Bonsoir à tous !

Tout d'abord, je tiens à m'excuser auprès de mes lecteurs pour la prolongation du délai que je m'étais fixé... Trois mois de plus, ce n'est malheureusement pas négligeable... J'espère tout de même que vous saurez vous remettre dans le bain de cette histoire, qui malgré les délais, sera quoiqu'il arrive poursuivie ! En tout cas, merci aux reviewers ainsi qu'aux lecteurs ! Je vous souhaite à tous une bonne lecture, en espérant que cela vous plaise toujours !

A Fan de Twilight : Comme toujours, mille merci pour tes commentaires qui sont toujours aussi plaisant ! J'espère que tu ne m'en voudras pas trop pour l'attente et que tu seras toujours aussi enthousiaste pour la suite ! Bonne lecture à toi !


Chapitre Quatrième :

De l'eau qui s'écoule. De la vaisselle qui se cogne. Une éponge qui frictionne. Jeena s'affairait à nettoyer les ustensiles dont elle avait eu besoin afin de préparer l'un des plats commandé par l'un des clients de sa mère. Il était midi passé et cette dernière était allée livrer ses différentes commandes de la journée. La jeune fille ne cessait de jeter des coups d'oeil à la télévision de la pièce non loin derrière elle, ce qui ne pouvait que la ralentir dans sa tâche.

Aucune autre victime n'avait été faite depuis la mort du garçon du Douze. Toutefois, d'action il n'en avait pas manqué, comme Jeena avait pu l'apprendre à son réveil. Elle avait été horrifiée de voir lors de la retransmission des moments forts de ces dernières heures, que les Carrières avaient manqué de se faire tuer à l'aube. Leur assaillant n'avait pas été l'un des tributs, mais l'un des nombreux prédateurs dont regorgeait cette jungle équatoriale. En effet, alors que l'alliance s'était décidée à patienter jusqu'au lever du jour, l'arrivée soudaine d'une multitude de fourmis les avait brusquement obligés à déguerpir au plus vite. Un rapide reportage sur ces insectes avait révélé qu'il s'agissait de fourmis légionnaires carnivores, ayant la particularité d'attaquer leurs proies de manière massive au cours de leur déplacement.

Consciente de la dangerosité de cette attaque, Jeena avait observé avec appréhension les images de celle-ci. Alors qu'Ator était en train d'effectuer son tour de garde, aux aguets, Dana et Enola passaient le temps en improvisant un petit jeu du bout de leurs doigts sur le sol terreux. Riley quant à lui, était yeux clos, adossé à un arbre. Percevant un bruissement de feuille à quelques mètres de là, Ator s'était levé, à l'affut du moindre danger en se dirigeant vers la source du bruit. Donnant un coup de sabre au niveau de la plante suspecte, le jeune homme n'y avait découvert qu'une carcasse d'animal recouverte d'insectes plutôt gros et qui semblait s'avancer sous l'impulsions de ces derniers. Il n'avait compris que tardivement qu'il s'agissait en fait d'une nuée de fourmis géantes, les premières rangées du tapis glissant qu'elles paraissaient former atteignant déjà les pieds chaussés du jeune homme. S'extirpant de la zone dangereuse le plus rapidement possible, Ator avait tenté tant bien que mal de se débarrasser des bêtes restées accrochées à ses chaussures et qui semblaient s'être déjà attaquées aux premiers morceaux de peau, pour ne pas dire de chair, à leur portée.

- Saloperies de bêtes !

- T'as peur de te faire bouffer par un insecte, Ator ? avait narquoisement lancé Dana en voyant la drôle de danse que paraissait faire le jeune homme.

- C'est pas toi qui te fais bouffer les jambes à ce que je saches ! avait-il rétorqué en se débarrassant de ses chaussures avant d'en faire de même avec son pantalon.

- Je crois qu'on a intérêt à déguerpir d'ici si on ne veut pas finir comme cette carcasse ! commença à s'affoler Enola en remarquant l'avancée certaine des fourmis vers le camp improvisé.

