Je t'haine : Un peu... (2)


- J'en peux plus !

Hermione tressaillit et jeta un regard peu amène à la touffe brune assise sur la chaise en face de la sienne. Harry attrapa au hasard un des livres entassés sur la table et le secoua devant son visage.

- Je pense qu'on a fait assez de recherches pour la journée. On a déjà passé toute la journée de hier et d'avant-hier dans cette bibliothèque et aujourd'hui on s'est éclipsé ici à chaque pause !

Elle lui retira le livre des mains d'un coup sec et poussa un soupir agacé.

- Il y a trop d'éléments flous ! Je ne peux pas arrêter maintenant !

- Rogue a dit qu'il résoudrait le sort vendredi. T'as plus qu'aujourd'hui et demain à attendre et toute cette histoire sera finie !

- Techniquement, il n'a jamais été dit que le sort serait rompu vendredi, mais qu'on verrait s'il s'est stabilisé.

- Il sera stabilisé ! Attend ça va faire déjà 2 jours ! Brûlant ces deux jours d'ailleurs, pas vrai ?

Hermione ne put s'empêcher de rougir au jeu de mot pourri de son traître de meilleur ami. Une des nombreuses raisons qui la poussait à se retrancher dans la bibliothèque concernait aussi les effets du sort. A chaque contact avec une personne sexuellement attirée par elle, elle ressentait une brûlure, faible, mais qui la faisait rougir de honte à chaque fois. Avec ce sort, elle prenait conscience de choses dont elle aurait voulu ne rien connaître. « Pour une fois ». Voilà que Malefoy venait envahir sa tête. Ce qui n'était pas nouveau depuis dimanche soir.

Harry souffla. Encore partie dans ses pensées, il était vraiment difficile de parler à sa meilleure amie ces temps-ci. Elle semblait préférer les monologues intérieurs. Celle-ci le remarqua et se concentra sur la conversation.

- Un sort mal exécuté peut mettre plusieurs semaines à se stabiliser complètement, surtout ce genre de sort. Et ça peut être très... dangereux.

Harry plissa aussitôt les yeux, soucieux.

- Ça ne va pas ? Qu'est-ce qu'elle t'a dit Pomfresh ce matin ?

- Tout va bien, sourit-elle, mais on n'a toujours pas trouvé le responsable.

- Ron est persuadé que c'est Malefoy.

Hermione se raidit à l'entente du prénom de son deuxième meilleur ami qui ne semblait plus vouloir lui adresser la parole depuis dimanche soir. Harry perçut son malaise et chercha à changer de sujet.

- Sinon comment il va McLaggen ?

Hermione poussa un gémissement et s'empressa d'ouvrir un nouveau livre ce qui arracha un éclat de rire à Harry qui se mit à chatonner bêtement le nom honnis.

- Potter, tu pourrais nous épargner ce son insupportable qui s'obstine à sortir de ta bouche ?

Les deux amis sursautèrent violemment et se retournèrent de concert vers l'arrogant serpentard qui ne leur accordait pas un regard, concentré sur son livre une table plus loin.

- Tiens un déserteur! Ça fait un moment qu'on ne te voit plus Malefoy, tu ne voudrais pas continuer sur ta lancée ? , lui lança Harry.

Hermione plissa les lèvres. Elle n'appréciait pas qu'on entame des querelles dans une bibliothèque. Mais c'était vrai que depuis deux jours, Malefoy semblait avoir disparu. Déjà que depuis le début de l'année, il s'était montré discret, là il l'était encore plus.

- Si je me souviens bien, je crois avoir aperçu trois guignols dimanche à l'infirmerie qui ressemblaient à vos descriptions, ça ne doit pas faire si longtemps que ça.

- Tu me touches droit au cœur Malefoy. En attendant si notre présence te déplaît tant tu n'as qu'à changer de table. A moins que tu préfères éviter les contacts trop...brûlants.

- Hilarant Potter, vraiment. Mais je vois que tu as conscience que ma présence a tendance à éveiller de nombreux désirs.

- Stop ! Je ne veux pas savoir ! Ce que tu fais avec Crabbe et Goyle ne me concerne pas Malefoy.

Hermione ouvrit de gros yeux face à cette dispute totalement enfantine. Un petit groupe s'était constitué et suivait l'échange avec attention. Hermione poussa un soupir de dépit. Quand elle aperçut la sévère bibliothécaire lever un regard peu amène dans leur direction, elle lança un violent coup de coude à Harry qui poussa un couinement très peu masculin.

- Victime de violence conjugale Potter ? Quel homme !

Hermione ne put que lever les yeux au ciel.

- Aller vous amusez ailleurs ! Je n'ai pas envie de me faire virer de la bibliothèque par Mme Pince.

- Oui on sait tous que la bibliothèque est ta seule raison de vivre Granger. Pathétique.

Hermione sentait poindre le mal de tête. Elle se leva brusquement et ramassa avec empressement les livres éparpillés.

- Viens Harry, on va manger !

Celui-ci la suivit des yeux, surpris.

- Mais...il n'est que 17h30.

Hermione le regarda fixement et aussitôt il s'empressa de prendre ses livres sous le regard clairement moqueur de Malefoy. Ils se dirigèrent vers la sortie et Hermione ne put s'empêcher d'avoir le sentiment de s'être fait avoir.

Le petit groupe d'admirateurs s'éparpilla progressivement et Drago lâcha un soupir sa tête basculant en arrière. Enfin du calme.

- So sex Dragonichoux !

Quoique.

- Pansy va polluer l'air de quelqu'un d'autre.

- Et toujours aussi adorable.

Un gloussement retentit et Drago tourna la tête vers son parasite de meilleur ami.

- Qu'est ce qui te fait rire Zabini ? Enfin rire, tout est relatif.

Ignorant la dernière remarque, celui-ci lui retourna un sourire carnassier.

- Alors on ne peut plus se passer de Granger ?

