La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.
Cette histoire prend place lors de la fête de Seiros, lors du mois de la Protectrice, moins d'un an après le chapitre 1.
/
Il s'agit ici d'une Fanfiction croisée avec l'auteur Mijoqui. Je vous invite donc à aller lire son texte : « Journée Férié » et de lui laisser un avis !
Vous trouverez des scènes communes à mon texte mais racontées du point de vue de Ashe, passé avant, au même moment, ou bien après Edelgard.
Nos deux OS s'entremêlent.
/
Zakuro Ruby Kagame
©Tous droits réservés
Un Aigle au Cœur d'une Fête Sacrée
Les rayons du soleil balayaient le ciel de Fódlan de leur douce chaleur que la fraîcheur hivernale venait aussitôt apaiser. C'était une très belle journée, et pas n'importe laquelle de l'année. Aujourd'hui, tous les élèves s'agitaient, courraient, et s'attelaient aux différents préparatifs pour cet évènement qui se devait d'être parfait. C'était la Sainte Seiros, après tout. Certains résidents de Garreg Mach, l'une en particulier, s'était levée aux aurores, mais pas pour cette fête sacrée.
Les jambes parfaitement positionnées sur le terrain d'entraînement, l'Adrestienne profitait de ces calmes instants. Malgré la saison hivernale, le soleil pouvait sembler brûler lorsqu'il était à son apogée. Les pieds presque ancrés dans le sol qu'elle jonchait depuis plusieurs heures maintenant, ses bras décrivirent de grands mouvements circulaires lorsque sa hache vint se planter dans le cadavre de paille quelques mètres plus loin sous un sourire satisfait. Mais ce n'était jamais assez, que la jeune femme alla presque férocement tirer son arme pour se repositionner, encore un peu plus loin. Le coup fit mouche une énième fois. Rien ne la surprenait, rien ne la déconcentrait, alors que ses yeux ne se détachaient plus de ces cibles qu'une à une, elle pourfendait. Cette prestance et toute cette détermination avaient un nom : Edelgard.
Souveraine, future impératrice, ou bien princesse impériale, tant de titres qui lui étaient affublés et qu'elle portait avec fierté. Car après tout, c'était ce qu'elle était. Edelgard était la fille de l'empereur d'Adrestia, seule héritière de cet empire. Un poids et privilège qu'elle portait lourdement sur ses épaules qu'elle voulait fortes. Pour cette raison, elle ne pouvait rien négliger, dextérité, capacités, elle atteignait la perfection avec facilité. Car du talent, elle en avait. Un bout de femme petit par la taille, mais très grand par l'esprit.
La jeune femme leva les yeux aux ciel dénué de tout nuage pour observer l'astre qui l'illuminait. Elle alla déposer sa hache, et saisit sa cape vermeille qu'elle rattacha à sa poitrine sur le blason des Aigles de Jais, maison à laquelle elle appartenait dont elle était la déléguée. Pas le temps de se changer, elle devait se dépêcher, car absorbée par l'entraînement, elle n'avait pas vu les heures passer.
La Sainte Seiros célébrait la naissance de la fille de la Déesse, et il serait mal venu d'y être en retard, surtout pour quelqu'un du rang d'Edelgard. Ni une, ni deux, celle-ci pressa le pas et se précipita dans les jardins du vaste monastère. Elle traversa rapidement le vestibule, jongla entre les espaces extérieurs et intérieurs des couloirs de ce qui aurait pu ressembler à un dédale. Elle pénétra dans le grand hall de réception dont elle ressortit fissa, avant de se retrouver sur le grand pont qui surplombait les montagnes d'Oghma. Bientôt, elle se retrouva devant les portes de l'immense cathédrale. Le récital donné en l'honneur de Seiros n'avait pas encore commencé. Les grandes portent grincèrent lorsqu'Edelgard fit son entrée.
Ah, le discours, lui, avait déjà commencé, prononcé des lèvres de Rhea. Les talons des bottes de l'aigle résonnèrent dans la nef lorsque la jeune fille s'avança pour aller rejoindre les représentants des deux autres maisons, Dimitri et Claude, au premier rang. Même si son arrivée n'avait pas été des plus discrètes, le discours de l'Archevêque n'en avait pas semblé dérangé, elle qui semblait toujours imperturbable. La déléguée ne se soucia pas de ce qu'elle avait manqué, elle qui n'était guère intéressée par tout ce qui concernait l'église. Une fois son siège gagné, la souveraine pu enfin souffler, et replaça rapidement quelques mèches de ses cheveux désordonnées par l'entraînement derrière ses oreilles. Elle devait se montrer parfaite, même si arrivée en retard ternissait déjà un peu l'image qu'elle essayait de donner. Edelgard leva les yeux sur la dirigeante des lieux dont la voix résonnait, croisa rapidement son regard de jade, avant de rediriger son attention dans l'assemblée. A ses côtés se trouvait Seteth, son conseiller, toujours bien droit, toujours carré, qui eu un regard plutôt sévère à son égard. Il était très attaché au respect. Juste derrière se trouvait sa jeune sœur, Flayn, dont le visage reflétait l'innocence, mais dont le sourire semblait pourtant tant en cacher. Enfin, à la gauche de Rhea, se tenait une silhouette déjà plus familière. Son professeur, une mercenaire, dont les yeux bleus persan se voulaient plus rassurant. Il lui suffit d'un seul regard pour se détendre après avoir essuyé ceux du reste de la cathédrale. D'ailleurs, elle devait lui parler.
