Le silence règne au manoir Xavier. Chaque habitant dort paisiblement. Sauf moi. Moi et mes foutus cauchemars.

Je m'agite sous les couvertures, transpirant et gémissant de tristesse. Seuls témoins de mon insomnie : les objets métalliques virevoltant autour de moi.

Je me réveille en sursaut en hurlant. Des pas résonnent dans le couloir et se stoppent devant ma porte. Je tente de reprendre mes esprits et de calmer mes pouvoirs.

« Erik ? »
C'est Charles. Qui comme chaque soir veille à ce que tout le monde dorme paisiblement. Je fais mine que tout va bien et qu'il ne s'inquiète pour rien.

« Erik, je suis télépathe. Tu ne peux pas me mentir aussi aisément. »
Maudit télépathe … Je soupire mais me refuse à lui dire quoique ce soit. Que devrais-je lui dire ? Ouais, Charles, je suis un homme adulte et je fais encore des cauchemars comme un gosse.

« Tu ne seras jamais un enfant pour moi, Erik. Tout le monde a le droit de faire des cauchemars. »
Charles, arrête de lire dans mon esprit : cela en devient lassant. Je sais parler comme toi.

« Alors, pourquoi tu ne me parles pas, Erik ? »
« Parler, pour dire quoi ? »
Charles soupire, s'asseyant sur le bord de mon lit. Je me recule, ne supportant aucune proximité avec qui que ce soit.

« Je ne te ferais aucun mal, Erik. Pourquoi me fuis-tu dès que je t'approche ? »
« … Je n'aime pas qu'on soit trop proche de moi. Tu dois bien le savoir … »

Charles me regarde, avec ses yeux si bleus. Je soupire et me rapproche de lui.
« Mes souvenirs … Ils ne veulent pas me lâcher … »
Le télépathe fronce les sourcils. Je baisse les yeux, des fines larmes coulant sur ma joue. Il relève ma tête et d'un geste un peu trop tendre, il essuie mes larmes.

Je frissonne et me recule. Charles me regarde sans réellement comprendre.
« Ecoute, je ne vais pas te dire que je sais ce que tu ressens. Jamais je ne me permettrais de réduire à néant ce que tu as traversé en prétendant que je peux me mettre à ta place. Cependant, si tu veux que je t'aide, Erik, il faut que tu me parles. Explique-moi ... »

Le regard si bleu de Charles sur moi m'oblige à encore baisser le regard. Je pleure en silence, tel un enfant qui aurait besoin de réconfort, mais, qui n'ose pas demander. J'ai été élevé comme ça.
Ne t'apitoie jamais sur ton sort ! Estimes-toi d'être heureux d'être en vie ! me répétait mon père.

Je sens alors Charles me prendre contre lui. Je tremble le corps secoué de spasmes. D'un geste sûr, il me calme tout me berçant. Finalement, ce contact n'est pas si désagréable.
« Charles ? T-Tu peux rester ? »
Charles me sourit et je rougis. Je l'entends dire qu'il reste, que, pour une fois, je peux dormir tranquillement. Je ferme doucement les yeux puis m'endors dans les bras de Charles qui continue de me bercer, faisant attention à moi comme si j'étais la chose la plus précieuse à ses yeux.

C'est alors que chaque nuit, lorsque je fais un cauchemar, je passe le reste de la nuit dans les bras de Charles.