- Arrête de raconter n'importe quoi Blaise, ça doit déjà être assez pénible pour lui ! , intervint aussitôt Pansy.

- Ça, je veux bien te croire. Le manque doit commencer à se faire sentir, déjà deux jours ! Il doit avoir les nerfs à vif notre petit dragon.

- Tu peux parler. Tu passes ton temps à te comporter comme une nymphaë. A toi seul tu pourrais repeupler tout un village.

- Tu me mésestimes Pansy. J'ai plus d'endurance que ça.

- Vous pourriez m'épargner ce genre de dispute stérile et dénuée d'intérêt ?

- Arrête de l'énerver Blaise, réprimanda aussitôt Pansy.

Drago plissa les yeux. Ces deux amis partirent dans une conversation totalement insipide. Il posa les yeux sur la table où se trouvaient les deux griffondors quelques instants plus tôt. Il secoua la tête, il devait se concentrer. Il y avait plus important.

DM&HG&DM&HG

Hermione se trouvait seule dans la salle commune des griffondors. Après être partis, ils s'étaient retrouvés stupidement dans le couloir à ne plus savoir où aller. Finalement, ils s'étaient dirigés vers la salle commune pour faire leurs devoirs, sur l'initiative d'Hermione. Harry, rapidement déconcentré, était parti faire une partie de quidditch avec Seamus, Dean et Ginny.

Elle lança un tempus : 19h41. Ils s'étaient donnés rendez-vous à 20h à la Grande salle pour le dîner, mais Hermione n'avait toujours pas fini son devoir d'arithmancie. Il lui fallait un livre de la bibliothèque qu'elle s'était refusée à aller chercher pour ne pas perdre la face si elle y croisait Malefoy. A cette heure-ci, il ne devait plus y être. Elle arriverait à temps pour manger si elle se dépêchait.

Résolue, elle s'extirpa du fauteuil où elle s'était posée et se dirigea vers la bibliothèque. Avec cette histoire elle en oubliait ses études. Il fallait qu'elle se concentre, ça ne devait pas autant l'accaparer. Harry avait raison, il ne lui restait sûrement plus que deux jours à attendre. Il y avait néanmoins quelque chose qui la dérangeait. Qui avait lancé ce sort ? Qui était visé ? Ça ne pouvait certainement pas être eux deux. Qui voudraient les voir tous les deux interdits de rapports sexuels ? Ça n'avait pas de sens.

Plongée dans ses réflexions, Hermione leva distraitement les yeux et aperçut Malefoy, marchant dans sa direction. Ce n'était pas possible ! Soit elle était parano, soit ils se croisaient plus souvent que jamais. Elle envisagea un instant de faire demi-tour mais elle se reprit rapidement. « Tu n'es pas une enfant, c'est Malefoy c'est tout. Tu marches droit devant toi, et tout ira bien ».

Ils s'avancèrent progressivement l'un vers l'autre. Malefoy ne semblait pas l'avoir remarqué. Il avait l'air perdu dans ses pensées. Quand ils arrivèrent côte à côte, leur épaule se frôlèrent et une douce odeur lui vint aux narines. Elle ne sut comment mais elle le sentit se tendre et comprit qu'il l'avait remarquée. Elle tourna légèrement la tête et le vit continuer à marcher. Il lui sembla qu'il avançait plus vite.

DM&HG&DM&HG

- Tu t'es perdue Mione ?

Hermione adressa un sourire à son ami et vint se placer à sa droite, sa gauche occupée par Ron qui ne lui adressa pas un regard. Elle baissa les yeux, blessée, ce qui n'échappa pas à Harry.

- Non j'ai fait un détour par la bibliothèque.

Elle n'eut pas à épiloguer. Connaissant Hermione, personne ne fut vraiment surpris par sa réponse. Le repas fut assez agréable. Elle débattit avec Neville des bienfaits de la mandragore, et Ginny la taquina sur ses capacités médiocres en vol. Il était de connaissance générale qu'Hermione était une sorcière de génie en toute matière, à l'exception de la divination et...du vol. Et pour son plus grand déplaisir, ces amis aimaient à lui rappeler.

- Si tu veux je te donnerais des cours ? , lui proposa Dean, un sourire goguenard aux lèvres.

- Tout seul ? Ça ne suffirait pas ! , s'exclama Seamus.

La table partit d'un rire léger, tandis qu'Hermione reniflait de mépris.

- Si vous pouviez être aussi sur de vous en ce qui concerne les autres matières, ça vous offrirait plus de crédibilité.

- On n'est pas tous des Miss-je-sais-tout, râla l'irlandais.

Hermione était habituée à ce surnom, du moins c'est ce qu'elle pensait avant qu'une brusque montée de colère l'envahisse. Une colère aiguë qui lui obscurcit l'esprit l'espace d'une seconde. Elle s'apprêtait à répliquer mais Ginny la devança.

- Arrêtez bande de jaloux ! Mione t'as fini ?

Sa colère envolée, Hermione resta un instant déboussolée, puis en voyant le regard insistant qui pesait sur elle s'empressa de répondre.

- Oui... oui, oui ! , bégaya-t-elle.

Elles se dirigèrent ainsi vers les dortoirs suivies de Lavande et Parvati. Chacune partit se changer et elles se retrouvèrent bientôt toutes les quatre à échanger les derniers potins, du moins Ginny, Parvati et Lavande échangeaient les potins, et Hermione faisait semblant d'écouter.

- …. Malefoy est pas mal dans son genre vous ne trouvez pas ?

Enfin jusqu'à ce qu'elle capte le nom honnis. Elle leva brusquement les yeux en direction de Parvati.

- Comment ça Malefoy est pas mal dans son genre ?

- Aurait-on réussi à attirer ton attention ? , la taquina Ginny.

Hermione leva les yeux au ciel.

- Je suis juste surprise. Je pensais que vous faisiez un listing des garçons les plus « appétissants », si je reprends Lavande, de Poudlard.

