Chapitre 3: Paradis artificiel
Mars : 9ème mois de guerre
Harry, avachi sur un vieux canapé l'observait, se demandant quand il reprendrait ses esprits. Il aurait du partir de la cabane hurlante depuis longtemps mais il préférait l'affronter une fois pour toute. Il allait être furieux quand il se rendrait compte qu'il avait été sous imperium.
En attendant, il le regardait. Il l'avait laissé assis sur le plancher sale, les bras ballants, le regard vide. Poupée Malfoy manquait singulièrement d'intérêt. Certes, le corps était superbe mais ce qui se trouvait en face de lui n'était qu'une coquille. C'était étrange de le trouver si quelconque quand il était sous imperium. Il aurait pourtant pu faire tout ce qu'il voulait de lui mais à quoi bon puisque Malfoy n'était pas là? Il s'était contenté de lui demander de le prendre dans ses bras mais la déception avait été amère.
Il se trouvait dans l'incapacité de lui faire du mal ou juste de le ramener à Poudlard.
Une fois là bas, il ne pourrait plus le voir, ou si, mais jamais seul.
Harry se prit la tête entre les mains. Que devait-il faire? Malgré toutes ses belles paroles, il n'était pas prêt à détruire Draco. Bon sang, autant lui demander de se détruire lui-même! Il voulait croire que sur un champ de bataille ça allait être différent. Qu'il n'hésiterait pas.
Là, il pouvait hésiter, n'est ce pas? Il n'y avait que Malfoy et lui. Personne ne saurait qu'il l'avait laissé s'échapper. Après tout, peut-être qu'il n'était pas si mauvais que ça...? Peut-être qu'il ne s'occupait que de paperasse pour Voldemort...?
« Tu es incapable de tuer un moldu sans vomir et te couvrir de ridicule Zabini, alors je ne pense pas que tu puisses me tuer moi. J'ai dû le finir pour toi, tu te rappelles ? Et j'ai dû m'occuper moi-même de la plupart de vos missions car vous refusez tous autant que vous êtes de vous salir les mains ! »
Harry ricana nerveusement, toujours le visage dans ses mains, en se souvenant de ce qu'avait dit Malfoy dans la pensine. Putain, il n'avait rien d'une blanche brebis ! Malfoy était devenu un tueur et lui il se trouvait incapable de lever la main sur lui.
Est-ce que l'amour agissait comme une lobotomie sur lui? Est-ce qu'il allait devoir attendre qu'il s'en prenne aux gens de son entourage pour agir?
Il poussa un soupir et releva la tête. Son souffle se bloqua, Malfoy, toujours assis par terre, le regardait. L'imperium venait de cesser de faire effet.
Harry le vit froncer les sourcils puis son regard se fit soupçonneux.
-Que s'est-il passé? Demanda-t-il en cherchant sa baguette.
L'ancien gryffondor désigna d'un geste du menton sa propre poche où il avait mis la baguette magique du blond.
Ça eut l'effet de le faire se lever d'un bond mais il n'eut pas le loisir de l'approcher, Harry pointa sa baguette sur lui, le défiant de bouger encore.
-Reste où tu es, ordonna-t-il calmement.
-Que s'est-il passé? Répéta le blond et Harry pouvait presque voir son esprit fonctionner à toute vitesse.
L'ancien gryffondor le dévisagea, restant silencieux.
-Tu m'as jeté un sors d'oubliette ou un truc du genre?
C'était presque drôle de le voir si inquiet. C'est sûr qu'avoir un blanc de quelques minutes dans ses souvenirs avait de quoi inquiéter mais pour que Malfoy ne parvienne pas à cacher la peur dans sa voix, c'est qu'il n'était pas seulement inquiet mais pas loin d'être terrifié.
-Non. Pas un sortilège d'amnésie.
Peut-être que le ton de sa voix était bizarre? Peut-être était-ce son attitude, froide et calme? Toujours est-il que Malfoy venait de comprendre.
-L'imperium, souffla-t-il en écarquillant les yeux.
Harry hocha la tête, ne le quittant pas des yeux, s'attendant à l'attaque, à la colère, à la haine.
Mais Malfoy ne bondit pas toutes griffes dehors sur lui. Il ne parla même pas. Il le regardait d'une drôle de manière, comme s'il le voyait pour la première fois.
Il était choqué et ça devenait effrayant.
-Ne fais pas cette tête, railla Harry mal à l'aise. Ce n'est ni la première, ni la dernière fois, que je te jette un sors.
Malfoy serra les poings, le regardant toujours de manière déroutante: un mélange de frustration et de résignation cette fois.
-Un imperium? Siffla-t-il finalement. Si j'avais su que tu jouais maintenant dans la cours des grands, j'aurais pris mes précautions, Potter!
Harry haussa les épaules comme si ce n'était rien. Sauf que ce n'était pas rien, Malfoy et lui le savaient.
-Et serait-ce trop demandé de vouloir savoir ce que tu m'as fait faire?
-Rien. Je ne t'ai rien fait.
Le blond ricana.
-Parce que tu penses que je vais te croire? Me prends pas pour un con! Tu as utilisé un Imperium, bordel! Alors dis-moi, est ce que ça valait le coup? Ça t'a fait quoi de m'avoir à ta merci?
-Je ne t'ai rien fait, répéta Harry.
C'était vrai, à part lui avoir demandé de le prendre dans ses bras, mais ça ne comptait pas vraiment n'est-ce-pas? Et puis il préférait crever tout de suite plutôt que d'avouer ça à Malfoy.
-Est-ce que ça t'a fait bander? Reprit le blond impitoyablement.
-Tu te donnes trop de crédit Malfoy, annonça Harry calmement. Maintenant arrête de jouer à la vierge outragée et dis-moi pourquoi tu m'as entraîné jusqu'ici ce soir.
Il crut au début que Malfoy ne lui répondrait pas mais il le fit quand même, utilisant ce ton traînant qui avait le don d'agacer Harry.
-Je voulais savoir si tu n'avais pas vu ma fiancée, Potter. Elle a disparue et je me disais qu'elle serait peut-être retournée à Poudlard...Daphné a toujours été une grande nostalgique.
Ah, c'était donc ça! Il venait mener son enquête. Savoir où étaient cachés ses anciens amis. Il devait se douter qu'ils étaient à Poudlard mais voulait quand même une confirmation.
-Je croyais qu'elle n'était plus ta fiancée, répondit Harry. C'est ce qu'ils ont dit dans les journaux.
Malfoy leva un sourcil interrogateur.
-Je ne savais pas que tu t'intéressais autant à ma vie sentimentale, Potter. Si tu veux tout savoir, je l'ai larguée.
-Pourquoi?
Cette fois Malfoy se mit même à sourire, de nouveau en confiance.
-Parce qu'elle n'était pas toi, dit-il simplement.
