Hermione retint un soupir de soulagement lorsqu'ils arrivèrent au square Grimmaud. Le maléfice d'intrusion mis en place par l'ordre les firent sursauter, mais c'est avec un esprit d'initiative qu'Hermione mit aussitôt en place des protections magiques s'il était possible d'en ajouter encore. Pendant ce temps, Ron et Harry fouillaient la maison, et Hermione les sentait découragés. Elle-même n'avait pas le moral très vaillant, mais tenait à afficher une façade heureuse pour ne pas contribuer au spleen général. Ils ne savaient pas si tout le monde avait pu s'échapper à temps, et n'avaient aucune nouvelles de l'Ordre de façon générale. Bien sûr, ils connaissaient leur mission, mais c'était si difficile de ne pas céder au défaitisme au vu du peu d'indices donnés par Dumbledore !
- Quelle maison sinistre, grommela Ron en inspectant les livres défraîchis dans la bibliothèque branlante du salon.
- Elle n'est pas censée être habitée, répondit Hermione doctement.
- Je croyais qu'ils faisaient des réunions ici, parfois, contra Ron.
- C'est exceptionnel, fit-elle remarquer.
- Alors il n'y a aucun moyen d'entrer en contact avec l'Ordre ? Fit Ron dans une question rhétorique.
- Tu sais bien que non, murmura Hermione d'un ton qui se voulait compatissant. Mais ils doivent se douter que nous avons pensé à ce refuge, ajouta-t-elle pour le tranquilliser, bien qu'elle n'en soit pas totalement sûre.
Un cri se fit entendre à l'étage, et les deux adolescents sursautèrent ils virent arriver Harry, tenant un elfe de maison particulièrement repoussant par l'oreille.
- Lâche-le, Harry, tu lui fais mal ! S'écria-t-elle alors qu'Harry grimaçait.
- Il m'a insulté, et nous espionnait, renchérit-il en lançant un regard mauvais à la créature.
- Cette maison ne vous appartient pas, cracha l'elfe dans un couinement furieux.
- Comment tu t'appelles ? Dit Hermione en s'agenouillant devant lui.
- Kreattur garde la maison des maîtres et la protège contre les mauvais sorciers, siffla-t-il.
- Nous sommes des amis de Sirius, tout va bien, tenta Hermione pour l'apaiser.
Cette phrase ne fit qu'aggraver l'attitude insultant de l'elfe, et il se détacha d'Harry avec force.
- Sale sang-de-bourbe, jeta-t-il au visage d'Hermione qui recula, blessée.
En un éclair, Ron bondit sur la créature et l'empoigna par le cou, exerçant une pression.
- Ne redis plus jamais ça, espèce de pourriture, le menaça-t-il.
- C'est bon, fit Hermione avec un ton las.
- Tu es l'elfe de Bellatrix ? Ou Narcissa ? Demanda Harry.
- Mon cher maître serait scandalisé de voir ces impurs dans sa maison, grogna l'elfe.
- Tu es l'elfe de Régulus, devina Hermione, rougissant sous le regard admiratif de Ron.
- Régulus… Black ? Il avait un deuxième prénom ? Demanda Ron, soudain concentré.
L'enthousiasme provoqué par la découverte de Ron eut tôt fait de redescendre lorsqu'ils s'aperçurent qu'ils n'étaient pas davantage avancés. Kreattur se barricadait dans son placard et refusait tout contact avec eux, et Hermione interdisait aux deux garçons de menacer l'elfe. De fait, ils bouillaient d'impatience, et cela n'arrangeait en rien la morosité qui s'était à nouveau emparée du Trio.
Un jour qu'Hermione lisait et relisait les contes de Beedle Le Barde, à demi allongée près du feu, elle eut la surprise d'entendre un plop de transplanage, sans cependant que le piège mis en place ne se déclenche. Elle hésita à appeler Harry et Ron, mais préféra le silence. Brandissant sa baguette, cachée derrière la porte, elle ressentit une sensation paradoxale : un immense soulagement à la vue de son professeur de potions.
- Tiens donc ! Que faites-vous ici ? Demanda froidement Rogue, ne pouvant réprimer un haussement de sourcil.
