Le surlendemain, quand le Généralissime retourna travailler, il eut la surprise, et en même temps pas tant que ça, de découvrir le Général Mustang l'attendant dans son bureau. Il avait une sale tête, il devait le reconnaitre. Il était mal rasé, assez décoiffé, et des larges poches noires de fatigue s'étendaient sous ses yeux à moitié fou et reflétant beaucoup de tristesse et de douleur.
- Bonjour, Général Mustang. Que me vaut l'honneur de votre visite si tôt le matin ?
- Je dois savoir où se trouve Riza, annonça-t-il, de but en blanc, sans même lui rendre ses salutations, n'en ayant que faire de se montrer courtois.
- Je suis désolé, mais je ne peux rien vous dire !
- Vous ne comprenez pas, s'impatienta Roy en commençant des allers et retours dans le bureau de son supérieur.
A cet instant, il était tel un fauve en cage, menaçant d'exploser à tout instant.
- Elle est en danger ! Continua-t-il, piquant l'intérêt du vieil homme. Nous pensons qu'un tueur en série sévit et s'en prend aux femmes militaires ayant participé à la guerre d'Ishbal !
- C'est une belle histoire, mais ça ne marche pas, lui répondit le grand-père de Riza croyant à une ruse.
- Je ne plaisante pas ! S'emporta le Général, soulevant son supérieur par le col. Nous avons mis les deux autres femmes concernées sous protection, mais nous ne savons pas où se trouve Riza, et sa vie est en grand danger !
La peur qu'il lût dans le regard de son subalterne suffit à la convaincre de la véracité de ses propos. Un tueur fou se baladait vraiment en tuant des femmes militaires, et il craignait réellement pour la vie de Riza.
- Je vais faire envoyer quelqu'un pour la protéger dès maintenant, promis alors le Généralissime.
- S'il vous plait, envoyez-moi ! Le supplia immédiatement Roy.
- C'est hors de question.
- Pourquoi ? Je connais l'enquête, et je suis l'un des meilleurs pour ce genre de mission. De plus, je connais votre petite-fille, la surveillance constante ne sera que moins désagréable dans ce cas !
Le petit homme aux cheveux gris retint un rire à ses mots. Moins désagréable pour Riza… Ce serait malheureusement tout le contraire !
- Non… Je… Commença-t-il avant d'être à nouveau coupé.
- Je vous en supplie ! Je saurais me montrer discret, s'il le faut ! Elle ne me verra même pas, si c'est ce que vous désirez, mais laissez-moi la protéger !
Le désespoir, voilà ce qui hantait le regard de Roy alors qu'il était tombé à genou, l'implorant du regard. Il comprit qu'il aimait sa petite-fille autant qu'elle l'aimait, et malgré le fait qu'il savait que Riza lui en voudrait sûrement, il accepta, espérant par la même occasion que ce serait là une chance pour eux d'enfin se comprendre, d'enfin finir ensemble. Après tout, il ne voulait que le bonheur de sa petite-fille, et il savait que cette dernière ne serait heureuse qu'auprès de lui, et inversement.
- D'accord, mais elle ne doit pas savoir que tu es là ! Céda-t-il.
Il savait qu'il y avait aucune chance qu'il ne soit pas découvert, mais il espérait qu'avant cela, l'un des deux ouvriraient peut-être enfin les yeux sur les sentiments de l'autre.
Il prit ensuite un bout de papier et y nota l'adresse de la maison familiale, avant de lui donner en lui conseillant un hôtel qui se trouvait non loin, et qui était dirigé par la mère de Riza.
Roy le remercia une multitude de fois, se retenant de l'embrasser avant de partir en courant pour préparer ses affaires. Décidément, ses histoires de cœur n'étaient plus de son âge, se dit le vieil homme en souriant.
Le Général attrapa quelques vêtements de rechange, et se figea un instant devant une petite boite en velours avant de secouer la tête. Non, ce n'était pas encore le moment. Il ferma son appartement, et monta en voiture, roulant, plus motivé que jamais, jusqu'à l'adresse indiquée. Il aurait pu prendre le train, mais il aurait été bien embêté une fois là-bas pour se déplacer. Il était là en tout discrétion, il ne pouvait pas faire appel au quartier général militaire sur place pour l'aider à être véhiculé. C'est aussi pour ça qu'il n'avait pas emmener son uniforme militaire.
En arrivant sur place, il découvrit une ville grande, possédant en plus d'un centre militaire, son propre hôpital et sa propre université. Il continua à rouler, arrivant un peu en bordure de la ville pour rejoindre son hôtel.
Il gara sa voiture, puis se rendit à la réception, un peu mal à l'aise, sur ses gardes, ne souhaitant pas trop attirer l'attention. Il appuya sur la petite sonnette et attendit patiemment.
- Bonjour ! S'exclama soudain une voix guillerette tandis qu'une femme entre cinquante et soixante ans passait derrière l'accueil.
Elle ressemblait tellement à une version plus âgée de Riza que cela le fit se figer un instant.