Le silence s'installa dans la grande pièce sur un sourire qui scella les lèvres de la directrice. Le discours était terminé, et la torture ne faisait que continuer, pour la future impératrice. Un à un, elle observa tous les lions se lever. La remarque de l'épéiste aux cheveux bleus foncés juste derrière elle ne manqua pas de gagner ses oreilles affutées, lorsqu'elle l'entendit faire remarquer l'inutilité de chanter, surtout pour la Déesse. Edelgard ne pouvait qu'être d'accord avec lui. Le blond a ses côtés, finit lui aussi par se lever, pour gagner le chœur de la cathédrale, tandis que Rhea et les autres prenaient les places des chanteurs.
L'Adrestienne ne prenait aucun plaisir à écouter des chants religieux qui avaient plus tendance à meurtrir ses oreilles qu'autre chose, et encore moins à les chanter. Lors des fêtes sacrées, une des trois classes était désignée, tour à tour. C'était aujourd'hui à la maison des Lions de Saphir d'honorer Seiros, lorsque deux semaines auparavant, les Aigles de Jais avaient fêté Cichol. Deux fêtes saintes si rapprochées, cela avait de quoi la rendre sourde. Le dernier récital avait d'ailleurs ressemblé davantage à une catastrophe qu'à une représentation musicale. Linhardt s'était endormi sur place, debout, entre Hubert dont l'aura maléfique terrifiait presque l'assemblée, et Petra dont l'accent mal prononcé défiait le respect du Fódlien. Et encore, il fallait voir les autres... Une véritable calamité. Enfin, il ne fallait pas s'étonner, puisque la classe des aigles était dirigée par l'ancienne mercenaire, Byleth, qui avait autant de talent et d'intérêt pour le chant que pouvait en avoir une Loche de Teutates.
Enfin, ce n'était pas quelque chose dont la souveraine se souciait, car son professeur inspirait le respect. C'était d'ailleurs une des premières choses qui l'avait frappé, devant Byleth, le monde lui même semblait s'incliner. La future impératrice n'avait pas mis longtemps à lui accorder sa confiance, d'ailleurs, malgré les mises en garde de son vassal. Aujourd'hui, Edelgard ne pouvait plus nier s'être attachée à la mercenaire, bien plus que nécessaire. Byleth représentait à la fois son meilleur atout, mais aussi la plus grande de ses faiblesses. Il fallait vraiment qu'elle la voit.
L'héritière impériale risqua un regard derrière elle, son professeur était bien entourée avec Rhea à ses côtés, dont elle croisa les yeux jade et le sourire suintant d'outrecuidance. Elle n'était pas la dirigeante de l'église et cheffe de l'armée pour rien. Comment supporter de voir la plus forte de ses alliées si proche de sa plus grande ennemie ? L'Aigle de Jais se retint de pester, sommée par ses bonnes manières, avant de détourner les yeux sur la tribu de fauves.
Entendre les psaumes ainsi chantés et répétés était vraiment désagréable, mais les lions ne se débrouillaient pas si mal. Le contraire aurait été surprenant, puisque leur professeur, Manuela Casagranda, était une ancienne chanteuse très populaire de la compagnie d'opéra Mittelfrank, considérée comme une véritable diva. Il aurait été inconcevable que la représentation de ses lions se passe autrement que dans la perfection. Edelgard resta ainsi, pendant de longues minutes qui parurent durer des heures, à écouter, à supporter, cette géhenne qui n'en finissait plus.
Quand le groupe assourdissant enfin se tût, la princesse impériale dut se retenir de se lever et de partir. Il aurait été malvenu pour l'héritière de l'empire d'être la première à ainsi s'échapper, surtout après avoir été la dernière à arriver. Et même si l'oiseau avait bien mieux à faire, et que personne n'ignorait son profond désintérêt pour ce genre de pratique, elle devait montrer l'exemple. Là aussi, était son rôle, en tant que représentante des Aigles de Jais, et future dirigeante de l'empire. Et puis, ce n'était pas comme si Edelgard ne croyait pas en l'existence de la Déesse, bien au contraire, mais elle méprisait l'abnégation pour celle-ci. Comment pouvait-on dédier toute son existence à une divinité ?
Vivre pour autre que soi était quelque chose d'aussi étrange que commun, pour la souveraine, aussi paradoxal que cela fut-ce. Vouer son existence entière à la Déesse lui avait toujours parut aberrant, quand elle-même était entourée de personnes qui - de part leur allégeance - lui vouaient également leurs vies. Hubert, son premier et plus fidèle serviteur, en était le parfait exemple. Le jeune homme aux allures plus sombres qu'une nuit sans lune servait la princesse impériale depuis toujours, depuis que cette dernière avait quatre ans, quand lui, n'en avait que sept. Cela avait toujours été ainsi, après tout. La maison Vestra au service des Hresvelg. Cela s'appellait la noblesse, un terme qui emplissait l'existence d'Edelgard autant qu'elle le méprisait. Un comble pour une souveraine.
Tant de pensées contradictoires qui se mêlaient maintenant dans la tête de l'aigle, qui n'avait même pas remarqué que plus de la moitié de l'assemblée était déjà partie. La jeune femme se retourna vivement, solitaire au premier rang. Son professeur n'était déjà plus là, tout comme l'archevêque Rhea. Edelgard soupira. Elle remplaça sa cape qui retomba sur ses épaules de toute sa grâce, avant de quitter la cathédrale sur le claquement de ses talons.
L'héritière devait impérativement trouver Byleth, elle n'avait maintenant que ça en tête. Ces dernières journées avaient été lourdes de réflexions tant elle avait dû ordonner la moindre de ses pensées. Le mois du Pégase succéderait bientôt à celui de la Protectrice, tout comme Edelgard devait succéder à son père. Sa décision avait été prise, et mûrement réfléchie, elle ne pouvait faire autrement. Quatre semaines seulement, et l'Aigle de Jais déploierait enfin ses ailes sombres. Ce fardeau, qui jusqu'à maintenant lui pesait tant, allait devoir trouver ses épaules, sous le poids de la couronne de l'empire. Quatre semaines, et elle irait à Enbarr. Quatre semaines, avant de rejoindre le palais impérial. Il était plus que temps pour la future impératrice de remplir le rôle pour lequel son destin avait tragiquement été modelé.
