- Prête ? S'enquit Harry en regardant Hermione d'un drôle d'air.

- Oui, quand tu veux, répondit aussitôt la brune d'un air maussade.

- On peut attendre, si tu veux, proposa Ron d'une voix qui se voulait attentionnée.

- Non, s'emporta Hermione. Non, merci, on a déjà assez attendu, Ronald, ajouta-t-elle alors qu'Harry et Ron échangeaient un regard, inquiet.

- Je n'ai rien fait pour que tu m'appelles par mon prénom entier, indiqua le roux d'une voix incertaine, tentant d'alléger l'atmosphère lourde de tension.

Hermione lui lança un regard exaspéré, et le jeune Weasley haussa les épaules, perdu. Harry tendit une fiole vers Hermione, qui la but d'une traite devant les yeux ébahis des deux autres.

- Le goût était étonnamment plaisant pour une potion contaminée par un cheveu de Bellatrix, expliqua Hermione.

Son expression changea du tout au tout alors que la potion faisait effet. Interloqués, Harry et Ron l'observaient, partagés entre l'inquiétude et la fascination. La jeune fille prit quelques centimètres, perdit quelques kilos, et inspira sous la pression du corset. Les deux garçons reculèrent d'effroi, tandis qu'Hermione haussait un sourcil.

- Rappelez-vous, ce n'est que moi, hasarda Hermione d'un ton hésitant.

- Tu… Eh bien, tu… Tu devrais te voir, acheva Harry en cherchant frénétiquement un miroir dans le sac extensible d'Hermione.

- Elle n'en n'a peut-être pas besoin, Harry, l'arrêta Ron d'un ton consciencieux, et Hermione esquissa un sourire ému devant son inhabituelle finesse émotionnelle.

Elle inspira une nouvelle fois.

- Donnez-moi ce miroir, décida-t-elle en se mordant la lèvre.

Harry et Ron écartèrent une nouvelle fois les yeux, peu habitués à voir Bellatrix se mordre la lèvre comme une collégienne. Hermione attrapa la vitre portable puis la laissa tomber lorsque son reflet s'afficha.

- Merlin, murmura-t-elle en se ressaisissant.

- C'est euh, très étrange, de voir Bellatrix adopter une expression aimable et peu rassurée, fit remarquer Harry. Je crois que je ne pourrai pas m'y faire, précisa-t-il.

- Je ne suis pas crédible, réalisa Hermione. Comment être crédible ? Demanda-t-elle, perdue.

- Fais comme si tu voyais Lavande, suggéra Harry avec un rictus en évitant le regard noir de Ron.

Hermione haussa un sourcil d'un air condescendant.

- Oui, oui, comme ça, acquiesça Ron d'un air subjugué.

La brune eut un sourire de triomphe, et releva son port de tête, prenant une moue agacée.

- On y va ? Demanda Harry en guettant que personne ne les surprenne dans la rue.

- Attends, murmura Ron en s'approchant enfin d'Hermione, qui eut une légère rougeur au vu du peu de distance entre eux.

Il s'approcha très près d'elle, et Hermione comprit qu'il était hypnotisé par le mélange entre la beauté sauvage, cassée, de Bellatrix, et ses expressions à elle, reflets de sa personnalité.

- Tu es extraordinaire, souffla Ron en la dévorant des yeux. Ton courage m'épatera toujours. Et là, avec ce… enfin, c'est… Tu es très belle, ajouta-t-il en se détournant tandis qu'Hermione ne sut comment réagir, partagée entre l'émotion du compliment et le fait qu'une partie de lui était attiré par Bellatrix, et non uniquement par elle.

