Chapitre 10
Reminiscence
«Tout s'arrange sous l'influence d'une pensée heureuse et optimiste.»
George Sand
Samedi 18 octobre 1890.
Jour 17 depuis le meurtre.
Ciel regarda doucement l'horloge, avachi dans le fauteuil de son salon, il commençait à trouver le temps long. Cela faisait environ deux heures que Sebastian était parti.
Étalé sur les confortables coussinets, il cherchait vainement un moyen de se distraire. Deux heures plus tôt, son majordome lui avait fait un repas de fortune. Puis, il lui avait préparé un bain que Ciel avait apprécié plus que nécessaire (même s'il ne l'avouerait jamais). Avant de décider qu'il était temps de l'habiller et de le coucher pour la nuit.
Ne se sentant pas de dormir l'adolescent lui avait claqué qu'il n'était pas fatigué et qu'il l'attendrait. Il avait râlé, boudé, mais malgré ses protestations, Sebastian n'avait pas cillé et l'avait bordé comme d'habitude. Il lui avait servit sa tisane, et l'avait conduit d'une main de maître vers les draps bien chaud.
"Mais si Bocchan, vous avez besoin de sommeil" Avait-il argumenté. "Vous ne voulez surtout pas que votre magnifique visage, si jeune, soit rabougri par des cernes, non?"
Ciel lui avait craché autre chose à la figure, il ne se rappelait plus. Mais au final le mal était fait, et en quelque minute de plus le démon avait déjà quitté la pièce et lui était déjà prisonnier des couvertures.
Maudit démon !
Il n'avait pas fallu longtemps pour que Ciel s'en déroule discrètement, quitte son lit, et aille s'installer sous la lueur blafarde des bougies du salon avec un "Bien fait pour toi, c'est toi qui t'occupera de mes cernes" à peine chuchoté à l'attention de Sebastian.
Fier de lui, il s'était installé bien confortablement sur les coussinets du grand fauteuil, et avait attendu.
Et attendu.
Et attendu, jusqu'à ce que son attente se transforme en un ennui mortel.
Alors, maintenant, il était là, seul.
Seul, dans le petit salon où venait tant de foi tante Ann. Et l'ennui se transformait doucement en sentiment bien plus sombre.
La pièce n'était plus qu'éclairée par une ou deux lumières, les autres ayant fini par s'éteindre. Les couleurs presque estompées rendaient la scène fade et froide, alors qu'elles éclairaient doucement le visage fatigué du comte.
Par ennui, les jambes de ce dernier, assez longue maintenant, glissaient du fauteuil lentement sur les cousins en cuir du canapé où il s'amusait à y laisser des traces, la marque de ses pieds s'imprégnant dans la chair tendu.
Il détestait ça: attendre.
Peut-être que si il appelait Sebastian, le démon reviendrait.
Ça serait bien inutile de le faire revenir maintenant sans les informations qu'ils souhaitaient, mais honnêtement, le garçon avait déjà passé ce cap de reflexion.
La seule chose qui le retenait encore, était d'imaginer le probable visage arrogant de Sebastian qui le toiserait. Et qui lui reprocherait de sa voix suave d'être en dehors de son lit si tard le soir.
Mais bon... Certe, il lui reprocherait ses enfantillages, mais au moins, Ciel ne serait plus seul si le demon revenait.
Il hésita un instant, et ses lèvres s'entrouvrir légèrement pour prononcer le debut d'un son, puis il abandonna.
Si Sebastian revenait, que lui dirait-il?
Il cligna des yeux.
Et fut parcouru soudain d'un frisson.
L'obscurité qui l'entourait semblait l'étreindre de ses bras oppressants. Et il essaya vaillamment de repousser le sentiment d'inconfort qui montait en lui.
Si il appelait le demon, que dirait-il?
"Oui, alors tu vois Sebi-chan je déteste être seule la nuit! Mais j'ai absolument pas peur du noir, oh non!"
C'était invraisemblable.
…
…
Et Ouille, 'Sebi-chan'? Il n'y avait que le Shinigami pour l'appeler comme ça! Qu'est-ce que l'autre truc avait-il bien pu mettre dans la tête? C'était même pas mignon.
Un petit grésillement se fit entendre dans son oreille, et Il ferma ses yeux, les plissants plus fort qu'il ne le devrait. Il était un adulte. Il avait quinze ans. Plein de jeunes hommes de son âge étaient déjà mariés, et lui, il était toujours la dans son salon à se persuadé que le noir et la solitude ne lui faisait plus peur!
Devrait-il vivre avec toute sa vie?
La solitude, elle, était son salut. Oui! Son salut. C'était un choix. N'est-ce pas? Il valait mieux être seul qu'entouré de traîtres, mauvais et hypocrite.
Et le noir, il n'y a que les enfants qui y voient des monstres ridicules sortie de leurs imaginations. Les vraies monstres cela n'existe pas… Humain ou non.
Il était passé outre tout ça, bien sur. Il était le grand Phamtomhive!
Il n'avait pas peur.