- Et c'est toujours ce qu'on fait ! , s'exclama Parvati.

- Malefoy ? , fit Hermione peu convaincu.

- Oh s'il-te-plait Mione, Malefoy est peut-être une tête à claque arrogante et méprisable mais il reste un mec super sexy ! , répliqua Ginny.

- Je suis d'accord avec Hermione, déclara Lavande, arrachant un sourire vainqueur à la jeune fille.

- Ouais on se demande pourquoi, ricana Ginny.

Aussitôt Lavande vira rouge pivoine. Hermione lui jeta un regard intriguée, et se tourna vers les deux autres filles, la question au bout des lèvres. Cela fit sourire Ginny, amusée par la curiosité insatiable de son amie.

- C'est un secret pour personne que Malefoy a « rejeté » la demande de Lavande.

- Quelle demande ?

- Pour qu'il l'accompagne au bal du tournoi des trois sorciers.

- Aller au bal avec Malefoy ? Mais il est insupportable avec tous les griffondors, non avec tout le monde en fait, ne put s'empêchait de s'exclamer Hermione.

Lavande lui jeta un regard noir.

- Ce n'est pas parce que tu as pu aller au bal avec Victor Krumm et que tu es « proche » des mecs les plus populaires de Poudlard que tu dois te sentir pousser des ailes Granger, cracha Lavande.

Et elle partit se coucher, rabantant la couette avec brusquerie. Hermione la regardait faire bouche bée. Elle se tourna vers les deux autres filles. Parvati se contenta de hausser les épaules et d'aller se coucher, tandis que Ginny roula des yeux et lui fit un sourire rassurant.

- T'inquiètes Mione. C'est encore frais et on va dire que Malefoy n'y a pas vraiment mis les formes quand il l'a repoussée.

Hermione lui jeta un regard peu convaincu et partit se coucher. Allongée dans le lit, elle attendait que le sommeil la prenne. C'était toujours la même chose. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à pleins de choses et donc elle mettait un temps fou à s'endormir.

Non mais Malefoy ! Blond, yeux gris anthracite, musclé du fait du quidditch... Un beau garçon, du reconnaître Hermione. Mais son caractère enlaidissait le tout. Elle se rappelait encore les larmes qu'elle avait faites couler à cause de ce sale type, de ses mots blessants, incisifs. Il avait l'art de frapper où ça faisait mal. Elle se rappelait encore le début de sa première année. Elle serra les lèvres, sentant les larmes revenir. Elle était ridicule. Ça remontait à loin. Elle n'avait jamais dit à Harry et Ron à quel point leur rejet l'avait blessé. Et Malefoy et sa bande qui s'éclataient à l'enfoncer. Hermione secoua la tête, penser à ça ne changerait rien au passé. « Le passé c'est le passé ! » Encore jeudi, et vendredi cette histoire avec Malefoy serait finie. Elle devait se concentrer sur ses Aspics.

DM&HG&DM&HG

Elle se réveilla en sursaut. Elle était en colère. Une boule lui coinçait la gorge. Elle était vraiment en colère. Mais elle ne savait pas pourquoi. C'était déstabilant. Elle resta sur le lit figée. La colère se mélangea à la détresse qu'elle ressentait et tout se calma d'un coup. Tout son corps se relâcha, elle n'avait même pas eu conscience de s'être tendue. Elle resta assise encore un moment, sonnée. Qu'est-ce qu'il venait de se passer ? Elle regarda autour d'elle. Ginny et Lavande dormaient encore, et elle pouvait entendre le son de la douche, sûrement Parvati. Toutes les autres dormaient. Personne ne semblait éveillé dans le dortoir. Ça ne pouvait pas être un sort, ou alors la personne s'était enfuie. Elle se laissa tomber sur l'oreiller. Elle devenait paranoïaque. Soudain la solution s'imposa : un rêve. Elle avait dû rêver de quelque chose qui l'avait mise en colère. Vraiment en colère. Elle frissonna. De quoi avait-elle rêvé ? Elle ne s'en souvenait plus.

Hermione resta un moment couchée, les yeux fermés. Elle se vida l'esprit. Elle avait lu dans un livre que la méditation était un moyen très efficace pour calmer l'esprit. Elle était utilisée dans de nombreux exercices. On y recourait pour devenir animagi ou encore pour apprendre l'occlumancie. Au bout d'un moment, elle se sentit totalement calmée. Elle devait passer à l'infirmerie avant de prendre son petit déjeuner. Elle se dépêcha de se préparer. Jusqu'à maintenant Harry avait tenu à ce qu'elle le réveille pour qu'il l'accompagne, mais elle décida de le laisser dormir pour cette fois.

Un fois prête, elle se dirigea d'un pas rapide en direction de l'infirmerie. Elle calculait les devoirs qui lui restaient à faire. Le devoir d'arithmancie avait pris plus de temps que prévu mais il était fini, le devoir de métamorphose à rendre pour aujourd'hui était fini depuis 3 semaines, en potion, il allait sûrement leur en donner un à faire pour ce week-end, sortilège…

- Hermione ! Hermione ! Hé oh Granger !

Elle se retourna pour voir un Seamus Finnigan essoufflé arriver en courant dans sa direction. Elle lui jeta un regard surpris. Il était rare de le voir se lever aussi tôt.

- Qu'est-ce qu'il y a Seamus ?

Ce dernier détourna les yeux, puis la fixa avec un petit sourire.