-Je t'ai baisé quand tu étais sous imperium, répondit Harry du tac au tac.
-Mon corps s'en souviendrait Potter. Il s'en souvient toujours quand tu en prends possession.
-Alors peut-être que je t'ai demandé de me baiser?
Le drôle de sourire de Malfoy s'accentua. Harry sentit les mailles du filet se resserrer sur lui. Pourquoi est-ce que ça devait toujours se passer comme ça ? Il était pourtant celui qui détenait les baguettes. Il savait pourtant que Malfoy n'avait pas quitté Greengrass mais qu'elle s'était enfuie. Alors le « parce qu'elle n'était pas toi », n'était là que pour le déstabiliser. Malfoy ne pouvait pas avoir deviné qu'il était amoureux, si?
-C'est ce que tu veux...
-De quoi parles-tu? Demanda Harry d'une voix rauque.
-Imagine, chuchota presque Malfoy. Imagine que je sois toujours sous Imperium...Que vas-tu me faire, Potter?
L'ancien serpentard le mangeait des yeux. Il avait envie de lui. Il savait que l'envie était réciproque. Est-ce qu'ils devaient de toute façon en arriver là? Le sexe n'était pas la bonne manière de mettre un terme à un débat mais c'était ce qu'ils avaient toujours fait. Et ce que Malfoy lui proposait était comme un rêve après tout ce temps. C'était choisir la facilité aussi mais Harry s'en moquait à présent.
« Prends-moi dans tes bras! » voulu-t-il lui demander. Malfoy le ferait, il avait vu dans ses yeux qu'il ferait tout ce que Harry lui demanderait. Sauf que ça ne compterait pas non plus. Ce n'était qu'un nouveau jeu sexuel qui était passé dans la tête du Mangemort.
Harry cessa de le regarder et posa sa tête en arrière préférant fixer le plafond. Il était si fatigué de tout ça.
Il avait envie d'arrêter de réfléchir et de laisser Malfoy prendre le contrôle.
-Fais ce que tu veux! ordonna-t-il simplement.
Il l'entendit approcher mais resta dans sa position, le coeur battant vite.
Il sentit qu'on enlevait la baguette de ses mains et qu'on prenait celle qui se trouvait dans sa poche.
« Il va me tuer. », pensa-t-il « Et ça sera fini. Ça sera enfin fini! »
Il frissonna un peu lorsque le bout d'une baguette, il ignorait laquelle, passa sur sa joue. Malfoy venait de prendre place, juste à côté de lui, sur le canapé et Harry pouvait entendre sa respiration. Pourtant, à part avec sa baguette, il ne le touchait pas.
-Es-tu sûr de vouloir mourir? demanda la voix caressante de Malfoy contre son oreille.
Harry ferma les yeux, la gorge toujours a découvert. Il se demandait pourquoi Malfoy parlait. Il pouvait faire ce qu'il voulait. Harry s'en fichait, mais il fallait qu'il agisse et vite.
-Tu ne m'as « presque » rien fait quand j'étais désarmé contre toi tout à l'heure, donc je...
-A part un Imperium, coupa Harry cynique.
-Si tu n'en as pas profité alors c'est comme si tu ne m'avais rien lancé.
Harry eut un rire nerveux. Voilà que maintenant Malfoy lui donnait l'absolution. Sauf qu'il ne se moquait pas du blond mais de lui-même. Parce que c'était ce qu'il attendait. Qu'on lui dise qu'il n'était pas un monstre. Et il avait voulu que ce soit Malfoy entre tous qui le lui dise. Le pauvre serpentard n'en avait pas conscience mais en disant cela, en le réconfortant malgré lui, il faisait en sorte que Harry l'aime encore plus. Tout ceci était risible.
-Alors tu ne vas pas me tuer? Demanda Harry, les yeux à nouveau fixés sur le plafond.
-Pas ce soir..., l'entendit-il lui répondre, mais cette fois il sentit son souffle contre son cou.
Harry avait envie de pleurer de frustration. Il n'avait pourtant pas oublié la guerre, les Mangemorts et tout le reste mais il avait tellement envie que ce soit le cas. Et Malfoy était la seule personne qui avait le pouvoir de faire en sorte qu'il n'existe plus rien d'autre au monde à part eux deux.
-Tu vas m'embrasser?
-...oui.
Malfoy avait chuchoté ça comme ci c'était un secret, son souffle venant s'écraser une fois de plus sur sa peau qui lui semblait brûlante. C'était le son le plus beau que Harry eut jamais entendu. Il poussa un léger soupir fébrile, tous ses sens aux aguets. Il aurait voulu paraître détendu mais il n'y parvenait pas.
-Regarde-moi, ordonna Malfoy la voix voilée par le désir.
Harry baissa à peine la tête sur le côté et l'observa. Les yeux gris étaient plein de promesses de corps en sueur, de cris étouffés et de sexes durs. Mais aussi séduisants qu'ils soient, le regard de Harry descendit sur les lèvres de Draco et ne les lâcha plus. Il l'entendit déglutir et trouva ça mignon. Comme si d'un seul coup Malfoy avait peur de l'avidité avec laquelle l'ancien gryffondor le considérait. Impressionné ou pas, à présent il allait devoir faire quelque chose pour Harry, pour satisfaire ce qu'il venait d'éveiller.
Il le vit avancer une main un peu tremblante jusqu'à ses lunettes qu'il lui retira, puis il fit glisser cette même main dans ses cheveux noirs avec douceur.
-On va baiser, Potter, murmura-t-il. On va tellement baiser qu'on ne saura plus rien faire d'autre après ça...jusqu'à ce que nos queues n'arrivent plus à se lever.
Ça avait toujours été comme ça. Le langage cru quand les gestes étaient trop doux. Comme s'il fallait absolument tout salir. Harry hocha la tête, donnant son accord.
-Et si tu commençais par utiliser ta bouche de suceuse pour autre chose que parler, Malfoy, dit-il. Je connais justement un endroit où elle aura enfin l'utilité qui lui convient.
Comme toujours, Harry jouait le jeu. Pour ne pas être en reste. Sauver les apparences quoiqu'il arrive, c'était tout ce qui comptait. Malfoy sans prévenir, l'embrassa durement comme pour le punir, tout en défaisant sa braguette et les boutons de son pantalon avec des gestes brusques.
Harry se laissa faire. Il allait l'avoir sa fellation mais il n'arrivait pas vraiment à s'en réjouir.
Il se demandait s'il arriverait à nouveau à se réjouir de quoique ce soit, puis il cessa de se poser des questions car la bouche de Malfoy quitta ses lèvres pour se poser directement sur son érection et plus rien n'eut d'importance.
