- Harry, enlève ce médaillon, dit doucement Hermione en posant une main amicale sur son épaule.

- Il reste encore deux heures et demie avant de le donner à Ron, refusa-t-il tout net.

Il se leva, chassant la main d'Hermione dans un geste brusque qu'il regretta aussitôt, mais celle-ci regardait déjà quelque chose d'autre. Ron, en train de les fixer, d'un air incrédule.

- Arrête ça, ordonna-t-elle en l'observant à son tour, d'un ton autoritaire.

Plus les jours passaient, et plus le comportement de Ron l'agaçait. L'aspect taciturne et angoissé d'Harry n'était pas simple à gérer, mais la jalousie de Ron l'insupportait de manière telle qu'elle ne pouvait pas mettre de mots dessus. Il n'a pas le droit d'être jaloux, songea-t-elle. Après tout, il n'essayait même pas de profiter de leurs tête-à-tête quand Harry était de garde : il se contentait de bouder, et de geindre. Ce n'est pas comme s'il essayait d'orienter la conversation sur un sujet intéressant, pensa-t-elle avec rage. Ou bien qu'il tentait de résoudre ces foutues énigmes, ajouta-t-elle mentalement.

A bien y réfléchir, Harry ne se montrait pas davantage productif. Mais Hermione le sentait rongé par la culpabilité de mettre en danger tous ses proches, et surtout Ginny sans qu'il eut besoin de le dire, elle sentait que la sœur de Ron avait pris une grande place dans la vie d'Harry. Les deux garçons auraient pu partager cette inquiétude, mais Ron acceptait toujours difficilement leur rapprochement c'était un sujet tabou.

Entre les conversations dangereuses, le froid, la faim, l'angoisse et la peur, Hermione se sentait étrangement seule, bien qu'elle fût entourée de ses deux meilleurs amis. Elle partit s'installer dans la tente, aussi confortablement que possible, consciente que rester près d'Harry signifiait subir l'influence de l'horcruxe. Emmitouflée dans la couverture de pilou qu'elle avait pris en pensant à ce genre d'occasions, elle s'exhorta à penser à quelque chose de plus positif. La dernière fois qu'elle avait ri de bon cœur. C'était il y a une semaine, quand Harry avait brûlé la truite qu'il avait pêché, en la faisant involontairement sauter dans le feu. C'avait été un repas gâché, mais le rire qu'ils avaient partagé tous les trois avait largement compensé. Elle revit le visage d'Harry, et son rictus amusé, le grand sourire de Ron. Dans ces moments-là, je l'adore, songea-t-elle. Quel dommage qu'il ait un caractère si pesant, ajouta-t-elle mentalement, ne pouvant s'empêcher de voir le côté sombre. Allez ma vieille, on a dit positif, s'encouragea-t-elle, resserrant les pans de la couverture sur elle.

Elle se leva, et se déplaça jusqu'à l'amas de livre qu'elle avait pompeusement appelé « bibliothèque de secours ». Mille et une potions de survie…Non…Biographie exhaustive du fondateur du Tournoi magique…Je l'ai lu trop récemment…Etrangetés du monde magique…Allez, va pour celui-ci, songea-t-elle avec gourmandise, soulevant l'ouvrage. Elle chercha la table des matières, et se mit en quête d'un chapitre intéressant. « Sorciers et cannibalisme » attira son attention. Il y était fait mention des cas de cannibalisme involontaire, lorsque des sorciers avaient réussi à transformer de la chair humaine en nourriture comestible, mais qui avaient été tout de même sanctionnés par le Magenmagot. Le terme « mangemort » y trouverait-il son origine ? Se demanda-t-elle, confuse. Elle tourna délicatement la page, mais n'y trouva pas davantage de réponse. Le livre doit être trop vieux pour ça, songea-t-elle amèrement. Oh, voici le chapitre sur les vampires, constata-t-elle. Binns nous avait interrogés dessus, je me souviens de pratiquement tout, se dit-elle en parcourant les pages. Je me demande comment Charlie s'en sort, pensa-t-elle en fermant les yeux. Je comprends la nécessité de les contacter, mais c'est si peu prudent, c'est à quelqu'un comme Rogue qu'on devrait confier ce genre de choses. Quelqu'un d'expérimenté avec les forces du mal, s'obligea-t-elle à développer sa pensée. L'Ordre lui confiance, arrête un peu, se morigéna-t-elle. Enfin, Dumbledore n'a pas hésité à confier cette tâche quasiment impossible à Harry, alors qu'est-ce que ça veut dire, songea-t-elle avec déception. Se sentant bizarrement frustrée, elle se tourna sur le côté. Je me demande pourquoi Ron ne parle jamais de Charlie, s'interrogea-t-elle. Il évoque souvent Georges et Fred bien sûr, Percy pour le critiquer, et Bill pour son passé à Poudlard, mais Charlie ? Ils ne doivent pas être proches, réalisa-t-elle. Mais de qui Charlie peut-il bien être proche, alors ? Je l'ai si peu vu…Impossible à dire, songea-t-elle, agacée de ne pas avoir de réponse à ses questions. Il a l'air tellement indépendant, sa nonchalance lui viendrait-elle de ses dragons ? A force de fréquenter le danger ? Ou bien est-ce qu'il a appris à se débrouiller seul très tôt ? Est-ce que c'est dans son caractère ? Il a l'air complètement détaché de tous ces évènements, comme si rien ne l'atteignait, mais c'est faux, il m'a posé des questions, se dit-elle en essayant de recouper les pièces du puzzle. Enfin, il essayait peut-être simplement d'être gentil avec moi, et rien de plus, réfuta-t-elle tout de suite. Je n'arrive pas à comprendre ce type, saisit-elle brusquement, et cela lui déplut : psychologiquement, elle pouvait se targuer de comprendre un peu son entourage.

