Ils transplanèrent au beau milieu de la forêt et s'écroulèrent, épuisés par le transplanage.
- Ron, tu me fais mal, constata Hermione en soulevant doucement le bras de son ami qui reposait en travers de son estomac.
- Désolée, répondit le jeune Weasley en se levant prestement. C'est toujours un beau bordel l'atterrissage, se lamenta-t-il.
Un silence se fit, tandis qu'ils se remémoraient les scènes de l'attaque de la maison Lovegood. Harry secoua la tête, dégoûté.
- Quand je disais que je mettais tout le monde en danger, lâcha-t-il d'un écœuré.
- Ne te fustige pas trop vite, Harry, répliqua Hermione. On ne pouvait pas savoir qu'ils faisaient du chantage à Mr Lovegood, tenta-t-elle de justifier.
- J'avais confiance en lui, avoua Ron d'un ton furieux.
- Ce n'est pas de sa faute, rappela Hermione d'un ton sentencieux.
- Bien sûr ce n'est pas de sa faute, ce n'est jamais de la faute de personne, rétorqua Ron d'un ton venimeux. Peut-être que ce benêt de Krum n'avait pas tort et que seuls les gens retors admirent les reliques de la mort, qu'il s'agisse de Voldemort ou Grindelwald, dit-il d'un ton ironique qui démentait son affirmation.
Ils s'affrontèrent un instant du regard, jusqu'à ce qu'Hermione le détourne en premier, lassée.
- Il nous reste des provisions ? Demanda Harry pour changer de sujet.
- Pleins, confirma Hermione. Charlie cuisinait des portions dignes d'un régiment. Enfin, d'un camp dragonnier, rectifia-t-elle machinalement, le ton pensif.
Elle se mit à déballer quelques plats qu'elle versa dans le chaudron qu'elle sortit à son tour du sac, tandis qu'Harry allumait le feu.
- Un régiment ? S'interrogea Ron, un sourcil haussé.
- C'est une expression moldue, s'empressa-t-elle d'expliquer. Un régiment c'est un détachement militaire, une portion d'armée.
Ron se rembrunit légèrement, tandis qu'Hermione fit les gros yeux, ayant deviné qu'il s'était renfermé sans même le regarder.
- Pas faute d'avoir eu un père amoureux des moldus, grogna le roux.
- Il faut croire que ça n'a pas suffi, murmura Hermione en remuant le mélange indistinct.
- Inutile d'être hautaine, s'insurgea Ron. Est-ce qu'il y a un seul domaine où tu ne me corriges pas, s'emporta-t-il.
- Je ne suis pas hautaine, s'écria Hermione en posant ses mains sur le dossier d'une chaise, lui faisant face. Ce n'est pas de ma faute si tu ne t'intéresse qu'au Quidditch, dit-elle d'un ton nerveux.
- Calme-toi, Hermione, lui demanda Harry en s'interposant entre elle et Ron. Moi aussi je n'aime que le Quidditch, plaisanta-t-il pour détendre l'atmosphère.
Oui, mais ça, ça ne m'exaspère pas, répondit immédiatement Hermione dans sa tête, se mordant la lèvre en réalisant son intolérance envers Ron. Celui-ci sortit de la tente sans un regard pour eux.
- Je suis injuste, se rendit-elle compte à voix haute. J'ai toujours trouvé dommage qu'il ne s'intéresse pas à davantage de choses, mais ça ne m'a jamais agacée à ce point-là, déplora-t-elle.
Harry eut une moue compatissante, ne sachant pas très bien comment réagir.
- Tu devrais aller t'excuser, conseilla-t-il. Il a toujours souffert de ça, signala le brun.
- Je ne l'en ai jamais accusé, jusqu'à maintenant, pourtant, contra Hermione vigoureusement.
- Il ne s'agit pas de ça, réfuta Harry. Tu n'as pas besoin de le dire pour qu'il le sente, ajouta-t-il avec hésitation.
Hermione écarquilla les yeux, puis se rembrunit.
- Il est tout de même très susceptible, fit-elle remarquer en croisant les bras, ennuyée.
- Ça aussi on le sait depuis toujours, répondit doucement Harry.
