Bonjour à tous ! Me voici de retour pour ce cinquième chapitre ! Je pensais pouvoir le poster un peu plus tôt, mais cela m'a finalement pris plus de temps (il faut dire qu'il fait le double que le précédent aussi...) ! Désolée donc pour cette attente de deux mois ! Dur dur de jongler entre deux histoires quand on a peu de temps pour écrire...
En tout cas, je vous souhaite à tous une très bonne lecture ! Merci à tous ceux qui me lisent ainsi qu'à ceux qui m'ont laissé des commentaires ! C'est comme toujours très encourageant !

Bonne lecture !


Chapitre Cinquième :

Installée dans son lit, Jeena tenait contre elle Monsieur Bunny, jouant distraitement avec l'une de ses longues oreilles tombantes. La pauvre peluche, vieillie, usée et borgne, avait en fait appartenu à Riley lorsque celui-ci était enfant. Ce n'était autre que le cadeau de la petite Lyra pour l'anniversaire de la jeune fille, il y avait quelques mois de cela. Il n'allait sans dire que le propriétaire originel n'avait pas vraiment apprécié le geste de sa soeur, peu désireux de voir ressortir son passé de gamin accro à son « Monsieur Bunny ». Jeena avait été franchement attendrie en imaginant le petit bout de chou qu'avait pu être Riley, se trimballer la peluche à tout va. Elle se souvenait d'ailleurs de l'air bougon du jeune homme lorsqu'elle lui avait fait part de cette image. Histoire de le narguer un peu plus, Jeena avait même proposé de le lui rendre si cela était si dur de se séparer de son Monsieur Bunny.

Un sourire apparut sur les lèvres de la jeune fille en se remémorant de tels souvenirs. Retournant l'animal face à elle, elle le posa sur ses cuisses relevées et chaudement recouvertes de ses draps. Elle l'observa pensivement avant de lui tapoter inutilement le museau du bout de son index. Jeena soupira, secoua la tête et replaça la peluche contre sa poitrine, reportant alors son attention sur la télé fraichement installée dans sa chambre.

Elle avait en effet, passé sa journée à négocier avec ses parents afin de pouvoir récupérer le téléviseur du local cuisine de sa mère. Ces derniers, pas vraiment séduits par cette idée soudaine, étaient peu enclins à ce que leur fille soit collée 24h/24 devant un écran, et de surcroit, enfermée dans sa chambre. Néanmoins, Jeena avait su se faire convaincante usant certes de chantages anodins, mais réussissant tout de même à concrétiser son envie d'installer ladite télévision dans son antre et cela dès le soir-même. Son lit était vraiment plus confortable que les sièges de l'étage inférieur, pensa-t-elle, satisfaite de sa petite victoire du jour.

Comme cela arrivait toujours au cours des Hunger Games, la journée avait été bien calme. Aucune attaque, ni aucune mort n'étaient à déclarer parmi les neuf tributs restants. La mort du Garçon du Cinq avait été la dernière et la nouvelle alliance de ses deux meurtrières donnait une nouvelle ampleur aux Jeux de cette année. Il n'était pas rare que des alliances autres que celles des Carrières se forment. Elles étaient d'ailleurs parfois même nécessaires si l'on voulait justement faire le poids face à ces derniers. La difficulté était la confiance limitée qu'admettait ce genre de coalition. Il était déjà arrivé par le passé que des tributs fraichement alliés finissent par s'entretuer du fait d'une mauvaise interprétation de tel ou tel geste de l'autre. Quoiqu'il en soit, la fille du Sept et celle du Cinq semblaient s'entendre relativement bien, représentant ainsi un danger supplémentaire pour Riley et son groupe qui n'en avaient pas la moindre idée. Si encore la montre radar avait subsisté aux crocs du tigre de la veille, peut-être auraient-ils pu profiter de l'avantage de pouvoir constater le rapprochement entre deux des tributs. Mais l'objet précieux n'étant plus, le groupe des Carrières se voyaient désormais au même niveau que tous les autres.

Jeena essuya un bâillement face au débat du soir consacré aux "Alliances dans l'histoire des Hunger Games, avantage certain ou échec assuré ?". Elle s'assoupit même de longues minutes, avant d'être interpellée à l'entente du rire de son petit-ami. Cela semblait faire une éternité que ce son ne lui était parvenu. Ouvrant rapidement les yeux avant de les cligner plusieurs fois afin de régler sa vision troublée par son récent somme, la jeune fille aperçut à l'écran Riley en compagnie d'Enola, les deux tributs du District Deux semblant faire leur tour de garde. Un peu plus haut, l'on pouvait voir que Dana et Ator occupaient chacun une branche de l'arbre auprès duquel ils avaient décidé de camper. Les yeux clos, on pouvait supposer que les tributs du District Un dormaient. Lorsque Ator émit un léger ronflement, Jeena fut certaine que tel était le cas pour le tribut masculin.

Riley et Enola avaient gardé le silence depuis leurs éclats de rire et la jeune fille était curieuse d'en savoir la cause. Le jeune homme entreprenait de tailler un fin bâtonnet de bois à l'aide d'une petite lame. Au bout de quelques minutes, son utilité fut dévoilée lorsqu'il se mit à s'astiquer les dents autant que le permettait sa brosse-à-dents d'infortune. Jeena brisa le silence de sa chambre d'un léger rire. Rares étaient les tributs qui se confectionnaient ce genre d'accessoires, la plupart des participants n'ayant qu'en tête l'objectif de survivre et non celui du confort intime.

Un coup d'œil vers le feu allumé non loin d'eux, apprit à Jeena que le menu du soir avait été pour le groupe de Carrières, singe au feu de bois. Il ne restait plus grand chose du pauvre animal, mis à part une partie de sa carcasse et sa tête encore encastrée dans la broche sommaire qui avait permis la petite grillade nocturne. Au moins, ils semblaient pour le moment manger à leurs faims, tout en économisant les quelques provisions qu'ils avaient pu récupérer à la Corne d'abondance.

Enola quant à elle, paraissait concentrée sur la gourde qu'elle tenait à la main, l'air d'attendre quelque chose. Au bout d'un moment, elle finit par poser l'objet, entreprenant alors de défaire le bandage d'appoint qu'elle avait fait à sa jambe blessée. On pouvait voir que l'adolescente avait agrémenté son pansement et ses plaies de ce qui semblait être des feuilles médicinales.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Riley découvrant à son tour l'étrange substance verdâtre.

- Je vois que Monsieur le grand gagnant n'a pas pris la peine de faire un tour à l'atelier des plantes, ironisa-t-elle avec un sourire amusé.

- Et je constate que Mademoiselle Deakin a décidé de dissimuler son précieux savoir, enchaina-t-il sur le même ton.

- Oh, tu ne semblais pas si touché que ça. Tu aurais eu l'affreuse blessure de Dana, je t'en aurai sans doute touché un mot. En tant que tributs issus du même district, bien sûr, se sentit-elle obligée de préciser face au regard septique du jeune homme.

- Ce qui aurait été stupide de ta part. Me laisser crever d'infection est l'une des seules chances que tu as contre moi, Enola, affirma-t-il provoquant un rire légèrement moqueur chez son interlocutrice.

- Ma bienveillance me perdra, c'est ce qu'a dit mon frère.

- Pour une fois que Denis ne dit pas quelque chose d'idiot ! En tout cas, tu n'es pas bienveillante au point de faire part à Dana de l'existence de cette plante. C'est déjà ça.

- Je dois traduire ça par « Je ne suis pas si stupide que ça » ? Aïe... ravala-t-elle sa douleur soudaine au moment de dégager entièrement ses plaies.

- Ca a l'air sérieux, constata Riley en évaluant les dégâts.

En effet, la griffure du tigre n'était pas très belle à voir et paraissait plutôt profonde à certains endroits. Sans se départir de son calme apparent, Enola repris sa gourde et se versa précautionneusement de l'eau sur les mains, les frottant dans l'espoir probable de les nettoyer un tant soit peu.