°O°O°O°O°
Lorsque Harry sortit de la cabane hurlante, il était déjà tard. Il rentra rapidement au château, souhaitant que Ron ne l'ai pas attendu et se soit couché. La dernière chose qu'il voulait c'était croiser son ami. Il puait le sexe et il devait avoir la tête de quelqu'un qui y avait eu droit. Ce qu'il lui fallait c'était une douche et une bonne nuit de sommeil, pas les questions d'un Ron trop perspicace à son goût. Ceci dit, il pouvait d'ores et déjà s'asseoir sur sa nuit, ce qu'il obtiendrait allait être au maximum deux ou trois heures de sommeil étant donné que le jour n'allait plus tarder à se lever.
Les couloirs étaient vides et c'était une chance car il n'avait pas sa cape avec lui. Il commençait vraiment à croire qu'il allait pouvoir accéder à sa chambre sans se faire pincer mais il déchanta rapidement en entrant dans la salle commune des Gryffondors. Ron était assis sur un fauteuil près du feu, l'air contrarié et fatigué.
-Déjà de retour? Ironisa immédiatement son ami.
-Je t'avais dit de ne pas t'inquiéter, répondit Harry plutôt sèchement.
Il ne voulait pas que Ron s'approche et qu'il puisse se rendre compte de quelque chose. Bon sang, pourquoi n'y avait-il pas de douche dans la cabane hurlante? Il se sentait poisseux. Il n'avait jamais aimé le fait de rester dans sa sueur, sans oublier les autres fluides corporels qu'il avait aussi sur lui, et du temps où avec Malfoy ils faisaient ça dans la salle sur demande, il était toujours le premier à se lever pour se nettoyer.
-Tu m'avais aussi dit que tu n'en avais pas pour longtemps, répliqua Ron. Est-ce que je peux savoir ce que tu fabriquais ou est-ce que tu vas encore me renvoyer ton humeur de chien à la gueule?
« Bien sûr Ron. » pensa Harry avec cynisme « J'étais en train de m'envoyer en l'air, avec Draco Malfoy. Tu sais le mec qui a passé toute sa scolarité à t'insulter toi et ta famille et qui maintenant est un Mangemort »
-J'ai pris l'air, expliqua le brun à la place. Maintenant, la prochaine fois je saurais qu'il faut te faire signer une autorisation avant. Dis-moi, est-ce que je peux aller aux chiottes tout seul ou tu veux aussi me la tenir?
Pas besoin d'être devin pour savoir qu'il était allé trop loin. Harry regretta ses mots au moment où il les prononça mais en même temps comme ça, il était sûr que Ron allait le laisser tranquille pour ce soir.
-Va te faire foutre, siffla le rouquin en se levant de son fauteuil. Je vais me coucher. Parfois t'es vraiment trop con.
Harry le regarda monter sans rien dire. Dire quoi de toute façon : que oui, il était trop con ? Qu'il savait que Ron s'inquiétait parce que se promener la nuit alors qu'il était un des types à abattre n'avait rien de prudent ?
Et le pire dans tout ça c'est qu'il n'arrivait pas à regretter. Il avait eu besoin de coucher avec Malfoy. Il se sentait revivre et c'était à Malfoy qu'il le devait. Ce soir le seul duel qui avait eu lieu était celui qui s'était poursuivi sur le canapé défoncé de la cabane hurlante. Il avait été en sueur mais pour autre chose qu'essayer de sauver sa peau. Il avait crié mais pas de souffrance. Il avait tué et il était mort aussi mais la mort avait été si petite et si belle qu'ils en étaient revenus juste pour pouvoir la ressentir encore.
Aussi ironique que cela soit, c'était dans les bras de son ennemi qu'il avait oublié la guerre.
Et à présent, il savait qu'il y retournerait. Telle une drogue, Malfoy n'était pourtant qu'un paradis artificiel, Harry était au moins conscient de ça...mais comme une drogue il l'avait dans la peau.
Il monta à son tour les quelques marches qui menaient à son dortoir, se demandant comment tout cela allait finir.
°O°O°O°O°
Le lendemain, il alla de nouveau à la cabane hurlante. Il s'attendait presque à y voir une armée de Mangemorts mais il n'y avait personne. Il attendit Malfoy longtemps, assis sur le canapé trop usé. Bien entendu, le serpentard ne se manifesta pas. Pourquoi l'aurait-il fait? Ils n'avaient même pas échangé un seul mot avant de partir chacun de leur côté.
Et lui que faisait-il là? A l'espérer comme un amoureux transis. Comme toujours il était partagé entre la honte et l'attente. Il lui semblait qu'il s'enfonçait de plus en plus vers une issue fatale.
Ce soir là, en revenant à Poudlard, il croisa Greengrass dans les cuisines. Il était venu piquer deux ou trois trucs à grignoter et elle il n'avait aucune idée de ce qu'elle fichait là. Il lui jeta un regard agacé et s'apprêta à partir quand il remarqua le diamant qui brillait à son doigt.
Elle n'avait pas enlevé sa bague de fiançailles. Malgré tout ce que Malfoy lui avait fait, elle avait gardé la bague. C'était comme si elle hurlait au monde entier qu'elle le considérait encore comme son futur époux.
-Elle est belle n'est ce pas? Demanda-t-elle en suivant son regard.
Harry releva les yeux vers son visage. Il se rendait compte qu'il la détestait encore. Son seul crime avait été d'avoir joué la potiche parfaite auprès de Malfoy mais en réalité elle avait été bien plus que tout cela. Elle avait été sa future femme. A elle, il lui avait sûrement fait l'amour lentement, avec respect. Ça avait dû être bon pour qu'elle garde la bague au doigt. Elle devait avoir eu droit à tout ce que Harry n'aurait jamais. Pas qu'il pensa un seul instant que Malfoy puisse tomber amoureux d'elle -ou de n'importe qui d'ailleurs- mais il avait dû se conduire convenablement avec elle.
L'ancien gryffondor se rendit compte qu'il aurait donné beaucoup pour que Malfoy se comporte convenablement avec lui.
-Ce n'est qu'une pierre, répondit Harry.
Les yeux bleus de Greengrass se posèrent sur lui avec une indulgence suintant l'ironie. Elle le trouvait sûrement trop stupide ou trop « homme-du-peuple » pour parler de bijoux avec lui.
-C'est une promesse, répondit-elle finalement.
Et Harry comprit que ce regard supérieur n'avait rien à voir avec la valeur onirique de la pierre. Si elle le regardait avec dédain c'était juste parce qu'elle pensait qu'il n'était pas capable de comprendre ses sentiments et la symbolique de la bague.
Si elle savait que c'était justement à cause de ce symbole qu'il la haïssait.
-Dis-moi Greengrass, pourquoi tu t'accroches encore à lui ? Il t'a mise enceinte ? Il t'a promis une potion qui pourrait enfin te faire paraître aimable et bienveillante ? Ou alors c'est juste un prétexte pour parader avec un diamant valant plus cher que ta petite personne ?
