Alors, qu'en est-il de tes parents ?
Hermione s'arrêta net, ne s'attendant pas du tout à ce qu'il lui pose la question. Qu'en était-il, en effet ? Elle y avait pensé, bien sûr. S'était donné toutes sortes d'excuses. Les mangemorts sont encore actifs, ils pourraient vouloir se venger. Ou bien peut-être n'allait-elle pas réussir le sort pour les ramener, et voulait-elle vraiment assister à cet échec ? Assurément, non. Attendre que le Conseil Magique de l'Ordre ait terminé de juger et d'emprisonner les mangemorts les plus dangereux, voilà l'ultimatum qu'elle s'était fixée. Mais elle n'osa pas le dire à Charlie-il ne verrait que trop bien qu'elle se dérobait. Que ce n'était qu'un tas d'excuses pathétiques.
- Et toi, alors ? Vas-tu retourner en Roumanie ? L'Ordre t'a-t-il donné des missions ou bien es-tu libre ? Demanda-t-elle à brûle-pourpoint.
Charlie haussa un sourcil, mais ne posa pas davantage de questions. Jamais il ne la brusquerait-et pour cela, elle lui en était reconnaissante.
- Je n'ai pas encore pris de décision, c'est trop soudain, répondit-il. L'Ordre m'a proposé quelques jobs par intermittence, d'aider les Aurors, de travailler pour les services secrets magiques, en fait. Ils montent tout un réseau pour infiltrer les mangemorts, expliqua-t-il.
Les yeux d'Hermione se mirent à briller, et elle l'observa afin de déceler ce qu'il en pensait, mais son visage restait neutre, comme toujours.
- C'est une sacrée preuve de confiance, mais ça n'a rien à voir avec le grand air et les dragons, fit-elle remarquer pensivement.
C'est certain, confirma-t-il. Kingsley m'a demandé de façon indirecte, mais je suis presque sûr que c'est ce qu'il sous-entendait. Je ne pense pas pouvoir retrouver une place en Roumanie. Il y a bien ce camp en Australie, je pourrais postuler, ou encore au Nord de l'Ecosse, il y a une réserve de géants. Peut-être aussi un parc à hippogriffe en Toscane. Mais ce que propose l'Ordre, c'est… Je ne sais pas si je suis taillé pour. En même temps, le job de Kingsley a l'air intéressant, et surtout, nécessaire, acheva-t-il en réfléchissant à haute voix comme il avait l'habitude de le faire en présence d'Hermione.
- Travailler avec d'autres créatures que les dragons te manquerait, comprit la brune.
Charlie soupira.
- Oui, ça c'est évident, statua-t-il d'un air sombre.
Hermione réprima une mimique d'impuissance quand elle vit ses sourcils froncés. Seul lui avait la solution-accepter l'offre de l'Ordre disait aussi rester dans les parages, alors qu'il pourrait recommencer une nouvelle vie ailleurs.
- Serais-tu prêt à revivre au Terrier ? Ou du moins en Angleterre ? S'enquit-elle, se maudissant d'attendre la réponse avec trop d'intérêt.
Il se tourna franchement vers elle, et elle vit son regard s'égarer sur son visage, ses épaules, sa poitrine. Elle comprit qu'il n'avait pas envie de répondre, que le sujet le préoccupait, et ne s'interrogea qu'un centième de seconde avant de se rapprocher de lui, attrapant timidement sa main. Il la serra très fort, puis déplaça son bras de sorte à la prendre contre lui, tandis qu'elle sentait son propre désir s'éveiller, malgré l'épaisse veste en cuir qu'elle portait. Elle s'arrêta, tandis qu'il prenait son menton et se penchait vers elle sans l'ombre d'une hésitation, posant ses lèvres contre les siennes, d'abord aussi doucement qu'une caresse, puis de façon plus pressante. Elle se blottit contre lui, respirant à plein nez l'odeur qu'elle connaissait si bien, qui émanait à la fois de lui et sa veste en cuir. Sans cesser de l'embrasser, il mit ses mains sur ses hanches, puis les remonta. Ah, songea-t-elle de façon confuse mais délicieuse. Elle posa les siennes autour de sa taille, puis en dessous de son t-shirt. Cela eut l'air de plaire à Charlie, puisque celui-ci fit de même, sans hésiter. Lorsqu'il atteignit son soutien-gorge, elle ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Il sentit qu'elle temporisait et la lâcha aussitôt, ce qu'elle regretta immédiatement. Il s'écarta, tandis qu'elle reprenait son souffle, laborieusement.
- Ce n'est pas… Cela ne me pose pas de problèmes, précisa-t-elle maladroitement en essayant de clarifier son attitude.
- Excuse-moi, souffla-t-il, penaud.
- Non, non, je t'en prie, réfuta-t-elle en se sentant ridicule. C'est simplement que… Tu m'impressionnes. J'aime ton enthousiasme, mais…Il m'impressionne, conclut-elle, exaspérée de ne pouvoir faire mieux.
Il s'adossa à un arbre, la contemplant avec amusement, alors qu'elle rougissait.