- C'est une longue histoire, se justifia à peine Hermione, ne sachant quelle attitude adopter. Harry ! Ron ! S'écria-t-elle, détournant le regard de Rogue.
Des bruits de pas se firent entendre et les deux garçons se figèrent en bas des escaliers.
- Quel plaisir, professeur, grinça Harry qui ne lui faisait toujours pas confiance.
- De même, croyez-le bien Potter, répondit iniquement Rogue. Vous êtes conscients que l'on vous cherche partout ? Dit-il dans une question rhétorique qui fit se tortiller Hermione.
- Notre mission ne concerne pas l'Ordre, répondit rapidement Harry d'un ton qui se voulait sans appel.
- Voyez-vous cela, siffla le professeur d'un ton mécontent. Alors même que l'Ordre a pour premier objectif votre sécurité, Mr Potter ? Ajouta-t-il dans une tentative de culpabilisation qui, Hermione le savait, eut un impact sur Harry.
- Je suis désolée, nia Harry. Le professeur Dumbledore m'a confié cette mission, je ne peux y déroger, expliqua-t-il, espérant que le nom du barbu ferait reculer Rogue.
- Quand il dit Je, c'est Nous, précisa Ron en échangeant un regard de connivence avec Hermione.
- Je ne suis pas certain que votre chère maman se range à cette opinion, renchérit Rogue en insistant si fort sur le mot « maman » que Ron ne put s'empêcher de rougir.
- Assez, décida Hermione. Nous continuerons cette mission, que l'Ordre le veuille ou non, déclara-t-elle en se postant devant Rogue, bras croisés.
- Vous n'êtes qu'une tripotée de petits prétentieux qui se pensent capable de mettre un terme à cette guerre, murmura Rogue. Je ne suis même pas étonné que Dumbledore ait eu l'audace de vous confier un poids aussi lourd, ajouta-t-il en époussetant sa cape.
- Est-ce que vous partagerez notre location avec les membres de l'Ordre ? Demanda Ron à brûle-pourpoint, pour changer de sujet avant de s'énerver.
- Evidemment, répondit Rogue dédaigneusement. La maison n'étant pas surveillée, certains pourront venir ici, j'imagine, afin de vous aider, compléta-t-il. Comptez-vous rester longtemps ? S'enquit-il.
- Nous avons un plan qui devrait bientôt être mis en place, mais pas avant au moins une semaine, répondit Harry en regardant Ron et l'espoir qui s'était infiltré dans ses yeux.
- Un plan merveilleusement fiable, bien sûr, fit Rogue avec ironie. De quoi avez-vous besoin exactement ? Demanda-t-il en regardant Hermione, comme si seule elle pouvait répondre.
- Nous aimerions disposer de euh, quelques-uns de vos ingrédients, dont certains assez rares, et de quelques gallions, dit-elle pour atténuer le poids de la première partie de la phrase.
Heureusement qu'il est là, même s'il va certainement s'en offusquer, songea-t-elle. Trouver les ingrédients pour le polynectar était toujours problématique au vu de la complexité de la potion.
- Mais bien sûr, tout ce que vous voudrez, après tout ce n'est pas la première fois, dit-il d'une voix doucereuse.
- Merci, s'empressa de dire Ron pour couper court au débat.
Rogue lui lança un regard noir et se retourna vers la porte.
- Certains membres devraient débarquer sous peu, en attendant ne sortez pas, et n'annulez aucune de mes protections, imposa-t-il avec un ton qui ne laissait rien répondre.
- Mais-
Ron fut interrompu par un mouvement de tête de Rogue vers un sac de course qu'il avait dû déposer depuis son arrivée.
- Vous saviez qu'on serait là ? S'enquit Harry.
- Non, répondit Rogue d'un ton agacé.
- On aurait besoin de véritasérum, aussi, ajouta Harry avec des yeux suppliants malgré lui.
- Rien que ça, commenta Rogue avec un ton dubitatif.
Non, Harry, réfuta Hermione, comprenant qu'il voulait faire parler Kreattur de force.
- Je n'aurais pas cru cela digne de Gryffondors, se moqua Rogue. Qui voulez-vous interroger ? Demanda-t-il, le regard à nouveau sérieux.