- Monsieur, je peux vous aider ? Le réveilla la femme, voyant bien qu'il était dans la lune.
- Excusez-moi, se reprit-il rapidement. Je voudrais savoir s'il serait possible de prendre une chambre dans votre hôtel pour au moins deux semaines, peut-être plus. J'ai un travail à faire, et je ne sais pas exactement combien de temps ça va durer.
- Pas de problème, puis-je avoir votre nom ?
- Roy…
- Roy… ? Insista la réceptionniste, attendant un nom de famille.
- … Mustang, compléta-t-il en parlant plus bas.
Le visage de la mère de Riza s'illumina alors, tandis qu'elle se retenait de rire. Elle comprenait mieux maintenant l'attirance de sa fille aînée pour cet homme. Il était vrai qu'il était charmant, et il dégageait involontairement un je ne sais quoi de séducteur.
- Vous travaillez dans quoi ?
- Je suis militaire, expliqua-t-il.
Après tout, il ne servait à rien de le cacher… Elle avait son nom, elle aurait tôt fait de savoir qui il était, les journaux ayant à plusieurs reprises évoqué son nom après le jour promis.
- Puis-je savoir ce que vous êtes venu faire comme travail exactement, demanda-t-elle en attrapant la clé d'une chambre.
- C'est un interrogatoire ? Plaisanta-t-il en soulevant un sourcil, un sourire charmeur.
- Non, non, je suis juste un peu trop curieuse, répondit-elle en riant.
Ce garçon lui plaisait, il serait parfait pour sa fille, elle n'en avait aucun doute.
- Tenez, vous avez la chambre 21, c'est la première à droite au deuxième étage.
- Merci Madame.
Il attrapa ses affaires et commença à monter, quand la femme blonde l'interpella.
- Le petit-déjeuner est à 8h, et si vous avez le moindre problème, n'hésitez pas à venir me chercher. Je vis dans la grande maison quelques mètres plus loin sur la route. Croyez-moi, vous ne pourrez pas vous tromper.
- Merci pour tout, bonne journée.
- Bonne journée à vous aussi.
Une fois qu'il eut disparu dans les escaliers, la gérante/réceptionniste se mordit la lèvre pour s'empêcher d'exploser de rire. Finalement, sa fille vivrait peut-être belle est bien une de ses histoires à l'eau de rose, dégoulinante d'amour…
Après s'être installé dans sa chambre, et avoir appelé ses collègues pour les prévenir de la situation, et leur donner son numéro de téléphone, qu'ils le tiennent au courant des avancées dans l'enquête, il quitta la chambre pour rejoindre l'adresse où était censée se trouver celle qu'il aimait. Quand il vit le gigantesque manoir, entourait de plusieurs résidences plus petites, il comprit. Premièrement, la famille de Riza était riche, du style richissime. Deuxièmement, la femme à qui il avait parlé à la réception de l'hôtel était de la famille de la jeune femme, il était même pratiquement sûr que c'était sa mère. Cela rendait sa surveillance secrète un tantinet plus compliquée. Il espérait vraiment qu'elle ne dirait rien sûr sa présence à sa fille.
Et c'est alors qu'il la vit, sortant d'une des « petites » maisons pour rejoindre la demeure principale. Il s'empressa donc d'aller se cacher dans les bois en face, dans un buisson. Elle portait un pantalon noir slim, et une chemise blanche qui la rendaient particulièrement élégante à ses yeux. Ses cheveux étaient détachés, volant dans la légère brise, et elle avançait en souriant de temps à autre à son chien qui courait autour d'elle joyeusement.
Une autre femme blonde, un peu plus jeune qu'elle se trouvait à côté d'elle. Il comprit bien vite qu'elles devaient être sœur, et cela le surpris. Elle ne lui avait jamais dit avoir une sœur, en fait, elle ne lui avait vraiment jamais parler de sa famille, mis de côté celle qu'il connaissait déjà, c'est-à-dire le Généralissime et son père.
Il découvrait une jeune femme bien différente, et cela le surprenait. Jamais, au grand jamais, il ne l'avait vu aussi vivante. Elle semblait complètement différente une fois son uniforme retiré, et il ne put empêcher son cœur de se serrait. Plus que jamais il voulait courir vers elle, la prendre dans ses bras, l'embrasser, et lui dire tout ce qu'il pouvait ressentir pour elle, à quel point elle pouvait lui être précieuse. Cela ne faisait que trois jours qu'il ne l'avait pas vue, et déjà, il ne supportait plus de rester aussi loin d'elle. Finalement, Grumman avait peut-être raison. Ce n'était peut-être pas une bonne idée qu'il s'occupe de sa protection. Après tout, il était peut-être actuellement le plus grand danger qui pesait sur elle.
Quand elle disparut de son champ de vision, il se décida enfin à faire demi-tour, même si son cœur se brisait un peu plus à chaque pas qui l'éloignait d'elle. Il devait laisser de côté ses sentiments pour l'instant, seule sa sécurité importait.
