Chapitre 4 : Le chemin de Draco
Trois ans plus tôt
Draco Malfoy poussa un hurlement de souffrance et tomba à genoux. Il essaya de retirer son bras de la poigne du Seigneur Ténébreux (réflexe naturel que chaque Mangemort – hormis Bellatrix – avait eu). Pourtant Voldemort ne le lâcha pas, il sembla même à Draco que les ongles de sa main s'enfonçaient dans sa chair comme autant de poignards effilés. Mais ce n'était que son imagination, en réalité la paume du Seigneur des Ténèbres effleurait à peine sa peau – et il se demandait comment il arrivait à se sentir agrippé alors que ce n'était visiblement pas le cas –. La douleur, par contre, était réelle et il lui semblait qu'elle allait le tuer, en tout cas quelqu'un était en train de déchirer son bras.
– C'est bien, chuchota la voix de Voldemort, les Mangemorts qui souffrent le plus deviennent, en général, les plus fidèles.
Draco se demanderait plus tard comment il avait pu l'entendre alors qu'il était lui même en train de hurler mais pour l'instant il voulait juste que cela cesse.
Et d'un seul coup ce fut le cas. Son bras lui fut rendu. Il ne sentait plus rien à part un léger picotement, comme pour lui assurer qu'il n'avait pas rêvé la douleur.
Il se redressa, haletant un peu, les yeux fixés sur son avant bras.
– Elle est magnifique, n'est-ce pas Draco? Susurra Bellatrix derrière lui.
Il pouvait sentir son souffle dans son cou.
– Oui, elle est parfaite, murmura-t-il incapable de détacher les yeux de la marque des Ténèbres... la sienne.
– J'espère que tu seras à la hauteur de l'honneur qui vient de t'être accordé Draco, annonça Voldemort.
Draco s'inclina avec précipitation.
– Je suis votre serviteur, dit-il d'une voix exaltée, je ferai tout ce que vous me demanderez, Maître.
Le « Maître » avait été prononcé avec une vénération proche de l'extase.
– Je ne te demande rien pour l'instant. Finis simplement ton année à Poudlard. Rassemble tout ce que tu pourras sur Dumbledore et le ridicule gamin qui croit pouvoir se dresser contre moi.
– Harry Potter est un insecte idiot ! Harry Potter est un imbécile ! Écrasons-le ! Écrasons-le ! Chantonna Bellatrix d'une voix de gamine.
– Ce sera fait, répondit Draco en s'inclinant à nouveau, ignorant sa tante.
D'un signe de tête son Maître lui ordonna de partir. Le serpentard se détourna et commença à marcher à travers le long salon d'hiver des Malfoy.
– Il te plait, n'est-ce pas ? Entendit-il Voldemort dire assez fort pour qu'il l'entende.
– Il est à croquer Maître, répondit immédiatement sa tante. Si mignon, si blond...On dirait un oisillon tombé du nid.
– Il sera à toi un jour, promit Voldemort.
Après ça Draco entendit sa tante remercier son Maître en se jetant sur le bas de sa robe pour l'embrasser et il ferma la porte derrière lui avant de courir vers les toilettes les plus proches pour vomir son déjeuner.
°O°O°O°
– Alors?
– C'est fait, répondit Draco en relevant sa manche.
– Bien joué mon garçon, sourit Dumbledore. Es-tu sûr que tu n'as rien laissé filtrer hors de ton esprit?
– Évidemment, renifla le serpentard avec mépris.
La porte du bureau du directeur s'ouvrit à la volée. Draco sursauta et remit immédiatement sa manche en place mais Dumbledore se contenta de sourire au nouveau venu.
– Entre Severus, je t'attendais !
– Il est beaucoup trop jeune ! Attaqua le maître des potions immédiatement en se plantant devant le vieux directeur. Pourquoi l'avez vous autorisé à recevoir la marque?
– Parce que j'ai besoin de lui Severus, répondit Dumbledore tranquillement. J'ai besoin de vous deux dans cette guerre.
– Il ne sait même pas dans quoi il s'engage! Cracha presque Snape. Vous êtes inconscient!
– « Il » est assez grand pour se défendre, professeur Snape, siffla Draco. Et « il »aimerait que vous ne fassiez pas comme si « il » n'était pas dans la même pièce que vous!
Le serpentard vit la fureur s'inscrire sur les traits de son professeur lorsqu'il se tourna vers lui.
– Arrête tout de suite avec ce ton condescendant Draco! Tu n'es qu'un gamin! Espionner n'a rien d'un jeu!
Draco retint une nouvelle remarque acerbe. Se prendre la tête avec Snape n'était pas ce qu'il avait prévu ce soir.
– Et pourquoi? S'exclama à nouveau le directeur de sa maison. Pour une amourette d'adolescent?! Potter ne mérite pas que tu meures pour lui! Tu peux encore tout laisser tomber!
Draco eut un sourire en coin qui sembla encore plus horripiler Snape. Il savait que son parrain était inquiet pour lui, mais il ne comprenait pas.
Personne ne pouvait comprendre.
– Ma décision est prise, dit-il. Il est inutile d'essayer de me faire changer d'avis.
Snape le regarda comme s'il était devenu fou.
– Tu ne tiendras pas une semaine! Lui dit-il. Tu n'es pas fait pour ce genre de boulot. Contente toi de rester planqué à Poudlard, ou à la rigueur d'attaquer de front comme tes nouveaux amis les Gryffondors mais ne joue pas les héros de l'ombre, c'est trop dangereux!
– Ce ne sont pas mes amis, grimaça Draco. Et vous le faites bien, vous!
– Je suis plus intelligent et plus doué que toi, de plus je ne suis pas un Malfoy... Les Malfoy sont faits pour briller, pas pour se battre dans l'ombre.
Draco leva ses sourcils, elle était bonne celle là!
– Ah oui, je vois! En fait vous avez peur que je prenne goût au pouvoir et que je reste avec Le Seigneur des Ténèbres en cours de route, n'est ce pas?
Il vit nettement le coup d'œil qu'échangèrent Severus et Dumbledore.
– Nous avons pensé à cette possibilité, admit Dumbledore. Mais je pense connaître un peu le coeur humain depuis le temps... J'ai expliqué au professeur Snape qu'il n'y avait rien à craindre. Je sais que tu es sincèrement épris de Monsieur Potter.
– Ne dites pas ça comme ça! Siffla Draco en détournant le regard. Je ne suis pas amoureux... Je veux juste aider... Ne pas être obligé de me plier aux ordres d'un sang-mêlé... Un Malfoy n'a pas de Maître.