A ce moment, tout avait semblé s'accélérer. Dana avait fait un saut d'un mètre à l'approche des petites mais pour autant grosses bêtes, avant de tenter de leur lancer des pierres pour ralentir leur lente mais sûre avancée. Enola s'était dépêchée de rassembler toutes les armes ainsi que les vivres à sa portée. Ator s'était mis à jurer dans sa barbe en constatant les dégâts procurés par lesdites fourmis, une fois enfin débarrassé de ces dernières. Riley quant à lui, désireux de ne perdre aucun de leur matériel avait tout fait pour récupérer les armes laissées par Ator alors mêmes qu'elles étaient déjà envahies par les insectes dévoreurs de chair. De ce fait, il s'était à son tour fait attaqué par ces fourmis géantes, attirées par la chaleur des mains du jeune homme. Plantant la lance ainsi récupérée dans un arbre à quelques mètres de la zone infestée, Riley s'était éloigné de celle-ci et avait tenté de se débarrasser des insectes dont les morsures semblaient très douloureuses. Récupérant ce qui était possible, le petit groupe s'était éloigné tant bien que mal, la nuée d'insectes toujours à leurs trousses.

Au final, les quatre Carrières avaient rejoint la Corne d'abondance. Prévenants, les deux garçons avaient eu la bonne idée de soigner tant que faire se peut leurs blessures, un climat équatorial étant plus que propice aux infections. Cependant, la fille du Quatre s'étant sauvée avec l'essentiel pharmaceutique, les soins apportés ne se résumèrent qu'à un simple lavage à l'eau avant la pose d'un bandage sommaire composé de tissus et d'adhésif afin d'imperméabiliser au possible. Les commentaires concernant le risque majeur d'infection inquiétèrent quelque peu Jeena qui espérait que Riley se préoccuperait sérieusement de l'état de ses blessures aux mains et avant-bras au fil des jours.

L'ironie des choses fit que la jeune fille se blessa elle aussi à la main, son inattention lors de la vaisselle lui étant fatale. Abandonnant son poste, Jeena observa pensivement la goutte de sang qui s'échappait de la minuscule entaille creusée par un couteau un peu trop baladeur. Elle fut sortie de ses pensées par un frappement discret à la porte d'entrée du local de sa mère.

- Jeena ? Cest Karelle, ton frère m'a dit que je te trouverai surement ici, l'interpella une voix douce et féminine.

- Tu peux entrer, c'est ouvert, accueillit avec soulagement la jeune fille.

Alors que celle pouvant être considérée comme son amie la plus proche entra dans la pièce faisant office de cuisine, Jeena se tourna prendre de quoi désinfecter et protéger son doigt légèrement endolori.

- J'ai une surprise pour toi... lança la nouvelle arrivée sur un ton mystérieux.

- Lyra ! constata-t-elle la présence de la jeune soeur de Riley.

- Surpriiise ! s'exclama la fillette de quatre ans en accourant dans les bras de la petite-amie de son frère qui se baissa pour l'y serrer.

- Salut toi, la réceptionna-t-elle avant de la porter et de lui faire un gros bisou. Comment tu vas, dis-moi ?

- Ca va, répondit Lyra d'une petite voix en haussant les épaules.

- Je l'ai croisée avec sa mère tout à l'heure. Quand je leur ai dit que je comptais te rendre une petite visite, elle a absolument voulu venir avec moi.

- Tu as dit que tu viendrais à la maison, reprocha de sa petite voix Lyra, à la jeune fille qui n'avait pas encore eu le courage d'affronter les Bowers depuis le lancement des Jeux.

- Je sais, je suis désolée, s'excusa-t-elle simplement ne cherchant pas à argumenter.

- Tu t'es fait quelque chose à la main ? remarqua Karelle alors que Jeena entreprenait de déposer la fillette sur la table.

- Oh, c'est rien. Je n'étais pas très attentive en faisant la vaisselle.

- Vaisselle que tu n'as pas terminée. Je vais prendre le relais.

- Ne soit pas idiote, Karelle. Je suis encore capable de la faire.

- Ca ne me dérange pas, insista son amie.

- Riley aussi s'est fait mal à la main, intervint Lyra alors que Jeena ne put s'empêcher de la regarder tristement.

- Riley va bien, ma puce, tenta-t-elle de la rassurer. Il fait partie des meilleurs et a l'avantage d'avoir trouvé un radar.

- Sa montre ? Celle qui repère les autres tributs ?

- C'est ça.

- J'aime pas les fourmis. J'ai noyé le nid qu'il y avait dans le jardin ce matin.

- Tu sais bien que les bêtes qui sont dans l'arène, ne sont pas comme celle que l'on rencontre chez nous.

- Je veux que mon frère revienne.

