante. De ce fait, la distance qui les séparaient de la corne d'abondance semblaient plus grande qu'à l'accoutumée, mais peut-être cela n'était-il qu'un effet d'optique. Les plaques métalliques étaient ainsi situées à la limite du fleuve et de la mangrove marécageuse. Auraient-t-ils pieds, se demanda Jeena en observant les lieux. Dans tous les cas, elle allait le savoir bientôt puisque dans une minute apparaitraient les tributs.
Son coeur commença à battre la chamade au fur et à mesure que les secondes défilaient. Riley allait bientôt apparaître sur l'une de ces plaques. Puis, il s'élancerait et ferait ce pour quoi il s'était entrainé durant toutes ces années, à savoir se défendre mais surtout tuer.
« Les voilà ! »
La voix de son petit-frère eut le don de lui couper le souffle alors qu'elle même voyait émerger les 24 tributs de sous l'arène. Elle repéra rapidement Riley situé sur la gauche du demi-cercle ainsi formé. Alors que le compte à rebours de soixante secondes venait de se déclencher, un gros plan sur chacun des tributs fut fait. Jeena ne put empêcher ce qui était censé être un mince sourire, d'apparaitre sur son visage lors de la vision de Riley aux aguets et concentré dont les yeux verts étaient emplis de détermination. Ca y était, il était dans l'arène et elle pouvait imaginer son excitation face à la concrétisation de son but. Les images des autres concurrents montraient pour certains cette même concentration combative, pour d'autres une terreur à les faire trembler et pour le reste une appréhension à maitriser.
Puis soudain, le gong retentit dans le silence déchirant de l'arène et les tributs se mouvèrent enfin. Le regard fixé sur Riley, elle le vit faire un plongeon au moment du top départ avant de nager droit devant lui en direction de la gueule de la Corne d'abondance. Un coup d'œil vers les autres concurrents lui apprit que quelques uns avaient adopté la même technique alors que les autres s'étaient contentés de sauter, souhaitant peut-être vérifier la profondeur que l'eau trouble ne permettait pas de deviner. A mi-chemin, le niveau de l'eau semblait justement être devenu trop bas et Riley fut le premier à se mettre sur pieds. Il fut cependant vite dépassé par le garçon du Un qui, malgré la résistance de l'eau, sprintait vers la gueule de la corne d'abondance. A quelques mètres en face de celle-ci, se trouvaient les premiers ustensiles, placés sur un ponton de bois entouré de deux pirogues. Le garçon du Un s'y arrêta le premier, cherchant la première arme lui venant sous la main. Riley quant à lui, le dépassa et continua son chemin vers la corne d'abondance qui semblait receler de meilleurs choix. Il ne se précipitait pas, se contentant de faire de grands pas dans l'eau marécageuse, de sorte qu'il fut rapidement dépassé par la fille et le garçon du Quatre, ainsi que par la fille du Un. Enola et le garçon du Dix n'étaient pas loin derrière. Certains gamins se trouvaient encore à l'eau alors que d'autres s'en extirpaient déjà mais à bonne distance de la corne que les carrières venaient de prendre d'assaut. Des tributs un peu plus âgés et ne manquant pas de courage avaient toutefois décidé de tenter leur chance et de s'avancer eux aussi jusqu'à la corne afin de s'équiper correctement.
L'image passa à nouveau sur Riley qui avait atteint la gueule de la corne et faisait désormais face à un stand de lances longues et pointues. Il s'en empara d'une et se tourna vers la scène de bain de sang qui venait de commencer. Le garçon du Un qui s'était emparé d'un simple mais pas moins dangereux poignard avait déjà fait sa première victime et poursuivait désormais une fille qui avait eu le temps de ne s'emparer que d'un sac à dos. Non loin de Riley, deux jeunes d'une quinzaine d'années environs voire plus, se battaient en duel, l'un ayant un énorme sabre, l'autre une épée trop lourde qu'elle n'arrivait que très difficilement à manier. Jeena vit Riley se positionner pour lancer son arme qui atteignit le garçon au sabre en pleine tête alors que celui-ci venait justement de blesser son adversaire au bras. Sans attendre, le blond s'empara d'une seconde lance et tourna un regard vers sa prochaine victime. S'en rendant compte, celle-ci se laissa tomber et tenta de nager dans l'eau trouble qu'elle espérait sans doute assez sombre pour la cacher.
