Chapitre 2: L'humanité de Harry

Neuf mois plus tard.

Lorsque Harry arriva devant « La Tête de Sanglier », la pluie venait juste de s'arrêter. Comme toujours, il eut besoin de deux secondes avant de se remettre des effets du transplanage. Il se demanda encore une fois comment les jumeaux Weasley faisaient pour adorer ça.

Il essuya négligemment le sang qui coulait de son arcade sourcilière avec sa manche. Ce n'était rien mais Remus avait tenu à ce qu'il rentre à Poudlard pour se faire soigner. Remus se comportait parfois comme une mère poule névrosée.

Il avait à peine posé sa main sur la poignée de la porte de l'auberge que cette dernière s'ouvrit. Une silhouette encapuchonnée de noire, qui venait de l'intérieur, faillit lui rentrer dedans. Harry croisa le regard gris sous la capuche.

La seconde d'après sa baguette était pointée sur Draco Malfoy et lui même était tenu en joue par l'ancien serpentard.

La porte d'entrée se referma derrière eux, les laissant dehors dans le froid, face à face.

Harry retint son souffle mais raffermit sa prise sur sa baguette. La dernière fois qu'il avait revu Malfoy c'était lors de la remise des diplômes, huit mois plus tôt. La dernière fois qu'il lui avait parlé c'était encore un mois avant la remise des ASPIC, juste après que Malfoy ait reçu la marque des Ténèbres.

Il se demanda si sa voix allait réussir à lui parler après tout ce temps. Pour l'instant il n'arrivait pas à émettre un son. Et pourtant il avait envie de hurler de rage.

Pourquoi avait-il fallu qu'il tombe sur lui? Il avait tellement espéré ne plus jamais le revoir. A présent, il était obligé de l'arrêter. De lever la baguette contre lui.

-Potter, annonça-t-il en retirant calmement sa capuche.

La voix était légèrement rauque mais contenait toujours cette suffisance horripilante qui lui était propre.

Harry sentit le sang couler à nouveau sur son visage mais ne fit pas un geste pour l'essuyer. Il voyait dans les yeux gris que Malfoy n'hésiterait pas à jeter le sort qui crépitait au bout de sa baguette au moindre faux pas ou à la moindre inattention de sa part.

Huit mois sans le voir et il avait changé...pas en bien.

Harry supposait qu'assassiner des gens et les torturer ne devait pas être de tout repos. Malfoy avait perdu sa beauté travaillée. Il avait maigri. Des cernes lui mangeaient les yeux et sa peau était passée d'un blanc laiteux à un blanc maladif. Ses cheveux étaient plus courts et plus aucunes mèches ne dansaient devant ses yeux.

Oui, la beauté entretenue avait disparu mais l'autre restait...celle qui était naturelle, celle dont Harry était tombé sous le charme. Elle semblait même encore plus voyante à présent. Les yeux gris avaient toujours cet aspect métallique déroutant. La façon qu'il avait de se tenir avait gardé ce mélange d'insolence et d'élégance qui n'appartenait qu'à lui. Les traits du visage, même fatigués, étaient aussi fins et réguliers que dans ses souvenirs.

Il ressortait de tout ça une impression de fragilité et de froide détermination.
Il était horriblement beau ou magnifiquement horrible, Harry ne savait pas trop. Il savait juste qu'il l'aimait encore et que c'était injuste.

En face de lui Malfoy faisait aussi l'inventaire silencieux des changements apparus chez lui durant ces huit mois.

Ça devait être en sa défaveur-en même temps avec le visage en sang il était difficile de paraitre sous son meilleur jour- car un sourire en coin orna les lèvres de son ancien amant. C'était exactement le même petit sourire méprisant qu'il avait du temps de Poudlard quand il se moquait de la situation financière de Ron, de l'ascendance moldue de Hermione, ou de n'importe quoi pouvant blesser Harry ou ses amis.

-Que fais-tu là ?

L'ancien gryffondor fut heureux de constater que sa voix ne tremblait pas.

-Je suis venu boire un verre, sourit Malfoy tranquillement. C'est interdit ?

-Te fous pas de moi ! Siffla Harry agacé par le fait d'être fasciné par ce sourire. Que viens-tu faire si près de Poudlard ? Et baisse ta putain de baguette !

-Toujours aussi vulgaire à ce que je vois, répliqua le blond qui ne souriait plus. Je ne vais sûrement pas baisser ma baguette. Tu es celui qui m'agresse. Je suis simplement venu boire un verre. Arrête ta ridicule menace et laisse moi partir.

-Il faudra me passer sur le corps.

C'était une réplique ridicule, digne d'un film moldu des années quatre-vingt, mais il avait parlé sans réfléchir. Il regrettait car Malfoy levait à présent un sourcil surpris mais non dénué d'une certaine séduction.

-C'est une proposition ?

L'ambiance venait de changer. La voix de Malfoy avait la tessiture de velours. Harry sentit sa baguette trembler dans ses mains.

-Plutôt crever ! Cracha-t-il.

-Ca peut s'arranger aussi.

Toujours ce sous-entendu dans la voix. Harry se haïssait d'y être encore sensible après tout ce temps. C'était comme si ses hormones venaient de se réveiller après un long sommeil et tout cela juste parce qu'il le revoyait.

-Dis-moi pourquoi tu es venu fouiner ici ! Ordonna Harry pressé de changer de conversation.

-J'avais envie de me faire culbuter par le survivant donc me voilà !

Draco écarta ses bras, ne laissant plus sa baguette le menacer. Mais le vrai danger était ailleurs. Il était dans l'humour froid qui dansait dans les yeux gris et dans la certitude que Harry et lui allaient baiser.

-Arrête tes conneries ! Siffla l'ancien gryffondor.