Dumbledore eut un sourire. L'argumentation de Draco avait l'air d'être apprise par coeur et manquait singulièrement de conviction mais il décida de ne pas taquiner son élève sur le sujet. Severus eut un reniflement de mépris.
– Peu importent les raisons, balaya-t-il. Je suis sérieux quand je dis que tu ne tiendras pas. Tu n'as jamais été très courageux Draco.
– Eh bien, vous n'êtes pas avare de compliments, avec moi ce soir! ironisa Draco. Je n'ai rien à vous prouver ! Ce n'est pas pour vous que je travaille mais pour le professeur Dumbledore. Et lui semble penser que je fais l'affaire!
– Parce qu'il ne se soucie pas de toi comme moi! Lâcha Snape en désespoir de cause. Tout ce qui compte pour lui c'est gagner cette guerre et préserver Potter!
Draco s'attendait à ce que Dumbledore proteste mais il n'en fit rien. Il attendait juste de voir quelle serait sa réaction. Peut-être que Snape disait vrai, qu'il n'était qu'un pion sans importance... et même si c'était le cas, il s'en fichait. Car il avait le même but que ce vieux fou de directeur. Alors il était prêt à obéir, voire à mourir si ça pouvait aider. Il pourrait même lui baiser les pieds pour montrer son allégeance. Il se moquait de cette guerre. Tout ce qui comptait, c'était Potter. Snape ne pouvait pas comprendre ce besoin de protéger Harry. Même lui ne comprenait pas. C'était ce qu'il devait faire, voilà tout.
– Ça me va, murmura Draco, puis il regarda Dumbledore dans les yeux. Je ferai tout ce que vous voudrez.
Dumbledore hocha la tête d'un air satisfait et Snape s'effondra presque sur un fauteuil.
– Tu pars à la mort, murmura-t-il sombrement.
Mais ni Draco, ni Dumbledore n'y prêtèrent attention.
– Parfait, dit Dumbledore. Tu vas commencer par sortir avec Miss Greengrass. Je compte vider le coffre des Malfoy à Gringrotts. Pour cela il te faut une fiancée et elle fera parfaitement l'affaire.
– Laquelle? Demanda Draco. Daphné ou Astoria?
Il ne semblait pas perturbé par le fait qu'on parle de le priver de sa fortune. Ni par le fait qu'à présent on se permette de régir sa vie amoureuse.
– Daphné, répondit Dumbledore. Astoria est trop jeune.
Draco eut un sourire amer.
– Vous êtes tellement délicat! railla-t-il.
Dumbledore eut un soupir triste et l'espace d'un instant il sembla à Draco que ce n'était qu'un vieillard avec tout le poids du monde sur ses épaules. Mais la seconde d'après une lueur dure prit place dans le regard bleu et le vieillard laissa la place à un lion expérimenté et rusé.
– Je suis désolé, dit-il. Ça ne me plait pas plus qu'à toi.
– Je la séduirai, annonça Draco comme s'il parlait des prévisions météo pour le lendemain. Et je l'épouserai.
– Je ne pense pas qu'il soit utile d'aller jusque là. Les fiançailles me semblent suffisantes.
Snape, toujours avachi sur son fauteuil, eut un ricanement nerveux mais ne prononça aucune parole.
– Vous êtes mes deux espions, reprit Dumbledore. Il vous faudra parfois travailler ensemble. Draco, je veux que tu deviennes indispensable à Voldemort. Il se méfie trop de Severus pour ça. Essaie de lui obéir en tout point.
– Même s'il lui demande de tuer ou de torturer? Demanda Snape d'un ton doucereux. Est-ce que vous allez entacher son âme comme vous l'avez fait pour la mienne?
– Il me semble que c'est pour sauver ton âme que tu es venu vers moi, Severus, répondit le directeur calmement. Bien que tu aies prétendu le contraire plus tôt, je pense pour ma part que Draco est plus intelligent que toi au même âge. Il n'a pas attendu qu'il soit trop tard avant de se battre pour ce qu'il veut sauvegarder. Et j'ajouterai que j'ai rarement vu un jeune homme aussi courageux que lui.
Severus serra les mâchoires et murmura quelque chose que Draco ne comprit pas.
– Vous vous ressemblez beaucoup, reprit Dumbedore d'une voix plus douce. Mais parfois j'aimerais que vous ne soyez pas à Serpentard. Sais-tu Severus que Draco refuse que Potter sache qu'il est de notre côté?
– Ça ne le regarde pas! Siffla Draco.
Dumbledore haussa les épaules et piocha un bonbon dans une corbeille sur son bureau.
– Est-ce si dur pour des gens comme vous d'avouer que pouvez aimer? Demanda-t-il en avalant sa friandise.
Draco et Severus s'entreregardèrent avant de détourner les yeux, la mine sombre.
Le serpentard avait arraché la promesse à Dumbledore de ne jamais rien dire à Potter à propos de son rôle d'espion. Si Potter savait ça, il ne serait pas dur pour lui de comprendre pourquoi il le faisait.
C'était étrange, il était prêt à obéir à Dumbledore, à jouer le rôle du fervent serviteur devant Voldemort. Mais être en position de faiblesse en face de Potter, il ne pouvait pas.
Parce que Potter ne l'aimait pas. Et voir la pitié ou le dégout dans les yeux verts n'était pas vraiment ce qui faisait bander Draco.
°O°O°O°
Draco garda les yeux ouverts tout en embrassant Daphné dans le couloir. Elle avait accepté de sortir avec lui sans trop faire de difficultés.
De toute façon, tout le monde disait déjà qu'ils formaient un couple « charmant ». Et c'était vrai, elle était belle, distinguée, intelligente, sang pur bien évidemment. Si le destin n'était pas un tel connard, elle aurait été parfaite pour lui. Il sentit un regard haineux posé sur lui. Celui de Nott, vu qu'il était amoureux de Greengrass depuis leur troisième année. Il pouvait aisément deviner les pensées de son camarade: « Quelle chance puis-je avoir contre Draco? »
Aucune, bien sûr. Pas que Draco eut la prétention de se faire aimer de la belle mais elle appartenait à une vieille famille de sorciers. C'était de son devoir de s'accrocher au meilleur parti. Sa famille allait être ravie et Lucius et Narcissa aussi. On ne demandait pas aux filles et aux garçons comme eux de choisir par amour.
Le baiser ne dura pas longtemps et c'était juste histoire d'officialiser leur « idylle ». L'embrasser une fois de temps en temps et lui tenir la main dans les couloirs, cela devrait suffire. Si Daphné s'attendait à une romance passionnée elle allait être déçue. Il la contempla un instant. Non, elle n'attendait rien de la sorte. Elle avait la tête sur les épaules... elle lui rendait son regard avec la même distance qu'il y mettait.
