Alors qu'Hermione s'écartait, comme brulée au fer rouge, Charlie saisit sa baguette et la pointa immédiatement vers l'intrus. Un visage fatigué et des traits tirés leur fit face, et Hermione détourna le regard, honteuse, tandis que Charlie se levait difficilement.

- Rémus, l'accueillit brièvement le grand Weasley. Comment nous as-tu trouvés ? Je croyais qu'Hermione n'avait pas envoyé de Patronus, fit-il en se tournant vers elle.

- Finalement, je l'ai fait, répondit-elle en tordant ses mains, sans oser regarder Lupin. J'ai envoyé un Patronus à l'Ordre pour confirmer que nous étions en sécurité, admit-elle.

- Et c'était ce qu'il fallait faire, reconnut Lupin d'un ton doux.

- Comment vont Harry et Ron ? S'enquit-elle, la voix mordue d'angoisse.

- Ils sont en sécurité, à Poudlard, chez Abelforth, le frère de Dumbledore, leur apprit Rémus en glissant un regard qui parut accusateur à Hermione.

Abelforth, songea-t-elle. J'aurais aimé faire sa rencontre en même temps que toi, Harry, se dit-elle, consciente de l'importance que cela avait dû avoir pour le brun. Une vague de culpabilité s'abattit sur elle de nouveau.

- Plusieurs équipes sont parties à votre recherche, malgré ce Patronus. Avec le danger qui coure, mieux vaut savoir où tout le monde se trouve, précisa Lupin.

- Ce n'était pas la peine, affirma Charlie en se souvenant pourtant de l'insistance avec laquelle il avait demandé à Hermione de produire le Patronus.

- Ta mère ne pense pas de cette manière, fit Lupin dans un rictus.

Hermione et Charlie échangèrent un regard complice. Ils avaient longuement discuté de la relation étrange qui subsistait entre Charlie et sa mère. Lupin haussa un sourcil.

- Allez-y, fit soudain Hermione. Je ne peux pas rentrer au Terrier, je dois me rendre directement chez Abelforth, lança-t-elle. Ils ont besoin de moi, fit-elle dans un souffle.

- C'est impossible, fit simplement Lupin. Ils ont failli se faire repérer par des mangemorts et l'endroit est assidûment gardé, au cas où ils recevraient de l'aide, justement, annonça-t-il.

Hermione ressentit un profond désarroi et maudit ses choix, consciente qu'elle se montrait très hypocrite envers elle-même.

- Allez, venez tous les deux, fit Rémus en tendant son bras.

- Nous ne devrions pas transplaner tous les trois, cela va attirer l'attention, regimba Hermione.

- Cela évite les risques de se retrouver à deux endroits différents, ce qui n'est pas du tout ce que l'on recherche, là, tout de suite, conclut Lupin en tendant son bras.

Charlie prit une grande inspiration, et sa voix se fit grave.

- Une dernière chose, Rémus, dit-il, et Hermione se tendit. Peux-tu rester discret ? Demanda-t-il en fixant Lupin dans les yeux.

Comment arrive-t-il à le regarder dans les yeux ? S'étonna Hermione, encore honteuse.

- Évidemment, fit Lupin en haussant les épaules. Cela ne me regarde pas, bien sûr. Si j'ai appris une chose, c'est qu'en temps de guerre plus que tout, nous ne choisissons que peu les émotions qui s'imposent à nous, soupira-t-il.

Il doit penser à Tonks et son bébé, se dit Hermione.

- Mais faites attention aux conséquences, prévisibles et moins prévisibles, de vos actes. Votre unité ne doit pas faiblir, dit-il en s'adressant à Hermione. Sous aucun prétexte, ajouta-t-il.

Charlie grimaça, et Lupin le regarda d'un air peu amène, qui étonna Hermione. Puis ils se prirent le bras et transplanèrent. Lorsque ce fut enfin terminé, Hermione fut la seule à mettre plusieurs secondes à se relever. Charlie eut le réflexe de proposer son bras, mais le retira à la seconde où elle fut debout. Hermione vit le Terrier et son cœur se serra. Lupin ouvrit la porte et Tonks se jeta dans ses bras. Hermione s'avança, incertaine.

Je n'ai jamais été au Terrier sans Ron ou Harry, songea-t-elle tristement. La maison était silencieuse il était minuit passé. Soudain, Hermione se sentit épuisée, prête à dormir sur le sol. Elle sut que cela n'allait pas être possible lorsque Molly se planta devant eux, plus soulagée que jamais.

