Pour dire la vérité, Charlie se sentait un peu inutile depuis qu'ils étaient arrivés. A dire vrai, il xauxquelles il obéissait, et qu'il regrettait ensuite, ce genre d'impulsion qui contrastait avec sa nature réfléchie et secrète. Mais enfin, Alice avait l'air d'être à son aise, et mieux, avait proposé une solution efficace au Trio. Il tourna son regard vers Alice, qui bavardait activement avec Ron. Comme si elle l'avait entendu, Alice se retourna et lui fit un clin d'œil. Charlie eut un sourire en coin, pas dupe. Si je la laisse trop longtemps ici, elle deviendra une des nôtres, se dit-il avec amusement.
- On rêvasse, petit frère, lança Bill qui se débarrassait de son tablier.
- Quel homme de maison, répondit Charlie sur un ton tout aussi taquin. Il fait la cuisine, nettoie, et madame assure la représentation à l'international, dit-il en sifflant de façon exagérément admirative.
Bill tenta de lui administrer une bourrade affectueuse, mais Charlie anticipa le mouvement et bloqua son frère.
- Une moldue, soupira Bill. Une moldue, Charlie ! Si j'avais dû parier que tu nous ramènerais une nana-ce qui, rien que ça, fait l'objet d'un pari-, je n'aurais jamais parié sur une moldue, déclara-t-il d'un ton éberlué.
- Je ne ramène personne nulle part, corrigea Charlie. Elle veut aider, elle y arrive, tout le monde est content, se contenta de dire le grand Weasley, qui dépassait presque son frère physiquement.
- C'est ça, se contenta de rire Bill. Fleur hésitait, tu vas pouvoir me renseigner : un drap deux places ou une place ? Se renseigna-t-il, l'œil malicieux.
- Je croyais que c'était toi qui t'occupais de ça, ricana Charlie. Fais comme bon te semble, répondit-il prudemment.
- Ben voyons, le tança Bill. Pourquoi faut-il toujours supplier pour recevoir des informations avec toi ? Je parie que maman ne l'aime pas beaucoup, d'ailleurs. Ça rassurera Fleur, ajouta-t-il.
- Je suis désolé de devoir de te dire qu'elle n'a jamais écorché son prénom, au moins, et qu'étonnamment, je crois que le courant passe, se vengea Charlie, moqueur.
- Bien sûr, bien sûr, dit Bill d'un ton faussement las. Après tout, c'est la copine de Charlie, et ça, Merlin sait que maman ne peut rien refuser au petit Charlie, railla-t-il, mais son frère sut que Bill était tout de même sérieux.
Charlie détourna le regard, agacé. Ils m'en veulent tous, pour une attention que je n'ai jamais demandée, songea-t-il avec tristesse.
- On a pas tous les mêmes besoins, contra Charlie. Maman a toujours cru que je lui cachais ma vie, volontairement, qui sait si elle ne me pense pas toujours en crise d'adolescence du haut de mes 27 ans. Alors si même toi, Bill, n'a pas l'intelligence de penser autrement, je ne peux rien faire de plus, décréta Charlie d'un ton modulé par l'émotion.
Bill haussa un sourcil, surpris que son frère commente sa réflexion avec autant de consistance. Ils ne parlaient jamais de ces choses-là, surtout parce que Charlie répondait très peu, à peine. Mais aujourd'hui fait figure d'exception, apparemment, songea Bill avec étonnement.
- Tu es allé voir un psychomage, ou quoi, réussit simplement à dire Bill.
Charlie le regarda avec exaspération.
- On dirait Ron, souffla Charlie. Non, pas de psychomage, réfuta-t-il. C'est venu sur le tapis lors d'une conversation avec Hermione, précisa-t-il sans bien savoir pourquoi.
Bill tira une chaise, et s'assit, précautionneusement.
- Hermione ? Comme la meilleure amie de Ron qu'on héberge actuellement ? Il y a un an ou deux de ça, maman a eu une réflexion intéressante, raconta Bill en examinant les réactions de son frère. Ron venait de commettre une énième étourderie, je crois qu'il avait renversé un chaudron de soupe en voulant servir quelqu'un, bref, Ron, rit doucement Bill. Et là, maman a dit 'heureusement que la petite Granger lui apprendra à se discipliner pour de bon, j'ai hâte de voir ça lorsqu'on ira manger chez eux', termina Bill d'un ton curieux.