- Il pourrait se montrer plus compréhensif, nous ne sommes plus à Poudlard, la situation est critique, protesta-t-elle.
- Il ne changera pas en une nuit, et toi non plus, rétorqua Harry d'un ton las.
- Il n'a jamais eu envie de changer, observa-t-elle d'un ton amer.
Ils restèrent silencieux, désolés.
- Je n'ai pas ce genre de problème avec Ginny, nota Harry d'un ton où perçait une pointe de satisfaction.
- Harry ! Vous n'avez pas passé 24h consécutivement, ça n'a rien à voir, s'offusqua Hermione en regrettant immédiatement ses mots.
- Merci de me le rappeler, grinça Harry.
- Je suis nulle, ce soir, avoua-t-elle en s'asseyant, les épaules voûtées.
Harry se leva et vint l'entourer de ses bras, caressant son cou.
- Juste ce soir, alors, dit Harry doucement. Vous n'êtes pas… Vous êtes opposés, mais vous vous aimez quand même, c'est incroyable, fit-il remarquer.
- Il m'aime comme une amie, corrigea Hermione. Et moi j'en ai marre d'attendre, et que rien ne change, qu'il ne change pas, que la situation ne change pas, rappela-t-elle d'une voix triste.
- Il ne faut pas espérer quelque chose d'aussi démesuré chez quelqu'un, souffla Harry.
- D'où te vient toute cette sagesse ? C'est Ginny ? S'enquit Hermione, curieuse.
- On parle beaucoup, lorsqu'on se voit, et elle analyse remarquablement bien la personnalité des autres. Je veux dire, elle lit à travers les gens, ce qu'ils pensent, ce qu'ils veulent, leurs obstacles et ceux qu'ils s'infligent à eux-mêmes. Elle m'explique tout ça pendant des heures, et c'est fascinant, expliqua Harry, rêveur.
Hermione ne répondit rien, jalousant de tout son cœur la relation de son meilleur ami avec la jeune Weasley sans pouvoir s'en empêcher. Elle se leva et sortit. Le soir n'était pas encore tombé sur la lande, et le soleil brillait de mille feux à la surface du lac, contrastant avec l'herbe gelée.
- Je suis désolée, lança-t-elle en s'approchant de Ron.
A son grand étonnement, il se tourna vers elle et lui sourit, douloureusement.
- C'est moi qui suis désolé, répondit Ron en la contemplant.
- Non, j'ai été hautaine, je n'avais aucune raison de l'être, c'était injuste, débita-t-elle d'une traite.
- C'est moi qui ai toujours refusé d'entendre que tu avais une telle opinion de moi, contra Ron d'un ton amer. J'aimerais tellement que tu aies autant d'admiration pour moi que ce que j'en ai pour toi, dit-il en la fixant alors qu'elle tournait la tête, incapable de soutenir son regard.
Ils se retournèrent soudain comme un seul homme, Harry courant vers eux, la radio à la main.
- J'ai enfin capté Poterveille ! Je viens d'apprendre qu'un professeur de Poudlard est mort à cause de Voldemort mais je-
Il se cacha soudainement la bouche, mais c'était déjà trop tard : des dizaines de rafleurs émergèrent à leurs côtés, et se précipitèrent vers eux.
Manoir Malefoy
Bellatrix installa Hermione sur une chaise, presque délicatement. Hermione évitait de rencontrer son regard autant que possible, mais c'était compliqué : la mangemort l'observait, curieuse.
- Que voilà une belle Sang-mêlée, siffla-t-elle avec ravissement. Une sorcière intelligente, une belle jeune fille, que pourrait-on lui reprocher à part la pourriture de son sang ? S'exclama-t-elle dans un rire dramatique.
Mon sang, oui, songea la Gryffondor. Mon sang a bien changé, mais cela n'a pas de prix à vos yeux puisque votre idéologie est tout sauf cohérente, se dit-elle avec rage.
- Exprime-toi, ma chérie, je ne te sens pas très à l'aise, railla Bellatrix en s'approchant, un fin couteau à la main.
- Vous devriez comprendre les phénomènes magiques, s'écria Hermione. L'épée est venue à nous, rien de plus, cracha-t-elle.