-Harry Potter et ses pitoyables insultes, mesdames et messieurs ! s'exclama-t-elle avant d'applaudir avec condescendance. Dommage que ton public ne soit pas présent ce soir, reprit-elle. Je suis sûr qu'il aurait adoré voir la façon dont tu prends plaisir à rabaisser une jeune femme qui demande l'hospitalité et la protection.
-Tu vas me faire pleurer.
Elle eut un sourire et s'avança vers lui, l'enveloppant pour un instant d'un parfum féminin, capiteux et sûrement très cher.
-Et toi tu te comportes comme un amant jaloux, Potter, murmura-t-elle en le regardant des pieds à la tête. J'ignorais que je te plaisais.
-J'ignorais que tu étais stupide en plus d'être sans intérêt, rétorqua le brun.
Elle retroussa le coin d'une de ses lèvres dans une mimique qui se voulait carnassière, exactement comme Draco le faisait parfois. Sauf que chez Draco, c'était naturel et sans calcul –et putain de sensuel aussi-. Harry fronça les sourcils voulant plus que tout lui faire ravaler sa caricature.
Qui avait décidé déjà qu'on ne devait pas frapper les femmes ? Qui que ce soit, cette personne ne devait pas connaître Daphné Greengrass sinon elle aurait donné une dérogation spéciale pour elle.
-Bonne nuit Potter, dit-elle simplement avant de partir avec ce foutu sourire horripilant scotché à ses lèvres.
Il la suivit des yeux, visiblement dégoûté. Il n'avait plus faim à présent.
°O°O°O°
Six jours, il avait tenu, six jours sans aller dans la cabane hurlante.
Sauf que le sixième jour, il voulait le revoir. Le toucher. Savoir s'il était vivant. S'assurer qu'il allait bien...alors il y retourna, mais il y resta seulement une heure avant de se reprendre. Il était stupide de penser que Malfoy reviendrait et encore plus de vouloir le revoir.
Ses relations avec Ron s'étaient arrangées comme toujours. Ron avait cette faculté de pardonner ou il était simplement beaucoup plus mûr que Harry ne le serait jamais.
Ce ne fut que le huitième jour qu'il le revit. Bien sûr, Harry était retourné dans la veille cabane. Malfoy s'y trouvait déjà et ses yeux étaient gris-mornes. Ce soir là, ils couchèrent ensemble jusqu'à l'épuisement. Malfoy semblait aussi dépendant du corps de Harry que Harry l'était de celui de Malfoy mais il n'y avait rien de rassurant à ça. Le garçon-qui-a-survécu aurait préféré que le blond fasse tout cesser entre eux mais il en semblait autant incapable que lui.
-Pourquoi tu n'essaies pas de me tuer? Lui demanda Harry allongé nu sur le vieux canapé alors que Malfoy se rhabillait.
L'ancien serpentard ne prit même pas la peine de se retourner.
-Mon Maître ne me l'a pas demandé, répondit Malfoy en boutonnant son pantalon.
Le pronom possessif qu'il venait utiliser ressemblait de manière inquiétante à une déclaration d'amour, Harry n'en détesta que plus Voldemort.
-Bien tiens !
-Tu as décidément attrapé la grosse tête Potter. Le Seigneur a d'autres ennemis bien plus puissants et importants qu'un stupide binoclard qui ne doit sa survie qu'à la chance.
Harry repensa à la prophétie et se demanda pourquoi Voldemort laissait penser à ses hommes qu'il n'avait que peu d'importance.
-Et ton Maître sait-il que tu couches avec moi? demanda-t-il à la place.
-Dumbledore sait-il que tu couches avec moi? répliqua Malfoy avec un sourire amer. Bien sûr que non! Si mon Maitre le savait il me demanderait de te tuer.
-Comme si tu en étais capable, avait ricané Harry.
-Tu ne seras pas toujours le plus fort, prévint le blond en le fixant cette fois. D'ailleurs tu ne l'as pas toujours été.
Il faisait bien entendu référence à la fois précédente où Harry l'avait laissé le désarmer. Bon sang, ce soir là, il était tellement dégoûté par la guerre et par l'impardonnable qu'il avait jeté, qu'il avait l'espace d'un instant souhaité que Malfoy le tue. Mais Malfoy n'avait rien fait à part utiliser son corps comme bon lui semblait. Et ça avait été bon justement.
-ça ne se reproduira plus, déclara Harry. Dégage maintenant.
-Ouais c'est ça, répondit Malfoy en remettant sa cape. Fais juste gaffe à ton cul Potter, un jour viendra où me l'enfiler n'aura plus aucun intérêt.
-Tant que le tien reste aussi réceptif à ma queue, je ne pense pas avoir grand-chose à craindre Malfoy.
Les yeux gris qui avaient cessé d'être mornes après leur premier baiser de ce soir brillèrent d'agacement et Malfoy s'en alla, la démarche nerveuse.
°O°O°O°
Juillet : un an et un mois de guerre
Quatre mois. Quatre mois qu'ils étaient revenus dans cette fichue école et les connards de gryffondor les regardaient encore comme s'ils étaient des pestiférés.
Blaise Zabini fit un doigt d'honneur en direction de la table de ses anciens camarades de classe. Les crétins se contentèrent de ricaner, se moquant visiblement de lui.
-J'espère qu'ils se feront tuer jusqu'au dernier, susurra Pansy à son oreille.
Blaise eut un micro sourire, cette idée lui plaisait bien.
-Vous parlez de quoi? Demanda Daphné en s'installant en face d'eux.
-De la canicule, soupira Pansy. Le mois de juillet vient juste de commencer et on crève sur place.
-C'est vrai que l'été va être chaud, répondit Daphné.
Elle ne loupa pas le regard railleur que Pansy avait posé -encore aujourd'hui- sur la bague de fiançailles qu'elle refusait de quitter.
-Potter a vraiment l'air d'un connard fini, dit Blaise les yeux toujours rivés sur les anciens gryffondors.
Et comme Potter était justement en train de le regarder, il espérait qu'il sache lire sur les lèvres.
-Comment peuvent-ils tous penser qu'il va gagner? Reprit-il. J'admets qu'il a, jusque là, eu une chance insolente mais Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est beaucoup plus puissant que ce pauvre mec.
-Ils ont besoin d'espoir, renifla Pansy avec mépris.
-Il paraît que Rodolphus Lestrange s'est fait tuer, murmura Daphné en se servant une tasse de thé.
Ses deux amis tournèrent brusquement la tête vers elle.
-Qui l'a eu? Demanda Blaise.
Elle haussa les épaules pour montrer son indifférence, une gestuelle qu'elle tenait de Draco.
-Je n'en sais rien. J'ai juste entendu Potter et Weasley en parler dans un couloir. Je crois que c'était Potter.
