- Ce n'est pas normal, Charlie, déclama Ron en tournant dans la pièce comme un fauve furieux.
Le grand Weasley ne répondit rien, se contentant de fixer le lit en face de lui. Plusieurs jours étaient passés, et Hermione n'avait quasiment aucune force.
- Tu peux dire ce que tu veux, ce n'est pas normal. Ça a empiré, renchérit son frère.
- Garde ton calme, Ron, ordonna Charlie. Tu savais que je n'étais pas certain de l'effet que ça aurait, alors inutile d'en rajouter. Ce dont je suis sûr, c'est que ça ne peut pas la tuer, ajouta-t-il d'un ton sombre en faisant craquer ses mains.
- Tu n'en sais rien, rétorqua Ron d'un ton véhément.
- Ça ne sert à rien de se disputer, les interrompit Harry. Ça ne la fera pas guérir, murmura-t-il en fronçant les sourcils.
Charlie se détourna, et Ron se renfrogna, tous deux conscients qu'Harry avait raison. Comme aucun n'osait quitter la chambre, Harry se mit dans son lit tandis que Charlie et Ron s'assirent dans des fauteuils à proximité. Tandis qu'Hermione dormait à poings fermés, semblant plus morte que vive, Harry, Ron et Charlie devisaient à voix basse.
- Tu as définitivement quitté ton camp, alors ? Demanda Harry à Charlie.
- J'imagine, oui, grimaça le roux. Après la façon dont je suis parti… C'est déjà un petit miracle qu'ils n'aient pas lancé des troupes de secours international à mes trousses pour récupérer Veyser, expliqua-t-il.
- Tu comptes faire quoi… Après la guerre ? Renchérit Harry.
- J'en sais rien, avoua Charlie. J'aimerais retourner travailler là-bas bien sûr, j'aime la vie que j'ai, enfin que j'avais, corrigea-t-il. Et vous, les garçons ? Des idées pour la suite ?
Harry se renfrogna.
- Je n'arrive pas à imaginer un après-guerre, pour moi, admit-il.
- Quel pessimisme, fit doucement Ron en souriant à son ami.
- Tant que cette maudite connexion n'aura pas cessé…La fin de cette guerre, ça sera Lui ou moi, déclara Harry en se tordant les mains.
- Arrête ça, fit Ron avec tant de vivacité que Charlie lui fit les gros yeux en montrant Hermione du menton.
- Dumbledore n'a jamais voulu me le dire, mais le dernier horcruxe est en moi, comme vous l'avez deviné. Alors je ne vois pas comment je pourrais y échapper, fit Harry avec placidité.
Un silence se fit, tandis que Charlie digérait la nouvelle.
- On L'aura, Harry, j'en suis sûr, aussi folle que soit cette quête, on L'aura. Si le plus grand sorcier de tous les temps te croyait plus capable que lui d'accomplir cette tâche, pourquoi en douter ? Demanda Ron en regardant Harry dans les yeux.
- J'ai déjà blessé beaucoup trop de gens, protesta Harry en détournant le regard, contemplant Hermione. C'est Hermione, dans ce lit, à moitié morte ! Hermione ! S'exclama Harry en enfonçant sa tête dans ses bras.
- C'est ma faute, fit sobrement Ron.
- Bien sûr que non, soupira Harry.
- Ce n'est pas de votre faute, à tous les deux, dit soudainement Charlie. Ce fardeau t'incombe Harry, mais tu n'as pas décidé de naître dans la peau d'Harry Potter, et d'être l'Elu. Tu n'es pas responsable de tout ça, et mieux encore, tu es la raison qui justifie l'existence de notre monde tel qu'il est, développa-t-il. Sans toi, Il aurait gagné des forces et n'aurait pas pu être momentanément vaincu, sans toi Il dominerait le monde sorcier, alors qu'il reste de l'espoir, aujourd'hui. Grâce à vous, indiqua Charlie en regardant tour-à-tour Ron et Harry.
Ron eut un sourire réconfortant envers Harry, et celui-ci esquissa une mimique désespéré.
- J'ai fait le bon choix en t'invitant à t'assoir près de moi dans le train, ce jour-là, avoua Harry en observant intensément Ron. Cette famille me porte définitivement chance, ajouta-t-il et les deux Weasley eurent un sourire en coin.
- Ginny t'attends, tu sais, fit doucement Charlie en faisant un clin d'œil à Harry.
- Je lui ai promis de te ramener vivant, renchérit Ron.
- J'ai rompu pour ne plus la faire souffrir, protesta Harry d'un ton déprimé. Mais elle me manque, avoua-t-il.