- Bien sûr, ronronna Bellatrix. Cela fait sens, après tout, que l'Elu soit aidé autant que possible dans sa quête, hein ? Parce que tu es bel et bien son amie, et lui est bien l'Elu ! Mon Seigneur va venir, très bientôt, et il sera très, très, satisfait, ajouta-t-elle avec un ton de petite fille, sourire rêveur, les yeux dans le vague.
Hermione haussa un sourcil. Cette femme est définitivement folle.
- Mais il ne comprendra pas cette histoire ridicule d'épée, et je jure que tu préfères me le dire plutôt qu'à Lui, souffla-t-elle à l'oreille d'Hermione.
Elle leva sa main et commença à tracer des lettres dans la peau d'Hermione qui hurla de douleur, sans pouvoir s'en empêcher. Un peu de sang coula, et vint s'étendre sur la manche de Bellatrix, qui à son grand étonnement, fit un trou dans le tissu.
- Saleté ! Lança Bellatrix en observant ce qui s'était passé. Je n'ai jamais vu ça, constata-t-elle, contrariée.
Elle fit une grande entaille sur le bras d'Hermione qui hurla encore, et trempa son doigt dedans avant de le retirer avec un petit cri.
- Ton sang est littéralement corrosif, annonça-t-elle à Hermione, ébahie. Ce n'est plus une simple expression, ajouta-t-elle dans un rire pervers.
Le sang de dragon réagit aux mangemorts ? Peut-être que ça la tiendra à distance, espéra Hermione. Merci, Charlie, se dit-elle avec une pensée émue.
- Tu souris ? Tu penses que tu es tirée d'affaire ?
Bellatrix eut un grand, long rire sadique.
- A qui tu penses ? A ton amoureux ? Lequel c'est, d'ailleurs ? Ils ont l'air aussi apathiques l'un que l'autre, dit-elle avec une moue de dégoût. Ils n'ont pas la Puissance, chuchota-t-elle avec un sourire épanoui.
Elle reprit le bras d'Hermione et continua à tracer des lettres tout en prenant soin de s'écarter.
- Je ne vais pas te tuer maintenant, décida-t-elle. Il doit voir ce phénomène par lui-même, annonça-t-elle avec un sourire carnassier.
Hermione ne sut comment le prendre, mais opta pour l'option positive. Peut-être que je pourrais m'échapper avant, songea-t-elle en refusant de regarder sa blessure à vif.
Soudain, tout se passa très vite. Sans qu'elle comprenne comment, elle entendit les pas de Ron dans l'escalier, et comprit qu'ils avaient un plan pour s'échapper. Elle se tint prête, Ron et Harry débarquèrent dans la pièce, un combat s'engagea, et elle suivit son instinct : rester le plus proche possible d'Harry et Ron pour pouvoir transplaner, ce qu'ils firent aussi vite que possible.
Cabane de Bill&Fleur
C'était déjà le troisième jour qu'ils passaient chez Bill et Fleur, et la blessure ne s'était toujours pas complètement refermée. Hermione décida finalement d'en parler au jeune couple. Matinale, à l'inverse d'Harry et Ron, elle descendit l'escalier, pour trouver Bill dans la cuisine en train de préparer du café. Elle contempla un instant le timide soleil d'hiver sur la plage à travers les fenêtres, puis s'assit sur une chaise, devant la cheminée.
- Bonjour, Bill, lança-t-elle doucement pour ne pas le déranger.
- Hermione, répondit-il simplement en lui versant une tasse, poussant lait et sucre vers elle.
- Est-ce que tu pourrais m'aider avec ça ? Demanda-t-elle tout-à-trac, en découvrant son bras.
Bill eut une expression choquée, puis réfléchit. Il remonta l'escalier et revint quelques minutes plus tard, avec un baume sans étiquette.
- C'est un des baumes les plus courants du monde sorcier, mais qui nettoie entièrement les traces de magie noire qui empêchent la blessure de se refermer, expliqua-t-il.
- Incroyable que vous ayez ça dans votre pharmacie, marmonna Hermione. Merci !
