Harry regardait les champignons qu'Hermione éviscérait purement et simplement, et ne pouvait s'empêcher de ressentir de la compassion pour eux. Il avait en vain essayé d'apaiser son amie après le départ de Ron, mais rien n'y faisait. Tous ses gestes, ses regards, ses postures, traduisaient la colère et le désespoir qu'elle ressentait. Et Harry lui-même, à force d'errer sans rien trouver, commençait sérieusement à se poser des questions.
- Lit de champignons forestiers sur mousse délicate de racines ? Demanda Harry en s'approchant d'elle, espérant la faire sourire.
- Tu ne vas pas t'y mettre, Harry, observa-t-elle immédiatement tendue. La cuisine et l'inconfort ? C'est une raison pour partir, ça ? S'exclama Hermione en serrant les poings.
- Quand on a toujours eu un toit, de la chaleur et de la nourriture conséquente, j'imagine oui, fit doucement Harry.
- Qu'il ne te soutienne pas pendant la Coupe des 4 Maisons, pourquoi pas, après tout, Ronald Weasley n'est qu'un bon joueur de Quidditch et très doué aux échecs, ironisa-t-elle.
- Tu sais que ce n'est pas pareil, la contra Harry. Je suis surpris que tu arrives à te souvenir de ses qualités en un moment pareil, rit-il doucement.
- Qu'il préfère aller vers une idiote au lieu de sa meilleure amie qui l'attends depuis toujours, passe encore, continua-t-elle, décidée à aller jusqu'au bout. Mais qu'il nous abandonne alors que le monde sorcier s'écroule, ça, non, je ne peux pas lui pardonner, s'écria Hermione avec rage.
- Tu devrais faire du théâtre, fit remarquer Harry en enroulant ses bras autour de son cou.
Elle s'apaisa un instant, rassénéré par la présence chaleureuse de son ami. Elle se tourna vers lui et le serra très fort, lui rendant son étreinte avec désespoir. Harry lui tapota le haut de la tête, un peu gêné qu'elle l'étreigne d'une telle façon.
- Allez Hermione, ça va aller, il faut penser à autre chose, décréta Harry. On va allumer cette radio restée trop silencieuse et mettre de la musique, décida-t-il en se levant.
Hermione sécha ses larmes avec peine et le suivit dans la tente.
- Oh Harry je ne sais pas, fit-elle en entendant la musique jazz lente qui s'échappait, grésillant.
- Moi je sais, assura-t-il en la prenant par la taille, plongeant ses yeux dans les siens.
- Tu as toujours été un terrible danseur, avoua-t-elle avec un petit rictus.
- Imagine que tu danses avec un beau, euh, bibliothécaire ? Lança-t-il avec amusement, et elle éclata de rire.
- Je suis une fille comme les autres, se rebella-t-elle alors qu'il s'esclaffait.
- Je ne crois pas qu'on puisse dire ça, fit-il en lui lançant un clin d'œil fatigué.
Elle ferma les yeux, et son esprit vagabonda quelques minutes, mais elle les réouvrit immédiatement lorsqu'elle visualisa Charlie Weasley. Il est grand, et bien bâti, c'est seulement pour ça, se dit-elle en repensant au mariage, lorsqu'il lui avait proposé une danse qu'elle n'avait pas oublié. Elle vit sa posture nonchalante, et ses yeux qui la contemplait d'un air sceptique dans la cuisine du square Grimmaud. Ce sont mes souvenirs les plus heureux, récemment, réalisa-t-elle.
- Hey, je vais finir par croire que tu penses à Krum, s'exclama Harry.
- Tu sais bien que je ne pense plus à lui depuis une éternité, c'est à se demander si j'ai déjà pensé à lui sérieusement, songea-t-elle à voix haute. Non, Harry, tu es définitivement un beau garçon, et j'aime danser avec toi, dit-elle d'une voix taquine en l'entraînant un peu plus fort.
Il rougit si fort qu'elle le fit valser, mais il s'empêtra les pieds dans un vieux tapis et tomba, ce qui la fit éclater de rire. Ils s'assèyerent sur un lit, épuisés.
- Je ne savais que la danse avait de tels effets sur toi, commenta Harry.
- Je t'en prie, réfuta Hermione. Tu es mon meilleur ami, et je te trouve objectivement beau, raisonna-t-elle avec tant de logique qu'il sourit brièvement.
Un peu détendue, elle s'adossa au mur, à moitié contre Harry également.