- En fait, j'ai eu pas mal de problèmes et donc j'ai pas pu finir mon devoir de métamorphose. Alors je me suis dit que ce serait cool que tu me passes...prête le tien. Je copierai pas ! Juste pour m'aider tu vois…

Hermione se retint de lever les yeux au ciel. Ce n'était pas rare qu'un griffondor lui demande ses devoirs et à chaque fois ça la mettait de mauvaise humeur. Ils n'avaient qu'à travailler ! Il la prenait pour le génie de la lanterne ? Hop on frotte, on fait un vœu et voilà un devoir tout fait et corrigé ! Seamus continua de plaider sa cause, s'inventant des problèmes plus farfelus les uns que les autres. En même temps, ce devoir avait été donné trois semaines plus tôt donc Hermione voyait mal comment Seamus avait pu avoir autant de problèmes. Surtout que la veille, il était parti jouer un match de quidditch avec Harry. En plus, le commentaire qu'il avait lâché la veille lui restait en travers de la gorge.

- Désolée Seamus mais tu sais très bien que tu aurais pu t'y prendre plus tôt pour ce devoir, le coupa Hermione.

- Ouais mais comme je te dis, j'ai eu pas mal de soucis. S'il-te-plait.

Hermione retint une moue agacée, Seamus et ses fameux problèmes.

- Je ne suis pas totalement stupide tu sais. Tu as oublié de faire ton devoir de métamorphose c'est dommage pour toi mais je ne vais pas toujours vous les avancer. Il faut aussi faire les choses par soi-même.

Seamus serra les dents.

- Tu ne tiens pas le même genre de discours quand c'est Harry ou Ron qui sont en retard !

C'est vrai qu'elle était beaucoup plus tolérante quand ça les concernait mais en même temps c'était ses meilleurs amis. Bon elle l'avait moins été quand Ron avait voulu commercialiser ses devoirs, mais ça c'était une autre histoire. Elle tourna les yeux vers Seamus. Si elle devait mettre de côté une mornille à chaque fois qu'on lui demandait un devoir, elle était sûre d'être multimillionnaire à la sortie de Poudlard. Quand il s'agissait de les aider, elle voulait bien mais là il voulait purement et simplement copier son devoir. Une idée lui vint et elle lui fit un petit sourire.

- Je veux bien t'aider.

Le regard de Seamus sembla s'éclairer et il cacha assez mal son sourire vainqueur.

- Mais, enchaîna-t-elle, seulement sur les axes principaux. Je te laisse réfléchir sur le contenu. C'est à toi de trouver les exemples et le plan qui pourraient en découler.

Seamus prit un air scandalisé.

- Mais j'aurais jamais le temps de faire ça ! Le devoir est à rendre en début d'après-midi !

- Oui et on a deux heures de pause avant le repas de midi ça devrait être suffisant pour que tu fasses ton devoir.

- Mais j'ai déjà des trucs de prévus avec Dean !

- Et bien repousse les, fit Hermione exaspérée par la mauvaise foi de Seamus.

Seamus se redressa furibond.

- Tu sais quoi Granger je te trouve abusée sérieux ! Je te demande de l'aide et toi tu m'envoies bouler.

- Je t'ai proposé mon aide.

Seamus resta un moment silencieux puis son expression changea et il prit un air penaud.

- Désolé, je me suis laissé emporter. Je veux bien tes axes principaux s'te plait.

Hermione se demanda quelques instants si elle devait les lui donner. Après tout il avait vraiment eu un comportement désagréable envers elle. Mais l'intégrité de la jeune fille revint au galop, elle avait donné son accord et son camarade avait besoin d'aide. Elle se laissa convaincre par les yeux de chiot de Seamus et conjura un parchemin ainsi qu'une plume standard. Elle griffonna dessus avant de le tendre au griffondor. Celui-ci s'en empara et partit aussitôt un merci du bout des lèvres.

- On a fait sa BA de la journée Granger ?

Hermione sursauta en entendant cette voix traînante. Elle se retourna et vit Malefoy, adossé contre le mur en face de la porte de l'infirmerie.

- Depuis quand tu espionnes les conversations Malefoy ? , elle fit semblant de se reprendre, ah non c'est vrai que tu en fais une vocation depuis notre première année à Poudlard, à croire que ta vie est à ce point insipide que nous espionner reste le seul moyen de la pimenter.

Malefoy leva les sourcils. Et elle se sentit un peu stupide de sa répartie puérile. Elle se morigéna aussitôt, s'il y avait bien quelqu'un de puéril ici c'était Malefoy. Il passait son temps à se prendre la tête avec n'importe qui !

- Je ne te cache pas qu'écouter vos niaiseries est amusant, surtout quand je te vois te faire marcher dessus par tes amis.

- Je ne me fais pas marcher dessus !

- C'est ça et je viens juste d'avoir un extrait de ta force de caractère ? Boursouf, souffla-t-il en faisant mine de tousser.

- Je ne te permets pas Malefoy !

Malefoy haussa aristocratiquement ses sourcils et lui fit un petit sourire narquois.

- Mais je n'ai pas besoin de ta permission Granger.

Et sans lui laisser le temps de riposter quoique ce soit, il entra dans l'infirmerie. Elle le suivit derechef et se donna l'impression d'être une courtisane suivant son roi. C'est vrai que Malefoy avait une démarche princière. Il avait la grâce d'un conquérant. « Et l'amabilité d'une porte de prison ». Hermione ne put s'empêcher de sourire à cette pensée. Malefoy s'installa sur le lit qu'il avait occupé il y a quelques jours, et comme c'était maintenant le cas chaque matin. Hermione fit de même et un silence s'installa.

Hermione se saisit du livre qu'elle avait emprunté à la bibliothèque et commença à lire. Malefoy avait décidé de bouder et ne lui adressait pas la parole, ni même un regard. Quoique si, elle avait cru apercevoir des regards peu aimables en direction de sa personne. En tout cas, elle avait décidé de pallier à ce silence pesant.

Au bout de seulement quelques minutes, Pomfresh arriva dans la pièce. Avant qu'elle n'est eue le temps de dire quoique ce soit, Malefoy se leva et se dirigea d'un pas conquérant vers la pièce annexe à la salle des patients. Pomfresh leva les yeux au ciel, arrachant un sourire à Hermione et rentra à son tour dans la pièce. « Un véritable gentleman ». Et ça se disait de sang pur et de bonne éducation. « Je ne suis gentleman qu'avec les vrais femmes ». Voilà que Malefoy envahissait sa tête ! Vexée tout de même par cette pensée parasite, elle tenta tant bien que mal de se remettre dans sa lecture.