- Je sais. Je compte justement recoudre les plaies les plus profondes, déclare Enola en écoulant son récipient d'eau sur sa main ouverte. J'attendais juste que les feuilles de neem fassent leur effet. D'ailleurs si tu tiens tant à te curer les dents, tu devrais utiliser les tiges de cette plante, elle a des propriétés antibactériennes.

- Encore faut-il que je sache à quoi cela ressemble.

- C'est l'arbre au longues feuilles, derrière toi, avec les graines, expliqua-t-elle en réceptionnant un genre d'aiguilles et leurs fils tombant de la gourde. D'ailleurs, si tu veux bien aller m'en chercher... ajouta-t-elle avec un sourire signifiant qu'il lui était en quelque sorte redevable désormais.

- Mais bien-sûr, accepta-t-il fallacieusement avant de se lever et de trouver ledit arbre. Où est-ce que tu as bien pu trouver ça ? demanda Riley une fois revenu, en désignant ce qui était en fait des épines dont le bout se terminait en longs filaments fibreux.

- Quelques épines terminales d'une agave que j'ai trouvé sur le chemin. Si tu les retire précautionneusement, la fibre intérieur vient avec elles, et c'est parfait pour faire office d'aiguilles. Evidemment, vu que c'est ma peau que je compte recoudre, je les ai faites chauffer avec quelques feuilles de neem histoire d'aseptiser le tout.

- C'est qu'on en apprend des choses dans cet atelier plantes, s'exclama-t-il mi-moqueur, mi-impressionné, en fixant les petites épines fibreuses.

- Voilà ce que c'est que de se jeter comme un bourrin sur les armes et de se pavaner comme si on était le maître de l'univers, lança nonchalamment Enola en versant un peu de son eau aseptisée sur sa blessure.

- De l'univers sans doute pas, mais de ces Hunger Games, j'y compte bien, répondit-il du tac-o-tac, un sourire mutin accroché aux lèvres.

Enola l'observa alors longuement, sans un mot, avant de finir par lui rendre son sourire et de baisser les yeux vers ses plaies. Elle inspira un bon coup avant de transpercer sa peau meurtrie par une première aiguille. La jeune fille ravala sa douleur en ne laissant transparaitre qu'un froncement de sourcils prononcés, avant d'entamer une percée sous-cutanée à travers sa plaie. Elle cessa tout mouvement durant quelques secondes, se demandant par où piquer à nouveau sa peau afin de refermer le plus convenablement sa blessure. Prenant enfin une décision, elle dirigea la petite épine vers le prochain point de sa suture d'infortune.

- Je ne ferai pas ça, à ta place, intervint soudainement Riley qui observait l'action de sa camarade de District.

- Tu as suivi des cours de couture peut-être ?

- Non, concéda-t-il. Mais j'ai observé notre charmante infirmière me recoudre l'avant-bras suite à un malencontreux accident. Evidemment c'était un tout autre matériel, mais le principe semble le même.

A ces mots, Jeena se remémora aussitôt ce soit-disant « malencontreux accident », qui était en fait survenu au cours d'un duel à l'épée entre eux-deux. Ils ne sortaient pas encore ensemble à l'époque, mais c'est en découvrant Riley assis sur un des lits de l'infirmerie par sa faute, qu'elle s'était surprise à être inquiète pour le jeune homme plus que de raison. Ce dernier n'avait en effet eu de cesse de la harceler, multipliant les duels dans les domaines les plus divers. Au départ, elle avait mit cela sur le compte de sa défaite non digérée lors de leur première rencontre, la jeune fille maitrisant mieux l'épée que lui. Tout d'abord agacée par le comportement de Riley, elle avait vite été flattée de l'intérêt qu'il semblait lui porter. Décidant de jouer son jeu, ils avaient alors enchainé les combats de toute nature, l'adolescent en remportant la plupart. Jeena avait en effet voulu profiter de ces occasions afin d'apprendre de l'élève le plus prometteur de ces dernières années, mais elle avait également été curieuse d'en apprendre plus sur celui qu'il était vraiment. Une complicité était née, suivie d'une attirance certaine, puis d'un amour non avoué.

C'était donc face à l'image du garçon de seize ans à l'époque, occupant l'infirmerie et fixant avec attention sa blessure fraichement suturée, qu'elle s'était arrêtée de se poser la question qui la taraudait depuis plusieurs jours de cela. Lorsqu'il avait levé ses yeux verts sur elle, une simple phrase avait retenti en elle « Je suis amoureuse de Riley Bowers ». Suivie de près par un las « Dans quelle galère me suis-je fourrée... », au moment où le jeune homme lui avait décoché un sourire envoûtant.

Perdue rêveusement dans ses souvenirs, Jeena ne put que coller à la réalité du jour cette même réflexion. La galère était finalement immensément lourde à supporter. Mais pourtant, tel avait été son choix. Son choix d'accepter son amour pour un futur volontaire. Son choix de le suivre et de le soutenir dans cette aventure rêvée, préparée et réalisée.

L'attention de Jeena se reporta sur la télévision. Elle découvrit que c'était Riley qui avait fini par s'emparer de l'aiguille et qu'il s'affairait précautionneusement à recoudre les plaies d'Enola en fonction du schéma qu'il avait semble-t-il retenu de son petit passage à l'infirmerie. Observant le ballet des doigts du jeune homme, la tribut féminine grinçait parfois des dents mais semblait retenir les cris de douleurs menaçant de s'échapper. Puis, ses yeux s'attardèrent sur Riley et semblèrent détailler chaque parcelle de son visage concentré.

Jeena savait pertinemment que de nombreuses filles du District n'étaient pas insensible au charme de son petit-ami. N'ayant pas pour habitude d'être jalouse, elle n'en faisait pas vraiment cas, cette attirance se confondant souvent avec l'admiration que pouvait avoir les jeunes en général pour Riley Bowers. Toutefois, lorsque le regard de ce dernier rencontra celui d'Enola au cours de longues secondes de silence, la jeune fille ne put empêcher cette sensation désagréable de s'insérer en elle. Brusquement, Riley arracha un cri à Enola, ayant l'air de s'être fait plus rude au niveau de sa suture.

- Désolé, s'excusa-t-il alors en nouant la fibre, signe que la première plaie était désormais refermée.

- Depuis quand tu t'excuses de faire mal à quelqu'un, Riley ? ironisa avec humour la jeune fille alors qu'il rompait le fil à l'aide d'une lame de couteau sortie de sa ceinture.

- J'ai l'air peut-être insensible et sans cœur, mais tout ce que j'ai fait jusqu'à maintenant c'est dans l'unique but de gagner.

- Suturer mes blessures ne va pas t'aider à gagner.

- C'est moins marrant si vous tombez tous comme des mouches à cause d'infections, répliqua-t-il, un sourire sardonique sur le visage.

- Oh, ce n'est donc pas une simple mais dangereuse bienveillance à l'égard de ta camarade de District.

- Je ne souhaite pas avoir ta famille à dos, lorsque je rentrerai.

- Je doute que Denis te porte un jour dans son cœur, commença-t-elle narquoisement, surtout si c'est ta lame qui transperce le mien lorsque viendra le moment.

- J'espère ne pas être celui qui le fera, Enola, avoua-t-il avec d'une sincérité rare en fixant la jeune fille.

- Moi non plus je ne veux pas être celle qui contrecarra tes plans. Mais... dommage, l'on a pas toujours ce que l'on veut dans la vie, ajouta-t-elle en baissant les yeux, tentant de se concentrer à nouveau sur sa blessure.

La même sensation désagréable traversa Jeena en entendant cette dernière phrase prononcée. Riley ne répondit rien et ne prit pas la peine de relancer la conversation au cours des dernières sutures que nécessitaient les blessures d'Enola. Lorsqu'il eut fini, il se lava les mains avec le reste d'eau aseptisée de la gourde. Sa patiente le remercia avant de s'occuper à son tour des légères blessures du jeune homme qui ne nécessitaient que d'un nouveau bandage agrémenté de quelques feuilles de neem mâchées. Puis, il fut convenu qu'ils diviseraient leur tour de garde en deux, la jeune fille se chargeant des deux heures restantes, lui des trois dernières.