-Lestrange n'était pas si fort que ça, répondit Blaise serrant les dents, visiblement contrarié d'apprendre que Potter n'était pas seulement bon à parader dans le château.
-Mais c'était une pourriture, murmura Pansy.
-Ouais, reprit Blaise, dommage qu'il n'ait pas eu Draco.
Harry tout en mâchant son pain, se demanda pourquoi les serpentards qui le fusillaient du regard cinq secondes plus tôt, le regardait à présent avec quelque chose s'approchant beaucoup à du respect. Puis Zabini, lui fit à nouveau un doigt d'honneur et Harry comprit que tout était redevenu normal.
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Fin Décembre : 1 ans et 7 mois de guerre
-Putain, ils ont jamais entendu parlé de la trêve de Noël ces cons ?
Harry esquiva un sort en se baissant et se réfugia dans la boutique la plus proche –en évitant les débris de verre- le temps de souffler un peu.
-Ron cesse de râler et concentre-toi ! cria Lupin à quelques mètres de là.
Une main se posa brusquement sur l'épaule de Harry, le faisant sursauter.
-Des détraqueurs arrivent ! s'exclama Bill Weasley qui venait de transplaner et avait un bras qui pendait bizarrement.
Harry acquiesça.
-Accio patronum ! hurla-t-il.
Il fut imité par plusieurs membres de l'ordre. La loutre de Hermione devançait déjà son cerf et filait vers les ombres inquiétantes qui s'engouffraient dans les rues.
Ron avait raison, ce n'était pas le plus sympathique des Noël. L'attaque avait eu lieu au chemin-de-traverse. A présent, ils ne s'attaquaient plus seulement au monde moldu.
Un lion rugissant et argenté courrait au côté du Fox-terrier de Ron. Harry vit aussi passer devant lui une belette et un renard. Puis son attention fut de nouveau prise par les Mangemorts. Il se demanda si Malfoy était dans le lot. Sûrement, il y en avait beaucoup aujourd'hui.
Pour l'instant il n'avait reconnu que Greyback et il avait cru entendre le rire de Bellatrix.
Par contre il ne pensait pas que Voldemort soit là.
Dommage.
Il profita d'une accalmie pour sortir de sa cachette, immédiatement les sorts fusèrent dans sa direction. Il eut un sourire effrayant et cruel et commença à répliquer
O°O°O°O°O
-Bordel, mais tu dors ?!
Harry sentit ses yeux se rouvrir brusquement. Merde, il était vraiment crevé ! Un nouveau va et vient de Malfoy le fit soupirer de plaisir. Il avait jouit mais pas le blond qui continuait sa petite affaire derrière lui.
-Je suis mort, commenta Harry en refermant les paupières.
-Tu vas vraiment l'être si tu continues à pioncer pendant que je t'encule !
Oula, Malfoy avait vraiment l'air vexé. Cette constatation arracha à Harry un rire paresseux.
-Dépêche-toi de finir alors, murmura-t-il.
Il sentit Malfoy s'arrêter complètement et il en fut soulagé.
-Comme si j'avais envie de terminer dans ces conditions, l'entendit-il râler.
Il le sentit commencer à se retirer avec précaution et le fait de savoir que bientôt Malfoy ne serait plus en lui l'alarma.
-Non reste, ordonna-t-il.
-Quoi ?
-Reste encore un peu…juste le temps que je m'endorme.
-Tu m'as rêvé là ! siffla Malfoy.
-Dis-toi que ça sera mon cadeau de Noël, murmura Harry à nouveau semi-comateux.
-Une bite dans le cul pendant que tu dors ? C'est ça que tu veux pour Noël ?
Harry fronça les sourcils. Le ton de Malfoy vacillait entre l'incompréhension et le mépris.
-Dégage, souffla Harry honteux et blessé, contre le tissu rêche du vieux canapé. J'ai changé d'avis.
Encore une fois la magie et l'abandon de l'instant avait été balayé par Malfoy. Il le sentit se retirer et le vide aussi bien psychologique que physique menaça de l'engloutir. Heureusement qu'il était trop fatigué et trop fier pour se mettre à chialer. Il ferma les yeux et s'endormit, n'attendant même pas que Malfoy s'en aille.
Qu'il aille se faire foutre ce con.
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Juin : deuxième année de guerre
Presque six mois…
-C'est toi ?
Harry s'avança de sorte qu'il soit dans la lumière de fin d'après-midi qui passait par la fenêtre.
-Qui veux-tu que ce soit ? répondit-il.
Malfoy avança d'un pas vers lui et Harry recula, le regard dur, les mâchoires serrées.
Presque six mois sans le voir.
Son air déterminé sembla inquiéter Malfoy qui ne bougea plus, se contentant de le dévisager silencieusement.
-Alors Malfoy, combien de personnes as-tu tuées durant tout ce temps ?
-…Je te retourne la question Potter.
Harry haussa les épaules comme si ça n'avait pas d'importance. Malfoy avança de nouveau vers lui et cette fois il ne recula pas.
Depuis Noël il n'avait plus vu Malfoy. Dumbledore l'avait mandaté en mission en Europe de l'Est et il venait à peine de revenir.
Il se sentait sale et vide de tout. C'est pour ça qu'il était venu voir si Malfoy était là. Pour savoir s'il serait encore capable de lui faire oublier toutes les horreurs qu'il avait vu. Pour savoir s'il l'aimait encore, à présent que son cœur lui semblait aussi lourd et inutile qu'une pierre. S'il ne l'aimait plus, il le tuerait ce soir. Il en était capable à présent.
Malfoy avait encore ce regard morne qui était devenu le sien depuis le début de la guerre et pour la première fois Harry comprit que lui aussi avait le même regard.
Le regard de ceux qui se demandent s'ils sont désormais capables de faire autre chose que la guerre.
Puis les mains de Malfoy s'agrippèrent à son t-shirt presque de manière convulsive et il écrasa ses lèvres contre les siennes. Ainsi il lui avait quand même manqué.
Harry ouvrit les yeux en grands et se laissa pousser sur le canapé qui relâcha un nuage de poussière quand ses fesses se posèrent brusquement dessus.
Il laissa Malfoy le déshabiller, il laissa ses mains et sa bouche le redécouvrir. Il ne savait pas pour lui, mais il était évident que le mangemort savait faire autre chose que la guerre.
Il inspira une grande goulée d'air et sut qu'il ne le tuerait pas.
Ni ce soir, ni jamais.
C'était son paradis artificiel à lui. C'était dans ses bras pâles que se cachait l'humanité de Harry. Il n'était plus le survivant dans cette cabane. Il était juste un corps à soumettre encore une fois, un cœur déjà soumis depuis longtemps, des yeux à allumer et à faire briller.