Elle n'arrivait pas à se concentrer et entendit donc distinctement la porte s'ouvrir. Malefoy s'avançait d'un pas mesuré et semblait en pleine réflexion. Il leva son regard vers elle et la fixa de ses yeux perçants. Hermione se sentit mal à l'aise face à ce regard qui semblait la mettre à nue. Puis sans un mot, il sortit de l'infirmerie. Qu'est-ce qui lui arrivait ?

- Miss Granger !

Hermione sursauta. Elle rangea rapidement son livre et se précipita vers Pomfresh. Elle arriva dans le bureau et s'installa sur la chaise en face de Pomfresh.

- Comment allez-vous Miss ?

- Bien. Je n'ai pas de nausées ou de vertiges. Je n'ai pas eu de perte de connaissance, ni de mémoire, si on omet les circonstances de l'incident qui ne me sont toujours pas revenues, énuméra-t-elle d'un ton docte.

Pomfresh lui sourit pendant qu'elle énumérait tous les symptômes qui auraient pu la toucher. Si ce n'est les désagréments du sort au niveau de son contact avec les gens, rien n'avait changé. De toute façon, Hermione était rarement tactile. En fait, maintenant qu'elle y pensait, elle n'était vraiment tactile qu'avec Harry. Elle avait d'ailleurs été rassurée de constater que le contact de ce dernier ne la brûlait pas. Brièvement blessée dans sa fierté, mais rassurée de constater que celui qu'elle considérait comme son frère la voyait de la même façon.

- Je suis ravie de voir que vous vous êtes renseignées sur les différents symptômes Miss. Mais je vais quand même vous examiner.

L'infirmière opérait la même conduite depuis lundi matin. Des questions bateaux, des sorts, que Hermione arrivait à reconnaître pour certains, et des potions à boire. Hermione grimaça quand elle eut fini la dernière. Alors qu'elle s'apprêtait à quitter la pièce, Pomfresh l'interpella. Elle se tourna à demi vers l'infirmière.

- Qu'y-a-t-il ?

- Je voulais juste savoir s'il n'y avait pas quelque chose de particulier à signaler.

- De particulier ?

- Oui. Il n'y a rien d'étrange ou de légèrement anormal qui est arrivé ces derniers temps ?

Hermione resta un instant figée par le regard perçant de l'infirmière.

- Non, non rien du tout. Enfin juste ce que je vous ai déjà dit.

- Bien… très bien. Bonne journée Miss, nous nous retrouverons demain.

Hermione lui adressa un léger signe de la tête et sortit de l'infirmerie l'esprit en ébullition. Il y avait un problème. Elle avait eu l'impression de capter une lueur d'inquiétude dans le regard de l'infirmière. Et puis c'était quoi cette question ? C'était comme si elle attendait une réponse précise. Prise dans ses réflexions, elle ne se rendit pas compte de sa progression et se retrouva rapidement assise dans la Grande salle. C'est une main pâle qui la tira de ses pensées.

- La bibliothèque a pris feu ! , s'écria Harry en agitant sa main devant son visage.

- Très drôle Harry, rétorqua Hermione en essayant de dissimuler le léger sursaut qu'elle avait eu à cette annonce.

- Ça s'est bien passé ?

Hermione hésita un instant à partager ses doutes avec lui, mais elle décida d'attendre que les oreilles indiscrètes ne puissent pas écouter.

- Non, tout va bien, le rassura-t-elle.

La conversation s'enchaîna, bonne enfant, entre les deux amis. Ils étaient en train de plaisanter sur la vie sentimentale débridée d'Harry selon la Gazette des sorciers, quand Hermione perçut une légère agitation. Elle tourna la tête et vit Dean et Lavande lui jeter des regards peu amènes. Elle les fixa, interloquée.

- Il y a un problème ?

- T'es vraiment nulle Granger, attaqua aussitôt Lavande.

- Comment ça ? , répliqua Hermione, choquée par la virulence de la jeune fille.

- C'est pas cool de ta part de ne pas avoir voulu aider Seamus sur son devoir de métamorphose, reprit Dean.

- Comment ça pas aider ? Vous vous fichez de moi !

- On sait que tu es douée en cours mais de là à snober ceux qui ont besoin d'aide... T'exagères Granger.

Hermione foudroya des yeux les deux griffondors et se tourna vers Seamus.

- Je peux savoir ce que tu as été raconté ? J'ai pourtant le souvenir très précis de moi invoquant un parchemin et te donnant MES axes principaux.

- Tu veux parler des quelques lignes que t'as écrite ? Tu te fous de qui Granger ! En plus à cause de toi j'ai été obligé d'abandonner Dean alors que je devais l'aider à s'entraîner pour le match contre Serpentard.

- Non mais c'est toi qui exagères. Le devoir ça fait trois semaines que le professeur McGonagall nous l'a donné. Tu n'avais qu'à mieux t'organiser. Ne me rend pas coupable de ton maque d'organisation !

- Désolé si on ne peut pas tous atteindre la perfection de miss je sais tout.

Hermione commençait à voir rouge. Elle n'avait plus faim. Ce mec ne manquait pas de culot. Elle lui donnait ses axes principaux et il se plaignait auprès des autres. Elle repensa à ce que lui avait dit Malefoy et ça l'énerva davantage quand elle réalisa qu'il n'avait pas vraiment tort.

- Tu ne sais pas ce que ça fait de devoir joindre tous les bouts : cours, devoirs, potes. En plus avec le climat actuel... C'est chaud donc on se laisse dépasser et on espère pouvoir compter sur ses camarades. Enfin c'est ce que je pensais.

