Chapitre 5 : Ainsi soit-il

Ça ne faisait pas si longtemps qu'il était dans le cachot. A peine cinq heures et il n'en pouvait déjà plus. La liste des choses sur lesquelles Bellatrix s'était trompée en ce qui concernait son neveu venait encore de s'allonger.

Les deux premières heures, il avait tenu de manière plutôt encourageante : se payant même le luxe de crâner devant eux entre deux de ses hurlements. Au cours de la troisième heure, il avait commencé à pleurer et supplier et après ça, il n'avait fallut qu'un énième petit forçage de son esprit pour que ses barrières d'occlumentie s'effondrent totalement.

Les souvenirs de Draco s'étaient échappés de son corps pour venir nager dans le bocal que le Maître avait prévu à cet effet.

Le Seigneur était en train de les regarder. Rejetant immédiatement ceux qui ne concernaient pas Potter ou la guerre. Il en restait beaucoup cependant, malgré ce premier tri. Plus d'une heure que le Maître avait la tête plongée dans la pensine, se débattant avec des flots de souvenirs venus dans n'importe quel ordre et sur n'importe quel sujet. Un homme moins puissant serait devenu fou.

Elle sentit que son neveu l'observait alors elle quitta des yeux son Maître pour se tourner vers lui.

Il n'était pas attaché –les liens étaient inutiles avec le Maître- et gisait à terre comme le répugnant ver de terre qu'il était. Il frissonna de terreur quand il s'aperçut qu'elle le fixait.

-Tue-moi, supplia-t-il doucement.

Elle ne put s'empêcher de rire.

-Je ne pense pas que tu sois en mesure de choisir l'heure de ta mort, mon cher Draco, déclara-t-elle.

-J'ai mal…, lui répondit-il comme si ça allait la faire flancher.

Elle lui aurait bien lancé un nouveau Doloris mais elle avait peur que ça le tue sur le coup et le Maître n'avait pas encore donné l'ordre de le supprimer.

Tout d'un coup, Voldemort passa devant elle –elle ne s'était même pas aperçue qu'il avait quitté la pensine- et il souleva Draco par le col de sa chemise comme s'il ne pesait rien du tout.

Ce dernier poussa un faible gémissement.

-SNAPE ! hurla le seigneur des Ténèbres en le secouant. Snape m'a aussi trahi !?

Bellatrix sursauta. Draco baissa les yeux, gémissant sous une nouvelle vague de douleur.

-Réponds ! cracha Voldemort en le plaquant contre le mur. Ce que j'ai vu dans tes souvenirs est vrai n'est ce pas ? Il espionne pour ce vieux fou de Dumbledore !?

Draco perdit connaissance à ce moment là, à moins qu'il ne mourut. Bellatrix était trop loin pour savoir laquelle des hypothèses était la bonne. Voldemort lâcha brusquement le corps du traître qui tomba dans un bruit étouffé. Bellatrix vit son maître appuyer sa baguette sur sa marque des ténèbres et elle ressentit immédiatement son avant bras l'élancer d'une manière douloureuse mais ô combien excitante.

-Quand tout le monde se sera rassemblé, lui ordonna-t-il. Dis-leur de trouver Snape et de me l'amener au cachot, vivant si possible, si ça ne l'est pas je le veux mort mais je le veux dans tous les cas et vite, c'est compris ? ! Je vais rester ici, il me reste beaucoup de souvenirs à regarder...Après il sera temps d'éliminer les traîtres. Pour ce qui est de Draco, tu feras ce que tu veux de lui quand j'en aurai fini.

-Il n'est pas mort ? demanda-t-elle d'une petite voix.

-Pas encore. Allez, va !

Bellatrix s'inclina, son cœur battait vite. Elle allait avoir Draco ! Enfin !