- Et donc ? Fit Charlie d'un ton dubitatif.
- Donc je suis surpris que ce soit avec la copine de Ron que tu abordes ces questions, toi qui ne t'ouvres pas à ta propre famille, répondit Bill d'un ton sec.
Charlie se sentit pris en faute comme un petit gamin, de la même façon que lorsque Bill le prenait à part à Poudlard pour l'obliger à écrire aux parents, ou parce qu'il ne prévenait personne de ses allées et venues. D'un côté, Bill n'avait rien à exiger de l'autre, il ne pouvait s'empêcher de retrouver le sentiment bien connu de culpabilité qu'il avait ressenti tout au long de sa jeunesse lorsqu'il se faisait gourmander par son père ou Bill. Mais ce qu'il pouvait dire à Hermione ne regardait personne, ni Bill, ni sa mère, pas même Ron.
- Je suis rentré, Bill, expliqua Charlie posément en retenant la colère qui couvait en lui. Je suis rentrée pour aider l'Ordre, et je ne repartirai pas tant que cette guerre n'est pas terminée. Alors pas de leçons de moral, dit-il fermement en fixant son frère.
Et qu'est-ce que tu t'imagines de toutes façons ? Se dit Charlie intérieurement, peu décidé à explorer cet aspect de la discussion. Il porta son regard vers Hermione, qui compulsait un de ses ouvrages, concentrée. Qu'est-ce que ça peut bien faire, ce qu'on se dit ? Nos chemins se croisent en temps de guerre, mais pas davantage. Ron l'aime, ajouta-t-il mentalement tout en ayant la sensation vive que l'inverse n'était pas réciproque. Et peu importe s'il avait rêvé la nuit dernière de la scène qui s'était déroulée lorsqu'il lui avait donné un bain, dans la cabane en Ecosse. Peu importe aussi, si le rêve a différé de la réalité, sur la fin, se dit-il avec cynisme. Ça ne veut rien dire. C'est insignifiant, se répéta-t-il alors que la vision du visage d'Hermione défilait dans son esprit, les joues rougies, les épaules dégagées, ses cheveux entourant son visage fin. Non, détachés… Non, attachés, décida Charlie en secouant la tête pour ne plus y penser, lorsque l'Hermione qui se trouvait à quelques mètres de lui leva la tête et le fixa quelques instants, puis écarquilla légèrement les yeux, comme troublée. Charlie se leva et disparut, Alice sur ses talons.
Une fois rentrés dans la maison aux coquillages, tout le monde eut une exclamation de surprise face au grand baril et aux autres produits.
- Mais vous êtes fous, s'écria Fleur. Comment vont-ils le transporter ? Dit-elle, grimaçant à la vue des symboles à tête de mort indiquant la dangerosité du produit.
Hermione courut en haut, et descendit avec sa petite besace traditionnelle.
- Pour les produits, c'est bon. Mais pour le baril, il va falloir s'en servir rapidement, alors mettez-le dans un autre contenant, si c'est possible, dit-elle d'un ton très assuré.
- Je ne veux pas douter de toi, Hermione, mais comment veux-tu rentrer deux bouteilles d'un litre là-dedans ? S'exclama Bill, perdu.
Harry et Ron eurent un sourire entendu.
- Comme ça, fit-elle en prenant une bouteille et la faisant glisser dans le sac, qui l'absorba sans demander son reste.
Un murmure étonné agita l'assemblée tandis qu'Hermione souriait, heureuse de sa trouvaille. Maintenant que Charlie et Alice étaient rentrés, Hermione Harry et Ron savaient qu'ils allaient partir dès le lendemain. Fleur et Bill le comprirent, et décidèrent de réaliser un repas un peu plus festif, afin d'éviter qu'une ambiance morose ne s'installe. Un « plop » se fit entendre, et tous virent débarquer avec plaisir Arthur, Fred et George.
- Vous n'avez pas été suivis ? S'inquiéta Molly en les étreignant.
- Personne ne vient sur cette plage, lança Fred en faisant un clin d'œil à Bill.
Pendant quelques minutes, ce fut la cohue des retrouvailles, et le petit salon se retrouva vite surchargé. Molly décida d'aller en cuisine en prenant comme Alice comme aide, et Fleur s'empressa de les suivre bien peu enthousiaste. Les jumeaux montrèrent à tous leurs dernières inventions avec fierté.