Il frissonna soudainement. Les chuchotements venaient de s'arrêter et un silence d'attente les avait remplacés.
– Je crois que je vais gerber! Commenta Weasley. Merde, voir ça de bon matin, y a de quoi vous couper l'appétit!
Draco observa Potter et ses amis passer devant eux. Les Gryffondor ne les regardaient déjà plus.
– Je crois que Greengrass mérite une médaille, entendit-il Potter répondre.
Ils rigolèrent tout en continuant leur chemin, Weasley répondit encore quelque chose que Draco ne comprit pas.
Il s'attendait à quoi? À ce que Potter chiale? À ce qu'il s'énerve?
– Ne fais pas attention, murmura Daphné à son oreille, tu embrasses très bien.
Draco remarqua alors qu'il était crispé, Greengrass avait dû penser qu'il avait besoin d'être rassuré. Soudain, la tenir dans ses bras lui sembla trop dur. Il se détacha d'elle avec raideur. À présent elle devait penser qu'elle l'avait vexé mais il s'en foutait. Il n'avait jamais été un fana du contact tactile, en général il évitait de toucher les gens... Potter était l'exception, lui il avait besoin de le toucher.
Ce soir, comme tous les lundi, il irait dans la salle sur demande. Peut-être que Potter ne viendrait pas? Ce n'était pas le genre de type à coucher avec quelqu'un qui a une copine. En même temps, ce n'était pas non plus le genre de type à coucher avec son ennemi. Il espérait que le coup de la copine serait suffisant car si jamais il venait, Draco allait devoir lui montrer la marque. Il fallait qu'ils arrêtent de coucher ensemble mais il préférait pour cela ne pas voir la réaction de Potter quand il comprendrait qu'il était devenu un Mangemort.
Draco était capable de beaucoup de chose pour Potter mais il ne pouvait pas le quitter. C'était au dessus de ses forces. Il avait déjà essayé bien sûr mais c'était comme demander à un serpent de ne plus se déplacer en rampant. La seule solution, c'était que la séparation vienne de Potter.
°O°O°O°
Draco sentit les doigts de Potter s'enlacer aux siens sur sa hanche. Il les serra fort sans cesser d'aller et venir dans le corps offert.
Il ferma les paupières. Elles étaient pleines de larmes, heureusement que Potter ne pouvait le voir...
Il allait le quitter, il l'avait vu dans les yeux verts quand il lui avait montré la marque. C'était la dernière fois, n'est ce pas?
C'était pour ça qu'il avait voulu être dessus. Quand Potter le prenait, il avait de plus en plus de mal à retenir des mots d'amour. C'était idiot mais quand il le voyait bouger au dessus de lui, il se sentait comme s'il avait le droit d'être à l'abandon. Comme s'il n'écartait pas seulement les cuisses à ce moment là mais aussi toutes les chaînes qu'il s'était lui-même imposées pour ne laisser la place qu'à Potter. Planant au dessus de lui. S'appropriant son corps avec de plus en plus de virtuosité au fil du temps.
C'était devenu difficile de ne pas crier qu'il voulait que ça ne s'arrête jamais lorsque le sexe de Potter venait frapper encore et encore contre sa prostate. De ne pas lui dire qu'il le trouvait beau quand il le voyait si déboussolé par son propre plaisir. De ne pas lui murmurer qu'il l'aimait lorsqu'il lui faisait l'amour doucement, tranquillement, comme s'ils avaient la vie devant eux, comme s'ils avaient le droit de faire ça, comme si Draco était important pour lui.
Quand Draco dominait, c'était plus facile. Parce qu'il était celui qui prenait et non plus celui qui donnait. La sensation d'abandon n'était pas aussi forte. Il « dominait » l'acte et ses propres sentiments.
Mais ce soir...ce soir, il avait l'impression d'être celui qui était en train de se faire prendre contre le mur. Il n'arrivait pas à retenir ses larmes, ni ses gémissements. Il allait être abandonné.
– Plus vite! implora Harry sous lui.
Draco ouvrit les yeux et ralentit le rythme. Potter l'insulta. La main dans la sienne le serra si fort qu'elle lui fit mal.
– Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi Potter, lui dit-il.
Potter l'injuria de nouveau et essaya de bouger les hanches à sa rencontre mais Draco le maintenait trop bien en place pour que ce soit d'une quelconque utilité.
– On va y aller doucement, expliqua Draco.
Il vit son dos se tendre. Apparemment, Potter aurait préféré une baise rapide ce soir. Mais Draco voulait qu'il le sente longuement et lentement coulisser en lui. Qu'il comprenne ce que ça faisait quand lui, il lui faisait ça. Que le gryffondor ait – comme ça était si souvent arrivé à Draco – l'impression de l'avoir encore en lui, même plusieurs heures plus tard.
Il posa sa main libre sur celle de Potter qui lui servait d'appui contre le mur et la caressa doucement. Le corps du gryffondor trembla. Il était tellement sensible à la douceur!
– Allez, l'encouragea Draco dans un murmure, suis mon rythme...
– Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi, Malfoy, répondit Potter comme s'il était en train de serrer les dents.
En tout cas, il serrait les fesses et c'était douloureux.
Il lui renvoyait la balle. Il avait toujours été doué pour ça.
– Ce n'était pas un ordre, chuchota Draco contre son oreille essayant de garder son calme.
Doucement il lécha la nuque moite de Potter tout en faisant glisser sa main sur son bras tendu, il la promena ensuite bien à plat sur l'épaule musclée avant de descendre jusqu'à son ventre frissonnant.
Il sentit Potter se détendre sous sa caresse et quand il posa sa main sur le sexe dur, il sut qu'il avait gagné.
Maigre victoire quand il savait qu'après ça, il perdrait tout ce qui comptait pour lui.
Il ne se trompait pas. Quelques heures plus tard, Potter lui annonçait que c'était fini, tout en lui promettant de le tuer s'ils se revoyaient.
°O°O°O°
-Draco, annonça Voldemort à la forme courbée devant lui. Tu seras sous les ordres directs de Bellatrix et tu auras toi même une petite unité de Mangemorts à gérer. J'espère que tu te rends compte que c'est un honneur pour une nouvelle recrue comme toi d'avoir déjà des hommes à gérer.
-J'en suis conscient Maître, déclara Draco, les yeux rivés sur le sol.
-J'ai de grands projets pour toi Draco, reprit le seigneur des Ténèbres. Le père m'a déçu mais on m'a dit que le fils était d'une autre trempe... Jusqu'où es-tu prêt à aller pour moi Draco?
-Jusqu'à la mort.
La réponse avait fusé, claire et exaltée.
-Si je te dis que les Malfoy me débectent, que feras tu?
