Bonsoir à tous !
Voici le troisième chapitre qui j'espère continuera à vous faire aimer cette histoire !
En tout cas, merci à tous pour vos nombreuses reviews, c'est super encourageant et très plaisant !
Je vous souhaite une bonne lecture !

A June: Merci d'avoir laissé un petit mot ! Je suis ravie que ce point de vue, qui c'est vrai est plutôt rare, te plaise ! Eh oui, Riley semble jouer à fond ce jeu qu'il a attendu toute sa vie ! Reste à voir les conséquences que cela peut avoir... ^^ Bonne lecture et merci !

A Kira : Merci pour tes encouragements ! J'espère que la suite te plaira ! A bientôt j'espère !

A Fan de Twilight : Ah je suis contente que tu ais aimé le passage ! Cela m'avais fait marrer d'insérer un tel acte ! hihi J'espère que la suite des jeux te plaira toujours autant ! Encore merci de me suivre depuis le début !


Chapitre Troisième :

Une poignée de personnes était rassemblée sous l'immense écran de la Grande Place du District Deux. L'image diffusée était celle du Président Snow couronnant le vainqueur des Hunger Games. Si la petite et mince silhouette du dirigeant de Panem était parfaitement reconnaissable avec son élégant costume blanc et le bouc soigneusement taillé qu'il arborait depuis le début de sa présidence il y a quelques années de ça, celle dudit vainqueur ne disait vraiment rien à Jeena. Une fois la couronne posée, Snow se tourna vers la caméra qui le filmait, ses yeux d'un calme effrayant semblant sonder les téléspectateurs.

« Que les Hunger Games se poursuivent et puisse le sort, vous être favorable. »

Des acclamations accompagnaient la phrase du Président avant qu'un gros plan ne soit fait sur le visage de celui qui fixait l'objectif d'un air toujours aussi terrifiant, un sourire malsain aux lèvres. Puis soudainement, les acclamations se transformèrent en cri de guerre et les personnes alentours sortirent des armes de nulle part avant de se jeter sur le premier venu. Face à cet effroyable retournement de situation, Jeena recula d'une manière bien trop lente à son goût, comme si ses mouvements se voyaient entravés par une force invisible. Elle buta finalement contre quelqu'un et se retourna aussitôt. Denis Deakin lui faisait face, la lame aux courbures effrayantes qu'avait usé Riley au début des Jeux dans les mains.

« Bonjour, Jeena. »

Le jeune homme la détaillait de ses yeux bleus sans sourciller une seule fois. Puis, il pencha lentement la tête sur le côté, avant que n'apparaisse sur son visage un sourire du même type que celui de Snow, toujours à l'écran.

« Au revoir, Jeena. »

Denis l'attaqua brusquement de son arme, l'air déterminé, alors que les combats aux alentours battaient leur plein. La jeune fille échappa de justesse au coup porté par celui qui semblait être devenu son adversaire, mais tomba à la renverse à la seconde frappe.

« Denis, arrête ! »

Son cri n'atteint pas son but puisque le jeune homme, au dessus d'elle continuait toujours à vouloir l'empaler. Roulant sur le côté afin d'esquiver la lame, elle se retrouva finalement face à une lance. Entendant le cri de hargne que poussa Denis en l'attaquant de nouveau, elle ne réfléchit plus, s'empara de l'arme fine et pointue, et se retourna au moment où il fondit sur elle. Un bruit métallique résonna lorsqu'il lâcha sa lame. Les mains tremblantes de Jeena lâchèrent brusquement la lance qui se trouvait désormais plantée dans l'abdomen de Denis. Elle se traina le plus loin possible de la vision qui s'offrait à elle. Paralysée par la terreur, elle ne put aller bien loin et observa ce qui se passait autour d'elle. Des habitants du District s'affrontaient de toute part et elle fut choquée de voir sa mère en prise avec Riza Bowers. Un aboiement attira son attention et elle vit avec horreur la petite Lyra courir après le chien des Kane, une épée en bois levée bien haut au-dessus de sa petite tête blonde. N'en pouvant plus de voir de telles atrocités, elle enfouit sa tête dans ses genoux, sous le choc, les mains sur la tête comme si cela pouvait la protéger.

