Bonjour à tous,

Me revoici quasiment un mois plus tard pour la suite de cette histoire qui a pas mal occupée mon esprit ces dernières semaines. Après diverses versions dans ma tête, je suis assez satisfaite du résultat de ce chapitre qui je l'espère vous plaira !

Un énorme merci à Aselye, Naja56 et Katlove pour leurs très belles reviews qui m'ont vraiment encouragées. J'espère que la suite que je vous ai réservée va satisfaire vos prospections et pronostics, ou alors vous surprendre ? En tout cas, on voit quasiment tous les personnages dans ce petit chapitre !

Bonne lecture à tous !


Chapitre Septième :

- Riley, attends ! s'époumona Enola en tentant de suivre le rythme de son collègue de District.

- Je t'en prie, crie donc plus fort, histoire qu'on se fasse nous aussi empaler comme de vulgaires morceaux de viande, rétorqua-t-il sans pour autant cesser de s'enfoncer dans cette épaisse forêt de fougères.

- Arrête-toi, il faut qu'on établisse un plan. Celle qui a fait ça ne doit pas être bien loin, on peut l'avoir à coup sûr. Il faut qu'on y retourne. Elle va forcément récupérer les armes et vivres qu'on a laissés là-bas. Tu m'écoutes, s'impatienta-t-elle en réussissant à s'emparer de son bras.

Riley stoppa enfin son avancée sans toutefois lui faire face. Le visage fermé, les sourcils froncés, le regard fixe, le jeune homme semblait en proie à de graves réflexions. Même si elle ne pouvait le voir, Enola paraissait se rendre compte que l'attitude de son acolyte était causée par ce qui venait tout juste de se produire. Elle lui caressa l'épaule avec compassion.

- Pourquoi as-tu fait ça ? demanda-t-il avec une sombre intensité.

- Quoi, tu aurais préféré que je te laisse faire partie de cette macabre brochette ?! répliqua la jeune fille avec agacement. Et regarde-moi quand tu me parles, ajouta-t-elle en le faisant pivoter vers elle sous l'impulsion de sa main.

- Si ce sont des remerciements que tu veux, Enola, alors oui, je te suis très reconnaissant de m'avoir évité ce funeste destin, reprit-il en lui faisant complètement face.

- Ton égo en a pris un sacré coup, n'est-ce pas ? déclara la jeune tribut après quelques secondes d'un silence tendu. Il t'est compliqué de supporter l'idée que tes rêves de victoires auraient été complètement anéantis si je ne t'avais pas sauvé la vie. Le grand Riley Bowers a bêtement failli se faire tuer ! piqua-t-elle un peu plus.

- Tu ne te rends même pas compte que la plus grande bêtise de cette histoire est justement le fait de m'avoir sauvé, Enola ! riposta-t-il avec une certaine colère dans la voix. Tu as manqué ta chance de gagner ces Jeux et tu ne peux pas te permettre ce genre d'erreur ! s'exclama-t-il en s'approchant d'elle alors qu'il pointait du doigt la direction vers laquelle s'était déroulée la mort tragique de Dana et Ator. As-tu oublié la Leçon n°10 ? lui rappela-t-il avec ardeur.

- Je me dis que si tu te mets dans un état pareil, c'est peut-être que toi aussi tu l'as oubliée, cette Leçon n°10… murmura-t-elle dans un souffle en plongeant son regard dans les yeux verts de Riley.

Les caméras s'en étaient données à cœur joie lors des multiples retransmissions de cet échange entre les deux tributs du District 2. A l'instar des séries mélo-dramatiques qui passaient parfois, une succession de gros plans sur l'intense échange visuel entre Enola et Riley envahissaient l'écran de télévision de la cuisine des Alyn. Jeena qui voyait cette scène pour la troisième fois de la matinée s'empara de la télécommande afin d'abréger son supplice. Surpris de voir l'écran s'éteindre subitement, son petit-frère s'abstint toutefois de tout commentaire. Conscient de l'impact qu'une telle scène pouvait avoir sur sa sœur, il prit même l'initiative de débarrasser la table de leurs tasses de thé vides et de faire la vaisselle.