- Elle t'attends depuis qu'elle a onze ans, alors tu peux compter sur elle, fit remarquer Charlie avec nonchalance. Elle m'a toujours parlé de toi, tu sais, ajouta-t-il. A quel point Harry Potter est un type formidable, parce qu'il a un courage incroyable, et je dois dire qu'elle n'a pas tort.
Harry ne put s'empêcher de rougir.
- J'aurais aimé passer plus de temps avec elle, répondit Harry avec une pointe d'amertume. Je ne savais pas que vous étiez proches, nota-t-il avec étonnement.
- J'écris une fois par mois aux parents, mais chaque semaine à Ginny, même si c'est un petit mot qui ne contient rien d'essentiel, expliqua Charlie.
- Alors que je n'ai pas reçu de parchemin de toi depuis quoi, 17 ans ? Railla Ron d'une voix pas tout à fait rieuse.
- C'est vrai, reconnut Charlie. J'ai toujours pensé que tu préférais la compagnie des jumeaux, rectifia-t-il.
- Ils sont…Présents, au moins, fit remarquer Ron d'une voix impassible.
Charlie détourna la tête, à la fois gêné et exaspéré.
- J'ai choisi de diriger ma vie comme je l'entendais, et pour ça, je devais partir, répondit Charlie d'une voix neutre.
- Oui, c'est sûr, concéda Ron. Ça n'empêche pas que tu n'aies pas été là lorsque Percy a eu cet emploi au Ministère, et qu'on ne l'a plus revu qu'une semaine par an, et qu'avec les supplications de maman. Ou bien lorsque Georges a eu cette pneumonie l'an dernier. Enfin, je comprends que ça ne soit pas ta priorité, fit Ron d'un ton maîtrisé sous lequel couvait une tension manifeste.
- Tu m'en veux ? Comprit Charlie en écarquillant les yeux.
- Oh non, soupira Ron. A quoi ça servirait ? Ça ne te fera pas venir plus souvent, dit-il avec un pragmatisme qui fit plus mal à Charlie qu'une colère ouverte.
Harry se retourna contre le mur, conscient qu'il n'avait aucun rôle à jouer. Je comprends la colère de Ron, songea-t-il. L'absence, c'est ce qu'il y a de pire, se dit-il en songeant à ses parents. Un grand silence se fit, comme Charlie ne pouvait rien répliquer. Il savait que Ron avait raison. Il avait fait le choix de se séparer de sa famille, parce que trop près d'eux, il ne se sentait pas pleinement heureux. Il préférait l'indépendance. Loin. Il connaissait les conséquences, bien qu'il leur fasse rarement face. Mais là, il n'avait rien à dire. Harry attendit que Charlie finisse par dire quelque chose, mais rien ne se passa et Ron se renfrogna un peu plus.
- Je ne vais pas m'excuser pour un choix que j'ai fait en toute conscience, dit finalement le grand Weasley. Je pense à vous tout le temps, mais ma vie est ailleurs, finit-il par avouer.
Soudain, Hermione gémit, et ils reportèrent leur attention vers elle. Elle papillonna des yeux, tandis que Charlie et Ron s'approchèrent. Elle essaya de parler, mais aucun son ne sortit. Elle transpirait énormément, et son teint était blanc. Charlie passa une main sur son front, inquiet. Il se pencha vers sa bouche afin d'entendre ce qu'elle avait à dire, et Ron fut obligé de reculer, réprimant un mouvement d'agacement.
- Comment tu te sens ? Murmura le grand Weasley près d'Hermione.
Elle voulut parler, mais n'y arriva pas : elle se souleva tout à coup, et eut un haut-le-cœur si important qu'elle régurgita le peu qu'elle avait bu et mangé : du sang noir se déversa sur le lit en quantité. Charlie la prit par les épaules pour la soulager Ron mit une bassine sous son nez, et Harry et nettoya ce qu'il put. Lorsqu'elle eut terminé, elle se rallongea, fatiguée et morte de honte. Elle s'adossa contre la tête de lit, épuisée. Ses yeux, songea Charlie. Il y a un éclat à nouveau, constata-t-il.
- C'est bon, fit-il d'une voix bourrue. Elle est sortie d'affaire, ajouta-t-il à l'intention des deux garçons, médusés.
- Comment tu le sais ? S'enquit Harry, circonspect, étonné de la certitude dans la voix de Charlie.
- Je ne sais pas comment, mais je le sais, se justifia rapidement Charlie. Elle va mieux, tout le sang contaminé est parti, elle a dû commencer à recréer des globules rouges, expliqua-t-il en observant soigneusement Hermione qui essayait de se calmer.