Neuvième enfant de l'empereur Ionus IX et d'une de ses épouses consorts, Anselma von Arundel, Edelgard était la seule encore en ligne pour l'accession au trône. La quasi-totalité de sa fratrie avait péri, quand les seuls survivants avaient perdu l'esprit, le corps meurtrit. Il n'y avait plus qu'elle, pour suivre le chemin ténébreux que son ambition illuminait. Considérée comme une arme, comme un outils, fruit d'une expérience lamentablement réussie, peu importait tant que ses aspirations aboutissaient. Guidée par le mépris de la noblesse, par la haine des emblèmes, elle était même devenue l'ennemie de l'église. L'empereur des flammes, une identité qu'elle devrait très bientôt dévoilée. Et pourtant, malgré ses projets très profondément enracinés, elle avait pu ces derniers temps, pour la toute première fois, sentir ses jambes trembler. Ce fardeau la consumait. Edelgard était force d'esprit, de caractère, mais pouvait aussi avoir peur, fragilité humaine. Son passé hantait ses nuits, son présent tremblait sous ses doutes, quand son avenir, obscurcissait son cœur. Du moins, jusqu'à l'apparition du professeur. Ce couronnement ne pouvait avoir lieu sans elle, pilier, boussole vers la lumière.
Vaste était le monastère, et chercher Byleth pouvait prendre des heures. Des heures que ne possédait certainement pas la souveraine, pas aujourd'hui. Edelgard prit une inspiration, et réfléchit une minute. De tous les endroits à Garreg Mach, où était celui-où elle avait le plus de chance de croiser son mentor ? La réponse lui traversa naturellement l'esprit en une fraction de secondes. D'un pas sûr et rapide, l'aigle s'empressa de traverser les mêmes salles et même couloirs qu'elle l'avait fait une ou deux heures auparavant pour rejoindre le cathédrale. Elle n'avait qu'a suivre le chemin inverse. Et en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, elle se retrouva devant les portes du terrain d'entraînement qu'elle poussa, presque certaine d'y trouver la mercenaire.
Le silence régnait, comme si la nature elle même s'était tût. Debout sur le sol terreux et abîmés par les labeurs et la persévérance, une silhouette s'y tenait. L'Adrestienne, lentement, s'approcha, attiré par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Elle n'avait eu aucun mal à reconnaitre l'allure sauvage de la brigiliène, qui bandait maintenant son arc de façon plus que parfaite. La corde quitta ses doigts sûrs, et la tige de bois vint instantanément se planter au cœur d'une cible située à l'autre bout du terrain. Rares étaient les fois où Edelgard avait pu voir s'entraîner Petra de cette façon. Les deux ne partageaient pas les mêmes spécialités, mais chaque fois, la dirigeante des aigles restait subjuguée. Le travail et l'acharnement représentaient bien plus pour Edelgard que n'importe quel avantage ou titre que pouvait obtenir un noble par son unique droit de naissance. Elle ne pouvait que respecter les personnes qui cherchaient sans cesse à s'améliorer. Et Petra était l'une d'elle. Plus que n'importe qui, celle-ci voulait le lui prouver.
« - Bonjour, Petra, salua la future impératrice lorsque l'insulaire se relachâ.
- Oh, bonjour, Dame Edelgard.
- C'est un bien bel arc que vous avez là. »
La brigiliène tenait dans ses mains une arme qui semblait neuve tant son acier brillait. Le bois ne semblait abimé. Il ne faisait aucun doute quant au fait qu'elle venait de se le procurer.
« - Oui, j'ai acheté arc grâce à l'art de la négoce. L'ancien a trop usé. »
Sa maîtrise encore peu sûre du Fódlien était presque adorable. Petra confondait encore les mots, n'accordaient pas nécessairement les temps de la même façon, et s'exprimait de manière peu banale. Cela en arrivant systématiquement à se faire parfaitement comprendre.
« - Vous cherchez une chose ? reprit la fille aux cheveux violet sur le silence se sa future souveraine.
- Non, je pensais seulement pouvoir peut-être croiser notre professeur ici, mais ce n'est apparemment pas le cas.
- Il n'y a que moi. »
L'Adrestienne l'avait en effet remarqué, à part Petra, ce terrain était aussi désert que le ciel dépourvu de nuage. Byleth ne se trouvait définitivement pas ici. Où pouvait-elle être ?
« - Ca ne fait rien, reprit la déléguée. Mais dites-moi, cette journée se déroule-t-elle à votre convenance ?
- Oui, merci de vous préoccuper de moi, vous montrez toujours beaucoup de gentillesse. »
Cela faisait un peu moins d'un an que les jeunes femmes se côtoyaient, sous le toit de la maison des Aigles de Jais. Petra, héritière du Roi de Brigid, avait été envoyé dans l'empire comme gage d'allégeance de la part de son pays, tout cela à cause de la guerre qui s'était passé plusieurs années auparavant, qu'ils avaient - avec l'aide de Dagda - déclenchés. Malgré cela, aucune des deux ne tenait rigueur à l'autre pour ce qu'il s'était passé. Bien au contraire, la Brigiliène s'était même souvent montré admirative envers sa souveraine. En serait-il toujours ainsi ? Edelgard ne put s'empêcher de se poser la question, surtout en pensant à ses futures révélations.
« - Cela fait aussi partie de mes attributions, de veiller sur vous, vous le savez. Si vous avez besoin de quoique ce soit, n'hésitez pas à m'en faire part, assura la déléguée.