Seamus était un bon orateur. Elle s'en rendait compte maintenant. Mais elle ne le laisserait pas jouer avec elle plus longtemps. Elle se leva et se tourna vers lui avant de quitter la salle.

- Tu sembles oublier que j'ai les mêmes cours que toi, les mêmes devoirs et, pour certains, les mêmes amis. N'essaie pas de te faire passer pour la victime. Je ne suis pas une pompe à devoir. Je consacre beaucoup de temps à les faire donc ne t'attend pas à ce qu'il te tombe dans les mains quand tu claques des doigts.

- Tu ne sais pas…

- Si Seamus. Tu l'as dit toi-même, je sais tout.

Elle partit sur ses mots, l'esprit en ébullition. Elle eut néanmoins le temps d'entendre un très net « Vous êtes de gros cons » d'Harry avant que les portes ne se referment.

Elle continua à tracer et se retrouva bientôt devant son antre. Elle entra dans la bibliothèque bien décidée à oublier cette altercation en se noyant dans ses cours. Elle avait une heure avant son cours de Sortilège. Elle trouva les livres qui l'intéressaient et se chercha une table reculée pour être tranquille. Elle crut en trouver une mais en avançant, elle s'aperçut que quelqu'un y était déjà installé. Malefoy. Elle s'approcha, intriguée de le trouver encore une fois seul. Et son regard accrocha le livre qui semblait passionner le jeune serpentard. Elle ne le reconnaissait. En s'avançant un peu plus, elle se cogna à une chaise ce qui arracha le blond à sa concentration.

- Qu'est-ce que tu fais ici Granger ? , sa voix froide claqua, glaciale.

- J'étudie, répondit simplement la jeune fille.

- Va étudier autre part. Tu me gènes.

Hermione commençait à en avoir assez. Entre ce sort dont on ignorait tout, Ron qui l'ignorait, Seamus et son hypocrisie, il n'était pas question qu'elle se fasse marcher dessus, et encore moins par Malefoy. Elle resserra sa prise sur ses livres et vint s'asseoir juste en face de lui, avec une assurance arrogante digne de Malefoy lui-même.

- Je peux savoir ce que tu fiches Granger ? , questionna doucereusement le jeune homme.

- Je m'assoie.

Les mains du serpentard étaient crispées sur le livre et elle n'arrivait pas à en discerner le titre mais son intuition lui soufflait qu'elle connaissait sa provenance.

- Qu'est-ce que tu fais avec un livre de la bibliothèque interdite ? Tu as une autorisation ?

- Ce que je fais ne te concerne en rien. Et il est comique que tu parles d'autorisation quand on sait que je ne t'ai pas autorisé à t'asseoir ici et que toi et les deux autres boursoufs passaient votre temps à faire des choses qui ne sont pas autorisées.

Elle se contenta de l'ignorer, et se pencha légèrement pour essayer d'apercevoir le sujet du livre. Malefoy le retira de la table d'un geste sec. Il ouvrit sa robe (Hermione détourna brièvement les yeux) et le mit dans une de ses poches-sans-fond. Il plaça ses coudes sur la table, le menton sur ses mains jointes et fixa Hermione de ses yeux perçants.

Celle-ci resta désarçonnée quelques secondes mais ne bougea pas de sa place. Il fit alors glisser son regard sur les ouvrages dont s'étaient entourés la jeune fille et haussa des sourcils à l'un deux. Elle suivit son regard et tomba sur la revue de Sorcière Hebdo que lui avait prêté Ginny. Elle la prit précipitamment.

- On dirait que je ne suis pas le seul à vouloir cacher des choses, et quelle chose dégoûtante Granger. Maintenant dégage de là sang de bourbe.

Hermione grimaça à l'insulte, bien qu'habituelle dans la bouche de Malefoy.

- Si tu penses qu'insulter mon sang me fera partir plus vite, tu te trompes Malefoy. La bibliothèque interdite ? , reprit-elle sans laisser le temps de la parole à Malefoy. On cherche quoi Malefoy ? C'est un livre de magie noire ? Je touche juste ?

Malefoy se leva très lentement et pencha le buste en direction de la jeune fille. Leur visage n'était qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Il ouvrit la bouche et, alors qu'il s'apprêtait à lui balancer une de ses répliques acérées, se figea. Hermione n'eut pas le temps de se demander pourquoi qu'elle sentit un doux parfum envahir ses narines. Elle l'inspira plus profondément. Elle ressentait un sentiment agréable. Un mélange de confiance et de protection.

- Tu pourrais arrêter de me renifler comme un cerbère Granger ?

La bulle éclata et Hermione se recula vivement. Elle n'osa pas regarder Malefoy, gênée de sa réaction. Elle risqua un regard et s'aperçut qu'il avait perdu de sa superbe. Ils restèrent quelques secondes, silencieux, silence qui fut percé par l'exclamation de son pas doué de meilleur ami.

- Mione, je te cherchai partout. Ne fais pas attention à ces connards. Ils sont juste trop cons.

Harry s'interrompit, se rendant compte que sa meilleure amie n'était pas seule. Il jeta un regard à Malefoy, puis à Hermione, puis encore à Malefoy.

- Arrête ça Potter. Le monde des sorciers serait anéanti si leur sauveur venait à se casser les cervicales.

Puis avant qu'Harry n'ait pu répliquer quoi que ce soit, il partit de sa marche princière. Les deux griffondors le regardèrent bêtement s'en aller avant qu'Harry ne se tourne vers la jeune fille.

- Tu faisais quoi avec Malefoy ? Ne me dis pas qu'après quatre jours tu as craqué ?, s'exclama-t-il.

Hermione grimaça face au sous-entendu ridicule du jeune homme.

- Mais arrête de raconter n'importe quoi ! J'ai surpris Malefoy avec un livre de la bibliothèque interdite et je voulais en savoir plus.

- Tu penses que ça a un lien avec le sort que l'on vous a lancé ?