La jeune fille connaissait la suite de cette conversation par cœur. Riley avait brisé le contact visuel au moment où Enola avait tenté de rapprocher son visage un peu plus près du sien. Puis il lui avait dit qu'ils ne pouvaient plus faire équipe ensemble et qu'il était temps pour eux de prendre des directions différentes. La tribut du District 2 avait accusé le coup avant de tenter de lui faire changer d'avis. Riley était resté silencieux face à ses arguments vains. Avant de partir, il avait pris le soin de lui donner deux des trois shakens qu'il avait à son ceinturon. Dans la hâte de leur fuite, les deux adolescents n'avaient pu emporter qu'un simple sac à dos rempli de quelques victuailles mais vide de toutes les armes de gros calibres qui étaient restées sur le sol près des corps d'Ator et de Dana. Enola qui n'avait aucune arme de poche avait donc bénéficié de l'indulgence de Riley en récupérant les deux petites étoiles ninja dont il s'était délesté ainsi que la plupart des vivres du sac.

La jeune fille l'avait regardé s'éloigner, le regard triste et larmoyant. Peut-être se demandait-elle s'il s'agissait là de la dernière fois qu'elle voyait celui qu'elle aimait en secret ? Telle avait été l'une des nombreuses interprétations des chroniqueurs de la quotidienne matinale. L'engouement des médias pour cet amour impossible entre les deux tributs du District 2 avait été une épreuve supplémentaire pour Jeena qui ne pouvait plus supporter les extrapolations des commentateurs. Baja Leigh, le grand-père de Karelle et coach des tributs du District 2 en sa qualité d'ancien vainqueur, avait même été interrogé sur la fameuse Leçon n°10 mentionnée par ces derniers.

Chaque élève du centre d'entrainement de leur District savait pertinemment à quoi correspondaient les dix leçons que tout bon Carrière se devait de respecter afin d'espérer sortir vainqueur de l'arène.

Leçon n°1 : Croire en sa victoire.

Leçon n°2 : Evaluer ses forces et ses faiblesses.

Leçon n°3 : Se construire une stratégie.

Leçon n°4 : Analyser ses concurrents.

Leçon n°5 : Faire une topographie de l'arène.

Leçon n°6 : Se fixer des objectifs par pallier.

Leçon n°7 : Soigner son PTR (capacité d'être précis, tenace et réaliste).

Leçon n°8 : Faire coïncider image et stratégie.

Leçon n°9 : Utiliser ses proches dans la manipulation des médias.

Leçon n°10 : Ne laisser aucune place aux sentiments.

Se gardant bien de révéler les neuf autres leçons, Baja Leigh avait ainsi dévoilé la dixième et dernière règle d'or qu'il avait lui-même instituée. Cette information n'avait fait qu'amplifier l'effervescence qui s'était créée autour du duo formé par Enola et Riley. Bien que son nom fut cité à plusieurs reprises lors des débats, Jeena essayait de garder le plus de recul possible face à tous ces évènements. Elle connaissait Riley et avait foi en leur amour. Il était important de discerner le vrai du faux. La manipulation des images par les médias et la construction de personnages par les tributs étaient des points clés abordés dans la Leçon n°8 : Faire coïncider image et stratégie. La seule et incontestable constante qui régnait dans les Hungers Games était la mort des tributs. Tout le reste n'était que variables, tactiques et duperies. Les équipes de télévisions et les juges des Jeux se faisaient un plaisir de s'en approprier les droits et de les transformer dans le but de satisfaire les sponsors et le public du Capitole.