-Je changerai de nom et en prendrai un que mon Maître trouvera digne de prononcer. Je renierai ma famille. Je cracherai sur mes ancêtres.
Voldemort eut un sourire.
-Bien mon garçon. J'aime cette philosophie. On va à présent accueillir l'équipe qui sera sous tes ordres. Redresse-toi.
Draco déplia son dos et releva la tête. Au même instant la lourde porte de bois du grand salon du Manoir Malfoy s'ouvrit et laissa entrer cinq silhouettes.
-Inutile de faire les présentations, je suppose, reprit Voldemort derrière le blond. Dès demain aura lieu votre baptême de feu. Vous obéirez tous à Draco...je pense que ça ne vous changera pas trop.
Voldemort fit un vague geste de la main pour leur signaler de se retirer, ce qu'ils firent après l'avoir salué une dernière fois.
Dans le couloir Draco toisa ses amis. Crabbe et Goyle le regardaient, sur le qui vive, comme s'ils se préparaient à une course pour savoir lequel des deux obéiraient le plus vite à un de ses ordres.
-Je croyais que vous vouliez rester neutres dans cette guerre, murmura Draco sèchement en s'adressant plus particulièrement à Blaise.
-On ne voulait pas te laisser tomber, expliqua ce dernier.
Draco retint une grimace. Zabini avait bien choisi son jour pour être loyal. Sa vie n'était déjà pas assez compliquée, il fallait qu'il ait maintenant ses amis dans les pattes.
-Ensemble nous établirons un monde meilleur, renchérit Pansy. Les sangs purs auront enfin la place qui leur revient de droit!
Qu'elle était naïve! Ni Blaise, ni Théo ne croyaient à ça. D'ailleurs cela étonnait Draco que Nott soit de la partie. Il n'était pas le genre à risquer sa vie par amitié ou pour des idéaux. Non, s'il était là c'était pour Daphné. Évidemment.
Pour résumer, il allait devoir se coltiner deux crétins habitués à lui obéir. Pansy qui croyait encore que la guerre n'était rien de plus que ce qui se passait à Poudlard entre les Gryffondor et les Serpentard mais sur un plus grand terrain. Un mec qui n'était là que pour garder un œil sur la fille qu'il aimait et si possible la protéger. Et son meilleur ami qui était sensé être froid et détaché mais qui avait décidé de le suivre en enfer.
C'était embêtant mais il allait faire en sorte de les mettre à l'abri. Zabini n'était pas le seul à connaître le sens du mot «amitié ». Draco décida rapidement d'une ligne de conduite : les rabaisser, les humilier...d'ici une ou deux semaines tout au plus, ils retourneraient tous à Poudlard.
-Tenez-vous prêt demain au lever du soleil, dit-il froidement. Ma tante veut nous emmener en « ballade ».
Il partit à grand pas vers les appartements que le Lord avait daigné leur attribuer, à lui et à Daphné...dans le manoir familial des Malfoy.
L'année scolaire s'était achevée la veille seulement.
Il ne reverrait plus Potter avant la fin de la guerre. D'ici là, il allait faire en sorte que le gryffondor gagne.
°O°O°O°O°
-Merde! Merde! Je ne peux pas...Draco, je ne peux pas!
Le moldu agonisait dans cette maison. Bellatrix avait « oublié » de l'achever dans sa tournée du quartier.
Draco revint sur ses pas, furieux. Blaise était en train de vomir dans un coin. Il lui agrippa violemment le bras pour le pousser et se plaça devant le moldu.
-Avada Kedavra! Cracha-t-il sans hésitation.
Le moldu tomba et Draco eut le temps de voir son regard devenir vide.
C'était la première fois qu'il tuait et il avait l'impression que quelque chose en lui venait de mourir aussi.
-Relève-toi! ordonna-t-il à son ami en lui donnant un coup de pied dans la jambe.
Pour la première fois de sa vie, Blaise le regarda avec de la peur et de l'incompréhension au fond des yeux.
-Il...tu-tu l'as tué, bégaya-t-il.
-Ta perspicacité m'épatera toujours Blaise! ironisa Draco haineux. JE T'AI DIT DE TE RELEVER!
Il lui en voulait. Bordel il lui en voulait! Et l'autre qui ne comprenait pas, complètement choqué. C'était à lui d'être choqué bordel! C'était à lui!
Draco inspira une grande goulée d'air.
-Je t'attends dehors, parvint-il à dire froidement.
Et il sortit le laissant seul en compagnie du cadavre.
Dehors Bellatrix lui prit les mains, les examina et sourit de son sourire de folle.
-Elles sont pleines de sang, chuchota-t-elle.
Elle avait l'air d'être sur le point de jouir en déclarant cela. Draco eut un frémissement de terreur et regarda aussi ses mains pourtant pâles et propres en se disant qu'elle avait raison. Oh seigneur, oui elle avait raison!
-On va faire de grandes choses ensemble! Reprit Bellatrix en caressant les poignets du Mangemort avec ses pouces.
Draco retira immédiatement ses mains de l'étreinte de sa tante, frissonnant soudainement mais ce geste la fit sourire. Il vit ses amis arriver petits à petits autour d'eux, l'air pâle et défait.
-Que dirais-tu de tuer un enfant cette fois-ci Draco? C'est encore meilleur quand on coupe le mal à la racine!
Il vit le regard horrifié de Pansy, la révolte dans les yeux de Théo, la peur toujours dans ceux de Blaise et l'incompréhension hébétée chez Crabbe et Goyle.
-Un enfant me semble parfait, articula le blond.
-Parfait! Chantonna Bellatrix plus ravie que jamais. Cette journée ne finira jamais Draco! On va s'amuser jusqu'à l'épuisement!
Draco ne répondit rien et la suivit, souhaitant de toutes ses forces se trouver ailleurs et non dans ce cauchemar dont la seule fin possible était la perte de son âme.
°O°O°O°
-Draco? Tu viens dormir?
Le jeune homme leva la tête de ses comptes et essaya de ne pas montrer son étonnement devant la tenue de sa fiancée. Elle était vêtue d'une nuisette vaporeuse – tout en restant assez sage pour une future Madame Malfoy – qui aurait pu porter l'écriteau « Ce soir faisons l'amour » tant cela était explicite. Jamais auparavant Daphné ne s'était montrée autrement qu'en tenue guindée et cela faisait quoi? Cinq mois qu'ils étaient fiancés? Ou pas loin. Elle devait penser qu'il était plus que temps qu'ils consomment leur accord même s'il n'avait l'obligation d'honorer Daphné qu'une fois qu'ils seraient mariés.
