La première chose que fit Hermione en se réveillant ce matin-là, ce fut de saisir sa baguette pour vérifier que les protections magiques ne s'étaient pas effacées. En tâtonnant, elle s'aperçut qu'elle avait touché du bois dur-une tête de lit, en fait. Et soudain, elle se souvint qu'elle était chez les Weasley et qu'elle n'avait pas besoin de vérifier ses protection magiques, pour la simple et bonne raison qu'elle était en sécurité. Parce que Voldemort n'est plus, songea-t-elle. Elle aurait dû ressentir un soulagement immense, voir un bonheur indicible, mais au lieu de ça, c'était un grand vide qui avait envahi son cœur. Lorsqu'une personne est sujette à un évènement choquant ou change brutalement ses habitudes de vie, le corps et l'esprit se réadaptent forcément avec difficulté, se récita-t-elle intérieurement. Elle retomba dans le lit, se sentant encore fatiguée.
Une fois n'étant pas coutume, Hermione se permit d'apprécier le confort des draps en coton, la qualité du sommier, et ferma les yeux à nouveau. C'était peut-être la fin de la guerre, mais la menace mangemort planait encore. Il fallait reconstruire. Oublier, pardonner, accepter les fautes commises. Les morts engendrées. Hermione se sentit accablée par ce programme et décida de se lover davantage dans les draps. Elle n'avait envie de voir personne. Pas la force. Comment aider les Weasley après la perte de George ? Que leur dire ? Connaissant Charlie il ne laissera pas échapper un mot dessus, se dit-elle. Il ne peut pas garder ses sentiments pour lui indéfiniment. Il n'y a pas d'autres moyens de faire son deuil, songea-t-elle, désemparée, se soudain coupable de ne pas avoir pensé à Ron. Il devait être plus proche de George que Charlie, réalisa-t-elle avec remords. Tu dérailles, ma vieille, conclut-elle en s'agitant malgré elle. Pourtant, c'est le visage de Charlie qu'elle vit au-dessus d'elle, les yeux de Charlie, qui l'observait avec désapprobation-était-ce une pointe d'amusement qu'elle décelait ? Elle se sentit sourire malgré elle.
Des coups prononcés la firent tout-à-coup sortirent de sa rêverie demi-consciente. La porte s'ouvrit, et Hermione s'emmitoufla complètement dans ses draps, honteuse.
- Je suis venue voir ce que tu devenais, fit Ginny avec un bon sourire en s'asseyant sur le lit supérieur. Ils s'inquiétaient, mais je leur ai dit de te laisser dormir. Ron a décrété que ça faisait un an que tu ne t'étais pas levée à plus de 8h du matin, et que ce n'était donc pas normal. Mais je leur ai dit qu'ils étaient stupides, conclut tranquillement la rousse.
Hermione émit un bâillement sonore, étourdie par le babillage de Ginny. Elle rassembla ses habits, négligemment jetés sur la chaise à côté d'elle. Il faut que je me reprenne, songea-t-elle.
- Je vais prévenir maman que tu es réveillée. On a fini de manger, mais je lui dirai de te réchauffer le hachis parmentier. La bonne nourriture m'avait manqué, soupira Ginny.
En observant la jeune Weasley, Hermione constata qu'elle semblait presque joyeuse-en tout cas, apaisée. Poudlard a dû être particulièrement horrible, se dit Hermione en se sentant absurdement coupable.
- Vous avez terminé de manger ? Mais quelle heure est-il ? S'enquit la brune avec effarement.
- 14h30, fit Ginny en sortant de la chambre dans un rictus, la laissant seule.