Jeena n'avait donc pas à s'inquiéter de cette pseudo relation liant Enola et Riley. Elle supposait même que toute cette histoire faisait partie de la stratégie de départ qu'ils avaient établie avec leurs coachs. Au vu du profil des deux tributs de cette année, sans doute avaient-ils décidé d'utiliser la carte d'un amour secret entre la jeune et belle ingénue mais pas moins maline et le séduisant et redoutable garçon du District 2. Savoir que ce dernier était en couple à l'extérieur ne pouvait qu'émoustiller le public. Quelle était censé être la prochaine étape ? Le jeune homme était-il supposé succomber à la tentation ? En tout état de cause, Riley ne semblait pas prêt à jouer ce jeu puisqu'il avait décidé de rompre l'alliance des Carrières. Jeena espérait de tout cœur que ce choix ne finirait pas par porter préjudice à son petit-ami. Déjà qu'il n'avait pas vraiment été gâté lors du Festin, la jeune fille craignait que les sponsors ne se détournent un peu plus du tribut du District 2.

Ses peurs se confirmèrent lorsque furent diffusés les pronostics de dix heures. Abe, paré d'un air de chien battu très convainquant lui avait demandé s'il pouvait rallumer la télé afin de pouvoir faire ses devoirs du jour. Enola était passée en tête dans les sondages, suivie de près par la Fille du Sept. Bien loin derrière, la tribut du District 4 et Riley se disputaient la dernière place.

- Riley n'a pas besoin des sponsors pour gagner, ma chérie, tenta de la réconforter sa mère.

- Tu sais très bien comment ça marche, réfuta Jeena avec humeur. S'ils ne veulent pas le voir gagner, ils feront tout pour l'en empêcher.

- C'est ce qui fait de la Leçon n°8 l'une des plus importantes, récita Abe alors qu'il écrivait dans son carnet d'exercice le compte-rendu de ce début de journée.

A chaque Hunger Games, les élèves du centre d'entrainement du District avaient en effet pour consignes de remplir un livret d'apprentissage dont les exigences étaient adaptées à l'âge de chacun. Pour ses douze ans, Abe était censé décrire les évènements de chaque journée sans forcément les étudier. Plus ils avançaient dans leurs années d'éligibilité, plus l'analyse demandée était poussée. En sa qualité de proche de l'un des tributs, Jeena était exemptée de ce type de devoir cette fois-ci.

La sonnette du foyer des Alyn retentit soudainement. Avalon s'avança jusqu'à la porte et fit entrer le nouvel arrivant. Jeena se retourna et croisa le regard de Karelle. Leur dernière conversation ayant tourné au vinaigre, l'aînée des Alyn fut loin d'être ravie de la visite de son amie. Reportant son attention vers la télévision, Jeena entreprit de l'ignorer, l'air renfrogné. Surprise par cette attitude, sa mère prit le relais et proposa à la jeune Leigh de s'installer. Une nouvelle tournée de thé fut servie, accompagnée des cookies qu'avaient préparés Ava afin de remonter le moral de sa fille.

- Je voulais savoir comment tu allais après les évènements de ce matin, amorça Karelle malgré le silence de son amie.

- Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre vous les filles, mais Jeena je te prierais d'être plus aimable avec notre invitée, s'interposa la mère de famille en constatant l'impolitesse de sa fille.

Le téléphone mural sonna brusquement et Jeena sauta sur l'occasion pour se soustraire à cette conversation qu'elle n'avait pas envie d'avoir. Donner raison à Karelle et à ses prédictions était la dernière des choses dont elle avait envie.

- Allo, bonjour.

- Bonjour Jeena, je suis contente de tomber sur toi. C'est Riza Bowers à l'appareil.

- Madame Bowers, qu'est-ce que je peux faire pour vous ? demanda-t-elle avec appréhension.

- Les interviews des familles sont prévues pour aujourd'hui. Ils ont proposé que tu te joignes à nous. Ils seront là dans une petite heure.

- J'avais complètement oublié cette étape, réagit Jeena qui pensait depuis la veille que ce serait le dernier jour des Jeux.

- Il s'est passé tellement de choses en si peu de temps que même moi j'ai été surprise de leur appel à l'instant, avoua Riza à l'autre bout de la ligne.

- Je crois qu'il est nécessaire de mettre en place la Leçon n°9, Madame Bowers.

- Riley nous avait pas mal briefés sur le sujet. Vu la situation actuelle, je pense effectivement que c'est plus que nécessaire.

- Réfléchissons chacune de notre côté à quelque chose, je vous rappelle juste avant de vous rejoindre.