Puis soudain, une cloche retentit, recouvrant alors tous les cris belliqueux qui l'entouraient. Il s'agissait étrangement du son exact que produisait la sonnette à l'entrée de chez elle. Les cris cessèrent brusquement et ne persistait plus que le son aigüe de la cloche. Trouvant, cela anormal, elle leva aussitôt la tête et se retrouva curieusement dans la pièce à vivre de son domicile en face de l' escalier. Plus aucun combat, ni aucun corps déchu ne l'entouraient. Sans prendre le temps de réfléchir aux choses étranges qui venaient de se dérouler, elle se releva et s'avança jusqu'à l'entrée. Le rythme régulier du son de la cloche lui faisait froid dans le dos. Avec précaution, elle dirigea sa main vers la poignée et ouvrit franchement la porte.

« Tu es Jeena ? »

La voix aigüe de Dana lui coupa le souffle. Que pouvait-elle bien faire là ? En l'observant avec plus d'attention, elle remarqua que l'adolescente de petite taille portait entre ses mains un mystérieux coffret en bois.

« J'ai quelque chose pour toi. »

Sans plus attendre, la tribut du District Un ouvrit l'objet, un sourire aussi carnassier que celui de Snow et de Denis aux lèvres. Jeena baissa son regard vers le contenu du coffret et contrôla difficilement le cri de terreur qui lui montait à la gorge. Un coeur rouge vif et saillant, encore palpitant, semblait battre à l'intérieur de cette boite.

« Non ! »

Le hurlement qu'elle poussa à la vue de ce qui semblait être le coeur de Riley emporta la jeune fille loin des images d'horreur qui venaient de défiler sous ses yeux. Se redressant brusquement dans son lit, Jeena se sentit plus essoufflée que jamais. Portant une main à son coeur affolé, elle tourna un regard vers sa chambre plongée dans un silence pesant. Ce n'était qu'un cauchemar, se dit-elle. Un horrible cauchemar... Se rallongeant sans aucune délicatesse, elle ferma les yeux, avant de les ouvrir à nouveau à l'arrivée de l'image de ce coeur vibrant entre les mains de Dana. Un coup d'oeil vers son réveil lui apprit qu'il était trois heures du matin. Elle avait à peine dormi deux heures.

La jeune fille n'arrivait pas à se débarrasser de cette désagréable sensation que lui avait procuré ce cauchemar. Comme si les images sanglantes auxquelles tout Panem avait assisté en ce premier jours des Hunger Games n'avaient pas été suffisantes, pensa-t-elle. En tout cas, cela l'avait été assez pour lui faire vivre une première nuit atroce. Comment se rendormir après ça ? Expirant bruyamment, Jeena se rappela la source indéniable de la fin d'un tel rêve.

C'était un peu plus tôt dans l'après-midi, alors que Jeena et sa famille étaient toujours attablés devant la télévision. L'émission consacrée aux Hunger Games s'était mise à diffuser la discussion qu'avait Riley et Dana alors que les Carrières exécutaient leur désir de parcourir l'arène grâce aux pirogues.

- Pourquoi ne pas vous entretuer tout de suite, maintenant que vous avez enfin l'occasion de le faire ? avait demandé Riley ramant énergiquement à l'avant de la pirogue qu'il partageait avec Dana, la tribut du District Un.

- Je t'avouerai que c'est très tentant et que ça me démange dès que je le vois polluer mon champ de vision. Mais, ce serait trop facile. Après tant d'année de conflits, il nous faut un combat digne de ce nom. Et le tuer dès les premières heures rendrait le reste de l'aventure un peu trop monotone à mon goût.

- Il me faudra donc gentiment regarder votre petit combat avant de pouvoir m'occuper de celui qui restera, avait-il ironisé, tout en guettant les rives broussailleuses du fleuve qu'ils parcouraient.

- Et qui te dit que tu seras encore vivant à ce stade du jeu ! La prétention dont tu fais preuve depuis le début est affligeante ! S'il n'y avait pas eu Ator, c'est toi qui me serait le plus sorti par les yeux !

- Quel dommage que tu ne puisses me réserver tout l'acharnement que tu sembles avoir à son égard.

- C'est ça, continue tes sarcasmes et je te promets que je ne te décevrai pas en matière d'acharnement,avait rétorqué Dana, le regard tellement mauvais que Jeena avait soudainement eu peur qu'elle lui enfonce le couteau qu'elle portait à sa ceinture en plein dans le dos.