- Je ne me contrôle pas vraiment dans ces moments-là. Je n'y arrive pas. Heureusement que tu es là pour m'arrêter, dit-il doucement en souriant.
Elle se sentait incroyablement cruche. Quelle honte, songea-t-elle.
- Je n'ai jamais… Je veux dire, tu dois avoir l'habitude de tout ceci, mais ce n'est pas mon cas, lâcha-t-elle en refusant de penser aux éventuelles filles qu'il avait pu étreindre avec la même ardeur.
Le regard de Charlie se fit lointain, et l'estomac d'Hermione se contracta.
- Pas tellement, répondit-il finalement. Rien d'important. Rien qui ait jamais eu l'ampleur de… ça, quel que ce soit ce ça, fit-il d'un ton songeur.
Pas tellement, se dit Hermione. Ça ne veut rien dire du tout ça, pas tellement, se dit-elle.
- Il n'empêche que tu as déjà sûrement vécu l'expérience complète, répondit-elle d'un ton guindé qu'elle ne pouvait s'empêcher d'adopter.
- L'expérience complète ? Répéta Charlie, dubitatif.
Merlin, s'il est possible de mourir de honte, que cela soit bref et peu douloureux, songea-t-elle.
- Enfin Charlie, ne fais pas l'enfant, s'emporta-t-elle.
De toutes les saintes vierges de la Terre tu resplendis, ma vieille, se dit-elle en se mordant la lèvre. Elle n'en n'avait jamais eu honte, au contraire, c'était une part de sa personnalité qui s'exprimait en ne laissant pas le premier venu la toucher. Mais là…. Elle ne pouvait s'empêcher de se sentir horriblement gamine. Charlie écarquilla les yeux, puis éclata de rire, de façon si brusque qu'elle se sentit encore plus bête-si c'était possible.
- Oui, avoua-t-il tranquillement. Quelle image aurais-tu de moi si ce n'était pas le cas ? A 27 ans, c'est tout de même rassurant, dit-il en riant, alors qu'elle pinçait les lèvres.
Ou pas, se dit-elle. C'est peut-être vieux-jeu, mais attendre pour quelqu'un qu'on aime, ça a du sens, protesta-t-elle intérieurement. Elle avait envie de lui dire, mais devait reconnaître qu'il n'avait pas tout à fait tort non plus. Elle s'assit au pied de l'arbre, et il se laissa glisser contre elle.
- Qui était la dernière heureuse élue en date ? Demanda Hermione, pourtant pas très sure de vouloir entendre la réponse.
C'était plus fort qu'elle, il fallait qu'elle sache.
- Quelle importance ? Aucune, vraiment, je t'assure, répondit-il calmement.
- Ça en a, pour moi, s'entêta-t-elle.
- C'est de la curiosité masochiste, réfuta Charlie en la regardant de côté alors qu'elle affichait une moue boudeuse. Je n'ai pas envie d'en parler, précisa-t-il.
C'était sérieux, alors, s'exclama-t-elle intérieurement. S'il s'agissait de quelque fille de passage, il n'aurait pas hésité une seconde, déduisit-elle avec virulence.
- Ce n'était pas sérieux, contredisit-il aussitôt alors qu'elle tournait la tête, agacée qu'il saisisse aussitôt le fil de ses pensées.
Ce n'était pas quelque chose à laquelle elle était habituée, et découvrait que ça pouvait se révéler très désagréable.
- Peu importe, souffla-t-elle. J'ai le droit de savoir, et je suis désolée que ça te paraisse excessif, si c'est le cas. Mais j'ai besoin de savoir, insista-t-elle.
- Je n'ai rien à cacher, fit-il avec réticence. Ce n'est pas le genre de choses dont je parle, avec qui que ce soit, et je doute que te fasse très plaisir d'entendre par le menu ce que j'ai pu faire ou pas par le passé, détailla-t-il.
- Il y avait cette blonde, au mariage de Bill, à qui tu parlais, nota Hermione en se sentant légèrement coupable d'avoir une mémoire si précise pour quelque chose d'aussi futile.
Quelle hystérique je fais, songea la brune, tout en attendant la réponse de Charlie avec une nonchalance étudiée. Charlie haussa un sourcil, puis éclata de rire.
- Non, tu fais fausse route, rigola-t-il franchement. C'était une fille dans ma maison, à Poudlard. Elle s'entendait mieux avec Bill qu'avec moi. Il les a toujours aimées blondes et légèrement agaçantes, fit-il remarquer avec malice tandis qu'Hermione ne pouvait s'empêcher de sourire.
Au temps pour moi, songea Hermione. Evidemment, je n'ai rien d'autre à lui proposer, se dit-elle avec frustration.
- Tu devrais occuper ta mémoire à des choses plus importantes, mais je m'avoue flatté, fit-il remarquer alors qu'elle se mordait la lèvre, se sentant ridicule.
- Je n'étais pas… On ne se connaissait pas du tout, à l'époque, dit-elle. Tu m'intriguais. Tu étais le seul Weasley à détonner parfois dans cette harmonie familiale. J'en ai plusieurs fois eu envie, mais je n'ai jamais osé vraiment te parler, en fait, reconnut-elle.