- J'ai confiance en toi, Jeena. Vous les jeunes êtes plus entraînés que nous à ce genre de situation.

- A toute à l'heure.

Riza la salua à son tour avant que la jeune fille ne raccroche. Son cerveau était en ébullition. Il y avait tellement d'approches possibles qu'elle ne savait pas par quoi commencer.

- Vous avez raison de lancer la Leçon n°9, agréa Karelle face à cette idée. Surtout après le parachute qu'Enola a reçu tout à l'heure.

- Quel parachute ? angoissa Jeena en regrettant d'avoir éteint le téléviseur pendant de longues minutes.

- Tu vois, je savais bien que c'était une mauvaise idée de couper la télévision, se lamenta Abe sous le regard réprobateur de sa mère.

- Elle a reçu un kit d'armes dissimulées sous la forme d'une ceinture, d'un bracelet et de pics à cheveux.

- Trop bien ! s'exclama le plus jeune, l'air fasciné.

- Je doute que la dissimulation soit destinée aux Filles du Quatre et du Sept, Abe, réprimanda Jeena l'air plus tendu que jamais. Je dois aller me préparer, indiqua-t-elle en se levant brusquement.

- Tu sais ce que tu vas faire ? lui demanda sa mère le regard empli d'inquiétude.

- Je… Il faut que je réfléchisse… répondit Jeena en s'avançant vers les escaliers.

- On va t'aider de notre côté, assura Karelle avant que son amie ne disparaisse à l'étage. Abe, tu aurais une feuille vierge et un stylo ?

- Je vais chercher ça tout de suite, se hâta-t-il, fier de participer à la réflexion.

- Merci de ton aide, Karelle, remercia Avalon en posant sa main moite sur celle de la jeune fille.

- C'est normal, peu importe la divergence de nos points de vue, je serai toujours là pour soutenir Jeena, confia-t-elle à la mère de son amie au moment où Abe revenait dans la pièce muni d'une immense feuille et d'une trousse remplie de feutres de couleurs.

- On fait un schéma tactique ? proposa avec entrain le garçon.

- Vas-y, l'encouragea Karelle en échangeant un sourire amusé avec Avalon.

- Là, on a la Fille du Quatre, la Fille du Sept, Enola et Riley, commença-t-il à remplir la feuille en dessinant des petits bonhommes. Notre but est de faire remonter Riley dans les sondages, écrivit-il en titre. Notre outil est la mise en place de la Leçon n°9 : Utiliser ses proches dans la manipulation des médias. Les proches sont la famille de Riley : ses parents et sa petite sœur d'un côté et Jeena de l'autre. La question est : qui fait quoi pour redorer l'image de Riley ?

- C'est parfait, Abe, complimenta la jeune fille à ses côtés.

- Je suis fière de toi, mon chéri, renchérit sa mère face à l'implication de son fils.

- Tiens, ici tu peux mettre « Image actuelle de Riley ». Comment est-il perçu aujourd'hui ?

- Grand favori, il a eu un score de 10, s'enquit Abe en notant les idées clés. Sa famille et sa petite amie sont très importantes pour lui.

- Parmi les quatre tributs restants, c'est celui le plus apte à remporter les Jeux sur un critère de force, d'endurance et de maîtrise des armes, participa à son tour Avalon.

- En gros, ce qui ressort de l'image de Riley aujourd'hui c'est l'adjectif « Parfait », résuma Karelle. Le tribut parfait, le fils parfait, le petit-ami parfait, le gendre parfait, l'ami parfait, le gagnant parfait.

- Mais pour le Capitole, tout ce qui est parfait est ennuyeux.

- « Parfait = Ennuyeux » récapitula Abe les paroles de sa mère.

- Le but est de transformer cette image ennuyeuse en quelque chose de captivant pour le public, continua Karelle. Pour l'instant ce qui intéresse tout le Capitole c'est l'acte téméraire de la Fille du Sept qui a décimé les deux tributs du District 1 et l'amour sans retour que porte Enola à Riley.