- Je vous dirai si j'ai besoin de l'aide, mais cela ne sera pas nécessaire. Je préfère faire par moi-même. »
L'Adrestienne sourit. Elle connaissait bien Petra, assez pour savoir que cette fille avait assez de fierté, mais surtout de volonté, pour pouvoir tout accomplir sans devoir compter sur personne. Etait-ce son état d'esprit à elle ? Ou à celui de tous les Brigiliens ?
« - Dame Edelgard, interpella de nouveau la pourpre. Vous pourriez enseigner moi votre art de la guerre. »
La future impératrice hésita, puis poliment, elle formula :
« - Nous n'utilisons pas les mêmes armes. Je ne suis pas certaine de pouvoir vous apprendre quoique ce soit que vous ne connaissiez déjà.
- Vous avez expérience, compétences et talent. »
Des termes qui firent plus que plaisir à la souveraine, car elle les savait très sincèrement pensés. Comment pouvait-elle refuser pareille invitation ? Sans compter qu'il ne lui restait probablement qu'un mois à peine à passer en sa compagnie. Car dans un mois, elle devrait probablement quitter les aigles, pour suivre son propre chemin pavé de solitude. Il ne faisait aucun doute qu'Edelgard volerait seule, dans le ciel toisant l'empire, et tout le continent. Cette pensée était presque crève-cœur, mais elle ne pouvait plus faire marche arrière. Sa décision était prise, peu importait où elle allait la mener, peu importait qui devrait l'abandonner.
Un peu plus d'une heure passa, en la compagnie de Petra, avant que les deux Aigles de Jais ne rangent enfin leurs armes. A en juger par la place du soleil dans le ciel, il était certainement midi passé, et au réfectoire, était organisé un grand buffet. Aussi, les jeunes femmes décidèrent de s'y rendre. Et puis, peut-être que la dirigeante des aigles y trouverait l'objet de ses recherches.
Sa déception fut grande quand elle dut constater qu'il n'y avait aucune trace de Byleth. Ni ici, ni sur le chemin qu'elles avaient empruntés. En plus de cela, le réfectoire commençait déjà à être bondé. A peine la porte passée, Edelgard fut bousculée, et jeta son regard presque furieux sur les deux imbéciles qui s'étaient précipités.
« - Oh ! Désolée Edelgard ! Je t'avais pas vu ! »
Non, évidemment qu'il n'avait pas pu la voir, puisque lui et son ami, Raphael, un cerf, n'avait d'yeux que pour la nourriture, qui ne manquait certainement pas de remplir la pièce toute entière et dons les odeurs venaient déjà charmer l'odorat des élèves. Edelgard soupira, elle ne pouvait pas en vouloir à Caspar, ce grand casse-cou. Lui aussi, l'impressionnait, même s'il elle n'en montrait jamais rien. Le puîné de la maison Bergliez n'hériterait de rien, et devait tracer son propre chemin. Pour cela, rien de mieux que travailler ses poings. Pas une seule fois, il n'en avait perdu sa joie, bien au contraire. Caspar était un garçon particulier, aussi adorable qu'attachant. Sauf peut-être quand il s'alimentait, car sa façon de manger ressemblait davantage à une lutte acharnée qu'à un moyen de se sustenter. Son assiette débordait.
Edelgard se retourna vers Petra, mais celle-ci n'était déjà plus là. La brigiliène, à peine entrée, s'était instinctivement dirigé vers les différents plats de viande, fraichement chassée. L'Aigle de Jais soupira, avant de se voir elle aussi, attirée, par un buffet sur lequel était disposé plusieurs plat de beignets. Plus que n'importe quoi, Edelgard aimait les sucreries, particulièrement ces pâtisseries, dont le goût n'avait absolument rien à envier aux biscuits qu'elle recevait régulièrement de la capitale de l'empire. Elle en prit un premier, dont elle ne fit qu'une bouchée, avant d'en saisir un autre et de se diriger vers la porte d'entrée. Edelgard jeta un dernier regard dans l'assemblée, au cas où le professeure ne serait pas arrivé. Mais il n'y avait que des élèves, chevaliers, et cuisiniers. Elle remarqua le délégué des Cerfs, Claude, ainsi qu'Hilda, au fond de la pièce, qui paraissaient superviser, si ceci arrivaient du moins à s'accorder.
Le calme extérieur était bien plus agréable que le brouhaha qui avait commencé à s'installer au sein du réfectoire. D'autant plus qu'une mélodie, bientôt, attira ses pas. L'Adrestienne essuya d'un geste gracieux le sucre qui recouvrait encore ses lèvres, avant de rejoindre Dorothea, qui chantonnait devant les dortoirs.
« - Oh, Edie ! s'exclama-t-elle joyeusement. Tu fronces encore les sourcils ! Quelque chose ne va pas ?
- Rien de particulier, Dorothea, merci de t'en inquiéter, rassura la souveraine. N'aurais-tu pas vu le professeur ?
- Pas depuis que je l'ai vu avec Rhea, répondit malheureusement la chanteuse. Pourquoi la cherches-tu ? »
La future impératrice resta silencieuse, ne pouvant rien dire à son amie. Mais ces quelques secondes silencieusement échangées ne firent qu'attiser la curiosité de la diva, qui permettait déjà à son imagination de s'égarer.
« - Edie ! Ne me dis pas que toi, et le professeur... souriait-elle malicieusement.
- Qu- Qu'est ce que tu vas imaginer ! Tu ne peux pas avoir ce genre de pensée !
- La preuve que si, s'amusait la brune aux cheveux bouclés. On ne peut rien me cacher ! »
La meneuse des Aigles de Jais détourna la tête, un peu gênée, embarrassée, et les joues empourprées, qu'elle essayait désespérément de dissimuler. Elle était bien évidemment attachée à son professeur, bien plus qu'elle ne le devait, mais entendre de telles paroles prononcées l'avait déconcerté. Cela, et entendre son cœur taper.