Il aurait préféré que les sorts fusent. Il aurait préféré n'importe quoi plutôt que d'être témoin de l'effilochage implacable de sa conscience. Malfoy était son ennemi, putain ! C'était un mangemort !

-Tu aimerais m'enculer tout de suite contre cette porte, n'est-ce-pas ?

Il s'était approché. Comment Harry avait-il pu le laisser s'approcher si près ? Et comment parvenait-il à lire dans son esprit ? Harry pouvait sentir la chaleur du corps de l'autre garçon bien qu'ils ne se touchassent pas. Mais il n'avait toujours pas lâché sa baguette qui ne menaçait plus que le vide à présent.

-Je te laisserais faire, Potter...Je laisserais ta queue me pilonner encore et encore. Rien à battre qu'on soit au milieu de la rue et que le tavernier puisse nous mater. La seule chose qui compte c'est ce qui te pend entre les jambes et ce que tu pourrais bien me faire avec.

-Arrête !

-Fais moi arrêter ! ordonna Malfoy les yeux fixés dans les siens et il posa ses mains bien à plat sur le torse de survivant.

-Ta gueule ! Cracha Harry horrifié à l'idée que Malfoy sente les battements désordonnés de son coeur.

-Fais-moi taire ! Occupe ma bouche connard ! Bordel, qu'est-ce que tu attends pour la bouffer ?

La baguette de Harry fit un bruit mat en tombant. Ses mains se retrouvèrent dans les cheveux blonds, apprenant en une seconde à aimer le fait qu'ils soient plus courts . Ses lunettes cognèrent contre la pommette anguleuse et pâle. Et sa bouche se plaqua enfin contre celle de l'ancien serpentard.

Le baiser avait le goût de sang à cause de la blessure de Harry. Mais il avait aussi le goût de Malfoy qui ne disait enfin plus rien et c'était peut-être ça le paradis. L'avoir là, contre lui. Sentir sa chaleur, le fait qu'il soit vivant. Le fait qu'à cette seconde il lui appartenait. Pas à Voldemort. Pas à Daphnée Greengrass -future Malfoy s'il en croyait les journaux- mais bien à lui, Harry Potter.

« Tu es à moi », pensa-t-il en se perdant dans ce baiser, essayant d'ignorer qu'il était, en réalité, celui qui appartenait à l'autre.

Ça lui avait manqué. Cette langue, ces lèvres, ces dents lui avaient manqué. Il avait vraiment l'impression qu'en quittant Malfoy il s'était amputé d'une partie de lui même. Une partie gangrénée et viciée, certes, mais un morceau de lui quand même.

Malfoy fut le premier à se reculer. Il ne souriait plus. Il avait la pommette droite légèrement rouge, les pupilles dilatée et les lèvres ravagées et barbouillées de son propre sang. Harry se demanda ce qu'il dirait à sa fiancée si elle le voyait comme ça. Il voulait qu'elle le voie comme ça.

Malfoy enleva ses mains de son corps avant d'attraper doucement les poignets de Harry pour se défaire de l'étreinte dans ses cheveux. Le brun se laissa faire comme dans un rêve. La prise sur ses poignets était caressante et les doigts s'attardèrent un peu sur la peau sensible quand il le relâcha complètement.

-C'était trop facile, annonça-t-il sardoniquement une fois qu'il n'y eu plus aucun contact entre eux.

Et il transplana.

Harry cligna des yeux, se baissa pour attraper sa baguette et hurla de rage au milieu de la rue.

O°O°O°O

-Hé les gars vous ne devinerez jamais qui vient de réapparaître à Poudlard la queue entre les jambes ?

Hermione leva la tête de son bouquin. Dean posa son crayon avec un soupir et accorda son attention au nouveau venu. Neville se détacha immédiatement des lèvres de Ginny et essaya de faire comme si on n'était pas en train de l'assassiner du regard. Seamus prit le temps de mettre Harry échec et mat et ils se tournèrent tous les deux vers Ron.

-Et bien accouche ! S'impatienta Ginny alors que son frère prenait son temps pour leur annoncer la nouvelle.

Il était devenu monnaie courante que des gens viennent chercher refuge à Poudlard. L'école était devenue la base des opposants à Voldemort. Elle ne servait plus d'école mais d'asile. Les salles de classe avaient été pour la majorité transformées en dortoir. Les membres de l'Ordre et la plupart des anciens élèves et leur famille d'ascendance moldue vivaient désormais ici.

-Les serpentards ! Annonça finalement Ron avec un léger sourire.

-Comment ça « les serpentards » ? demanda Seamus en fronçant les sourcils. Ce n'est pas la première fois qu'il y en a qui rappliquent ici. Je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire à ça.

-Non, pas n'importe lesquels ! Les nôtres !

Harry qui était en train de ranger le jeu d'échec sentit une des pièces lui glisser entre les doigts. Comme si tout d'un coup on venait de le vider de ses forces.

-La bande à Malfoy est revenue !? S'étonna Seamus. Merde, ils ont une conscience alors ?

-Pas tous, rectifia Ron. Mais je les ai croisés en compagnie de Dumbledore dans le couloir: Zabini, Nott, Parkinson et Greengrass. Et je peux vous certifier qu'ils n'avaient pas l'air de sauter de joie à l'idée d'être ici. Mais je suppose que il n'y a pas beaucoup d'endroit où peuvent se réfugier des Mangemorts en fuite.

-Malfoy n'était pas avec eux ?

Harry avait posé sa question d'une voix qu'il espérait normale mais apparemment il n'avait pas dupé tout le monde. Il pouvait sentir les regards scrutateurs de Dean et Seamus posés lui mais essaya d'y faire attention le moins possible. Il se raccrochait à cet espoir mais c'était idiot, Malfoy aurait été le premier que Ron aurait cité, s'il était revenu à Poudlard. Ça faisait dix-sept jours exactement depuis la fois où il l'avait croisé à Pré-au-lard et il n'arrivait plus à penser à autre chose depuis qu'à ce qu'il avait fait.