Il prit un mouchoir et essuya ses cheveux ainsi que son front, puis la prit dans ses bras et l'emmena dans la salle de bain, en la déposant doucement dans la baignoire.
- Harry, tu veux le faire, fit-il en tendant le pommeau de douche au brun, qui le regarda, interloqué. Elle n'a certainement pas envie que je m'en occupe, expliqua-t-il.
Sans trop savoir pourquoi, Harry fut convaincu du contraire, et sans chercher à analyser ce qu'il ressentait, il se contenta de laisser de baisser la main et ferma la porte derrière lui. Charlie écarquilla les yeux, puis se mit à défaire les premiers boutons de la chemise de nuit d'Hermione, très délicatement.
- Est-ce que tu veux bien que je m'en occupe ? Demanda-t-il à la brune qui se contentait de vivre la scène, hagarde.
Elle hocha la tête, une lueur indéfinissable dans le regard. Il inspira un grand coup, et se mit à défaire les premiers boutons de la chemise d'Hermione.
- C'est la première fois que je fais ça, lui confia-t-il d'un air penaud, et elle écarquilla un peu les yeux.
Enfin, que j'enlève un t-shirt à une fille, à proprement parler, corrigea-t-il dans sa tête, chassant toute pensée ambiguë. Lorsqu'il lui enleva sa chemise, il ne laissa pas son regard s'attarder sur le corps d'Hermione, et fit couler une eau très chaude, qu'il testa à plusieurs reprises avec sa main. Enfin, il l'installa correctement, et fit un tour avec sa baguette, de sorte à ce que l'eau du bain devienne trouble. Les joues d'Hermione étaient cramoisies, mais il ne savait pas dire si cela avait un rapport avec l'eau très chaude ou autre chose. Elle soupira de bien-être.
- Je vais te laisser, annonça Charlie en se levant.
- Non, fit-elle d'une voix rauque, et Charlie eut l'impression qu'il ne l'avait pas entendue parler depuis un siècle.
- D'accord, accepta-t-il avec simplicité. C'est moi qui parle, alors, comprit-il. Eh bien… Tu as loupé une conversation intéressante, lorsque tu jouais à l'endormie, commença-t-il. Ron m'a confronté face à mon absence, et trouve que je suis un très mauvais frère, annonça-t-il avec dépit, la voix modulée par l'émotion.
Hermione ouvrit de grands yeux, puis fit un sourire encourageant.
- Rien que ça, soupira Charlie. Mais il a raison, bien sûr, signala-t-il. C'est juste que… Je n'arrive pas à concilier les deux. Ma vie, et ma famille. Au mariage, tu m'as demandé si la distance m'importait, et si j'étais heureux d'être le témoin de Bill, fit-il. La réponse est oui, et oui. Je ne manque pas de cœur, je les aime. Mais pas… Pas avec autant d'exigences qu'eux, avoua-t-il. Il n'y que Ginny qui comprenne mon besoin de liberté, dit-il avec un sourire machinal en pensant à elle.
- Il y a différentes formes d'attachement, commenta doucement Hermione.
- Ouais, approuva-t-il. Je ne sais pas pourquoi je te dis tout ça, dit-il dans un petit rire incrédule. Sans doute parce que tu n'as rien de mieux à faire. Tu nous as fait peur, tu sais, dit-il en l'observant. Tu n'es pas passée loin de la mort, ajouta-t-il.
Elle eut un maigre sourire.
- Je me sens étrangement mieux, annonça-t-elle avec calme.
- Il y a intérêt, répondit Charlie. J'ai imaginé un instant t'avoir tuée. Et ça, sans parler de la colère de Ron… Je ne sais pas ce que j'aurais fait, avoua-t-il en tournant la tête.
Il y eu un petit silence, tandis qu'ils fixaient tout deux l'eau du bain.
- Tu m'as sauvée, lui fit-elle remarquer.
- C'était soit l'un, soit l'autre, commenta-t-il avec amertume.
- Tu m'as sauvée, et je ne sais pas comment te dire merci, murmura-t-elle, émue.
- Il n'y aucun remerciement à me faire, rétorqua Charlie en se levant, soudainement gagné par la chaleur du bain.
Il ferma doucement la porte derrière lui. Les trois garçons attendirent le retour d'Hermione dans le silence. Elle finit par arriver, les joues rouges, de grosses chaussettes aux pieds et chaudement emmitouflée.
- Hermione, s'écria Harry en la serrant dans ses bras.
- Ron attendit qu'il s'écarte pour faire un pas vers elle, l'observer, et la serrer dans ses bras à son tour.
