Chapitre 17

Engrenages


"Un homme convaincu du bien-fondé de ce qu'il pense est sourd à tout argument provenant du parti adverse, même s'il est incontestable et lumineux. "- Jean Dutourd


Dimanche 26 octobre 1890.

Jour 24 depuis le meurtre.

"Je hais cette fille, comment peut-on être aussi chiante."

Sitôt le perron de la demeure Phantomhive passé que le rugissement c'était fait entendre. Le manteau si bien repassé que Sebastian avait mis des heures à choisir s'écrasait sans vergogne sur le tapis de l'entrée. Vite suivit du haut-de-forme ainsi que du reste de la redingote du comte.

"Voyons, calmez-vous bocchan"

Sebastian sourit d'amusement alors que son maître rageait comme un beau diable, sur cette impertinente princesse, se débarrassant de tous vêtements superficiels qui semblait l'offenser au plus au point. Se démenant de son mieux jusqu'au petit salon, il arrachait finalement sans attendre son nœud papillon, dernière pièce avant la liberté. Manquant, au passage, de s'étrangler avant de trébucher jusqu'au fauteuil le plus proche. Il s'y assit brutalement, s'enfonçant jusqu'au cou dans les coussins, bouillonnant d'une colère à peine contenu.

"Elle se fiche de nous."

"Mais non, Bocchan vous êtes extrême, vous l'aimiez bien hier"

"Car toi tu l'aimes bien?!"

Le serviteur suivant son maître près, ramassait toujours le sourire aux lèvres, un à un les vêtements si délicatement éparpillés sur le sol, les pliants au fur et à mesure.

"Je la trouve plutôt intelligente et divertissante"

"Donc tu l'aimes bien, c'est stupide! Je te rappelle qu'elle s'est moquée de nous ne nous donnant aucune indication pour la trouver, si tu n'avais pas été un démon, j'aurais tourné en rond dans ce palais pendant des heures!"

Le majordome gloussa presque ce qui accentua l'air boudeur du Comte.

"Mais je suis un démon"

"Ensuite, enchaîna Ciel ignorant délibérément le plus âgé, -qui risquait, lui aussi, de lui taper sur le système s'il continuait.- Elle a OSÉ dire qu'une information valait bien ses stupides interrogations"

"Vous lui en voulez d'avoir demandé votre parfum ?"

Il le fusilla du regard, avant de continuer sa litanie.

"MAIS, qu'est-ce qu'elle en à faire que je n'aille pas à Éton! J'ai une santé MOI, Madame! Pas la peine de la risquer avec ces adolescents puants et bourrés de stupidité qui ne pense qu'à boire!"

"C'était presque légitime comme question" poussa plus loin le majordome.

"Absolument pas!" S'outra le comte, il se leva d'un bon, commençant à faire les cent pas alors que le parfait domestique continuait de s'affairer sur ses vêtements "Mais quelle idiote! Je fais bien ce que je veux de ma vie! 'Il n'y a plus que votre réputation a protégé, gna gna' imita-t-il. Mon nom est parfaitement propre, espèce de gourde!"

"Un jour il faudra bien que vous fassiez votre apparition dans certaines soirées, si vous voulez votre place a la table des Lords" ajouta vicieusement le majordome.

"La table des Lord est mon droit de naissance, Sebastian! Évidemment que j'y accéderais! Comment oses-tu en douter"

"Je ne doute de rien, vous savez très bien que tout ce que vous désirez, vous l'obtiendrez" Un chouïa de rouge passa dans les yeux du diable, mais Ciel était trop accaparer à écraser un coussin de sa chaussure talonnée, pour ne serais-ce que le remarquer.

Il s'arrêta alors brusquement.

"Le pire, c'est qu'elle refuse de nous donner le nom de cette fille" re-réalisa-t-il

"Il est plus sûr qu'elle la contact d'abord dans tous les cas."

"Elle veut que je modifie des papiers pour la reine!"