Oui, il n'avait pas peur... Pourtant...tout au fond de lui, toujours plus profond; Il y a avait cette chose qui doucement remontait. Minuscule, sous un tas de poussière. Elle poussait, poussait. Il la sentait dans ses organes. Poussant doucement pour remonter à la surface. Et du coin de l'oeil, il vit l'ombre à sa droite se tortiller.
Son coeur manqua un battement, et son regard se tourna par là. Rien, évidement, la maison craquait juste un peu dans ce silence absolue. Il n'y avait pas à s'inquiéter. Et son esprit critique repoussait la chose au fond de sa poitrine. Il n'y avait que le silence ici, voyons.
Car oui, à ce moment même, il pouvait entendre le silence...
Son esprit resta en alerte, sa respiration peut-être un peu plus rapide. Une autre ombre se mit à danser, et son inconscient s'excita. Laissant entre-apercevoir une forme la-bas sur le mur, qui disparaissait à peine le regard poser dessus. Puis deux autres, indistinctes, à sa droite. Une caresse, une main qui le touchait. Il secouait alors la tête, et l'ombre reprenait alors la forme d'un rideau, et le canapé froid redevenait un canapé.
Et Ciel se recroquevilla alors, gardant la tête haute. Il n'avait pas peur, il n'avait pas peur. Non, il n'en avait pas le droit. L'enfer, il l'avait déjà connu. Sa raison revint en bloc, et le control aussi, repoussant alors sans ciller ces choses, irréels qui le hantaient. Et alors, tout retransformait le monde en un semblant de normalité.
Car le jeune homme, si fier, si tendu dans ce canapé, savait.
Il savait que c'était faux. Il savait que la piece était vide de toute vie, vide de tout danger. Que l'ombre crée par les bougie ne faisait qu'exciter son esprit déjà bien trop torturé.
Mais alors que il se retrouvait seul, là, dans le noir. Rien n'aurait value ne soient-ce que la présence de son pire ennemis. Car aussitôt enfermé, et son esprit enfin calmé, quelque chose, sortait de nouveau, et les meubles s'entourait de l'aura malsaine qu'ils avaient toujours possédé.
C'était ce qui y rôdait, ce qui se glissait dans l'ombre de la nuit qui lui tenait compagnie. Et alors qu'une image lui vint à l'esprit, lui remémorant une enquête précédente, il ferma les yeux pour la chassée.
Sa poitrine lui faisait mal.
Il inspira rapidement. Il devait se concentrer.
Une foi Elizabeth lui avait dit que pour chasser le noir quand elle était petite, elle les imaginait ensemble. Tous les deux, main dans la main. Il la sauvait alors des monstres en la prenant dans ses bras.
Ciel serra les dents. Tout ça n'était que des inepties d'enfant, mais l'idée d'imaginer sa cousine le rassurait, un peu.
Si elle était une des seuls qui chassait sa solitude, alors, peut-être qu'elle pouvait aussi chasser le noir, pas qu'il est dit ça bien sur!
Il préférerait manger sa main que de reveller ça a quelqu'un. Surtout à Sebastien.
S'allongeant à l'aise, il l'imagina. Il vit le visage d'Elizabeth apparaître en premier. Son sourire, avec ses traits fins et joues rondes. Ses yeux pétillants de malice et de douceur. Une candeur qui n'appartenait qu'à elle. Son visage fut alors doucement remplacé par un souvenir. Et les petites mains d'Elizabeth lui revinrent en mémoire alors qu'elle l'entraînait vers les jardins près du manoir. Ses cheveux blond volant autour d'elle. Souriant, elle lui partageait ses jouets, et lui cueillait des fleurs. Déjà à l'époque, la jeune fille de 6 ans, passait son temps à lui donner des choses sans rien demandé en échange. Le souvenir s'éloigna un peu, et il se rappela vainement avoir joué dans un champ. Le manoir laissant place à une grande forêt de pins.
C'est alors que son magnifique chien les rejoins, lui sautant dessus, provoquant un rire d'enfant à son alter ego. Du coin de l'œil, ses parents, immenses adultes, plein de grâce et de majesté, les couvaient du regard tout en discutant d'affaire dont l'enfant n'avait guère. Et son coeur se réchauffa de bonheur et de force, comme-ci chaque battement s'allégeait. Et pendant un instant, ce monde était fait de bliss.
Mais alors que cette réalisation faisait son chemin, une clameur étrange sembla s'élever au loin dans les bois…
Une pensé noir, puis une autre le traversa, il sentait quelque chose… Qu'est-ce que c'était? Il voulait savoir…
'Quelque chose ne va pas' comprit-il… Le visage des adultes semblait soudain lointain, ils regardent le vide, sans présence. Un grand bruit retentit de la forêt. Et Non ! 'Ils ne se retournent pas ? ' Pourquoi ? Il y a quelque chose par là ?' 'Ils faut qu'ils voient !'
Sebastien jappe. Il a peur.