- Tu as l'air ivre, fit-il remarquer en pinçant ses joues rouges.
- Je vais bien, annonça-t-elle. Je suis en vie, ajouta-t-elle, éperdue de bonheur. Il y un drôle de courant d'air, fit-elle remarquer. Cette fenêtre n'est pas fermée ? Dit-elle en désignant une fenêtre.
Harry se leva, étonné.
- Bien sûr que si, répondit-il. Ah, l'air passe, en effet, dit-il en mettant son doigt près d'un petit trou.
- Je ne l'ai pas senti, dit Ron, et Charlie acquiesça.
Charlie se leva, et mit à réchauffer la soupe qu'ils avaient préparé la veille. Harry mit la table pendant que Ron regardait Hermione, hébété.
- Ne m'observe pas ainsi, finit-elle par dire. Je ne suis plus une petite chose fragile, l'assura-t-elle.
Ron se contenta de lui sourire, amusé, ému. Lorsque chacun fut servi, Hermione ouvrit la bouche.
- Je me sens très bien, dit-elle. Je sais que ça peut paraître bizarre, et que vous n'êtes pas sûrs des effets secondaires, mais je vous le garantis : je me sens très bien. Alors dès demain, on va rendre visite au père de Luna, décida-t-elle.
Elle avait une expression si butée sur le visage qu'Harry comprit que rien ne la ferait changer d'avis. Charlie ne dit rien, se contentant de collecter les bols et de les nettoyer.
- Est-ce que vous avez tout ce dont vous aurez besoin ? J'ai mis quelques potions de soin dans le sac d'Hermione, au cas-où. Et puis si vous le pouvez, envoyez un parchemin ou deux de temps en temps. Ça ne fait de mal à personne, conclut Charlie en frottant un bol.
- On essayera, dit Harry.
Ron et Harry s'assirent sur le canapé autour d'Hermione, et celle-ci ferma les yeux de bien-être. Quand elle les rouvrit, elle ne vit Charlie nulle part.
- Ton frère est parti se coucher ? Demanda-t-elle à Ron.
- Non, je crois qu'il est allé voir Veyser, répondit Harry en baillant.
Il était plus d'une heure du matin, et Hermione avait décidé qu'ils partiraient à huit heures, ni avant ni après. A regret, elle partit se coucher-réglant son réveil magique sur 6h30.
Lorsque celui-ci sonna, Harry grogna si fort qu'Hermione se pencha vers lui.
- Je viendrai te réveiller quand ça sera l'heure, l'avertit-elle.
Elle s'habilla rapidement, enfila une grosse veste, et s'arrêta devant la porte de Ron et Charlie, interdite. Puis elle vit que les chaussures de Charlie n'étaient plus là, et sortit de la maison à pas de loup pour ne pas réveiller les autres. Elle marcha jusqu'à l'endroit où Charlie lui avait montré Veyser, et vit un grand corps surmonté d'une tête rousse en train de nourrir l'imposant dragon.
- Je ne savais pas que tu avais un si bon sens de l'orientation, fit remarquer Charlie, toujours dos à elle.
- Je me suis repérée avec mon odorat, il n'y qu'un dragon à la ronde, expliqua-t-elle.
Et toi, comment sais-tu que c'est moi qui viens et pas Harry ou Ron ? Se demanda-t-elle.
- Ton odorat, reprit Charlie. Même moi, je ne le sens pas à cette distance, répondit-il, perplexe. Tes sens se sont développés, on dirait, fit-il.
- Chouette, glissa-t-elle d'un ton malicieux qui le fit hausser un sourcil.
Elle s'approcha du dragon, lui caressant délicatement les naseaux, puis remonta sa main sur le haut du crâne autant qu'elle le put.
- Tu pars en même temps que nous ? Dit-elle en voyant que Charlie avait nettoyé la caverne.
- Oui, répondit-il sobrement. Je n'ai plus qu'à prendre Veyser, et rentrer au Terrier, en attendant mes futurs ordres, ajouta-t-il d'un ton très neutre. On rentre ? Vous avez encore un petit déjeuner à prendre, développa-t-il.
Autant de mots en une seule phrase étonna Hermione.
- Oui, oui, s'empressa-t-elle de dire, sans bouger d'un pouce. Je voulais simplement te remercier, pour ce que tu as fait, et ce que tu fais, de manière générale. Pendant ces quelques semaines, j'ai pu compter sur toi pour toute la logistique, et ça m'a fait du bien, reconnut-elle. Je me suis sentie protégée, expliqua-t-elle gauchement.