Elle se leva, maudissant son incapacité à trouver le sommeil. La nuit était tombée, et les garçons semblaient avoir abandonné l'idée d'un dîner puisque personne n'était venu la trouver en se tenant les entrailles. Elle croisa Ron qui rentrait dans la tente.

- Ça va, coupa-t-il directement en la voyant, alors qu'elle n'avait rien dit.

Haussant les épaules, ne s'étonnant même plus de ses sautes d'humeur, elle rejoignit Harry.

- Tu viens de lui remettre le médaillon ? Demanda-t-elle en se postant à côté de lui.

- Ouais, confirma Harry. Ça promet, ajouta-t-il avec un pauvre sourire.

- Je suis désolée, souffla-t-elle.

- Tu n'es pas en cause, Hermione, posa Harry avec un petit rire incrédule. Tu n'as pas à prendre sur toi à chaque fois qu'il est exaspérant, détailla-t-il en la contemplant.

- Je sais, réfuta-t-elle vigoureusement. C'est juste qu'il n'a pas l'habitude d'être séparé de sa famille et de les savoir en danger, dit-elle sans trop savoir pourquoi.

- Et bien sûr, personne d'autre n'a de raisons de se sentir mal, après tout, il n'y a que lui qui a une famille en danger, grinça Harry avec une ironie qui blessa Hermione.

- Tu as peur pour Ginny, décréta Hermione en orientant la conversation sur un autre sujet.

- Bien sûr que j'ai peur pour elle, et le mot est faible, constata Harry avec amertume. Il ne s'imagine pas que je puisse tenir à elle… et m'inquiéter autant que lui à son sujet, ajouta-t-il, serrant les dents.

- Vous avez une relation profonde pour un couple qui s'est peu vu cette année, observa la brune avec un ton où perçait de la surprise.

Harry se détourna un instant, passa un bras dans son dos, et son regard se perdit dans les bois, concentré. Comme il a l'air de l'aimer, songea-t-elle avec un filet d'envie qui la surprit elle-même. Pas parce qu'il tenait autant à Ginny, mais plus pour la force du sentiment qui semblait le traverser. Et qui le rendait en même temps lointain à Hermione, alors qu'ils avaient toujours été si proches. Elle avait toujours su déterminer son état d'esprit en une seconde. Aujourd'hui, c'était plus complexe. Elle sentait que son amour pour la cadette Weasley le faisait évoluer.

- Elle est merveilleuse, avoua Harry. Elle a tellement confiance en elle, elle rayonne, son courage m'impressionne toujours plus, précisa-t-il. Je suis sûr que j'ignore le prénom de tous les types avec qui elle est sortie, et tous ceux qui la désirent, ajouta-t-il dans un petit rire.

- Elle ne passe pas inaperçue, ça c'est sûr, confirma doucement Hermione, qui avait déjà envié quelques fois l'aisance et le charisme de son amie.

- Elle me comprends sans même que j'aie besoin de rien dire, c'est incroyable, fit remarquer Harry. Elle n'exige rien, et en même temps, agit exactement quand il le faut, dit-il sur un ton où perçait une indéniable admiration.

- Heureusement, vu le peu d'intimité dont vous avez bénéficié, fit Hermione.

