Le moral de la team Mustang était au plus bas, quand un lieutenant vint leur confier une nouvelle affaire. Il ne s'attarda pas, sentant bien que l'ambiance était lourde, et après avoir posé le dossier, il s'échappa discrètement.
Le dossier resta un moment intouché, avant que Havoc, décide enfin de l'ouvrir. Le départ de Riza leur mettait un coup au moral, et ils avaient bien besoin d'une enquête pour se changer les idées. Il s'agissait du meurtre d'une femme militaire. Décidément, ça n'allait pas arranger le moral des troupes… La femme avait été tuée d'une balle en pleine tête, et le seul indice sur la scène de crime était un petit mot, placé comme pièce à conviction et qu'il prit délicatement pour le lire à voix haute, sans vraiment y penser.
Somptueuse fleur,
La guerre t'a embellie,
Mais quand tu meurs,
Tu es encore plus jolie.
Un malaise général s'installa alors que tout le monde se tournait vers Havoc. Il avala difficilement sa salive avant de lâcher :
- Euh… je pense qu'on ferait mieux de s'occuper de cette enquête rapidement.
Si un tueur pareil traînait dans les rues, il valait mieux se dépêcher de l'arrêter, parce qu'une chose était pratiquement sûre : il recommencerait !
D'un commun accord, ils décidèrent que Falman allait se renseigner aux archives tandis que les autres chercheraient des informations sur la victime auprès de ses collègues. De plus, ils ne dirent rien à Mustang, aucun d'eux n'ayant le courage d'aller le déranger. Après tout, ils connaissaient tous l'affection qu'il portait au capitaine Hawkeye en secret.
Du côté de Riza, la bonne humeur régnait en maitre ! Après avoir passé un moment dans la piscine, les filles décidèrent de faire un concours de tir à l'arc avec leurs autres cousins et cousines. Malheureusement, personne n'était au niveau de Riza. Elle portait bien son nom de famille : elle avait véritablement un œil de faucon !
Ils déjeunèrent ensuite dans les rires et la joie, et Riza sentit un peu du poids qu'elle portait sur ses épaules s'envoler. C'était agréable de se sentir aimée… Si seulement le Général… Riza secoua la tête. Il n'était pas temps de penser à de telles choses, c'était un moment de bonheur, et c'est tout ce qui comptait.
Après le déjeuner, le grand-père de Riza vint la voir pour lui proposer une marche. Elle accepta, se doutant qu'il voulait parler. Ils s'éloignèrent sur un chemin de campagne qu'elle avait l'habitude de prendre quand elle était petite pour balader, et quand ils furent suffisamment loin, il se décida enfin à lui adresser la parole.
- Riza, es-tu sûre de ta décision de quitter l'armée ?
- Papi… Tu sais pourquoi je le fais ! Je n'ai pas d'autres choix !
- Je pourrai te muter sous mes ordres !
- Je continuerai alors de le voir fréquemment… Je ne peux plus le supporter !
- Mais que vas-tu faire alors ?
- Je ne sais pas… Je… Je peux peut-être trouver du travail comme garde du corps…
- Mais tu seras sûrement amenée à rencontrer des personnes de l'armée !
- Sans doute, mais il y a peu de risque que je croise le Général. Et puis, c'est la seule option que j'ai, en tout cas, c'est la meilleure que j'ai trouvé pour l'instant…
A ces mots, le Généralissime regarda sa petite fille. Même si elle tentait de le cacher, il vit le bout de ses doigts qui tremblait, et ses yeux brillants de larmes contenues. Il préféra donc ne pas insister, et ils reprirent leur marche silencieusement.
Au bureau du Général Mustang, un silence planait dans la pièce alors qu'il venait de découvrir quelque chose de terrifiant. En fouillant dans les archives, Falman avait trouvé un autre cas similaire. La méthode utilisée pour tuer n'était pas là même, la victime ayant été décapitée, et la tête emmenée, mais il y avait aussi un petit mot sur la scène de crime, et c'était également une femme militaire. Le mot était toutefois différent :
Petite violette,
Tu es comme une bête,
Pour payer ta dette,
Je prendrais ta tête.
C'était à faire trembler les plus courageux ! Ils cherchèrent donc un lien entre les deux victimes. C'est ce lien, qui créa le malaise dans la pièce. La seule chose que les victimes avaient en commun, c'était avoir participé à la guerre d'Ishbal en tant que femme militaire. S'en prenait-il à ce type de militaire en particulier ? Ce serait cohérent avec le poème du meurtre le plus récent qui parlait d'une guerre…
Cette idée les fit tous frissonner. Après tout, ils connaissaient tous bien une femme correspondant à ce profil ! Il était donc temps qu'ils parlent au Général. Aucun d'eux n'ayant le courage d'y aller, ils décidèrent de tirer à courte paille. Ce fut le pauvre Breda qui perdit.
Alors, tout tremblant, le lieutenant s'approcha de la porte du bureau et frappa timidement. Aucune réponse. Avalant difficilement sa salive, il ouvrit la porte. La seconde d'après un tir enflammé manquait de le tuer. Ok, il était de très, très, très mauvais poil !
