Chapitre 18
Le Rouge et le Noir
Ps - Je prends juste l'approche anglo-saxonne très septique par rapport à ses recherches. Freud ne pensait pas que toutes les filles aimaient leurs pères, littéralement. Non, il parlait du subconscient le plus profond qui recherche la protection masculine que la fille ressentirait chez le père. Mais une telle recherche ne peut pas être prouvée, ne laissant qu'un avis subjectif et personnel sur la question. L'analyse Freudienne pourrait expliquer certains comportements. Je ne la trouve juste pas personnellement très holistique et je la pense plutôt réductrice envers des comportements humains complexes en comparaison avec d'autre théories plus moderne. Oui, je voulais juste préciser! Je ne m'arrête jamais de parler.
Bon, je me tait. Je vous laisse apprécier (ou pas) le chapitre!
« Quand on veut écrire sur les femmes, il faut tremper sa plume dans l'arc-en-ciel et secouer sur sa ligne la poussière des ailes du papillon » Denis Diderot
Mardi 28 octobre 1890.
Jour 26 depuis le meurtre.
Deux jours plus tard, Ciel descendait avec son homme du fiacre qui les avait sans erreur mené à travers la noire Babylone*. Sans plus de cérémonie, les deux hommes posèrent leurs deux pieds au sol, prêt à slalomer entre les passants évitant tout contact, pour finalement se trouver à l'embranchement de Fore Street et de Moore Lane et de tourner sur cette dernière. Le café-restaurant où ils avaient rendez-vous un peu plus loin était quand même bien inspiré de l'attitude bourgeoise des années 50, et la présence de plusieurs hommes d'affaires, laissait entendre que le quartier devait abriter un ou deux offices.
Pénétrant dans l'établissement, la tête cachée par un béret. L'héritier Phatomhive se retrouva bien vite à l'abri des regards dans le modeste hall d'entrée. Un bar sur leur droite laissait voir une série de thés et cafés qui faisaient la réputation de l'endroit. Habillement déguisé en jeune bourge, il se fondait naturellement dans la masse. Évidemment, un œil aguerri aurait remarquer que plus que sa tenue, sa démarche et son allure n'avaient rien des bas-fonds. Mais on ne trouve que peu de gens attentifs dans ces simplets cafés de la cité. En tout cas, le jeune serveur qui s'approcha d'eux pour s'enquérir de leurs manteaux n'y vit que du feu.
Ciel eut d'ailleurs un sourire crispé face à cet endroit qui essayait vainement de se donner plus de mérite qu'il n'en avait. Déjà, cette pale copie de la civilité requise dans les cafés mieux réputés lui donnait légèrement la nausée.
Il allait refuser donc avec un malin plaisir -et une arrogance bien naturelle-, quand son démon le stoppa de la main, refusant beaucoup plus poliment. Le jeune serveur compris bien vite que sa presence n'était pas requise et s'en alla vers une autre des tablé de la sale.
"Bocchan, soyez discret, je vous pris."
Comte bougonna dans sa barbe avant de hocher la tête, résigné. Oui, il ne devait pas se faire remarquer.
Le majordome ensuite, lui fit un signe de tête, avant de retourner vers la sortie. Comme convenu, Il avait quelques commissions à faire. Le laissant seul dans le café.
Se fut donc avec une inspiration et un air contrit que Ciel se décida à affronter cette épreuve sans son terriblement efficace second. Glissant entre les différentes moquettes, il se dirigea donc, sans plus attendre vers une table au fond, ou deux dames elles aussi habillées comme de simple citoyenne sirotaient une boisson en discutant à voix basse, caché sous leurs chapeaux de toile.
Arriver à leur hauteur Ciel n'eut aucun mal à reconnaître la chevelure brune-clair d'Élizabeth, il s'assit donc en face des deux femmes. Leur faisant signe de la tête, manquant à son devoir de gentlemen de quémander la permission. Mais aucune des deux ne s'en offusqua.
"Ravie de te voir Ciel" commença Élizabeth se permettant une familiarité qu'elle n'aurait pu utiliser dans les salons de la cour.
"Où est ton majordome" enchaîna-t-elle sur un ton courtois mais néanmoins indiscret.
"Il nous rejoint. Nous présenterais-tu, Élizabeth?" accorda le noble sur le même ton et faisant un autre signe de tête vers l'inconnue.