- Un elfe de maison qui appartient aux Black, se justifia Ron, conscient du ridicule de sa réponse.
- Ah, celui qui se cache ici ? Comprit Rogue. Il n'est pas très sain d'esprit, je crains qu'il ne s'agisse d'une perte de temps. De plus cette potion n'est pas destinée aux créatures, et encore moins à celles de petite taille. Vous pourriez le tuer, si ce n'est le rendre très malade, détailla Rogue avec réprobation.
- C'est hors de question, de toutes façons, trancha Hermione et les deux garçons levèrent les yeux au ciel, agacés.
- Ces elfes sont menus et très puissants en même temps, ils ne sont pas faciles à manipuler, alors je ne vous conseille de tenter aucun sort ou cela pourrait se retourner contre vous. Et qu'est-ce que…Qu'importe, grommela Rogue en se retournant dans un envol de cape, transplanant silencieusement.
Ils restèrent silencieux une seconde, puis Ron se dirigea vers les produits.
- Du saumon d'Ecosse et du vin blanc ?! Rogue est un fin gourmet, fit-il avec un grand sourire.
Hermione ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, mais son enthousiasme était contagieux et elle finit par s'approcher du sac, tout comme Harry. Leurs problèmes s'envolèrent pendant le temps du repas, mais lorsqu'ils eurent terminés, l'attente reprit, encore plus longue qu'avant : à présent, ils se demandaient qui allait venir, et surtout, quand.
Un jour qu'ils étaient occupés à réciter les étapes de la potion Polynectar-Hermione tenait à ce qu'ils connaissent par cœur chaque étape, afin qu'aucune erreur ne puisse être commise, un plop se fit entendre et Harry et Ron se dressèrent aussitôt, à l'affût. En voyant débarquer trois visiteurs roux, les sourires se firent très larges.
Arthur, Ginny et Charlie se tenaient là, Ginny réprimant un haut-le-cœur et Arthur époussetant sa veste couverte de suie. Les embrassades furent joyeuses. Ginny et Harry s'isolèrent un peu sur le canapé au fond de la pièce, et Arthur et Ron s'étreignirent.
- J'ai dû faire pas mal de concessions pour empêcher ta mère de venir, s'écria Arthur en ébouriffant son fils, et tout le monde éclata de rire.
- C'est bien que vous soyez là, répondit Ron. J'avais peur que ce soit Rogue à nouveau-surtout qu'on a pratiquement mangé toutes ses provisions, ajouta-t-il d'un air coupable.
Charlie se tourna vers Hermione, et sans se concerter, ils déambulèrent quelques instants.
- Je suis venu pour vous aider avec Kreattur, expliqua-t-il avec ce sourire qu'elle connaissait maintenant plutôt bien.
- Oui, oui, c'est une très bonne idée, réagit-elle avec enthousiasme.
Elle avait pensé à lui en premier, et était contente que l'Ordre soit arrivé à la même conclusion. Il agira certainement de manière plus constructive que Ronald, songea-t-elle en repensant à Ron qui étranglait Kreattur.
- Il faudra m'expliquer comment….vous vous êtes débrouillés pour avoir un problème d'elfe de maison, commenta-t-il avec nonchalance.
Hermione apprécia la délicatesse qu'il eut plutôt que de répéter à quel point tous s'étaient faits du souci pour eux. Elle sentit tout de même le besoin de se justifier.
- On a dû partir en vitesse, on ne peut en parler à personne, pas même Kingsley, dit-elle avec un petit rire amer.
- Vous avez toujours joué un rôle privilégié à Poudlard, non ? J'ai fini par comprendre ce qui s'était passé chaque année, mais ça ne doit pas être simple pour Harry, compatit simplement Charlie en observant la tapisserie murale qui s'effritait.
- Même à moi, ça me paraît incroyable, murmura Hermione.
Elle ne pouvait pas vraiment faire étalage de ses doutes devant Harry et Ron ils étaient tous trois dans la même situation. C'est agréable de pouvoir parler à quelqu'un qui n'est pas directement impliqué, songea-t-elle. Il se tut, la laissant trouver ses mots tandis qu'ils montaient à l'étage voir Kreattur. Hermione ouvrit la chambre de Sirius, et se laissa tomber sur le lit.