"Car vous n'avez jamais rien caché à votre monarque peut-être?"

Il se tourna vers le diable furieux. Et il ne manqua pas le sourire amuser et de coin de Sebastian, qui lui valut un rougissement de gène.

Ce ne serait, en effet, pas la première fois qu'il changeait un ou deux détail sur ses rapports, même si cela restait rare.

"Allez, arrêter donc de bouder" finit par claquer le majordome, comme si la crise n'était qu'une mascarade "En quoi tout ça vous gêne ?"

"Je ne boude pas" nia clair et net le comte, toujours rose.

Il s'arrêta un instant, et rajouta son dernier point ronchonnant.

"En plus, c'est une tribade."

Le majordome cette foi-ci ne put retenir un gloussement rauque devant le visage outré du comte.

"Comment ça? Ça te fait rire!"

"Elle est bien bonne celle-là, n'est-ce pas vous qui disiez que rien ne vous choque plus?"

"Bien sûr que non! Dans tous les cas son devoir est de faire des enfants? C'est une princesse Prussienne, il ne manquerait plus qu'elle en soit incapable."

"Ben voyons monsieur. Aimer se frotter différemment aux autres ne la rend pas infertile."

Le Comte ne put s'empêcher une nouvelle fois de détourner les yeux. Il allait changer de sujet, mais la curiosité le titillait légèrement. Et après un silence éphémère elle finit -au plus grand bonheur de Sebastian- par l'emporter.

"Mais… Comment… est-ce possible ?

"Comment ça ?" S'enquit, innocemment, le majordome.

Ciel rougit de plus belle, au grand plaisir de son acolyte, soudainement trépignant à l'idée de mettre mal à l'aise son maître.

"Ne te moque pas!"

"Bien sûr que non, Bocchan" mentit le diable.

"Comment … est-ce que, il ravala sa salive nerveux, deux femmes peuvent..."

Il fit un drôle geste de la main, cherchant à les rapprocher sans vraiment savoir comment.

Un sourire carnassier s'épanouit sur les lèvres du démon.

"Voyons Bocchan, vous n'êtes pas aussi innocent que cela"

La réaction vint au quart de tour.

"J'avais dit ne te moque pas! Bien sûr que si je me doute! Mais dans les papier qu'on avait étudié pour l'affaire à Cambridge avec les dix cadavres à analyser, le professeur Casper*… ne mentionnait absolument pas les femmes dans ses écrits? Il n'y a aucune marque… Aucun moyen de vraiment… Comment peut-on être…. Enfin, ce n'est pas possible?"

Ciel se rassit brutalement dans le fauteuil, les mains sur son visage, cherchant désespérément à emboiter ce qui ne s'emboîtait pas.

Le diable dut garder toute sa contenance pour ne pas exploser de rire face à la détresse bien visible du jeune garçon mis à nu sur son ignorance.

"Voyons Bocchan, je crois que le geste que vous cherchiez à faire est:" Il écarta sans aucune gêne ses index et majeur respectif de chaque main repliant les autres, bien visible pour que le jeune homme les fixes, avant de les rapprocher inévitablement à l'entre doigt imitant sans vergogne un mouvement de va et vient."

Cette fois, il put presque voir au travers de la peau fine, les capillaires du visage du comte. De soudaine montés de sang semblait envahir ses joues, jusqu'au oreille, sans oublier son bas du coup et on le devinait, ses épaules. Et une vague de jouissance envahit le corbeau. Honnêtement, il était diabolique, sa démonerie était un succès. Il manquerait plus que le rire machiavélique. Qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour voir plus souvent ces expressions sur le visage de son maître?! Alors que désespérément, le jeune homme essayait vaillamment de commencer sa phrase, Sebastian attendit, tout sourire aux lèvres que son Bocchan, bien embarrassé finisse finalement par s'exprimer.

"Ma-is, Ma-is…is…Ce n'est… il manque…?"