Riley s'éloigna ainsi et disparut de l'écran. L'antenne se consacra alors quelques secondes à Enola, suivi du repos des deux autres membres de l'alliance, avant de passer sur les autres tributs qui pour la plupart avaient trouvé refuge dans les arbres. La fille du Onze s'était même installée dans un enchevêtrement de lianes faisant en quelque sorte office de hamac d'infortune. Alors que l'image de la fille du Quatre, se réchauffant près de son feu de camp, passait sous les yeux des téléspectateurs nocturnes, l'écran afficha brusquement celle de la tribut du District Onze. L'adolescente âgée d'une quinzaine d'années, plus ou moins confortablement installée au creux de ses lianes, semblait dormir à poings fermés. Un gros plan fut alors fait sur la branche d'arbre à laquelle le tout paraissait accroché. Jeena mit quelques secondes avant de repérer le très mince et longiligne serpent qui se déplaçait lentement vers la jeune tribut. De la même couleur que les lianes qui maintenaient cette dernière, sa très longue et fine tête se confondait sans problème avec les extrémités du cordage végétal environnant.

Son avancée l'amena jusqu'à la fille du Onze, sur laquelle il commença à ramper doucement. Ayant certainement senti une légère activité autour de sa jambe, l'adolescente se réveilla en sursaut et observa fébrilement son membre inférieur. Ne le voyant pas tout de suite, ses pieds étant eux-même suspendus à plusieurs lianes, un soudain cri s'échappa de ses lèvres au moment où elle repéra le fin reptile. Secouant sa jambe avec affolement, elle ne finit que par énerver le serpent qui se sentit menacé. L'animal ouvrit sa gueule avant de brusquement fondre sur la cuisse de son attaquante afin d'y planter ses minuscules crocs. C'était désormais dans tous les sens que se tournait la fille du Onze qui ne réussit qu'à s'emmêler encore plus au sein des lianes. Une deuxième morsure atteint son dos alors que le serpent tentait lui aussi de se dégager de celle qu'il considérait comme son assaillante. Constatant qu'il arrivait dangereusement au niveau du haut de son corps, la tribut se calma tant bien que mal et entreprit de stopper l'avancée du reptile en l'empoignant de ses deux mains. Lorsque ce fut fait, celui-ci ondula et sembla glisser, s'échappant presque avant que la jeune fille ne le serre davantage. Sa gueule s'ouvrit en plusieurs fois et sembla alors projeter vers sa geôlière des sécrétions de son cru.

Au vu de la réaction de la fille du Onze, Jeena devina que ces dernières étaient plus nauséabondes que véritablement dangereuses. La tribut balança au loin le serpent qui virevolta dans les airs avant d'atterrir sur le sol et de se sauver. Après quelques minutes, elle se libéra enfin de ses lianes et entreprit de vérifier les morsures ainsi subies par le petit reptile. Celles-ci ne paraissaient pas la faire souffrir et le soulagement traversa son visage. Comme si l'envie de s'éloigner au possible de cet endroit l'avait envahie, elle entreprit de lever le camp et de s'enfoncer plus profondément dans la forêt. Alors que sa silhouette disparaissait au loin, la tribut se gratta le dos à l'endroit où le serpent avait planté ses crocs.

Jeena espéra pour l'adolescente qu'il ne s'agissait la que de simples démangeaisons, avant de se dire que si le venin du reptile était mortel, cela ferait une personne en moins à tuer pour que Riley survive. Elle s'allongea brutalement sur le côté à cette pensée qui lui paraissait terrible. La participation de Riley aux Jeux lui faisait souhaiter la mort d'innocentes personnes et cela lui était insupportable. Décidant qu'il était sans doute temps pour elle de sombrer dans le sommeil contre lequel elle luttait depuis plusieurs minutes, Jeena s'empara de la télécommande et la dirigea vers la télé afin d'éteindre cette dernière.

Aucun bouton ne fut pressé, pour la simple et bonne raison que c'était Riley qui passait à l'antenne à ce moment. Le jeune homme, la tête appuyée contre le sac qu'il avait récupéré à la Corne d'abondance, était allongé sur le dos et observait le faux ciel étoilé qu'offrait la clairière dans lequel le groupe des Carrières s'était arrêté. Jeena reposa la télécommande, s'empara de Monsieur Bunny et se positionna à l'envers de son lit. Ainsi affalée sur le ventre, la jeune fille posa sa tête contre la peluche sans cesser de dévisager Riley. Un manque intense s'empara d'elle alors que le vide de son cœur paraissait la creuser au plus profond.


« Jeena... »

Assise sur le lit de sa fille, Avalon Alyn invitait doucement cette dernière à sortir de son sommeil. Toujours placée à l'envers, Jeena adoptait une position fœtale, se servant de sa peluche comme oreiller. Sa mère la sortit difficilement mais surement de son sommeil, accompagnant ses appels de petites caresses capillaires. Gémissant légèrement, la jeune fille se mit sur le dos tout en étirant ses membres engourdis.

- Quelle heure il est ? demanda-t-elle la voix encore endormie.

- Neuf heure et demi.

- Déjà...

- Voilà ce que c'est que de passer sa nuit devant la télé. C'est ton père qui l'a éteinte ce matin avant d'aller à son travail, rétorqua sa mère, le reproche se faisant sentir dans sa voix.

- Je ne me suis pas couchée si tard que ça, si tu veux savoir.

- Tu ne t'es pas couchée, Jeena. Tu t'es endormie devant un écran encore allumé, c'est différent. Je savais que c'était une très mauvaise idée, ton père n'aurait jamais dû accepter !

- Sans doute, commença avec un semblant d'hésitation Jeena, est-il plus apte à comprendre ce que je ressens...

Un silence pesant s'installa dans la pièce alors qu'Avalon fixait sa fille avec raideur. Cette dernière était plus que mal-à-l'aise d'aborder le sujet Narya. Depuis qu'elle avait appris que la défunte tribut du District Deux des Quatorzième Hunger Games, n'avait pas seulement été la meilleure amie de sa mère mais également la petite-amie de son père, Jeena n'avait pas encore osé faire part de ce qu'elle savait désormais. Jusqu'à maintenant.

- Ton père t'a parlé de Narya, n'est-ce pas...

- Je ne comprends toujours pas pourquoi vous nous avez caché que papa et elle sortaient ensemble.

- J'ignorai que les parents se devaient de faire une liste détaillée de leurs amourettes passées à leurs enfants, répliqua avec ironie Avalon, le regard sévère.

- Mais c'était ta meilleure amie.

- Justement, Jeena, justement... soupira-t-elle. Durant toutes ces années et moments partagés avec elle, Narya était mon amie, ma confidente, mon pilier ici. La perdre fut une épreuve très difficile et douloureuse. Développer des sentiments amoureux pour ton père a été quelque chose de très dur à accepter. Quand nous avons compris que c'était réciproque, la culpabilité nous a évidemment envahi, surtout en ce qui me concerne. Mais nous avons surmonté toutes ces épreuves. La seule manière pour moi d'y parvenir, était de me rappeler d'elle en tant que meilleure amie et non pas en tant qu'ex de l'homme que j'aime. Notre famille s'est construite sur cet équilibre. Voilà pourquoi toi et Abe n'avez eu droit qu'à cette version de notre histoire.

Assister à une telle mise à nue était plus que rare. Avalon aimait sa famille et le montrait. Elle aimait son travail, l'exécutait et le partageait avec passion. A l'aise en société, la jeune femme n'avait jamais eu de soucis en termes de relations humaines, même s'il était vrai qu'elle réfutait toute exclusivité dans ces dernières. Mais s'il y avait une chose qu'Avalon Alyn ne faisait pratiquement jamais, c'était bien s'ouvrir intimement, parler d'elle, de son passé et de son ressenti intérieur. Jeena fut plus que touchée de voir cette fragilité chez sa mère, s'en voulant presque de l'avoir amenée à parler de quelque chose qui, elle le constatait, l'attristait plus qu'autre chose.

- Je suis désolée, maman... que notre conversation te fasse revivre tout ça, s'excusa toute penaude, Jeena.