- Et si tu m'en offrais un petit avant-goût ? Car pour l'instant, c'est Ator qui me semble plus intéressant à combattre, avait avoué Riley avec une nonchalance qui semblait irriter de plus en plus l'adolescente derrière lui.

- Dans un combat, l'improvisation est bien plus excitante que le calcul ! Mais je peux te promettre qu'une fois que je t'aurai arraché le coeur, mort ou vif, je ne manquerai pas de l'envoyer à ta chère petite Jeena ! avait-elle craché d'un air si mauvais que la susnommée avait manqué de s'étouffer en buvant une gorgée de sa troisième tisane de la journée.

L'image s'était alors concentrée sur les traits soudainement tirés du jeune homme qui n'avait vraisemblablement pas apprécié la remarque. Constatant qu'il avait cessé de ramer à l'entente de sa pique, Dana avait su qu'elle avait atteint son but et un sourire fier avait éclairé son visage.

- Touché, avait-elle enfoncé le couteau dans la plaie de sa voix aigüe. Monsieur le prétentieux arrogant du District Deux aurait-il un point faible finalement ?

- Je cautionne totalement l'idée d'Ator de te couper la langue, Dana.

- Ce qu'il veut, lui, c'est me l'arracher. Voilà bien deux actions différentes, l'avait-elle corrigé.

- Et bien c'est moi qui te l'arracherai si tu continues à pinailler de la sorte ! avait commencé à s'emporter Riley, supportant de moins en moins sa partenaire de pirogue qui en avait profité pour lui offrir un rire des plus agaçants, satisfaite de le faire ainsi sortir de ses gongs. Ator ! avait-il interpellé d'une voix forte le tribut de la pirogue voisine, à quelques mètres de là. Tu me feras le plaisir de récupérer ton binôme au prochain trajet !

Alors que Jeena s'était forcée à éloigner l'image ainsi suggérée par Dana tout le reste de la journée, son inconscient en avait indiscutablement décidé autrement. La cruauté des Jeux ne lui était jamais parue aussi flagrante que cette année, se trouvant alors à cette place que tant de personne avait dû occuper durant ces trois dernières décennies. Elle s'attendait à ressentir de l'inquiétude, de la peur et de l'espérance pour celui qu'elle souhaitait voir revenir. Mais après avoir vécue la diffusion de cette première journée des Hunger Games, un certain écoeurement semblait avoir pris le dessus sur tout le reste. Une répugnance à l'égard de ces images de tuerie ainsi qu'envers les paroles échangées au sein de l'alliance des Carrières, s'était emparée de son être.

La jeune fille ne pouvait s'empêcher de trouver égoïste le fait de ne discerner aussi distinctement tout cela qu'au moment de subir la participation de son petit-ami à de tels Jeux. Evidemment, elle n'avait jamais pris de plaisir à voir ces adolescents mourir, mais elle avait appris à observer tout cela avec fatalité, car telles étaient les règles du jeu. Mais désormais, un certain sentiment de révolte pointait en elle. Faire vivre tout cela aux enfants voyant leur existence en suspend, aux tributs obligés de commettre d'horribles actes pour survivre, aux vainqueurs devant passer le reste de leur vie avec les stigmates de leur aventure tout en ayant la charge de celle des tributs suivants, aux parents et autres membres de l'entourage de voir ainsi les personnes qu'ils aiment subir la loi des Hunger Games. Etre spectateur de cette ignominie était aussi quelque chose de punitif, que ce soit pour celui qui y vouait une certaine passion, pour celui se découvrant une inconsciente addiction ou encore pour celui forcé d'assister à un tel spectacle. Une punition, telle était la raison d'être des Hunger Games qui remplissaient plus que jamais leur objectif.

Dire qu'elle avait passé toute sa courte vie à se préparer à l'éventualité d'être l'un des maillons de cette chaîne. Mais en cela ne l'était-elle pas déjà ? N'était-ce pas déjà le cas pour tous ces adolescents appelés Carrières qui s'évertuaient à être les meilleurs combattants ? Et ces personnes, comme Riley, qui n'avaient qu'une idée en tête, celle d'être un vainqueur ? N'était-ce pas là une volonté de devenir plus qu'un simple maillon, le chaînon essentiel et indispensable que le Capitole réclamait ? Cette volonté de se démarquer était peut-être ainsi pour eux une façon d'échapper à ce que l'on imposait au commun des mortels. Se porter volontaire, signifiait peut-être, prendre son propre destin en main.