Une tornade de culpabilité s'abattit sur elle lorsque l'image de Charlie qui tournait dans sa tête depuis qu'ils avaient quitté le Terrier vint une fois de plus l'assaillir. Encore une fois, il avait fui face à sa question-elle-même ne savait pas comment elle avait eu l'impudence d'être aussi directe avec lui. Et là, qu'en aurais-tu pensé ? M'aurais-tu trouvé dangereusement belle, toi aussi ? Suis-je trop quelconque lorsqu'il ne s'agit que de mon corps et pas celui d'une autre ? Pourquoi me fuis-tu ? Songea-t-elle avec colère, se promettant de faire attention à sa réaction si elle le voyait aujourd'hui à Gringott's. Tu as intérêt à y être, parce que je tremble de peur, pensa-t-elle. Elle inspira une dernière fois, et lança un regard d'avertissement à ses amis. Elle était prête.

Elle pouvait sentir sur sa peau tous les regards des sorciers et autres créatures, à moitié lubriques, à moitié craintifs. Elle sentit une vague de confiance en elle la submerger tandis qu'elle s'efforçait de museler sa peur. La tête haute, le port noble, elle prenait un certain plaisir à s'affirmer ainsi, mais ne pouvait s'empêcher de redouter la moindre confrontation. Ses craintes furent vite confirmées lorsqu'un sorcier de haute taille vint se poster devant elle, s'inclinant doucement.

- Madame Lestrange, la salua-t-il.

- Oui, oui, je suis occupée, répondit en hâte Hermione en se maudissant, accélérant le pas.

Pas louche du tout, songea-t-elle, mortifiée. Tout était calme sur le chemin de Traverse, et elle essayait de ne pas prêter attention à tous ces gens qui la saluaient avec déférence-quel genre de célébrité pouvait bien être Bellatrix à présent ? Elle vit avec soulagement la porte de Gringott's, et entra. La nervosité la fit resserrer sa prise sur baguette, et elle entendit une vague de murmure traverser le somptueux édifice alors que les goblins, attablés aux comptoirs de marbre, levaient lentement la tête. Elle se figea une seconde, puis reprit sa marche, manquant de trébucher à cause des hauts talons. La baguette, comprit-elle. Ils sont au courant qu'elle est censée être perdue. Merlin, Merlin, Merlin, pria-t-elle frénétiquement.

- Je voudrais accéder à mon coffre, déclara-t-elle d'une voix pas aussi assurée que prévu.

Le goblin la regarda avec tant de scepticisme qu'elle retint un hoquet de terreur.

- Bien sûr, dit-il lentement en prenant une clé. Votre baguette, indiqua-t-il.

- Quoi, ma baguette ? Je ne vous fait pas confiance, cracha-t-elle. Ma baguette reste entre mes mains, mes seules mains, siffla-t-elle en imitant aussi bien qu'elle put le ton aigu et furieux de Bellatrix.

Le goblin s'inclina bien bas, immédiatement, et se mit en marche. Hermione retint un sourire victorieux, et ne put s'empêcher de regarder autour d'elle, à la recherche d'un membre éventuel de l'Ordre. Un goblin courut vers le directeur de banque, lui souffla quelque chose à l'oreille, tandis que celui-ci jeta rapidement un regard méfiant à Hermione. Un vent de panique reflua en elle.

- Dépêchez-vous, ordonna la sorcière aux cheveux de jais en levant sa baguette.

- Excusez-moi, murmura l'autre en renvoyant le goblin d'un geste énervé.

Hermione le suivit jusqu'à un chariot qu'elle avait déjà vu dans des mines moldues. Astucieux, songea-t-elle avec surprise. Elle pouvait sentir les deux garçons dans son dos et reprit confiance en elle. Alors que Gripsec étourdissait le goblin qui conduisait le chariot et le jetait par-dessus bord sans remord, Hermione se tourna vers Harry et Ron avec soulagement.

- Tu as été dangereusement insupportable, s'exclama Harry d'un air admiratif.

- Vous vous ressemblez, quand vous êtes en colère, déclara Ron en se protégeant d'une claque hypothétique d'Hermione.

Ils arrivèrent devant le coffre, et Gripsec ouvrit celui-ci tandis que les trois jeunes entraient, subjugués par l'amoncellement d'or et de biens. Ils se mirent à fouiller frénétiquement, mais leur précipitation déclencha un sort de multiplication qui firent se multiplier pièces, coupes, et autres objets.