Il se sentait comme une pile rechargeable. Il poussa un gémissement étonné, il ignorait pouvoir encore ressentir autant de plaisir. La bouche du blond relâcha son téton et traça un sillon brûlant jusqu'à son caleçon.
Malfoy était l'allumette. Malfoy était la batterie. Malfoy était l'oubli.
Harry l'attrapa par les bras et remonta son visage jusqu'au sien, les yeux gris n'étaient plus mornes, ils étaient sombres et affamés. Ils s'observèrent sans rien dire avant que Malfoy ne détourne le regard, visiblement gêné.
-Je veux être dessous cette fois-ci, dit-il en contemplant le pantalon de Harry par terre.
-Je t'ai tant manqué que ça ?
Malfoy le fixa à nouveau avec un sourire moqueur. Il venait en une seconde de retrouver toute son arrogance.
-J'imagine qu'il y a en effet quelque chose chez toi qui m'a manqué, répondit-il en descendant son regard jusqu'à son entrejambe. Mieux que rien, n'est ce pas, Potter ?
-Fous-toi à poil, ordonna Harry. Je vais te donner ce que tu veux.
Un sourire en coin et plein de morgue lui répondit et les doigts pâles commencèrent à déboutonner une chemise blanche.
°O°O°O°
Octobre : 2 ans et quatre mois de guerre
-NON ! cria Harry et il poussa Ron, lui faisant dévier son sort.
La lumière verte passa sur la droite de Malfoy et le mangemort ne s'en rendit même pas compte, trop occupé à se battre contre Kingsley.
Ron se tourna vers Harry des larmes de rage coulant sur ses joues. Le rouquin était tellement outré qu'il en oublia pendant un instant comment parler.
-T'es cinglé ?! cracha-t-il enfin. Ces enfoirés viennent de tuer Bill ! Comment peux-tu encore le protéger ?
Harry secoua la tête, l'air assommé.
-Pas lui, murmura-t-il. Tous les autres si tu veux, mais pas lui…
-Connard ! siffla Ron en passant devant celui qui était sensé tous les sauver.
°O°O°O°O°
Ce n'était pas le premier enterrement qui avait eu lieu à Poudlard depuis le début de la guerre mais celui là avait été pour Bill Weasley. Il avait plu durant toute la cérémonie et la mise en terre.
A présent, plusieurs heures plus tard, Harry contemplait le lac sans le voir.
-Tu ne vas pas te jeter dedans quand même ?
Harry se retourna brusquement. Ron avançait dans sa direction, l'air épuisé et triste, les mains dans les poches.
-Je suis désolé, dit Harry. Ron, je suis tellement…
-Arrête Harry, coupa le rouquin, ce n'est pas toi qui l'as tué. C'est à moi de te demander pardon…pour la bataille, je ne savais plus ce que je faisais.
-Pourquoi ? demanda Harry. Pourquoi viens-tu toujours arrondir les angles alors que c'est moi qui merde ?
Ron eut un sourire triste et se mit aussi à contempler l'étendue d'eau si calme et lisse qu'on aurait dit un drap de satin gris.
-Je sais que tu l'aimes, dit-il. Depuis les souvenirs de Greengrass –merde ça fait une éternité- j'ai enfin compris ça. Je pense que j'aurais fait pareil pour Hermione.
-Moi j'ai toujours pensé que sur un champs de bataille je serais capable de le tuer.
Ron eut un ricanement amer.
-Il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures Harry, expliqua-t-il. Je pense sérieusement qu'à un moment tu devras choisir. Tu ne pourras pas toujours le sauver. J'ai envie de croire qu'à ce moment là, tu feras le bon choix. C'est pour ça que j'arrondis toujours les angles. Je crois en toi. J'ai déjà perdu un frère. Il est hors de question que j'en perde un autre, c'est clair ?
-Très clair, répondit Harry sans parvenir à sourire.
°O°O°O°
Mai : 2 ans et 11 mois de guerre
Le sort toucha Severus et il entendit le rire jubilatoire de Bellatrix quelque part, à une trentaine de mètres derrière lui. Avant de tomber à terre.
-Bella en a eu un! Cria Walden.
-Qui? Est-ce qu'il a eu Potter? Demanda Lucius d'un ton excité.
Severus se traîna dans l'herbe fraiche à quatre pattes, essayant de fuir les Mangemorts.
-Oh, c'est mignon, il essaie de s'enfuir! Ricana Bellatrix dont la voix se rapprochait. Tu ne trouves pas ça mignon Draco?
Draco Malfoy marmonna quelque chose que Severus n'entendit pas mais qui fit rire sa tante. Le fils de Lucius suivait constamment Bellatrix comme un toutou aussi n'était-il pas étonné de le voir participer à cette attaque.
Il fallait qu'il se sorte de ce merdier avant qu'ils ne se rendent compte que le type qu'ils avaient attaqué était sensé être dans leur camps et pas en train de papoter tranquillement avec un des membre de l'Ordre du Phoenix.
D'ailleurs où était passé Lupin? Est-ce qu'il allait le laisser crever comme ça, au milieu de la nuit?
Alors qu'il se faisait cette réflexion, il s'immobilisa et se mit à tousser. Et vu l'odeur et le goût de ce qu'il crachait ça ne pouvait être que du sang.
Merde, quel sort lui avait-elle jetée cette salope?
-Protegio! Cria quelqu'un à sa droite et Severus fut enveloppé dans une bulle rouge.
-Allez, lève toi! Grogna Remus en l'attrapant par le bras.
Severus aurait bien voulu. Il croyait quoi ce stupide loup-garou, qu'il était dans cette position pour chercher des trèfles à quatre feuilles?
Sauf que Lupin ne sembla pas prendre son immobilisme pour argent comptant et l'empoigna brusquement l'obligeant à se lever et le faisant gémir de douleur par la même occasion.
Severus l'esprit embrumé par la souffrance, eut quand même le temps de remarquer les sorts colorés -et pour la plupart de vert - qui s'écrasaient contre le bouclier de protection de Lupin avant que ce dernier ne les fassent transplaner.
°O°O°
-On était encerclé, expliqua Remus. Et avec Severus blessé, la seule solution était de fuir.
-Tu as bien fait, répondit Dumbledore en sortant avec lui de l'infirmerie. Il a perdu connaissance à quel moment?
-Après qu'on ait transplané.
-Tu sais s'ils l'ont reconnu?
-Non, ils étaient encore trop loin et Greyback n'étaient pas avec eux. Il n'a pas pu le sentir.
-De toute façon qu'ils l'aient reconnu ou pas, le problème reste le même. A présent ils savent que quelqu'un de l'Ordre est blessé et, que Severus disparaisse ou revienne blessé à son tour, sa couverture est à présent compromise.
-On ne peut pas se permettre de perdre notre seul espion! S'indigna Remus. Et si quelqu'un prenait sa place en attendant qu'il guérisse?