« Putain! », pensa-t-il. « Je pourrais le faire, je pourrais coucher avec elle, me perdre dans son corps et tout oublier! Elle est d'accord. Elle est désirable. Et ça fait longtemps. Six mois...six mois »
Draco se leva et la prit dans ses bras. Il laissa sa tête se nicher sur son épaule – Daphné est trop petite, pensa-t-il –. Il renifla les cheveux trop longs qui sentaient trop bon. Il la vit se tendre et sentit sa poitrine s'écraser contre son torse. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il réagisse aussi maladroitement. Il ne s'attendait pas à chercher Potter en elle après tout ce temps.
Et il avait beau chercher, renifler, toucher, elle n'avait rien de Potter. Il l'entendit soupirer puis gémir quand il glissa ses mains sur ses fesses alors il se détacha d'elle.
Les yeux bleus attendaient, s'impatientaient. Elle était nerveuse, elle était vierge et il devait lui paraître bizarre. Elle était jolie comme ça, les cheveux décoiffés, la nuisette en vrac...Il comprenait comment Théo avait pu perdre la tête pour elle.
-Désolé, dit-il finalement d'un ton égal, j'ai encore beaucoup de travail. Va te coucher, on se verra demain.
Il vit presque une remarque sortir de la bouche pulpeuse mais une future Madame Malfoy ne devait pas discuter avec son fiancé quand celui ci la congédiait alors elle resta coincée dans la gorge de Daphné.
Il la regarda partir et admira son air froid et indifférent. Daphné devait sûrement être blessée par son rejet mais elle était repartie la tête haute, le faisant se sentir comme le dernier des cons.
Il se remit au travail. Le Lord avait décidé il y a un petit moment déjà que l'envoyer tuer ou torturer des gens n'était plus très drôle et qu'il aurait plus son utilité en s'occupant des affaires internes. Draco montait les échelons petit à petit comme Dumbledore le lui avait demandé mais la pression était grande. Et la peur que son double jeu soit découvert l'était aussi de plus en plus.
°O°O°O°O°
-Tu as pu accéder aux réserves de potion?
Draco acquiesça la mine sombre.
-Alors? reprit Dumbledore impatiemment.
Ils étaient tout les deux dans la cave de « la tête des Sangliers ». C'était devenu leur lieu de rencontre et parfois Snape se joignait à eux. Ce soir l'autre espion de l'Ordre n'était pas là.
Draco réfléchit et se mit à débiter la liste des potions qu'ils avaient mémorisé et leur nombre. Il s'interrompit lorsque la main du vieil homme se posa sur son bras.
-Tu ne vas pas bien, assis-toi Draco.
Draco se rendit compte, étonné, qu'il tremblait de la tête aux pieds. Il s'écroula presque sur la chaise que Dumbledore venait de faire apparaître.
-Qu'y a-t-il? Demanda le directeur de Poudlard avec une réelle inquiétude dans sa voix. Tu as mal quelque part?
-Non...Non. Juste un coup de fatigue, murmura Draco qui crispait ses mains l'une contre l'autre pour ne plus qu'elles tremblent.
Draco aurait aimé que Dumbledore lui dise un truc comme « écoute, si ça devient trop dur, tu peux tout arrêter et revenir à Poudlard » alors il aurait pu pleurer de soulagement et dire que oui, qu'il n'en pouvait plus. Qu'il avait peur. Qu'il se sentait pourrir de l'intérieur.
Huit mois que la guerre durait. Huit longs mois. Il n'arrivait pas à se débarrasser de ses amis. Ils étaient tenaces malgré les humiliations et le fait qu'il les traitait comme des chiens. Crabbe et Goyle avaient l'excuse d'y être habitués mais pas les autres. Bon sang, où était passé leur fierté? À croire qu'ils s'étaient transformés en une portée de Poufsouffle.
-Voldemort sait qu'un de ses mangemorts travaille pour vous, reprit Draco en regardant Dumbledore d'un air de reproche. C'est normal avec toutes les informations que vous me demandez! C'est tellement flagrant ! Ils n'ont pas gagné une seule bataille depuis quatre mois! Je suis sûr que je suis dans sa ligne de mire.
-Calme-toi, murmura Dumbledore en fixant les bouteilles poussiéreuses. Il est essentiel que tu ne craques pas maintenant. D'ici quelques jours, tu voleras l'argent des Malfoy. Tu te souviens du plan, n'est ce pas?
-Et si je n'en ai plus envie, murmura Draco fatigué. Si je ne veux plus jouer les espions?
-Alors je me suis trompé sur ton compte. Après tout l'amour des jeunes est inconstant. L'aurais-tu déjà oublié Draco? Tu ne me demandes jamais de ses nouvelles...
-Ne me parlez pas de lui! S'écria l'ancien serpentard en se relevant brusquement. Vous ne pensez qu'à votre guerre! Le chantage ne marche pas avec moi, j'arrête si je veux et quand je veux, c'est compris?!
Comment le vieux shnock osait-il insinuer qu'il avait oublié Potter? Comme s'il était capable d'une telle prouesse! Il était incapable de se le sortir de la tête! Bordel, il donnerait tout qu'il possédait et irait chercher le reste pour que ce soit le cas!
Dumbledore eut un sourire confiant qui énerva Draco encore plus.
-Je sais, dit-il. Tu es libre Draco. Tu en as déjà fait beaucoup. Un mot de toi et nous repartons ensemble à Poudlard. Qu'en dis-tu?
Les deux hommes se toisèrent. C'était exactement ce que Draco rêvait d'entendre. Il en avait marre de vivre dans ce monde de mort et de cruauté. Il était fatigué d'être constamment sur le qui-vive. Fatigué et ça ne faisait que huit mois. Ce n'était rien dans une vie et il lui semblait pourtant que la sienne était déjà fichue ou pas loin.
-Je continue, souffla-t-il.
Il lui sembla que Dumbledore avait l'air presque triste de son choix mais il était trop épuisé pour être touché par cette marque d'affection – ou de remords, pour ce que ça changeait-.
-Je suis fier de toi, murmura le vieil homme, si ce que je pense a la moindre importance.
Draco haussa les épaules. Ça n'en avait pas vraiment.
-Je dois rentrer à présent, dit-il en remettant sa capuche sur la tête.
-Quand nous reverrons nous? Demanda Dumbledore.
-Je ne sais pas, répondit-il d'une voix lasse. Comme je vous l'ai dit, je suis surveillé. On est tous surveillé là bas. Mais j'effectuerai la mission de la banque, n'ayez crainte.
Draco tendit la main pour prendre le polynectar que Dumbledore lui avait promis et le mit dans la poche de sa robe.
-Sois prudent, déclara le directeur.
Il reçut pour toute réponse un sourire amer.