-Non, répondit Ron, inconscient que son meilleur ami avait fermé brièvement les yeux de désespoir à cette réponse. Dommage d'ailleurs, j'aurais adoré voir sur le visage de la fouine, l'expression de déchéance qu'il y avait sur celui de ses potes !

-Je ne trouve pas ça drôle, répliqua Hermione. Ils ont apparemment eu le courage de s'opposer à Voldemort. Si Dumbledore les a accueillis ici c'est qu'ils ont dû se rendre compte de leur erreur. Tu ne devrais pas rire de leur situation Ron.

-Je ne suis pas d'accord, objecta le rouquin. Tant mieux s'ils se sont rendus compte que « tuer des gens ce n'était pas bien », mais merde Mione, ils ont été un peu lents non ? Moi, personnellement j'ai appris ça avant d'apprendre à marcher !

-Eux on leur a appris à détester les moldus et les sorciers d'ascendance moldue, avant d'apprendre à marcher, rétorque la jeune femme calmement. J'ignore ce qu'ils ont fait en tant que Mangemorts et je n'excuse rien mais je peux comprendre comment ils ont pu en arriver là.

-Oui, marmonna Neville sombrement. Les pires sont ceux qui restent de toute façon. Ceux qui ne tiennent pas le coup en tant que Mangemorts ne sont pas dangereux. Zabini et les autres ne devaient pas beaucoup compter pour Vous-savez-qui et ils ne serviront probablement pas à grand chose ici aussi. Un bon soldat est un soldat dévoué à sa cause.

Harry savait que son ami pensait à Bellatrix en disant cela mais lui avait le visage de Malfoy qui flottait devant ses yeux. L'ancien serpentard ne possédait pas -encore- la folie de sa tante mais son fanatisme semblait aussi grand.

-Et un bon Mangemort est un Mangemort mort, déclara-t-il froidement pour clore ce débat.

Il ferma à nouveau les yeux et se cala, les bras derrière la tête, confortablement dans son fauteuil, n'écoutant déjà plus les autres autour de lui.

Il était un tel hypocrite ! « Un bon Mangemort est un Mangemort mort », alors pourquoi n'avait-il pas pu ne serait-ce que jeter un sort minime à Malfoy l'autre soir ? Ne serait-ce que pour le faire prisonnier ? Et pire, il l'avait embrassé et l'autre connard en avait profité pour s'enfuir ! Ah, il était beau le sauveur avec ses phrases toutes faites ! S'ils savaient qu'il n'avait qu'une envie depuis ce soir là, celle de retrouver Malfoy pour lui faire l'amour, ils auraient toutes les raisons de le détester.

Bordel, il se détestait lui même ! Il fallait qu'il parle à Zabini et à cette salope de Greengrass pour savoir pourquoi ils avaient retourné leur veste. Ils avaient abandonné leur ami -et fiancé-, c'était que la raison devait être sérieuse. Ils l'avaient laissé seul.

« Seul, on est plus faible », mais Harry doutait que cet adage s'adapte à Malfoy.

Lorsqu'il se leva, il intercepta les regards de Ron et Hermione et hocha brièvement la tête.

-Bien, on va faire un tour ! Annonça Ron en dépliant ses longues jambes. N'en profite pas Nev pour peloter ma soeur !

-Je serai un gentleman, assura Neville ce qui fit ricaner Seamus.

Harry eut le temps d'entendre Ginny susurrer « Ha oui, un gentleman ? Tu étais aussi un gentleman hier quand tu m'as... »

Mais il s'empressa de fermer la porte de la salle commune avant d'entendre la suite.

-Tu crois qu'ils sont logés dans leur ancien dortoir ? Demanda immédiatement Hermione à Ron.

Le rouquin haussa les épaules avec nonchalance.

-On va tout de suite le savoir, répondit-il. Sors la carte Harry.

Sur la carte des Maraudeurs, Zabini, Nott, Greengrass et Parkinson se trouvaient groupés dans une pièce située entre les cuisines et la salle commune des poufsouffles.

-Parfait, ils sont tous là, murmura Harry.

-Ils ne vont sûrement pas sagement répondre à tes questions, prévint sa meilleure amie.

-Je m'en fiche que ça leur plaise ou non.

Ron hocha la tête sombrement montrant son accord envers Harry. La guerre les avait changés. Risquer sa vie tous les jours avait de quoi transformer une personnalité. Celle de Ron avait perdu son insouciance et même son humour bon enfant s'était à présent teinté de noir. Hermione l'avait observé changer petit à petit, sans pouvoir rien y faire. Le pire, c'était qu'elle aimait ce Ron là, autant que l'autre, sûrement plus même. Il avait ce mélange de force et de faiblesse qui rendrait n'importe quelle femme amoureuse. On disait que c'était lors de situations affreuses qu'on pouvait voir la vraie personnalité des gens, celle de Ron était comme un flambeau vacillant au milieu de la nuit: qui a l'air de vouloir s'éteindre à tout moment mais qui brille malgré tout pour les guider.

Mais si Ron était devenu sombre, ce n'était rien à côté de Harry. Si Ron avait l'air de s'éteindre, Harry était déjà dans le noir. Parfois il faisait peur à Hermione. Comme s'il ne vivait plus que pour en finir au plus vite. Gagner à tout prix, peu importe s'il y laissait son humanité. Elle exagérait bien entendu, car la guerre ne faisait encore -et hélas- que commencer, mais si elle durait trop longtemps, le monde gagnerait un héros et perdrait Harry. Et Hermione préférait mille fois Harry au héros.