- Quitter le mariage alors qu'on ne savait pas si quelqu'un avait été blessé, ça a été affreux, confessa-t-elle en repliant ses genoux sous elle. Et puis, continua-t-elle d'une traite, à peine avait-on débarqué à Londres, que le premier café dans lequel on s'est arrêté se trouvait infesté par deux mangemorts, dont Dolohov, un des pires, ajouta-t-elle en frissonnant en repensant aux yeux fixes de Dolohov, pétrifié. On a réussi à s'en tirer de justesse, fit-elle remarquer.
- C'est pas vrai, jura Charlie, ses yeux s'assombrissant.
- Une fois qu'on est arrivés ici, reprit Hermione tout aussi vite, il y a eu cette attente, ces rébus indéchiffrables de Dumbledore, et l'élaboration d'un plan, et Kreattur qui détient peut-être une information capitale, et qui ne parle pas, résuma-t-elle rapidement, des intonations désespérées dans la voix. Et bien sûr tout ça n'aide pas à garder le moral, Harry a déjà tant de chagrin, et Ron, eh bien Ron….
Sa voix se perdit, misérable, mais Charlie perçut l'énervement qui perçait.
- Oui, Ron, confirma-t-il la regardant, les yeux pétillants. Tu sais qu'un jour où l'on faisait une randonnée en famille au Loch Loven, et que papa s'était encore perdu-il utilisait une boussole, cet objet moldu assez complexe si l'on ne sait pas le faire marcher-, on a bien cru qu'on allait passer la nuit dans le sous-bois à manger de maigres champignons, mais il était si énervé qu'il nous a quitté au beau milieu de la soirée. On l'a retrouvé le lendemain, chez une grand-mère qui lui faisait avaler une ration semainière de pancakes, tout heureux, soupira Charlie avec tant de consternation qu'Hermione ne put s'empêcher de rire.
La tension et la fatigue qui la tenaillait depuis trois semaines éclatèrent en même temps que son rire, et elle mit un peu de temps à retrouver son souffle. Impossible de dire, même pour elle, si elle pleurait ou riait.
- J'avoue avoir été jaloux, sur ce coup-là, ajouta Charlie, et Hermione leva les yeux au ciel.
- Merci, Charlie, le remercia pudiquement Hermione en détournant la tête.
Un petit silence s'établit, mais aucun des deux ne le ressentit comme gênant. Ils étaient tous deux assis sur le petit lit inconfortable, et la haute stature de Charlie ainsi que la paix qui émanait de lui acheva de tranquilliser Hermione.
La porte qui n'était pas fermée s'ouvrit brusquement sur Harry, qui les regarda l'un après l'autre.
- Tu pleures, Hermione ? La questionna-t-il doucement, étonné.
- Non, non, fit rapidement celle-ci en souriant franchement. Nous devrions aller voir Kreattur, ajouta-t-elle en se levant, suivie par Charlie.
Harry ne fit aucun commentaire et les suivit. Ils arrivèrent au fameux placard, d'où on pouvait entendre des grognements peu aimables. Charlie toqua doucement et une insulte indistincte leur parvint.
- Il a l'air aimable, fit remarquer Charlie avec une voix sarcastique. Vous devriez peut-être nous laisser, ajouta-t-il à l'intention d'Harry et Hermione.
Harry, bien content, s'éloigna, tandis qu'Hermione traînait des pieds. Elle aurait aimé savoir comment il allait s'y prendre. Ils rejoignirent Ron, Arthur et Ginny dans la cuisine.
- Une fois que Charlie a terminé, je pense qu'on s'en ira, prévint doucement Arthur.
Harry détourna la tête, le regard triste. Ron ne répondit rien, les yeux rivés au plancher.
- Avez-vous la pharmacopée du professeur Rogue ? Demanda Hermione.
- Il nous a donné ça, fit-il en leur tendant une banane en cuir remplie de petites fioles.