Hochant la tête, la jeune princesse se retourna vers la jeune femme à coté d'elle. Brune aussi, mais dans une teinte légèrement plus foncée que sa consœur, elle avait de longs cheveux raide attaché en tresse intriqué et des yeux très sombres presque noirs qui le fixait. Sa peau presque aussi pâle que celle de Sebastian laissait de belle lèvre pleine ressortir. Inquiète et sur ses gardes elle hocha la tête et Élizabeth commença les présentations. Il fallait avouer que, même si les deux femmes ne semblaient pas accoutrer très différemment de leur entourage, il y avait quand même un faste pompeux qui se dégageait de leurs vêtements, et leur valait quelques regards des passants.
D'ailleurs, Ciel se demandait bien comment une héritière aussi bien surveillée que la Princesse de Waldeck avait réussi à obtenir des habits comme ceux qu'elle portait et à s'enfuir sans accompagnement du palais de Kensington. -Pas qu'il allait se risquer à demander-, du moment qu'il obtenait ce qu'il voulait, il n'en avait cure.
"Comte Phantomhive, je vous présente mon amie, Dame Lucie Carlet de Rohan-Chabot*, c'est elle qui possède les contacts que vous savez. Lucie voici un noble Anglais qu'il te faut connaître, ne serait-ce que pour ta culture personnelle. Ciel Phantomhive dirigeant de la fabrique de jouets et confiserie Phantom."
"C'est un plaisir de vous rencontrer, mademoiselle" accorda Ciel en parfait français malgré son léger accent.
"Moi de même, j'ai souvent entendu parler de vos jouet, absolument fascinant que vous soyez vous-même si jeune, mais à la tête d'une si grande entreprise."
Ciel hocha la tête au compliment.
"D'autre part, il semblerait vous vous intéressez à des choses bien sombres lorsque vous revêtez votre second visage, à la limite du pervers. Le poids du mensonge n'est-il pas trop lourd?"
Ciel ne s'offusqua aucunement du double sens, n'étant pas sûr de maîtriser à ce point cette langue si complexe, alors il se contenta d'ignorer le ton suffisant et hautain de la jeune fille.
"Mademoiselle, il n'y a aucun mensonge facile à porter, mais il est de notre devoir de nous soustraire à notre pays. Cela ne vous gêne-t-il pas que nous nous exprimerions en anglais? Je crains que votre langue maternelle n'attire que trop d'oreille mal intentionné."
"Bien sûr"
Ce fut au tour de la jeune femme d'avoir un léger accent, faisant fit elle se pencha légèrement en avant, et Ciel lui rendit la politesse, avant de, déterminé, reprendre la conversation. Son regard alternant entre les deux femmes.
"Nous étions ici pour parler d'affaires, non? Mademoiselle Carlet, sauriez-vous me faire introduire auprès du Tigre blanc ?"
"Je pourrais. Mais d'abord, je voudrais m'assurer qu'Élizabeth vous a bien décrit mes... conditions?"
Il acquiesça.
"En effet."
"Dans ce cas, sachez que je parlerais à mes... amis, évidemment je ne peux leur décliner votre identité."
"Cela va de soi"
"Miss de Waldeck, vous a-t-elle décrit le plan d'infiltration auquel nous pensions"
Elle hocha la tête.
"Miss Carlet, veuille excuser mon indiscrétion, mais puis-je vous demander, comment êtes-vous en contact avec le Tigre? Qu'est-ce qui vous donne l'autorité de nous faire infiltrer ?"
Elle fronça les sourcils, et jette un regard de coin à Élizabeth.
"Je ne lui évidemment pas dis, penses-tu" avança cette dernière "Je n'aurai pas osé partager tes secrets."
Elle finit par lever les yeux au ciel, avant de faire retomber son regard sur Ciel.
"J'aurais, cela va de soi, tout votre discrétion?"
"Bien sûr."
"Mon cousin par alliance du côté de mon père, est l'architecte qui a dessiné les plans du Tigre Magenta, suivant lui-même les traces de son père, architecte du Tigre Roséine. Mon frère, à donc financé une partie des travaux en échange de parts à la Bourse de Paris, bien sûr tout cela sous le nez de père. Jamais il n'aurait approuvé"
"Excusez-moi, le Tigre Magenta?"
La dame haussa un sourcil.
"Élizabeth, tu lui en as tout de même jeter un mot ? Il me semble ne rien savoir ?"