« - Je vais me rendre au réfectoire avant qu'il ne reste plus rien à manger, riait de nouveau la belle.
- Alors tu devrais te dépêcher, conseilla la déléguée en rependant aux assiettes de Caspar et Raphaël.
- Je te laisse aller cavaler ! »
La brune disparut après un geste de la main, sur un soupire résigné et désespéré de la future impératrice. Cette jeune femme n'en faisait vraiment qu'à sa tête, et une fois qu'elle s'était imaginé quelque chose, plus rien ne pouvait la faire changer d'avis. Peut-être n'avait-elle pas totalement tort. Edelgard se fit silencieusement violence avant de secouer la tête. Non, Dorothea se trompait.
Bien, l'Adrestienne n'avait pas de temps à perdre, si elle voulait trouver Byleth avant la nuit tombée, dans le dédale de couloirs et de pièces qui composaient le monastère. Elle avait beau avoir plusieurs heures devant elle, elle ne savait par où commencer. Ou surtout continuer. La mercenaire n'était ni à la cathédrale, ni au réfectoire. Et elle n'allait pas retourner sur le terrain d'entraînement, car son mentor ne s'y trouverait probablement toujours pas. Après une minute de réflexion, la future impératrice prit la direction du hall de réception. Elle balaya d'abord du regard le rez-de-chaussée, avant d'aller emprunter les escaliers. Les grandes portes de la salle d'audience étaient fermées, mais il n'y avait aucune raison pour son professeur de s'y trouver ?
L'Aigle de Jais longea le couloir, tourna à droite, avant de pénétrer dans la pièce toujours très silencieuse et habituellement plus fréquentée. C'était bien un des derniers endroit où l'ancienne mercenaire aurait pu se trouver. Byleth n'avait jamais montré beaucoup d'intérêt pour la lecture. Edelgard s'avança, ses talons s'étouffant sur le grand tapis rouge qui habillait le vieux plancher. Elle fit rapidement le tour de la pièce, passa entre les tables, derrières les étagères, mais aucune mercenaire. Et celle-ci ne se cachait certainement pas derrière une pile de livres poussiéreux.
« - Vous semblez plus que pensive, votre Altesse. »
Edelgard se retourna vivement sur la voix qui venait de la surprendre. Tel un serpent, son ombre s'était glissé silencieusement derrière elle. Le magicien avait vraiment un don pour se faire discret, le parfait assassin.
« - Veuillez me pardonnez, je ne voulais pas vous faire peur.
- Vous ne m'avez pas fait peur, rétorqua la fierté d'Edelgard.
- Non, bien-sûr. Rien ne saurait surprendre son Altesse, affirma le jeune homme la main fermée sur sa poitrine. »
Jamais Hubert n'aurait osé contredire sa souveraine, du moins, pas sur un détail comme celui-ci, qui aurait pu froisser son égo. Il ne se privait cependant pas - avec beaucoup de tact et en prenant des gants - lorsqu'il s'agissait de la conseiller, tâche qui incombait aux ministres de la maison impériale. Loin de lui l'idée de vouloir se mettre à dos la souveraine qu'il admirait et respectait tant.
« - Le professeur n'est pas ici, comme vous pourrez le constater. »
Edelgard marqua une pause silencieuse sous la clairvoyance de son vassal a qui rien ne semblait jamais échapper, surtout lorsque cela la concernait. Il aurait été d'autant plus inutile de le contredire alors que la future impératrice elle-même avait exigé de lui de ne pas attenter à la sécurité de Byleth. Si Edelgard avait très rapidement accordé sa confiance en son mentor, ce n'était certainement pas le cas d'Hubert, qui lui, avait plus d'une fois fait part de ses doutes et de ses craintes.
« - Dame Edelgard, si je puis me le permettre, je reste convaincue que votre couronnement est un évènement trop important pour prendre un quelconque risque.
- J'entends ce que vous dites, Hubert, mais ma décision est prise, et je vous demande de me faire confiance.
- Et je respecterai chacune de vos décisions, tout en veillant à votre sécurité. Si vous voulez bien m'excusez. »
L'homme se prosterna devant sa souveraine avant de disparaitre presque aussi rapidement qu'il était arrivé, laissant Edelgard seule avec ses quelques pensées bousculées. Et si Hubert avait raison ? Non, ce n'était plus l'heure de douter, pas après toutes les insomnies que lui avait causé le fait de peser les pours et les contres de prendre un si gros risque. L'aigle devait impérativement trouver Byleth, et alors, il ne lui serait plus permit d'ainsi douter.
L'Adrestienne se retrouva bientôt de nouveau dans les jardins du monastère. Retour à la case départ. Elle ne savait plus où donner de la tête et avait l'impression que plus elle cherchait la mercenaire, plus elle tournait en rond. Il était bien difficile pour une personne de sa trempe de ressentir une telle frustration et un tel agacement, alors qu'elle commençait - ou plutôt continuait - de s'impatienter. Une souveraine avait bien mieux à faire que de errer de la sorte et de perdre son temps. Elle leva les yeux sur le drapeau vermeille qui ondulait sous les quelques caresses du vent, sur lequel l'aigle sombre trônait. Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ? Byleth était probablement dans la salle de classe de sa maison. Un sourire esquissa les lèvres de la déléguée avant d'instantanément s'évaporer lorsqu'elle constata que la seule chose présente ici, était cette masse informe de cheveux couleurs sapins ébouriffés. L'Aigle de Jais fronça les sourcils, contrariée, repensa à son amie Dorothea qui lui dirait sans doute que cela marquerait d'une ride ou deux son visage si parfait, avant de chasser très loin cette pensée. Elle s'approcha silencieusement de l'élève endormi, avant de se racler la gorge. Les yeux bleuets, difficilement s'ouvrirent.