- Moi aussi je veux que Riley soit à nouveau parmi nous, qu'il revienne nous agacer avec ses remarques bien placées, qu'il nous amuse avec ses blagues idiotes, qu'il soit là pour ton anniversaire et pour t'offrir le cadeau qu'il a caché dans ma chambre, révéla Jeena en essayant de faire revenir le sourire sur le visage de Lyra, ce qui fonctionna entièrement à l'évocation de son présent.

- Tu veux qu'il revienne pour te faire des bisous, ajouta la fillette en pouffant de rire comme l'enfant qu'elle était.

- Oui, aussi... fut-t-elle amusée à la réplique de Lyra.

- En tout cas, il est bien parti pour montrer à tout Panem toute l'audace et la supériorité dont il sait faire preuve, assura à son tour Karelle qui s'essuyait les mains, la vaisselle enfin terminée.

Jeena tourna vers elle un regard indéchiffrable trahi par le faible sourire qu'elle laissa transparaitre. Il fut difficile d'éviter d'aborder le sujet des Jeux au cours de la conversation qui suivit. Les deux jeunes filles accompagnée de Lyra, se contentèrent de partager leurs impressions sur la nouvelle arène. Elles étaient toutes deux d'accord pour dire que d'année en année les organisateurs semblaient se surpasser et que le contexte de jungle équatoriale pouvait réserver bien des surprises. La fillette exprima les inquiétudes profondes de Jeena en demandant s'il pouvait y avoir des bêtes encore plus dangereuses que les fourmis carnivores de la veille ? Karelle ne lui cacha pas qu'en général plus on avançait dans les Jeux, plus tout paraissait plus dangereux. Souhaitant couper court à la tournure que prenait leur discussion, Jeena décida de fermer et de quitter le local de sa mère.

Décidant de passer par la maison des Bowers afin de déposer Lyra, la jeune fille appréhendait de faire face à Riza, la mère de Riley. Sans doute cette dernière sentit-elle le malaise de Jeena, puisqu'elle s'abstint de proposer aux adolescentes de rentrer à l'intérieur. Ou alors était-elle tout aussi crispée que sa belle-fille à l'idée d'entamer une conversation sur le parcours de Riley dans les Jeux. Ce fut enfin seules que les deux amies reprirent leur marche, sans destination précise.

- Tu tiens le coup ? entama Karelle, inquiète pour son amie.

- Je n'ai que ça à faire de toute façon, répondit Jeena alors qu'elles continuaient leur ballade dont l'allure se faisait lente.

- Il faut dire que jusqu'à maintenant c'est plutôt positif.

- Jusqu'à maintenant, oui...

- Riley Bowers... Il aura vraiment eu ce qu'il voulait, celui-là. Et toi, il a évidemment fallu que tu tombes amoureuse de lui !

- Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! s'exclama Jeena après un rire nerveux, la réflexion de son amie lui faisant penser aux reproches qu'avait pu lui faire sa mère.

- N'empêche, votre couple en a fait rêver plus d'un.

- Pourquoi est-ce que tu parles au passé, reprocha froidement la jeune fille, qui arrêta son pas, plutôt agacée. Tu ne penses pas qu'il reviendra, n'est-ce pas ? continua-t-elle sur le même ton face au silence de Karelle.

- Je suis désolée, Jeena... Mais je pense effectivement qu'il faudrait que tu te prépares à cette hypothèse, plus que probable, avoua-t-elle en accord avec la franchise dont elle avait toujours fait preuve.

- Si c'est pour me dire ce genre de choses, ce n'est pas la peine de passer me voir ! s'énerva Jeena qui reprit sa marche, ne supportant pas d'entendre tant de pessimisme.

- Je sais qu'il n'a eu de cesse de te répéter qu'il reviendra grand vainqueur des Hunger Games, mais...

- Il en est capable.

- Oui, c'est évident. Mais cela ne suffit généralement pas pour gagner.

- Pourquoi tu me fais ça, Karelle ? la blâma Jeena en cessant tout mouvement, envahie par la peur et la douleur de la perte de l'être aimé.

- Parce qu'il est nécessaire que tu prennes réellement conscience de ce qui est en train de se passer.

- Ca c'est la meilleure ! Excuse-moi, mais quand je vois tous ces gens qui se goinfrent, qui s'enthousiasment et qui s'enflamment devant leur télé, je pense être la mieux placée pour avoir conscience de ce qu'il se passe dans ces Jeux !