- Allez, Harry et Ron, venez tester nos récentes découvertes, proposa George en leur montrant une gelée jaune fluo.
Hermione fit la grimace tandis que Ron et Harry se précipitaient dessus. Ils se badigeonnèrent le nez de produit, qui les firent soudain éternuer pendant au moins cinq minutes. Hermione avait l'impression que plus ils éternuaient, plus le volume de leurs éternuements montait-si c'était possible.
- Avec ça, n'importe quel professeur te renvoie de cours, affirma Fred.
- Et si tu éternues dans ton chaudron et que tout explose ? Demanda Hermione dubitativement.
- Heureusement que tu es là pour imaginer les meilleurs scénarios, fit George d'un ton gourmand tandis qu'elle levait les yeux au ciel. Allez Ron, celui-ci est pour toi, invita Fred.
Ron prit le pot de crème que Fred lui tendait, et se massa le ventre comme indiqué, lorsque soudain son ventre prit un aspect caramel où s'étalèrent de beaux pectoraux, bien dessinés. Tout le monde éclata de rire, et Ron rabattit son pull prestement, lançant un coup d'œil inquiet à Hermione.
- Ils ne tiennent qu'une heure, soupira Fred. Mais l'effet est beau !
- La couleur est étrange, fit Charlie d'un ton sceptique.
- On doit le perfectionner, confirma George. A toi d'en prendre, Charlie !
Charlie eut un léger rire, que personne ne sut interpréter.
- Allez, l'encouragea Fred. Tu n'as pas envie de faire chavirer tes dragonnes ?
- Mes dragonnes n'aiment pas la couleur caramel, réfuta le grand Weasley.
- Mais elles te désirent certainement de beaux abdos, reprit George.
Charlie souleva alors son t-shirt pour que les jumeaux le laissent tranquille et chacun put voir un torse bien dessiné, qui n'avait nul besoin des produits des Weasley.
- Tu les caches drôlement bien, remarqua Fred. Si j'étais toi, je me baladerais torse-nu, déclara-t-il alors que tous éclataient de rire.
Charlie eut un sourire embarrassé, puis sortit de la pièce.
- Harry, on sait que tu as toujours détesté tes lunettes, alors voilà pour toi, déclara fièrement George.
- J'aime bien mes lunettes, réfuta Harry.
- Ginny a dit que ça faisait trop intello, inventa soudainement Fred. Essaye !
Harry eut une moue sceptique, mais prit la lentille qu'il appliqua avec difficulté.
- Ahaha, s'exclama-t-il. C'est génial ! Ron, tu es brun ! C'est incroyable, je n'avais jamais pensé que ça ferait ça, nota-t-il. George, tu es tout boutonneux, l'avertit le brun en riant.
Hermione sourit, mais sentit l'angoisse sourdre dans son ventre à nouveau, et se leva, incapable de soulager son stress. Elle ferma les yeux, respira, puis les rouvrit, et décida de monter lire pour se détendre, sans le vacarme du rez-de-chaussée. Elle arriva devant la porte de sa chambre, s'assit sur le lit et regarda par la fenêtre où elle vit une grande forme face à la mer, baignée de la lumière de la pleine lune. Elle mit son manteau, descendit par l'escalier de secours, et vint se placer à côté de Charlie, qui se contenta de sourire sans la regarder.
- On marche ? Proposa-t-il en contemplant le reflet de la lune sur la mer, savourant le calme de l'endroit.
- Marcher, fit Hermione. Oui, décida-t-elle. Mon père ne résolvait ses problèmes qu'en allant marcher. C'était plutôt efficace, se souvint-elle avec un sourire amer.
- Charlie ne dit rien, et accéléra le pas.
- Un peu de marche rapide avant le dîner ? Lança-t-il en faisant de grandes foulées, qu'elle tenta vainement de rattraper.
Charlie finit par revenir vers elle, constatant qu'elle n'arrivait pas à suivre le rythme.
- J'ai arrêté mes joggings matinaux, je suis moins en forme, autrement…Lança-t-elle, hors d'haleine.
- Mais oui, fit Charlie d'un ton exagérément complaisant, qui la fit grimacer.
- Je suis sérieuse, reprit-elle d'un ton pincé. On a beau être sur les routes, ce n'est pas la même chose que de faire du sport, expliqua-t-elle alors que Charlie se tournait vers elle, l'œil hilare.
- Il faut savoir reconnaître la supériorité d'autrui, clama le grand Weasley.