- Pourquoi est-ce qu'il ne s'est jamais rien passé de plus entre toi et moi ? Demanda-t-elle doucement, sans trop oser le regarder.
- Je ne sais pas vraiment, avoua Harry. Tu es intelligente, drôle et belle, alors il n'y a vraiment de raisons j'imagine, déduisit-il. Mais je crois qu'il y entre toi et Ron un quelque chose qu'il n'y a pas entre nous, sûrement pace que nos personnalités ne sont pas si éloignées, alors qu'avec lui, vous vous complétez, devina-t-il.
Elle haussa un sourcil, dubitative, sentant la colère refluer doucement, qui laissa enfin place à une grande tristesse, un vide incommensurable dans son cœur.
- Quelque chose s'est brisé entre nous, depuis son départ, constata-t-elle d'une voix indolore.
Elle se leva, et gagna son propre lit à pas lents. Harry la regarda faire, le cœur déchiré.
Charlie soupira, et fit craquer ses doigts pour se détendre, rangeant la missive qu'il venait de recevoir. Il devait convaincre son chef du bien-fondé de sa mission, à savoir d'engager quelques dragons de leur camp contre la guerre qui faisait rage. Or celui-ci évitait toute question politique, veillant à ne pas perdre son poste quelques connexions avec des mangemorts de Roumanie lors de la dernière guerre avaient sérieusement entaché son dossier. Charlie avait toujours entretenu une bonne relation avec lui, quoi qu'un peu houleuse, comme il refusait de signer un contrat à durée infinie.
- Je dois vous parler, décréta Charlie en écartant le rideau de la tente de son chef.
- Bien, accepta celui-ci avec méfiance.
- Vous savez la raison de ma présence, rappela Charlie. J'aurais besoin de ramener quelques-uns de nos dragons en Grande-Bretagne, et bien entendu, les plus âgés, nota-t-il avec insistance.
- Je comprends que vous vouliez aider votre famille, qui n'en ferait pas de même, fit son chef d'une moue compréhensive, mais Charlie vit arriver le « mais » plus vite qu'un hippogriffe.
- Il ne s'agit pas que de ma famille, protesta le Weasley. Mais de la sécurité du monde sorcier, et moldu par extension, et les dragons sont un atout inégalable, vous le savez, argumenta-t-il.
- Oui, et je sais aussi qu'au moment où les mangemorts auront vent de ce plan, Vous-savez-qui le saura, et la vie ne sera plus aussi paisible, fit ironiquement remarquer le directeur.
- Elle ne le sera pas de toutes manières s'Il gagne cette guerre, rétorqua Charlie avec un ton où pointait de la colère.
- Les conséquences seront limitées, Charlie, reconnaissez-le, contra l'homme. En revanche, si j'offrais ma gracieuse aide à l'Ordre, mon avenir sera tout tracé, ricana-t-il.
- L'Ordre est géré par des personnalités responsables et conscientes de l'espoir qu'il y a encore dans ce conflit mortel, reprit Charlie en posant ses mains sur la table.
- Soyons réalistes, fit perfidement le directeur. J'en déduis que mener vos chers dragons au combat et risquer des pertes vous paraît un prix raisonnable à payer pour retarder l'issue de la situation ? Demanda-t-il alors que Charlie détournait le regard, agacé.
- Vous savez bien que si, répondit-il avec une honnêteté évidente. Mais j'ai aussi conscience que c'est maintenant qu'il faut agir, et ne pas tarder, ajouta-t-il en fixant l'autre dans les yeux.
- C'est non, Charlie, bien sûr, contra catégoriquement le directeur.
Charlie se dressa de toute sa hauteur, et le contempla avec un mépris mêlé de colère, puis partit, le dos raide, un sourire se dessinant cependant progressivement sur ses lèvres.
Le soir venu, il fit un petit paquet avec ses affaires, et se dirigea vers le feu de camp que son équipe avait allumé, comme tous les soirs.
- Je vais m'absenter quelques temps, annonça-t-il doucement.
Chacun hocha la tête, comprenant l'enjeu qui le taraudait. Son ami le plus proche, Peter, et une fille se détachèrent du groupe pour l'entourer, tandis qu'ils avançaient à travers la forêt.
- Combien de temps ? Demanda-t-elle, l'observant du coin de l'œil.
- Qui peut dire, soupira le Weasley, savourant le coucher de soleil sur les plaines agitées.