- Jeena, je veux juste que...

- Que quoi ! lui coupa-t-elle la parole.

- Que tu acceptes que l'arrêt de mort de Riley est déjà signé. Et si vraiment par miracle il réussit à sortir vainqueur de ces Jeux, il est évident qu'il ne sera plus le même qu'avant. D'ailleurs si tu veux savoir, vu ce que sont devenus les précédents vainqueurs, et j'en sais quelque chose, il vaut sans doute mieux qu'il ne revienne pas.

- Karelle, j'ai toujours apprécié ta franchise. Et je sais pertinemment que ton point de vue sur les Hunger Games est à l'opposé de celui véhiculé par Riley. Mais en tant qu'amie, tu devrais me soutenir et non pas broyer mes infimes espoirs de retrouver celui que j'aime.

- Tu...

- Non, ça suffit maintenant, l'interrompit-elle à nouveau. Je penses avoir compris ce que tu avais à me dire. C'est ta façon de voir les choses, je la respecte. Mais ce n'est pas la mienne. Et ça, toi aussi tu dois le respecter. On se fiche de savoir qui a raison ou qui aura raison... Car de toute manière, nous ne sommes que spectateur de ce qu'il se passe.

- Eux aussi sont spectateurs, Jeena. Leur destin n'est pas entre leurs mains.

- L'espoir est vital tu sais. Mais toi tu n'en as apparemment pas, lança la jeune fille avec amertume.

- Toi, tu en as visiblement trop. Et le véritable espoir, Jeena, ce n'est pas que quelqu'un revienne vainqueur des Hunger Games, mais c'est que ces maudits Jeux disparaissent pour toujours. Ce n'est pas Riley, dont le volontariat alimente plus que jamais leur fichu système qui va faire en sorte que ce dernier explose.

- Tu devrais faire attention en dévoilant d'aussi glorieuses convictions, Leigh. Pas sûr que le Capitole accepte cet accès de rébellion, intervint soudain la voix de Denis Deakin dans le dos de Jeena qui sursauta.

- Aussi fouineur que toi, Deakin, c'est rare ! rétorqua Karelle, cependant mécontente d'avoir manqué de discrétion.

- Aussi réconfortante que toi, comme amie, c'est rare, répliqua-t-il avec ironie sur le même ton.

- Je peux savoir depuis combien de temps tu nous espionnes !

- Vous m'excuserez mais j'ai autre chose à faire que d'assister à une engueulade entre vous, les interrompit Jeena avant de les laisser et de s'éloigner.

- Jeena, ne le prends pas mal surtout. Tu sais bien que c'est ton bien qui m'importe, assura Karelle, voyant son amie tourner les talons, sans pour autant la rattraper.

En vérité, ce n'était pas vraiment surprenant de la part de Karelle Leigh de réagir ainsi face à la participation de Riley aux Hunger Games. Mais le manque d'ouverture de son amie insupportait Jeena au plus haut point. Sa relation avec le jeune homme l'avait plus ou moins éloignée de celle qui avait été sa meilleure amie d'enfance. Au fond, cela avait commencé dès leurs débuts au centre d'entrainement, puis lors de leurs premières confrontations face aux Hunger Games et au risque d'y participer. La jeune Karelle avait toujours semblé réfractaire au culte de ces Jeux et à l'entrainement intensif que subissaient les adolescents de manière bien souvent volontaire.

Il fallait dire que la famille Leigh avait dès la seconde édition des Jeux été durement confrontée à la réalité des Hunger Games. Baja Leigh, le grand-père de Karelle avait en effet été le premier tribut issu du District Deux à sortir vainqueur de l'arène à l'âge de dix-sept ans. Très vite, il s'était installé dans le village des vainqueurs aux côtés de sa petite-amie qu'il épousa et avec qui il fondit rapidement un foyer. Pour l'avoir rencontré, le père de Karelle, unique enfant de Baja, n'était pas un homme heureux. Malgré les apparences, naître fils de vainqueur et vivre avec les avantages que cela procurait fut une lourde charge pour Viktor Leigh qui portait la victoire de son père jusque dans son prénom. Adolescent solitaire, il tomba néanmoins sous le charme de sa future femme. Vera Maxwell avait vu son frère partir pour les Jeux, et ne jamais revenir malgré le coaching avisé de Baja Leigh. Brisée à jamais par cette perte, elle accepta volontiers la demande en mariage de Viktor malgré leur très jeune âge. Souhaitant plus que tout quitter ce monde dans lequel il avait grandi et auquel il n'adhérait pas, ce fut à l'âge de dix-sept ans qu'il épousa Véra et qu'il devint père à son tour d'une petite Karelle.