Puis, l'image passa à d'autres combats, la fille du Un qui tranchait la gorge d'un des plus jeunes alors qu'elle s'était avancée en direction de ceux qui n'avaient pas osé venir jusqu'à la corne d'abondance. Puis, ce fut l'image du garçon du Quatre qui visait sa prochaine victime à l'aide de l'arc dont il s'était emparé. La fille du Quatre quant à elle se battait violemment avec le garçon du Dix qui semblait lui résister. La silhouette d'Enola apparut alors, en prise avec un garçon de son âge. Elle se débrouillait plutôt bien et réussit à s'emparer de l'arme de son adversaire avant de le viser en pleine poitrine. Une autre fille armée d'une arbalète tenta de l'atteindre mais ne fit que dévoiler sa position. Enola la repéra et envoya valser son couteau vers sa prochaine victime.
L'image passa à nouveau sur Riley qui avait rejoint la jeune fille dont le bras saignant de manière abondante ne faisait que ralentir sa nage. Plantant sa lance juste devant celle qui était du district 8, apprit Jeena grâce à la petite icône à droite de l'écran, il y prit appui et enfonça son pied sur le dos de la fille du Huit qui disparut sous la surface de l'eau. Elle s'agita comme elle put, faisant tressaillir l'eau au dessus d'elle, mais finit bientôt par succomber au manque d'air. Soudain, un jeune garçon de quatorze ans semblait-il, fonça en direction de Riley, une énorme lame dont les courbures pourraient en effrayer plus d'un. L'entendant arrivé, il lui fit face, esquiva le coup et empoigna la main du garçon. Celui-ci tenta de se dégager en vain. Puis, son hurlement retentit soudain lorsque Riley lui disloqua la main d'un seul geste avant de s'emparer de ladite lame. Tombant à genoux en criant de douleur, le tribut du District 2 mit fin à aux souffrances de l'adolescent en enfonçant son arme en plein cœur.
Les images suivantes montrèrent ceux qui avaient réussi à s'éloigner que ce soit avec ou sans armes ou autres ustensiles de survie. S'enfonçant loin dans la forêt, il était parfois compliqué pour la fille du Onze d'enjamber les énormes racines. Le garçon du Douze, lui, semblait en pleine perdition de l'autre côté de la mangrove. Les autres rescapés suivaient leur instinct et continuaient le plus loin possible de la corne d'abondance où s'étaient regroupés les Carrières. Lorsque l'on revint sur la scène du bain de sang, l'on pouvait constater que celui-ci avait pris fin. Quoique, à se trainer ainsi dans les marécages maculés de sang des différentes victimes, ils semblaient réellement se baigner dans du sang. Autour de la gueule de la corne, ne restait plus que les six Carrières qui une fois encore avaient apparemment décidés de faire équipe. Vu qu'il s'était éloigné afin d'achever ses victimes, Riley fut le dernier à les rejoindre. Ce fut alors que le garçon du Un questionna le tribut du District 4.
« T'es touché au ventre, Blender ? »
Passant près de lui, Riley semblait vérifier que son allié du moment avait raison. Après un bref regard vers ce dernier, il se plaça devant le blessé feignant de vouloir l'examiner. Cependant c'est son énorme lame qu'il entreprit de presser contre la gorge du garçon du Quatre, dont la moitié du cou fut quasiment touché sur le coup. Le sang gicla en trombe sur l'assaillant qui détourna vivement la tête pour ne pas en recevoir dans les yeux.
« Quel retournement de situation, Mesdames et Messieurs ! Alors que tous les Carrières semblaient vouloir faire équipe, Riley Bowers, le tribut du District 2 en a décidé autrement et a mis fin à la vie et donc participation de Blender Stann, le tribut masculin du District 4. Comment va réagir la tribut féminine de ce District, qui pour l'instant est à l'intérieur de la corne d'abondance afin de se procurer des médicaments pour son compatriote ? Ah, la voilà qui sort et qui voit la scène ! Elle reste interdite pour le moment et vous pouvez voir qu'elle avait finalement trouvé une trousse de secours. Que... Quel rebondissement, c'est extraordinaire, la voilà qui s'est emparée d'un sac à dos et qui a pris les jambes à son cou, c'est le cas de le dire ! L'alliance qui semble s'être préparée à l'avance n'est donc réduite qu'à quatre tributs, ceux des deux premiers Districts ! Quels Jeux, Andreis, quel magnifique début pour ces 34ème Hunger Games ! »
La voix du commentateur semblait résonner dans la pièce alors que Jeena n'y avait fait que très peu attention lors du lancement des tributs. Sa mère lui tendit une infusion de plante qu'elle ne refusa pas.