Elle s'en appliqua une noisette, repensant confusément à toutes ces fois où Charlie s'était occupé d'elle, la soignant, la massant, lui donnant le bain… A cette pensée, elle rougit.
- Au manoir Malefoy ? Demanda Bill dans une question rhétorique.
- Oui, c'est… Bellatrix, elle m'a… Enfin, pendant quelques minutes, ajouta-t-elle, incertaine qu'il eût tout compris, mais incapable d'en dire plus.
Bill hocha la tête.
- Fleur m'a parlé d'Harry pendant ce Tournoi des 4 Sorciers, elle l'admire beaucoup. Comme nous tous, d'ailleurs. Je comprends que vous ne puissiez rien dire, mais on aimerait tout de même savoir un minimum ce qui se passe, lança Bill.
- Je sais, s'excusa pauvrement Hermione. Je… Je l'ai dit à Charlie, tu pourras lui demander si tu veux toute l'histoire, expliqua-t-elle en tournant sa cuillère dans son café brûlant.
- Même lui a été plutôt avare en explication, mais c'est bien Charlie, soupira Bill en croisant les bras.
- Tu as revu Charlie ? Est-il venu ici ? Comment va-t-il ? Demanda immédiatement Hermione en regrettant sa hâte. Néanmoins Bill continua sans faire de commentaires.
- Il va bien. Je le vois lors des réunions de l'Ordre, chez les parents, il a dû faire un compte-rendu lorsqu'il a quitté votre tanière, mais les questions fusaient. Il a coupé au plus court sans rien révéler d'essentiel, à part le fait que vous étiez en vie, bien sûr. Mais beaucoup aimeraient comprendre cette mise en danger permanente que vous vous infligez, signala Bill d'un ton sévère.
- Je sais que c'est difficile, mais fais-nous confiance, plaida Hermione. Charlie nous a fait confiance, murmura-t-elle.
- Difficile, s'exclama Bill. Ron ne me dit strictement rien, on ne sait pas pour combien de temps vous êtes là, ce que vous mijotez avec le gobelin, ça ne nous dit rien de bon. Si Charlie sait les tenants et les aboutissants, c'est normal qu'il vous fasse confiance nous ne bénéficions pas du même luxe, grimaça le grand Weasley.
Hermione se tut, consciente qu'il avait raison, et incapable de lui apporter une réponse.
- Jamais Charlie n'aura été si impliqué dans une affaire familiale, fit remarquer Bill avec un sourire entendu.
- Il a fait beaucoup, reconnut Hermione en hochant la tête.
Elle lui expliqua l'histoire du sang contaminé, sans préciser que les visions d'Harry et l'horcruxe en avaient certainement été à l'origine.
- C'est bien qu'il ait pu passer un peu de temps avec Ron, approuva Bill en grand frère soucieux de l'équilibre de la famille.
- Heu, oui, j'imagine, fit Hermione d'un ton sceptique, ne se rappelant que trop bien de leurs disputes. Ron a l'air de beaucoup lui en vouloir, fit-elle remarquer calmement.
- Et on ne peut pas l'en blâmer, à quoi sert la famille si ce n'est pour être présente ? Charlie a toujours été un peu en retrait, mais n'a jamais semblé en souffrir, alors j'imagine qu'il n'en n'a simplement pas besoin, déduit Bill en reprenant un toast. Ça n'empêche pas qu'il puisse manquer aux autres, bien que la réciproque ne soit pas forcément vraie, ajouta-t-il en mâchant consciencieusement.
- C'était tout de même important pour lui de venir à ton mariage, et surtout, d'être ton témoin, fit observer Hermione.
Bill la regarda soudain, les yeux pétillants.
- Ah oui, tu sais ça ? S'enquit-il en souriant avec complicité.
- Oui, enfin, il n'y a rien d'extraordinaire à cela, vous êtes frères, il semble normal qu'il prenne à sérieux son rôle de témoin, déclama Hermione avec un peu trop de solennité.
Elle s'arrêta là, mais sentit le regard de Bill peser sur elle, curieux.
