Chapitre 14

Fragments

Merci Manon, tu es un vrai ange :)


" La vie humaine offre bien moins de plaisirs que de peines. "

Philémon


Jeudi 23 octobre 1890.

Jour 22 depuis le meurtre.

Le démon ne cilla pas, la joue légèrement rougie par la claque, et un sourire plus froid réhabilita ses lèvres.

"Tu te moques de moi…" Réalisa le comte.

La douleur dans sa voix était évidente, mais si cela affecta le diable, il ne le montra pas. Sebastian ne bronchait pas. Alors que Ciel, lui, commençait à trembler, sa voix, surtout, frénétique.

"Tu te moques de moi…"

Et il ne vit pas le majordome serré légèrement le poing. Même Sebastian ne le réalisa pas. Lui, si en control.

Et Ciel craqua.

Il vit devant ses yeux passé le rouge et le noir de la colère, la peine, la frustration. Ses sens ne se retrouvaient plus qu'aiguillés à l'encontre de son majordome, incapable de percevoir tout ce qui l'entourait. Il fixait son vis-à-vis. Il en avait assez, il avait mal, il voulait lui faire mal.

"À genoux" Cracha-t-il

À contre cœur, et perdant son ascendant le plus grand des deux, le si beau et si parfait majordome s'exécuta. Une foi a sa hauteur, les mains de Ciel, violemment, l'attrapèrent par le col.

La pièce les entourait de son ombre, sans plus aucunes couleurs que celles qui passaient par leurs yeux brillants.

"Tu es mon CHIEN, Sebastian, tu… n'as pas le droit…"

Les mains toujours sur son col, il se mit à le secouer. Trahi, duper, tromper. Et cela faisait mal. Ses poignets se tordait légèrement a l'envers, et ses joints étaient blancs de serrer tant le tissu.

Il avait mal.

Il sentait cette chose au fond de lui qui réclamait l'attention. L'attention de l'homme en face de lui. L'injustice, la volonté d'être traité pour ce qu'il était. Pour ce qu'il valait, ou aurait dû valoir aux yeux de Sebastian.

"Qu'est-ce qu'il t'a pris ?" Finit-il par craquer, cherchant rapidement dans ces yeux la moindre explication, la moindre raison.

Le démon ne broncha toujours pas, attendant que la colère de son maître passe, bouillant intérieurement d'un même feu, qu'il essayait vainement de contenir. L'aura noire s'assombrissait. Et Ciel avait beau le regarder droit dans les yeux, il ne voillait pas que, sans bruit, il le perdait. Que l'être en face de lui quittait doucement sa carcasse et sa retenue. Que sa respiration, supposée humaine l'avait quitté, le laissant immobilisé, ici telle une poupée de chair.

Sebastian sentait. Il voulait…

L'envie de posséder.

"ABRUTIS"

Il ne pensait déjà plus, retournant simplement à son état de conscience pure.

L'envie.

Ciel le gifla encore, comme-ci sa frustration, ses sentiments, ne pouvaient que passer par l'acte physique. Ciel sentait que les émotions et les mots, ne seraient pas suffisants pour ressortir se qu'il vivait. Il y mit toute sa force, pas assez pour blesser le démon bien trop résistant. Mais suffisant pour guider son mal.

Et sa litanie continuait.

Tous les pores de sa peau transpiraient.

"Expliques-toi… Donne-moi, au moins une raison, pourquoi tu me traître comme un subalterne ?"

"Je n'en peux plus, Sebastian !"

Passant de la colère, au déni, jusqu'à la tristesse et l'amertume.

"C'est ça, n'est-ce pas ?"

"Je ne suis qu'un accessoire à utiliser sur ta liste."

Le corps penché en avant, vers le démon aux yeux incandescents. Incapable de garder un semblant de dignité.

"Explique toi! C'est un ordre !"

"Sebastian!"

Et le démon ne tint plus, et le foudroya du regard.

"Comme un accessoire ?"

Ciel se stoppa. Frigorifier. La voix normalement suave du diable avait quelque chose de roque. De lent, de dangereusement bas et un sifflotement de dents, qui roulait sur les 's'…

"Moi? Qui vous utilise, alors que je suis tout le temps, penché à vos si délicates et infâmes lèvres ?"