- Wow... commenta Abe, toujours captivé par l'émission qui faisait défiler les images du bain de sang, certaines au ralenti. Il a raison, c'était un super lancement ! ajouta-t-il alors que Jeena lui lança un regard réprobateur.
- Je suis officiellement la petite-amie d'un meurtrier, Abe. Garde tes commentaires pour toi, tu veux.
- Mais je n'ai rien dit ! Juste que ce début était génial ! Ce n'est pas de ma faute si ça l'était vraiment. D'ailleurs, Riley y est pour beaucoup je trouve. S'il continue comme ça, il va gagner à coup sûr !
La jeune fille ne répliqua rien, mais laissa trainer sur lui son regard perçant avant de boire une gorgée de sa tisane. Qu'avait-elle à répondre après tout. Il n'avait malheureusement pas tort. Ce décor, ces rebondissements, tout cela était facteur d'un réel bon début de Jeux. Mais voilà, il ne s'agissait pas que des inconnus à ses yeux. C'était Riley qui avait transpercé ces trois garçons de toutes parts et noyé cette fille. Elle n'avait pas besoin de lever la tête pour voir défiler ces images, car c'est bien dans son esprit qu'elles s'étaient ancrées. Son attention fut à nouveau attirée par la télévision lorsque le commentateur leur apprit qu'une dispute semblait éclater au sein du groupe des Carrières.
- Je te jure Ator, que lorsque le temps sera venu je me ferai un plaisir de te découper en morceaux ! beugla la voix criarde de la fille du Un alors que tout le monde s'affairait à remplir les pirogues avec ce qui pouvait être utile, à savoir des vivres, des armes et autres ustensiles nécessaires à la survie.
- Quel plaisir ce sera de pouvoir t'arracher cette langue de vipère qui m'écorche l'oreille depuis tant d'années, Dana ! répliqua le garçon du Un sous les regards mi-amusés, mi-agacés des tributs du District 2.
- Et si vous vous y mettiez maintenant ? Ça nous ferait des vacances, intervint Riley.
- Oh mais ce serait avec plaisir, mais vu que Monsieur du District 2 a trouvé de bon goût de réduire notre équipe, on ne peut pas se permettre de perdre encore quelqu'un de l'alliance.
- La ferme, Dana ! rétorqua Ator. Si ce n'était pas lui, c'est moi qui l'aurais fait. L'alliance n'a pas à s'encombrer d'un blessé grave. Et cette peste du Quatre qui nous a lâché sans même avoir été capable d'éliminer le gars du Dix, on lui règlera son compte, soyez-en sûr.
- En attendant, on devrait tous se calmer et trouver de quoi faire cette excursion sur le fleuve, histoire de voir à quoi ressemble cette arène, tempéra Enola qui s'était fait plutôt discrète jusque là.
L'image repassa aux présentateurs qui rappelèrent ce qui avait été dévoilé lors des interviews, à savoir la haine viscérale que se vouaient les deux tributs du District 1 et qui avait d'ailleurs poussé le dénommé Ator à se porter volontaire lorsque ladite Dana avait été tirée au sort. Comme venait de le faire remarquer le commentateur, l'ambiance au sein de ce qui a été appelée l'alliance n'allait pas être de tout repos, au plus grand plaisir du public.
« Oh, mais attendez... Est-ce que ce serait...? Mais oui, Mesdames et Messieurs, incroyable ! Une cinquième personne est bel et bien présente auprès de la corne d'abondance. Est-il possible d'avoir une vue sur elle ? Ah, magnifique ! La régie fait toujours un travail fabuleux. Regardez sous le ponton, cette jeune fille qui tente de respirer dans les quelques centimètres d'air existant, et qui se cache de l'alliance en toute discrétion. »
Un gros plan sur la jeune fille qui était la tribut du District 12 apparut sur les écrans. Jeena s'était toujours demandée comment pouvait faire cette fameuse régie pour avoir de telles images. Y-avait-il des caméras partout ? En tout cas, il semblait improbable qu'elle puisse avoir eu l'idée d'en implanter sous le ponton. Et pourtant, on voyait bien distinctement cette adolescente de seize ans se démener le plus silencieusement possible afin de respirer malgré les vagues provoquées par les allées et venues des Carrières jusqu'aux pirogues. Alors que tous se demandaient si l'alliance s'en rendrait compte, la réponse sembla venir presque aussitôt.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Enola alors que Riley enfilait ce qui paraissait être une montre.
- Un énorme coup de chance, répondit le jeune homme avec un sourire en coin.
- Fait-voir, ordonna le garçon du Un en lui tirant brusquement la main avant que Riley ne se dégage de sa prise.