Merlin, songea Hermione. Elle prit ses vêtements et se dirigea vers la douche. La maison était totalement silencieuse. Tout le monde devait être dehors. Hermione prit un moment pour profiter du silence, de la paix qui régnait. Elle se lava abondamment pour faire disparaître les dernières traces de sommeil, et entreprit de descendre. Elle se prépara mentalement pour leur faire face à tous. En tant que fille unique, elle n'avait jamais su gérer l'afflux familial et malgré le temps qu'elle avait passé avec eux, il semblait qu'elle ne s'y ferait jamais vraiment. Elle chassa bien vite la pensée de ses parents. Le soleil l'aveugla quelques secondes-ça y est, il commençait à faire beau, et la grande chemise qu'elle avait enfilée lui chauffait presque le dos. Une grande table en bois était dressée, desservie, où Arthur, Molly et Ron devisaient tandis qu'Harry et Ginny se balançaient doucement dans le hamac à quelques mètres de là. Pas de traces de Charlie et Fred.
- Je leur ai dit 14h, mais ils doivent être en retard. Ils doivent être assez occupés ainsi, disait Molly d'un ton énergique. Oh bonjour ma chérie, fit-elle en apercevant Hermione, dirigeant une assiette vers elle de sa baguette.
Celle-ci s'attabla, mangeant lentement. Elle n'avait pas très faim.
- Kingsley et les autres représentants de l'Ordre devaient être là en début d'après-midi, la renseigna Ron en s'approchant d'elle. Ça va ? Lui demanda-t-il doucement.
- Oui, oui, répondit-elle distraitement. C'est à toi qu'il faut poser la question, ajouta-t-elle en l'observant.
- Alice a convaincu Fred d'aller faire un tour en dragon avec elle et Charlie, dit Ron. Personne n'a réussi à lui faire ouvrir la bouche, mais cette fille fait des merveilles, décréta le roux en piquant un crackers au fromage destiné à Hermione.
Il semblait en forme, et Hermione comprit qu'il acceptait la mort de son frère comme faisant partie de cette guerre-ça n'en n'était pas moins douloureux, mais il ne s'apitoyait pas. Il s'inquiétait pour Fred. Hermione fut touchée.
- Charlie a refusé qu'ils montent à trois, pour ne pas blesser Veyser, mais Alice l'a tellement asticoté qu'il n'a pas pu refuser. Comme il refusait de la laisser monter seule avec Fred, il a tenu à être de la partie. Elle a été sacrément efficace à Poudlard avec Veyser, débita Ron avec vivacité, et Hermione comprit que parler pour effacer l'angoisse était définitivement un trait Weasley.
Elle haussa les épaules et prit une bouchée de son hachis, dirigeant son regard vers Harry, qui se leva en la voyant.
- C'est bon, Harry, protesta-t-elle alors que Ginny et lui les rejoignait. C'est repos, aujourd'hui, dit-elle en leur lançant un regard significatif.
Repos. Quel mot étrange, songea-t-elle.
- Ça doit l'être si même Hermione Granger se permet une grasse matinée, sourit-il simplement alors qu'elle levait les yeux au ciel.
- C'est un peu les vacances en avance, en fait, fit remarquer Ron en s'étirant.
Hermione réprima une envie de le contredire. Et Les Buses ?... Elle sentit néanmoins que son intervention ne serait pas appréciée. Alors qu'elle fermait la bouche, un tremblement se fit sentir et tous sursautèrent.
- Les voilà, annonça Molly en désactivant les protections, qui firent apparaître Kingsley et deux autres sorciers à la mine sévère.
- Molly, salua Kingsley avec chaleur. Bonjour à tous et merci de nous recevoir. Je comprends bien que chacun a ses plaies à panser, mais nous avons quelques affaires à régler ici, indiqua-t-il en prenant place autour de la table en bois. La vie continue, statua-t-il rapidement d'un ton néanmoins respectueux.
Une coupe de vin de sureau vint se placer à côté de lui, qu'il leva.
- Malgré ces tristes circonstances, j'aimerais lever mon verre à une bonne nouvelle, déclara-t-il. J'aimerais vous faire part, Madame Weasley, d'une offre d'emploi du nouveau Ministère-secrétaire adjointe à la commission qui s'occupera des procès mangemorts, exposa-t-il avec panache tandis qu'un silence se créait.
Molly ouvrit la bouche, stupéfaite.