- N'ayant jamais été proche de Ron, ça ne m'a jamais traversé l'esprit non plus, fit-il. Bien sûr, Ginny te mentionnait souvent dans ses parchemins lorsqu'elle me racontait vos aventures à Poudlard, mais pas davantage. Elle me disait que tu sauvais la bêtise de Ron et l'intrépidité d'Harry. Ce que j'ai pu vérifier, ajouta-t-il en souriant. Mais pas davantage, parce qu'elle ne se sentait pas très bien intégrée dans votre trio. Parce que tu es peut-être un peu possessive, aussi, fit-il remarquer alors qu'elle détournait les yeux, gênée.
Le menton haut, Hermione tenta d'expliquer ses choix.
- J'ai toujours eu beaucoup de mal à me faire des amis, dit-elle avec mélancolie. Je suis restée seule une bonne partie du temps lors de la première année, et je ne me suis jamais entendue avec les filles de mon dortoir. Lavande, Romilda, Laura, toutes ces filles m'ont jugée inintéressante puisque je passais tout mon temps libre à étudier. Peut-être parce que les conversations sur la bonne nuance de vernis ou le raccommodage de collants n'est objectivement pas passionnant, avança-t-elle. Et puis il y a eu l'épisode du Troll, et je me suis sentie redevable vis-à-vis d'Harry et Ron. Eux ont vu l'utilité d'avoir quelqu'un plongé dans les bouquins assez vite, dit-elle avec un sourire aux lèvres.
Charlie se contentait de l'écouter, passant une main paresseuse dans ses cheveux, sur son visage, atteignit le coin de ses lèvres-ce qui déconcentra Hermione, qui put retrouver le fil de ses pensées lorsqu'il la déplaça sur sa clavicule.
- Je n'ai pas voulu exclure Ginny volontairement. Nous n'étions pas dans la même année, et Ron semblait désireux de ne pas l'intégrer. J'ai pris ses sentiments en compte plus que ceux de Ginny. Heureusement ça ne l'a pas empêchée de se rapprocher d'Harry, ajouta Hermione en souriant.
- Il était temps, souffla Charlie. Je ne m'en suis jamais mêlé ouvertement, mais je ne la sentais clairement pas heureuse, quel que soit le nombre de copains qu'elle ait pu avoir, dit-il d'un ton rieur. Elle m'a demandé des conseils, Hermione ! Des conseils sur comment larguer un mec en douceur, si elle faisait bien de céder aux avances de celui-ci, etc… Si elle avait eu une amie, à ce moment-là, ça aurait pu lui être d'un grand secours, fit remarquer Charlie. Je ne t'accuse de rien, précisa-t-il. Mais je ne savais pas bien quoi lui dire, je ne voulais pas jouer les grands frères rabat-joie. C'est aussi pour ça qu'elle me fait confiance, exposa-t-il.
- Ginny est un modèle d'intelligence, de beauté, et de courage, fit Hermione d'un ton pensif. Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elle attire tous les garçons de Poudlard. En ce qui concerne les conseils, encore une fois, tu es mieux placé que moi, lança Hermione l'air de rien.
- Tu n'abandonnes jamais, s'exclama Charlie en la plaçant sur ses genoux, face à lui.
- Mais enfin c'est factuel, s'écria-t-elle du ton le plus convaincant qu'elle possédait.
Il l'interrompit sans remords par un baiser, et elle se sentit incapable de faire autre chose que répondre à son baiser. Désireuse de lui montrer qu'elle avait de la ressource, elle se mit à lui mordiller les lèvres, puis le cou. Il perçut son humeur et la laissa faire, se contentant de la serrer étroitement contre lui. Lorsqu'elle releva la tête, il la fixait, le regard trouble de désir, ce qui lui fit plaisir sans qu'elle puisse réprimer un soupçon de nervosité. Elle réprima une envie absurdement violente de lui enlever son t-shirt, et se releva, époussetant son débardeur.
- Il fait bientôt nuit, constata-t-elle avec angoisse.
Le temps passe trop vite, songea-t-elle avec amertume. Puis elle songea à ce qu'elle dirait en rentrant au Terrier, et se trouva bien vile d'avoir à se préoccuper de ce genre de questions.
- Je vais voir Veyser, fit Charlie qui avait compris son dilemme interne. Ne m'attendez pas pour dîner, dit-il en s'éloignant alors qu'elle prenait le chemin inverse.
Il faut que je clarifie la situation avec Ron. Et savoir comment Charlie me considère. Que se passe-t-il si l'on va plus loin et qu'il refuse toute relation sérieuse ? se dit-elle en l'observant partir. Il faut que j'aille voir mes parents, et que je trouve un endroit où habiter en attendant Poudlard. Je ne peux pas peser éternellement sur les Weasleys, songea-t-elle avec difficulté. Hermione n'était pas du genre à fuir ses responsabilités, mais une fois n'était pas coutume. Elle sentait une grande fatigue en elle, et l'impassibilité de Charlie ne faisait qu'attiser ses incertitudes. Il faut que je me reprenne, songea-t-elle pour la seconde fois de la journée.