- C'est quoi, un GPS ? s'enquit Dana, près des pirogues.
- Je commence à en avoir marre que tu te tapes toutes les bonnes choses, Bowers ! D'abord le gars du Quatre et maintenant cet espèce de radar, grogna Ator en s'avançant vers le ponton et les embarcations.
L'image passa sur la fille du Douze, qui, bien que camouflée par le ponton recevait de plein fouet l'agitation de l'eau à l'approche du Carrière. Désormais entourée par les deux tributs du Un à leur insu, l'affolement semblait s'être emparé d'elle. Puis, apparut l'image d'Enola qui jetait un œil à la fameuse montre radar toujours accrochée au bras de Riley. Elle attira soudainement l'attention du blond de manière silencieuse et lui désigna quelque chose. Fronçant les sourcils, le jeune homme regarda devant lui mais ne vit que les deux autres membres de l'alliance encadrer le ponton, prêts à embarquer dans chacune des pirogues. Il était clair que les deux tributs du District 2 venaient de débusquer la fille du Douze grâce au radar. Comme si cela devenait une évidence, il s'avança vers le présentoir de lances qu'il semblait affectionner depuis le début de la compétition et s'équipa de l'arme qui s'y trouvait. Puis, il se dirigea à grandes enjambées sous les regards soupçonneux des deux tributs du Un. L'image passa rapidement sur la jeune fille qui commençait à se sentir encerclée et à paniquer. L'on vit à nouveau Riley, grimper sur le ponton et s'y positionner en fonction de ce que lui indiquait le désormais précieux objet accroché à son poignet.
La lance s'enfonça brusquement à travers le bois du ponton alors que l'image passa de l'air redoutable et appliqué de Riley au corps sans vie de la fille du Douze empalée par ladite lance.
« Tu peux ajouter la mort de ce tribut aux choses que tu m'envies, si tu veux, Ator. »
La phrase avait suivit le bref cri d'horreur et de douleur de la malheureuse victime avant que son assassin ne finisse par retirer l'arme du crime et par l'envoyer à Ator qui la rattrapa avec aisance. Comprenant ce qu'il venait de se passer, il fit voler la lance jusqu'à l'un des arbres alentours comme si cela lui permettait de faire disparaitre la frustration de ne pas être celui qui venait de tuer la dernière victime. Puis, ce furent les commentateurs qui apparurent à l'écran, s'en donnant à cœur joie face à la nouvelle action de l'un des membres de l'alliance.
Et de cinq, ne put s'empêcher de comptabiliser Jeena. Etait-il celui qui avait fait le plus de victime ? Le décompte des corps n'avait pas encore pu se faire, les Carrières se trouvant toujours sur les lieux. Toutefois, le pronostique des présentateurs allait bon train et ils estimaient un peu plus d'une douzaine de morts. La suite de l'émission se consacra alors sur les tributs enfouis au beau milieu de la forêt. Au bout d'un moment, Jeena se leva et se dirigea dans les toilettes. Elle y resta plus de temps que nécessaire alors que tout un tas d'images traversaient son esprit. Les victimes de Riley, ses adversaires, ses alliés, les rires gras et l'enthousiasme cru qui devaient abonder chez les Kane, leurs invités s'empiffrant et fiers que les tributs de leur District fassent une si bonne entrée en matière dans les Jeux de cette année. Se passant de l'eau sur le visage, elle contempla le reflet que lui renvoyait le miroir.
Ses yeux couleur noisette la fixaient d'un air désillusionné alors que sa pâleur la désola. Elle n'arrivait pas à mettre de mots sur son ressentit actuel. Riley avait raison, elle réfléchissait trop et cela ne pouvait se révéler qu'handicapant lors de telles épreuves, que ce soit dans l'arène ou non. Alors elle tenta de se reprendre et son regard se fit plus déterminé. Riley était encore vivant et faisait partie des favoris, rien ne pouvait mieux aller. C'était là le principal, peut importait les dommages collatéraux que cela impliquait. Ce garçon dont il avait broyé la main puis transpercé de sa lame n'aurait pas hésité à l'éventrer lui aussi si Riley n'avait rien fait. Tuer ou être tué, telle était la règle de l'arène des Hunger Games.
Voili voilou pour la fin de ce second chapitre !
Pour être honnête, je suis vraiment curieuse de savoir votre impression sur le début de ces Jeux à travers un simple téléviseur. J'ai eu l'impression de répéter souvent le mot "images", mais bon. Bref, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques !
A bientôt j'espère,
Desea Oreiro