- Tu n'as pas à t'excuser, ma puce. Il n'y a pas un jour depuis la Moisson où je ne repense pas à tout ceci, que ce soit en te regardant ou en voyant évoluer Riley... Mais je peux comprendre ton père et son besoin de partager cette partie de sa vie avec toi.

- En tout cas, la participation de Riley aux Jeux aura au moins eu le mérite de me faire avoir des conversations à cœur ouvert avec mes parents...

- Toujours est-il, jeune fille, que je refuse que tu passes ta journée devant cette télé !

A cette phrase, un sourire éclaira quelque peu le visage de Jeena qui exécuta son envie de prendre sa mère dans ses bras. Plaisantant rapidement sur le fait qu'elle descendrait donc dans la cuisine, l'adolescente se leva en direction de la salle de bain. Malheureusement, Avalon ne plaisantait pas, elle, en l'espèce. Ce fut avec une légère déception qu'elle trouva le téléviseur du bas sans câble, devant ainsi se résoudre à prendre son petit déjeuner dans le silence et sans nouvelle de ce qu'il s'était passé depuis la nuit dernière. Une fois sa fringale matinale accomplie, la jeune fille monta rapidement dans sa chambre afin de préparer son sac d'entrainement. Elle avait en effet décidé qu'un peu de sport au Centre lui ferait le plus grand bien. D'autant plus qu'une télévision était normalement disponible dans une des salles du bâtiment, l'écran géant installé dans le stade du Centre, ne diffusant les images des Hunger Games que lors des grands évènements. Une fois prête, elle dévala l'escalier et se dirigea vers la porte.

- Jeena ! l'interpela Abe avant qu'elle ne referme derrière elle.

- Qu'est-ce qu'il-y-a ?

- Tu vas au Centre d'entrainement ?

- Hum hum, acquiesça-t-elle plus ou moins pressée au vu de l'heure avancée de la matinée.

- Je peux venir avec toi ? demanda son petit frère à sa plus grande surprise.

- Pourquoi faire ? Tu sais bien qu'il n'a jamais personne à la salle pendant les Jeux.

- Je sais. En fait, je me disais que tu pouvais peut-être en profiter pour m'apprendre, deux ou trois trucs... avoua-t-il avec une certaine réserve, peu habitué à parler de ce genre de choses avec sa sœur.

- Abe, je crois que tu as encore un peu de temps devant toi avant de t'entrainer sérieusement. Pourquoi tu ne rejoindrais pas tes amis, histoire de profiter des vacances ?

- Plus on commence tôt, plus on est préparé, non ? Je doute que Riley ait attendu un certain âge avant de commencer son entrainement, assura le garçon de douze ans avec confiance.

- Sérieusement, Abe ! commença-t-elle à s'agiter. C'est Riley, que tu prends en exemple ?

- Oui, enfin non ! Panique pas, je ne compte pas me porter volontaire, loin de là !

- Encore heureux, lâcha sa sœur en l'observant avec sérieux.

- C'est juste, que cela me ferait plaisir que ce soit toi qui m'initie... Et vu que tu comptes justement aller au centre...

- Tu es prêt pour partir ? céda finalement Jeena après un long soupir.

- Oui, enfin j'ai juste à m'habiller et je suis prêt ! répondit-il avec enthousiasme en remontant les escaliers à vive allure.

- D'accord, tu me rejoins là-bas dans ce cas ! cria-t-elle afin qu'il l'entende.

- J'arrive ! entendit la jeune fille avant que la porte ne se referme.

Jeena ne s'était vraiment pas attendu à une telle demande de la part de son frère. Tout du moins, pas à ce moment-là. Il était vrai qu'il avait l'âge requis pour être sélectionné lors des Moissons. Mais ayant toujours su que Riley se porterait volontaire, elle n'avait pas encore tourné son inquiétude vers son petite frère, qui du coup avait levé un peu le pied lors de sa première année d'entrainement. Les Hunger Games étaient comme le phœnix qui renaissait de ses cendres, tel un cercle vicieux. A peine faisait-on le deuil des tributs disparus qu'un an plus tard en étaient tirés de nouveaux, le sort funeste s'abattant alors sur ces derniers, leurs familles et proches amis.

Et si Abe était désigné comme étant le prochain tribut du District, pour les trente-cinquième, les trente-sixième, trente-septième, tente-huitième, trente-neuvième, ou quarantième Jeux ? Six années à craindre pour son frère, à craindre de revivre ce qu'elle vivait actuellement pour Riley ou plus précisément de vivre ce que Denis subissait en voyant sa sœur Enola dans l'arène. Puis, ce sera au tour de Lyra d'être éligible, entre les quarante-deuxième et les quarante-neuvième Jeux. Comment Riley en tant que vainqueur - la jeune fille partant évidemment du principe que son petit-ami sorte sain et sauf de ses Jeux à lui - réagirait en voyant sa jeune sœur sélectionnée à son tour pour les Hunger Games... ? Et ensuite, ne put-elle s'empêcher de continuer son énumération, viendrait le tour de sa propre famille qu'elle fonderait un jour avec lui.

Des enfants de vainqueurs dans l'arène, cela n'était arrivé qu'une fois et de manière particulièrement étudiée. Jeena avait huit ans à l'époque et se souvenait très bien des Jeux de l'Expiation. Organisées au cours du vingt-cinquième anniversaire des Hunger Games, « afin que les rebelles n'oublient pas qu'ils avaient choisi de verser le premier sang, » chaque district avait dû tenir une élection et voter pour les tributs qui le représenteraient. Dans le District 2, s'était carrément organisée une campagne électorale avec plusieurs candidat à la Moisson. Sans doute avait été-ce la même chose au sein des autres Districts de Carrière. Pour ce qui était des autres, la statistique des tributs ainsi élus avait démontré que dans au moins quatre des Districts, le choix des habitants ç'eut porté sur des enfants d'anciens vainqueurs. Quelle avait donc été la relation entre les Districts et leurs vainqueur, pour que tout un peuple s'acharne ainsi contre une famille au destin déjà brisé ? Peut-être avaient-ils pensé que ces gamins auraient été mieux préparés que les autres au cours de leur éducation ?

Jeena ne put s'empêcher de penser qu'il serait préférable d'éviter d'avoir des enfants éligibles lors de la seconde édition des Jeux de l'Expiation qui aurait lieu dans seize ans, à l'occasion des cinquantième Hunger Games. Ce qui signifiait que si la jeune fille voulait se tenir à cette idée, elle et Riley devraient attendre au moins cinq ans avant de pouvoir en avoir. Une voix l'interrompit dans ses pensées alors que Jeena arrivait presqu'à destination. C'était son petit frère qui avait accouru pour la rejoindre. Enjoué, enthousiaste et impatient, la bonne humeur de Abe lui fit du bien, même si l'origine de cette attitude assombrissait plutôt le tableau. L'adolescente se reprocha mentalement ce désenchantement soudain de la vie qui lui tombait dessus. Peut-être qu'avant ne comprenait-elle pas la torture réelle des Hunger Games, mais au moins à cette époque vivait-elle sereinement et avec passion son adolescence de Carrière et potentielle tribut. Un coup d'œil vers son frère lui donna l'impression de se voir cinq ans plus tôt.

Leur arrivée au centre d'entrainement fit taire ces tergiversions qui commençaient à la fatiguer. La vision de Abe dans cette salle d'entrainement lui fit secouer la tête avec lassitude. L'engouement de celui-ci lui arracha tout de même un sourire.

- Bon... commença-t-elle en observant la salle vide de monde mais emplie d'instruments de sport et de combats.

- Par quoi on commence ? demanda-t-il avidement.

- Déjà, tu commences par m'enlever ce sourire débile de ton visage. Un tribut de Carrière est neutre et se doit de contrôler ses émotions.

- D'accord, fit-il en s'exécutant, d'un sérieux soudain.

- Le but, est de rester concentré et alerte... Prêt à parer tout éventuel imprévu. Pour ce faire, ce sont tes sens qu'il faut développer et savoir maîtriser. Ta vision, ton audition, l'odorat peut être utile, le goût un peu moins et le toucher se traduit davantage par la perception des alentours.