-Du polynectar?
-Oui! Je le fais si vous voulez. Pomfresh a dit quoi? Que dans une semaine tout au plus il serait sur pied. Je peux faire ça!
-L'idée est bonne Remus, murmura Dumbledore. Mais je crains que GreyBlack ne renifle un des siens à des kilomètres à la ronde, même dans la peau de Snape.
-Alors on baisse les bras?
Ils avaient atteint à présent le dernier couloir qui menait au bureau du directeur et Dumbeldore eut un léger sourire.
-Si je me souviens bien, répondit-t-il, Monsieur Weasley a écopé, du temps de sa scolarité, d'une conséquente collection d'heures de colle juste parce qu'il aimait faire le pitre et amuser ses petits camarades durant les cours. Je crois que ses talents d'imitateurs vont finalement nous être utiles. Sais-tu Remus que le professeur Snape était une de ses meilleures réussites?
Remus fronça les sourcils, s'apprêta à dire quelque chose et finalement acquiesça, bien qu'à contre coeur.
Pour lui Ron était trop jeune et la mission trop dangereuse mais en réalité ce n'étaient que des excuses. Remus savait que Ron était capable d'une telle prouesse. Il avait grandi et il risquait sa vie comme n'importe quel membre de l'Ordre depuis plusieurs années déjà. Sauf que Hermione, Harry et lui, le loup-garou aurait donné sa vie pour ne pas les voir participer à cette guerre, pour les protéger.
-Va nous le chercher Remus, s'il te plait, murmura Dumbledore.
Encore une fois Remus acquiesça, les dents serrées et fit demi-tour.
°O°O°O
« Ce n'était pas prévu! » pensa Ron pour la vingtième fois en regardant tout autour de lui de l'air le plus impassible possible, histoire que son attitude aille avec sa nouvelle apparence.
En effet, à peine avait-il mit un pied dans le manoir des Malfoy qu'un Mangemort l'avait entraîné jusqu'à une salle richement décorée, l'engueulant pour son retard. Ils étaient treize assis de part et d'autre d'une immense table en bois. Il ne restait que deux places de libre. Une tout au bout, celle de Voldemort vraisemblablement et une entre Draco Malfoy et un Mangemort brun qui avait une cicatrice violacée qui lui mangeait une partie du visage. Il n'hésita pas et s'installa à cette place.
-Tu es en retard Severus, annonça Bellatrix qui était assise juste en face de Draco.
-Tu n'es pas ma mère, répondit Ron en imitant parfaitement les intonations cyniques de l'espion, et puis je n'étais pas au courant pour cette réunion.
-Comme nous tous! couina Pettigrow juste en face de lui. Ce n'était pas prévu!
« Tu l'as dit bouffi! » pensa Ron qui fut bien heureux de ne pas être le seul à avoir l'air inquiet. Il n'avait même pas eu le temps d'être nerveux depuis qu'il était arrivé mais maintenant il l'était et assez même pour rattraper son retard. Normalement, d'après Snape qui avait reprit connaissance, il aurait déjà dû être en mission, pas convoqué par Voldemort avec le reste de son état major.
-Peu importe, le Maître a sûrement une bonne raison pour nous avoir convoqué, reprit Bellatrix en regardant presque amoureusement la place vide à côté d'elle. Qu'en penses-tu Draco?
Ron eut enfin le loisir de se tourner vers le blond. Ce dernier haussa les sourcils pour toute réponse, les mains sagement croisées devant lui, il semblait s'ennuyer à mourir. L'ancien gryffondor sentit un flot de haine l'envahir, si grand qu'il noya pour un instant son inquiétude. Il n'avait pas revu le blond depuis la bataille durant laquelle Bill était mort, quand Harry avait fait dévier sa baguette. Il aurait dû mourir ce jour là et à présent, il était quasiment le bras droit de Voldemort si, comme le pensait Ron, les placements à la table reflétaient la hiérarchie des Mangemorts. Comment Harry pouvait-il aimer un type comme lui? Comment pouvait-il laisser ce mec le toucher? Il fut presque étonné de ne pas voir ses mains rouges du sang de ses victimes.
Vraisemblablement contrarié par le fait d'être observé, Malfoy lui envoya un regard agacé que le vrai Snape n'aurait jamais toléré.
Ron se reprit, lui adressa une grimace dédaigneuse et décida de regarder les autres, d'accumuler un maximum d'informations. Il ne reconnaissait que quelques têtes. Malfoy fils, Bellatrix, Pettigrow, Malfoy père -rétrogradé en milieu de table-, Greyback, Avery et McNair. Les six autres, il ignorait de qui il s'agissait mais il supposait que le frère et la sœur Carrow devaient être de la partie. Elle, ça devait être l'autre femme présente.
-Bon sang Severus! murmura le type à la cicatrice à côté de Ron. Je le sens mal. Il n'est pas du genre à faire des réunions de ce style s'il ne se passe pas un truc grave.
Ron hocha la tête silencieusement, espérant avoir l'air assez froid et pas sur le point de partir en courant. Si Voldemort tardait trop ou si la réunion durait plus de trois quart-d'heure, comment allait-il faire pour boire son polynectar? Il se voyait mal ouvrir sa fiole tranquillement et boire sa potion comme si de rien n'était devant les meilleurs agents de Voldemort.
Il fallait qu'il sorte de là. Tant pis pour la couverture de Snape, c'était trop dangereux et on lui avait bien recommandé de partir au moindre problème.
Sauf qu'il n'eut pas le temps de se lever que les lourdes portes d'entrées s'ouvrirent et le Seigneur des Ténèbres fit son apparition.
Ron se leva comme les autres pour lui témoigner son respect et ce fut un geste presque naturel. Il sentit en même temps ses mains devenir moites et son coeur louper un battement alors qu'il ne pouvait s'empêcher de le suivre des yeux jusqu'à ce qu'il s'installe à la dernière place libre, en bout de table, comme le ferait un roi qui prendrait place sur son trône. Ron le haïssait pour tout ce qu'il représentait mais il ne pouvait s'empêcher d'être captivé par l'immense aura de magie noire qui émanait de lui. Il pensait pouvoir dire à présent ce que devait ressentir une souris en face d'un serpent.
Il était trop tard pour fuir à présent.
Le seigneur des Ténèbres eut un geste agacé et tout le monde se rassit dans un silence pesant.
-Bien je vois que vous êtes tous là, susurra-t-il d'un ton mielleux. Il avait l'air de chuchoter et pourtant sa voix se répercuta dans toute la salle. « Vous vous demandez sûrement pourquoi je nous ai concocté cette petite réunion surprise. Quelqu'un à une idée? »
Personne ne broncha, en face de Ron, Petegrow eut pourtant un étrange sourire. Ron ferma brièvement les yeux. Bon sang, tout cela sentait mauvais pour lui. Est-ce que le rat avait -Merlin sait comment- sentit son odeur et alerté son maître?