- Quel soulagement de vous voir ! Pourquoi n'avez-pas directement transplané ici ? Vous êtes fous, maugréa-t-elle en les entraînant dans la cuisine.

Arthur s'avança et serra Charlie dans ses bras, tandis qu'Hermione saluait les jumeaux.

- Vous devriez être couchés, rouspéta Molly à l'intention de Fred et Georges, qui s'empressèrent de les rejoindre dans la cuisine.

Elle posa deux tasses fumantes devant Charlie et Hermione, leur proposa des gâteaux, puis finit par s'asseoir.

- Mais que s'est-il passé ? Pourquoi est-ce que Ron et Harry ne sont pas avec toi, Hermione ? Et toi, Charlie, n'étais-tu pas censé revenir ici immédiatement après ta mission ? S'étonna-t-elle.

- Ron et Harry sont partis avant moi afin d'être en sécurité le plus vite possible, assura Hermione en intervenant soudainement. Il y avait ce dragon, à Gringott's, et Charlie m'a tirée de ses pattes aussi vite qu'il a pu, expliqua-t-elle très rapidement. J'avais envoyé un Patronus, mais je pensais que vous seriez trop occupés. Le monde sorcier doit être sur le qui-vive, murmura-t-elle en se rongeant les ongles.

- Ce n'est pas rien de le dire, assura Arthur en se massant les tempes. Il paraît que Bellatrix s'est vengée sur un village entier de moldus, et bien que Vous-savez-qui ait condamné ses actes publiquement, cela n'a fait que raviver l'inquiétude des sorciers. Les mangemorts sont désorientés, et ne comprennent pas comment Bellatrix a pu se faire doubler ainsi. Ce qui est bon pour nous, bien sûr, fit-il avec un maigre sourire. Mais il s'il y avait des volontaires pour l'Ordre, c'est définitivement terminé aussi. Avec les mangemorts inquiets, les détraqueurs se promènent partout, et ont même rôdé au-dessus de Londres, soupira-t-il.

- Mais vous en êtes sortis vivants, et c'est le principal pour moi, fit Molly d'un ton décidé en évitant le regard réprobateur de son mari. Dire que mes chers petits sont à Poudlard, surtout Harry, s'exclama-t-elle.

Hermione but entièrement sa tasse, et se sentit rompue par la fatigue. Elle éprouva également une grande tristesse. Je dois rejoindre Ron et Harry, songea-t-elle en agrippant les anses de sa tasse. Molly ne me laissera jamais y aller, je vais devoir partir en pleine nuit. Encore, se dit-elle le cœur serré. Je dois dormir quelques heures, et transplaner, décida-t-elle.

Elle leva la tête, consciente du regard de Charlie qui pesait sur elle. Il détourna les yeux au moment même.

- Hermione, chérie, tu as l'air épuisée. Tu peux dormir dans la chambre de Ginny, j'ai changé les draps il y a peu, dit-elle à la brune qui se leva aussitôt.

Elle fit le tour de la table, embrassant chacun, faisant mine de ne pas remarquer le tressaillement du grand Weasley lorsqu'elle s'approcha de lui. Elle se sentait trop fatiguée pour s'en vexer ou y réfléchir. Lupin la serra brièvement contre lui. Il sait, réalisa-t-elle, que je vais partir. Bien. Elle monta les escaliers, et se dirigea vers la salle de bain, se lava les dents, et enfila son vieux pyjama moelleux en mohair. Elle ouvrit la porte de la chambre de Ginny, chambre froide, peu décorée, puisque l'incendie du Terrier survenu quelques mois auparavant avait tout brûlé. Elle passa sa main sur le bureau recouvert d'une fine couche de poussière, et souffla sur son doigt pour la chasser. Ce n'est pas comme ça que devrait être la chambre d'une adolescente, pensa-t-elle avec mélancolie.