- Heureusement qu'elle l'a fait, en effet, confirma Harry dont les pensées s'envolèrent vers des horizons qui firent sourire Hermione. Mais, reprit-il soudain en tournant la tête, je ne comprends rien à toi et Ron, avoua-t-il sans la regarder.

Hermione soupira. Fallait-il vraiment qu'ils en parlent ?

- Mais rien, puisqu'il n'y a rien à dire, constata-t-elle placidement.

- N'abandonne pas, souffla Harry. Il a besoin de temps, il n'a pas l'air…prêt, tenta d'expliquer le brun tout en s'enlisant dans son discours.

- Je t'en prie, réfuta Hermione avec tristesse et colère. Quand on a des sentiments pour quelqu'un, on est toujours prêt, raisonna-t-elle. Et s'il ne réagit pas, c'est qu'il n'en n'a pas, conclut-elle dans une logique implacable mais désespérée.

- C'est faux, et tu le sais au fond de toi, la contredit Harry. Peut-être que tes déductions marchent pour les BUSES, mais dans la vraie vie, et pour les relations humaines, c'est plus compliqué que ça, appuya-t-il avec force.

Elle détourna le regard, agacée. Il avait raison, bien sûr. Mais c'était tellement frustrant !

- Tu ne vas pas t'y mettre, toi aussi, bougonna-t-elle.

- Moi aussi ? Releva Harry avec étonnement. Qui d'autre ose te contredire ? Se moqua-t-il doucement.

- Rien, réfuta-t-elle. C'est Charlie, expliqua-t-elle finalement. Il m'a dit que je n'avais pas d'humour, et je crois qu'il me trouve un peu prétentieuse, annonça-t-elle.

- Charlie ? Weasley ? Ah, oui, réalisa Harry, un éclair de compréhension dans les yeux.

- Comment ça « ah oui » ? S'étouffa à moitié Hermione. Il n'y en n'a qu'un, de Charlie, dit-elle abruptement.

- Vous avez l'air de bien vous entendre, dit Harry d'un ton neutre, précautionneux.

- Hein ? Non, comme je te l'ai dit, il me trouve certainement un peu hautaine, et puis on ne se voit jamais, alors tu penses bien… Il faut bien fréquenter la personne pour savoir s'il y a une connexion ou pas, raisonna-t-elle à voix haute, brisant une brindille qu'elle triturait.

Harry se contenta de la regarder, un sourcil haussé devant ces babillages qui indiquaient une activité intellectuelle forte chez son amie. Des bruits se firent entendre derrière eux et ils se retournèrent immédiatement, la main sur la baguette.

- Ce n'est que moi, annonça Ron avec lassitude.

- Désolés, dirent-ils en même temps, et Hermione eut un rictus gêné, consciente de l'effet produit aux yeux de Ron.

- Venez discuter près du feu au lieu de vous isoler, dit-il machinalement.

Harry et Hermione suivirent sans dire un mot, agréablement surpris.

- Impossible de dormir avec tous ces bruits, alors bon, commenta Ron.

- Il n'y a rien de dangereux, réfuta Hermione d'un ton encyclopédique qui fit grimacer les deux garçons.

- Oui, oui, la coupa Harry. Dis-nous en plus sur Charlie, Ron, lança le brun pour changer de sujet. Je crois qu'Hermione et moi, on ne le connaît pas du tout, expliqua-t-il.

Ron parut surpris, et marqua un silence en regardant les flammes s'agiter.

- Il a beau être mon frère, je ne peux pas dire que je le connais vraiment, révéla-t-il. En fait, de tous mes frères, c'est celui qui parle le moins, et qui est le moins présent aussi, alors c'est forcément un peu bizarre, développa-t-il d'une voix étrange.

Hermione et Harry l'observèrent, silencieux. Attentifs.

- Il est parti très tôt, juste après Poudlard, il savait déjà qu'il voulait travailler avec les dragons, mais c'est Hagrid qui lui a donné l'envie en premier, expliqua-t-il. Je crois qu'ils étaient très proches, puisqu'Hagrid me demande de ses nouvelles chaque année, déduit-il. Ce qui est bizarre, parce qu'il s'ouvre assez peu aux gens. Je sais qu'il a été préfet, et capitaine de l'équipe de Quidditch, et qu'il était assez populaire, mais je n'ai pas souvenir qu'il ait amené quelqu'un à la maison pour les vacances ou quoi que ce soit de ce genre, fit-il remarquer.

- Préfet ? Il devait avoir de bons résultats, fit remarquer Hermione.