-Personne? Reprit Voldemort froidement puis son regard plongea dans celui de Ron. Il y a un traitre parmi-nous. Ici même à cette table et je l'ai démasqué.
L'ancien gryffondor sentit ses entrailles se liquéfier. Les yeux couleur sang luisaient d'une joie malsaine et de promesses morbides.
Il ne détourna pourtant pas le regard et se permit même un sourire amer. Est-ce qu'il avait vraiment cru que lui, Ron Weasley, serait assez doué pour manœuvrer Voldemort et ses sbires. Lui, dont le seul talent particulier était d'avoir survécu, sans trop de traumatismes, à une enfance en compagnie de Fred et Georges.
Il avait voulu jouer les héros alors qu'il n'en avait pas l'étoffe: Il n'avait rien d'un Harry Potter ou d'un Albus Dumbledore. Il n'était qu'un petit sorcier insignifiant et bordel, il allait mourir sans même avoir le temps de lever sa baguette!
La peur au ventre, il redressa pourtant la tête. Puisqu'il devait mourir autant que ce soit avec un peu de panache. Voldemort n'avait plus rien de captivant, ce n'était plus qu'un monstre écœurant.
-Dis-moi Severus, reprit le plus grand mage noir de tout les temps en insistant sur le prénom, quel effet ça te fait d'être assis à côté d'un traitre?
Ron cessa un instant de respirer comme le reste de la salle et tourna la tête à gauche vers son voisin à la cicatrice qui s'était mis à trembler.
-Pas Nott, susurra Voldemort, Draco Malfoy.
-Draco Malfoy, répéta Ron dans un souffle en se tournant cette fois vers le blond.
Il était tellement abasourdi qu'il en avait oublié d'imiter la voix de Snape mais personne ne sembla s'en rendre compte. Malfoy était très pâle et il regardait par dessus l'épaule de sa tante, dans le vide, la mâchoire contractée.
Ce n'était pas possible. Voldemort devait forcément se tromper de personne. Il le saurait si Malfoy était dans leur camps! Bon sang, puisque le blond couchait avec Harry, il lui aurait quand même dit à lui! Mais même son meilleur ami était persuadé qu'il était un Mangemort accompli !
-Impossible..., souffla Bellatrix en fixant Malfoy comme si elle le voyait pour la première fois.
-Maî-Maître, vous-vous devez vous tromper, bégaya Lucius Malfoy aussi pâle que Draco, la loyauté de mon fils envers vous est sans égale !
-Oh, vous voulez peut-être voir ce que Draco a dans la tête? J'ai inventé un nouveau sort pour l'occasion et je doute qu'il parvienne à le stopper malgré ses aptitudes en occulmantie.
Voldemort avait à présent l'air d'un enfant devant ses cadeaux de Noël. Il semblait ravi de son effet et pressé de mettre sa parole à exécution.
-Non... murmura Draco avec effroi.
-Lobotomiacre! Siffla Voldemort.
Un sortilège gris frappa l'ancien camarade de classe de Ron de plein fouet. Une volute de fumée dorée sembla sortir de la bouche et des yeux du blond comme s'il vomissait et pleurait en même temps cette étrange substance pour l'expulser hors de son corps. La fumée s'éleva au dessus de lui et prit petit à petit une forme distincte jusqu'à ce que Ron reconnaisse sans le moindre doute, le visage souriant de son meilleur ami.
Comme tout le monde, Malfoy avait la tête levée et les yeux rivés sur l'apparition qui sortait directement de son cerveau et qui était à elle toute seule la preuve de sa traitrise.
Et celle de son amour.
Ron secoua la tête sans le quitter des yeux. Si ce qu'il voyait été vrai alors il avait eu de la merde dans les yeux pendant des années. Il lui semblait que pour la première fois, il voyait enfin qui était Malfoy et il eut envie de pleurer de rage contre lui même. Car Malfoy aimait Harry et il allait mourir pour ça sans qu'il puisse rien y faire.
Comme pour enfoncer encore le clou, le Harry de fumée fut bientôt pourvu d'un corps et il survola celui de Malfoy, ses mains fantomatiques prenant en coupe le visage à présent résigné de l'ancien serpentard.
Le blond poussa un soupir presque douloureux perdu dans son fantasme et leva une main dans l'espoir de caresser la joue dorée. Les yeux gris à demi fermés, il était proche de l'abandon. Ron aurait voulu le secouer pour qu'il reprenne pied mais il était aussi captivé que les autres par la scène et ce geste aurait signé sa perte. Il lui sembla que même Voldemort suspendait son souffle.
-Tu les as tous trahis pour moi, n'est-ce-pas? Murmura l'apparition avec la voix de Harry.
-Oui, répondit Draco d'une voix voilée, presque endormie.
-Qu'as tu fais? Donner des informations sur les attaques?
-Oui, répéta Malfoy.
-Tu as volé l'argent de ta famille?
-Oui...
-Tu as tué Rodolphus Lestrange et Crabbe sénior?
-...Non, juste Lestrange. Harry, embrasse-moi, supplia Malfoy avec une intonation d'enfant.
Ron serra les poings, se détestant d'être aussi impuissant et de ne pouvoir rien faire d'autre que regarder Malfoy tout avouer.
-Chut, mon Amour... répondit l'apparition toujours avec la voix de Harry mais l'intonation lui était étrangère, quelque chose comme un mélange de sucre et de pourriture. Je crois que tu n'as pas l'air de regretter beaucoup ce que tu as fait. Je pense que pour vraiment regretter, il faut vraiment souffrir. N'es-tu pas d'accord?
-...Si, répondit Malfoy après une hésitation.
-Alors je vais les laisser te faire du mal, continua tendrement la voix. Briser ton corps et ton esprit. Jusqu'à ce que tu comprennes qu'il ne fallait pas aimer un ennemi, un homme, un sang-mêlé. Jusqu'à ce que tu craches sur mon nom et que tu souhaites simplement mourir parce que aimer est une faiblesse et qu'il faut éliminer les faibles.
-Non, ne les laisse pas faire ça! supplia Malfoy toujours de cette voix lointaine et étrangement jeune et Ron se rendit compte qu'il tremblait.
Le Harry fantomatique eut un sourire cruel.
-Je sens qu'on va bien s'amuser, dit-il avant d'éclater de rire tout en se désintégrant.
-Emmenez-le au cachot! ordonna Voldemort alors que le blond semblait toujours dans les vapes. Severus! Walden! Il me semble que vous aviez une mission. Allez-y et ne me décevez pas!
Ron se leva le coeur battant à tout rompre, s'inclina brièvement et sortit de la salle.
A suivre...