Elle les suivit dans les couloirs, les écoutant parler par monosyllabes -ils n'avaient pas besoin de plus pour se comprendre- et cela l'agaça. Ce soir encore elle jouerait le rôle de leur conscience, les interdisant d'aller trop loin. Elle ne savait pas pourquoi c'était elle qui avait hérité de ce rôle. Le fait que ce soit une fille était une raison bien trop clichée même si elle avait cet étrange besoin de sauvegarder les moments de joie et de refuser d'aller trop loin dans les bassesses humaines. Peut-être parce que plus que les autres, elle pensait à l'avenir, à l'après-guerre ? Il lui semblait que la plupart des femmes envisageaient les choses comme elle, peut-être parce que depuis toujours elle avait pour rôle de donner la vie -oui, on nageait en plein dans le cliché mais tout cela devait bien avoir une part de vérité-.

-Tiens, que faites vous dehors à cette heure-ci ?

La voix de Dumbledore résonna dans le couloir, elle avait cette fausse tonalité de naïveté joyeuse. Pourtant, il n'était pas difficile de comprendre qu'il n'était pas dupe de l'objet de leur excursion. Après tout, il était là lorsque Ron avait croisé les serpentards. Et c'était pour ça qu'il était venu à leur rencontre, Hermione fut soulagée de le voir mais n'en laissa rien paraître.

Elle remarqua que Harry, lui, était légèrement agacé par l'intervention du directeur. C'est qu' il comptait réellement casser du serpentard cette nuit. Il oubliait juste un peu vite que Zabini et ses amis n'étaient pas sur un champ de bataille mais des Mangemorts -apparemment- repentis qui étaient à Poudlard dans le but d'être protégé. Se faire insulter, voire frapper lors d'un interrogatoire musclé par deux de leurs anciens camarades de classe, ne faisait sûrement pas partie de leur programme.

-Je vais interroger les nouveaux venus, répondit Harry froidement. Vous savez, les Mangemorts que vous avez accueillis à Poudlard.

Hermione fut choquée par le ton employé qui ne possédait aucun respect. Elle voulait bien admettre que Harry était fatigué mais il fallait qu'il redescende un peu sur terre.

-Ils ont déjà été interrogé par mes soins, répondit Dumbledore. Je pense que c'est suffisant. A moins que tu ne doutes de mes capacités sur ce plan, Harry ?

Cette fois, Harry eut le bon ton de paraître embarrassé. Il sembla même se rendre compte de son attitude complètement pédante et hargneuse et poussa un soupir fatigué en passant une main dans ses cheveux.

-Je suis désolé, dit-il sincèrement. Je ne voulais pas vous accuser d'être trop insouciant ou quelque chose du même genre...Je sais que vous ne ferez rien qui puisse blesser les habitants de l'école. Je voulais juste les voir pour comprendre...

Hermione ne voyait pas trop ce qu'il y avait à comprendre. A son avis les serpentards avaient juste eu un sursaut de conscience et avaient quitté leur Maître pour rentrer à Poudlard. Elle n'avait jamais cru que ses camarades de classe soient vraiment mauvais -et encore moins des tueurs-. Même si leurs familles leur avaient bourré le crâne avec des stupidités, l'équipe professorale de Dumbledore avait fait le même travail dans l'autre sens pendant sept ans. Ils avaient deux visions du monde et si leur choix était plus dur à faire que celui des élèves des autres maisons, il existait bel et bien. Ce qui l'avait étonnée c'est qu'ils choisissent Voldemort...sauf que là ce n'était pas Voldemort qu'ils avaient choisi mais Malfoy. Ils avaient juste suivi le préfet en chef des serpentards.

Draco Malfoy était le parfait double de son père : froid, arrogant et avide de pouvoir. Dommage que son intelligence ne lui serve qu'à faire de la vie des autres un enfer...Il aurait été un allié de poids, Hermione devait au moins reconnaître ça. Mais lui, ça ne l'avait pas étonnée qu'il s'affiche du côté des Ténèbres. De plus, il haïssait tellement Harry qu'elle le soupçonnait de s'être enrôlé plus pour avoir à faire face à celui qu'il surnommait «Le balafré » que pour suivre une quelconque idéologie. Malfoy avait toujours été un cas à part.

-...dans mon bureau.

Hermione regarda Dumbledore d'un air alarmé. Elle n'avait strictement rien écouté de ce qu'il venait de dire ! Ron et Harry hochèrent la tête en réponse et elle s'empressa de faire de même vivement. Elle les suivit dans les couloirs, rattrapant Ron et glissant sa main dans la sienne. Il tourna la tête vers elle et lui fit un léger sourire fatigué tout en caressant le dessus de sa main avec son pouce.

L'espace d'une seconde elle oublia la guerre, la mort et la peur. Il était là, il souriait et elle l'aimait.

Une fois arrivé devant le bureau du directeur, Harry vit du coin de l'œil ses deux amis se lâcher la main. Il supposa que ça devait être bien de tenir la main de quelqu'un car ils avaient l'air plus détendus qu'avant. Il haussa les épaules et s'engagea directement devant la pensine de Dumbledore.
Il allait leur montrer un souvenir de Greengrass. La jeune femme l'avait donné au directeur pour expliquer leur venue ici. Harry était à la fois dégouté et impatient de rentrer dans la tête de l'ex-fiancée de Malfoy mais il décida de ne pas trop penser à ça. Dumbledore avait simplement dit que ce souvenir expliquait tout et qu'il refusait de toute façon qu'ils aillent interroger les serpentards. Les pauvres petits étaient déjà assez éprouvés comme ça. Pff, quelle connerie !

Il attendit impatiemment que tout le monde s'installe et que le directeur apporte le tube où était enfermée la pensée de Greengrass. Il allait voir Malfoy. Ses mains étaient déjà moites et son coeur avait accéléré sa cadence simplement à cette pensée.

-Le souvenir date de ce matin, expliqua Dumbledore en sortant le filament argenté de la fiole pour le poser dans la pensine.