Hermione scruta les étiquettes, et remarqua qu'il n'y avait quasiment que des ingrédients nécessaires à la potion de polynectar. Comment l'a-t-il su ? J'espère qu'il ne se doute de rien de précis…Se dit-elle, curieuse. Elle tria les ingrédients en fonction des étapes, et observa ceux qui restaient. De la valériane ? Potion de sommeil, comprit-elle. De la jacinthe en poudre et de l'achillée ? Potion calme-nerfs, en déduisit-elle. Quel à-propos, ne put-elle s'empêcher de remarquer.
Ron, Hermione et Arthur restèrent autour de la table à deviser tranquillement, quand un bruit provenant des escaliers se fit entendre. Hermione leva immédiatement la tête.
- Je crois qu'il sera plus coopératif maintenant, mais peut-être devriez-vous l'interroger tout de suite, dit Charlie en portant Kreattur dans ses bras.
Etrangement, l'elfe semblait sourire, et cette vision fut étrange pour tous.
- Que lui as-tu fait ? Demanda Hermione avec curiosité, convaincue qu'il ne lui aurait fait aucun mal.
- Une méthode apprise il y a longtemps, et que je n'avais jamais testée, mais plutôt efficace, révéla Charlie. Vous voyez l'espace entre ses ailes de nez ? Il faut masser cet endroit précis, et c'est comme s'il ronronnait, conclut-il. L'effet cesse au bout d'une heure ou deux, précisa-t-il.
- Comment est-ce que tu te souviens d'un truc pareil ? Demanda Ron, ébahi.
- Aucune idée, répondit Charlie avec désinvolture.
- Très bien, Ron, viens, et Harry… Viens, s'il te plaît, dit-elle à contre-cœur, le voyant se détacher de Ginny.
Charlie déposa l'elfe dans la cuisine avec une grande douceur, et ferma délicatement la porte derrière lui. Ils posèrent les questions nécessaires à l'elfe, qui leur apprirent que le médaillon de Régulus avait été volé par Mondigus cela ne fit que renforcer leur détermination à aller le chercher au Ministère.
- Combien de fois par jour est-ce que ça marche, cette astuce ? S'enquit innocemment Ron tandis qu'Hermione le foudroyait du regard.
- Il est aussi intelligent qu'un homme, ou qu'une femme, répondit Charlie avec un regard en coin vers Hermione. Alors contentez-vous de lui expliquer la situation et il devrait comprendre vos motivations, et donc, être moins exécrable, conclut-il.
- J'aurais pu lire ça dans Sorcière-Hebdo, grogna Ron.
- Merci, Charlie, reprit Hermione, reconnaissante.
- Il est déjà huit heures, dit soudain Harry. Restez dîner, proposa-t-il sobrement.
Ginny consulta son père du regard avec supplice, et celui-ci finit par acquiescer. Harry et Ginny s'éclipsèrent, trop heureux.
- Ce n'est pas eux qui feront la cuisine, on dirait, commenta Arthur.
- Je m'en occupe, répondit Hermione avec naturel.
Elle se sentait plus légère, avec des réponses à ses questions.
- Je t'aide, proposa Charlie en la suivant.
Ron et son père se mirent à jouer aux échecs, et Hermione et Charlie entrèrent dans la cuisine.
- Ça ira, Kreattur, nous ferons le repas ce soir, dit-elle en direction de l'elfe qui fronça les sourcils.
- Les relations devraient s'améliorer sous peu, diagnostiqua Charlie en ouvrant le frigidaire.
- Espérons, soupira Hermione. On a plus grand-chose, il est temps qu'on parte, déduisit-elle à la vue du frigo vide.
- Du vin ? S'étonna Charlie en voyant la bouteille à moitié consommée.
- Oui, euh, c'est un cadeau de Rogue, répondit Hermione dans un rire.
Il disparut au salon, et revint avec deux verres à pied joliment ouvragés.
- Autant qu'on profite du mobilier de cette étrange baraque, proposa-t-il en lui tendant un verre.
Elle allait refuser-elle ne buvait que très peu-, mais la galanterie de Charlie lui fit chaud au cœur. Elle l'observa quelques instants, et trouva étrange d'être seule en sa présence, dans cette grande cuisine froide. Cependant, elle passait un bon moment elle saisit le verre et le choqua contre le sien.
- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Charlie avec des yeux ronds.
- Oh, c'est une coutume moldue, pour célébrer quelque chose… Enfin, disons, célébrer un moment… Je ne sais pas vraiment, conclut-elle en plongeant le nez dans son verre.
- C'est agréable de te voir hésiter sur quelque chose, commenta-t-il, amusé.
- Tu me trouves prétentieuse ? S'enquit-elle en regardant le liquide pâle.
- Non, répondit-il d'une voix si assurée qu'elle le crut immédiatement. C'est juste que tu as l'air de tout gérer pour vous trois, et que ça doit être épuisant, expliqua-t-il.
- Je sais que je peux compter sur eux sans la moindre hésitation, contra-t-elle.
- Ah oui ? Je me demande bien si mon frère pourrait cuisiner quelque chose de mangeable, lança-t-il et elle haussa les épaules, un rire dans la gorge.
- Je préfère éviter de gaspiller les ressources, se justifia-t-elle. Et puis si c'est ça, qu'est-ce que tu peux bien savoir cuisiner toi ? Reprit-elle immédiatement.
Il se fit la réflexion qu'il appréciait sa vivacité d'esprit.
- Très bien, très bien, je relève le défi, dit-il en fouillant les placards.
- Je plaisantais, ajouta Hermione en se mordant la lèvre.
- Ils doivent être fatigué de tes plats, laisse-les m'insulter ce soir, décida-t-il en sortant des pâtes, un bocal de sauce tomate, des champignons, du fromage et des pois-chiches de seconde fraîcheur.
- Je les ai fait tremper depuis ce matin, précisa-t-elle.
- Quelle prévenance, railla Charlie.
Il ouvrit les sachets, alluma le feu, et Hermione le regarda faire, agréablement surprise de sa maîtrise bien qu'il n'y ait là rien de compliqué. Personne ne lui posait de questions sur comment cuire ceci, quand le repas serait prêt, ou si l'on pouvait manger des légumes sans les nettoyer, et c'est sacrément agréable, se dit-elle.
- Je cuisine, tu bois, c'est ça le deal ? S'exclama Charlie, hilare.
Elle fronça le nez de gêne et rougit légèrement.
- Je n'ai rien à faire, s'écria-t-elle. Je peux peut-être m'occuper de la sauce-
- Tu te contentes de boire, lui ordonna-t-il en la repoussant d'une main puissante.
Elle faillit regimber, puis se laissa faire. Elle prit le temps de regarder autour d'elle.
- Tu cuisines, dans ton camp, ou vous mangez de la viande crue comme vos dragons ? S'enquit-elle, d'humeur taquine.
- Parfois, répondit très sérieusement Charlie. Sel, poivre et le repas des gars est fait, dit-il. Au début ça fait bizarre de manger des entrecôtes sans cuisson, comme ça, mais à la longue, les dents et l'estomac s'y font, détailla-t-il.
- Tu plaisantes, paria Hermione, incertaine.
- On a besoin d'énergie, tu sais, et les dragons nous respectant davantage quand ils sentent qu'on a mangé de la viande, comme s'ils nous identifiaient comme des animaux de la même race, compléta-t-il.
Elle haussa les sourcils. Je ne sais jamais lorsqu'il qu'il plaisante ou pas, réalisa-t-elle.
- A la longue, cela doit te rendre malade, réfléchit-elle. Le corps humain n'est pas-
- Oui, je me fiche de toi, compléta-t-il d'un ton si tranquille qu'elle eut envie de le frapper sur l'épaule, là, comme ça, fort.
- Je vous hais, Weasleys, affirma-t-elle avec tant de conviction qu'il éclata de rire.
Il vit son verre vide et la resservit d'autorité, malgré ses protestations.
- Tu as besoin de te détendre, déclara-t-il d'un ton qui n'admettait pas de réplique.
- Tu ne devrais pas retirer les pâtes si tôt, c'est-
- Mais quelle mégère ! Je les cuis de façon Al Dente, c'est-à-dire la façon dont tout paquet de spaghetti devrait être cuit ! Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans l'injonction « détends-toi » ? S'exclama Charlie si fort qu'elle rougit, se renfrognant.