Dans les galeries sombres du sous-sol des Malfoy elle faillit tomber à cause du cadavre de Vincent Crabbe. Elle le fit bouger d'un geste négligeant de sa baguette pour ne plus qu'il gêne le passage et le corps du lourdaud se cloua au mur, comme s'il s'agissait d'une œuvre d'art morbide. Ce pauvre idiot avait osé se mettre devant Voldemort quand il amenait Draco au cachot…il faudrait qu'elle pense à dire aux elfes de maison de l'enlever de là avant qu'il ne pourrisse.

°O°O°O°

Peter Petegrow se trouvait encore dans le manoir quand sa marque le brûla et il grimaça sous la douleur désormais familière. Que se passait-il encore ? Il pensait qu'il pourrait se reposer une fois Draco Malfoy entre les mains du Maître, mais il s'était apparemment trompé.

Il venait pourtant de passer onze jours à pister le jeune mangemort sous sa forme d'animagus. Le Maître soupçonnait le fils de Malfoy d'espionner pour le compte de Dumbledore depuis la mort un peu trop suspecte de Rodolphus Lestrange. Il avait demandé à Peter de lui apporter la preuve qui manquait à ses soupçons.

Peter avait été étonné. Pour lui Draco était dévoué au Seigneur avec un fanatisme quasiment égal à celui de sa tante Bellatrix. Il n'avait jamais apprécié le jeune homme, cependant. Le fils de Lucius regardait tout le monde de haut comme si il était le seul sur qui le Maître pouvait compter.

Peter l'avait donc suivi, partout, tout le temps. Dix jours sans ne rien voir d'autre que Draco Malfoy effectuer les missions que lui confiait Voldemort avec une rigueur et un sérieux assez impressionnants. Sauf qu'à la fin du dixième jour, au lieu de rentrer directement au manoir, le blond avait transplané à la cabane hurlante.

Queudver avait alors su qu'il touchait au but, sauf qu'il s'attendait à le voir en pleine discussion avec Dumbledore, Potter, Kingsley ou ce bon vieux Remus –qu'il crève comme le reste de la bande !-.

Mais si Potter était en effet présent, Peter s'était vite rendu compte que lui et le jeune Malfoy faisaient autre chose que discuter.

Un instant le rat qu'il était, avait eu peur de s'être fait repérer. Malfoy avait glissé son regard gris sur lui mais il était tellement perdu dans l'extase qu'il n'avait pas fait le rapprochement que, quelqu'un dans l'entourage de Voldemort, devenait un rat sous sa forme d'animagus. Il avait cependant grimacé à sa vue, réaction normale quand on s'aperçoit qu'un rat est sous ses yeux, avant de se remettre à gronder de plaisir sous les assauts du fils de James et de fermer les yeux. Peter s'était empressé de filer dans un endroit moins exposé.

Il était resté jusqu'à ce que Harry s'en aille, espérant qu'ils parlent du rôle d'espion de Draco mais apparemment l'Elu ne semblait pas au courant de cette partie de l'histoire.

-Bouge-toi idiot ! ordonna Bellatrix derrière lui en le bousculant, le ramenant du même temps au présent.

-Tu sais ce qu'il se passe ? couina-t-il.

Bien sûr qu'elle savait, sinon elle n'aurait pas cet air important ! Peter la suivit jusqu'au hall d'entrée où la plupart des mangemorts venaient de transplaner.

-Il faut attraper Snape ! leur dit-elle.

-Severus ? Mais pourquoi ? demanda Nott d'un air hébété.

-C'est un traître !

-Alors Draco est innocent ?

C'était Lucius qui venait de parler. Le Maître de maison avait levé la tête, plein d'espoir. Peter eut presque pitié de lui. Bellatrix elle balaya cet espoir naissant d'un geste méprisant de la main.

-Ils sont de mèche tous les deux, expliqua-t-elle rageusement. Et à présent que Draco est démasqué, Severus a dû fuir. Trouvez-le ! Ne revenez que quand vous l'aurez et s'il faut le tuer pour ça, faites-le !

-ça ne sera pas la peine !

Peter et tous les autres se retournèrent vers la personne qui venait de parler et qui se tenait dans l'embrasure de la porte.

Walden venait d'arriver avec Severus, tenant se dernier en joue de sa baguette.