« - Oh, c'est vous, votre majesté, bailla bruyamment le garçon en étirant ses bras et en levant la tête, le visage rougit par la trace d'un livre.
- Oh, est-ce là la seule chose que vous trouviez à dire ? réprimandait déjà la future impératrice.
- Ne dites rien, vous allez sans doute me dire que je ne devrais pas être ici à dormir.
- Quelle perspicacité, acquiesça la jeune femme. Votre don de clairvoyance est remarquable, ironisa-t-elle ensuite.
- J'ai passé la matinée à étudier les emblèmes, je voulais seulement me reposer. D'ailleurs, j'ai découvert une très intéressante théorie.
- Avant que vous ne poursuiviez, trouverai-je un quelconque intérêt à vous laisser jacasser plus ? le toisait presque la guerrière.
- Bien entendu, affirma le garçon.
- Et lequel ?
- Je pense que cela vous divertira.
- Je suis la future impératrice, désespérait cette dernière. Je n'ai pas besoin de divertissement.
- Cela me semble bien triste.
- Vous savez, si vous vous investissiez davantage, vous pourriez devenir un chercheur de renom.
- Pourquoi m'épuiserai-je sur quelque chose d'aussi pénible ? Je poursuis mes recherches uniquement pour moi-même, le reste du monde ne m'intéresse pas. »
Les doigts d'Edelgard trouvèrent machinalement son front lorsque celle-ci soupira. Linhardt l'épuisait, et ce n'était évidemment pas la première fois. L'héritière de l'empire trouvait bien regrettable qu'une personne avait autant de potentiel que lui se laisse aller de la sorte, et se désintéresse d'à peu près tout ce qui ne touchait pas à ses propres recherches.
« - J'ai à faire, mais ceci est mon ultime avertissement.
- Bien sûr, votre Majesté, prononça le mage blanc sans aucune conviction. Je tâcherai de me montrer plus à la hauteur de vos espérances. »
La princesse héritière savait pertinemment que cet avertissement ne serait pas aussi ultime qu'elle avait bien voulu le prétendre, et que ce paresseux aux cheveux sapin se rendormirait aussitôt qu'elle aurait quitté la salle. Mais peu importait, l'aigle était déjà dehors, et remontait en prenant la direction des dortoirs.
Ah, les portes du terrain d'entraînement étaient ouvertes. Sans s'y attarder, Edelgard jeta tout de même un œil à l'intérieur pour le constater bien vide. Son professeur n'était pas ici, ni personne d'autre d'ailleurs. La femme poursuivit son chemin en longeant les dortoirs, et passa devant la chambre de la mercenaire, restée ouverte, comme d'habitude. Ce n'était pas très prudent, pensait toujours la souveraine, mais d'un autre côté, qui risquerait à voler une personne du calibre de la bleue ? Et puis, y avait-il seulement quelque chose à voler ? Certainement pas. Byleth n'était pas très matérialiste, les seules choses dont elle ne se séparait jamais étaient sa cape et son épée.
Edelgard descendit très rapidement toute l'aile Ouest du monastère, avant de remarquer la silhouette d'une élève qu'elle appréciait particulièrement, dont la teinte de ses cheveux blancs à peine rosés n'était pas sans lui rappeler les siens. Cette couleur n'était pas sans lui rappeler les horreurs de leurs passés.
« - Bonjour, Lysithea. »
La petite Cerf d'Or se retourna sur les salutations lorsque ses yeux incarnadins vinrent rencontrer le regard parme de la future impératrice de l'empire. Cette dernière baissa presque aussitôt la tête, attirée par ce que semblait transporter la plus jeune étudiante de Garreg Mach. Ses bras débordaient de friandises, certainement plus que ce que pouvait supporter son estomac, même pour Lysithea. Edelgard connaissait parfaitement l'addiction de la jeune fille pour tous les genres de sucreries.
« - Edelgard ? appela la jeune biche sur le silence de son aîné.
- Vous comptez vraiment manger tout ça ? s'interrogeait l'Aigle de Jais.
- Pourquoi pas ? »
Comment formuler décemment un conseil sans prendre le risque de la froisser ? Edelgard n'en avait aucune idée. Même si elle ne s'embarrassait la plupart du temps pas d'un quelconque tact pour réprimander, il en était autrement avec la jeune mage qu'elle se sentait toujours obligé de sur-protéger.
« - Vous savez, des médecins ont récemment découvert une nouvelle maladie qu'ils ont nommé diabète, et qui serait sans doute liée à la surconsommation de sucreries.
- Mieux que quiconque, vous savez que je n'ai pas le temps de m'inquiéter pour ce genre de chose, Edelgard. »
Lysithea avait raison. Que répondre à ça ? L'Adrestienne soupira.
« - Je vous aurais bien prit un beignet que vous affectionnez, mais il n'y en avait déjà plus lorsque je suis arrivée. Quelqu'un a dû tous les manger. Les gens n'ont vraiment plus aucune retenue lorsqu'il s'agit de nourriture. »
L'Aigle de Jais ne savait si elle devait désespérer d'entendre ce genre de remarque prononcée sur les lèvres d'une personne qui avait un trou noir à la place de l'estomac quand il s'agissait de sucreries, ou bien se sentir coupable... Combien de beignets avait-elle mangé ? En aurait-elle prit plus que ce dont elle se souvenait ? Edelgard se sentit soudainement terriblement gênée, et cette petite attention la touchait.
« - Puisque je suis là, voulez-vous que je vous aide à les porter ? »
Les yeux parme de la déléguée fixaient la masse de sucre composée de gâteaux en tout genre, et de sucreries encore emballées.