Jeena avait déjà pensé à une telle hypothèse en essayant de comprendre l'état d'esprit de son petit-ami, sans doute dans l'espoir de donner une certaine absolution à tout cela. Mais à le voir aussi vindicatif, jouant et se prenant si facilement à ce jeu mortel, la laissait bien perplexe. Elle tentait de se rassurer en se disant que cette personne qu'elle voyait évoluer n'était pas le Riley qu'elle connaissait. Mais pourtant, celui qui se trouvait à l'écran n'était autre que la continuation de celui qu'il avait pu être au cours de ses nombreuses heures d'entrainement. Cette même personne qu'elle avait appris à connaître et dont la subtile antinomie l'avait faite succomber. Car il était évident que si la personnalité de Riley ne s'était résumée qu'à ce jeune homme aussi froid et impitoyable qu'il laissait paraître, jamais elle ne se serait prise au jeu de l'amour avec lui.

Riley... Il ne lui avait jamais semblé aussi loin, dans tous les sens du terme. Alors qu'une question paraissait s'imposer, une réponse vint aussitôt balayer toutes ses réflexions. Qu'aurait-elle fait à sa place, ou plus précisément dans le cas qui serait le sien : à la place d'un tribut désigné par le sort ? La même chose. Tel était le constat dévastateur qu'elle ne pouvait nier. Si elle avait été dans cette arène, malgré tous les ressentiments qui aurait pu l'animer, elle aurait tué pour ne pas être tuée, tout en usant des talents ainsi peaufinés au cours de ses années d'entrainement.

Jeena soupira en s'extirpant de sous les draps avant de s'assoir sur son lit. Le contact de ses mains froides sur son front alimenta son désir de prendre une énième tisane associant camomille, marjolaine et serpolet. Sa mère, toujours aussi prévenante, avait eu la bonne idée d'en faire en bonne quantité. Il ne lui restait plus qu'à rejoindre la cuisine et réchauffer le tout. Lorsqu'elle s'exécuta, la jeune fille se sentit soudainement courtisée par cette télé qui semblait ne demander qu'à être allumée. Jeena avait déjà eu du mal à se détacher de l'écran trois heures plus tôt, sous l'insistance de sa mère. Sachant pertinemment qu'elle ne résisterait pas à la tentation, elle se força tout de même à attendre que sa tisane soit prête. Lui revint alors en mémoire les dernières images de la journée.

Au moyen de leurs pirogues, les Carrières avaient fini par rejoindre l'une des parois de la chute d'eau située à l'opposé du lieu de la Corne d'abondance. Ils avaient ainsi pu constater que l'arène se poursuivait en contrebas, en une étendue d'eau auprès de laquelle gisaient ce qui semblait être les ruines d'un temple, envahies par la végétation. Sous la proposition d'Enola, ils avaient décidé de laisser sur place quelques ustensiles pouvant leur être utiles une fois qu'ils reviendront au niveau de la cascade. Étaient ainsi dissimulés une corde, le matériel d'escalade ou encore une petite partie des provisions qu'ils avaient récoltés. D'ailleurs, avant de quitter la corne d'abondance, la petite alliance n'avait pas manqué de mettre à l'abri des regards une grande partie des vivres afin d'éviter que les autres tributs ne s'en emparent avant leur retour.

L'ambiance au sein du groupe mêlait tension et frivolité. Les présentateurs s'étaient même amusés du fait qu'Ator, le garçon du Un, avait quasiment sauvé la vie de Dana en lui tirant les cheveux alors qu'elle allait se prendre de plein fouet le champ de force installé non loin de la chute d'eau. Evidemment, la dispute qui suivit l'incident fut des plus mémorables, la jeune fille du Un considérant qu'il aurait pu la prévenir autrement que de cette manière aussi infantile. Le gros plan sur Enola qui glissait à l'oreille de Riley à quel point elle se retenait de les pousser tout les deux dans ledit champ de force avait provoqué l'hilarité des commentateurs. Ainsi donc, de part cet épisode, l'on avait pu comprendre qu'un champ de force était déployé tout autour de l'arène, à savoir sur presque toute la rive opposée de l'énorme forêt en forme de cercle. Seule la chute d'eau et ses alentours permettaient aux tributs de poursuivre leur chemin plus loin dans l'arène.