-Je l'ai trouvé bizarre, dit-il avec un sourire cruel. Désolé d'être un peu en retard, mais cet idiot refusait de répondre à l'appel…

Il poussa Severus qui tomba à genoux.

-Parfait, susurra Bellatrix en attrapant l'ancien Maître de potion par les cheveux. Je vais l'emmener au cachot en compagnie de son petit ami. Tu verras…comme Draco tu supplieras bientôt que je t'achève.

Peter vit Severus toiser Bellatrix méchamment et il le trouva complètement fou de la provoquer ainsi. Comme il fallait s'y attendre, Bella répliqua en lui crachant au visage, lui arrachant au passage la poignée de cheveux qu'elle avait dans les mains.

-Relève-toi ! ordonna-t-elle en retroussant la lèvre. Le Maître t'attend !

Snape se releva avec dignité et s'essuya le visage avant d'épousseter sa robe noire.

-Je suis prêt, dit-il en relevant la tête.

Et Peter pensa en le regardant partir suivit par Bellatrix qu'il n'était pas seulement fou…mais aussi sacrément courageux mais que malheureusement ça ne suffirait pas à le sauver. Puis il fut rempli d'une étrange satisfaction. Il allait pouvoir enfin se reposer puisque tout était réglé.

°O°O°O°

-Severus, susurra Voldemort qui venait de sortir la tête de la pensine.

-Tom, répondit Ron avec un sourire confiant qu'il était loin de ressentir.

Il pouvait presque sentir les doigts glacés et effilés du mage noir fouiller dans son esprit et ça accentuait la nausée qu'il avait contractée en croyant voir le corps sans vie de Crabbe accroché sur un des murs qui menait aux cachots.

Bellatrix eut un hoquet d'horreur devant la familiarité toute crâneuse de Ron mais son Maître la calma d'un geste de la main.

-Qui a réussi à t'attraper si vite ? demanda-t-il à la place.

-MacNair. Je dois dire que je pensais tenir plus longtemps…

-Maître ? demanda Bellatrix ne comprenant rien.

-Notre ami ici présent n'est pas Severus, lui expliqua le mage noir d'un ton doucereux. J'avoue avoir été tellement déçu par Draco que tout à l'heure je n'y ai pas fait attention…mais il est évident qu'il s'agit de quelqu'un d'autre et très peu doué en occlumentie, en plus. Dis-moi, qui es tu ?

-Ronald Weasley, avoua Ron qui savait qu'il était inutile de lui cacher ça plus longtemps, d'autant plus que la dernière fois qu'il avait eu l'occasion de boire du polynectar remontait à plus de cinquante minutes.

-Le meilleur ami de Potter ! s'exclama Bellatrix ravie.

-Un invité de choix, approuva Voldemort. Nous détenons l'amant et l'ami de ce cher Potter…Où est Snape ?

-A Poudlard, répondit Ron.

Voldemort haussa un sourcil amusé.

-Parfait. Il n'a même pas besoin d'être torturé pour répondre. Les Gryffondors sont de moins en moins stupides. Sais-tu que ton ami Draco a lui vraiment essayé de résister à mon interrogatoire ?

Ron pensa que c'était une autorisation pour regarder du côté de la forme qui gisait immobile dans un coin du cachot et il ne put s'empêcher de se sentir glacé par le flot de haine et d'impuissance qui l'enveloppa soudainement.

-Vous êtes des monstres, articula-t-il difficilement, les yeux toujours rivés sur le corps ensanglanté de Draco Malfoy.

-Oh, murmura Voldemort mielleux. Je crains que Draco ait subi une juste punition pour m'avoir trahi. Bellatrix ?

-Oui Maître ?

-On va laisser monsieur Weasley un instant en tête à tête avec Draco. Je veux toujours que vous me récupériez Severus. Quant à moi, je vais envoyer un message à Dumbledore et à Harry Potter. Je pense qu'ils vont être intéressés par le fait d'apprendre que leur pitoyable plan a échoué. Et je ne pense pas que le Survivant laisse longtemps son ami entre nos mains…Dommage qu'il n'ait apparemment pas autant d'attachement envers ce pauvre Draco.