- Vous n'êtes pas le membre le plus objectif parmi ceux que je pouvais choisir, développa-t-il. Mais votre action efficace et courageuse pendant la guerre ainsi que votre sang-froid me font dire que vous êtes la personne parfaite pour le poste. Votre sûreté de jugement évitera des peines exagérées, ou bien trop légères, acheva-t-il en la regardant dans les yeux.
- C'est très flatteur mais, … S'opposa-t-elle déchirée.
- Vous avez une semaine pour réfléchir. Je ne peux pas davantage retarder la commission, vous le savez. Mais j'aimerais que vous en fassiez partie. Vous avez été d'une aide précieuse, vous avez fait vivre l'Ordre-et pas seulement par votre hospitalité légendaire-, finit-il dans un rictus amusé.
Hermione se sentit fière pour Molly. C'était inattendu, et progressif de la part du Ministère. Peut-être aussi désiraient-ils intégrer le nom des Weasley, Sang-Purs impliqués dans la rébellion-ô combien pratique ! L'étincelle dure qui s'était installée dans les yeux de Molly depuis le début de la guerre n'était pas partie, loin de là. Hermione sentit que Kingsley ne voulait pas d'une main molle dans cette commission et qu'une entente surprenante s'était développée entre le Ministre et Molly. Arthur semblait éteint, résigné, mais heureux pour sa femme.
- Quant à vous Monsieur Potter… Eh bien, reposez-vous, bien entendu. Mais il serait heureux que vous préveniez le Ministère de vos déplacements. Certains mangemorts influents restent portés disparus et Merlin seul quelles idées ces tordues peuvent avoir. Prévenez-nous, donc, récapitula Shackebolt en serrant la main d'Harry.
- Il ne devrait pas bouger d'ici, indiqua Molly d'un ton protecteur.
- Bien. Nous attendons la date des funérailles de votre fils, il va sans dire, précisa Kingsley en baissant la voix. D'ici là, portez-vous bien. Vous pourrez bientôt désactiver ces protections, fit-il en agitant ses doigts.
- Au revoir, Kingsley, et merci, fit Arthur en lui serrant la main.
Lorsqu'ils eurent disparu, chacun vint féliciter la matriarche.
- Qu'ils donnent une promotion à papa, d'accord, mais maman ? Je ne m'y attendais pas, fit Ron d'un ton étonné.
- C'est tout à fait mérité, répondit Hermione doctement. Et puis, ton père n'a jamais émis de frustration quant à son poste actuel. Je ne crois pas qu'il aimerait être promu. C'était fin de la part de Kingsley, fit-elle remarquer.
- D'autant plus que maman n'a presque plus d'enfants à la maison, dit Ginny. Je ne crois pas qu'elle aurait bien supporté une retraite bien paisible, après… Après George, dit-elle.
- Et ça ne fera pas de mal au Ministère d'obtenir une image progressiste aux yeux de la société sorcière après la guerre, quitte à favoriser les élections, murmura Hermione.
Chacun se tourna vers elle, étonné.
- Je doute que Kingsley voit si loin, fit Ron d'un ton dubitatif. Il sait que les gens n'ont pas la tête à ça, appuya-t-il.
Hermione eut un mouvement d'épaule, agacée par sa naïveté.
- Ca ne serait pas surprenant, contra Ginny. Ils n'ont pas réussi à endiguer la menace représentée par Voldemort, alors peu importe le visage qu'ils se donnent, je n'ai pas confiance, déclara-t-elle d'un ton sceptique.
- Il faut avoir un minimum foi en eux si l'on veut que les choses retournent à la normale, il faut reconstruire les mentalités et empêcher la morosité et le désespoir, argua Hermione avec conviction.
Harry et Ron échangèrent un sourire, amusés.
- Il y a un communiqué de Poudlard ! Annonça Molly en s'avançant vers eux, le parchemin à la main.
Chacun se massa contre elle, tentant d'apercevoir ce qui était écrit. Elle les écarta vigoureusement.