Puis, l'alliance avait continué son excursion sur le fleuve, persuadée avec raison qu'au vu de la courbe de ce dernier, il ne pourrait que les mener sur leurs pas au niveau de la corne d'abondance. Faisant ainsi le tour de la forêt entourée par les eaux, les Carrières remarquèrent que d'autres paires de pirogues étaient mises à disposition par deux fois, notamment sur la partie de la forêt face à la chute d'eau. Cette fois-ci ce fut le garçon du Un qui eut l'idée de saboter les deux pirogues situées à cet endroit. C'est ainsi que furent trouées les embarcations en bois de manière discrète afin de mieux pouvoir piéger ceux qui voudraient user desdites pirogues.

Lorsqu'ils avaient rejoint la Corne d'abondance, le groupe s'était autorisé un bon repas en piochant dans leurs réserves de vivre. Il était d'ailleurs temps pour eux de s'abriter puisqu'une pluie torrentielle s'était soudainement abattue sur toute la surface de l'arène. Alors que le soleil avait précédemment illuminé ce paysage équatorial, c'est de la grisaille semblant pesante qui s'empara des alentours. Dana eut du mal à raviver le feu qu'ils avaient décidé de mettre à l'abri à l'intérieur de la corne d'abondance, mais parvint à sauvegarder de légère braises chaudes qu'ils espéraient suffisantes pour les sécher. Il était vrai que les quatre tributs n'avaient pas fier allure entre la boue et le sang qui maculaient leurs vêtements.

Comme si elle s'en était rendue compte, Dana en surprit plus d'un en se déshabillant avant de se diriger vers le ponton, simplement couverte de ses sous-vêtements. La jeune fille avait alors entrepris de laver ses habits à l'aide du savon qu'elle avait trouvé dans l'un des paquetages de la Corne d'abondance. Riley avait dû trouver cette idée pas si idiote que ça puisqu'après un regard vers son haut et sa veste tâchés principalement du sang du tribut du District Quatre, s'était levé à son tour afin de rejoindre la fille du Un. Ne se débarrassant dans un premier temps que de ce qui recouvrait le haut de son corps, il se retrouva bientôt à l'image de son alliée du moment, en simple boxer. La vision de ces deux Carrières pratiquement nus lavant et frottant leurs vêtements sous une pluie torrentielle semblait amuser plus que jamais les présentateurs de l'émission. Ils n'avaient d'ailleurs pas manqué de diffuser le court échange de paroles entre les deux Carrières.

« Chanceuse la Jeena. »

Avait lancé Dana dont l'air appréciateur et le sourire mesquin avait fait naitre une pointe de courroux en Jeena. C'était la deuxième fois que la tribut du District Un faisait référence à sa personne et elle n'appréciait pas du tout cela.

« En tout cas, elle n'a rien à t'envier. »

Avait répliqué le blond après avoir laissé trainer sur elle un regard désabusé. Un sourire moqueur était apparu sur le visage de Riley face aux yeux perçants qui l'avaient fixé en retour. Sachant que tout cela s'était déroulé sous les yeux de la famille Alyn au complet en pleine préparation du dîner, Jeena s'était soudainement sentie très mal-à-l'aise et n'avait pas osé croiser le regard de ses parents.

Le reste de la soirée ne fut pas très mouvementée, les Carrières ayant décidé de se reposer le temps que la pluie se déverse avec autant d'intensité. L'émission tentait également de diffuser le plus régulièrement possible les actions des autres tributs solitaires. Sept autres rescapés du bain de sang s'étaient en effet enfoncés dans la forêt. Au total, treize adolescents avaient succombé à cette première vague de tuerie. La fille du Quatre semblait s'être mise en tête de longer le fleuve, tout en restant dissimulée dans les profondeurs de la forêt. Le garçon du Dix était le tribut le plus au coeur de cette terre équatoriale et avait dû faire face à l'attaque d'un Jaguar qui avait fini par s'enfuir aussi vite qu'il était apparu, une fois atteint de plein fouet par l'arme aiguisé du jeune homme. Le garçon du Douze s'était quant à lui, finalement décidé à quitter les zone marécageuses après avoir croisé un énorme serpent constricteur. Ce qu'il eut bien fait, puisque les pirogues des Carrières avaient longé cette partie de la forêt quelques minutes plus tard.