"Pour être honnête Lucie, j'ignorais toute cette histoire. Tu ne m'as que parler des financements de ton frère au Tigre rouge."
"Mais, non, je parlais du Tigre Magenta, Élizabeth, je n'ai jamais mentionné le Tigre Rouge."
"Ah, non Lucie! Je peux te promettre d'avoir entendu Tigre rouge !"
"Mais, jamais, tu as dû te tromper! Ou ton français est bien…"
"Mesdemoiselles", coupa Ciel "pourriez-vous m'expliquer un instant."
"Oh, oui, bien sûr", s'excusa la Française "Le Tigre Magenta est le tout nouveau club de Lyon", expliqua-t-elle.
Et Ciel mit une seconde à réaliser.
Il y avait un club à Lyon? Cette toute petite ville française. À peine plus grande que Glasgow?
"Et Roséine?"
Elle renifla méprisante.
"Mais, Paris! Bien évidemment, quelle autre ville se vanterait de pouvoir parer une aussi belle teinte?"
Ce fut au tour d'Élizabeth de s'outrer.
"Mais Lucie! Magenta et Roséine, n'est-ce pas exactement la même couleur ?"
"Beth! Doux Jésus, s'il te plaît! Tu m'aurais comparé cela au fuchsia, j'aurais fait un outrage!"
"Lucie! Je n'arrive pas à croire que miss Pastly est d'ailleurs essayée de m'en faire porter l'autre…"
"Mesdames."
Le regard blasé qu'il leur lançait les firent légèrement se recroqueviller dans leurs sièges de honte de s'être emporté dans un tel lieu public.
"Donc, si je comprends bien" reprit le Comte "Le Tigre rouge est…"
"Le club Londonien, en effet" finit Élizabeth.
Il resta un instant stoic.
"Combien de villes?" murmura-t-il.
"Je l'ignore" soupira Élizabeth, "Plus qu'il n'en faut"
"Berlin?"
"Oui, supposément, ma conjecture est qu'il y en a dans les principales et anciennes capitales d'Europe: Berlin, Budapest, Vienne, Prague, Könisberg, Wetzlar, Francfort-sur-le-Main, Ratisbonne… Tous avec une couleur, bien que je ne les connaisse pas."
"'Or' pour Budapest, et 'Bronze' pour Prague", coupa la française
Élizabeth ouvrit grand ses yeux.
"Or et Bronze, mais pourquoi donc? Pourquoi ces deux villes reçoivent de si belle teinte et Londres reste la capitale 'rouge'. C'est ridicule !"
"Diable, Élizabeth, comment veux-tu que je le sache? Ce n'est que du marketing"
"Quand même, C'est se moquer du monde!"
"Qui te dit qu'il ne voulait pas l'appeler la capitale Pourpre, mais que ce sont les Anglais qui ne voulait pas?"
"Lucie, ma chère. Personne ne voudrait s'appeler Tigre 'rouge', lorsqu'il pourrait s'appeler Tigre 'pourpre'! J'espère au moins qu'ils ont donné une couleur digne de ce nom à Berlin!"
"Ce n'est absolument pas le moment d'être patriotique, Beth ! Ces gens-là font des choses peu convenables, que de mieux qu'ils choisissent des mauvais noms pour leurs clubs!"
"Alors là, tu te moques bien de moi Lucie, n'est-ce pas toi qui te vantais des choix de couleur fleur pour Paris? Peux-tu au moins comprendre, que quitte à avoir un club à Berlin, je veuille le nom le plus approprié pour ma cité."
"Hum, tu as raison Beth, je peux le comprendre. Je suis sur qu'ils ont trouvé une couleur adéquate. Que penses-tu de Cyan ou de Cæruleum? Cela irait très bien avec…"
"Je vous prie, un peu de concentration sur l'affaire", recoupa Ciel " Je ne doute pas qu'ils aient choisi une superbe couleur pour Berlin, mais serait-il possible de se pencher sur notre infiltration dans la branche Londonienne?"
S'excusant une nouvelle fois, les joues rosies, les jeunes filles acquiescèrent.
"Je dirais à mes contacts que j'ai eus le coup de cœur pour un jeune domestique. Ils accepteront donc de vous rencontrer, j'en suis sûr. On vous accordera une interview. Mais je ne peux me porter garante de votre réussite à l'examen."
Ciel hocha la tête.
"J'en fais mon affaire. Dans tous les cas, je ne comptais certainement pas utiliser le nom Phantomhive pour y pénétrer."