- Pas tant que ça, grimaça Ron. Le meilleur, c'était Bill, et ensuite Percy, mais Charlie, je crois pas. Je me souviens que maman lui parlait assez souvent de ses BUSES, mais qu'il avait l'air de s'en fiche complètement, réalisa-t-il avec un petit rire.

Hermione fit la grimace, Harry sourit.

- Je crois qu'il s'entends très bien avec papa, je me souviens que c'est lui qui a proposé à Charlie d'apprendre à conduire une moto, maman a bataillé des semaines en opposition mais finalement, Charlie a eu sa moto à 19 ans, révéla Ron.

- Vous n'avez jamais eu l'occasion d'être seuls, tous les deux ? Demanda Hermione.

- Je ne peux pas dire que ce n'est pas arrivé, évidemment, réfléchit le roux. Mais j'ai toujours eu un peu de mal avec lui. Je veux dire, il est super chaleureux, ce qu'il fait en Roumanie c'est vraiment génial, mais ce n'est pas à lui que je penserais en premier si quelque chose m'arrivait, décréta Ron.

- Tu as déjà 4 frères et une sœur pour ça, compléta Harry, et le Trio éclata de rire.

Il discutait avec une blonde au mariage de Bill, rappela Hermione. Tu saurais qui ça peut être ? Ajouta-t-elle avec curiosité.

- Charlie, une blonde ? Tu es sûre qu'elle n'avait pas d'écailles ? Demanda Ron ironiquement.

Hermione roula des yeux, faussement exaspérée.

- J'en sais rien, avoua-t-il. En tout cas, je sais qu'il a toujours été insensible au charme de Fleur, alors ça n'a pas l'air d'être son type, déduisit-il.

- Peut-être qu'il a un goût pour l'autre type, alors, tenta Harry en se bidonnant.

- Quoi ? Mais non, le rabroua Ron en lui lançant le premier objet à sa portée, c'est-à-dire une cuillère en bois.

- Arrêtez vos bêtises, statua Hermione avec bonne humeur. Même si c'était le cas, tu n'aurais rien à y dire, dit-elle en regardant Ron.

- N'empêche, ça serait bizarre, insista le roux en fixant les flammes.

- Tu as des préjugés idiots, décréta Hermione.

- C'est facile quand on en parle, là, comme ça, mais s'il ramenait un garçon à la maison ? Non, ce n'est pas du tout réaliste, décida Ron. Les filles ne l'intéressent pas, il a mieux à faire, voilà tout, trancha Ron, que le sujet mettait mal-à-l'aise.

- Ce n'est pas parce qu'il est insensible à Fleur qu'il n'aime pas les filles, rappela Hermione avec une certaine raideur. Elle est peut-être vélane, mais elle reste une fille parmi les autres, et ne représente pas le genre féminin dans son ensemble, heureusement, ajouta-t-elle avec une moue dédaigneuse.

- Serait-ce de la jalousie que j'entends ? Pointa Ron, hilare.

- Jamais, répondit la brune, piquée au vif, le menton redressé. Tu veux aller sur ce terrain-là, Ronald ? Très bien, commença Hermione avec un rictus qui n'annonçait rien de bon. Doit-on te rappeler la fois où tu t'es tourné en ridicule en demandant à Fleur sa main pour le bal ? Il semblerait qu'elle ait préféré un autre Weasley, ajouta-t-elle perfidement.

- Hermione, ce n'est pas juste, s'opposa Harry, étonné de la bassesse de la réponse de son amie.

- Vraiment ? Il me semblait simplement important de mentionner le goût de Ron pour les blondes, fit-elle remarquer en songeant à Lavande.

- Je n'attache pas d'importance à la couleur de cheveux, réfuta Ron.

- Ni à l'intellect, apparemment, lança Hermione d'un ton ennuyé, et Harry ne put s'empêcher de rire, qu'il étouffa devant le regard vexé de Ron.

- Je n'entends toujours que de la jalousie, se défendit Ron avec un semblant de dignité.

Il se leva pour masser ses jambes endolories, et ce faisant, déposa un baiser ironique sur les cheveux d'Hermione à la grande surprise de celle-ci. Elle eut une moue sceptique, mais ne put s'empêcher de sourire. Dans ces moments-là, elle avait l'impression que rien ne pourrait les séparer eux, le Trio d'or, malgré toutes les difficultés à affronter, resteraient toujours aussi soudés.

C'était sans compter sur le départ de Ron, que l'horcruxe poussa définitivement à bout le soir d'après.