- En gros, Riley a creusé sa tombe en rejetant Enola. Les sponsors auraient continué à les supporter tous les deux s'il avait joué son jeu c'est ça ?

- Exactement, Abe.

- Il n'a pas voulu trahir Jeena pour les Jeux ? demanda-t-il d'une voix plus triste.

- Je pense qu'il est tellement sûr de lui qu'il n'a pas trouvé nécessaire de rentrer dans le jeu d'Enola, présuma Karelle.

- A supposer que ce soit vraiment un jeu, tempéra Avalon. La jeune Deakin semble réellement attachée à Riley. Je pense que c'est ce qui a dû lui faire peur. Il a eu beaucoup de mal à concevoir le fait qu'elle lui ait sauvé la vie.

- C'est possible, accorda la jeune fille.

- Mais comment faire pour changer les choses ! s'énerva soudainement Abe sur sa feuille en tapant de son petit poing.

- Quel comportement devrait adopter les Bowers lors de l'interview ? Et Jeena… réfléchit à voix haute la mère de la concernée.

- Au fond, les Bowers n'ont pas vraiment de cartes à jouer. Celle qui va intéresser tout le monde, c'est Jeena, conclut Karelle avec justesse.

- Que faut-il qu'elle dise ? s'interrogea Abe avec un léger désespoir dans la voix.

- Rien, affirma dans un éclat l'amie de sa sœur. Il ne faut pas qu'elle parle aux caméras. Cela va les déstabiliser.

- Mais est-ce que ce sera suffisant ? s'inquiéta Avalon.

- J'ai bien peur que ça ne soit la seule solution pour ne pas empirer la situation. Peu importe ce que Jeena pourra dire, ses propos seront utilisés contre Riley. C'est exactement ce qu'ils attendent tous. Si elle veut lui donner une chance, il ne faut pas qu'elle y aille…

Abe nota gravement la conclusion de toutes leurs réflexions. Un silence plombant s'était emparé de la pièce.

- J'en suis arrivée à la même conclusion que vous, déclara la voix calme de Jeena qui descendait lentement les escaliers.

La jeune fille qui s'était éclipsée afin de se préparer pour l'interview des familles des tributs avait curieusement opté pour une tenue de sport. Vêtue d'un legging et d'une brassière, elle semblait parée pour se livrer à une bonne séance d'activité physique.

- Tu vas au centre d'entrainement ? demanda Abe, surpris de découvrir l'accoutrement de sa sœur.

- C'est tout à fait ça.

- Tu ne crains pas que les caméras essaient de t'y trouver ? s'alarma sa mère.

- En fait, c'est exactement ce que je veux, expliqua-t-elle brièvement avant de s'emparer du téléphone mural. Riza ? Changement de programme. Ce n'est pas une bonne idée que je fasse cette interview. Cela ne fera que desservir Riley.

- D'accord… comprit la mère de son petit-ami.

- Vous concernant, il faudra aborder deux points essentiels : sensibilité et loyauté. Ils vous questionneront forcément sur ce qui s'est passé avec Enola et n'hésitez pas à vous en servir pour dresser un beau portrait de petit-ami fidèle. C'est bon pour vous ?

- C'est bien noté, Jeena. Je suivrai tes recommandations.

- Vous avez confiance en moi, Madame Bowers ?

- Totalement.

- Alors… Pardonnez-moi d'avance, commença-t-elle avec un léger tremblement dans la voix.

- Que vas-tu faire, Jeena ? s'inquiéta la mère de famille.

- Quelque chose qui va attirer l'attention des sponsors et du public. Quelque chose qui va rendre le retour de Riley dans le District 2 indispensable. S'ils vous demandent, dîtes-leur que je n'ai pas souhaité venir, enchaîna-t-elle. Bon courage, Riza.

Sans lui laisser le temps de répondre, la jeune fille raccrocha avant de partir à la recherche d'un numéro de téléphone dans l'annuaire du district. L'ai concentré, elle tournait fébrilement les pages du vieux bouquin.

- Que vas-tu faire, Jeena ? demanda cette fois ci sa propre mère avec angoisse.