Parce qu'elle en avait envie, parce qu'elle en était capable, Hermione se mit à courir, d'abord doucement, puis comme si sa vie en dépendait. Elle fit une pointe de vitesse, laissant toute l'angoisse et la frustration accumulée s'évacuer, ressentant un bien-être immense. Charlie la rattrapa très vite, ce qui la fit grimacer encore, mais à bout de souffle, elle s'écroula sur le sable maintenant froid et savoura pleinement l'espoir, la chaleur, le bonheur qu'elle éprouvait en cet instant précis. Elle se sentait complètement vide, mais pas négativement.
- Je reprendrai mes joggings, affirma-t-elle. Quand on aura retrouvé ces maudits horcruxes, je reprendrai le sport, et je te battrai haut-la-baguette, promis, souffla-t-elle.
- Avec des hypothèses, on peut mettre le chemin de Traverse en fiole, répliqua Charlie d'un ton malicieux.
- Je le jure, promit Hermione avec solennité. Au Terrier tu ne me distançais pas tant que ça, lui rappela-t-elle, le ton nostalgique. Oh bon sang, Charlie, réalisa-t-elle. Ça va faire un an dans deux mois depuis le mariage de Bill et Fleur, c'est incroyable, chuchota-t-elle.
- Et vous avez accompli un boulot formidable, répondit Charlie. Ne pense plus à ça. Pas ce soir, l'enjoint-il en posant sa main sur le front d'Hermione, qui ferma les yeux.
- D'accord, accepta-t-elle en souriant.
Elle le sentait proche d'elle, elle pouvait respirer son odeur musquée similaire à nulle autre, qu'elle reconnaissait à présent immédiatement. Elle se concentra sur sa respiration, qu'elle jugea irrégulière. En fermant les yeux, la main de Charlie toujours posée sur son front, elle pouvait se représenter sa silhouette rassurante, ses longues jambes étendues sur le sable, sa veste en cuir boulochée. Quand elle était avec lui, elle pouvait se laisser aller. Expliquer ses inquiétudes, se montrer vulnérable. Devant Harry et Ron, bien qu'elle adore, elle devait rester le roc lorsqu'Harry doutait, que Ron se décourageait. Elle était celle qui disait toujours « allez, on y va » après chaque épisode traumatisant. Charlie ne la jugeait pas, il se contentait de l'écouter, sans la prendre pour une Miss-je-sais-tout, sans compter sur elle. Si moi je me repose sur lui, sur qui se repose-t-il ? J'aimerais l'aider autant qu'il m'aide, songea-t-elle en se mordant la lèvre. Elle sentait qu'il aimait passer du temps avec elle, mais lui ne s'ouvrait que très peu. Une relation, ce n'est pas à sens unique, regretta-t-elle.
- Comment est-ce que tu fais quand tout ne se passe pas bien au camp ? Quand un imprévu chamboule ton quotidien ? S'enquit-elle, concentrée.
- Difficile de prévoir quoi que ce soit avec des créatures aussi indépendantes que des dragons, répondit Charlie, amusé. Une semaine avant que je parte, un de nos bébés, pourtant pas le plus grand ni le plus gros, a semé la panique en mordant à mort un de ses congénères. Impossible de comprendre pourquoi, et je ne sais pas si, comme les humains, les dragons ont une nature bonne ou mauvaise. Je ne crois pas. Je crois que ça arrive, et puis c'est tout. La mère du bébé mort s'est attaquée au petit dragon, et a bien failli le griller tout cru, mais heureusement, nous l'avons maîtrisée. Malheureusement, fit-il d'un air sombre, un de mes co-équipiers a perdu son bras, et aucun médicomage n'a pu le soigner, annonça-t-il. On a quelques morts par an, au camp, et ça, impossible de le prévoir.
Hermione écoutait, tout ouïe, se demandant si elle aurait le cran d'exercer un métier aussi dangereux.
- Le seul moyen de les calmer quand ils sont dans cet état, c'est de les endormir. Pour ça, on doit les piquer. J'ai dû m'approcher assez pour le faire, et la mère s'est soudain tournée vers moi. Je crois qu'elle ne me reconnaissait plus, estima Charlie. Elle a ouvert sa gueule, et malgré nos protections habituelles, je peux te dire que j'ai tremblé, se souvint-il avec une expression intimidée. Là, je me suis dit « Tu ne peux plus t'écarter, alors prie pour vivre », et par Merlin, j'ai prié ! J'ai vu sa gorge rougeoyer, mais un de mes collègues l'avait piquée, ce qui l'a soudain endormie, d'un coup, comme morte. Heureusement, elle ne l'était pas, précisa doucement Charlie. J'ai fermé les yeux, et l'instant d'après, je vivais. Alors il n'y a pas de solutions, c'est bien souvent la chance qui régit nos vies, conclut-il.