"Oh, vous saviez, vous auriez pu très bien faire ça aussi n'empêche", coupa Élizabeth. "Ce n'est pas le Brook's ou le White's, mais en réalité, ils ont plutôt bonne réputation. C'est ce qui se passe sous la surface qui devient plus… dérangeant."
Ciel nia rapidement.
"Comme vous le savez, mon nom aussi serra mis en jeu. Je ne peux risquer ma réputation dans cette affaire."
"J'en suis bien consciente" murmura finalement Élizabeth repensant à son propre patronyme qui avait perdu de sa grandeur aux yeux de la reine.
Après tout, un jeune homme fricotant club et prostituée n'avait rien de bien choquant. Mais une jeune femme? Elle plongea doucement dans une mélancolie certaine.
Peut attentif, Ciel se retourna vers sa seconde interlocutrice.
"Plutôt qu'une, ce sont deux personnes que vous devriez recommander"
"Deux?"
"Le ferez-vous?"
"Je pourrais."
"Très bien, dans ce cas, j'aimerais être tenu au courant dans les plus brefs délais."
"Ce sera fait. Maintenant, Élizabeth, Lord Phantomhive, si vous m'excusez, il faut absolument que je me rende aux lady's room pour pouvoir me re-poudrer le nez."
Dans un réflexe habituel, Ciel se leva en même temps que la dame, signe de politesse, qu'il regretta instantanément au regard bizarre que lui offrit le serveur.
Il pesta intérieurement. Évidemment, personne dans ce quartier ne devait faire preuve d'autant d'étiquette face à une demoiselle. Il hésita alors un moment à juste prendre ses affaires et sortir, faisant d'une pierre deux coups et donnant l'impression que c'était son but originel.
"Vous n'allez pas quand même pas nous quitter maintenant, Comte ?"
… Si?
"Je ne voulais pas paraître impoli, Lady de Waldeck, mais je ne souhaits simplement pas vous retenir en ma compagnie plus que nécessaire."
"Absolument, pas, Comte", susurra Élizabeth. "Vous ne nous importunez pas du tout. Rester un peu pour faire bonne figure. Vous n'avez toujours pas commandé? Cela risque d'être suspicieux."
Il sourit, mauvais, face à cette peste, avant de se rasseoir, et de faire un rapide signe au serveur, pour qu'il lui apporte un thé.
"Vous résidez loin, Comte?" continua la royale pour faire la conversation.
"Un peu, mais nous sommes à Londres. Tout est loin de tout."
Elle rigola discrètement.
"En effet. Puis-je vous demander où? Car l'autre jour vous avez sans mal trouver ma résidence, mais je n'ai pas ouï de votre location."
Plus qu'irriter, il du conserver tout son calme pour ne pas l'envoyer bouler. Mais, même s'il le pouvait, il n'aurait jamais risqué un scandale dans une si petite bourgade.
"Park's Lane"
Elle sourit, entendu, et Ciel sut immédiatement qu'elle connaîssait l'emplacement exacte de sa residence. Il serra les dents.
"Ah, te revoilà" coupa Élizabeth revoyant son amie.
"Je n'allais pas m'absenter longuement" Sourit-elle.
"Tu ne devineras pas ma chère, que notre cher compagnon de table a essayé de nous faucher compagnie."
"Ah, ne t'inquiète pas Beth. Je dois moi-meme y aller bientôt."
Élizabeth fronça alors les sourcils.
"Où dois-tu te rendre"
"Bloomsbury, j'ai promis à une amie que je devais venir la voir avant la fin de l'après-midi."
"Voulez-vous que je vous raccompagne?" s'enquit Ciel par politesse "Je ne suis pas sûr que les rues alentour soient des plus respectables."
Après tout, ils n'étaient pas si loin de l'Est-end.
"Non, non cela ira. Nous sommes en plein cœur de Londres, J'ai commandé un cabriolet ce matin même. Il ne devrait plus tarder. Te joindrais-tu à moi Élizabeth, où attends-tu le retour de James?"
Le serveur revint alors à ce moment-là, et déposa alors la boisson devant le comte. Ciel du retenir un haut-le-coeur face au couvert de basse qualité et presque sale qui entourait sa tasse -Il était presque sur que c'était une moisissure, là dans le coins!-.
"Je vais attendre James. Je ne vais quand même pas laisser le Comte seul avec son thé?" sourit-elle.