- Laissez-moi lire, rouspéta-t-elle. Il est dit, eh bien, que les cours reprendront en Septembre pour tous ceux qui le doivent, mais que des cours intensifs sont disponibles cet été pour les septièmes années, qui passeraient alors leurs BUSES à la fin de l'été au lieu de l'année prochaine. Ah, les places sont limitées, constata-t-elle en roulant le parchemin.
Hermione sentit le sang affluer dans ses joues. Que voilà une bonne résolution, songea-t-elle.
- Je croyais qu'ils avaient un château à reconstruire, grogna Ron.
- Les travaux dans le monde sorcier doivent être bien plus rapides, murmura Hermione avec admiration.
- Apparemment ils n'ont besoin que d'un mois, grimaça Harry.
- Réfléchissez-y, et nous en reparlerons ce soir au dîner, décréta Molly en se dirigeant vers la maison, suivie par Arthur.
Laissés à leur sort, les adolescents s'assirent dans l'herbe, pensifs.
- Je m'attendais à ce qu'elle nous harcèle pour qu'on accepte immédiatement, dit Ron.
- Elle n'a peut-être pas envie de vous voir partir cet été, soupçonna Hermione. Mais on devrait postuler. Vous n'avez pas envie de devoir refaire toute une année à Poudlard quand même ? S'enquit Hermione l'air de rien.
- Peut-être qu'on peut ne pas prendre ces cours et ne pas refaire d'année à Poudlard, suggéra Ron d'un ton aventureux.
Hermione le foudroya du regard.
- Sans BUSES, tu n'auras pas accès à beaucoup d'emplois dans le monde sorcier, et je ne t'imagine pas travailler chez les moldus, fit-elle.
- Tu as souvent raison, mais pas en permanence, s'insurgea Ron. Je suis libre de faire mes propres choix, assura-t-il en se détournant.
- On en reparlera devant Molly, répondit aussitôt Hermione.
Harry et Ginny échangèrent un regard gêné, le ton ayant significativement monté.
- Harry, tu as toujours adoré Poudlard, pourquoi ne pas y refaire une année ? Pour une fois, on serait dans la même classe, fit-elle remarquer d'un ton neutre que l'éclat taquin de ses yeux démentait.
Elle savait bien que s'il refusait, ils allaient seulement pouvoir se voir pendant les vacances, et c'était bien trop peu à son goût. Hermione le savait bien, mais sa sagesse prit le dessus.
- Harry, ce n'est pas raisonnable, statua Hermione. Si tu passes tes BUSES cet été, tu auras plus de chance d'être intégré chez les Aurors. Cela comptera comme une année supplémentaire pour les employeurs, ça ne sera pas à ton avantage, expliqua-t-elle alors que Ginny réprimait une moue agacée.
- Une année, ça ne change rien du tout, se rebiffa Harry. Toi aussi tu adores Poudlard, Hermione ! Pourquoi vouloir à tout prix travailler si tôt ?
La brune se renfrogna, pas certaine de vouloir s'expliquer entièrement. Elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, mais savait qu'elle refusait d'y retourner une année entière.
- Réfléchis, Hermione, lança soudain Ron. Si tu suis ces cours, leur volume sera forcément réduit par rapport à ce qu'une année entière pourrait t'apporter. Ce serait autant de connaissances perdues, renchérit-il avec un grand sérieux tandis qu'Harry retenait un sourire.
- Evidemment que non, rétorqua-t-elle aussitôt. Si Poudlard prends une telle initiative, c'est que la qualité ne baissera certainement pas. Au contraire, le fait d'être sollicité de façon plus intense intensifie la capacité d'apprentissage, acheva-t-elle avec raideur.
Elle avait conscience des failles de son argumentation, et aurait préféré changer de sujet. Ce fut l'arrivée fracassante de Veyser qui lui en donna l'occasion. Ils virent Fred descendre précautionneusement, tandis qu'Alice faisait des petits bonds à ses côtés. Bon sang, n'est-elle jamais fatiguée, songea nerveusement Hermione, dont le cœur manqua un battement en voyant débarquer Charlie, complètement décoiffé. Veyser fit quelques pas puis redécolla, certainement en quête de nourriture.