- Je vais dire une évidence mais, sois prudent mec, recommanda Peter.
- Autant que possible, assura Charlie en lui infligeant un coup de poing sur l'épaule qui fit sourire son ami.
- J'aimerais pouvoir faire ma part, assura la fille en le regardant. Est-ce qu'on peut rentrer dans l'Ordre sur participation volontaire ? Demanda-t-elle.
Une moldue, lutter pour le monde sorcier ? Quelle drôle d'idée, fit Charlie en secouant la tête. Ça me paraît un peu dangereux, puisque tu ne maîtrises pas la magie, ajouta-t-il doucement.
- Je peux me procurer un révolver, dit-elle avec conviction. Et puis se battre ne tient pas qu'à lancer des sorts, se révolta-t-elle. Il y a tout un rôle de préparation, de logistique, parfois plus déterminant que les armes les plus puissantes, conclut-elle avec force.
Charlie partit d'un grand rire, alors qu'elle se faisait semblant de se vexer.
- Tu me fais penser à quelqu'un, dit-il, pensant à voix haute.
- Ah oui ? Demanda Peter avec intérêt.
Une moldue de ma connaissance, répondit brièvement Charlie. Vous vous entendriez bien, ajouta-t-il en regardant son amie.
- Team moldue, s'enthousiasma-t-elle. Tu la connais de tes études ? Reprit-elle avec curiosité.
- Pas vraiment, fit Charlie en haussant les épaules, ne sachant comment définir sa relation avec Hermione. Assez spéciale, songea-t-il.
- Tu ne l'as quand même pas rencontrée ici, s'insurgea Peter. Autrement tu me l'aurais dit, dit-il avec un clin d'œil.
- Non plus, réfuta le roux en contemplant un de ses dragons, Veyser, qui s'ébrouait.
- Tu n'as pas l'air d'avoir envie d'en parler, fit remarquer la fille en l'observant du coin de l'œil.
- Et ça ne t'étonnera pas, conclut Charlie en se dirigeant vers ses dragons, tandis que ses deux amis se regardaient, déçus.
Le lendemain, à l'aube, alors que tous dormaient encore, il prit son barda et sortit silencieusement de la tente. Il s'approcha doucement de Veyser, qui le regarda faire, nullement alerté. C'était un peu son dragon attitré l'alchimie avait été évidente entre ces deux-là dès le début. Grande bête de couleur bleue-grise, aux grands yeux dorés, Charlie l'adorait. Charlie s'assit près lui tandis que l'animal continua à dépecer une carcasse déjà vieille de quelques jours, plus par jeu qu'autre chose. Il ferma les yeux une seconde, appuyé contre son flan, puis les réouvrit et commença à défaire sa chaîne, ce qui déstabilisa le dragon.
- Je suis désolée mon gros, mais j'ai besoin de toi, chuchota-t-il en caressant sa joue pour l'apaiser.
Il rangea la chaîne dans son sac, et ordonna au dragon de se baisser, sur quoi il l'enfourcha avec confiance. Comprenant ce que cela signifiait-la liberté, le dragon laissa échapper un murmure d'excitation-qui fit grincer des dents Charlie.
- Tu ne pensais pas pouvoir partir seul, fit une voix moqueuse derrière lui.
Heureusement, ce n'était pas son chef, mais Alice, son amie moldue.
- Il semblerait que si, statua Charlie avec fermeté, puis il écarquilla quand il vit un gros dragon rouge derrière lui.
- Tu pensais vraiment pouvoir faire quelque chose avec un seul dragon ? Railla-t-elle en enfourchant celui-ci, ne pouvant s'empêcher de sursauter quand il se redressa.
- Je ne veux pas t'entraîner là-dedans, nia fermement Charlie.
- J'ai pris cette décision comme une grande, et Manir sera bien heureux d'aller se promener, dit-elle fermement en attendant qu'il lui montre le chemin.
- Merci, reconnut-il solennellement, puis ils décollèrent.
Après une petite heure de vol, Charlie reconnut l'endroit qu'il cherchait : indiqué par la présence d'un menhir de grande taille. Il fit signe à son dragon de descendre, suivi par Alice et Manir.
- A partir de maintenant, je ne sais pas très bien, donc attachons les dragons autant que possible, annonça Charlie en cherchant un tronc d'arbre volumineux du regard.
- Le bruit que font ces pépères-là risquent d'attirer assez vite ce que tu cherches, fit remarquer Alice avec scepticisme.