Harry n'attendit pas les autres pour plonger la tête dedans.

Il se sentit tomber, comme toujours quand il faisait une excursion dans les pensées des autres mais atterrit bien vite et sans douleur dans une salle spacieuse et lumineuse. La première chose qu'il vit fut un tapis finement ouvragé au sol. Il se releva, aperçut immédiatement Greengrass en train de lire un bouquin rouge dans un fauteuil en velours noir agrémenté d'arabesques dorés. Il ne se souvenait pas qu'elle était aussi belle mais elle l'était. Ses cheveux blonds cascadaient sur ses épaules et toute sa personne restait gracieuse même pour la simple action de lire.

Lui qui la détestait déjà...son aversion en fut encore renforcée. Un diamant brillait à son doigt. Malfoy lui avait sans aucun doute offert. La seule chose qui le consola c'est que le blond ne s'était sûrement pas mis à genoux pour lui enfiler -alors que dans le passé, il s'était mis volontiers à genoux pour se faire enfiler, comme quoi tout était une question de motivation-. Elle leva brièvement les yeux de son livre pour regarder quelque part derrière Harry puis replongea dans son livre, comme s'il ne fallait surtout pas qu'on s'aperçoive que la vraie chose qui l'intéressait ce n'était pas son fichu bouquin mais ce qui se trouvait derrière Harry.

Pas besoin qu'il se retourne d'ailleurs, pour savoir qu'il s'agissait de Malfoy. C'était évident. D'ailleurs Ron, Hermione et Dumbledore étaient déjà tournés dans cette direction. Harry prit une grande inspiration et fit comme eux.

Le blond était installé à un bureau dans un coin de la pièce, le nez plongé dans ses papiers, grattant régulièrement sa plume sur un parchemin. L'air absorbé -pour de vrai lui- par ce qu'il faisait. Il avait les traits aussi fatigués -peut-être même plus- que quand Harry l'avait vu, vingt jours plus tôt.

Ron était déjà en train de se pencher sur ce que faisait le blond.

-Des listes d'ingrédients pour des potions, dit-il aux trois autres. Une sorte de livre de commandes...

Soudainement la porte de la pièce s'ouvrit à la volée. Ils furent cinq à sursauter, les deux personnes présentes dans le souvenir, Ron, Hermione et lui. Dumbledore semblait plus occupé à observer les réactions de Harry qu'à revoir le souvenir. Ce qui faisait que Harry espérait ardemment qu'il avait l'air indifférent et distant et non complètement bouleversé par la vision de Malfoy -ce qui était, que Merlin lui pardonne, pourtant le cas-.

Zabini, Parkinson et Nott venaient de faire leur entrée...plutôt fracassante.

-Qu'est-ce que tu as osé faire ? Vociféra immédiatement Parkinson en se plantant devant le bureau de Malfoy.

Harry vit les yeux gris se plisser. Malfoy posa sa plume et se leva aussi, histoire de montrer sa supériorité physique à son amie. Seul le bureau les séparait. Nott et Zabini se tenaient en retrait semblant plus calmes mais Harry s'apercevrait plus tard que ce n'était qu'une illusion et que ces deux là étaient aussi furieux que l'ancienne serpentarde.

-Un peu de tenue Parkinson, murmura Malfoy froidement. Tu es ici chez moi pas dans le foutoir qui te sert de maison.

Harry n'avait jamais entendu Malfoy parler de cette façon à un de ses amis et surtout pas à Parkinson. Cette fille était quasiment sacrée pour lui du temps de Poudlard.

-Ne me parle pas sur ce ton ! Cria presque la brunette. Tu as osé ordonner la fouille de nos maisons ! Par Salazar, Draco, nous sommes tes amis ! Est-ce que tu sais le bordel qu'ils ont foutu ?!

Malfoy eut un sourire froid.

-Je n'ai fait qu'obéir aux ordres, répondit-il. Il y a des traitres parmi nous et je devais mener mon enquête.

-Des traitres ?

La voix de Zabini s'éleva en un filet menaçant. Il s'approcha de son meilleur ami d'un air mauvais mais Malfoy ne recula pas.

-Tu penses que nous sommes des traitres, reprit le noir. Nous t'avons suivi dans cet enfer par amitié ! Tu as toujours pu compter sur nous même si tu n'as cessé de te comporter comme un connard ! Et tu oses douter ?!

-Tu veux un susucre Zabini ?! Railla le blond. Vous avez l'air de ne pas comprendre ce qu'il se passe ici !

-Je comprends surtout que tu es une pourriture ! Cracha Parkinson. Tu es en train de devenir comme lui !

Malfoy attrapa sa baguette et ce geste sembla outrer tous les autres, même Nott qui était resté tranquillement dans son coin poussa une exclamation furieuse. Apparemment, se faire insulter, ils avaient l'habitude mais pas se faire menacer.

-Est-ce que tu viens de dénigrer notre Maître ? susurra Malfoy en pointant sa baguette sur son amie.

Les deux autres garçons sortirent aussi leur baguette et la pointèrent sur leur chef.

-Et qu'est-ce que tu vas faire ? Me tuer ? Essaya de crâner Parkinson mais elle n'avait pas l'air très rassurée.

-Oui.

Il y eut une seconde de silence pendant que tout le monde digérait la nouvelle. Même les visiteurs dans la pensine retenaient leur souffle. En tout cas Harry n'en revenait pas. Il ne s'attendait pas à ce que Malfoy ait autant changé, au point de vouloir sérieusement intenter à la vie d'un de ses amis.

-T'es cinglé ! S'écria Zabini qui retenait un sort brillant au bout de sa baguette. Tu touches à un de ses cheveux et t'es mort !