"Oh, vous vous demandez s'il peut vraiment y avoir du plaisir sans pénétration ?" S'enquit faussement le majordome.

Le jeune Comte, si honteux de ses propres réflexions ne répondit même pas. Sa main cachant presque son visage.

"Bocchan" sa voix se fit plus carnassière "Vous ne vous doutez même pas, le plaisir que des doigts experts peuvent apporter."

Cette fois, c'était bon. Il l'avait achevé.

"Et puis avec vous humains, c'est toujours une question de sentiment autant que de plaisir. Ne vous fermez pas l'esprit…"

"L'amour n'a pas de sexe, Monsieur" s'expliqua-t-il presque philosophe.

"On fait avec, lorsqu'on aime, il est normal de vouloir le corps de quelqu'un."

Le jeune Comte marmonna finalement doucement dans sa barbe.

"Comme si, toi, tu savais quoi que ce soit sur l'amour."

Et le laquait face à la bouille redevenue si enfantine, ne put s'empêcher un autre sourire plus fin qui lui ourla délicatement ses lèvres.

"J'ai de l'expérience, Monsieur."

Un silence palpitant s'en suivit. Le démon ne pouvait stopper les monté d'adrénaline que son corps humain émettait, ces cocktails-là mélé de phénylétilamine était toujours jouissif à ressentir, et bien qu'il puisse les déclencher sur commande, il n'y avait rien de mieux qu'un contexte pour laisser couler les produits chimiques entre ses veines. Surtout lorsque devant lui se trouvait un humain dont il pouvait se distraire.

"Mais les gens comme elle peuvent-ils ressentir du désir ?"

"Évidemment"

"Mais…"

Le majordome roula des yeux, puis soupira.

"C'est comme la nourriture bocchan, imaginer que les femmes sont le sucre et les hommes la crème, il y a des gens qui préfèrent l'un, mais ils arrive que vous puissiez manger par plaisir l'un ou l'autre"

Ciel grimaça face à la comparaison.

"C'est tordu."

"C'est un fait."

"Non, cette explication est bien trop bateau!"

"Vous vous prenez trop la tête bocchan"

Le silence s'ensuivit. Et Ciel réalisa juste alors que le corbeau avait monté le thé, et le faisait adroitement couler dans une tasse de porcelaine. Un magnifique set que sa grand-mère avait possédé. La vue familière le rassura tout de suite, et le mit bien plus à son aise. Le démon lui-même semblait comme un poisson dans l'eau. Il ne demanda pas comment Sebastian avait pu faire chauffer l'eau sans pour autant le quitter et faire l'aller-retour jusqu'aux cuisines. Il l'accepta juste. L'odeur monta jusqu'à ses narines, et il ne pu s'empêcher un soupire de plaisir.

"Et toi ?" Finit-il par rajouter. Plus ambitieux et plus curieux qu'il ne s'imaginait.

"Hum?"

"Tu" Il ne sut pas vraiment d'où venait la question. Et senti qu'il allait le regretter à la minute où il la poserait. Il hésita, mais finalement le calme de son second le convainquit. Sebastian répondait toujours à ses questions après tout. Et, il ne lui mentait jamais. "Tu es plutôt sucre ou crème ?"

Il fut surpris pourtant de ne recevoir qu'un sourire pervers, du démon. Comme si le majordome s'attendait à la question, reconnaissant son ignorance sur la chose, peut-être que c'était ça qu'il cherchait à lui faire dire. Que l'adolescent cherche à comprendre? Le provoque.

"Je suis… pour tous les gouts, Bocchan."

Le Comte le regarda blaser avant de lever les yeux au ciel et de tremper ses lèvres dans la boisson chaude.

"L'enveloppe charnelle n'a que peu d'importance." Cru bon de rajouter, le diable "Il n'y a que l'âme qui compte."

Cela voulait dire quoi ça?