Un frisson parcourut Ciel face au mépris dans les intonations de Sebastian, si bien rajouté sur le mot : infâme. Cela lui en laissa les lèvres sèches alors que le ton qui ne laissait place à aucune réponse, menait la conversation vers une tournure sarcastique et sérieuse à en faire pâlir plus d'uns.

"Voyons Bocchan, tous vos ordres, je les exécute …"

Il y avait quelque chose de doucereux dans cette voix. Et l'aura noire semblait s'être rependu dans chaque coin de la pièce.

Le jeune homme se mit à rapidement chercher ses mots. Comme-ci une main sur ses épaules le poussait vers le bas, son esprit se retrouva prisonnier de lui-même. À ce moment, il ne sut pas ce qui l'empêcha de se rétracter en fétus et pleurer.

"No-on! Cela fait longtemps que ce n'est plus vrai!"

Il avait exclamé la dite phase plus fort qu'il ne le prévoyait, surpris d'arriver même à lever les yeux. Sa respiration était rapide, et il recula d'un pas. Puis, il sera ses poings, et refit ce pas en avant, tout son corps se mouvant d'une inspiration.

"Tu me guides à la baguette ! C'est à peine si je maintiens l'image de te contrôler, démon!"

Ciel ne savait pas d'ou lui sortait cette confiance. Une témérité qu'il allait sans doute regretter. Mais la colère sous-jacente crissant et martelait son cerveau. Elle voulait sortir, et déchirer l'être en face de lui.

"De toute manière, qu'est-ce que ça peut vous faire ? Je réaliserais votre souhait final. Que vous soyez en contrôle ou non…"

Le démon, se rapprocha imperspectivement de Ciel, et visage à visage le défiait silencieusement.

Ciel sera les dents. Et plaqua sa main sur sa nuque, comme un geste qu'il ne finirait pas, pour le repousser. Mais la main resta là, et Ciel un instant put jurer qu'elle commençait doucement à brûler au contact de la peau glaciale de son majordome. Sebastian commença à lui serrer le poignet.

"Je te hais Sebastian"

Un léger rire sorti de la gorge du démon, mais ce dernier semblait loin d'être amusé.

Et le rire s'étendit bien trop longtemps pour être confortable.

Son sourire semblait bien plus douloureux après son éclat. Presque de travers et composé d'un amusement forcé. Ciel réalisa juste alors que son poignet avait fini dans la poigne du démon, bien plus loin du cou de ce dernier qu'il aurait pensé.

"Comment voulez-vous que j'oublie ? Cracha le diable, vous me le rappelez dans chacune de vos gifles. Dans chacun de vos choix égoïstes ! Vous vous étonnez que je prenne de l'indépendance, alors que vous me repoussez à chacun de mes pas?!"

Ciel resta stoïque. Les sourcils froncés de douleur. Son poignet.

"Le contrat va dans les deux sens, toujours, dans les deux sens, susurra-t-il. Moi, je vous donne tout Bocchan, continua le démon. Et j'en ai assez."

Les yeux de Ciel perdirent toute animosité, laissant place à de l'incertitude face à soudainement cette marque de puissance. Il recula de quelques pas, soudain très conscients du danger. Ses lèvres restèrent scellé, et puis, s'il les ouvrait, ce serait un gémissement de douleur qui risquait de s'en échapper.

L'aura du démon s'assombrit encore plus, et l'être des enfers se releva lentement, forçant le plus petit à s'éloigner d'un pas. Étendant sa volonté, en dehors de son corps.

Il en voulait plus. Il en avait tellement faim…

"Que veux-tu que je te donne de plus ? Je n'ai rien..." Craqua-t-il la voix faible.

Son poignet lui faisait souffrir le martyre.

Sebastian fit un pas de plus vers lui, et son aura… Son aura, qui se dégageait, prenait de plus en plus d'ampleur, forçant le tout petit humain à se rétracter encore plus.

Ne contrôlant plus, ni expression ni pensée. Ledit majordome fit un autre pas de plus, et Ciel se cogna au bureau derrière lui, ou il eut juste le temps de se retenir. Incapable de lâcher le démon du regard, ses yeux rouges incandescents le surplombaient.

"C'est faux." Susurra-t-il. "Il y a toujours plus…"

Amer, le jeune comte le prit comme un froissement dans sa poitrine. Il ne voulait pas y penser, il ne voulait pas pensé 'au plus' évident dont Sebastian pouvait parler.

