Je te l'ai dit dès ton premier entraînement. Tu possèdes un pouvoir hors du commun. Je t'ai donné les clés pour accéder au plein potentiel de tes capacités. Cependant, tu es là. A me dire que tu as tout enterré avec ta famille.
Décidemment, avec toi, je joue à un vrai de jeu de pile ou face.
Pile, tu es de mon côté. Face, tu es contre moi.
Quand vas-tu enfin te décider à choisir un camp ? Quand vas-tu enfin cesser de me laisser de faux espoirs ?
Pile, tu me souris. Face, tu me méprises.
Quand te décideras-tu à m'achever une fois pour toute ?
« Il y a du bon en toi, Erik. Je te l'ai déjà dit … »
Je te le répète mais tu ne m'écoutes plus. Tu cautionnes toute la destruction massive gratuite voulue par ce mutant ancestral.
Pile, tu es Erik. Face, tu es Magnéto.
Mais pour moi, tu reste Erik Lehnsherr. L'homme que je ne cesserais jamais d'aimer. Je suis sans aucun doute le seul qui t'appelle encore par ton prénom. Je te regarde : aucun signe de tendresse ou de pitié envers moi alors que je suis étalé au sol, mes jambes mortes devant moi.
Pile, tu es hypersensible. Face, tu es impassible.
Froid comme le métal que tu contrôles si bien. Froid comme la douleur que tu as ressenti il y a plusieurs années maintenant. Sombre comme cette obscurité dans laquelle tu étais lorsque je t'ai rencontré.
Pile, ton regard brille. Face, ton regarde s'assombrit.
Le gris métallique de tes yeux me rappelle à quel point d'un seul regard tu peux achever quelqu'un psychologiquement. Tu remets un autre exemplaire de ce foutu casque débile sur ta tête. Pour te protéger de moi. Comme si j'avais l'intention de t'attaquer avec ma télépathie.
Pile, tu me promets de rester à mes côtés. Face, tu m'abandonnes comme un lâche. Comme ce fameux jour sur la plage de Cuba. Tu m'as laissé là. Blessé dans le dos. A cause de ton propre mépris pour les humains. Tu es parti avec ma sœur. Je te l'ai pardonné, certes. Cependant, ta trahison me reste en travers de la gorge.
Pile, tu es un mutant puissant, m'aidant à former de nouveaux futurs X-Men. Face, tu es un mutant puissant et dangereux que je dois stopper pour le bien commun.
Je me suis promis de ne jamais t'affronter directement. Je n'en aurais pas le courage.
Je te regarde, essayant de trouver un lueur d'espoir dans ton regard. Tu m'observes, partagé entre l'amour que tu me portes encore et la haine que tu éprouves envers cette communauté qui te prend tout à chaque fois.
Mes connaissances en matière de littérature me permettent de te dire ceci.
Chaque chose possède deux côtés : un bon côté et un côté pas trop mauvais.
Tu me toises du regard, me défies. Je ne te reconnais plus l'espace de quelques instants.
Le mutant ancestral m'emmène dans une pyramide. Toi, tu restes immobile, le laissant faire sans ciller. Je soupire, victime de ma propre et stupide quête de l'espoir chez toi.
Je sens mon esprit quitter mon corps alors je lutte. Je lutte pour encore avoir une chance de te voir. Même si c'est en tant qu'ennemi. Le processus s'interrompt.
Pile, je suis dans tes bras. Face, tu me regardes de haut.
J'ouvre lentement les yeux et je vois ton regard métallique posé sur moi.
« Qu'appelles-tu un côté pas trop mauvais ? » me demandes-tu.
Je te souris et ne répond pas à ta question. Je dépose un simple baiser sur tes lèvres, ne m'attendant pas à une réponse de ta part.
Pile, tu es mon amant. Face, tu es mon ennemi.
Tu me regardes, surpris par ma propre audace. Je détourne le regard, me trouvant ridicule. Tu me maintiens dans tes bras. J'enlace mes mains autour de ta nuque. Tu me regardes toujours, sans réelle expression sur le visage.
« Un côté pas trop mauvais … C'est un côté qui est bon mais avec quelques défauts … » te dis-je.
« Et … »
« Oui, je t'aime comme ça. Si tu étais parfait, je ne t'aurais pas aimé autant que je t'aime. »
Pile, tu me souris. Face, tu es inexpressif.
Un sourire apparaît sur ton visage. Tu t'envoles dans les airs, mon corps blotti contre toi. Nous revenons au manoir. Lieu de nos premières nuits communes.
Pile, tu es dans mon lit. Face, je suis seul dans ce grand lit.
Tu me déposes délicatement sur le lit se trouvant dans ma chambre. Tu enlèves cette longue cape qui, je l'avoue, te donne un certain charisme. Je frissonne lorsque je sens ton corps se rapprocher du mien.
Pile, tu m'aimes. Face, tu m'aimes.
Quel que soit la face sur laquelle tombe cette maudite pièce de notre vie, je sais qu'au fond tu m'aimeras toujours.