Hermione le regarda surprise. C'est vrai qu'elle n'y avait pas pensé. Peut-être qu'ils n'étaient pas les seuls à chercher des informations. Peut-être que lui aussi faisait ses propres investigations de son côté. Ou peut-être que l'auteur se renseignait sur les conséquences de ses méfaits. Hermione fit taire ses pensées et haussa simplement des épaules à l'égard d'Harry.

- Peut être.

La journée reprit. Elle ignora Seamus et sa clique le midi et le soir malgré quelques timides tentatives d'approche et Harry l'escorta le reste de la journée. Ils profitaient de son touché indolore pour faire barrage à certains indésirables.

DM&HG&DM&HG

Le lendemain matin fut plutôt difficile. La fin de semaine se faisait sentir. Elle laissa un répit à son garde du corps personnel et se dirigea donc seule vers l'infirmerie. Arrivée, elle ne trouva personne dans la salle. Malefoy était déjà passé ou en retard, ce qui semblait peu probable. Elle allait s'asseoir sur « son » lit quand l'infirmière arriva.

- Miss Granger veuillez me suivre.

Hermione la suivit sans un mot. Mme Pomfresh ne semblait pas dans son état normal et Hermione le sentait. Hermione se savait observatrice et la façon dont la vieille infirmière serrait nerveusement sa baguette lorsqu'elle effectua ses sorts de routine ne la rassurait pas.

- Où est le professeur Rogue ?

Hermione venait de se rendre compte de son absence. Or, il avait assuré dimanche que Vendredi, il tenterait de leur retirer ce fichu sort d'entrave !

- Ah le professeur Rogue. Oui, bien sûr. Eh bien, Mr Malefoy est passé plus tôt et il semblerait que le sort ne soit pas encore stabilisé. Il se laisse encore une échéance jusqu'à dimanche prochain.

Hermione avait prévu cette possibilité, il n'en reste pas moins qu'elle fut surprise et déçue. Encore une semaine à se coltiner ce sort. Ça lui paraissait interminable.

- Pourquoi ne m'a-t-il pas examiné ?

Cette fois Mme Pomfresh parut plus agacée qu'anxieuse.

- Il a jugé que ce sort ne requérait pas nécessairement un examen des deux parties vu que vous êtes censés être interdépendants.

Elle continua la même routine que depuis Lundi et Hermione se trouva sur le chemin de la grande salle. Cette situation semblait aller plus loin que ce qu'on leur faisait croire. Hermione n'était pas rassurée. De ce qu'elle avait récolté comme informations, l'Indeceptio était en vérité un dérivé du sortilège inviolable. Il tirait son origine d'un sortilège inviolable raté qui avait eu pour finalité la mort de l'un des protagonistes. Une histoire peu ragoutante mais qui avait intéressée de nombreux chercheurs. C'est à la suite de plusieurs de ces recherches que ce dérivé était apparu. Le slogan était prometteur : tenir en laisse les conjoints trop libertins. Les personnes soumises à ce sort ne pouvaient pas avoir de contact et donc de rapport sexuel avec toute personne entretenant du désir à leur égard, à l'exception de l'autre entravé. De plus, à l'inverse du sortilège inviolable, il n'était pas nécessaire d'avoir le consentement des deux sorciers pour que le sort soit accompli. Il avait été limité aux époux sorciers à une époque mais son utilisation abusive avait conduit à son interdiction. Il était aujourd'hui condamné à cinq ans de prison ferme à Azkaban, ce qui, quand on sait de quoi il s'agissait, n'était pas rien.

Elle s'installa entre Harry et Ginny, l'esprit fourmillant. Elle se servit mécaniquement et rencontra le regard interloqué de Neville alors qu'elle buvait un délicieux verre de... Jus de citrouille ? Elle regarda son verre avec incrédulité. Depuis quand aimait-elle le jus de citrouille ? Il y avait peu de choses qui lui déplaisaient dans le monde des sorciers et le jus de citrouille en avait toujours fait partie, du moins jusqu'à maintenant. Elle s'excusa auprès de Neville à qui elle avait dérobé le verre, et se servit du jus dans son propre verre. Prudemment elle le porta à sa bouche et en but une gorgée. C'était délicieux ! Mais comment pouvait-on aimer du jour au lendemain quelque chose que l'on détestait ? Hermione se raisonna. Cela faisait un moment qu'elle n'en avait plus bu. Les goûts changent. Ce n'était pas si surprenant. Non pas si surprenant.

DM&HG&DM&HG

Le reste de la journée se passa lentement. Hermione se sentait ailleurs. Trop de choses n'étaient pas à leur place. Il y avait quelque chose qui clochait dans cette histoire mais elle n'arrivait pas à savoir quoi. Et Ron qui continuait de l'éviter. Heureusement qu'elle pouvait compter sur Harry, même si elle s'en voulait un peu. Elle les avait entendus se disputer à son sujet et elle ne voulait pas être un sujet de discorde. « En même temps, si ce lâche arrêtait de m'éviter, Harry n'aurait pas à choisir. ». Hermione se reprit et se concentra sur la cour de potion du professeur Slughorn. Ce dernier était encore en train de vanter les prouesses d'Harry. Un autre mystère à élucider. Elle avait été très surprise par la progression ahurissante de son meilleur ami. Depuis quand était-il un génie des potions ? Elle voulait bien croire que le professeur Rogue avait joué un rôle important dans son échec en potion mais si un simple changement de professeur suffisait à passer de cancre à meilleur élève du cours, ça se saurait ! Lorsqu'il leur avait parlé de ce livre du « Prince de sang-mêlé », Hermione s'était inquiétée, et elle s'inquiétait toujours. Harry accordait trop de confiance à ce qui était écrit dedans, alors qu'ils ne savaient rien sur son auteur et sur les sortilèges inscrits.

- Et pour vendredi prochain j'attends de vous un exposé complet portant sur le polynectar, sa préparation, ses effets, et ses différentes utilisations.