- Euh… Général…
- QUOI ?!
Il était définitivement mort, pensa Breda, en tremblant comme une feuille.
- Nous… Nous devons vraiment vous parler d'une enquête…
- Qu'est-ce que j'en ai à faire de votre enquête ! Laissez-moi seul !
- Mais… Tenta d'ajouter le lieutenant.
- Oh, tu insistes, s'emporta Roy, le regard à moitié fou, une flamme apparaissant dans sa main.
Il avait besoin de se défouler pour évacuer toute la colère et la tristesse qu'il ressentait, et malheureusement pour son équipe, ça retombait sur eux. Ironiquement, seule Riza savait le calmer quand il était dans cet état-là.
Sentant sa dernière heure arrivée, et en dernier recours, Breda s'exclama :
- Le Capitaine Hawkeye est en danger !
Les flammes qui se trouvaient dans la main de Mustang disparurent en un instant. Il se leva, rapidement et attrapa son subordonné par le col avant de lui demander plus d'explications.
- Que viens-tu de dire ?
- Un… On pense qu'un tueur en série s'en prend aux femmes militaires ayant participé à la guerre d'Ishbal…
Le silence de plomb revint dans la salle. Le Général se décida enfin à lâcher son coéquipier et avança dans la salle.
- Expliquez-moi toute la situation, exigea-t-il.
Ils se mirent donc à lui dirent tout ce qu'ils savaient ainsi que les doutes qu'ils avaient, arrivant à une conclusion unanime : il fallait mettre sous protection les potentielles victimes. Elles étaient au nombre de trois, et malheureusement, l'une d'elles était introuvable : Riza… Une seule personne pouvait savoir où elle était, et c'était le Généralissime. Toutefois, par une coïncidence qui n'en était pas vraiment une, il avait pris deux jours de congé.
Ils placèrent donc les deux autres femmes sous garde rapprochée, et commencèrent des recherches sur la possible localisation de Riza, même si elles n'aboutirent à rien.
Après une soirée très festive et bien mouvementée, Riza avait raccompagnée sa cousine alcoolisée et elle l'avait couchée en souriant. Cassy ne changerait jamais… Sa sœur était déjà partie se coucher, elle décida donc d'aller s'installer dans le canapé pour ne déranger ni sa sœur qui était dans sa chambre, ni Cassandra qu'elle avait couchée dans la chambre d'ami.
Elle s'endormit en souriant, ayant oublié un instant, pourquoi elle était là, et la douleur qui habitait son cœur.
La chaleur, le sable, le sang, et des explosions un peu partout autour d'elle. Riza savait exactement où elle était. Ishbal… Dans son viseur, des visages qui se succédaient avant de disparaitre dans un coup de feu. Elle détestait ce qu'elle faisait. Pourquoi ? Pourquoi devait-elle tuer toutes ses personnes ? Pourquoi devait-elle tuer des innocents ? Elle se sentait monstrueuse !
Une montagne de cadavres apparut bientôt devant ses yeux, et elle comprit en un dixième de seconde qu'il s'agissait de ses victimes. Puis, il y eut un mouvement. Les corps se levèrent un a un, des trous noirs à la place des yeux, et ils s'approchèrent d'elle en répétant inlassablement une seule question : « Pourquoi ? ». Elle-même n'avait pas la réponse. Elle partit alors en courant, tentant de leur échapper, mais elle courrait sur place, et ils eurent tôt fait de l'attraper. Elle se mit à hurler de peur tandis qu'ils la tiraillaient, l'agrippaient violemment lui arrachant ses vêtements, lui griffant la peau de leurs ongles sales, plein de sable et de sang. Elle était terrifiée et elle avait tellement mal, au corps comme au cœur !
Riza se réveilla brusquement, en sursaut, toujours en train de hurler, alors que sa sœur lui secouait l'épaule. Mélina et Cassy la regardaient inquiètes, et elle s'effondra en larmes. Les deux jeunes femmes à côté d'elle ne savaient pas quoi faire. Elles ne l'avaient jamais vu ainsi, terrifiée, triste, brisée. Riza s'était toujours montrée forte. C'était elle, la courageuse du groupe, celle qui les « protégeait » lors de leurs aventures d'enfant. C'était elle la plus mature et la plus sage, bien qu'un brin, malicieuse et aventureuse, celle sur laquelle elles se reposaient. Et elles réalisaient maintenant, qu'elle avait changé, que l'armée, et toutes les épreuves qu'elle avait vécues jusqu'à présent l'avaient lentement brisée. Elle se montrait forte, encore et toujours, mais elle n'était qu'une personne comme une autre, avec ses blessures et ses faiblesses.
Elles la prirent donc dans leurs bras en tentant de la calmer, lui chuchotant des paroles rassurantes, et la berçant lentement. Néanmoins, elles se doutaient qu'à cette instant, une seule personne pourrait réellement l'apaiser, et malheureusement, elle était partie loin de lui, parce qu'il ne réalisait pas la douleur qu'il lui causait.