Ils s'enfoncèrent dans la forêt, jusqu'à ce qu'Alice butte contre quelque chose, avant de s'écarter avec horreur, lentement.
- Est-ce que c'est une jambe que je vois là ? Demanda-t-elle, la voix calme, à Charlie en désignant une éminence blanche qui trônait devant elle.
- Je crois qu'on est arrivés, lança le roux avec un sourire.
Ils levèrent les yeux, et rencontrèrent deux grands yeux couronnés d'une barbe qui semblait millénaire. Machinalement, Charlie se passa une main sur les joues.
- Nous cherchons Hagrid, dit-il distinctement à la créature, qui se mit à se mouvoir avec pesanteur, les deux humains à sa suite.
- Un géant ?! S'étonna Alice, émerveillée par sa découverte.
- Oui, et il n'a pas la croissance la plus exceptionnelle, j'en ai vu qui faisaient bien quatre ou cinq mètres, un jour, renchérit tranquillement Charlie.
- Ce monde est incroyable, murmura-t-elle.
- On leur soupçonne une parenté avec les dinosaures, mais c'est difficile de prouver quoi que ce soit, même avec leur ADN, tant ils sont particuliers, continua-t-il.
- Enfin Charlie, des géants, est-ce que tu réalises qu'on se tient derrière un géant ? Fit Alice avec une voix excitée.
- Oui, Alice, dit simplement Charlie d'une voix lasse.
Il était fatigué, ne savait pas où ce géant allait les mener, et se demandait si les dragons n'avaient pas détruit les arbres auxquels ils étaient attachés. Ce plan devient foireux, songea-t-il. Enfin, il était foireux à la base, corrigea-t-il mentalement en visualisant Hermione qui le regardait d'un air sceptique, arguant les pour et les contre. Ne me regarde pas comme ça, s'insurgea-t-il dans sa tête. Ce que tu fais tous les jours est bien plus dangereux et hasardeux, même si je n'ai aucune idée de ce que c'est, admit-il mentalement avec exaspération.
- Charlie, Charlie, l'appela Alice en secouant son épaule, l'interrompant dans sa rêverie.
Il se tourna vers l'endroit qu'elle indiquait, et vit une grotte de taille respectable où le géant donnait à présent des coups de poings pour leur indiquer de rentrer. Ils échangèrent un regard incertain, puis Charlie prit la tête. Ils avancèrent dans un boyau de terre lugubre, jusqu'à ce qu'ils entendirent une voix bien connue de Charlie qui riait.
- Hagrid ! S'exclama Charlie d'une voix chaleureuse, en marchant à grands pas vers le demi-géant.
Celui-ci se mit sur ses pieds et vint enlacer Charlie très fort contre lui, ce qui même malgré la grande taille du Weasley, rendait une impression comique. Intimidée, Alice se contenta de regarder, tandis qu'Hagrid la saluait en hochant la tête.
- Je n'ai pu amener que deux de nos amis, déplora Charlie en faisant allusions aux dragons.
- Je sais que tu as fait le maximum, assura Hagrid en lui secouant l'épaule tandis que Charlie souriait tristement.
- Qu'en est-il de vampires ? As-tu pu rentrer en contact avec eux ? S'enquit-t-il.
- Ne me parle pas de ça, grommela Hagrid en étant ses longues jambes sur le sol poussiéreux. Ils ont passé un pacte avec Tu-sais-qui, et rien ni personne ne peut les faire changer d'avis, expliqua-t-il en grognant.
- On arrive trop tard, murmura Charlie, le regard préoccupé.
- Même chez les géants, j'ai assez peu réussi à convaincre, avoua Hagrid d'un air gêné. Vous avez eu de la chance de tomber sur Pogr, un des rares à me suivre, ajouta-t-il en désignant du mention le géant blanc qui gardait la grotte.
- Il ne reste plus que les centaures, récapitula Charlie en baissant les épaules.
- Tu sauras peut-être les convaincre, parce qu'avec moi, ils refusent toute négociation, déplora Hagrid en poussant vers eux une grosse meule de fromage entamée, et une miche de pain dont la croute semblait vieille de cent ans.
Charlie la saisit, découpa une large tranche avec un couteau rouillé, qu'il donna à Alice. La jeune femme se précipita dessus, n'essayant même pas de réfréner sa faim.
- Qui puis-je rencontrer ? Et où ? Demanda Charlie en croquant dans un bout de fromage.