- Fred, s'écria Ginny en sautant sur ses pieds. Je propose un Quidditch ! Cela doit faire des mois que tu n'as pas touché de balai, dit-elle en s'avançant vers lui.
Hermione nota sa pâleur cadavérique, mais la course à dos de dragon semblait l'avoir revitalisé-un semblant de sourire se maintenait, au coin de sa bouche.
- Et il faut qu'on la ridiculise, indiqua Harry en se postant à côté d'elle. Elle a trop confiance en elle, ajouta-t-il en regardant Fred à son tour, soucieux.
Fred eut un geste de la main, comprenant le sens de l'effervescence autour de lui.
- Je suis rétamé, indiqua-t-il. C'est peut-être Veyser qui vole, mais il faut arriver à se maintenir, soupira-t-il. J'ai mal aux fesses, dit-il soudainement en posant une main sur son coccyx avec force, ce qui fit rire les autres.
- Alors je te montre mon jeu vidéo, déclara Alice en l'entraînant par le bras. Tu m'as promis d'y jeter un œil, rappela-t-elle avec un ton qui ne souffrait aucune contradiction.
- A quoi ça sert de monter un dragon en jeu vidéo quand on peut le faire en vrai ? S'enquit Fred tout en la suivant à pas fatigués.
Chacun les regardèrent partir.
- Alice a amené un jeu moldu, auquel elle joue sur son ordinateur, expliqua Charlie, heureux d'avoir correctement prononcé le nom de l'invention.
- Son quoi ? S'exclama Ron, médusé.
- Une sorte de machine, assez addictive, apparemment. Elle y passait des heures au camp, se souvint Charlie.
- Tu pourrais jouer aux échecs dessus, par exemple, fit Hermione en se concentrant sur Ron.
- Avec l'ordinature ? A quoi bon si je peux y jouer avec Harry ou papa ? Répondit Ron, se vexant de l'hilarité d'Hermione.
- L'ordinateur, corrigea-t-elle. L'ordinateur est plus fort qu'Harry et ton père réuni, expliqua-t-elle.
Ron ouvrit des yeux si grands qu'elle ne put s'empêcher de sourire encore.
- Il doit être encore plus intelligent que Mc Gonagall. Peut-être même Dumbledore, hasarda-t-il.
- Non, ça, j'en doute, fit Harry d'un ton convaincu, amusé de l'intérêt de Ron.
- Il faut que j'aille voir ça, déclara le jeune Weasley en suivant Fred et Alice.
Harry contempla Hermione, puis Charlie, et prit la main de Ginny.
- Viens, fit-il en l'entraînant à son tour tandis qu'Hermione haussait un sourcil.
- Je n'ai pas envie d'aller voir le jeu d'Alice et Ron, s'insurgea Ginny en résistant.
Harry ouvrit la bouche, réfléchit, puis dit finalement :
- Ta mère a besoin de nous pour le dîner. J'ai promis d'aider, tu oublies que je suis un invité, termina-t-il en l'entraînant à nouveau.
Ginny eut un regard sceptique, puis décida d'obtempérer lorsqu'elle vit Hermione et Charlie baisser la tête de concert. Hermione sentit qu'elle allait mitrailler Harry de questions, et se sentit reconnaissante envers son meilleur ami. Il allait bien falloir qu'ils en parlent, puisqu'Harry n'était pas aveugle, si même Ron l'avait remarqué. Ou peut-être pas, songea Hermione lâchement, se détestant. Elle secoua la tête et leva les yeux vers Charlie, prise d'une soudaine timidité.
- C'était une bonne idée d'emmener Fred, dit-elle doucement. Comment va-t-il ?
Charlie se mit à marcher, et elle emboîta son pas, se sentant redevenir indéniablement légère.
- C'est Alice qui y a tenu. Elle n'a peut-être aucun tact, mais sa stratégie semble plus efficace que le reste de la famille. C'est une chance qu'ils s'entendent si bien, dit-il
- C'est vrai, confirma Hermione. Elle, hum… Je comprends bien que le temps forge les amitiés, mais… Vous n'avez pas le même type d'humour, remarqua Hermione. Bien sûr ce n'est pas nécessaire mais… En fait, vous êtes l'opposé l'un de l'autre, finit-elle piteusement sans arriver à exprimer sa pensée correctement.