Haussant les épaules, Ciel ne put manquer un frisson. Pourtant, il ne ressentit pas l'habituelle oppression qui normalement émanait de Sebastian après de tels commentaires. Et après quelques minutes, il ne put s'empêcher d'aller légèrement plus loin.

"Et l'amour ?"

Il se sentait stupide et ignorant. Bien sûr qu'il connaissait la réponse. Mais il ne pouvait pas stopper cette chose qui grondait dans ses entrailles. Doucement, elle grandissait, et mêlée d'angoisse, elle réclamait. Réclamait de savoir plus. De vraiment comprendre l'être qui avait veillé sur lui durant toutes ces années. C'était viscéral, emplit de haine et d'espoir. Cherchant à tout prix à confirmer ce qu'il savait, et à contredire ses propos. Il ne put s'empêcher de rester là, thé à la main, à fixer le démon, la mâchoire serrer, et les lèvres pincer, alors qu'il savait que son thé était à la parfaite température et que si il ne buvait pas maintenant les feuilles dans l'eau froide l'écœureraient.

"Bocchan, voyons, n'est-ce pas évident ?" Le démon fini de tirer le garçon hors de ses réflexions "Je suis un démon, je ne ressens rien contre ma nature."

Ciel, ferma les yeux alors que la vérité qu'il connaissait déjà marquait son esprit. Lui laissant un poids au bas du ventre. Faisant de son mieux, il hocha juste la tête compréhensible, et buvait son thé, repoussant au plus profond de lui, le malaise. Bien sûr qu'il savait. Lui-même ne ressentait rien d'ailleurs pour le diable. Évidemment, Il haïssait même cet être arrogant et fier.

Évidemment.

Sebastian avait senti la réaction épidermique de Ciel, ses pores suer légèrement. Ses narines se refermer, et ses muscles se contracter. Le majordome n'était ni aveugle, ni stupide. Si Ciel venait de comprendre une part de sa vraie nature démoniaque et que cela lui déplaisait son corps l'exprimait. C'était tout. Il n'y avait rien d'autre à comprendre.

"Mais cela veut dire que tu ne sais pas ce que ça fait?"

"De quoi"

"Être amoureux ?"

"Non"

"Comment peux-tu en être si sûr? Qui te dit que tu ne l'as pas déjà ressenti sans savoir ce que c'était ?"

Le démon haussa alors un sourcil. Et une légère contrariété le parcourut.

"Comment ça?"

Ce fut au tour de Ciel de répéter le sens pourtant clair de sa question.

"Eh bien, si tu dis qu'un démon est incapable d'amour, comment peux-tu être sûr que tu n'as jamais été affecter par celui-ci, sans pouvoir mettre un nom sur le sentiment."

Le démon fronça les sourcils.

"Je vous dis que c'est contre ma nature."

Ciel fit rouler ses yeux.

"Eh bien, il est contre la nature humaine d'être altruiste envers autrui, pourtant cela n'empêche pas des tas d'hommes d'être généreux par jour. Démon, humain, ne sommes-nous pas des êtres… complexes? Si tu n'as jamais connu un démon, qui ait connu l'amour, et si toi-même, tu ne l'as jamais envisagé, comment peux-tu être sûr que tu ne le ressentiras jamais, ou que peut-être, tu es juste incapable d'en reconnaître les signes?

Le diable resta abasourdi un instant. Ce…N'était pas possible. Sebastian était parfait ! Il connaissait tout ! Jamais il ne se trompait.

L'humain ne comprenait pas. Il était trop jeune, trop étroit. Lui, diable n'avait pas le libre-arbitre. Il était en effet complexe… Mais c'était si simple, rien en lui ne pouvait aller contre son essence. Il ne décidait pas. Des années de démon! Il n'y avait jamais eu d'exception pour confirmer la règle. Il se contrôlait lui-même, mais le libre-arbitre était trop humain !

"Je ne sais pas, vous préféreriez Bocchan?" Finit-il par dire trop ganache pour trouver les mots qui sauraient expliquer quelque chose de si abstrait à l'enfant.