- Il y a Perseus, qui a pas mal d'influence sur les centaures du coin, mais il est assez agaçant, fit remarquer Hagrid en grimaçant.
Charlie haussa un sourcil, dubitatif.
- Il est assez à cheval sur les règles, tenta d'expliquer Hagrid. Il y a quelques années, je m'étais lié d'amitié avec un de leurs rejetons, un petit gars frétillant et vif d'esprit, je t'assure, essaya Hagrid de convaincre Charlie, qui eut un sourire en coin. Bref, ceci cela, je propose de le ramener avec moi à Poudlard, tu penses comme il aurait été bien dans la forêt interdite, continua Hagrid, il aurait pu rencontrer Firenze et les autres, mais le clan a cru que je voulais l'enlever, et depuis, ils sont en rognes. J'ai dû aussi négocier avec eux car les moldus chassaient sur leur territoire, et il y avait trop de disparitions inexpliquées, conclut tranquillement le garde-chasse.
Alice s'étouffa avec son pain trop dur, et Charlie dut taper trois fois dans son dos pour qu'elle aille mieux.
- Elle est moldue, expliqua doucement Charlie.
- Toutes mes excuses, répondit Hagrid avec un sourire désolé. Je ne sais pas si tu fais bien de l'emmener, Charlie, ajouta-t-il en fronçant les sourcils.
- C'est moi qui ai décidé de venir, fit-elle immédiatement. Vous avez besoin d'un dragon supplémentaire, et moi, je veux faire ma part, avec ou sans baguette magique, développa-t-elle en se recoupant une tranche de fromage, nullement dérangée.
- Il est bon, hein, dit Hagrid en désignant la large tomme.
- Non, mais j'ai faim, répondit très honnêtement la jeune femme.
Hagrid leva un sourcil, mais ne répondit rien. Le reste de la soirée se passa tranquillement, Hagrid racontant ses dernières aventures aux cartes et ses tentatives de ralliement chez les géants.
- En bref, résuma-t-il, il faudrait que je revienne à Poudlard, mais je n'en n'ai pas envie, depuis que… Dumbledore est mort, prononça-t-il difficilement.
- J'ai toujours été persuadé que Poudlard était une place imprenable, acquiesça Charlie.
- Surtout avec Albus à sa tête, rugit Hagrid, étouffant un sanglot.
- Je ne l'ai pas bien connu, mais je sais qu'il a toujours veillé mieux que quiconque sur cette école, ajouta Charlie en acceptant une bouffée de la pipe qu'Hagrid lui tendait.
- Et surtout sur ton frère, et Harry et Hermione bien sûr, fit Hagrid d'un ton bourru. Dumbledore aimait beaucoup Harry, fit-il pensivement.
Charlie resta silencieux un instant, songeur.
- Je n'en doute pas, Hagrid, fit-il. Mais comment explique-tu qu'il ait les ait chargés d'une mission aussi dangereuse ? Est-ce que personne dans l'Ordre n'était plus qualifié que trois adolescents ? Avança doucement Charlie.
- Je ne sais pas vraiment ce qu'ils font, reconnut Hagrid avec gêne. Mais Dumbledore était assez exigeant envers eux, ça c'est sûr, fit-il. Il en savait plus que nous sur les raisons profondes de cette guerre, fit-il remarquer comme si cela atténuait la responsabilité du vieux sorcier.
- Je n'ai sans doute pas mon mot à dire, mais je trouve ça assez léger comme raison, protesta Charlie en tirant à nouveau sur la pipe sous les yeux satisfaits d'Hagrid.
- Je lui ai toujours fait confiance, fit Hagrid en haussant les épaules comme un enfant. As-tu des nouvelles récentes d'eux ? Demanda-t-il.
Leurs regards se perdirent dans le feu, mais Charlie se sentait toujours nerveux malgré la pipe.
- Je les ai revus il y a deux mois, oui, acquiesça le roux, les prunelles floues. J'ai senti la tension entre eux, la fatigue, et pire, le désespoir, confia-t-il. J'ai senti mon frère perdu, j'ai senti Harry nerveux à l'épuisement, et Hermione plus stressée que jamais, puisque c'est elle qui gère toute la logistique, si ce n'est le reste, développa-t-il.
- Pauvres enfants, soupira Hagrid. Heureusement qu'elle est là cette petite, j'ai rarement rencontré une petite aussi mature, fit-il remarquer avec un bon sourire.