Elle allait poser ses affaires sur le lit lorsqu'elle vit dépasser un papier blanc d'un des tiroirs du bureau. Curieuse, elle s'en saisit, et ne put s'empêcher de sourire lorsqu'elle vit Harry, souriant, en tenue de Quidditch. Une photo prise lors de la victoire en quatrième année, réalisa-t-elle. La photo était cornée à force d'avoir été touchée. Peut-être sont-ils ensemble, maintenant, se dit-elle avec espoir. Je n'ai aucune photo de Charlie, songea-t-elle. Merlin que les souvenirs peuvent être puissants, se dit-elle encore en ressentant une vague de chaleur dans le bas-ventre rien qu'à l'évocation de Charlie. E

Elle se glissa dans le lit, et se sentit plus seule que jamais, une sensation peu familière, et pourtant cruelle. Tenue éveillée par le départ à venir, incapable de penser à autre chose que Charlie ou ce qui se passait à Poudlard, elle décida de ne pas perdre davantage de temps et s'habilla rapidement. Elle sortit discrètement, se jeta un sort de silence. Devant la porte de Bill, elle s'arrêta. Elle savait que c'était là qu'il dormait lorsqu'il rentrait au Terrier, mais frapper lui parut incongru. Bien sûr, elle n'était jamais rentrée dedans. Et à la fois, elle ne pouvait pas partir sans le prévenir. Il doit s'en douter. Ou est-ce que c'est moi qui ai envie de lui dire au revoir ? Nous n'avons pas parlé de ce qui s'est passé. Le doit-on, d'ailleurs ? Il semblait m'en vouloir… Tant pis, décida-t-elle en toquant, rassemblant tout son courage. La porte s'ouvrit et elle inspira. Elle vit un Charlie en pyjama vert bouteille, mais affublé d'une veste en cuir. L'ensemble était comique.

- Je, commença-t-elle en hésitant légèrement.

- Dehors, indiqua-t-il en fermant la porte de la chambre.

Il s'était préparé, il savait, bien sûr. Et ne veut pas en parler dans sa chambre, déduisit-t-elle, ne sachant comment trop se sentir à ce sujet. Ils descendirent les escaliers de la maison silencieuse, puis à la porte, Charlie leva sa baguette pour désactiver les sortilèges de sécurité. A l'intérieur aussi ? S'étonna Hermione. Une fois qu'ils furent sortis, ils s'appuyèrent contre un muret, regardant le ciel, trop noir pour un mois de mai.

- Comment vas-tu faire pour ne pas te faire repérer une fois arrivée à Pré-au-Lard ? Demanda-t-il d'un ton impassible.

- Je m'envelopperai d'un sort de dissimulation, qui ne laisse aucune trace magique. Ce sera certainement fatiguant, mais je n'arrive pas à me reposer, alors qu'importe, fit-elle en haussant les épaules. J'en suis capable, assura-t-elle en voyant son regard préoccupé.

- Je le sais, fit-il simplement, tranquillement.

Cette voix confiante lui redonna confiance en elle et elle réprima une envie de le prendre dans ses bras. Il s'était posté à quelques mètres d'elle, et elle n'arrivait pas à se souvenir de la dernière fois qu'ils avaient été physiquement si distants. A présent, cela semblait lui peser encore plus. Il ne dira rien, alors c'est à moi de prendre les choses en main, comprit-elle.

- Une fois là-bas, continua-t-elle, je n'en sais rien. Cela dépendra d'Harry et Ron, bien sûr. Nous devrions bientôt avoir rassemblé ces foutus objets, dit-elle pour ne pas prononcer le mot. Cette perspective me donne envie de crier de joie, mais aussi de pleurer, avoua-t-elle en pensant à Harry.

Charlie ouvrit la bouche, puis la referma, replaçant son corps aussi loin d'elle que possible.

- Pourquoi faut-il que tu sois aussi renfermé, soupira-t-elle. Je ne te comprends pas, poursuivit-elle en croisant les bras. Le fait que Rémus nous ait…vus, acheva-t-elle péniblement, ne change rien à ce qui est, dit-elle bravement. Tout ce que je sais, c'est que je ne veux pas d'une distance inutile entre nous. Je vais retourner à Poudlard, et j'ai le sentiment qu'il va se passer quelque chose de décisif là-bas. Je refuse de gaspiller ce qu'on possède pour… Pour quoi, au juste ? Il faut bien assumer ce qui s'est passé, dit-elle d'un ton assuré qu'elle était loin de ressentir intérieurement.

Elle guettait sa réaction du coin de l'œil, le cœur vibrant dans sa poitrine. Ne t'éloigne pas, le supplia-t-elle mentalement. Pas maintenant. Il affichait une expression torturée, refusant de faire face à l'évidence. Il se décida à faire un pas vers elle, et elle se blottit contre lui. A présent qu'il la serrait contre lui, elle sentit son humeur redevenir légère, d'une manière si immédiatement absurde qu'elle se trouva ridicule. Mais c'était bon, et c'était tout ce qui comptait.