"Mais, la seule chose à laquelle tu t'intéresses, c'est mon âme." Tenta-t-il.

Même pour Ciel cela sonnait faut. Depuis quand il y avait il autre chose que l'âme? Il ne savait lui-meme pas, mais sans se rendre compte de ses paroles, le démon pris dans sa lancée continua.

"Je veux plus" murmura le démon.

Leurs odeurs se mélangeaient un petit peu, et la marque du pacte commençait à brûler légèrement. De ses doigts gantés, Sebastian caressa doucement la joue du comte frigorifié, qui attendait la suite, telle une poupée de chiffon. Même l'air ardent semblait similaire à un baiser glacé. Et il sentait au tracer de sa peau sa respiration hachée, les rapides battements de son cœur.

Ciel ouvrit la bouche, un instant.

"Qu'est-ce que tu veux ?" Il se brisa sur la dernière note.

Le démon sursauta et hésita.

Tellement. Il voulait tellement plus.

Et tous ses muscles se tendirent, d'une manière si peu humaine. Et tout son intérieur remonta dans sa poitrine, manquant d'exploser sa puissance, de surplomber, de dominer, de posséder. Il pouvait faire ce qu'il voulait, réduire cet arrogant petit être à son bon vouloir.

Et alors qu'il tendit la main pour laisser libre cours à la tentation, il sentit une petite épine s'insinuer dans son esprit.

Le si grand œil de Ciel le fixait, si vulnérable, sa pupille tremblant légèrement, et de son pacte, il sentit doucement une série d'émotions se verser. De la crainte, de l'impatience, de l'incertitude. Et un autre sentiment commença à rejoindre la convoitise, et la possessivité.

La peur...

La peur de briser. De perdre tout.

Tous ces efforts, toutes ses courbures, ces insultes. Toutes ces raisons, le travail qu'il avait construit pour cet humain. Toutes ces peurs, ces nuits d'horreur, ces répliques, ces disputes, ses rares moments de calme. Et tous ces moments ou le pacte le brûlaient.

La main toujours dans sa lancée s'avança alors encore plus, alore qu'une sorte de déchirure se produisait en lui.

Plus… Ces moments de faiblesse, ces envies de faire mieux, ces regards dans le vide, et ces frottements de peaux. Cette incomparable tristesse, et ces moments de solitude. Et faire disparaître cette frustrante sensation de ne pas être assez, de vouloir briser cette carapace. D'encerclé, et entouré, et protégé, pour créer plus, et finalement trouver la paix.

Alors, il se laissa aller, submerger par toutes ces informations qui lui parvenaient du le pacte.

Il enlaça son contractant.

Ses mains entourèrent sa taille, dans un geste déplacé et surprenant auquel Ciel ne pût réagir proprement, ni enregistrer l'information.

La crainte le parcourant toujours, immobilisait son cerveau. Sa seule pensée fut que cette chaleur, celle de l'étreinte, même de son majordome était... C'était une sensation si familière, rassurante. Et malgré lui, son corps se calma un peu. Peut-être que Sebastian l'avait conditionné toutes ces années à cette réaction ? Il ne savait pas. Mais, là, plutôt que du dégoût, il en ressentit un profond besoin, du haut de son corps jusqu'à son bassin.

"Je sais qu'il n'y a pas d'autre alternative que la fin qui est prévue…"

"Mais somme nous obligée de suivre complètement cette voie Bocchan ?"

La voix de Sebastian s'adoucit sur la fin de la phrase.

"Je veux…" Son ton devin plus grave, et une sorte de résolution en parut.

"Donnez-moi votre confiance Bocchan…"

Et le comte ne put que douter. Est-ce que le démon s'était contrôlé à la dernière minute, ou était-ce ce qu'il recherchait depuis le début ?

"Ne m'excluez plus…"

Ciel ne se mua que plus dans le silence, avait-il le choix ?

Et il ne sentait que les mains du serviteur sur sa taille, et ses mots, essayant tant de le convaincre.

"Je ne vous ai pas trompé…"

"…Ni menti Bocchan"

"Comment veux-tu que j…" Commença-t-il.

"Je ne mens Jamais"

"Faites-moi confiance… Croyez en moi. Et je ne pourrais jamais vous décevoir."

Le démon resserra son étreinte, humant l'odeur du comte. Il sentait si bon. Puis, ils restèrent enlacés un moment, et doucement les barrières de Ciel s'amenuisèrent face au calme et la chasteté de l'action.