- Personne ne bouge, hurla Hermione.

Les deux garçons s'immobilisèrent.

- Je la vois, décréta Harry en sautant pour rejoindre une petite coupe, mais cela ne fit qu'augmenter le nombre d'objets qui atteint un niveau redoutablement haut.

Ron et Hermione tentèrent de gagner la sortie tandis qu'Harry courait vers eux, à moitié étouffé par les pièces qui dégringolaient sur lui.

- Il va nous enfermer, prévint Ron en essayant de se jeter sur le goblin, qui échappa de peu à sa prise.

Ils s'extirpèrent du coffre au dernier moment, et coururent vers le chariot, mais le goblin avait déjà alerté tout l'établissement comme sonnaient d'immense cloches d'avertissement. Un cri se fit entendre au loin, davantage animal qu'humain, et leur sang se glaça.

- Il a pris le chariot, s'écria Hermione d'un ton impuissant.

Un bruit sourd se fit entendre et ils comprirent que des chariots remplis de goblins furieux les attendaient. Des sorciers volaient, certains avec balais, certains sans, et un instant, ils se virent complètement encerclés.

- Courez, hurla Hermione en allant vers la seule direction possible : devant elle.

Des traînées noires crées par les mangemorts les poursuivaient, parfois altérées par des traînées blanches-des non-mangemorts. Hermione vit rapidement Kingsley Shackebolt et sentit une vague de soulagement déferler en elle. Ils s'arrêtèrent net lorsqu'ils atteignirent un plateau éclairé par la lumière du jour, où trônait l'origine du bruit effroyable.

Un dragon, réalisa Hermione assez positivement, puis se rappela qu'il n'était pas aussi domestiqué et coopératif que Veyser. Un dragon, réalisa-t-elle enfin. Tous différents, réfléchit-elle très vite. Il n'y a pas de moyen unique pour les calmer. Les piquer, les endormir, mais comment, se désola-t-elle intérieurement alors que les deux garçons créaient boucliers sur boucliers.

- Un sort d'endormissement ! Somnabas ! S'écria-t-elle en pointant sa baguette sur le dragon.

Malheureusement son cri dirigea l'attention du dragon vers elle et elle put constater l'absence totale d'efficacité du sort quand il s'avança vers elle, l'encerclant avec sa queue. Harry et Ron ne bougèrent pas, conscients que se rapprocher du dragon n'était pas la solution-Hermione était seule. Elle laissa son instinct parler, et hurla :

- Charlie ! Charlie ! Charlie !

L'écho de la caverne amplifia si fort son cri le dragon bougea la tête, confus. Elle augmenta le son de sa voix par un Assurdiato.

- Charlie, Charlie, Charlie, répéta-t-elle comme une litanie satanique, ses cris résonnant à présent entièrement dans la caverne, couvrant presque les grognements du dragon.

C'est la fin, songea-t-elle. Je me sens étrangement calme pour quelqu'un qui va mourir. Un dragon, comme c'est drôle, se dit-elle. Elle fixa Harry et Ron, gelés d'horreur. Elle aurait aimé leur dire qu'elle les aimait, mais tout ce qu'elle pouvait faire, c'était crier encore et encore le nom du grand Weasley. Alors que le dragon s'approchait lentement d'Hermione, prêt à l'avaler, et qu'Hermione ne pouvait que fixer sa gorge béante, elle sentit plus qu'elle ne vit enfin Charlie arriver, se poser de son balai. Il écarquilla les yeux en la voyant, paraissant plus choquée par elle que par le dragon, et elle se souvint qu'elle était toujours grimée en Bellatrix. Dans ses yeux, aucune admiration : simplement de la surprise.

- Prenez mon balai, hurla-t-il en lançant celui-ci à Hermione, qui le saisit aussitôt.

Elle courut vers Harry et Ron, à qui elle transmit le balai.