Charlie ne dit rien, regroupement les ossements que Veyser venait de recracher.
- Je voulais aussi te remercier parce que tu ne nous juges jamais, continua-t-elle. Tu ne nous donnes pas de conseil, tu n'essayes pas de freiner Harry, tu n'as rien dit quant à notre départ…disons, précipité, fit-elle d'une voix qu'elle modula sans trop savoir pourquoi.
- Je n'ai rien à dire, réfuta Charlie. Vous êtes des grands, vous agissez comme bon vous semble, ajouta-t-il avec indifférence.
Lorsqu'elle entendit « vous êtes des grands », Hermione se sentit extrêmement piquée au vif, ressentant l'inverse de ce que la phrase signifiait : comme une petite fille inconsciente.
- Oui, nous agissons comme des grands, en effet, Harry a une quête de la plus haute importance, fit-elle remarquer d'un ton guindé en croisant les bras, consciente que ses mots produisaient l'effet inverse.
Charlie consentit à se tourner vers elle, et ils s'affrontèrent du regard.
- Rentre, Hermione, dit-il avec lassitude. Tu vas attraper froid, ajouta-t-il.
- Je rentrerai quand je l'aurai décidé, dit-elle puérilement, une moue capricieuse aux lèvres. Pourquoi est-ce que tu es comme ça ? Attentionné, tout le temps ? Irréprochable ? S'emporta-t-elle sans comprendre pourquoi elle se sentait si agacée.
- Je fais ce qu'il est bon de faire, répondit-il d'une voix impassible.
A ce moment précis, il l'exaspérait, et elle s'exaspérait également toute seule. Elle ne comprenait pas l'enjeu de cette discussion, elle ne comprenait pas sa soudaine indifférence, elle ne savait plus mettre de mots sur ce qu'elle ressentait.
- Si tu as des choses à dire, dis-les, dit-elle soudainement, essayant de réfléchir posément.
- Je n'ai rien à dire, réfuta Charlie en se tournant.
Elle s'approcha de lui, essayant de déceler un quelconque état d'esprit dans ses prunelles, mais ne réussit qu'à percevoir son odeur musquée, qui la fit cligner des yeux. Satanés sens développés, songea-t-elle furtivement.
- Pourquoi est-ce que tu te renfermes ? Demanda-t-elle enfin, mécontente de devoir dire les choses aussi clairement pour qu'il s'explique.
- Je ne me renferme pas, nia Charlie d'un ton bourru.
- Tu n'approuves pas ce projet d'aller voir Xenophilius, tenta-t-elle de deviner.
- Je n'ai rien à approuver, ou pas, répéta-t-il.
- Je vois bien que tu désapprouves, insista-t-elle. Et ça me fait mal, ajouta-t-elle en passant une main nerveuse dans ses cheveux.
Il l'observa quelques instants, partagé.
- Je n'ai rien à dire sur ta vie, Hermione. Je n'ai pas à me mêler de tout ça. Si tu estimes que c'est ce qu'il faut faire, alors fais-le. Tu es la sorcière la plus brillante de ta génération, je ne remettrai jamais ça en cause. Tu as toujours su ce que tu faisais, alors pourquoi est-ce ça changerait ? Agis comme bon te semble, conclut-il d'un ton doux.
Elle ressentit une grande sensation d'impuissance, qui la fit rager. Qu'est-ce que j'attends de lui ? Ce sont exactement les mots que je voulais entendre, se dit-elle, toujours insatisfaite. Elle s'assit à côté de lui, et posa sa tête sur son épaule, rougissante. Elle le sentit se raidir, mais il ne bougea pas.
- Ne te blesse plus aussi profondément, c'est tout ce que je te demande, dit finalement Charlie sans la regarder.
- Si ça arrive, j'espère que tu seras là, dit-elle d'une toute petite voix.
- Je ne veux pas que ça arrive, dit-il d'un ton ferme.
Elle pouvait, de là, sentir que son cœur battait presque aussi fort que le sien : mais ses mots n'avaient rien de plus que ceux d'un ami, et cette constatation serra son cœur. Qu'est-ce qui se passe, là, maintenant, tout de suite ? S'interrogea-t-elle, perdue. Il se leva, s'apprêtant à marcher vers la maison.
- A bientôt, Charlie, fit-elle en le serrant contre lui de façon tout à fait impromptue, même pas consciente de ce qu'elle faisait.
Ils restèrent enlacés quelques secondes, puis Charlie secoua la tête et se dégagea, marchant à grandes foulées devant elle. Hermione sentit ses émotions se glacer, et put presque sentir son cœur couler dans sa poitrine, presque physiquement.