- Jeena ! fut-t-elle sortie de ses pensées alors qu'elle se dirigeait toujours vers sa maison.

- Qu'est-ce que tu me veux encore, Denis ! l'accueillit-elle agacée par le souvenir de leurs précédents échanges.

- Je ne t'ai rien dit de désagréable à ce que je sache.

- Mais ça ne saurait tarder...

- Ton amie a une drôle de manière de te soutenir.

- Qu'est-ce que je disais, soupira la jeune fille, faisant face à son interlocuteur.

- Je te défends là, je ne vois pas en quoi c'est désagréable !

- Cela ne te regarde pas tout simplement pas, Denis, voulut-elle clore le débat et reprendre sa route.

- Jeena, je suis peut-être la meilleure personne qui puisse te comprendre à l'heure actuelle, alors oui, j'estime que cela me regarde un minimum, lâcha-t-il avec un sérieux soudain, l'arrêtant et plongeant son regard océan dans le sien.

- Alyn, Deakin ! les interpella soudain une voix depuis une des habitations alentours. Vous feriez mieux de venir voir ça...

A l'entente de leurs noms, les jeunes gens furent surpris de trouver sur le pas de sa porte, un adolescent qu'ils croisaient souvent dans les salles du centre d'entrainement. Jeena le reconnu comme étant le fils des Glazier, mais il lui fut impossible de mettre un prénom sur ce garçon âgé d'une quinzaine d'année à peu près. Le ton de sa voix et ses propos les firent se précipiter vers lui, l'image de leur petit-ami et soeur leur venant immédiatement à l'esprit.

- Qu'est-ce qu'il se passe ! s'exclama Denis avant que Carter Glazier ne leur bloque le passage, un air grave sur le visage.

- Je suis désolé... lança-t-il sinistrement.

Un sentiment d'horreur s'empara de Jeena qui resta paralysée plusieurs secondes. L'état de choc passant plus rapidement pour Denis, ce dernier força le passage en bousculant sans ménagement Carter avant de débouler dans son salon. Revenant à elle, Jeena s'avança lentement tentant tant bien que mal de contrôler les tremblements qui la parcouraient. A quelques mètres de la télé, le regard de Jeena tomba sur le visage de Denis, qui semblait chercher à comprendre quelque chose, les sourcils froncés. Prenant son courage à deux mains, la jeune fille affronta enfin les images diffusées à la télé. Le son avait été volontairement coupé et n'apparaissaient à l'écran que la Fille du Cinq et la Fille du Sept qui paraissaient s'être alliées. L'encadrement rouge vermeille, signe qu'un tribut venait d'être tué sauta aux yeux de Jeena et confirma ses craintes quant au comportement de Carter Glazier. Les deux tributs féminines avaient leurs habits et armes tâchés de sang.

A qui ce sang pouvait-il bien appartenir ? Etait-ce celui de Riley ? Celui d'Enola ? Que s'était-il passé pour qu'un Carrière succombe aux mains de deux jeunes filles ? N'étaient-ils pas quatre contre deux ? Qu'était-il advenu des deux autres Carrières ? Etait-ce bien Enola ou Riley qui avaient été victimes de l'attaque mortelle ? Sinon comment expliquer l'air grave et désolé de Carter Glazier ? Riley était-il mort...? Alors que son coeur la serrait plus que jamais et qu'elle contenait tant que possible les larmes qui menaçaient de couler depuis quelques minutes déjà, un rire parvint à ses oreilles. Pourquoi quelqu'un riait-il ? Le District Deux ne venait-il pas de perdre l'un des ses tributs ? Puis, ce fut autour d'un juron de parvenir aux oreilles de Jeena. Détachant enfin son regard de la télé qui au final ne lui apprenait pas grand chose, elle vit Denis fondre dangereusement sur Carter Glazier qui s'esclaffait plus que jamais aux côtés d'un ami à lui. Alors elle comprit et la colère la submergea à son tour. Regardant en silence Carter parer tant bien que mal les coups proférés par Denis, Jeena se sentit soulagée de savoir Riley en vie. Un nouveau coup d'oeil vers la télévision lui apprit que la nouvelle victime était en fait le Garçon du District Cinq, âgé d'à peine douze ans et pourtant issu du même district que l'une de ses deux meurtrières.