- Je ne te savais pas si en accord avec le Camp Serpentard, fit-elle en prenant le tissu vert de son pyjama dans ses mains.

- Oh ça, fit-il en haussant les épaules. C'est un vieux pyjama que Molly tenait absolument à m'acheter. Elle le reprise chaque année, et je le mets quand je suis ici, c'est... C'est comme ça, termina-t-il.

- Elle a raison, acquiesça Hermione. Le vert te va très bien, fit-elle remarquer.

Charlie eut un sourire bref, qu'il rengaina aussitôt. Malgré cela, elle le sentit plus détaché.

- Si cela peut arrêter les mangemorts, ainsi soit-il, plaisanta-t-il d'une voix dubitative.

- J'ai eu l'impression diffuse qu'il y avait une tension bizarre entre Rémus et toi, fit-elle en changeant radicalement de sujet.

Charlie ne répondit rien, ce qui aiguisa la curiosité d'Hermione. Elle leva la tête vers lui, toujours contre son épaule.

- Pour faire simple, Tonks et moi avons été à Poudlard en même temps. Elle est plutôt chouette, et on s'est toujours bien entendus. On était assez proches, j'imagine, puisqu'elle a fini par avoir un faible pour moi en dernière année. Ou peut-être que c'était le cas depuis plusieurs années, mais j'ai toujours pensé que c'était Bill qu'elle aimait, pas moi. Molly a toujours voulu qu'ils se marient, mais rien ne s'est passé entre eux, au final, expliqua-t-il le plus brièvement possible.

- Et toi ? Tu n'as jamais rien ressenti pour elle ? S'enquit Hermione en regardant le ciel.

- On était amis, rien de plus, enfin, c'est ce que j'ai toujours cru, jusqu'à ce qu'elle m'avoue ses sentiments. Mais bon, je suis parti en Roumanie tout de suite après, on s'est revus un an plus tard et les choses en sont restées là, conclut Charlie.

- Rémus est jaloux de quelque chose qui est arrivé il y a des années ? S'étonna Hermione, sceptique.

- Peut-être qu'il est très possessif, qui sait, spécula Charlie.

- Ou peut-être qu'elle n'a cessé de t'aimer il y a peu, contredit Hermione.

Charlie haussa un sourcil et ébouriffa ses cheveux, peu convaincu.

- Elle aime profondément Lupin, il n'a pas à s'en faire pour ça, décréta Charlie. Peut-être qu'il ne m'aime pas, tout simplement. On ne se connaît pas du tout, fit-il remarquer.

- Tu n'es pas très expansif, fit Hermione en se blottissant à nouveau contre lui, étouffant un bâillement.

- Allez, vas-y avant de t'endormir ici, conseilla Charlie en la décollant doucement.

Hermione leva la tête vers lui, et le regarda dans les yeux. Elle avait envie de lui dire tout un tas de choses peu raisonnables, de ces phrases désespérées qui semblent indispensables, qu'on a envie de hurler à la face du monde. Hermione ne contrôlait rien de cette situation, rien de ce qui touchait à Charlie Weasley, et elle ne l'acceptait que peu. Rationnellement, elle savait que son état de fatigue avancé et ses émotions lui jouaient des tours. Mais elle n'en ressentait pas moins ce bouillonnement de sentiments pour lui, qui la faisait se sentir aussi légère qu'un jour insouciant d'été alors qu'elle s'apprêtait à se rendre à Poudlard, infesté de mangemorts. Elle s'efforça de se taire, tandis que Charlie posait deux mains sur ses épaules.

Tu n'imagines pas comme c'est difficile pour moi de m'attacher à toi, avoua-t-il. Me demander constamment si tu vas bien, si cette fois tu n'es pas morte, si tu n'as pas pris la mauvaise décision, pour une fois. Prétendre que tu n'es qu'une connaissance lointaine lorsqu'on est en public. Essayer d'oublier les regards énamourés que te lance Ron, tout en ayant l'impression de trahir mon petit frère, dit finalement Charlie d'une voix enrouée par l'émotion.

Hermione détourna les yeux, impuissante.