« - Je n'ai pas besoin de votre aide, rétorqua la jeune élève bien trop fière. Mais puisque vous êtes là... »
Lysithea déchargea ses bras dans ceux de la guerrière. Les deux filles reprirent leur chemin en longeant les dortoirs. La chambre de la petite magicienne était située au sud de l'aile ouest, tout près de la serre. Celle-ci ouvra la porte de sa chambre et déposa rapidement son trésors sucré sur son bureau, puis Edelgard l'imita avant de la saluer.
« - Ah, Edelgard ! La retint la cerf. Pour vous remercier, puis-je vous offrir une tasse de thé ? »
L'Aigle de Jais hésita moins d'une minute. Pouvait-elle vraiment décliner une telle proposition ? Elle ne s'en sentait pas la force, alors qu'elle savait pertinemment que ce moment échangé serait sans doute l'un de ses derniers. Bientôt, les cerfs comme les lions deviendraient probablement ses ennemis, qu'elle devrait sans doute affronter. Une pensée bien douloureuse qu'elle devait mettre de côté. Aussi, elle s'autorisa ce moment, aussi réconfortant que peinant, le temps d'une heure, peut-être deux, peut-être plus.
« - N'oubliez pas de me donner les biscuits d'Enbarr que l'on vous fait livrer, plutôt que de les jeter. »
Edelgard sourit à cette idée, lorsque sonnait la fin de cet échange autour du thé. Bien évidemment qu'elle l'aurait fait, mais cela n'arriverait plus jamais. L'Adrestienne quitta les dortoirs, la tête aussi rempli que l'était maintenant son estomac, les deux filles ne s'étaient pas privées. Quand ils s'agissait de sucreries, plus rien ne les arrêtait.
La princesse héritière se mit de nouveau en quête de son professeur. Elle jeta un œil dans la serre, mais Byleth n'était pas réputée pour passer des heures à jardiner, cette dernière se contentait la plupart du temps de jeter vulgairement quelques graines dans la terre qu'elle ne prenait pas toujours temps d'arroser. Il fallait bien ça pour avoir de quoi offrir des fleurs à l'anniversaire de chaque élève.
Le reflet du soleil commençait à décliner sur la surface de l'étang qui brillait. En cette saison d'hiver, les rayons dorés disparaissaient prématurément sur la toile qu'ils rosaient. L'endroit était presque désert, et agréablement calme. La déléguée passa devant le ponton, sans faire attention à la garçonne aux cheveux roux qui s'emblait s'y être profondément endormi, la canne à pêche entre les mains. Elle monta les escaliers et traversa le réfectoire. Le temps d'entrer et de ressortir du vestibule, le ciel était presque devenu noir. La souveraine soupira, bien obligée d'admettre que trouver son mentor était une tâche bien plus ardue qu'elle ne lui avait parut. Elle devait se résigner, ce n'était pas aujourd'hui qu'elle pourrait lui parler. Désespérée, elle laissa ses pas la guider, avant de se retrouver, devant l'académie des officiers.
Edelgard prit un instant pour elle afin de se laisser respirer et mettre en ordre toutes ses pensées, lorsque son attention fut attirée par le bruit de l'herbe froissée.
« - Dame Edelgard ! »
L'Aigle de Jais leva les yeux et reconnu l'archer aux cheveux argentés. Sa voix se faisait pleine d'enthousiasme malgré le peu de discussions qu'ils avaient jusqu'à maintenant échangés. La future impératrice ne savait d'ailleurs même plus quand était la dernière fois qu'elle l'avait abordé, si une telle chose était déjà un jour arrivée.
« - J'aurais un service à vous demander ! »
Le garçon ne perdait pas de temps et l'héritière de l'empire leva un sourcils sur la dernière des choses qu'elle aurait pu imaginer sortir de sa bouche.
« - Bonsoir, Ashe, le salua-t-elle d'abord de toute splendeur en faisant danser ses cheveux blanc sur le mouvement de sa main. Un service ? répéta-t-elle ensuite. Cela aurait-il un quelconque lien avec l'empire ? Sans quoi, je ne pourrai répondre à votre demande.
- Vous pensez toujours à l'Empire, en premier. Vous ferez une excellente dirigeante, je suis sûr ! »
Le lionceau n'avait rien perdu de sa gaieté, même par rapport à l'attitude détachée de la future impératrice. Edelgard n'était pas habituée à ce que les autres élèves s'adressent ainsi à elle, même chez les Aigles de Jais.
« - Mais non, cela n'a pas de lien avec l'empire... reprit le garçon d'une intonation maligne. Cela concerne votre professeur ! »
L'aigle fut interpellée à la seule évocation de son mentor qu'elle avait tant cherché dans cet immense monastère. Qu'est-ce que l'archer pouvait bien lui vouloir ? Edelgard en fut toute-ouïe même si elle n'en resta pas moins impassible. Elle savait se tenir.
« - Vous voyez, vous pouvez m'aider, même si cela ne concerne pas l'empire !
- Très bien, je vous écoute, accepta la souveraine en croisant les bras sur sa poitrine et en masquant la moindre trace de curiosité qui aurait pu venir trahir son visage.
- Et bien, j'ai cherché votre professeur tout l'après-midi, mais sans la trouver... raconta le garçon dont la main vint trouver l'arrière de sa nuque recouverte de cheveux argentés. »
Et bien, ce n'était pas sans rappeler la journée que venait de passer l'Adrestienne. Elle n'était apparemment pas la seule a avoir tourné toute la journée en rond dans les méandres de Garreg-Mach.
