En rentrant dans la maison de sa mère, Riza frissonna. Elle venait d'avoir une drôle d'impression, comme si elle était épiée en secret. La sensation ne semblait pas menaçante, mais ça n'en était pas moins déroutant. Que venait-il de se passer ? Si elle s'écoutait, ce sentiment familier lui aurait fait penser à ce qu'elle ressentait quand Roy la regardait. Mais c'était impossible après tout. Il n'avait aucune raison de se trouver ici, encore moins de la surveiller en cachette. Alors, elle soupira avec lassitude, et décida d'ignorer cette sensation bien trop déconcertante. Elle ne pouvait pas continuer à espérer inutilement. Ce n'était pas bon pour elle.
La surveillance commença tous les jours. Roy avait trouvé un coin à l'abri des regards, près du manoir, duquel il pouvait tout surveiller. Il y passait ses journées, veillant sur Riza, son cœur lourd n'aspirant qu'à être à ses côtés.
La femme blonde, de son côté, avait bien sentit que quelque chose avait changé, et ça l'inquiétait un peu, mais elle n'arrivait pas à être complètement sur ses gardes. Il y avait quelque chose de rassurant dans cette nouvelle sensation qu'elle expérimentait. Que se passait-il ? Elle avait bien essayé de parcourir les alentours, cherchant des indices, mais elle ne trouvait jamais rien, pas même une empreinte de pas. Alors, elle en était arrivée à la conclusion qu'elle devait halluciner, qu'elle n'était pas réellement observée.
Les choses restèrent ainsi pendant une semaine. Une semaine sans la moindre avancée dans l'enquête, sans le moindre petit indice sur l'identité du tueur, sans le moindre suspect. Cette enquête se révélait bien plus complexe qu'il n'y semblait, et les membres de la team Mustang commençaient à perdre espoir. Démasqueraient-ils un jour le meurtrier ? Pourraient-ils un jour annoncer aux femmes qu'ils avaient mis sous escorte, qu'elles ne courraient plus aucun danger ?
Cet espoir fut vite balayé.
Un soir, tard dans la nuit, un coup de téléphone réveilla Riza, bien endormie jusqu'alors. Elle se réveilla en sursaut et bailla en attrapant le combiné à côté de son lit.
- Allô…
- Bonjour, Riza, ça faisait longtemps, s'exclama un homme au bout du fils.
- Qui est à l'appareil ? S'enquit la jeune femme alors que son cerveau se remettait en route rapidement.
Peu de personne l'appelait par son prénom, et elle était certaine qu'aucune d'entre elles n'avait ce ton dangereux. Cette voix, elle ne lui disait rien ! Elle ne la reconnaissait pas.
- Voyons Riza, ne soit pas si pressée, nous nous rencontrerons bien assez tôt !
- Qui êtes-vous ? Demanda-t-elle une nouvelle fois, commençant à perdre patiente, de plus en plus effrayée.
- Tu ne me reconnais pas ? Ça me blesse, tu sais… Pourtant moi je me souviens très bien de toi !
La blonde frissonna. Il y avait quelque chose de mauvais dans cette voix, de détraqué. Elle ne saurait expliquer quoi, mais elle n'avait pas confiance ! Elle avait même un très mauvais pressentiment !
- Que me voulez-vous ? Reprit-elle tentant d'en apprendre plus, à défaut de son identité.
- Je tenais simplement à te prévenir. Tu es la dernière ! Les autres sont déjà mortes ! Il ne reste plus que toi, et je serais enfin libre ! A bientôt, Riza, susurra-t-il avant de raccrocher brutalement.
Dans son lit, Riza se mit à frissonner. Il voulait la tuer ! Cet homme, qui qu'il soit, avait déjà tué, et voulait la tuer ! Ses frissons se transformèrent en tremblements incontrôlables, et sans réfléchir, elle reprit le téléphone pour composer un numéro qu'elle connaissait par cœur. Le téléphone sonna, plusieurs fois, mais aucune réponse. Bon dieu, mais que faisait-il ? Pourquoi ne répondait-il pas ? S'interrogea la blonde en tremblant de plus en plus fort. Puis, une hypothèse émergea dans son esprit. Il était sûrement chez une conquête ! En retenant un chagrin, la peur lui tordant toujours l'estomac, elle composa rapidement un autre numéro. Après deux sonneries, une voix endormie lui répondit.
- Allô ?
- Papi ! Je… J'ai… Il veut me tuer ! Réussit-elle à dire avant de craquer, se mettant à pleurer à chaudes larmes.
Chez lui, le Généralissime décolla de son lit.
- Riza ! Ma chérie ! Explique-moi ce qu'il se passe ! La questionna-t-il paniqué.
- Un… Un homme a appelé ! Il… Il a dit qu'il avait tué des femmes… Que j'étais la dernière… Et que… Et qu'il allait me tuer !
- Surtout ! Restes où tu es ! J'envoie quelqu'un pour venir te protéger !