De grandes bêtes, dans la forêt ! Les nuages cachent le soleil, plus noir que tout. Un autre hurlement retentit, et cette foi celui d'un homme, d'un enfant. Et au loin de la forêt continue de se mouvoir trois énormes bêtes, de la taille d'ours, telle une meute, leurs corps élancés semblent plus ressembler à des insectes atrophiés aux membres gélatineux et gluants, mais de laquelle se dégagent une harmonie et une force surnaturelle.
Leurs mâchoires plus larges que celle d'un crocodile claquent.
Crocodile, Ours, Loup et bête, et encore ! Insecte, et ver.
' Où sont-ils ?'
Pas le temps de chercher. Le sol s'effondre. Coincé dans un sable mouvant, ouvert sous mes pieds, et maintenant me voilà piégé.
C'est le noir. Elles se rapprochent. Elles, elles, elles. De leur lèvre, un filet de bave semble faire fondre la terre.
Crocodile, Ours, Loup et bête.
J'ai peur.
D'un coup, elles disparaissent dans le noir, je ne les vois plus, mais je les entends.
Clic, clic.
…
…
Oups.
Une faible lumière, la cuisine est là !
Une faible lumière, la cuisine est là !
Je ne vois plus rien.
J'ai peur.
Il y a une odeur.
Clic.
Un violent souffle de vent.
Si enivrante.
Les bêtes hurlent de terreur. 'Pourquoi?' Un crissement. Les bêtes glapissent. Quelque chose déchiquete.
Je ne respire plus, ne bouge juste pas.
Je tremble de peur.
Le noir vient.
Quelque chose dans ma nuque, je frissonne. Elle, elle, elle.
Remonte doucement.
Je tremble, alors qu'elle frôle chaque parti de mon dos.
J'ai peur.
Je saute.
Je me défais de ma prison.
Victoire?
La pièce réapparaît, puis redisparait. La bête hurle de fureur, et je cours pour lui échapper. 'Plus vite', 'plus vite'.
Je ne vois pas ou je vais, au point que je trébuche sur quelque chose.
La tête d'Elizabeth repose là.
Reine,
Macabre, Macabre
Au-dessus d'une mare de cadavre et de sang.
Je vois ses yeux s'ouvrir?
Vide orbites.
Les traits tirent, la bouche s'ouvre… Il sort…
Il est si large qu'il déchire lentement le visage de la fille.
J'ai peur.
J'ai peur. Je hurle.
Le compte Phantomhive se réveilla brutalement un hurlement strident quittant toujours le fond de sa gorge.
Sa main s'accrocha à la première chose que qu'il vit, un bras.
"Bocchan, bocchan, calmez-vous"
Ses mains tremblantes agrippèrent avec force les manches de Sebastian qui essayait de le calmer. Ses yeux étaient écarquillés de terreur, et tout son corps tremblait. Il haletait, il ne voyait plus rien, ses tremblements s'accélèrent lorsque la chose reprit la forme du monde qui l'entourait.
"Calmez-vous" lui chuchota le majordome de sa voix la plus douce.
Mais le jeune homme n'entendait pas. Il restait enfermé dans son esprit, recroquevillé sur lui-même, il s'accrochait juste au majordome le plus fort possible, car le sommeil l'avait peut-être quitté, mais le noir était toujours là.
Dans un geste pour le ramener, le diable le tira alors à lui, le serrant dans ses bras. Il le berça imperspectivement. Laissant le temps, doucement faire son effet.
Le jeune revient alors un peu sur terre lorsqu'il sentit la chaleur du démon traverser ses vêtements. Un sentiment de protection le parcouru, de bien-être. Il était en sécurité. Doucement, sa respiration se calma, restant malgré tout agité, il se rendit un peu compte de ce qui l'entourait, en même temps que sa vue s'habituait à la faible lumière.
"Sebastian" gémit-il
"Chut… Je suis là… Calme, je suis là."
Ciel se recroquevilla dans les bras de son démon. Ce dernier lui caressa doucement les cheveux, en continuant de lui filer des mots doux.
Lorsqu'il comprit qu'il était bel et bien en sécurité, il manqua d'exploser en sanglots, son corps fut pris de tremblement alors qu'il se resserrait encore plus au creux des bras du démon.
"Bocchan?"
"Bocchan?"
Le diable de ses dents retira alors son gant, pour passer ses doigts dans les cheveux de son contractant de quinze ans qui semblait en avoir perdu la moitié en quelques secondes.
"Ciel?"
Et il continua jusqu'à ce que la respiration du garçon se calme, et qu'il s'endorme. Continuant doucement à le bercer, n'usant que de chuchotement et de douceur. Même endormi l'être semblait si fragile. Il hésita alors un instant, il rechignait à le ramener dans sa chambre et à la laisser seul. L'humain risquait encore de se réveiller. Alors le démon prit la plus logique des décisions. D'un mouvement, il retira son frac l'entourant dedans, et s'assit alors sur le grand fauteuil du petit salon. S'installant patiemment, le jeune homme toujours dans ses bras, reposait sa tête sur son épaule.