Le frère de Dumbledore ne le regarda même pas quand Draco passa devant lui. Le mangemort ouvrit la porte d'entrée et se trouva en face de Potter.
Immédiatement il pointa sa baguette sur lui, remarquant que son ancien amant en avait fait autant et il entendit la porte se refermer sur lui.
Il eut une seconde de flottement croyant que cette rencontre n'était pas réelle. Mais Potter était blessé et ça n'avait jamais été (ou alors il y avait longtemps) un des fantasmes de Draco.
Merde, que fout-il là? Pensa-t-il alors que son coeur battait comme un fou.
Ça faisait si longtemps! En face de lui, l'ancien gryffondor perdait du sang et semblait prêt à lui jeter un sort au moindre faux pas de sa part.
Il fallait qu'il réfléchisse et qu'il désamorce Détonateur-Potter avant de finir en morceaux.
-Potter, commença-t-il en retirant sa capuche.
Putain, superbe entrée en matière Draco!
Le sang s'écoulait à présent lentement de l'arcade sourcilière de Potter, il traçait une ligne rouge sombre jusqu'à son menton et Draco se demanda ce qu'il attendait pour se soigner.
Il ne put s'empêcher de le détailler, c'était étrange de le revoir après tout ce temps. D'ailleurs il refusait de ne pas le regarder. Il fallait qu'il sache ce qui avait changé. Ce qu'il avait loupé pendant tout ce temps.
Il avait l'air moins chétif mais c'était peut-être à cause de ses épais vêtements. Ses yeux verts étaient toujours aussi expressifs derrières ses célèbres mais risibles lunettes rondes. S'il ne l'aimait pas déjà, Draco serait tombé amoureux de lui, là, maintenant. Malgré son air de guerrier hébété, son visage et ses habits ensanglantés, il le trouvait torride. Draco n'avait jamais été fan des mecs bourrés de testostérones mais le Potter devant lui avec ses cheveux indisciplinés, ses vêtements noirs sous sa robe ouverte de la même couleur, avait l'air plus sauvage...plus sûr de lui aussi.
Il émanait de toute sa personne une sensualité de mâle, une force vive, une rage juste à fleur de peau aussi excitante qu'étonnante et le tout semblait grandir de secondes en secondes en la personne du survivant. Draco se demanda si c'était lui qui le mettait dans cet état. Et il espéra de tout son coeur que ce fut le cas.
Putain, ce con était bandant!
Il eut un sourire cynique devant sa propre connerie. Ce n'était pas le moment de retomber dans ces travers. Potter devait rentrer à Poudlard se faire soigner et lui devait rentrer au manoir, si possible en un seul morceau. Ce dernier point semblait compromis vu l'air déterminé que l'ancien gryffondor affichait. L'espion n'avait pas oublié – comment aurait-il pu ? – que Potter lui avait promis la mort quand il le reverrait.
-Que fais-tu là ? Lui demanda le brun d'une voix froide qui exigeait d'avoir une réponse.
Draco fit comme si il n'était pas captivé par le fait d'entendre sa voix à nouveau.
-Je suis venu boire un verre, répondit-il essayant de paraître amusé. C'est interdit ?
Il était tout sauf amusé. Il fallait qu'il se tire d'ici et vite. Ce n'était pas un bon endroit pour rester à découvert. Pas un bon endroit pour se laisser envahir par ses hormones.
-Te fous pas de moi ! Attaqua le survivant. Que viens-tu faire si près de Poudlard ? Et baisse ta putain de baguette !
Ok, il fallait quand même qu'il se calme le Potty. Draco n'était pas prêt à ce qu'il lui parle sur ce ton.
-Toujours aussi vulgaire à ce que je vois, répondit-il de plus en plus agacé. Je ne vais sûrement pas baisser ma baguette. Tu es celui qui m'agresse. Je suis simplement venu boire un verre. Arrête ta ridicule menace et laisse moi partir.
-Il faudra me passer sur le corps.
L'agacement de Draco passa aussi vite qu'il était venu. La tête que faisait Potter en se rendant compte de sa bourde était impayable. Et lui ne pouvait faire autrement que rebondir sur le jeu de mot bien involontaire de son vis à vis.
-C'est une proposition ? Susurra-t-il essayant de mettre le plus de sous-entendu possible dans sa voix.
-Plutôt crever !
-Ça peut s'arranger aussi, ne put s'empêcher de répondre Draco alors que des images de Potter nu et alangui se percutaient dans sa tête comme s'il s'agissait de cognards fous.
-Dis-moi pourquoi tu es venu fouiner ici !? Reprit Potter visiblement énervé.
Le blond comprit qu'il avait là une porte de sortie.
-J'avais envie de me faire culbuter par le survivant donc me voilà ! Répondit-il, voulant le faire sortir de ses gonds et ne plus penser aux baguettes qu'il y avait entre eux. Il écarta d'ailleurs la sienne du corps de son ennemi se montrant ainsi sans défense.
-Arrête tes conneries !
La voix de Potter n'avait plus rien d'assuré à présent. Il le désirait encore. Merde, ils étaient tous les deux complètement tarés d'avoir envie l'un de l'autre dans une situation pareille.
-Tu aimerais m'enculer tout de suite contre cette porte, n'est-ce pas ?
Draco s'approcha de Potter comme dans un rêve. Il ne pensait plus à la guerre, plus à partir. Il voulait Potter et il le voulait maintenant.
-Je te laisserais faire, Potter..., murmura-t-il en fixant les yeux verts. Je laisserais ta queue me pilonner encore et encore. Rien à battre qu'on soit au milieu de la rue et que le tavernier puisse nous mater. La seule chose qui compte c'est ce qui te pend entre les jambes et ce que tu pourrais bien me faire avec.
Putain oui! Huit mois qu'il rêvait du service trois pièces que Potter avait entre les jambes!
-Arrête ! Répliqua Potter.
Mais c'était un « faux-arrête ». Draco le savait et Potter le savait aussi. Plus qu'une seconde et il serait assez prêt pour le toucher.
-Fais moi arrêter ! Ordonna-t-il et il put enfin poser les mains sur le torse de Potter.
-Ta gueule !
Draco darda sur l'ancien gryffondor un regard presque désespéré. Pourquoi est-ce qu'il ne l'embrassait pas ce con? Pourquoi luttait-il encore? Il n'avait pas le droit de lutter quand Draco était déjà soumis!
-Fais-moi taire ! Supplia-t-il presque. Occupe ma bouche connard ! Bordel, qu'est-ce que tu attends pour la bouffer ?