Le garçon du Cinq, seul rescapé des tributs âgés de douze ans avait pu récupérer le sac que l'une des victimes avait réussi à amener jusqu'à la berge. La fille du Onze quant à elle, avait filé sans rien, ni arme ni provision. Elle paraissait toutefois plutôt douée pour la chasse faite avec les moyens du bord et avait eut la bonne idée de récupérer de l'eau de pluie. Les deux filles du Cinq et du Sept ne se trouvaient pas loin l'une de l'autre lorsqu'elles décidèrent de s'arrêter pour la nuit qui commençait à tomber.

Tout paraissait donc calme lorsque Jeena s'était résolue à éteindre la télévision à la troisième demande de sa mère. L'émission sur la chaine principale avait pris fin depuis longtemps mais la jeune fille avait aussitôt basculé sur le direct live, qui diffusait en continu ce qui se passait dans l'arène et cela sans aucun commentaires. S'endormir n'avait pas été une mince affaire et elle se demandait si elle réussirait à nouveau à tomber dans les bras de Morphée.

Enfin sa tisane prête, elle s'en servit une tasse et s'installa en silence dans son fauteuil habituel, posant l'objet chaud sur la table. S'emparant enfin de la télécommande, Jeena exécuta son désir de voir ce qui se passait dans l'arène à cette heure si tardive ou si matinale selon les points de vue. Contrairement à ce à quoi elle s'attendait, les Carrières n'étaient plus au niveau de la Corne d'abondance pour la nuit. Alors que la pluie avait cessé, ils étaient désormais en plein exploration de la jungle, non sans être équipés de lunettes à vision nocturne. Riley en tête, l'alliance semblait suivre une direction précise. Jeena se souvint alors de la montre-radar du jeune homme et devina qu'ils étaient en quête d'une prochaine victime à abattre. Leur avancée entrecoupée d'images montrant les autres tributs, pour la plupart tapis dans un coin pour la nuit, paraissait bien longue.

Une fois sa tasse vide, la jeune fille hésita à rester devant l'écran tandis qu'aucune réelle action ne se déroulait. Avant même qu'elle ne prenne sa décision, la lumière s'alluma et Jensen Alyn apparut en bas des escaliers. Se sentant prise en faute, elle lui lança un sourire contrit.

- Tu n'arrives pas à dormir ? se contenta-t-il de lui demander en s'appuyant sur le dos du siège habituellement occupé par Abe.

- J'ai fait un cauchemar. Qu'est-ce qui te fait sourire, ajouta-t-elle remarquant l'air plutôt amusé de son père.

- Je repense à ces années où il suffisait de te prendre dans nos bras pour te calmer et chasser tes frayeurs nocturnes.

- Ca pourrait peut-être encore marcher, qui sait... proposa Jeena après un léger rire.

Jensen regarda sa fille dans les yeux durant quelques secondes avant de se diriger vers elle. Cela faisait bien longtemps que le père et la fille ne s'étaient pas laissés aller à de telles étreintes. Une fois auprès d'elle, il cala tendrement la tête de Jeena, encore assise, au creux de sa poitrine et la serra plutôt maladroitement. L'adolescente l'entoura de ses bras afin de ressentir cette pression qui la rassurait lors d'un câlin. Ils restèrent ainsi de longues minutes, avant que Jensen ne finisse par embrasser son front et s'éloigner quelque peu.

- Tu sais ce qu'il te faut, du chocolat. Rien de mieux pour remonter un moral en berne.

- Je doute que maman approuve cette idée, commenta Jeena alors que son père sortait déjà la tablette de chocolat cachée bien en hauteur.

Puis, Jensen s'installa à son tour à la table et lui offrit quelques carrés dudit chocolat. Un coup d'oeil vers l'écran leur apprit que rien de plus ne se passait dans l'arène, les Carrières poursuivant toujours leur excursion à travers les lianes et gigantesques racines. De temps à autre, le visage de Riley apparaissait à l'écran, faisant ainsi ressentir un certain manque à la jeune fille. Lorsqu'elle croisa les yeux de son père, un sourire triste se dessina sur son visage.

- Tu connaissais déjà maman quand sa meilleure amie était dans l'arène ? demanda-t-elle doucement, curieuse d'en savoir plus sur un sujet qu'ils n'abordaient jamais.