- C'est difficile à entendre, contra Hermione. Agir en toute conséquence de cause, grâce à un plan bien établi, me semble augmenter significativement les chances de survie, objecta-t-elle.
- Je comprends que tu comptes sur ton intelligence la plupart du temps, mais il faut accepter le facteur risque, imprévisibilité, nuança Charlie. Autrement, tu t'accuseras toute ta vie pour ce que tu penses être tes erreurs, alors que la vie le décide différemment, c'est tout, termina-t-il.
Hermione fit la moue, consciente qu'il avait raison, se repassant dans sa tête sa dernière réplique, savourant l'accent très spécial qu'il prenait pour prononcer des mots comme 'intelligence' et 'vie'. C'est un accent unique, se fit-elle la réflexion, étonnée de ne jamais l'avoir entendu avant.
- J'ai peur, annonça-t-elle simplement, sentant son ventre se nouer à nouveau. Notre plan peut tomber à l'eau d'une minute à l'autre, tant il est risqué, on pourrait mourir d'un claquement de doigt, l'endroit sera infesté de mangemort et je… Je n'arrive pas à le prendre calmement, exposa-t-elle d'un ton lugubre.
- Qui le pourrait ? Murmura Charlie.
- Je crois bien que c'est notre plan le plus risqué, dit-elle. Que feras-tu, demain ?
- L'Ordre m'a confié une mission très spéciale. En rapport avec vous, ajouta-t-il sans en dire plus.
Il sera là, demain, comprit-elle. Il éloignera les mangemorts. Il sera là, se répéta-t-elle, sentant une vague de chaleur déferler en elle.
- Si tu vois une Bellatrix Black hésitante, ne l'attaque pas, dit-elle tout-à-coup.
Charlie haussa un sourcil, perdu. Puis comprit.
- Toi ? En Bellatrix ? Bon sang, mais oui, c'est ingénieux, s'exclama-t-il. Comment ? Par Merlin, c'est un plan incroyable, mais tellement risqué, souffla-t-il.
- Je sais, s'écria Hermione en mettant sa tête entre ses mains.
- Doucement, reprit Charlie en l'entourant de ses bras, la plaçant contre lui. Je n'ose pas t'imaginer en Bellatrix, fit-il remarquer pour détendre l'atmosphère. Cette femme est aussi répugnante que… Enfin, il n'y a pas de personnage plus contraire, conclut-il.
- Je ne suis pas pressée de devoir étreindre un corset en dentelle, ajouta Hermione avec dégoût. J'ai vu des photos d'elle, chez Sirius. Comment peut-elle être aussi extraordinairement belle sur certaines photos et aussi terrible dans la réalité ? Se dit Hermione à haute voix.
- La beauté est un critère très relatif, fit simplement Charlie.
- Alice est plutôt belle, lança Hermione d'un ton qui se voulait neutre.
- Ah oui ? Fit prudemment Charlie.
- Oui, confirma Hermione. Elle a l'air d'être quelqu'un d'agréable, ajouta la brune.
- C'est vrai, dit Charlie d'un ton impassible.
Hermione éprouva un agacement devant cette conversation qui, elle en était sûre, n'était innocente pour aucun des deux, bien que Charlie reste extrêmement vague. Elle fixa la mer, contrariée. Charlie se raidit.
- Tu peux bien me le dire, fit Hermione d'un ton décidé.
- Te dire quoi ?
Charlie était l'innocence personnifiée.
- Si vous êtes ensemble, avoua Hermione d'un ton qu'elle voulut dénuer d'émotions. C'est ce que tout le monde pense, après tout, ajouta-t-elle consciencieusement.
- Est-ce que ça t'intéresse ? Demanda Charlie tandis qu'Hermione levait les yeux au ciel.
- Non, pas du tout, grommela-t-elle en se détachant de lui.
Charlie eut un petit rire à sa réaction.
- Est-ce que je te demande si tu es avec Ron, dit soudainement Charlie d'un ton très sérieux.