Il sentit des mains s'engouffrer dans ses cheveux, sa pommette cogna brusquement contre des lunettes et sa grimace de douleur fut happée par une bouche furieuse et exigeante. Il sentit en premier le goût du sang de Potter, métallique, pas prévu au programme. Il passa outre. Il fouilla la bouche, la viola avec sa langue, cherchant le goût de Potter. Le trouvant. Le gardant. Recommençant. Recommençant. Recommençant.
Comment un truc aussi banal qu'un baiser avait-il pu lui manquer à ce point?
Il ne savait pas. Il doutait que quelqu'un puisse posséder la réponse.
Mais ce qu'il sut alors, avec une certitude qui l'écœurait, c'est que pour cet homme, il irait jusqu'au bout.
Même si le bout devait être la fin de lui-même.
Il se recula, mettant fin à ce baiser trop bon et trop mauvais pour lui. Potter le fixait avec une fièvre indécente. Potter allait être sa perte, il le comprit à ce moment et il accepta en même temps son sort. Il enleva tranquillement les mains qui étaient dans ses cheveux, résistant à l'envie de les baiser au passage.
Il ne put faire autrement que le manger des yeux pendant toute l'opération, souhaitant graver ses traits dans sa mémoire.
-C'était trop facile, lâcha-il avant de transplaner.
Il atterrit directement dans le jardin du Manoir Malfoy, suffoquant presque sous l'amertume qui l'écrasait d'un poids à présent impossible à porter. Il avait menti. Se séparer de lui n'avait rien de facile, il lui semblait même que c'était la chose la plus dure qu'il ait jamais eue à faire.
°O°O°O°
-Veuillez signer ici, Mademoiselle Greengrass.
Le doigt crochu du gobelin désigna un cadre en bas du parchemin. Draco ne jeta même pas un coup d'oeil dessus et imita la signature de Daphné à la perfection.
Il avait déjà assez perdu de temps. Ces abrutis de gobelins avaient quand même voulu prévenir Draco – lui même donc – de l'opération que comptait faire sa fiancée : vider purement et simplement le compte des Malfoy. Il avait dû parler de la loi de Fiançailles. Une loi vieillotte du temps de La Grande guerre contre les Vampires qui permettait aux veuves aussi bien qu'aux futures épouses de récupérer les biens de leur conjoint. Dumbledore avait tout misé sur cette stupide loi.
En face d'humains, Daphné n'aurait eu aucune chance de prendre l'argent des Malfoy. Jamais un sorcier n'aurait permis une telle chose. Mais les Gobelins étaient différents et pour eux la Loi était à prendre au pied de la lettre. Oh, ils avaient dû flairer l'embrouille, évidemment. Mais ils se tairaient. Tant que le règlement de leur chère banque n'était pas violé, tout irait bien.
Le gobelin qui s'occupait de lui, lui tendit une clef et lui désigna une porte au fond de la salle.
-Je ne peux vous accompagner, dit-il. Une seule personne à la fois peut accéder au coffre des Malfoy. Vous n'aurez qu'à faire de votre magie pour tout mettre dans le sac que je vous ai donné.
Il avait parlé de la magie avec mépris, ce n'était pas étonnant, les gobelins n'avaient jamais apprécié les sorciers.
Draco se dirigea vers la porte en bois de fracture simple, ses talons résonnants contre le parquet. Il sentit sur lui le regard de plusieurs clients mais personne ne l'aborda.
La porte menait à un tunnel. Draco était déjà venu et connaissait le chemin. Plus il avançait dans le ventre de la banque et plus les parois du mur devenaient travaillées et belles. Il lui fallut six cent mètres pour arriver jusqu'à une porte richement et artistiquement ouvragée. Des arabesques en or parcourraient à présent les murs autour de lui.
Derrière cette porte, la fortune de sa famille.
Il hésita un instant, le coeur battant vite. Il était encore temps pour renoncer. Cet argent était à ses parents, à lui aussi. C'était ce qui faisait le pouvoir de sa famille...
L'argent achetait le monde.
Il savait que sa famille ne se relèverait jamais d'un tel coup.
Sa main trembla lorsqu'il ouvrit la porte. Elle le laissa entrer, dévoilant petit à petit les trésors qu'elle recelait. Il sentit son corps lui revenir. Il dût enlever ses vêtements féminins avant que les coutures ne craquent et il retira aussi les chaussures bien trop petites. Il se retrouva en caleçon – il avait accepté de porter une robe mais il faudrait mettre la culotte sur son cadavre froid et rien d'autre pour le voir un jour en porter une – dans la chambre forte des Malfoy.
La barrière anti-polynectar n'était donc pas un mythe. Mais comme il avait l'autorisation de se trouver ici, l'alarme ne se déclencha pas non plus.
Dumbledore était un génie.
Draco frissonna de froid, récupéra la bourse dans la poche de la robe à terre et sa baguette.
-Accio fortune des Malfoy! Ordonna-t-il en ne visant rien en particulier.
Il ouvrit la bourse en velours en grand et regarda la magie des Gobelin alliée à celle des sorciers entrer en action.
Quand il sortit de la pièce, deux heures plus tard il n'y avait plus rien à prendre. Il aurait voulu laisser les bijoux de sa mère ou les vieilles mais précieuses cartographies que son père vénérait presque mais cela aurait été comme s'il signait son forfait.
Il referma la porte derrière lui, but la seconde moitié de la fiole de polynectar que Dumbledore lui avait donné et se rhabilla en Daphné.
Voilà, il l'avait fait. Il avait choisi. Et le choix n'avait pas été sa famille.
°O°O°O°
-Endoloris! Cria de nouveau Voldemort.
Draco gigota silencieusement cette fois-ci. Il n'avait plus la force de hurler. De la bave s'écoulait sur son menton jusqu'au marbre glacé sur le sol. Ses yeux étaient révulsés de douleur.
Il voulait mourir.
-Maître, tenta la voix de Lucius avec timidité. S'il vous plait, il a été assez puni...Ils étaient quatre contre lui, il ne pouvait pas les arrêter...
-Les traites étaient sous ses yeux et il n'a rien vu! Cracha le Lord Noir. L'argent de ta famille, qui devait servir à ma guerre, a disparu, avec la fiancée qu'il a lui même choisie ! Alors non, je ne pense pas qu'il ait été assez puni pour ça! ENDOLORIS!
Son corps se contorsionna à nouveau et à nouveau il hurla en silence. Il ne savait pas ce qui allait se briser en premier: son corps ou son coeur.
Il fallait que cette douleur s'arrête où il deviendrait fou.
Il voulait mourir!
°O°O°O°
Il sentit une main légère et douce se poser sur son front brûlant. Draco ouvrit difficilement les yeux.
-Crabbe? Croassa-t-il étonné en reconnaissant son ami.