Jensen détourna son regard et s'appuya sur le dossier de son fauteuil dans un soupir las. Il semblait réellement attristé par l'évocation d'un tel sujet.

- Jeena... Il se trouve que je connaissais bien Narya.

- Alors toi aussi tu as vu l'une de tes proches tuer... et se faire tuer...

- Plus qu'à ce qu'a vécu ta mère, c'est à ce que tu vis toi en ce moment que ma situation ressemblait le plus.

- Qu'es-ce que tu...

- Narya était ma petite-amie, avoua son père sans lui laisser le temps de terminer sa phrase.

- Pourquoi ne jamais l'avoir dit ? interrogea Jeena, légèrement sous le choc d'une telle révélation.

- Cette partie de notre histoire, n'appartient pas à celle de la famille.

- Pourtant, je suppose que c'est à la mort de Narya que maman et toi vous êtes rapprochés.

- C'est une période de nos vie que l'on préfère oublier, Jeena. Période que tu es malheureusement en train de vivre. Même si rassures-toi, j'ai toutes les chances de croire au retour de Riley, voulut-il positiver avec un sourire encourageant.

- Oui... Il a plutôt bien démarré la compétition. Il ne lui reste plus qu'à éviter de finir comme la plupart des favoris des éditions précédentes, temporisa-t-elle en repensant au fait que le gagnant n'était parfois pas celui qu'on attendait.

- Espérons-le.

- Est-ce que lorsque tu la regardais dans l'arène, tu retrouvais celle que tu aimais...? osa-t-elle lui demander même si cela lui faisait bizarre d'évoquer l'amour que son père avait pu avoir pour une autre femme que sa mère.

- Je retrouvais la Narya du centre d'entrainement, répondit-il après une petite hésitation.

- Comment est-ce qu'on grandit avec tout ça ? Est-ce qu'il suffit juste d'oublier...?

- ll y a toujours un moment où cela te rattrape. Heureusement que ta mère et moi sommes là l'un pour l'autre.

- Si elle n'était pas morte, Abe et moi ne serions pas là, ne put-elle s'empêcher de faire remarquer.

- Si Narya n'était pas morte cette année-là, elle aurait été une vainqueur des Hunger Games.

- Est-ce que tu veux dire par là, qu'elle n'aurait plus été la Narya d'avant ?

- Moi non plus, je n'aurai plus été le Jensen d'avant.

- Mais...

- Narya n'est pas revenue, ma chérie. Et c'est de ta mère dont je suis tombé amoureux. Si tu t'inquiètes de savoir si c'est par dépit que nous nous sommes tournés l'un vers l'autre, sache que ce n'est pas le cas.

- J'aime Riley, déclara-t-elle tout à coup comme si cela lui avait paru important de signifier.

- Je le sais bien. Au plus grand désespoir de ta mère et moi car nous savions précisément dans quoi il allait t'embarquer.

- Il n'aurait pas été heureux s'il ne l'avait pas fait, argumenta Jeena alors qu'apparaissait la silhouette du jeune homme à l'écran.

- Sauf que c'est le bonheur de ma fille qui m'importe. Et tu ne me semble pas très heureuse, Jeena.

- Je le serai quand il reviendra.

- C'est tout ce que je te souhaite ma fille, c'est tout ce que je te souhaite, espéra son père qui ne semblait pas si convaincu.

Leur attention se porta soudain vers la télévision qui diffusait l'image des Carrières se faisant des signes silencieux. L'angle de la caméra permettait aux téléspectateurs de voir qu'ils se trouvaient à quelques mètres à peine du garçon du Douze, endormi, mais très bien dissimulé dans le creux d'un arbre. L'adolescent de quatorze ans semblait parfaitement maitriser l'art du camouflage puisqu'aucun des Carrières ne réussissait à le trouver. C'était pourtant ce que les quatre membres de l'alliance tentaient de faire, la montre-radar leur indiquant qu'ils étaient tout proches de leur cible. Malgré le silence qu'ils s'imposaient, l'agitation du groupe réveilla le garçon du Douze qui avait l'air de se retenir de pousser un cri d'angoisse à la vision des Carrières.

- Où que tu sois, on te trouvera, tribut ! s'exclama tout à coup Ator avec vigueur.

- Nous qui voulions nous faire discret, merci Ator, vraiment ! cracha Dana avec un énervement certain.