Les rougeurs remonteront sur les joues de l'enfant, mais cette fois, le démon n'y prêta pas autant d'attention.

"Pas… pas du tout, j'en ai rien à faire !"

"Vraiment?"

Souriant amusé malgré tout, le majordome finit de récupérer la tasse, repartant à ses occupations sans qu'un mot de plus ne soit échangé. Mais malgré lui, il cogitait légèrement dans un coin de sa tête. Comment prouver au jeune maître que ce n'était pas possible ? Comment lui expliquer, démontrer ?

Les yeux maintenant détourné, il ne croisait pas le regard du démon, pourtant perplexe. Pourquoi cela l'affectait tant? Le diable n'était lui-même pas sûr. Mais son maître n'était qu'un humain après tout. C'était normal qu'il se sente mal quand un autre être avec qui il passait 15 heure par jour lui révélait qu'il éprouverait jamais d'amour? Surtout, quand on était sois même condamné à en être privé. Rien de Spécial, le démon n'avait pas besoin de le rassurer ou de compatir avec l'enfant, n'est-ce pas?

Ses réflexions furent alors interrompues par le souvenir des couleurs de son Bocchan, et un petit rire machiavélique le prit. Ciel n'avait vraiment aucune idée de la vision qu'il lui offrait à chaque fois. La manière dont ses cheveux trop longs entouraient son visage, et cachaient délicatement ses grands yeux, ainsi que son cache l'œil. La manière dont sa lèvre s'ourlait, et sa peau crème s'étirait. Le démon ne pouvait reconnaître qu'au moins son maître était vraiment doté d'une beauté naturelle. Il ne pouvait denier que pour un démon, un tel fruit défendu était une joie sans limite à regarder. Surtout que… son âme lui appartenait. Une vraie chaleur s'emplit en lui. Comment ne pas être réjoui d'une telle idée. Il était un être possessif après tout, jaloux et envieux. Et Avoir, quelque chose de beau qui lui appartenait, ça, c'était la nature d'un démon.

Le reste de la soirée se passa rapide et habituel, mais le démon décela malgré tout une certaine gêne quand il fit prendre son bain à son maître. Se posait-il des questions à ce point gênantes sur l'amour? Le sexe? Il l'ignorait, mais en tout cas cela lui promettait d'être drôles, et ce, encore plus pour leurs paris. L'adolescent lui lançait souvent des regards de coin que le diable faisait semblant de ne pas remarquer. Et, contre toute attente, il ne refusait pas les habituels contacts que le démon engendrait. Il le déshabilla, comme d'habitude, laissant ses mains toujours un peu baladeuses effleurer doucement la peau de nacre. Il l'entoura de sa serviette habituelle, et l'entraîna vers l'eau chaude, ou le jeune, étrangement silencieux et les joue rosi plongea rapidement. Il le frotta et le nettoya, faisant attention à ne pas le mettre plus mal à l'aise. Trop curieuses, de savoir vers où se dirigeaient les réflexions du jeune humain. Pourtant, rien ne vint. Plus aucune question ou commentaire. Juste le silence général et les échanges de regards. Comme d'habitude, le démon le sort de son bain, et comme d'habitude, il le revêtit de sa tenue de nuit, appréciant encore une fois la peau douce. Avant dans un silence monstre de fermer la lumière et de quitter la pièce sans se retourner.

Le lendemain, toute gène avait disparu, Ciel semblait avoir repris le contrôle de ses expressions. Et Sebastian se surprit à espérer que cet état ne s'en aille pas de sitôt. Son maître plus réactif et vivant face à sa perfective était toujours un régale. Il avait tant de désir pour cette âme. Et d'un coté, heureusement qu'il n'avait pas encore réalisé la vengeance du jeune Comte, heureusement qu'ils étaient encore là. Car l'âme de son maître s'emplissait chaque jour d'expérience et de doute. Et il vivait avec lui ces modifications. Ses certitudes, ses colères, s'en était fascinant. Quel temps bénit que l'adolescence pour un humain. Il en espérait presque que son maître n'en grandisse jamais, qu'il reste éternellement ainsi. Quoiqu'il commençât malgré tout à espérer que son délicat corps mûrisse encore un peu, que son visage s'affine encore, que ses épaules et hanche soit plus robuste. Il était sûr que cela ne ferait en rien perdre sa douceur de peau à l'enfant ni sa finesse et son apparente faiblesse. Non, le voir encore grandir serait parfait.