- Charlie n'a jamais eu besoin qu'on l'aide, même à un âge où ça aurait dû être le cas, soupira Bill. J'étais censé prendre soin de mon petit frère, lui montrer Poudlard et l'aider à se faire des amis, ma mère avait été assez insistante à ce sujet-là, mais autant j'ai dû lancer Percy, autant Charlie s'est très vite repéré seul et n'a pas eu besoin longtemps de mon aide, se souvint Bill pensivement.
Hermione l'écoutait, attentive, tripotant un sachet de biscuit ouvert non loin d'elle.
- Je me souviens du jour où les sélections de Quidditch commençaient, et Charlie n'avait jamais pratiqué. Je l'ai attendu dans la grande salle pour lui en parler, et lui proposer de l'accompagner impossible de le trouver. J'ai attendu une heure, puis comme il ne se montrait pas, je me suis rendu sur le terrain, pour assister aux sélections, j'avais plusieurs copains dans l'équipe. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je le vis, en train de plaisanter avec les membres de l'équipe, déjà à l'aise comme un serpent cornu dans l'eau ! J'attends que les sélections finissent, puis je viens le voir, et il m'annonce très tranquillement qu'il a été le premier sur le terrain, et qu'il a été sélectionné parmi les premiers ! Il n'était pas forcément rapide, mais avait d'excellents réflexes, c'est ce qui l'a fait devenir capitaine de l'équipe, au final, conclut Bill avec nostalgie.
- Le Quidditch est une maladie contagieuse dans cette famille, murmura Hermione d'un ton qui fit rire Bill.
- Surtout chez Charlie et Ginny, et certainement pas chez Percy, rectifia Bill.
Un silence se fit, et Hermione se fit la réflexion qu'elle n'avait jamais autant parlé avec l'aîné Weasley.
- Paradoxalement, Charlie a toujours été un problème pour mes parents, reprit Bill. A force de se débrouiller tout le temps seul, il fait craindre à ma mère les pires dangers, et encore aujourd'hui, elle le couve autant qu'elle peut, soupira-t-il. Papa a accepté son indépendance, mais pas maman. Et il en sera toujours ainsi… Ils poussent Ron à l'indépendance, mais continuent à s'inquiéter pour Charlie, ça n'a pas de sens, fit remarquer Bill en haussant les épaules.
- C'est peut-être pour ça qu'il se tient à distance, émit Hermione.
- Je ne sais pas s'il en est conscient, il passe très peu de temps à la maison. Enfin, sauf depuis qu'il a quitté son camp pour revenir se battre avec nous, corrigea Bill d'un ton chaleureux.
- Il pense qu'il ne sera pas réembauché après son départ… illégal, termina Hermione d'un ton navré.
- Il m'en a un peu parlé, oui, confirma Bill. Charlie est extrêmement doué avec les animaux, je ne doute pas une seconde qu'il retrouvera du travail, même si ça ne sera pas forcément aussi éclatant qu'un camp de dragons en Roumanie, nuança Bill.
Hermione réfléchissait aux mots de Bill, le regard fixé sur sa tasse de café. Bill haussa un sourcil, mais préféra ne rien dire. L'arrivée d'Harry et Ron dans la cuisine la sortit de sa torpeur.
Au terrier
- Venez tous dans la cuisine ! J'ai une excellente nouvelle, s'écria Molly en alertant le Terrier et tous les alentours.
Elle sortit la tarte au caramel qu'elle venait de terminer et la déposa sur la table.
- Ron, Harry et Hermione sont sains et saufs ! Ils sont maintenant chez votre frère Bill, pour un temps indéterminé, annonça-t-elle avec un grand sourire, quelques larmes coulant sur ses joues rebondies. Je vais écrire à Ginny, ajouta-t-elle en se précipitant sur du parchemin.
Des cris de joie se firent entendre : George et Fred sortirent les cotillons et toutes sortes d'inventions bruyantes, Arthur serra sa femme dans ses bras, Percy eut un sourire ému. Alice se tourna vers Charlie, le regard malicieux.
- On dirait que tu les as bien soignés, fit-elle remarquer en lui prenant le bras.
- Que s'est-il passé ? A-t-on des nouvelles plus précises ? Demanda Charlie à sa mère.
Ils s'assirent autour de la table, et Molly servit une part de tarte à tout le monde d'autorité.