- Il sera plus facile à attraper une fois en fuite, assura le tribut du District Un.

- On peut être sûr qu'il ne bougera pas maintenant ! s'exaspéra Enola face au conseil implicite que venait de donner Ator.

- Il est juste sous nos yeux, taisez-vous et regardez autour de vous ! lança Riley alors que tous étaient toujours munis de lunettes nocturnes.

Quelques minutes s'écoulèrent avant que le malheureux garçon du Douze ne se fasse repérer. Ce fut Enola qui le découvrit et le visa de l'arbalète qu'elle avait récupérée d'une de ses victimes. Un cri perçant vibra aux oreilles de tous et Ator se tourna vigoureusement vers la source de ce bruit. La flèche ne semblait avoir atteint le tribut du District Douze qu'à l'épaule ou du moins de ce qu'on pouvait distinguer de son très bon camouflage. Ainsi cloué à son arbre, il ne put fuir devant l'assaut du tribut du Un qui enfonça son sabre dans ce qu'il devinait être le corps maigrichon du garçon du Douze. Un coup de canon retentit, signalant la mort de l'adolescent.

- Au suivant ! déclara fièrement Ator en se retournant vers Riley afin qu'il les guide vers leur prochaine victime.

- Il est pour moi, le prochain ! exigea Dana, semblant mécontente de n'avoir pu participer à la mise à mort.

- Ils sont tous beaucoup plus loin dans la forêt. Il vaudrait peut-être mieux attendre le lever du jour.

- Avec le coup de canon, l'effet de surprise est passée de toute façon. Ils seront tous sur leurs gardes, appuya Enola.

L'alliance décida ainsi de camper non loin de là, de manière à ce que le corps du gamin puisse être enlevé par l'hovercraft. Les images des autres tributs, pour la plupart réveillés par le coup de canon défilèrent ainsi sous les yeux de Jeena et de son père.

- Tu ferais mieux d'aller te coucher, Jeena. Tu me sembles épuisée, s'enquit Jensen en voyant le bâillement qui défigura temporairement le visage de la jeune fille.

- Tu as raison, il ne se passera pas grand chose avant demain matin de toute façon.

Le père et la fille éliminèrent les traces de leur passage dans la cuisine et regagnèrent l'étage afin de rejoindre leurs chambres respectives. A sa plus grande surprise, son père l'étreignit une dernière fois avant qu'elle ne disparaisse derrière sa porte. Il avait raison, elle était épuisée. C'était comme si tout d'un coup, elle subissait le poids de sa fatigue et de celle que pouvait entrainer la vision continue d'un écran de télévision. Une fois allongée sous ses draps chauds, Jeena s'endormit plutôt rapidement, ce petit moment passé avec son père lui ayant fait oublier le cauchemar qui l'avait réveillée plus tôt.


C'est ainsi que se termine ce chapitre, peut-être un peu plus court que le précédent. Mais j'ai trouvé que l'ouvrir et le refermer par un réveil nocturne passait plutôt bien, plutôt que de poursuivre avec le lendemain.
Et puis, je dois malheureusement vous avouer que l'échéance de mes exams m'empêcheront d'écrire jusqu'au moins le 14 mai, donc j'ai voulu vous offrir un dernier petit chapitre en ce dimanche soir !
J'espère qu'il vous aura plu !
Pour ma part, écrire le début de ce chapitre (ajouté à l'écriture de la fin du chapitre dernier) m'a mis plutôt mal à l'aise. Comme si une remise en question se développait en moi. Les thèmes abordés par Suzanne Collins sont au fond, plutôt révoltant et c'est d'ailleurs en cela que ce qu'elle écrit est magnifique ! Le fait, de reprendre tout ceci, m'a fait me demander, pourquoi je le faisais ? Est-ce aussi ici une vive critique de la cruauté et de l'abus d'un tel monde ? Qu'est-ce que je cherche à démontrer mise à part ma fanatitude de l'oeuvre de Collins ? Bref, c'était assez étrange comme sensation et j'ai voulu la partager avec vous.

En tout cas, j'espère tenir le coup et ne pas toucher à mon clavier d'ici la mi mai. Mais vivement que cette histoire puisse se continuer !

Encore merci de la suivre avec autant d'enthousiasme, et à la prochaine !

Desea Oreiro