- Laisse tomber, Denis, lança-t-elle finalement avant de séparer mollement les deux garçons en tirant Denis par le coude. Ils rigoleront moins quand ça leur arrivera un jour. Ce sera peut-être vous, vos frères ou sœurs, vos amis, vos futurs enfants...

- Oh, si on a plus le droit de rire maintenant ! se plaignit Carter en se relevant et en s'essuyant le filet de sang causé par l'un des coups qu'il n'avait pu esquiver.

- Comme vous avez pu le voir, on était explosé de rire, ironisa Jeena d'une voix cassante.

- T'abuses Alyn, on sait tous que Bowers sera le grand gagnant cette année, assura l'ami de Carter. Désolé, Deakin, ajouta-t-il en se tournant vers le frère de la tribut féminine.

- Il n'empêche que ta soeur s'est vachement bien débrouillée jusqu'à maintenant.

- Oui, mais Carter, c'est quand même de Riley Bowers dont il s'agit ! Personne n'arrive à sa cheville dans tout le District et ça m'étonnerait que ces deux clowns du Un arrivent à quelque chose.

- Allez tous vous faire foutre ! lâcha Denis que le dialogue des deux adolescents insupportait.

- Vous êtes irrécupérables, répliqua Jeena à son tour avant de se diriger elle aussi vers la sortie.

- On est en train de lui faire un éloge à ton Riley chéri, qu'est-ce qu'il te faut de plus Alyn ! s'emporta Carter exaspéré par l'attitude de ses invités inopinés.

- Que vous la fermiez et que vous respectiez un minimum les familles des tributs, rétorqua Jeena avant de claquer la porte derrière elle.

Denis qui semblait fulminer intérieurement l'attendait au bas du porche de la maison des Glazier. Quels fouteurs de merde, pensa-t-elle grossièrement en se remémorant la montagne russe que venait de subir son pauvre petit coeur. Jeena n'eut pas le temps de descendre une marche que la porte s'ouvrit à nouveau.

- Croyez-nous ou non, mais les Carrières sont en train de se faire attaquer à l'instant, prévint avec entrain et suspense l'ami de Carter Glazier avant de se précipiter à nouveau à l'intérieur.

Les regards de Jeena et Denis se croisèrent, tout deux jaugeant la crédibilité du jeune homme. Ne voulant prendre le risque de rater quelque chose d'important, la jeune fille retourna sur ses pas et se dirigea à contre cœur vers la télévision dont le son avait été monté. Carter et son ami, dont elle ignorait toujours le nom, accaparés par ce qui se déroulait sous leurs yeux encourageaient bruyamment les tributs de leur District.

- Si c'est encore une de vos blagues, je vous jure que... commença Denis en entrant à son tour dans la pièce.

- Ça n'en est pas une, l'interrompit Jeena qui fixait l'écran avec intensité.

En effet, cette fois-ci l'écran montrait bel et bien le groupe des Carrières se faire attaquer par deux tigres semblant très affamés. Ayant raté le début de l'attaque, Jeena avait seulement pu voir que les quatre tributs s'étaient réfugiés dans un gigantesque arbre à liane. Dana saignait de l'épaule gauche et avait l'air d'être la seule blessée. Toutefois, les félins n'en avaient pas fini avec ceux qui étaient désormais leurs proies. L'un d'entre eux monta lui aussi avec une certaine agilité dans ledit arbre. Le remarquant, Ator se dépêcha de monter le plus haut possible, Dana à sa suite grimaçait de douleur. Dans la précipitation, Enola qui semblait plus que mal-à-l'aise ainsi perchée sur les branches glissa et perdit l'équilibre. Denis poussa un cri et encouragea sa soeur qui avait tout de même réussi à se rattraper à l'une des lianes envahissant les nombreuses branches. Alors que le tigre monté dans l'arbre se rapprochait dangereusement de Riley et de Dana, celui resté à terre tentait d'atteindre la tribut du District Deux à coup de gueule et de grands sauts. Presque arrivée à la branche où pendait la liane sur laquelle elle s'accrochait éperdument, la malchance poursuivit la jeune Enola puisque ses mains glissèrent le long de ladite liane.