- D'après la courte missive que j'ai reçu, ils se seraient fait attraper par des rafleurs, et auraient été conduits à la résidence Malefoy, détailla-t-elle, frissonnant. Mais, reprit-elle avec enthousiasme, ils ont réussi à s'échapper pour atterrir chez Bill sans trop de dommages. Seul l'elfe de maison Malefoy est mort, apparemment, précisa-t-elle.
Comme peu d'entre eux en avaient entendu parler, un silence respectueux mais pas long se fit. Charlie eut un rictus triste, se rappelant qu'Hermione lui en avait parlé avec force.
- Il faut le dire à l'Ordre, décréta Percy qui maintenant prenait tout cela très au sérieux.
- Bien sûr, une réunion est prévue ce soir, répondit sa mère.
- Quand pourra-t-on leur rendre visite ? S'enquit Arthur.
- Je ne sais pas très bien, il faudra être prudents afin de ne pas attirer l'attention des mangemorts, ça sera par petits groupes pour éviter tout phénomène magique de nature trop voyante, développa Molly d'un ton consciencieux.
- Ils ne resteront certainement pas très longtemps, avança George.
- C'est bon signe, ça voudra dire qu'ils ont un plan, ajouta Fred.
Une fois sa tarte avalée, Charlie se leva, suivi de près par Alice. Ils se rendirent dans le jardin, qui reprenait des couleurs après l'hiver rigoureux. Charlie s'assit sur une souche, sentant un grands poids se délester dans sa poitrine. Le manoir Malefoy, songea-t-il. Merlin sait ce qu'il s'est passé là-bas, se dit-il avec lassitude. Et pourtant, vous l'avez fait ! Bravo, Ron, bravo Harry, vous êtes décidément incroyables. Je me demande dans quel état se trouve Hermione… J'espère que la transfusion n'a pas d'effet secondaire à long terme. Je devrais peut-être aller vérifier ça, se dit-il sans trop y penser, dans une espèce de langueur soulagée.
- Mais où te trouves-tu, Charlie, s'enquit Alice, la voix rieuse.
- Désolé, s'excusa le grand Weasley en se redressant, comme gêné par son grand corps.
- Tu penses à eux, comprit-elle. Que s'est-il passé, dans cette cabane en Ecosse ? Demanda-t-elle sans gêne.
- Rien de spécial, maugréa Charlie.
- Pas à moi, fit-elle en baillant ostensiblement.
- Je ne sais pas comment te répondre, répliqua Charlie. Ces trois-là, ils sont… maudits. Ou bien bénis. A priori je dirais maudits. C'est invraisemblable, ce qu'on leur demande d'accomplir. Mais ils ont un don pour le faire, tenta d'expliquer Charlie d'un ton incertain.
Alice se tut, consciente qu'elle ne possédait pas tous les éléments pour comprendre.
- Tu ne peux pas m'expliquer ? Tenta-t-elle, exaspérée d'être entourée de choses qu'elle ne comprenait pas.
- Non. Hermione m'a fait promettre de ne rien dire, se justifia-t-il d'un ton presque didactique.
- Alors si Hermione l'a demandé, s'amusa Alice en s'asseyant à côté de lui.
Charlie se tourna vers elle, et ils s'affrontèrent du regard un instant.
- J'aimerais vraiment la rencontrer, fit Alice d'un ton malicieux.
Au même moment, ils virent passer Molly, Fred et George.
- On va faire un tour à la chaumière, signala George à Charlie.
- Attendez, dit soudain Charlie. Alice, tu voulais les rencontrer ? C'est le moment, affirma-t-il en se levant.
Alice écarquilla les yeux, et sauta sur ses pieds.
- Nous ne pourrons pas être si nombreux, réfuta Molly fermement.
- Prenez ma place, madame, dit révérencieusement Fred en se courbant ostensiblement devant Alice qui s'avança en riant.
- Si Fred n'y va pas, moi non plus, décida George en faisant un pas en arrière.
- Décidez-vous, implora Molly qui trépignait d'impatience.
- Allons-y, commanda Charlie d'une voix assurée en offrant ses bras aux deux dames présentes, saisissant le portoloin classique qui les emmenait chez Bill.