Johann Ludwig Casper est un légiste allemand de la fin du 19e siècle qui a notamment écrit/décrit pour des buts d'enseignement médico-légal comment reconnaître les marques visibles de relations sexuelles homosexuelles sur le corps des décédés. Alors, pour être honnête, je ne pense pas qu'il soit extrêmement connu, ni à l'époque, ni maintenant. Mais je cherchais comme référence un philosophe accessible sur les relations lesbiennes que Ciel aurait pu avoir lu dans un contexte logique.

Ma première pensée fut évidemment notre très cher Freud, qui pensait que les relations féminines étaient en quelque sortes inexistantes. La femme ne pouvait ressentir que du désir s'il était vaginal (à l'instar de clitoridien) —Ou alors, elle était folle (comme un peu tout le monde avec Freud) et en fait ressentait que le rejet du père face à la naissance du petit frère ce qui la rendait homosexuelle, mais frustrer à vie vu qu'elle recherchait toujours, malgré tout, l'affection paternelle (aka: le pénis). Bien sûr, la fille ne pouvant ressentir d'inclination que pour son géniteur. Ah, oui, ce bon cher Freud et ses merveilleuses théories!

Mais comme vous le savez tous, bien que Freud soit un contemporain de cette époque, ses écrits sur l'homosexualité ne sont pas apparu avant au moins les années 30.

Et mon Dieu, je ne peux pas vous dire la difficulté de trouver un philosophe (ou académique) qui parlait pleinement de relation lesbienne, ne serait-ce que pour donner son avis à cette époque (seulement Freud ou Sade). Dans les autres temps, il y avait les Grecs évidemment, mais je trouvais ça trop 'hors contexte', pareil pour Sade ou là, on touche à l'imaginaire pornographique. Et malheureusement ceux qui écrivaient un peu sur l'homosexualité féminine, le faisaient en comparaison d'une description masculine et là, nous y abordons très peu de texte qui aurait été logique pour Ciel de lire, vu qu'ils sont soit psychanalytique sur 'l'inversion' ou politiquement incorrecte, et donc, certainement pas dans une bibliothèque londonienne.

Casper est donc venu assez vite comme une option tout à fait plausible. Les rapports d'un médecin légiste enseignant réputé en criminologie auraient très bien pu être intéressants dans une des enquêtes précédentes de Ciel. Surtout que l'homme reste très neutre dans ses jugements et parle à la fois d'inversion et de tribaderie, mentionnant seulement qu'il est impossible de remarquer cette dernière sur un corps, vu que contrairement à l'homosexualité masculine il n'y a pas de risque de pénétration forcé (donc anal). Enfin… C'est toujours possible. Mais il faut avouer qu'il est dur de savoir si une femme était lesbienne avec son cadavre, alors qu'un homme montre plus de signes physiques. DONC, cela rentrait bien dans l'histoire.

J'ai hésité à mettre cette explication en partie dans le texte. Mais je me suis dit qu'au final, cela avait peu d'importance, et qu'il était plus juste de maintenir le rythme et de vous expliquer dans une foot-note. Dans tous les cas, je voulais absolument référencer le très bon papier qui m'a fait découvrir, Casper dans le cas ou cela pourrait intéresser:

Daniel Borrillo, Dominique Colas. L'Homosexualité de Platon à Foucault. : Anthologie critique. PLON, 2005, Evelyne Pisier, 2-259-19765-5. ffhal-01225128f