Charlie songea à l'épisode de la veste trop courte au mariage, qui contrastait agréablement avec l'expression de tension et l'attitude éplorée d'Hermione lors de leur dernière rencontre.
- Tu sais qu'elle leur a toujours sauvé la mise, déclara Hagrid. Sans elle, je ne sais pas s'ils seraient encore en vie, il s'est passé tant de chose à Poudlard ces dernière années, ajouta-t-il en passant la main dans ses cheveux broussailleux.
- Est-elle moldue ? S'enquit Alice.
- Sang-mêlé, corrigea Hagrid. C'est une excellente sorcière, mais ses parents sont moldus, expliqua-t-il. Il me semble que ton frère et elle étaient, eh bien, très très amis, renchérit le demi-géant avec un clin d'œil.
- Ron nous rapporte chacune de ses semonces, alors probablement, acquiesça Charlie avec un sourire affectueux. Mais je crois qu'il l'admire avant tout, ce que je comprends assez, ajouta-t-il, les pensées imprécises défilant dans sa tête.
Alice eut un sourire mélancolique, et Hagrid se resservit un verre de liqueur, tout en arrosant généreusement les verres d'Alice et Charlie. La soirée si passa si bien qu'à minuit et demi, Alice faisait des tresses au géant tandis que Charlie était allongé par terre sur l'herbe mouillée, dehors, à regarder les étoiles.
- Tu devrais leur faire goûter cette liqueur de prune, aux centaures, décida Hagrid en tendant la bouteille à Charlie qui éclata de rire.
- Ils ne boivent pas d'alcool, réfuta-t-il avec un ton pensif.
- Alors qu'est-ce que tu vas bien pouvoir leur dire ? S'exclama Hagrid d'un ton plaintif évidemment alcoolisé, qui fit rire aux éclats Alice.
- Chaque problème en son temps, réfuta le Weasley, un brin d'herbe dans la bouche, une main sur la poitrine, fermant les yeux.
Il s'imagina venir à la rencontre de Perseus avec une bouteille d'eau-de-vie de prune et son plus beau sourire, et les sourcils froncés d'Hermione vinrent aussitôt le hanter. Qu'est-ce que tu aurais fait toi, sans livres pour t'aider, et aucun argument en ta faveur ? Songea-t-il en visualisant le visage d'Hermione en train de réfléchir. Tu aurais trouvé quand même, parce que tu es la plus intelligente de ton école, alors que je ne suis qu'un grand idiot qui aime les grosses bêtes volantes, se répondit-il à lui-même.
Alice vint s'allonger à ses côtés, toute proche.
- A quoi tu penses ? Demanda-t-elle en le fixant, les yeux dilatés par l'alcool.
Des yeux chocolat rendus rieurs par le vin blanc s'imposèrent dans l'esprit de Charlie.
- A rien, répondit éloquemment le roux en fixant les étoiles.
- Menteur, rétorqua Alice en lui prenant la main d'un geste nonchalant.
Un rire nerveux secoué de sanglots vint sonner à ses oreilles, comme une réminiscence pas forcément réelle. Alice s'approcha et sans crier gare, l'embrassa sur les lèvres quelques secondes, quelques secondes que Charlie laissa passer comme une comète dans un ciel d'été.
- Dis quelque chose, chuchota-t-elle, à demi-allongée sur lui.
Il passa un bras autour de sa taille sans rien dire, et elle s'allongea sur lui, comprenant qu'elle n'en tirerait rien de plus. Il ferma les yeux à nouveau, conscient qu'il venait de la blesser. Il ne pouvait pas ignorer la chaleur de son corps contre lui et ses formes délicates, et la difficulté des temps qu'ils vivaient aurait pu justifier d'une entorse à l'attitude assez froide de Charlie envers les filles. Ce n'était pas qu'il ne les désirait pas, ni qu'il manquait de désir sexuel. Mais la dernière image qui lui vint avant de s'endormir fut un sourire chaleureux et deux yeux chocolat préoccupés, et l'espace d'un instant, le corps d'Alice fut le corps d'Hermione, et le chandail bleu d'Alice se transforma en cette robe rouge ajustée qui mettait en valeur la petite mais bien dessinée poitrine d'Hermione. Il s'endormit avant même d'avoir réalisé que fantasmer sur l'amante de son frère, âgée de sept ans de moins, n'était pas la meilleure des idées.