Il se trouvait dans sa chambre, alité dans son lit. Vincent enleva immédiatement sa main, l'air coupable.
-Tu es réveillé, dit-il simplement. Je vais prévenir ta mère.
-Attends, depuis combien de temps je suis là?
-Ça va faire douze heures.
Draco fronça les sourcils.
-Où est cet abruti de Goyle? Demanda-t-il.
-Il est allé te chercher une potion.
-Parfait, murmura Draco froidement. Vous êtes les deux seuls qui restent et il a fallu que ce soit les deux plus crétins. J'ai une chance d'enfer. Je méritais vraiment tous ces doloris.
Il vit du coin de l'oeil Vincent ouvrir la bouche pour protester mais il la referma, finalement pas aussi stupide que ça.
-Je vais chercher ta mère, dit-il à la place.
-C'est ça, après tu m'expliqueras pourquoi tu me caressais les cheveux comme une pucelle énamourée Crabbe. Et j'espère que ton explication sera assez bonne pour sauver ta virilité. Quitte à ce que tu sois une fiote, autant l'être totalement.
Il vit son ami blêmir et se lever sans un mot.
Il grimaça quand il se retrouva seul. Crabbe et Goyle le suivraient jusqu'à la mort et supporteraient tout mais il fallait qu'il essaie quand même. Il fallait qu'il les ait à l'usure comme les autres...
Quatre sur six à l'abri. Peut-être que ça valait bien en effet quelques doloris? De plus le seigneur des Ténèbres pensait vraiment que les traitres étaient Blaise et les autres. Oh, il avait été furieux!
A présent il fallait qu'il remonte dans l'estime de Voldemort et il ignorait comment accomplir cet exploit.
°O°O°O°
-Depuis quand Potter jette-t-il des saloperies d'Imperium?!
-Calme-toi mon garçon...
-Vous..vous deviez le protéger! Le Potter que j'ai quitté ne jurait que par le profondément débile sort de l' « Expériarmus ». Comment est-il passé de l'Expériarmus à l'Imperium? Quel rôle joue-t-il dans cette guerre? Qu'est ce que vous l'avez obligé à faire?
-Il se bat Draco. Il ne joue pas. Plus personne ne joue.
-Je...je ne vois pas l'intérêt de travailler pour vous si vous n'arrivez pas à le protéger! C'était la condition!
-Tu le sous-estimes et tu le surestimais trop avant. Harry n'a jamais été rien d'autre qu'un homme, pas une espèce d'être pur et sacré. Il a le droit à sa part des Ténèbres...
-Non! Ça fait des mois que je porte pour lui sa part des Ténèbres comme vous dites! Je prends TOUT sur moi pour cette raison! Est-ce qu'il a déjà tué quelqu'un?
-Pas que je sache.
-Je ne veux pas que ça arrive.
-Ça arrivera.
-Non, vous avez mal compris on dirait : Je. Ne. Veux. Pas. Que. Ça. Arrive!
-Tu penses peut-être que j'ai le pouvoir de le mettre à l'écart des combats? Je l'envoie déjà là où s'est le moins dangereux. Harry déteste se sentir inutile. C'est une guerre Draco, il est impossible qu'il en sorte indemne.
-Il...tellement différent des autres. C'est pour ça que je l'aime...Juste pour ça. Il n'a pas le droit de changer.
-Il a déjà changé. Est-ce que ça veut dire que tu ne l'aimes plus?
-...
-Ou peut-être l'aimes-tu encore plus qu'avant et que ça te fait peur.
-...Je...Il faut...que je parte...
°O°O°O°O°
La bouche de Potter s'activait sur son érection.
Draco détestait cette fichue cabane poussiéreuse.
Il détestait venir ici. C'était dangereux. Il retint un gémissement en mordant sa lèvre inférieure.
-Oui, c'est ça! Haleta-t-il au bord de l'extase.
Il détestait venir ici, dans la cabane hurlante mais il aimait venir là, dans bouche de Potter. Et puisque Potter se trouvait dans la cabane, Draco devait faire avec. Après tout c'était lui le premier qui les avait entraînés là.
-Putain! Aahh...
Et puis, il ne pouvait pas l'emmener à l'hôtel n'est ce pas? – l'autre « autel » venait de s'affichait dans son esprit et il rougit, à la fois gêné et désabusé-.
Il savait qu'il y avait une chambre en haut. Il avait visité la cabane un jour où Potter n'était pas venu. Mais il ne parvenait pas à l'emmener à l'étage.
Par contre lui était en train de grimper au septième là.
Il baissa les paupières et croisa les yeux verts. Ça lui suffit pour jouir. Il eut juste le temps de s'écarter avant et son sperme s'écrasa sur le plancher sale.
-Mon tour! Exigea Potter en déboutonnant son pantalon tandis qu'il essayait de reprendre ses esprits.
Ouais, c'était comme ça que ça marchait. Ils faisaient ça jusqu'à ce qu'ils soient tous les deux satisfaits.
Parfois cette recherche de l'abandon n'était même plus excitante et devenait simplement glauque. Comme aujourd'hui.
Hé Potter! Eut il envie de lui dire. Remets ta queue dans ton froc! J'ai juste envie de te serrer contre moi ce soir! Je sais, salaud de dire ça alors que je viens de juter...mais ce soir je veux juste te prendre dans mes bras...Je veux juste de la pureté. Et oublier. Oublier. Oublier...
-Approche! Ordonna-t-il à la place en se mettant à son tour à genoux.
Il le vit hésiter, puis reculer et se rhabiller.
-Un problème Potter? Demanda Draco en levant un sourcil.
-Je vais rentrer, répondit-il.
-Avec ta trique?
-Tu veux la garder en souvenir peut-être?
L'ancien serpentard eut un sourire.
-Elle pourra toujours me servir les nuits de solitude dans mon grand lit, répondit-il amusé.
-Je ne suis pas sûr que tu...
-Répugnant!
Draco ouvrit ses yeux gonflés et douloureux en sursaut. Il venait de revenir au présent. Les souvenirs continuaient à s'évader de sa tête avant d'entrer bien sagement dans le bocal posé sur le tabouret à côté de lui.
Le tout faisait penser à un tourbillon de lumières emprisonné dans une boule de cristal.
Il ne savait pas lequel Voldemort venait de visionner. Il savait qu'il les regarderait tous.
Ça faisait combien de temps qu'il était dans ce cachot?
Il voulait repartir dans ses souvenirs, revoir Harry.
Retourner dans la cabane Hurlante.
Quelque chose piqua son flanc et il hurla. Seigneur...il était devenu la cabane ! Son corps était la cabane...amoché, douloureux...et il hurla, il hurla, il hurla...souhaitant finalement en sortir.
A suivre...