- Pourquoi penses-tu que jouer sur la sensibilité et la loyauté de Riley fera évoluer son image ? compléta Karelle qui ne voyait pas où voulait en venir son amie.

Sans réponse, Jeena qui semblait avoir trouvé son futur correspondant composa un nouveau numéro de téléphone. Regardant fixement devant elle et évitant soigneusement les autres occupants de la pièce, elle s'accrochait au combiné avec force.

- Bonjour Madame Deakin, c'est Jeena Alyn à l'appareil.

- Bonjour, Jeena, salua son interlocutrice avec étonnement. Que puis-je faire pour toi ?

- Est-ce que Denis est là ?

- Nous accueillons les équipes de télévision ce matin, fut la seule réponse qu'elle donna face à l'étrange demande.

- Elles seront chez les Bowers d'ici quelques minutes alors j'ai pensé que vous aviez peut être terminés ?

- Ils ne vont pas tarder à partir effectivement, avoua-t-elle.

- Pouvez-vous demander à Denis s'il souhaite toujours que l'on se rejoigne au centre d'entraînement d'ici une petite demi-heure ? quémanda-t-elle d'un air naturel et cordial.

- Denis, Jeena Alyn souhaite savoir si tu la retrouves bien au centre d'entraînement dans une demi-heure, répéta-t-elle d'une voix plus lointaine. Il sera là, confirma-t-elle plus distinctement à la jeune fille.

- Parfait. Je vous remercie Madame Deakin. Bon courage pour la suite… Que le sort puisse lui être favorable, clôtura-t-elle la conversation en mentionnant l'aventure de la jeune Enola Deakin.

Jeena raccrocha et expira avec force, la main toujours accrochée au combiné bien qu'il soit replacé sur son socle mural.

- Tu ne vas quand même pas faire ça, intervint Karelle en se levant les poings ancrés sur la table.

- Jeena, tu ne sors pas de cette maison tant que tu ne m'expliques pas ce que vient faire le fils Deakin dans cette histoire, s'interposa à son tour Avalon.

- Ce n'est pas de ma faute si le public et les sponsors aiment les drames, se contenta-t-elle de répondre en enfilant sa veste avant de s'avancer vers la porte. Les Hunger Games ne se déroulent pas que dans l'arène, déclara-t-elle d'une voix fébrile avant de disparaître sous les regards impuissants de sa famille et de son amie.

Plongée dans ses réflexions, Jeena prit le chemin du centre d'entrainement. Elle espérait que son plan fonctionnerait comme elle l'avait imaginé. Elle avait retourné le problème dans tous les sens et il s'agissait pour elle de la seule solution. La stratégie était simple : encenser pour mieux briser. Elle avait semé ses pierres et compter sur les équipes de télévisions pour être au rendez-vous. La jeune fille arriva en avance sur les lieux et s'installa dans l'une des salles de combat. Elle s'échauffa et commença à s'entrainer en attendant Denis. Pour être la plus convaincante possible, il fallait absolument qu'elle se vide la tête.

- Alors comme ça nous avions rendez-vous ? la sortit de sa bulle la voix moqueuse de Denis.

Quittant le Muk Yan Jong sur lequel elle s'appliquait à parfaire sa technique de combat rapproché, Jeena se dirigea vers sa serviette et s'essuya le visage et le cou. Elle observa le nouvel arrivant et constata qu'il était toujours habillé du costume qu'il avait dû enfiler à l'occasion de l'interview de ce matin.

- Ce n'est pas vraiment la tenue adéquate pour le centre d'entraînement, fit-elle remarquer avec légèreté.

- J'ai appris par ma mère que j'avais rendez-vous avec la plus jolie fille du quartier, alors j'ai tout donné, expliqua-t-il avec dérision en se désignant, l'air fier.

Jeena n'empêcha pas le sourire qui lui vint. Elle attarda consciemment son regard sur Denis en le détaillant de haut en bas. Elle n'avait jamais vraiment fait attention au physique du jeune homme qui, elle devait se l'avouer, était plutôt beau garçon ainsi vêtu. Chemise blanche ouverte sur le premier bouton, veste et pantalon d'un bleu marine aussi profond que celui de ses yeux.