La lumière semblait être de retour, et elle berçait doucement la scène de doux rayon, et Ciel se senti comme à un concerto de Sarasate*.

Ils se serrèrent, et Ciel ne sut pas vraiment quand est-ce qu'il commenca à rendre son étreinte ou démon, mais il sentit bien vite que l'autre avait gagné cette bataille. Il le sentit hésité à dire un dernier mot, mais au final, après cette embrassade bien trop longue pour être conventionnel, le diable le relâcha doucement. Et il ne put se résoudre à croiser son regard. Il garda obstinément les yeux vers le sol, sur le côté. Il ne sut jamais vraiment, mais il fut presque certain, que Sebastian aussi, garda pour un instant son regard bien à lui.

Devait-il répondre ?

Allait-il le faire ?

Il y avait définitivement matière à discuter, et des non-dits a révélé, mais sa gorge nouée ne semblait pas vouloir relâcher le moindre mot. Et pourtant, il y en avait des milliers qui bouillaient dans son esprit. La pièce, avait repris un semblant de normalité, et peut-être que Sebastian chercha à en rapporter un peu plus avec ses paroles, mais comme d'habitude, ce fut le majordome qui le coupa dans sa refkexion.

"Vous devez avoir faim Bocchan, venez, il est presque l'heure."

Ciel hocha la tête, l'esprit presque vide, mais le cœur remplit de sentiments qui lui étaient inconnues. Il ne savait plus quelle attitude prendre. Il ne savait pas.

Comment réagir.

Devait-il être énervé ?

Il ne pensait plus.

Il était plus proche de son majordome que devrait l'être un maître et il ne doutait plus que ça devenait un problème.

Le noiraud, lui tourna le dos, et se mit à le guider comme l'étiquette l'indiquait hors de l'office.

Mais Sebastian, n'était pas un banal majordome, non, c'était un diable, il ne pouvait attendre une normale relation, sans des événements comme celui qui venait de prendre place.

Non ?

Et puis, il ne le détestait pas autant qu'il aurait voulu. Même si a la fin, il lui arracherait son âme. Oui, même malgré ça.

Au moment où le diable ouvrit la porte et l'invita à sortir, le jeune homme laissa trainer ses yeux sur les petites perles dorées suspendues près de la fenêtre. Des grains volant de poussières que le soleil éclairait dans cette pièce figée. Et il se sentit autre. Peut-être même plus… Était-ce son cœur qui était plus léger ? Une quiétude emprit son ame, alors que doucement, il se retourna vers le diable au sourire toujours faux et figé.

"J'arrive" murmura-t-il.

Ils passèrent la soirée en silence, comme beaucoup d'autres fois, mais ce n'était plus le même silence. Un silence ou juste personne n'a rien à dire, mais ou tellement de mots passent.

Même lorsque le démon lui fit prendre son bain, aucun mot ne fut échangé. Le comte se déshabilla mettant un peignoir, et avant que Sebastian ne lui fasse signe de s'approcher, il retira ledit peignoir et entra dans l'eau. Sortant les produits habituels, Sebastian frotta la peau de Ciel exactement comme d'habitude, et Ciel ne sut pas si le diable le senti, mais il ne fit aucun commentaire sur la sensation de bizarre qui resta coincé au fond de sa gorge en ces instants. Puis, il sortit à la même heure que d'habitude, et Sebastian le changea de la même manière.

Aurait-il dû être en colère? Pour la manière dont ce dernier lui avait parlé?

Car celui-ci l'avait pris dans ses bras ?

Avant que Sebastian ne souffle un calme,

"Bonne nuit Bocchan"

Ce n'était après tout pas la première foi, même si d'habitude jamais ça ne venait du démon.

Et qu'il traverse la porte.

Au moment où celle-ci claqua, ils

ressentirent exactement la même chose. Une frustration, et un soulagement.

Quelque chose avait changé.

Quelque chose de très important. Oui un vague sentiment, un vague malaise, comme quand on sait qu'on doit faire quelque chose, ou quand il ne manque qu'une seule pièce à un puzzle qu'on a mis des mois à construire.

Mais ni le Diable, ni Ciel n'avaient envie de s'y confronter pour l'instant.

Et tous deux firent ce qu'ils savaient faire de mieux, ils l'ignorèrent.