- Quand il fait sombre par exemple ?

- Par exemple, confirma-t-elle. Bon, avant tout... Echauffement, finit-elle par indiquer en amorçant des gestes d'étirement des membres, du dos, du cou et des doigts, son frère l'imitant.

Après quelques petites foulées sur place, Jeena poursuivit son initiation en lui rappelant les gestes de combat qu'il avait normalement dû apprendre durant l'année. Voyant qu'il se débrouillait plutôt bien, elle accéléra le rythme et prolongea l'exercice de quelques minutes.

- La possession d'une arme ne fait pas tout. Contrairement à ce que l'on peut penser, le plus important est le maniement de son propre corps, plus que de celui de son arme.

La jeune fille lui transmit ainsi les différentes techniques d'attaques et de défenses essentielles, avant d'entamer avec Abe un petit combat test afin de vérifier ce qu'il en avait retenu. Il semblait apprendre vite, bien que ses coups soient encore trop mollassons pour être véritablement dangereux. Ils s'hydratèrent, soufflèrent quelques minutes avant de se diriger vers le sac de frappe. L'heure passa ainsi, la sœur montrant au frère les différents instruments qui lui permettraient de renforcer telle ou telle partie de son corps et sa technique.

- As-tu une préférence pour ton arme de prédilection ? demanda Jeena, assise en tailleur sur une des tables de la salle, sa bouteille d'eau à la main.

- J'aime bien tout ce qui est armes de précision.

- Ce ne sont pas les plus faciles. Cela demande beaucoup d'entrainement, à moins d'avoir quelques facilités et en général elles deviennent inutiles lorsque ton adversaire est à portée de mains. Qu'as-tu déjà essayé ? L'arc ? L'arbalète ?

- Oui, mais ce que je préfère c'est le lancer de couteau, apprit Abe avant de se diriger vers le stand des armes. Un jour, l'entraineur m'a dit que j'étais plutôt bon alors je m'y suis pas mal intéressé.

- Les couteaux sont des armes polyvalentes et donc très utiles.

Leur petite discussion se poursuivit, Abe racontant diverses anecdotes concernant sa familiarisation avec ce qui semblait être son arme de prédilection. Jeena quant à elle, lui avoua que la précision n'avait jamais été son fort, malgré l'acharnement de Riley à la faire s'améliorer. Emportant avec eux, une quantité suffisante de couteaux et de dagues, ils se dirigèrent à l'extérieur en direction des cibles de forme humaine. Ces dernières reproduisaient plus ou moins la consistance du corps humain, notamment en ce qui concernait les zones plus dures, donc plus difficile d'accès. Si en pratique, Jeena n'avait jamais été une virtuose du lancer de couteaux, elle n'avait pour autant pas négligé la théorie.

- Le tir de précision a pour inconvénient de supposer une arme périssable, que tu dois aussitôt remplacer une fois lancée. Afin d'éviter l'épuisement inutile de tes lames de rechange, il te faut absolument viser les parties vitales de ton adversaire. Peux-tu me dire quelles sont-elles ?

- Le cœur, évidemment. La tête, à condition de donner l'impulsion nécessaire afin de percer les parties saillantes, à défaut de quoi il vaut mieux viser les zones creuses et fragiles, à savoir les yeux, le nez, les oreilles et les tempes. Le cou et plus particulièrement la carotide. Les poumons, en prenant soin de viser les artères pulmonaires. Et enfin, si l'adversaire est de dos, il faut préférer la moelle épinière et le bulbe rachidien, finit-il sa récitation, un air satisfait sur le visage.

- Eh bien... On peut dire que tu as potassé le sujet, déclara Jeena, plutôt surprise de cette réponse aussi complète. Est-ce que j'ai vraiment quelque chose à t'apprendre ?

- En matière de tir de précision, tu risques en effet de lui être plus qu'inutile, chère Jeena, leur parvint une voix à quelques mètres de là.

- Bonjour Denis, le salua-t-elle lasse, presque blasée.

- Tu as l'air enchanté de me voir, dis donc, railla-t-il en s'approchant des enfants Alyn. Et si tu nous montrais ce que tu as dans le ventre, gamin ? invita-t-il Abe à commencer ses tirs, constatant le silence ambiant et le manque d'activité depuis son approche.

Jeena sentit une certaine fierté monter en elle en découvrant la dextérité de son frère. Elle se doutait que le jeune garçon avait dû s'entrainer quelques fois pour en arriver à ce niveau à son âge. Il lui restait cependant beaucoup de techniques et précisions à apprendre. L'essentiel était tout de même là, Abe ayant trouvé le domaine dans lequel il pourrait exceller. Contre toute attente, Denis lui donna quelques conseils concernant sa position lors du tir. Cela porta ses fruits puisqu'au bout de quelques minutes ses couteaux percèrent pour la première fois la tête des cibles, dont le haut du crâne était plus dur que nature.

Abe s'essaya à plusieurs distances différentes, tirant de plus en plus loin. Mais plus il s'éloignait, plus la force de ses tirs se perdaient. Jeena eut alors une soudaine idée, une certaine arme lui venant en tête. Elle s'éclipsa et se dirigea à l'intérieur du bâtiment, vers le stand des armes. La jeune fille s'arrêta au rayon des dagues-tridents et trouva ce qu'elle cherchait. Il s'agissait en fait d'une arme un peu plus grande que les couteaux qu'avait pris l'habitude de lancer Abe et ornée de trois lames. Un mécanisme permettait à celle du milieu, plus fine et plus menue d'être propulsée avant d'être aussitôt remplacée par une autre. Une réserve de six lames était prévue à l'intérieur du manche. Habituellement utilisées par deux, ces armes avaient également la particularité de pouvoir briser les épées, notamment les plus fines, au cours d'un rapport de force à son avantage. Jeena s'en empara de deux avant de retourner auprès de son frère et de Denis.

- Une fois que tu auras maitrisé le lancer, tu pourras décocher toutes sortes de dagues, quelques soient leurs formes.

- Cool, s'exclama Abe qui semblait se passionner pour les explications de Denis.

- Tiens, essaie ça pour voir, proposa Jeena de tester à son frère.

- Qu'est-ce que c'est ? Ca ne se lance pas, non ? questionna, pas très enthousiaste, le jeune adolescent.

- Tu verras. Mais vise la cible, s'il-te-plait, s'empressa-t-elle de dire en dirigeant brusquement la dague à trois lames vers la forme humaine à plus de dix mètres d'ici, avant que la lame ne rate la cible, Abe ayant appuyé par mégarde sur le mécanisme en empoignant le manche.

- Wa... C'est génial ce truc !

- J'étais sûre que ça te plairait, assura sa sœur contente de voir qu'il adoptait l'objet.

- Pourquoi je ne suis pas étonné... lâcha Denis avec ironie, le sourire aux lèvres.

- Pourquoi tu dis ça ? s'étonna la jeune fille, mi-agacée, mi-curieuse.

- Comme ça. C'est juste, que c'est tout à fait ton genre d'arme, ajouta-t-il face au regard insistant de Jeena.

Face à cette réponse, elle haussa les épaules et se consacra à son frère, lui apprenant le fonctionnement de ladite arme. Une nouvelle demi-heure passa avant que tous ne décrètent qu'il était temps de faire une petite pause. Rentrant à l'intérieur de la salle, ils s'installèrent sur la table où Jeena et Abe avaient laissé leurs affaires. La jeune fille donna à son frère une des pommes qu'elle avait pris le soin d'amener, avant de proposer la moitié de la sienne à Denis. Ce dernier accepta volontiers en la remerciant.

- Alors comme ça, vous aussi vous avez mis les Hunger Games en mode pause, entama Denis la conversation que tous avaient pris soin d'éviter jusqu'à maintenant.

- A cause de Jeena, on est privé de télé à la maison, expliqua sans complexe Abe qui reçut le regard réprobateur de sa sœur.

- Pas de chance, vous risquez de rater le Festin.

- Le Festin, répéta bêtement Jeena, sous le choc. Quel festin ? Ils organisent un Festin ? Déjà ? Mais ce n'est que le quatrième jour ! Nous n'en sommes même pas encore au stade des interviews des familles ! enchaîna-t-elle dans l'incompréhension.