A ces mots la classe commença à s'agiter, Hermione jeta un coup d'œil à Harry et vit que celui-ci était en conversation avec Ron. Peut-être valait-il mieux laisser ces deux-là faire équipe. Même si Ron était un lâche doublé d'un imbécile, elle ne voulait pas être une cause de dispute entre les deux garçons. Avant qu'elle n'ait le temps de se mettre à chercher un autre coéquipier, le professeur Slughorn intervint bruyamment.

- Mesdemoiselles et Messieurs, votre attention s'il vous plaît ! Nous avons eu l'occasion de discuter longuement avec le corps professoral et nous avons pris une décision. Il n'aura échappé à personne que les temps actuels sont sombres.

Sa voix avait pris un ton plus grave. La classe avait cessé de s'agiter et l'écouter maintenant attentivement.

- La solidarité est une vertu qui est plus que jamais nécessaire aujourd'hui. Aussi, afin de renforcer les liens entre les élèves de Poudlard, les professeurs et moi-même avons décidé de faire tomber les frontières entre maisons. A partir de maintenant les devoirs en groupe ainsi que les exposés se feront de façon mixte. Il est temps pour chacun d'apprendre de l'autre. C'est pourquoi je choisirai les groupes pour l'exposé de vendredi prochain et il en sera de même pour toute l'année.

Les derniers mots de Slughorn furent avalés par un mugissement de colère. Chacun cherchant à exprimer plus fort que l'autre son mécontentement. Hermione ne se sentait pas bien. Ce n'était pas tant que le concept lui déplaisait. Elle trouvait le principe intéressant bien qu'un peu idéaliste. A l'heure actuelle, chacun avait déjà pris plus ou moins parti. De plus, les plus vieux comme son année se côtoyaient depuis déjà près de 6 ans. Il semblait un peu tard pour eux d'apprendre à se connaître et aller au-delà des préjugés. Non, si elle se sentait aussi mal c'était parce qu'elle pressentait ce qui allait suivre. Et en jetant un regard à la dérobé, son potentiel futur partenaire pensait la même chose.

- Il ne sert à rien de crier. Il en a été décidé ainsi et les choses ne changeront pas. Si vous avez une autre réclamation à formuler, vous pourrez la faire auprès de Rusard tous les samedis soir jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Visiblement Slughorn n'avait pas apprécié une des remarques criées par ses élèves. C'est donc furibond qu'il se mit à énoncer les groupes, fusillant du regard à la moindre protestation. Comme elle s'y attendait quasiment tous les griffondors finissaient avec un serpentard malgré la présence des autres maisons.

- Miss Granger avec Mr. Malefoy.

L'annonce lui fit le même effet qu'une condamnation à mort. Bien qu'elle s'en doutait, elle avait eu l'infime espoir de se tromper. Elle ne leva pas les yeux de sa table. Elle savait déjà quels regards, elle rencontrerait. Incrédules, compatissants, dédaigneux, dégoûtés. Elle s'en passerait.

Slughorn continua sur sa lancée, indifférent aux réactions que ces annonces généraient. Harry apprit qu'il était en duo avec Daphné Greengrass, la serpentarde par excellence. Plus froide et manipulatrice que le prince lui-même. Sa mine dégoûtée n'égala cependant pas celle de Ron quand il apprit qu'il ferait équipe avec Blaise Zabini, accessoirement un des amis proches de Draco Malefoy. Malgré la situation cocasse, la moue de Ron arracha quelques rires à la classe.

- Miss Parkinson et Mr. Longdubat.

Un silence de mort emplit la salle, si bien que Slughorn leva les yeux de son parchemin. Hermione ne savait pas quoi dire et fixait le visage blême de Neville. Mais quelle idée de le mettre avec cette peste de Parkinson ! Il n'allait jamais s'en sortir. Elle en oublia presque son propre partenaire. Elle se tourna vers le professeur et à l'irritation et l'incrédulité qu'elle lut dans son regard, elle comprit qu'il n'était pas à l'origine des groupes. Encore un coup de Dumbledore ? Décidément elle ne comprendrait jamais son directeur.

Toute la classe avait semble-t-il perdue la force de se plaindre et c'est mortellement silencieux qu'ils sortirent.

- Miss Granger ! Mr Malefoy ! Restez un instant je vous prie.

Le calvaire ne prendrait pas de suite fin pour elle apparemment. Sans un regard pour Malefoy, elle vint se mettre devant le bureau du professeur.

- J'ai été mis dans la confidence au sujet de votre « petit » problème.

Pitié !

- Sachez que je suis à votre entière disposition si vous avez besoin de quoi que ce soit. Je suis cependant ravi de voir deux de mes meilleurs éléments ensembles. Votre exposé promet d'être une grande réussite.

Une invitation à son bal, un clin d'œil et quelques remarques plus tard, Hermione s'enfuit, non, quitta d'un pas vif la classe de potion.

Était-elle maudite ?


- Décidément toi et Granger c'est à vie !

Draco se contenta de jeter un regard assassin à son ami.

- Mais c'est qu'il a les crocs.

- Tais-toi !

Blaise haussa les sourcils.

- T'es tendu aujourd'hui dit donc.

Drago se leva brusquement et partit sans un mot.

- Il lui arrive quoi là ?

- Il doit être déjà bien agacé par la situation et tu en rajoutes une couche dès que tu le croises.

- Il ne faut pas exagérer non plus. Plus qu'une semaine à se farcir cette malédiction avec la bibliothèque sur patte et ce sera fini.

Pansy le fixa droit dans les yeux la mine sévère.

- Comment tu réagirais si tu étais dans le même cas ? Condamné pendant plus d'une semaine soit à l'abstinence soit à avoir une relation sexuelle avec un Weasley ?

Blaise sourit, amusé.

- J'ai toujours voulu essayer avec un vrai roux.

Pansy grimaça.