- Satisfaite du résultat ? continua-t-il la joute verbale.

- Tout Panem a pu voir qu'Enola n'est pas la seule belle gosse de la famille Deakin, répondit-elle avec une franchise surprenante.

- Serait-ce de la jalousie que j'entends-là ? tenta-t-il de la piquer en faisant sûrement référence aux prétendus sentiments de sa sœur pour Riley.

- A toi de me le dire, peut-être que tu t'y connais en la matière, ajouta-t-elle avec ironie.

Denis rompit l'échange et se contenta de la fixer, les mains nonchalamment enfoncées dans ses poches. Il semblait attendre qu'elle reprenne la conversation. Après tout, c'était elle qui l'avait convoqué par surprise.

- Après les évènements de ce matin… l'interview a dû être intéressante et encourageante, entama-t-elle en s'approchant de lui.

- Qu'est-ce que tu me veux, Jeena ? finit-il par mettre les pieds dans le plat.

- J'avais besoin de te voir…

- Vraiment ? douta-t-il de cet aveu.

- On peut se poser quelques instants ? proposa-t-elle en désignant le ring de boxe à quelques mètres d'eux.

- C'est si gentiment demandé, accepta-t-il. Après toi, lui laissa-t-il la priorité avant qu'elle ne monte sur la plateforme et ne se faufile entre les cordes élastiques.

- Ta galanterie cache une certaine inspection visuelle, si je ne m'abuse, lança-t-elle une fois sur le ring.

- Dit celle qui m'a carrément reluquer tout à l'heure, attaqua-t-il en montant à son tour sur le podium, restant de l'autre côté des cordes.

- Moi ? s'étonna-t-elle avec toute la mauvaise foi dont elle pouvait faire preuve.

- Tu voulais te poser ou continuer les punchlines ?

- Ok, concéda-t-elle alors qu'il entrait à son tour à l'intérieur du ring.

Jeena s'assit en tailleur face à lui tandis que Denis se cala sur le sol contre les cordes. Son costume l'empêchant d'adopter la même posture, il allongea ses jambes face à lui, ses chaussures frôlant presque le genou de la jeune fille.

- On en était donc à : Jeena Alyn avait besoin de me voir, aborda-t-il de but en blanc.

- Ça te paraît si surprenant que ça ? lui demanda-t-elle d'une voix douce et posée.

- Tu ne m'avais jamais calculé avant les Jeux, n'ayant d'yeux que pour ton Riley, alors oui ça a le mérite d'être étonnant.

- C'est toi qui n'a pas arrêté de venir vers moi depuis le début, renvoya-t-elle la balle invisible.

- Raison de plus d'être surpris par ton initiative du jour.

- Je ne supporte plus le regard des autres… confessa-t-elle en évitant son regard. Celui de mes parents, de mon frère, de mes amis et de tous ces gens qui font croire qu'ils comprennent parfaitement ce que tu ressens. Avec toi… c'est différent, ajouta-t-elle en affrontant enfin les deux saphirs qui la dévisageaient.

- On ne vit pas exactement la même situation, Jeena, crut-il important de préciser.

- Oui, je sais, un petit ami ça se remplace mais pas une sœur, le devança-t-elle.

- Ma remarque a fini par te troubler ? l'interrogea-t-il fièrement.

- J'ai rêvé de toi, avoua-t-elle sans vraiment mentir.

Lors d'un cours sur le mensonge, on leur avait appris que la meilleure des techniques consistait à baser sa contrevérité sur un fait en partie véridique. Certes, la jeune fille avait rêvé de Denis mais elle ne lui mentionnerait pas le funeste sort que lui avait réservé son dernier cauchemar.

- Tu attises ma curiosité, très chère, l'encouragea-t-il à poursuivre.

- Je suis un peu perdue en ce moment, tu sais… amorça-t-elle.

- A quel niveau ? demanda-t-il plein d'intérêt. Suis-je bête, à propos de « Riley » ? appuya-t-il le prénom d'un air agacé.