- Je sais, ça m'a surpris aussi. Mais il faut dire qu'il n'y a eu aucune victime toute la journée d'hier. Que Dana est dans un piteux état, ce qui n'est pas pour me déplaire. Que les blessures d'Enola, malgré ses efforts, la ralentissent plus que jamais. Que depuis leur bagarre, la fille du Quatre et le gars du Dix risquent de se chopper une infection à tout moment...

- Quelle bagarre ? Celle du bain de sang ?

- Non, celle de ce matin, à l'aube. Bon sang, t'as raté pas mal de choses dis-moi.

- Je n'ai rien suivi depuis que la fille du Onze s'est faite attaquée par le serpent liane, avoua Jeena.

- Je l'ai vu se gratter contre un arbre ce matin ! apprit Abe, en gloussant à ce souvenir.

- Tu as pu regarder la télé, toi ? se retourna vivement sa sœur, plutôt jalousement surprise.

- Au petit-déjeuner, avec papa. C'est après son départ que maman a décidé de tout couper.

- Oh, la barbe... Bon, il y a-t-il autre chose à savoir ? quémanda irritée la jeune fille, en se tournant vers Denis.

- La fille du Quatre et le gars du Dix ont mis un terme à leur bagarre sans fin, décidant de s'allier face au groupe des Carrières.

- Il ne manquait plus que ça...

- C'est peut-être pour ça aussi qu'ils ont décidé de faire un Festin alors, ça fait trois alliances différentes et une personne seule, supposa intelligemment Abe avant d'ajouter de manière plus idiote. Une personne qui passe son temps à se gratter contre son arbre d'ailleurs.

- Ouai, c'est aussi ce que je me suis dit, confirma Denis sans relever la blague du jeune garçon.

- Du coup, ils doivent tous aller à la Corne d'abondance ? C'est pour quelle heure ? voulut savoir Jeena.

- Le Festin est prévu à midi. Mais ce ne sera pas à la Corne.

- C'est bizarre, on m'a toujours dit que les Festins se faisaient à la Corne pourtant, fut surpris Abe.

- Je crois qu'un jour ça s'est passé dans l'eau, se souvint la jeune fille.

Jeena avait un vague souvenir de ces Jeux-ci, n'étant alors âgée que de cinq ans. La petite fille avait eu du mal à intégrer que l'on puisse faire un Festin sous l'eau. Comment manger si l'environnement était humide ? Mais voilà, les Festins des Hunger Games n'étaient pas d'ordinaires repas. Ce n'en était d'ailleurs pas vraiment, même si parfois, ceux qui avaient cruellement besoin de manger recevaient de quoi survivre. En effet, cette soit-disante fête avait pour but de proposer l'objet dont chaque tribut avait le plus besoin ou en tout cas tout ce qui pourrait les inciter tous à s'y rendre. Les médicaments, souvent miraculeux, étaient la principale chose dont avaient besoin les tributs en règle générale, suivait la nourriture, des accessoires de protection ou encore des armes pour ceux qui n'en étaient pas encore dotés.

- Cette fois-ci ils doivent se rendre à la pyramide.

- Quelle pyramide ? On en a vu aucune pendant la présentation de l'arène, rappela Jeena en se remémorant l'architecture de cette dernière.

- Eh bien maintenant, il y en a une.

- Ce sont les ruines, en contrebas de la cascade, peut-être ? proposa Abe avant que Denis ne lui réponde par la négative.

Quoiqu'il en fut, ils allaient le savoir bientôt puisque midi allait bientôt sonner. Jeena et Abe décidèrent de partir en direction de la télévision du Centre, se situant dans une autre pièce et pouvant être qualifiée de salle à manger ou de salle de jeux selon l'utilisation qu'on pouvait en faire. Denis les accompagna, peu enclin à louper le début du Festin au vu de l'heure avancée. Jeena alluma l'écran avant même de s'assoir, se cramponnant à la télécommande comme une addict qui n'avait pas eu sa dose depuis trop de temps.

Riley et Ator apparurent alors à l'écran, avant de disparaître au profit de la fille du Quatre et du Garçon du Dix, nouvellement alliés. Jeena les regarda d'un mauvais œil, cette alliance s'avérant plus qu'inquiétante. Puis, fut enfin visible la fameuse pyramide où se déroulerait le fameux Festin. Cette dernière était plus qu'imposante et semblait sortie de nulle part, ce qui vraisemblablement était le cas. L'édifice en état de ruine, était surmonté sur chaque face de quatre larges escaliers permettant d'accéder à son sommet. Un plan leur montra les objets et convoitises de ce Festin organisé si tôt dans ces Hunger Games. Abe paraissait avoir vu juste, le rassemblement de plusieurs des tributs les divisant désormais en quatre groupes distincts ayant surement motivé les organisateurs à avancer cet événement. Jeena écouta attentivement les commentateurs qui rappelaient ce qui s'était déroulé depuis l'annonce du Festin, le matin même.

Chaque tribut avait en effet dû partir à la recherche d'une corde, dans un diamètre de cinq mètres au départ de leur position au moment de la nouvelle. Chacun d'entre eux avait trouvé plus ou moins rapidement la sienne et avait pu donc prendre la direction de la pyramide qui n'existait pourtant pas la veille. Chacun des groupes de tribut avait été dirigé vers des faces différentes de l'édifice. La logique voulait donc que ce soit au sommet de la pyramide qu'ils se rencontrent tous et que le bain de sang espéré débute.

A midi pile, un bruit de trompettes retentit et la voix du speaker de l'arène déclara ouvert ledit Festin, ne manquant pas de terminer son annonce par un soucieux « Et puisse le sort vous être favorable ! ». Les tributs n'avaient pas attendu cette dernière phrase pour démarrer en trombe et entamer une dangereuse montée de l'immense édifice aux marches aussi étroites, que larges et irrégulières.

La fille du Quatre et le garçon du Dix étaient plutôt bien partis et paraissaient être les plus rapides. Il était toutefois difficile de faire une réelle comparaison, chaque petit groupe étant dispersé sur les quatre faces de la pyramide. L'alliance féminine des tributs du District Cinq et Sept, avançait à son rythme, en adoptant une méthode plutôt particulière, à savoir monter les marches en diagonale. Sans doute était-ce là un moyen de dépenser le moins d'énergie possible. Pourtant la tâche s'avérait être d'une dure labeur, les silhouettes des tributs semblant minuscules sur le monument.

Jeena attendait impatiemment que l'image se concentre sur le groupe des Carrières qui n'était apparu que très rapidement depuis le lancement du Festin. Mais pour le moment, l'écran offrait l'image de la tribut solitaire du District Onze, qui alternait sans cesse montée de l'interminable escalier et assouvissement de sa démangeaison sans fin causée par le serpent de la veille. Un plan sur le bas de son dos lors d'un mouvement de grattement dévoila une énorme plaque rouge et peu avenante. Jeena se demanda s'il n'était pas plus reposant d'avoir une simple entaille plutôt que ces affreuses plaques titillant plus que jamais le corps et l'esprit.

Enfin, les souhaits de la jeune fille furent exaucés puisque apparurent à l'antenne les quatre tributs des deux premiers Districts. Ator distançait sensiblement ses camarades, suivi de Dana qui paraissait mettre de côté sa douleur à l'épaule afin de rattraper au possible son camarade de District. Il était plutôt étonnant de voir que Riley n'occupait que la troisième place du petit groupe. Mais pour comprendre, il suffisait de voir la difficulté qu'avait Enola à occulter sa blessure qui semblait la faire souffrir dans l'effort incommensurable que constituait l'escalade de cette pyramide. Riley juste devant elle, l'encourageait d'une manière qui rappela à Jeena ses longues heures d'entrainement aux côtés de son petit-ami.

- C'est cool de la part de Riley d'aider ta soeur ! commenta avec entrain Abe, dont l'excitation était palpable.

- J'en peux plus là, souffla à bout Enola dont le rythme s'était largement affaibli.