- Peut-on y monter à trois ? Demanda-t-elle aux deux garçons tout en observant Charlie faire face au dragon avec angoisse.

Charlie sortit sa baguette et tenta quelque sorts, essayant de repérer le point faible du dragon, mais cela ne devait pas très bien marcher puisque le dragon continuait inexorablement à essayer de l'attaquer.

- On a pas le choix, déclara Ron en enfourchant le balai, se faisant aussi petit que possible pour laisser de la place aux autres.

Harry prit place aussi rapidement que possible, se collant à Ron pour qu'Hermione puisse tenir dessus aussi. Cependant, Hermione resta figée quelques secondes, n'arrivant pas à se décider. Je ne peux pas le laisser, comprit-elle en voyant Charlie éviter les attaques du dragon tant bien que mal.

- Hermione, va-t'en, hurla Charlie en faisant de grands gestes, énervant encore davantage le dragon.

Non, je ne peux pas, songea-t-elle, crispée par l'indécision, sentant les deux garçons s'impatienter.

- Par Merlin, Hermione, dépêche-toi, s'égosilla Harry en la prenant de force par le bras.

Il doit y avoir une solution, pensa-t-elle. Il y a toujours une solution. Charlie n'a aucun moyen de s'échapper, je ne peux pas le laisser. Je ne veux pas le laisser, décida-t-elle en voyant les traînées noires des mangemorts se rapprocher. Le dragon se tourna vers les deux garçons lorsqu'il entendit le cri d'Harry et ouvrit sa gueule.

- On se rejoint au Lac Noir, cria-t-elle par-dessus le raffut occasionné par le dragon. Elle leva sa baguette, enchantant le balai d'un sort qui fit décoller le balai, secouant les deux garçons qui partirent droit vers le ciel, bien involontairement.

Charlie écarquilla les yeux, et lança un regard terrible à Hermione qui crut qu'il allait la dévorer toute crue. Il s'avança vers et se positionna devant elle, empêchant le dragon de l'atteindre.

- J'ai peut-être un sort qui peut marcher, fit-elle en sortant sa baguette.

- On a pas le temps, décréta Charlie en la soulevant de terre et la déposant de force sur le dos du dragon qui cabra.

Il fit sauter les chaînes qui retenaient le dragon, et sauta derrière elle. L'animal décolla immédiatement, faisant sursauter Hermione, que Charlie stabilisa en la tenant très fort par la taille. Elle risqua un regard derrière elle, voyant les mangemorts se rapprocher, puis vit soudain le plafond en verre droit devant elle. Elle ferma les yeux, et Charlie se jeta sur elle, la protégeant. Une seconde plus tard, ils étaient à l'air libre, et elle rouvrit les yeux avec peine. Charlie resserra sa prise autour du dragon, et celui-ci fit une pointe de vitesse qui donna à Hermione l'impression qu'elle allait mourir écrasée par la pression. Prenant son mal en patience, elle referma les yeux, se contentant de savourer l'étreinte de Charlie. Bien qu'elle eut impression que cela prenait des heures, le dragon s'arrêta une demi-heure plus tard, plongeant net vers un sous-bois dégagé.

- Attention, prévint Charlie en la serrant encore plus fort contre lui, se détachant du dragon.

Il défit les mains d'Hermione amarrées à une écaille, l'obligeant à lâcher prise, et ils tombèrent de l'animal. Elle eut assez de présence d'esprit pour enchanter leur chute, de façon à ce qu'ils retombent doucement, s'inspirant du sort de Dumbledore lors du Tournoi sorcier. Ils atterrirent sur une colline dépourvue de végétation, de couleur marron, entourée d'arbres secs. Hermione s'assit, reprenant son souffle, tandis que Charlie, déjà levé, inspectait les environs. Elle constata avec joie qu'elle avait retrouvé son apparence normale.

- Merci, dit-elle distinctement. Tu es arrivé au bon moment. Comme d'habitude, on dirait, ajouta-t-elle d'un ton franc.