- Plus les Jeux passent et plus… je me sens éloignée de lui, mentit-elle à demi-mot. J'ai beau me persuader du contraire mais au final, plus je passe du temps avec toi, plus je me sens comme rassérénée.

- Qu'est-ce que t'es en train de me faire, là ! réprouva Denis face à ces confidences.

- Ecoute, je… Oh et puis merde, tu as raison je n'ai rien à faire là, s'énerva la jeune fille en se levant brusquement dans le but de quitter ce ring.

- Attends, la retint-il par le poignet au moment où elle allait passer les cordes. Reste, quémanda-t-il avec sérieux.

Satisfaite de son effet, Jeena contempla la salle face à elle et fut ravie de repérer un mouvement feutré près de l'entrée. Faisant comme si elle n'avait rien vu, la jeune fille se rassit en s'accrochant aux cordes contre lesquelles Denis était appuyé depuis le début. Installée tout près de lui, elle faisait toutefois dos au reste du ring, ses jambes se perdant dans le vide. Le jeune homme qui n'avait toujours pas lâché son poignet, se permit de s'emparer plus amplement de sa main et de s'amuser à retracer les lignes de cette dernière du bout des doigts. Ces caresses procurèrent de doux frissons à Jeena.

- Alors ce rêve ? reprit-il le cours de leur conversation sans cesser son mouvement.

- Je ne m'en souviens plus très bien.

- Menteuse, l'accusa-t-il alors qu'il étendait ses caresses à son avant-bras.

- Et toi ? souhaita-t-elle le faire parler.

- Quoi moi ?

- Comment te sens-tu en ma présence depuis le début de ces Jeux ? osa-t-elle lui demander.

- C'est plutôt agréable de ne t'avoir rien que pour moi.

- Pourquoi faut-il toujours que tu le mentionnes à demi-mot, fit-elle mine de s'agacer.

- Parce qu'il est ton petit-ami, peut-être ? Ou alors j'ai manqué quelque chose ? ironisa-t-il.

- Je ne sais pas, souffla-t-elle. Je ne sais plus. J'ignore si celui que je vois aujourd'hui est encore le Riley d'hier, se perdit-elle dans ses mensonges basés de vérités, le regard vide.

- Jeena, l'appela-t-il doucement en tournant de sa main libre le visage de la jeune fille vers lui. Depuis quand tu n'as pas dormi ? nota-t-il en caressant ses cernes de son pouce.

Sous la douceur de ce contact, elle ne put s'empêcher de fermer les yeux. Ou peut-être était-ce pour ne pas avoir à faire face à ce regard qui n'était pas celui de Riley. Confondant rêve et réalité, Jeena se permit un instant d'imaginer son petit-ami à la place de celui qui lui faisait réellement face.

- Avec toi, j'oublie tout, murmura-t-elle les yeux toujours clos.

- Ouvre les yeux, implora-t-il sur le même ton.

Elle s'exécuta et les yeux noisettes rencontrèrent le bleu océan de ceux de Denis. Comme happée dans son propre jeu, Jeena se sentit attirée comme un aimant par ce visage si proche du sien, par cette bouche si près de la sienne. Mordillant légèrement ses lèvres, la jeune fille ne refusa pas le contact de celles de Denis lorsqu'il l'embrassa avec douceur. D'abord timide, le baiser se fit plus dur et plus intense lorsque Jeena se laissa emporter par la fougue du jeune homme. Même si elle s'en doutait et l'espérait du plus profond de son cœur, aucun des deux adolescents ne remarquèrent les caméras qui gravaient la scène dans le marbre télévisuel.


Tadaaaa ! Plus sérieusement, je suis vraiment très curieuse de savoir comment vous l'avez trouvé et si vous l'avez ressenti de la manière dont je voulais que ça se ressente ! Pour moi il était important de faire ressortir le côté factice de la télévision et c'était en quelque sorte le thème de ce chapitre. Mais est-on sûr que de sombres vérités ne se cachent pas quelque part ? Seul l'avenir nous le dira !

A bientôt pour la suite !

Desea Oreiro