« - Un marchand m'a dit qu'il avait une chose vitale pour elle, et je que devais le lui dire. »
Quelque chose de vital ? Les doigts d'Edelgard se resserrèrent sur ses bras. Plus le Lion de Saphir parlait, plus la souveraine s'impatientait. Ses lèvres ne semblaient pas débiter un flux assez rapide de paroles à son goût.
« - Mais je n'ai pas pu la trouver, malgré mes recherches... continua le garçon un peu gêné. »
Ses yeux pistaches croisèrent le regard vif de la jeune héritière de l'empire lorsqu'il releva la tête. Ah, celle-ci ne pouvait que parfaitement comprendre le malaise du garçon alors qu'elle même avait dû se résigner. Edelgard sentit ses muscles se relâcher lorsque ses bras retrouvèrent naturellement une position plus détendue longeant son corps.
« - Et bien, j'aimerais pouvoir vous répondre, mais j'ignore moi-même où notre professeure se trouve. »
Les doigts gantés d'un blanc albâtre de la souveraine vinrent très rapidement se positionner sur son menton tandis que son regard perçant ne quittait plus l'archer. La guerrière prit moins d'une minute pour réfléchir, lorsqu'un souvenir la percuta.
« - Mais je suppose qu'elle sera ravie d'apprendre que les livres qu'elle a fait commander sont enfin arrivés, affirma la jeune femme. »
Le jeune garçon resta bouche-bée. Peut-être ne s'attendait-il pas à ce cette chose vitale qu'il avait tant imaginé ne se révèle être des livres. Edelgard n'en savait en tout cas pas plus que lui quant à leurs contenus, et Byleth n'avait rien voulu lui dire. Les yeux du lion s'agrandirent soudain par dessus l'épaule de la guerrière. Lorsqu'elle se retourna enfin, les siens s'écarquillèrent. Etait-ce vraiment la mercenaire qui sortait maintenant du vestibule, l'air de rien ? La femme se dirigeait vers le duo. Si pour la trouver, il avait seulement fallut ne pas la chercher, Edelgard ne se serait sans doute pas donner autant de mal.
« - Professeure ! réprimandait déjà l'Aigle de Jais en croisant de nouveau les bras et fronçant les sourcils lorsque la femme s'approcha. Mais où étiez-vous donc passée ? »
L'aigle s'était tant impatientée qu'elle semblait avoir moins de retenue qu'à l'accoutumée. Elle prit une grande inspiration, essaya de se calmer. Il n'était pas digne pour une souveraine d'ainsi se comporter.
« - Avec Rhea, répondit simplement la mercenaire. »
L'âme de la déléguée aurait presque pu quitter son corps sur la réponse de son mentor. Elle s'était attendu à tout, mais pas à ça. Alors comme ça, Byleth avait passé toute la journée avec Rhea ? Une pointe de jalousie mêlée à l'amertume naquit rapidement dans l'esprit d'Edelgard, qui était soudain devenue muette. Désespérée, découragée, elle ne savait plus quoi penser. Les yeux persans l'interrogèrent silencieusement, avant de reporter leur curiosité sur l'archer, ici présent.
« - Professeur ? fit la voix plus masculine à ses côtés. Un marchand m'a dit qu'une chose vitale était arrivée pour vous... Qu'est-ce exactement ? »
Ashe n'avait rien perdu de son intérêt malgré son étonnement. Peut-être n'avait-il pas les même attentes que l'aigle concernant la mercenaire. Après tout, Edelgard avait pour rôle de mener les aigles, mais surveiller son professeur et se tenir informée de ses activités faisaient aussi partie des attributions qu'elle s'était fixée.
« - Les livres ! »
La voix de Byleth se fit étonnement expressive elle qui était d'habitude plus réservée. Son visage s'illumina avant qu'elle ne tourne le dos à ses élèves, et se précipite en direction du réfectoire, sans crier gare. L'aigle et le lion s'échangèrent un regard étonné, déconcertés, plus que surprit de cette étrange scène à laquelle ils avaient assistée, avant de se mettre à poursuivre la mercenaire. Celle-ci était rapide, ils la coursèrent à travers le mess avant de sortir sur l'étang jusqu'à finir sur le marché, complètement essoufflés. Ne pas l'avoir perdue de vie relevait presque du miracle.
Byleth s'arrêta devant un stand tenu par une étrange personne, sans doutes le dit-marchand. Il y avait encore du monde, à cette heure-ci, ce qui pouvait paraitre étonnant. Edelgard ne fréquentait que rarement cette place. La bleue ne tarda pas à revenir vers les élèves alors que l'héritière essayait toujours de reprendre son souffle, la gorge sèche et les joues bien rosées. Elle déposa rapidement dans les bras de celle-ci une pile de bouquins sans s'enquérir de son état, avant d'en faire tout au tant avec le garçon aux cheveux argentés, qui ne savait même plus articuler. L'instructrice des Aigles de Jais était vraiment sans pitié.
« - P- Professeure... haletait encore Edelgard. Qu'est-ce donc que ceci ? »
La mercenaire leva un sourcils sur la jeune fille, comme ci la réponse paraissait aussi claire que pouvait l'être le ciel crépusculaire.
« - Le prochain chapitre du programme, répondit simplement la grande. »
La future impératrice osa enfin baisser les yeux sur les livres vulgairement empilés, avant de froncer le regard et d'étirer ses lèvres sur un rictus d'agacement.
« - Comment confectionner une cape... souffla l'Adrestienne exaspérée.
- C'est important d'avoir une cape lors des batailles, affirma naturellement la bleue. C'est vital. »
Edelgard interrogea silencieusement son professeur, comme pour s'assurer de son sérieux. Celle-ci semblait ridiculement convaincue. La souveraine soupira, désespérée, avant d'oser un regard vers le lionceau.
Elle n'osait imaginer ce qu'il pouvait maintenant penser.