-Tu es incapable de tuer un moldu sans vomir et te couvrir de ridicule Zabini, alors je ne pense pas que tu puisses me tuer moi, répondit calmement Malfoy mais sans quitter Parkinson ni des yeux ni de la baguette.

Le visage de Zabini devint couleur cendre, apparemment son ami venait de raviver un mauvais souvenir.

-J'ai dû le finir pour toi, tu te rappelles ? Poursuivit le blond impitoyablement. Et j'ai dû m'occuper moi-même de la plupart de vos missions car vous refusez tous autant que vous êtes de vous salir les mains ! Vous ne m'êtes d'aucune utilité. Simplement une bande d'incapables pendus à mes basques ! Je sais que l'un de vous a trahi, peut-être même vous tous ! Tu ne crois pas que je suis au courant de ton envie de quitter les Mangemorts, Zabini ? Et toi Pansy, tu le suivrais au bout du monde ! Quand à Nott, ce n'est pas mieux. Tu lorgnes sur ma fiancée comme si elle pouvait un jour t'aimer toi alors qu'elle m'a moi ! Tu es pathé...

-Arrête !

Harry se retourna. Greengrass venait de se lever et son livre était tombé à terre. Elle fixait Malfoy, se tenant bien droite et toute pâle. Elle évitait consciencieusement de regarder du côté de Nott qui était devenu aussi pâle qu'elle.

-Oh ! La fiancée outrée vient d'entrer en scène, railla Draco froidement. Ne te mêle pas de ça, chérie.

-Draco, arrête tout, reprit Parkinson presque désespérément. A Pouldard on pourra être protégés. Tu n'auras plus à faire toutes ces choses...et ta tante ne pourra plus...

-Ne parle pas d'elle ! Coupa le blond d'une voix haut perchée.

Sa baguette trembla et il s'obligea à se calmer.

-Vous voulez partir ? Dit-il une fois de nouveau maître de lui. Savez-vous ce que le Seigneur des Ténèbres fait des déserteurs ? Vous croyez quoi ? Que vous pouvez changer d'avis quand ça vous chante ? La guerre n'est pas un jeu. La guerre demande des sacrifices. Notre cause demande des sacrifices ! Si vous n'êtes pas prêts à en faire, je vous tuerai moi-même. Le Seigneur des Ténèbres ne veut pas de faibles dans son camp.

Harry vit Parkinson secouer la tête, les larmes aux yeux, comme si elle essayait de se réveiller d'un cauchemar.

-Connard, souffla-t-elle.

Draco haussa un sourcil presque amusé.

-Adava..., commença-t-il d'une voix dangereusement douce, la baguette pointée sur la poitrine de son amie.

-Endoloris !

Zabini avait récité le sort si vite qu'il aurait pu ne pas marcher mais il atteignit Malfoy avant qu'il ne puisse finir le sien. Harry regarda le corps du blond tomber en arrière et se mettre à trembler de douleur. Au début il ne sembla pas pouvoir crier puis un long gémissement s'échappa de la gorge pâle. Harry ferma les yeux brièvement se sentant sur le point de hurler de rage. Il avait envie d'égorger Zabini alors que ce dernier avait juste protégé son amie d'une mort certaine.

-On se tire d'ici, annonça Blaise en regardant le corps à terre qui essayait de se remettre de la vague de douleur qui l'avait traversé.

Parkinson hocha la tête. Elle pleurait. Nott sembla hésiter un instant puis il se tourna vers Greengrass.

-Viens, dit-il simplement en lui tendant la main.

Elle hocha brièvement la tête et avança rapidement vers lui. Malfoy attrapa sa cheville lorsqu'elle passa vers lui et elle poussa un cri de frayeur.

À nouveau les baguettes des trois autres furent pointées dans sa direction.

-Salope, glissa Malfoy avec un drôle de sourire. Je sais que tu as vidé le compte des Malfoy. Je te retrouverai Greengrass, et je te tuerai.

-Defindo ! Cria Nott.

Malfoy poussa un hurlement et lâcha la cheville de sa fiancée. Durant deux secondes, son corps sembla se tordre de telle façon qu'il forma un arc avec le sol puis il retomba brusquement. Sa tête heurta le sol dans un craquement sinistre et Malfoy ne bougea plus.

Harry fut brusquement ramené à la réalité, dans le bureau de Dumbledore. Il tremblait de tous ses membres et avait du mal à respirer. Est-ce que Malfoy était mort ?

-Merde quel salopard ! S'exclama Ron. Vous avez vu ce qu'il...Putain Harry ça va ?

Harry secoua la tête, se tenant au bord de la pensine pour ne pas tomber. Non ça n'allait pas.

-Est-ce qu'il est mort ? Parvint-il à croasser.

-Mon dieu, tu tiens à peine sur tes jambes ! S'écria Hermione en l'attrapant par la taille. Ron va chercher Pomfresh !

-Non, annonça Dumbledore rapidement, ce n'est pas la peine. Monsieur Malfoy va bien Harry, alors reprends-toi. Il vient même d'annoncer dans le journal du soir l'annulation de son mariage avec Miss Greengrass.

C'était comme si ses poumons se souvenaient enfin comment ils étaient censés fonctionner. Harry respira tout de suite mieux, il cessa de trembler et sa crise d'angoisse se calma. Malfoy était vivant. Il était tellement soulagé qu'il ne s'inquiétait pas encore du silence venant de Ron et Hermione.

Dumbledore lui tendit le Noctambulzine . Sur la photo noire et blanche en seconde page, on y voyait Malfoy l'air détendu et conciliant. L'article disait que Greengrass et Malfoy avaient décidé d'un commun accord d'annuler leurs fiançailles. Ils se trouvaient trop jeunes pour ça. Ça disait aussi que Greegrass était partie se ressourcer en Norvège où elle avait de la famille. Bref, Malfoy avait manipulé la réalité avec brio, comme on pouvait s'y attendre. Il avait dû charmer la journaliste aussi car elle précisait que Miss Greengrass devait être folle de laisser passer un homme tel que Draco, si beau, si charmant...
Ouais, en attendant le prince charmant avait essayé d'assassiner sa meilleure amie le matin même mais ça la reporter ne pouvait pas le deviner. Harry avait les yeux fixés sur la photo et sur le sourire aussi bref que charmeur qu'esquissait Malfoy.