- - Putain, remonte-moi ça, Enola ! s'exclama à nouveau Denis, angoissé de voir sa sœur en si mauvaise posture.

Sous le poids de la jeune fille la liane se balançait plus que jamais, ce qui la préservait d'une certaine manière des assauts répétés du tigre au sol qui pouvait désormais l'atteindre en un saut. Comprenant qu'elle n'aurait sûrement pas la capacité de remonter à nouveau cette fichue liane, elle tenta d'augmenter son balancement jusqu'à pouvoir atteindre la branche la plus proche. Au deuxième essai manqué, Enola ne put éviter le coup de griffe du félin qui lui arracha une partie du pantalon, laissant alors visible une trace sanglante à son mollet droit. Le troisième essai fut le bon et ce fut avec courage qu'elle s'accrocha à la branche ainsi atteinte en essayant de se positionner de façon à ne pas lutter contre la gravité.

Alors que Denis, temporairement soulagé, félicitait sa sœur d'être encore en vie à cet instant précis, apparurent à l'écran Riley et Dana, en difficulté avec le second tigre désormais arrivé à leur hauteur. Les deux tributs se défendaient à coups de sabre et de poignard. Même blessé, le tigre continuait à fondre dangereusement sur eux. Obligé de s'engager maladroitement sur une branche s'affinant de plus en plus, Riley jura en constatant que le tigre le suivit lui plutôt que Dana. Armé de la lame aux courbures effrayantes qu'il avait récupéré auprès du Garçon du Six, il tenta le tout pour le tout et fondit droit sur le tigre rugissant et menaçant. Griffes contre sabre, le jeune homme ne put éviter le coup de mâchoire du félin qui mordit son adversaire au niveau des poignets.

Crispée sur le canapé dans lequel elle s'était assise quelques minutes plus tôt, Jeena regardait avec horreur son petit-ami se faire malmené par l'animal. La mâchoire de ce dernier semblait étrangement bloquée et la jeune fille grimaça d'horreur en imaginant les dents tranchantes plantées dans la chair de Riley.

« Vous attendez quoi les gars ! » Hurla le jeune homme à ses coéquipiers qui réagirent aussitôt, l'animal ne semblant plus réussir à se dégager de sa prise.

Dana, la plus proche, se jeta à son tour sur l'animal, poignard à la main, blessant le tigre à plusieurs reprises au niveau du cou et des omoplates. Venant enfin à bout de l'animal, elle aida Riley à décrocher la mâchoire du félin de sa prise sur les poignets et le sabre de Riley. Un gros plan apprit aux spectateurs que ce dernier, de ses mains emprisonnées dans la gueule de l'animal, serrait et tirait la langue de son assaillant dont la mâchoire n'avait pu se refermer complètement à cause du tranchant de l'arme ainsi positionnée. Jeena comprit également que les dents du tigre s'étaient fichées dans la montre-radar du jeune homme et non pas complètement dans sa chair comme elle l'avait imaginé.

Enfin dégagée, la carcasse du félin tomba à la renverse et atterrit brutalement sur le sol quelques mètres plus loin. Le second tigre s'approcha et renifla son compagnon d'attaque avant de le pousser d'une patte, comme s'il vérifiait qu'il était bel et bien mort. Apparut alors Enola à l'écran, armée de son arbalète restée logée dans la sangle dorsale réservée à cet effet lors de sa précédente mésaventure. La flèche atteignit de plein fouet le félin survivant qui finit par prendre la fuite.

Voyant l'action prendre fin, les commentateurs qui s'étaient plus ou moins tus à la vue de ce qu'il se passait - ou peut-être était-ce Jeena elle-même qui n'avait fait cas de leurs dires - se déchainèrent en récapitulant l'attaque dans les moindres détails.

- C'était... extra ! s'exclama Carter, s'attirant les foudres intérieurs de la jeune fille qui ne supportait plus l'enthousiasme ambiant des deux amis pour les Jeux.

- On a bien failli les perdre ! renchérit le deuxième.

- Ce que t'as vraiment perdu, Heath, c'est une occasion de te taire ! s'emporta Denis se retenant tant bien que mal de se jeter sur le dénommé Heath. Viens Jeena, on se barre d'ici.

- N'empêche, sans nous, vous n'auriez jamais assisté à l'attaque ! Vous devriez nous remercier, assura Carter Glazier avec une condescendance que ne supporta pas la jeune fille.