Charlie se contenta de sourire, et elle se fit la réflexion qu'elle aimait son silence.
- Est-ce que ça va ? Demanda-t-elle soudain, ne sachant comment tourner sa question autrement.
Elle ne s'encombrait pas de politesse. Lui non plus. A quoi bon ?
- Je te mentirai si je te disais que tout va très bien, mais je suis soulagé que les combats aient pris fin. Quant au reste… J'imagine que la vie continue, dit-il d'une voix neutre qu'elle détesta.
- Tu parles comme Kingsley, fit-elle remarquer. Il a gratifié ta mère du poste de secrétaire adjointe à la commission de jugement des mangemorts, d'ailleurs, lui apprit-elle.
Charlie haussa un sourcil, digéra l'information.
- Je suppose qu'il a bien choisi, dit-il. Lorsqu'elle a tué Bellatrix, c'était… Incroyable, mais aussi parce que je n'avais jamais vu cet aspect d'elle, je crois, fit-il.
- Elle a surpris tout le monde, reconnut Hermione. Elle est devenue plus… dure, j'ai l'impression. George… Et puis de manière générale, ajouta-t-elle. Elle a même laissé Ron choisir s'il voulait des cours intensifiés cet été au lieu de le forcer !
Charlie comprit bien sûr les implications de sa dernière phrase.
- Que vas-tu décider ? Demanda-t-il simplement.
Elle se revit, pendant la guerre, près de la cabane en Ecosse, lorsqu'il lui avait posé la même question, avec la même tranquillité, la même assurance. Se souciait-il toujours autant d'elle ? Elle avait l'impression qu'un mur s'était installé entre eux. Comme toujours avec lui, elle eut envie de confier ses indécisions.
- Bien sûr, j'ai hâte de reprendre les cours. Cette formule en intensif, c'est vraiment une occasion à saisir. Une année entière à Poudlard, encore… fit-elle doucement.
- Pourquoi pas ? Demanda simplement Charlie, la laissant développer.
- Ce serait comme revenir en arrière, tenta-t-elle d'expliquer en enroulant ses bras autour d'elle malgré la chaleur. Ce serait une erreur. Je ne veux pas revenir, faire comme avant, éviter la classe de Rogue, prétendre que ce n'est qu'un nouvel essai. Je me sens différente. Je n'ai plus envie d'être une élève. J'ai envie de mettre à profit ce que j'ai appris. Finalement, on a décroché très tôt les cours. C'est comme si ça faisait déjà un an qu'on avait arrêté, dit-elle avec étonnement.
Elle sentait la présence de Charlie, elle la sentait tout autour d'elle, et même s'il ne la regardait, même si sa voix était impassible, elle se sentait fébrile.
- Mais tu veux quand même passer tes BUSES, dit-il en conclusion.
- Oui, décréta-t-elle. Oui, bien sûr, dit-elle en souriant.
- Alors c'est la bonne décision, fit-il, et ils échangèrent un regard trouble.
- Mais je ne crois pas qu'Harry m'accompagnera. Ni Ron, acheva-t-elle, déçue.
Charlie resta silencieux, méditant l'information.
- Peu importe, dit-il finalement. Tu n'en n'a pas vraiment besoin. C'est de toi qu'il s'agit, et vos chemins sont différents maintenant. Tu t'es déjà résignée, au fond, non ? Demanda-t-il en l'observant, et elle se sentit reconnaissante, reconnaissante et émue qu'il la déchiffre aussi facilement.
Ils arrivèrent à un tournant, d'où ils avaient une vision dégagée sur le soir qui tombait, les champs orange flamboyants.
- Eh bien, il n'y a rien à ajouter, dit-elle du ton de l'évidence.
Charlie la vit frissonner, et mit instinctivement sa veste sur les frêles épaules.
- Alors qu'en est-il de tes parents ?