-Daphné a vraiment volé les Malfoy ? Fit Hermione d'une voix un peu aiguë.

Harry lâcha brusquement le journal se rendant soudainement compte de son attitude. Il risqua, le coeur battant, un regard vers Ron et Hermione.

Ron avait les yeux fixés sur lui et la mine sombre. Hermione au contraire s'obstinait à ne regarder que Dumbledore.

« Putain ! »Pensa Harry se sentant pâlir. « Ils savent ! Ils ont tout compris.»

-En réalité, sourit Dumbledore, les coffres des Malfoy à Gringotts ont vraiment été mis à sac mais j'ai bien peur que Miss Greengrass n'ait rien à voir là dedans. Cependant la méprise de Draco est excusable puisque la personne qui a fait le coup avait pris l'apparence de Daphné.

-C'était vous ? Demanda Hermione qui semblait hésiter entre être choquée ou admirative.

-Lorsque les sangs-purs se fiancent, en gage de confiance, ils donnent accès à leur futur-conjoint à leurs coffres en banque et à tous les autres actes financiers en leur possession. Miss Greengrass avait donc l'autorisation pour accéder à la richesse des Malfoy et le polynectar est une invention merveilleuse. A présent Voldemort a perdu sa principale source de revenus et nos caisses n'ont jamais été aussi remplies.

-Mais je croyais que la sécurité de Gringrotts était conçue pour parer au polynectar, dit Hermione. Comment avez-vous fait ?

-Allons, Miss Granger ! Annonça Dumbledore. Vous n'imaginez tout de même pas que je vais vous révéler tous mes secrets maintenant ? Après qu'aurais-je à vous apprendre lors des longues soirées d'hiver ?

Hermione rigola et Harry réussit à esquisser un sourire forcé. Ron resta de marbre.

-Je crois que j'ai besoin d'air, articula le rouquin.

Il n'attendit pas et sortit du bureau. Harry le regarda partir complètement perdu. Que pouvait-il faire à présent ? Ron devait le haïr et il avait sûrement dû se retenir de ne pas lui envoyer son poing dans la gueule. Harry se mettait facilement à sa place. Apprendre que son meilleur ami avait des sentiments amoureux pour une pourriture, c'était à se demander si on connaissait vraiment la personne avec qui on avait passé une bonne partie de sa vie. Surtout que le souvenir de Greengrass donnait la preuve que Malfoy était actif chez les Mangemorts au point même d'y avoir des responsabilités -il avait dû faire ses preuves de la plus sanglante des façons pour avoir pu obtenir ce genre de promotion-. Et qu'il était aveuglé par sa cause au point de renier ses amis et la fille qu'il était censé aimer.

-Ne t'en fais pas, murmura Hermione en posant maladroitement sa main sur son épaule. Tout ira bien.

« Ah oui ? Et comment ? » eut envie de ricaner Harry. « Tu crois vraiment que ça peut s'arranger ? Que je ne risque pas de finir de toute façon perdant dans cette putain d'histoire ? »

Mais il ne dit rien car ça ferait trop mélo-dramatique. Il se contenta de hocher lentement la tête, soulagé que Hermione semble avoir choisi la pitié au dégout à ressentir envers sa personne. Oui, il en était là...il se dégoutait bien trop pour deux, pour trois, pour mille.

°O°O°O°O°

-Harry, qu'est ce que tu fous ?!

Ron l'attendait pour rentrer à Poudlard. Il n'avait pas vu la forme noire vers le grand chêne. La mission avait été difficile, il était crevé et il devrait, en effet, rentrer avec son meilleur ami mais il avait reconnu la silhouette de Malfoy et elle semblait l'attendre, derrière son arbre.

Cinq jours étaient passés depuis l'épisode de la pensine. Ron avait finalement opté pour l'option « Je ne suis pas au courant que mon meilleur pote aime un Mangemort » ce qui convenait très bien à Harry. Ils évitaient juste le sujet « Malfoy » pendant leurs discussions, ce qui lui convenait encore plus.

-Je dois encore faire un truc, répondit Harry. Rentre sans moi.

-Tu es sûr ? Cria Ron déjà devant la porte de l'établissement du frère de Dumbledore.

-Oui, t'inquiète. Que veux-tu qu'il m'arrive à Pré-au-Lard ?

Ron eut l'air d'hésiter et Harry crut l'espace d'un instant qu'il n'arriverait pas à s'en dépêtrer. C'était sans compter la hâte du rouquin de retrouver Hermione et d'avoir des nouvelles de ses frères eux aussi partis en mission. Du coup il n'insista pas. Et puis il savait que Harry avait horreur d'être materné.

-Ok, mais ne tarde pas trop !

-Oui maman !

Harry était trop loin pour voir la grimace de Ron mais il l'imagina aisément. Dès que son ami fut entré dans l'auberge des « Trois sangliers » il se retourna vers l'arbre où Malfoy avait disparu. Lorsqu'il y parvint la silhouette noire était à présent à vingt mètres devant lui en train de marcher rapidement vers la cabane hurlante.

Il le suivit, la main sur sa baguette. Il était empli d'une colère froide. Comment osait-il se trimballer encore si près du château ? Cette fois n'avait rien d'un accident. Malfoy l'attendait. Il croyait quoi ? Qu'il allait encore le laisser s'enfuir, emportant au passage le peu de fierté qu'il lui restait ?