- Ne t'arrêtes surtout pas, ce sera encore plus dur et douloureux après, répliqua rudement son camarade de District.

- T'es pas obligé de m'attendre, je fais une pause...

- Si tu ne veux pas que le gars du Dix nous tire dessus comme des lapins une fois arrivé au sommet, t'as intérêt de bouger tes fesses, Enola ! s'exclama-t-il en la prenant par le bras juste au moment où la jeune fille s'arrêtait.

- Je ne pourrai jamais suivre ton rythme Riley, déplora-t-elle ainsi forcée d'imiter les pas du jeune homme.

- Bien sûr que tu peux. Mais pour ça il faut que tu arrêtes de geindre et que tu respires.

Jeena reconnut bien là le caractère ferme et conquérant de son petit-ami. Lorsque l'image passa aux tributs des Districts Quatre et Dix, elle tourna un regard vers Denis, envahi d'une grave inquiétude pour sa sœur. Se sentant observé, ce dernier arracha son attention de la télévision et croisa les yeux de Jeena. Elle lui fit un faible sourire et rompit le contact visuel.

L'ascension des tributs dura de longues minutes durant lesquelles les commentateurs prospectaient sur ce qui pourrait se passer une fois le sommet atteint. Trônait sur ce dernier, un large autel composé de la même pierre que celle utilisée pour la pyramide. Des cruches d'eau ainsi que toutes sortes de fruits étaient disposés sur cette table brute, ainsi que neuf sacs à dos frappés des numéros de district de chacun des candidats. Lorsque Jeena repéra les deux sacs destinés aux tributs de son District, la caméra zooma soudain sur les silhouettes de la fille du Quatre et du garçon du Dix qui atteignaient les premiers le cœur du Festin. Tous deux semblaient éreintés et tenaient à peine debout, complètement à bout de souffle. Lorsqu'elle vit les cruches d'eau, la tribut du District Quatre se précipita vers l'autel, s'empara du contenant et avala à grande gorgée le contenu si précieux. Son allié attrapa d'abord le sac qui lui était destiné, s'appuya contre le meuble en pierre dure et assouvit enfin sa soif, gardant les yeux ouverts sur les alentours.

Jeena se crispa légèrement au constat de l'avantage certain qu'avait su acquérir le groupe d'adversaire le plus redoutable pour l'alliance des Carrières qu'avait préféré quitter la fille du Quatre. Sans doute n'avait-elle toujours pas digéré la mort prématurée de son binôme. Lorsque cette dernière s'empara à son tour de son sac, elle l'enfila sans perdre une minute. Ce qu'elle eût tôt fait de faire puisque arrivait déjà Ator. Le tribut du District Un n'eut guère le temps de reprendre son souffle, le garçon du Dix fondant sur lui tel un félin attaquant sa proie. Dégainant son sabre, il para le coup mais perdit l'équilibre avant de tomber à la renverse, dégringolant quelques marches. Sa chute se serait prolongée de manière fatale s'il n'avait pas eu la fortune d'atterrir aux pieds de Dana qui faillit à son tour perdre l'équilibre, se rattrapant de justesse. Levant la tête, elle croisa le regard défiant de l'assaillant de son camarade de District. La jeune fille profita de cet arrêt pour récupérer de l'intense effort qu'elle avait dû fournir pour parvenir jusqu'en haut de cette pyramide. Ator, toujours allongé en travers des marches, faisait de même.

Heureusement pour eux, leur adversaire n'avait pas suffisamment d'armes pour prendre le risque d'en gaspiller en les lançant sur les deux tributs du District Un. Mais ce n'était pas l'envie qui manquait au garçon du Dix qui semblait se demander s'il fallait continuer d'attendre que ses ennemis viennent à lui ou s'il valait mieux descendre jusqu'à eux. Les jaugeant de toute sa hauteur, il constata le piètre état de Dana et devina presque aussitôt le contenu de son sac à dos.

- Il doit y avoir des médocs dans un des sacs du Un, ça pourrait nous servir, lança-t-il à son alliée sans quitter les deux Carrières des yeux.

- Avec qui ce fils de pute a-t-il bien pu s'allier ! siffla Dana, mécontente de la tournure des évènements.

- La poltronne du Quatre était près des sacs, lui apprit Ator, désormais assis en se malaxant l'épaule.

- T'attend quoi pour te lever, dis-moi ! Que je te fasses un petit massage peut-être ? balança-t-elle avec sarcasme. Et qu'est-ce qu'ils foutent les autres ?

- Ce con de Riley s'est laissé attendrir par la petite de son District. Regarde-le qui la prend par la main ! commenta-t-il en jetant un regard une trentaine de marches plus bas.

- En tout cas, c'est pas moi qui vais le faire avec toi, donc démerde toi tout seul pour remonter ce que tu viens de dévaler. Et estime-toi chanceux que j'ai été là pour bloquer ta chute. Ca aurait été un plaisir d'entendre le coup de canon annonçant ta mort, glissa vicieusement la meilleure ennemie du jeune homme.

- Oh avoue-le, Dana-chérie, je t'aurai bien trop manqué ! rétorqua-t-il, sardonique, faisant tiquer sa partenaire.

- Tu ferais mieux de la fermer, t'entendre dire des choses pareilles me donne la nausée.

- En attendant, c'est pas moi qui vais crever d'une infection parce qu'on m'a piqué l'objet de mon festin.

- Ils ne vont pas s'en sortir comme ça, foi de Dana, assura-t-elle en sortant de sa ceinture deux des cinq lames qu'elle avait à la taille.

Alors qu'elle et le garçon du Dix se défiaient du regard, la tribut du District Un entendit siffler à ses oreilles une flèche qui rata de peu celui qui surveillait leur avancée depuis le sommet. C'était Enola, à plus que quelques marches de là, qui avait décoché son arbalète en direction de l'ennemi.

- On peut savoir ce que vous foutez ? cria Riley qui les rattrapait enfin.

- J'attendais le moment propice pour passer à l'attaque. Rien ne vaut une petite dose de suspense... répliqua Dana au blond. Et je crois que ce moment est arrivé, ajouta-t-elle avant de s'élancer vers le sommet.

- Pour ma part, je crois que j'ai l'épaule déboitée, déclara Ator en s'auscultant lui-même alors qu'Enola arrivait à son tour à leur hauteur.

- Crétin... lâcha Riley plutôt mécontent de ne se voir entouré que de blessés.

Le petit groupe disparut de l'écran et laissa place aux deux filles des District Sept et Cinq. Ces dernières, conscientes de la présence d'autres personnes au sommet, se faisaient discrètes et tentaient de voir ce qui s'y passait sans être vues. La face de la pyramide qu'elles avaient grimpée était à l'opposée de celle de Riley et son alliance. L'énorme autel en pierre séparait les adolescentes des trois tributs déjà arrivés. Deux d'entre eux se battaient alors que la fille du Quatre se contentait de fouiller dans des sacs tout en avalant un des fruits à disposition.

- Comment on s'y prend ? chuchota la fille du Cinq, allongée inconfortablement sur les marches et se cachant le plus possible.

- On court, on prend ce qu'on peut et on descend cette foutue pyramide. Tu as repéré ton sac ? Le mien se trouve tout au bout de la table.

- Oui, pas loin du tien. La numéro quatre n'a pas l'air d'avoir encore fouillé dans cette zone, c'est une bonne chose.

- On ferait mieux de se grouiller si on veut que ça reste le cas, prévint l'adolescente issue du District Sept. A trois ? reprit-elle alors que son acolyte acquiesçait. Un... Deux...

- Trois ! marmonnèrent-elles en cœur avant de s'élancer et de se mettre à découvert.

La fille du Sept atteint la première son sac et eut la présence d'esprit de s'emparer de quelques bananes qu'elle fourra dans ce dernier ainsi que d'une des cruches d'eau qu'elle garda à la main, prévoyant de la boire une fois à l'abri. La Carrière du District Quatre, remarquant la présence des deux tributs jeta le fruit qu'elle avait à la main, posa le médicament qu'elle avait récupéré dans le sac de Dana et dégaina la faux crochue qu'elle s'était appropriée à la Corne d'abondance le premier jour.