Tu n'as pas choisi cette situation, moi non plus, c'est sûr, continua-t-il. Et même si cette guerre se termine ? Que se passera-t-il, entre nous ? Que peut-il se passer ? Je ne me suis jamais investi pour quelqu'un, Hermione. Je sais à peine comment prendre soin de moi, alors toi ? Émit Charlie dans un rictus désespéré.

Hermione lut entre les lignes et comprit qu'il redoutait par-dessus tout le fait de s'attacher à elle par peur, peur de souffrir, peur de l'engagement.

Elle se détourna, comprenant qu'il ne la retiendrait pas, et pire, qu'il ne donnait aucune garantie quant à eux. Qu'il niait la force de leurs relations. Qu'il fuyait. Profondément déçue, elle transplana, sans oser le regarder.

Elle avait visionné les Trois-Balais avec plus d'intensité que jamais, et ressentit un soulagement immense lorsqu'elle reconnut les vieilles boiseries familières du pub. A peine s'était-elle remise du choc que l'endroit, auparavant calme, fut tout à coup investi de mangemorts. Agissant par pur réflexe, elle se cacha derrière le comptoir, retenant sa respiration. Elle sentit une main s'abattre sur sa bouche et la soulever. C'est fini. C'est un mangemort. Bien sûr que non, s'admonesta-t-elle. Autrement, il n'aurait pas pris soin de te faire taire, idiote, se dit-elle. Après ce qui lui parut être des heures, la main s'ôta enfin, et elle se retrouva enfin libre, face à un vieillard.

Abelforth, réalisa-t-elle, les yeux écarquillés.

Tu dois être Hermione, dit posément l'homme. Ils n'ont fait que parler de toi, alors tu ferais mieux de te dépêcher. Rassemble tes idées, d'abord, précisa-t-il d'un ton sceptique.

Hermione soupira de soulagement en comprenant qu'il évoquait Harry et Ron.

Toi aussi tu penses être en mission divine ? Au service de mon frère ? Quel gâchis, murmura-t-il.

Arrêter cette guerre, c'est tout ce qu'on désire, répondit-elle en avalant la tasse de jus de citrouille énergisant qu'il lui tendait.

Rien que ça, ricana Abelforth. Cette génération souffre du syndrome du sauveur, dit-il d'un ton amer.

En temps normal, Hermione aurait répondu vertement que non, il ne s'agissait pas de fantaisie, mais qu'Harry était bel et bien la clé de cette guerre. En temps normal, Hermione aurait défendu ses convictions les plus profondes. Mais tout ce qu'elle avait en tête, c'était le temps qui filait, ce temps où elle n'aidait pas ses amis. Elle posa sa tasse avec fracas.

Vous devez me conduire à eux, dit-elle tout-à-coup. Peu importe ce que vous croyez, peu importe la relation que vous entreteniez avec votre frère. J'ai beaucoup lu sur Dumbledore, et je ne partage pas l'idéalisation naïve de Harry. J'ai eu des parents aimants, je n'ai donc pas eu besoin de me reposer sur votre frère. Tout ce que je sais, c'est que vous aidez ceux qui luttent contre Lui, et pour cela, je vous suis infiniment reconnaissante. Menez-moi à eux, dit-elle en inspirant un grand coup.

Abelforth haussa un sourcil. Il la mena vers le tableau, où Hermione vit Ariana ouvrir le passage.

Je suis désolée, chuchota-t-elle à l'égard d'Abelforth.

Elle avait beau ne pas savoir qui était cette femme, impossible de ne pas deviner qu'elle représentait une grande souffrance pour sa famille. Abelforth lui tendit une main, qu'elle serra vigoureusement.

Je comprends mieux qu'ils soient perdus sans vous, dit-il simplement. Ne gâchez pas votre jeunesse et votre intelligence dans cette guerre. Vous valez mieux que ça. Ne renoncez pas à ce qui vous anime, conclut-il en l'observant.

Hermione sentit une rougeur s'étaler sur ses joues, et ressentit en même temps une grande tristesse.

Merci pour tout, fit-elle en entrant dans le tunnel.

Lorsqu'elle déboucha de l'autre côté, elle entendit la voix d'Harry s'interrompre lorsqu'il la vit se relever. En pleine réunion, Harry se tenait au centre de la pièce, Ron à ses côtés, devant l'A.D. Elle vit d'abord la joie, le soulagement, dans les yeux de ses amis, puis la déception et la colère dans ceux de Ron.