Elle s'écarta, songeant qu'il était encore plus impressionnant lorsqu'il se départissait de son calme. Je n'aimerais pas être un de ses dragons désobéissants, songea-t-elle bêtement.
- Désolée, s'excusa-t-elle. C'est juste que… On a bien un plan, mais même à moi il me paraît fou, murmura-t-elle, exprimant ses craintes à voix haute.
- Evidemment, fit Charlie en souriant. Mais tu as tout de même confiance, sinon tu n'aurais jamais accepté ça, devina-t-il.
- J'imagine. Je crois, rectifia-t-elle devant son air dubitatif. Est-ce que tu vas rester un peu dans l'Ordre ou repartir en Roumanie bientôt ? Demanda-t-elle pour changer de sujet.
- Je repars dans trois jours, révéla-t-il. Je dois nouer des contacts là-bas, pour aider l'Ordre, ajouta-t-il, et ils échangèrent un regard soucieux.
- Sorciers ? Demanda-t-elle, curieuse.
- Sorciers, quelques vampires, voire une cavalerie ailée ? Fit-il avec un sourire.
- Une… ? Ce serait génial, avoua-t-elle. Traiter avec des vampires ? Reprit-elle immédiatement, les sourcils froncés.
- Oui, ça sera toujours moins dangereux que vous, soupira Charlie.
- J'imagine que tu connais le manuel de connaissance des races obscures ? Il est assez complet sur les vampires, et devrait pouvoir t'aider à t'équiper, commença-t-elle, concentrée. Parce qu'ils sont-
- Ça ira, coupa-t-il, son éternel sourire aux lèvres, qui agaça Hermione cette fois.
- C'est important, essaya-t-elle doucement, consciente qu'elle n'avait pas de conduite à dicter à quelqu'un qui avait sept ans de plus qu'elle.
- Ne prends pas tout ton entourage pour des gamins ayant cinq ans d'âge mental, fit-il avec bonhomie. J'ai déjà traité avec eux, et j'aurai un pieu en argent sur moi au cas où, ajouta-t-il avec flegme.
Elle comprit clairement qu'il se moquait d'elle et se contenta de lever les yeux au ciel, vexée qu'il ne la prenne pas au sérieux.
- Bon allez, c'est prêt, déclara Charlie en emmenant le plat au salon.
Ils dinèrent en essayant de dissiper le silence angoissé qui s'était installé, mais ce fut peine perdue pour Ginny et Harry. Alors que les visiteurs enfilaient leurs manteaux, Ginny explosa.
- Laisse-moi rester avec eux, dit-elle à son père d'un ton qui se voulait autoritaire.
- Je t'avais demandé d'être raisonnable, soupira Arthur.
- Je ne veux pas que tu viennes, décréta Harry avec implacabilité.
- Surtout pas, renchérit Ron.
- Ne soyez pas enfantins, vous avez besoin de renfort, tenta Ginny en regardant Harry.
- Non, trancha Harry en essayant de ne pas flancher. Vas-y, ajouta-t-il en se retournant, disparaissant dans l'escalier.
Charlie la prit fermement dans ses bras, l'empêchant de bouger, tandis qu'ils s'apprêtaient à transplaner. Hermione fit un signe de tête reconnaissant à Charlie, et celui-ci eut juste le temps de dire avec une ironie affectueuse :
- Fais attention à ma veste !
Une seconde plus tard ils avaient transplané, et Ron se tourna vers elle, médusé.
- C'est quoi cette histoire de veste ? S'enquit-il, étonné.
- Rien d'important, répondit-elle vaguement en lui tournant le dos, allant rejoindre Harry.
Il n'avait pas besoin de savoir, c'était si peu. Et puis, elle n'avait vraiment aucune envie d'en parler, bizarrement. Toute la gaîté qu'elle avait éprouvé depuis l'arrivée de leurs proches s'était estompée avec leur départ, et le vin n'agissait plus. Elle ferma les yeux, ruminant sa déception, le sourire chaleureux de Charlie dansant devant ses yeux.