La journée d'aujourd'hui avait été éprouvante. Il n'avait pas été blessé mais un groupe de Mangemorts avaient attaqué une grande partie du réseau sous-terrain de Londres. Plusieurs métros avaient explosé au même instant. Il y avait eu beaucoup de victimes moldues : peut-être une centaine. Ça faisait la une de tous les journaux. Les autorités parlaient déjà d'attaques terroristes, mettant en place un plan de sécurité de niveau neuf. Inutile contre des sorciers.

Harry s'était senti inutile et pour lui il n'y avait rien de pire. Quand ils étaient arrivés, les Mangemorts étaient déjà loin, bien évidemment. Si Malfoy faisait parti de ceux qui avaient attaqué le métro, Harry n'en savait rien. Il ne voulait pas le savoir. Même s'il était ailleurs, il restait dans le même camp que les autres. C'était tout ce qui comptait.
Il arriva devant la cabane hurlante et prit une inspiration avant de rentrer.

Malfoy était là, dans le hall, l'attendant. La baguette sagement rangée dans sa ceinture. Harry remarqua qu'il avait l'air moins fatigué que dans le souvenir de Greengrass. Mais peut-être était-ce simplement dû au fait qu'il voulait paraître à son avantage cette fois-ci.

-Tu vas me tuer, Potter ? Demanda Draco en levant un sourcil, les yeux posés sur sa baguette.

Il semblait vraiment intrigué et le ton était poli. Cette désinvolture ne fit que renforcer la colère de Harry.

-Sais-tu combien de moldus sont morts aujourd'hui ? Murmura Harry d'une voix rauque.

-Pas assez je suppose, répondit le blond avec un haussement d'épaules.

Harry se forçait à repenser aux moldus morts ou blessés qu'ils avaient vu défiler une bonne partie de l'après-midi. Mais il revoyait aussi Malfoy quand son corps lourd et repu s'affaissait sur le sien et qu'il ne semblait plus capable de bouger loin de lui. Il se souvenait de la façon qu'il avait de gémir quand il se faisait prendre...et c'était comme un sanglot étouffé. Il se souvenait de la manière dont ses lèvres s'incurvaient quand son orgasme était proche. Il se rappelait de tout et il le revoyait aussi en train d'insulter les autres serpentards, d'essayer de tuer Pansy. En train de l'insulter lui, de lui promettre de le tuer...quand ils se recroiseraient.

-Prends ta baguette, espèce de lâche ! Grogna Harry.

-Si je la prends tu vas me tuer, Potter. Et je ne suis pas venu ici pour ça. Enfin je ne dis jamais non pour une autre sorte de mort...

-Prends. Ta. Putain. De. Baguette ! articula Harry dangereusement.

Il eut le plaisir de voir les yeux gris perdre de leur assurance.

-Tu ne me demande même pas pourquoi je suis là ? Tu ne fais jamais preuve d'intelligence quand tu es en colère...enfin encore moins qu'en temps normal, je veux dire. Mais tes yeux sont putain de bandant quand tu es ainsi, je suppose que quelque part ça compense.

Harry eut un sourire cruel que Malfoy lui rendit. C'était comme un miroir. Il pouvait presque deviner les pensées de l'ancien serpentard. Il savait que dévier la discussion sur le sexe faisait en général perdre ses moyens à Harry alors il avait tenté le coup. C'était vrai que ça marchait, Harry avait envie de lui. Mais malheureusement pour Malfoy, il avait envie de lui faire mal aussi.

-Ferme-la, annonça Harry calmement. Ça ne marchera pas ce soir. Je suis à bout Malfoy. Prends ta baguette.

Cette fois l'inquiétude de Malfoy était presque palpable, ça excita Harry. Il aimait dominer Malfoy. Il aimait voir son arrogance et sa certitude de tout contrôler s'effriter doucement. Il voulait lui faire mal. Le frapper. Le mordre. Le rabaisser à sa condition d'humain. Ce type était moins fort que lui et il jouait avec la vie des autres en souriant. Il allait apprendre qui était le Maître...pas ce connard de Voldemort mais juste lui...Le mec qu'il avait un peu trop pris pour un pantin allait lui montrer qu'il ne pourrait jamais gagner.

Il avait envie de le baiser, fort et dur. Lui faire payer pour tout. Pour ce poison qu'il avait mis en lui. Pour les gens morts à cause de cette guerre. Pour le regard de Ron. Pour la pitié d'Hermione. Pour tout ce qui n'allait pas dans sa vie. Il n'en avait rien à foutre que ce ne soit pas juste, que ce ne soit pas bien.

-Imperium ! Siffla-t-il en jetant le sort sur Malfoy.

La lueur dans les yeux gris s'éteignit. Les lèvres cessèrent de sourire et le corps sembla s'affaisser.

Harry resta quelques secondes à le regarder puis ses jambes se dérobèrent sur lui. D'un geste de sa baguette il obligea Malfoy à s'asseoir à côté de lui. Il tremblait de peur pour ce qu'il venait de faire. Était-il devenu un monstre ? A présent que le sort était lancé il se sentait vide de tout. Il avait juste envie de se laisser aller et de pleurer...pour les autres, pour Malfoy, pour lui-même...surtout pour lui.

-Prends-moi dans tes bras, demanda-t-il au pantin.

Il frissonna quand les bras s'enroulèrent autour de lui. Sauf que l'intention de douceur n'était pas là. L'amour n'était pas là. C'était juste un geste mécanique.

Alors Harry nicha sa tête dans le cou de l'ancien serpentard, respirant son odeur. Etant doux pour deux. Amoureux pour deux.

-Je t'aime, chuchota-t-il et il ferma les yeux.

Finalement, il ne pleurerait pas. Ça ne servait à rien quand personne ne pouvait vous consoler.

Et là, il était seul.

A suivre...