Ne pouvant plus contrôler l'envie primaire de faire mal à ce garçon qui la piétinait moralement depuis le début, Jeena qui s'était levée, se tourna vers Carter et lui asséna un coup de poing en plein milieu du nez. Tombant à la renverse sous l'impulsion de la frappe de la jeune fille, Carter Glazier porta ses mains à son visage et constata qu'il pissait le sang. Grimaçant de douleur, ce dernier adressa à Jeena un regard meurtrier.

- C'est ma manière de remercier ta manière de respecter les familles des tributs, déclara cette dernière avant de quitter pour de bon le domicile des Glazier, Denis à sa suite.

- T'as une belle droite, jolie Jeena, intervint celui-ci une fois dans la rue alors que tous deux marchaient à grands pas.

- Je suis encore énervée alors tes compliments à deux noises tu les gardes pour toi !

- Ils s'en sont sortis, Jeena, c'est ça le plus important, aborda-t-il alors le sujet qui n'avait pas quitté leur esprit.

- Oui, mais pour combien de temps ! Qu'est-ce qui va venir après les fourmis et les tigres ! Des araignées géantes ! s'exclama-t-elle en s'arrêtant, partagée entre la panique, la peur et la colère.

- Calme-toi, ça ne sert à rien de pleurer, tenta de la calmer Denis d'un air compatissant.

- Mais je ne pleure pas ! s'emporta la jeune fille qui ne remarqua ses larmes que lorsque le jeune homme posa sa main sur l'une de ses joues trempées.

Essuyant ses joues et cessant ces pleurs involontaires, Jeena expira fortement, marquée par la fatigue procurée par cette deuxième journée de Hunger Games. Denis en profita alors pour la prendre dans ses bras et la réconforter quelque peu maladroitement.

- Allez, tu savais bien à quoi tu t'engageais avec ce type.

- Denis, lâche-moi et tais-toi ! rétorqua sérieusement la jeune fille qui s'était crispée au rapprochement soudain du jeune homme, ce dernier ne cachant pas le sourire de satisfaction qui lui vint face à la réaction de Jeena.

- Comme tu voudras, Jeena Alyn ! Je vais même te faire le plaisir de te laisser tranquille, pas que ta présence me gêne, mais je meurs de faim, ajouta-t-il en faisant mine de s'éloigner.

- Comment tu fais pour avoir faim ?

- J'ai dit à ma sœur que je mangerai pour elle.

- Vous avez un drôle d'humour, vous, les Deakin. Bon courage pour la suite et... bon appétit alors.

- N'oublie pas, Jeena, une sœur ça ne se remplace pas ! Contrairement à un petit-ami... répéta-t-il la réflexion par laquelle il avait terminé leur conversation quelques jours plus tôt.

Tournant les talons, il se dirigea vers une ruelle qui le mènerait plus rapidement jusqu'à chez lui. Loin d'être touchée par le sous-entendu qu'elle se refusait à comprendre, Jeena sentit plus que jamais le manque de Riley. Le manque de ses bras, ses mains, ses lèvres et sa peau contre lesquels elle souhaitait plus tout être en contact. Le manque de son regard, sa voix, et son rire qu'elle rêvait de percevoir à nouveau. Le manque de son assurance, sa détermination et son calme placide qui savaient si bien la fortifier.

Elle s'en rendait compte, sans lui et tout ce qu'il représentait, elle n'était plus que la petite-amie éplorée qui passait son temps à s'inquiéter à tout va et à pleurer. Or, c'était exactement là ce que Riley lui avait demandé de ne pas faire et de ne pas être. Décidant de se reprendre, Jeena inspira profondément avant d'expirer fortement, les yeux fermés. Bougeant la tête afin de détendre au mieux les tensions présentes au niveau de sa nuque et de son cou, elle rouvrit les paupières et entreprit de rejoindre son domicile. Il fallait qu'elle mange, elle aussi. Ce n'était pas le ventre vide qu'elle serait capable d'affronter les heures, les jours voire les semaines à venir...


Voili voilou pour ce quatrième chapitre ! En espérant que ça vous aura plus !
J'ignore quand la suite viendra, je sais juste que je ne pourrai écrire durant deux semaines et qu'après ce sera la rentrée... Mais je vais faire en sorte de poster plus rapidement (ca doit pas être bien compliqué...) !

A bientôt j'espère !

Desea Oreiro