Hermione sentit son sang se glacer et referma ses bras sur sa poitrine.
- C'est bien ce que je pensais, fit-il. Madame peut poser des questions, et veut obtenir des réponses, mais ne retournerait aucunement la pareille, termina-t-il d'une voix indifférente, légèrement amusée.
Hermione ouvrit légèrement la bouche, choquée, mais ne sachant que répondre. Charlie l'observa quelques instants, puis reporta son attention vers la mer, les mains dans les poches.
- Ron a passé une année entière à embrasser goulument une Barbie qui faisait partie de notre promotion, à Poudlard, et n'a pas été foutu de m'inviter au bal de quatrième année. Alors non, nous ne sommes pas ensemble, le renseigna-t-elle d'un ton cinglant, sentant le sang bouillir dans ses veines.
- Tu lui en veux encore, fit Charlie sur le ton du constat.
- Non, nia-t-elle avec force. Ce n'est pas à lui que j'ai envie de parler de ce que je ressens, ce n'est pas avec lui que j'ai envie d'être lorsque je remarque quelque chose d'intéressant, ce n'est pas avec lui que je peux exprimer le fond de ma pensée sur des domaines qu'il jugerait ineffablement ennuyeux, lança-t-elle d'un seul coup.
Ce n'est pas lui que j'ai très envie de frapper, là, tout de suite, ajouta-t-elle dans sa tête. Charlie ne répondit rien, se contentant de faire quelques pas.
- Tu vois, reprit-elle avec fougue. Je viens de t'exposer mon opinion sur le sujet en long, en large et en travers, mais toi, tu es toujours autant avare d'informations, dit-elle avec colère, s'avançant vers lui en le regardant dans les yeux.
- En quoi est-ce que mes histoires avec Alice pourraient bien t'intéresser ? Contra Charlie d'un ton faussement insouciant.
Ses histoires, songea Hermione en se raidissant. Elle imprima dans sa mémoire son regard lointain, sa mâchoire crispée, ses mains enfouies dans ses poches de pantalons
- Je ne sais pas, à vrai dire, tu as raison, d'ailleurs, que fais-tu là, ici ? Tu perds ton temps. Si tu n'as rien à me dire, si tu ne veux rien me dire, j'en déduis que tu choisis mal tes fréquentations, alors rentre, ordonna-t-elle en croisant les bras.
Charlie ne savait pas bien quoi dire, mais il savait une chose : il n'avait pas envie de rentrer.
- Tu m'en veux, devina-t-il.
- Quel génie, marmonna Hermione. Bien sûr que je t'en veux ! Tu… Tu n'es pas capable de… Je déteste cette famille, cria-t-elle. Vous êtes des incapables !
Dire que Charlie était perdu était à des lieux de la réalité, au vu de son expression. Il se rapprocha d'elle, souhaitant la calmer, mais cela ne fit qu'accentuer la colère d'Hermione.
- Pourquoi tu fais ça ? M'écouter, m'aider, me réconforter, me sauver la vie, me prendre dans tes bras, balbutia-t-elle. Si tu ne veux rien avoir à faire avec moi, arrête, commanda-t-elle en se dégageant.
Il s'éloigna, et elle regretta aussitôt les mots qu'elle venait de prononcer.
- J'arrêterai, promit Charlie d'une voix légèrement hébétée. Très bien, accepta-t-il.
- Je ne te demande pas d'arrêter, nuança-t-elle. Je te demande de savoir ce que tu veux vraiment, lâcha-t-elle en rougissant.
Charlie contempla son visage, ses yeux brillants de colère et de détermination, sa bouche pincée.
- Ce que je veux ? Mais Hermione, s'exclama le grand Weasley. Ce que je veux n'a pas d'importance ici ! Ce qui en a, c'est que tu es la meilleure amie de Ron, mon petit frère, qu'il t'aime de tout son cœur, et même si ça n'était pas le cas, hésita-t-il, il y a encore ces dix années qui nous séparent, enfin s'il s'agit bien de ce dont tu parles, ajouta-t-il en se sentant complètement idiot.
Hermione écarquilla les yeux.
- Tu les sens, Charlie ? Les dix années, là, maintenant, tout de suite ? Lui demanda-t-elle en se postant à quelques centimètres de lui, plongeant son regard dans le sien tandis que son cœur palpitait si fort qu'elle crut qu'elle allait s'évanouir.