Si Riza avait été dans son état normale, elle se serait immédiatement indignée, et aurait affirmé à son grand-père qu'elle pouvait très bien se défendre seule ! Mais elle était en état de choc, complètement terrifiée, affaiblie par un cœur déjà lourd. Elle attrapa donc rapidement son arme qui se trouvait sous son oreiller, quand son grand-père raccrocha.
Un instant plus tard, dans l'hôtel silencieux, un téléphone sonna. Une fois, deux fois, trois fois, puis le silence, et ça recommença. Assez énervé d'avoir été réveillé ainsi, Roy se dépêcha de se changer, avant de descendre répondre à la réception de l'hôtel.
- Roy Mustang à l'appareil, que puis-je faire pour vous ? Dit-il de mauvais poil.
- Général Mustang, c'est le Généralissime ! Le tueur vient de contacter Riza ! Il…
Il n'en fallut pas plus. Le Général lâcha instantanément le combiné et se précipita, vers la maison qu'il avait compris être celle de Riza. Il entra en défonçant la porte, et hurla son prénom, inquiet.
Il monta les marches quatre à quatre, et la trouva, tremblante et larmoyante dans son lit. Quand elle le vit passer la porte, elle pointa vivement son arme sur lui, mais il leva les mains en l'air avant d'appeler à nouveau son prénom, plus doucement.
- Riza… Souffla-t-il.
Et alors, elle le reconnut. Il était là, juste devant elle… Sans réfléchir, elle sortit de son lit et lui sauta dans les bras en pleurant comme jamais. Elle le serra fort contre elle, s'accrochant à lui comme à une bouée de sauvetage l'empêchant de sombrer. Tout d'abord surpris, l'homme aux cheveux noirs ne tarda pas à la prendre à son tour dans ses bras, et à la serrer en lui frottant doucement le dos. Il la souleva, délicatement, et alla se poser sur le lit en l'installant sur ses genoux, ne voulant pas plus la lâcher, qu'elle ne voulait le faire.
Dans cette pièce seulement éclairée par la lune, le silence régnait en maître, simplement entrecoupé de temps à autre par les reniflements de Riza ou les paroles rassurantes de Roy. C'est ainsi, qu'ils s'endormirent tous les deux, toujours dans les bras l'un de l'autre.
Pendant ce temps-là, le Généralissime contacta le quartier général pour qu'ils se mettent à la recherche des femmes qu'ils avaient mis sous protection rapprochée. Jean Havoc faisant partie des personnes réquisitionnée pour rechercher les corps. Il partit donc du QG de Central, et avança un peu au hasard dans la ville. Au détour d'une ruelle toutefois, une odeur nauséabonde attira son attention. Il ne tarda pas à comprendre qu'il les avait trouvées. Il prévint donc les autres avec sa radio, et continua à avancer. Il vit tout d'abord les deux gardes du corps, tués, d'une balle en pleine tête. Le tueur avait dû les éliminer en premier avec une arme munie d'un silencieux. Plus loin, gisait les cadavres des deux femmes. L'une avait été carbonisée, et était à l'origine de la violente odeur qui prit les sinues du militaire. L'autre, était étendue sur le sol, un sentiment de terreur sur le visage, et un trou béant à la place du cœur. Quand il vit cela, le Lieutenant Havoc retint un haut le cœur en essayant de respirer profondément par la bouche. Un goût de chair brûlée vint alors lui piquer la gorge, le faisant se sentir encore plus mal. Il avait rarement vu une scène de crime aussi atroce ! Il se reprit malgré tout, il devait en apprendre un maximum pour tenter de sauver son ancienne collègue aussi prise pour cible par ce tueur. Il remonta donc le col de son uniforme sur son nez et sa bouche et s'approcha un peu plus pour lire les deux petits mots se trouvant sur les victimes. Des poèmes, encore une fois. Ces derniers disaient :
Délicat nénuphar,
Tu es comme un phare,
Et ton corps en feu,
Semble merveilleux.
Et :
Jolie marguerite,
Pleine de mérite,
Je prends ton cœur
Rempli de bonheur.
Jean sentit un frisson lui remonter la colonne vertébrale quand il tenta un instant d'imaginer quel poème le tueur pouvait avoir réservé pour son amie blonde. Il secoua la tête et continua son inspection. Il remarqua bien vite que des morceaux de vêtements carbonisés de la première victime, étaient coincés sous le corps de la seconde. Il supposa donc qu'il avait en premier mis feu à l'une des femmes avant de s'en prendre à l'autre. Ainsi, la seconde victime avait dû entendre les cris de détresse et de douleur de la première victime qui brûlait vive sous ses yeux, le tout en combattant leur assaillant. C'était d'ailleurs peut-être ça qui lui avait été fatal. Après tout, Jean les avait toujours croisées ensemble dans les couloirs, riant et plaisantant. Elles étaient amies, et voir son amie brûler sans pouvoir l'aider, était la preuve d'un sadisme sans nom.
Une main lui frappa l'épaule, le faisant sursauter. Il se retourna pour tomber sur le lieutenant Breda et le reste de la team Mustang, qui avaient une mine tout aussi sérieuse que lui. Ces deux meurtres ne signifiaient qu'une chose… Riza était la prochaine !