Ce commentaire lui valut un haussement de sourcils jugemental de sa comparse, qu'elle ignora. Laissez un homme et une femme seule dans un café n'était certainement pas recommandée. Surtout un comte et une princesse. Mais bon, au point où elle en était, le Comte paraissait assez jeune pour être son petit-frère. Et elle espérait que les vêtements qu'ils avaient tous choisis suffisent à les faire fondre dans la masse.
"Comme tu veux. Je vais d'ailleurs d'abord passer à ma résidence avant toute chose pour me changer. Je vous souhaite à tous deux une bonne journée."
La jeune française se leva une seconde fois et après une légère courbette et les aurevoirs adéquats, sortit du café, laissant seul ensemble l'anglais et l'allemande.
Le silence qui s'ensuivit fut naturellement comblé par le reste des bruits de l'établissement. Et Ciel fut très heureux des petits rideaux décoratifs qui leurs offraient un certain silence.
"Je suis presque jalouse que vous ne m'ayez pas parlé comme ça en allemand", murmura alors la jeune héritière, presque pour elle-même.
"Je ne maîtrise pas aussi bien votre langue."
"Vous m'en direz tant."
Elle le regarda rapidement avant de fixer l'entrée où Lucie venait de disparaître.
"Est-ce la personne que vous aimez?" demanda Ciel, oubliant toute retenue -Pas comme-ci la Prussienne n'en avait aucune avec lui jusqu'a present-.
"Non" répondit-elle honnête.
Elle se tut un instant. Et Ciel en profita pour boire une gorgé du thé. Il du se forcer pour ne pas recracher l'immondicité qui venait de rentrer dans sa bouche.
"Celle que j'aime est morte."
"Toutes mes condoléances"
"Oh, ce n'est rien, nous n'avions de toutes manières aucun avenir ensemble."
Il haussa les épaules.
"Mais cela heurte quand même"
Elle hocha la tête, et tous deux restèrent un instant dans le silence.
"Je me disais que peut-être vous comprendriez. Perdre des êtres chers est toujours…"
Le regard, unique et menaçant de Ciel la stoppa, l'informant de ne pas aller plus loin. Elle sourit alors triste.
"Je vais y aller."
Il se leva galamment alors que la jeune fille suivait le mouvement.
"Élizabeth, puis-je vous posez une dernière question?"
Elle releva les yeux intrigués par l'utilisation soudaine de son prénom.
"Allez-y"
"La reine ignore, si je ne me trompe, pour vos… préférences? Elle s'imagine juste que vous avez été cliente du Tigre blanc?"
"En effet, je serais sûrement déchu de mon titre si elle apprenait."
"Alors vous avez beaucoup à gagner si votre nom est effacé de cette liste."
Se taisant un instant, la jeune fille se mit à glousser.
"Je préférerais en effet. Mais, au final, je n'ai pas honte de ce que je suis, ça se saura bien un jour de toute manière. Donc si cela n'est pas faisable, je comprendrai. Par contre, la seule chose que je veux de vous, Comte, c'est que votre majordome me fasse confectionner un de ses si beaux vêtements que vous revêtissez, je ne mentais pas l'autre jour en disant qu'il me plaisait énormément. Ça me rendrait heureuse"
"Je verrais ce que je peux faire."
"Merci"
Elle lui offrit un regard doux
"Sur ce, aurevoir Ciel"
"Aurevoir Miss…"
"Oh, et je vous pris, appelez moi Beth, cela suffit"
Il grinça des dents. Mais il n'eut juste le temps d'entendre son rire qu'elle disparaissait dans l'embrasure de la porte. Et le comte se rassit, ayant fort à penser.
Une sorte de courant d'air froid l'entoura soudainement, alors que une ombre se déposa devant lui.
En tenue de ville, Sebastian, réapparut aussitôt s'asseyait nonchalamment sur la banquette quitté il a peut par les deux femmes.
Directement, Ciel sentit son irritation habituelle face à son majordome.
"Où étais-tu ?"
"Je suis allé chercher les gâteaux que vous m'aviez réclamés, Bocchan voyons!"
"Tu n'avais jamais mis aussi longtemps."
"Fufu, la discussion semblant aller de bon train, l'interrompre aurait risqué de vous mettre mal à l'aise…"
Il sourit à son maitre.
"Il est si rare de vous voir parler français."
"Je n'en ai juste pas l'occasion" Il reprit une gorgé du thé… Dégueulasse.