Alors que la fille du Cinq atteignait à son tour son sac, elle s'apprêta à prendre le large sans rien se procurer d'autre. L'adolescente fut cependant couper dans son action, au sens propre comme au figuré du terme. Elle ne cria pas lorsque la lame trancha sa main, n'ayant ni vu venir, ni senti le coup. Elle resta là, choquée, à fixer le vide qui séparait désormais son bras de son extrémité. Lorsque la douleur l'enflamma soudain, elle reprit enfin conscience et évita la deuxième attaque de son adversaire. Cette dernière voulut passer par dessus l'autel mais ne put concrétiser son action lorsque le garçon du Dix propulsa Dana sur le meuble en pierre, bousculant et renversant les objets s'y trouvant.

Constatant qu'elle était à la merci des deux alliés et sans arme, la tribut du District Un agrippa tout ce qu'elle put dans l'optique de le leur jeter à la figure, rampant à reculons sachant qu'elle eut atterri de dos. Balançant une première cruche au visage de la fille du Quatre, ainsi qu'un pamplemousse à celui du garçon du Dix, ce fut la main de la tribut du District Cinq qui tomba dans la sienne au moment où une arme fondit sur elle. La lame du tribut du District Dix transperça la main qui n'était pas la sienne, offrant aux trois combattants une scène plutôt incongrue. Sans perdre une seconde de plus, Dana lança une seconde cruche sur ses assaillants, envoya un coup de pied à la fille du Quatre en plein visage et écarta juste à temps ses cuisses en évitant un énième coup de dague.

- Vous êtes à deux contre un et vous n'êtes même pas capables d'en finir avec elle, intervint la voix de Riley alors qu'un plan éloigné de la scène le montra, l'air nonchalant, quelques pas derrière le trio.

- Oh toi, le crâneur, ça fait bien longtemps que j'ai envie de te régler ton compte ! s'exclama le garçon du Dix en se dirigeant dangereusement vers le nouvel arrivant.

Un nouveau combat commença alors que la fille du Quatre, sonnée par le coup de pied de Dana reprenait peu à peu ses esprits. Dana quant à elle, s'affairait à examiner le contenu des sac-à-dos destinés à son District et jura en découvrant que le sien était vide. Regardant tout autour, elle aperçut tout de même le pot de crème tapi sous un des régimes de bananes éparpillés sur l'autel de pierre. Un sourire s'installa sur son visage, elle était sauvée.

Le duel entre Riley et son adversaire battait son plein. C'était la première fois depuis le début des Jeux que le jeune homme s'engageait dans un combat contre quelqu'un de son niveau. C'était le genre de beau combat qui passionnait les férus de Hunger Games. Jeena ne quittait pas des yeux son petit-ami qui parait avec agilité les coups du garçon du Dix. La dernière fois qu'elle avait eu l'occasion de le voir ainsi était il y a presque deux semaines de cela, à la veille de la Moisson. C'était d'ailleurs contre Denis que Riley s'était entrainé ce jour-là. Soudain, une flèche vint se planter dans le crâne du tribut du District Dix au moment où leurs deux lames se rencontraient avec force, leur deux visages plus proches que jamais.

Jeena sursauta. Abe hoqueta de surprise. Denis sourit de satisfaction. Un coup de canon résonna. L'écran offrit un gros plan d'Enola qui abaissait déjà son arbalète, puis celui de Riley qui regardait s'écrouler face à lui le lourd corps de son adversaire.

- Merci de m'avoir gâché mon plaisir, Enola, railla-t-il sans quitter la flèche des yeux.

- C'était plutôt tentant, répondit-elle le sourire aux lèvres. Riley Bowers aurait-il eu quelques sueurs froides ?

Pour seule réponse, le jeune homme lui lança un regard perçant. Ator apparut dans le champ de vision, son épaule vraisemblablement remise en place. La fille du Quatre avait tout bonnement disparu. Sans doute s'était-elle enfuie en comprenant que ç'en était fini de son allié. Dana, elle, était trop occupée à se soigner pour faire attention à ce qui se passait autour.

- Y a plus personne à massacrer ? demanda avec vigueur le tribut du District Un en examinant les lieux.

Ator fit le tour de la plateforme sur laquelle trônait l'autel désormais saccagé et tenta de repérer les autres tributs. L'écran nous montra alors la fille du Onze qui avait fini par abandonner l'ascension, présageant la nullité de ses chances d'en ressortir vivante. La tribut du District Quatre dévalait précautionneusement les marches, manquant de glisser ou de perdre l'équilibre à plusieurs reprises. Les alliées des Districts Cinq et Sept avaient quant à elles stoppé leur descente, ou plutôt était-ce la fille du cinq qui avait cessé tout mouvement, terrorisée par la vue de son membre sans main. Son acolyte, elle, arborait une concentration laissant transparaître une longue hésitation quant à la tactique à adopter.

- Ne traînons pas, ils pourraient très bien descendre nous achever, ou à défaut nous pister, s'alarma-t-elle en évaluant la distance qui les séparaient des tributs restés au sommet. Tu entends ce que je te dis ! s'exclama-t-elle, agacée par le manque de réaction de son alliée, complètement tétanisée.

La fille du Sept s'énerva, la prit par son bras valide pour la relever et la fixa en silence. Une dangereuse lueur de détermination se refléta dans ses yeux, laissant présager le pire. Jeena ne fut donc pas vraiment surprise lorsque la tribut du District Sept fit brutalement tomber dans le vide celle du District Cinq. Un cri aigu se propagea, rapidement suivi d'un coup de canon au moment où le cou de la fille du Cinq se rompit. Le corps continua sa dégringolade jusqu'à sa rencontre avec le sol en contrebas.

- C'était la meilleure chose à faire pour elle, non ? Elle l'aurait plus handicapé qu'autre chose, intervint Abe en grimaçant légèrement face à l'image de ce corps sans vie et complètement désarticulé.

- Probablement. Mais il faut croire que je ne m'intéresse pas suffisamment à son sort pour m'en préoccuper, répondit Denis en se levant.

- Tu t'en vas ? lui demanda Jeena en le suivant du regard.

- Je ferai mieux de rentrer. Ma mère a du encore avoir de belles frayeurs.

- Tu salueras tes parents de ma part ?

- Compte sur moi. Abe, si tu as besoins de conseils, c'est quand tu veux. Comme tu as pu le voir, on est plutôt doué dans la famille en matière de précision, ajouta-t-il en ouvrant la porte.

- Heureusement pour Riley ! A bientôt alors !

Lorsqu'il quitta la salle pour de bon, le frère et la sœur se retrouvèrent seuls. Jeena pour une raison qu'elle ignorait se sentait épuisée, presque vidée. Elle regardait d'un œil distant la télévision qui alternait les images de la découverte du contenu des sacs et la rediffusion de ce qu'il s'était passé d'important au cours de ce Festin. Le groupe des Carrières était toujours au sommet de la pyramide, décidant de profiter au maximum des fruits et de l'eau mis à leur disposition. Dana et Enola s'étaient déjà tartinées des médicaments qu'elles avaient chacune reçues. Ator, lui, aiguisait ses lames avec l'outil destiné à cet effet qui faisait partie des quelques accessoires d'entretien que lui avait réservé son sac à dos.

Ce fut Riley qui fut le moins bien loti avec sa brosse à dent, son dentifrice, son savon et sa serviette de bain. Abe n'avait pu réprimer un rire, assurant même que c'était un bon signe de n'avoir besoin que de choses aussi futiles. L'expression de son petit-ami à la découverte du contenu de son sac avait aussi fait naître en Jeena un certain sourire. Elle espéra fortement que son frère ait raison et que ce présent des organisateurs ne signifiait rien d'autre que l'absence de besoins essentiels aux Jeux. Un frisson traversa l'échine de la jeune fille. Et s'ils ne voulaient pas que Riley gagne ?


C'est sur cette petite frayeur que ce termine ce chapitre ! J'espère qu'il vous aura plu ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Me voilà plutôt curieuse, au vu de sa longueur et de ses éléments.
A bientôt j'espère pour le chapitre sixième !

Desea Oreiro