"En effet, c'est dommage, quand vous parlez français, vous avez un très bel accent."
Ciel le fusilla du regard.
"N'attends pas de moi un remerciement, tu n'en auras pas."
"Je sais Bocchan, ce serait trop demandé."
Un soudaine envie le prit.
"Hn… Alors? où sont les gâteaux ?"
"Vous ne les aurez pas avant notre retour à notre résidence monsieur."
Le jeune homme haussa les sourcils, et de tout son mépris, toisa l'importun qui venait de lui refuser son droit le plus vitale.
"Et pourquoi? C'est moi le maître, et si je les veux maintenant, je les veux maintenant!"
"Non, ce n'est pas discutable. Je vous ai dit plus de deux-cent fois de surveiller votre ligne. Venez, rentrons."
"Ce n'est pas à toi de dire de renter! Alors, non… Je reste ici."
"Bocchan, quel âge avez-vous donc?"
"Ça n'a rien à voir"
"Alors levez-vous et venez, nous rentrons, vous faites l'enfant" continua le démon se relevant.
"Donne-moi les gâteaux d'abord."
"Non"
"Sebastian, ne fait pas l'imbécile, c'est un or..."
Le majordome posa un doigt sur la bouche du comte l'empêchant ainsi de finir sa phrase, attirant l'attention de un ou deux clients. Et, pour expliquer son geste, il lui offrit un sourire mièvre.
"Voyons Bocchan, pas si fort, les gens vont finir par s'inquiéter, vous ne voudriez pas être repéré non?"
Rougissant, le jeune comte ravala sa salive, et Sebastian s'amusa de son regard -qui lui crachait clairement que tout était de sa faute-. Son bocchan était si mignon comme ça. Si ça, ce n'était pas une preuve d'amour?
"Sebastian" repartit-il plus bas, œillant les indiscrets qui avaient tourné la tête à l'indécent geste du majordome.
"Ne m'obligez pas à utiliser mes… atouts, Bocchan" coupa le noiraud.
Un frisson traversa le comte de part en part.
"Très bien"
A contre coeur, le jeune anglais se releva de sa chaise, et tous deux prirent la direction de la sorti. De retour dans la rue ils se dirigèrent vers le sud de Moore Lane, là ou le fiacre les avait déposé un peu plus tôt.
Ciel, les sourcils froncés pestait à demi-mot contre son acolyte, quand soudain, sans préambules, ce dernier le tira dans le coin d'une ruelle sombre à l'abris des regards.
Serrer maintenant contre un mur, Ciel rougis. Le corp de Sebastian était bien trop prés, et étrangement sa proximité lui envoyait d'étrange gargouillement dans le bas du ventre. Son odeur, son odeur était si forte. Il le fixa de son unique oeil choquer.
"Mais, tu fais quoi?"
"Fermez les yeux"
"Pourquoi?"
"Et si vous arrêtiez de poser des questions et que vous vous exécutiez pour une fois?"
"Hmgf, je fais ce que je veux"
Soupirant le démon planta ses yeux amusés dans ceux de son jeune maître, qui aurait bien aimé continuer à argumenter, mais le regard inquisiteur du noiraud le lui laissa à peine le temps de riposter, il le sentait. Sa reaction, il ne pouvait pas y réchapper.
"Fermez les yeux Bocchan"
À contre cœur l'adolescent descendit sa délicate paupière sur son orbe bleu. Il sentit alors très un léger et fin courant d'air autour de lui, et il ré-ouvrit son unique oeil presque immédiatement. Doucement, le soleil traversait de ses grains la fenêtre de la résidence secondaire alors que Sebastian le posait à terre. Il n'avait même pas senti le voyage s'effectuer. Encore une magie de démon. Mais il ne fit aucunement part de sa surprise, d'ailleurs, il ne l'était pas. Sebastian, il y avait encore quelque jour l'avait porté jusqu'à la cime d'un arbre, en quoi tout cela devrait l'étonner?
Son démon était vraiment un être extra-ordinaire.
*La Noire Babylone - Londres était une telle mégapole que on la comparait souvent à la taille 'légendaire' de Babylone. Noire du à la revolution industrielle, qui contrastait avec Paris la Babylone lumineuse.
*Dame Lucie Carlet de Rohan-Chabot - Dame fait d'elle fille ou femme de Seigneur, un titre moins important que Comte, ou Princesse.