Il posa un regard pensif sur la pensine.

-Je le plaindrais presque.

D'un geste de la main Voldemort fit leviter la pensine derrière lui et s'en alla sans plus se préoccuper de Ron. Bellatrix lui adressa un sourire désarmant tout en fermant la cellule d'un sort.

-Pauvre petit, murmura-t-elle et son sourire se transforma en un rictus malsain alors que ses hanches se plaquaient contre les barreaux glacées en mimant l'acte sexuel.

Ron ne détourna pas les yeux mais il n'en menait pas large. Il était évident que Bellatrix était cinglée et chacune de ses réactions le glaçait d'effroi et le désarçonnait complètement. Il frissonna quand elle éclata de rire et se décida enfin à partir. Il dût attendre qu'elle disparaisse du couloir avant de se précipiter vers le corps sans vie de Malfoy. Il posa ses doigts sur sa jugulaire en sentit avec soulagement battre un pouls.

-Hé, réveille-toi ! chuchota-t-il sans oser le secouer.

Malfoy était dans un sale état et de près ça avait l'air encore pire. Il n'était pas sûr que le bouger soit une bonne solution.

-Allez, reprit-il plus fort en ouvrant de force les paupières de Malfoy avec ses doigts, réveille toi ! Pour une fois dans ta vie, arrête de me faire chier et aide-moi !

Seul le silence lui répondit. Ron lâcha une injure en se reculant. Il n'était pas prévu que Malfoy soit sans connaissance dans son plan. Comment allaient-ils sortir d'ici à présent ?

Il passa une main nerveuse dans ses cheveux –enfin ceux de Snape- et s'accroupit pour réfléchir à ce qu'il pouvait faire.

Dix minutes plus tard, il n'avait toujours rien trouvé et il était redevenu lui-même. Les vêtements de Snape étaient trop courts mais il ferait avec.

Il regrettait de ne pas posséder l'intelligence de Hermione, elle aurait déjà mille plans en tête. Non, là il était seul et dans la merde.

Il s'était jeté dans la gueule de loup. Il lui restait cependant une carte à jouer mais il ne savait pas si ça allait marcher. Il avait pourtant essayé de rester concentré et avait tout déballé à Voldemort pour ne pas qu'il force son esprit et casse le lien mais le rouquin ignorait si ça serait suffisant.

Il se leva et regarda dans le couloir nerveusement. Il dût attendre encore deux minutes avant d'entendre des pas approcher.

Il avala sa salive. Le moment de vérité était arrivé. Il poussa un soupir tremblant quand McNair apparut enfin.

-Passe-moi ma baguette ! lui ordonna-t-il quand l'homme fut en face de lui.

Il le sentit lutter dans son esprit et crut qu'il allait lui échapper mais finalement McNair lui jeta sa baguette.

Ron la rattrapa et s'obligea à respirer calmement tout en la balançant d'une main à l'autre.

Apparemment c'était son jour de chance…

°O°O°O°O°

Une demi-heure plus tôt…

Ron devait sortir Malfoy des mains de Voldemort. Ça il le savait. Plus de quatre heures qu'il ne pensait qu'à ça. Sauf qu'il avait McNair sur le dos et tout un groupe de cinglés de sang-purs. Pour l'instant sa couverture de Snape tenait tant bien que mal puisque Ron se contentait de répondre par monosyllabes tout en effectuant la mission de l'espion. Mission qui consistait à parlementer avec les représentants de Sorciers Immaculés –groupuscule extrémiste anti-moldu- qui venaient d'arriver d'Europe Latine et qui demandaient des sommes astronomiques d'or en échange de leur soutien inconditionnel.

Quatre heures qu'ils parlaient, quatre fois que Ron avait bu du polynectar avec plus ou moins de discrétion. Le chef des représentants parlait anglais avec un fort accent espagnol et Ron devait se concentrer pour le comprendre.

McNair avait géré l'échange et était parvenu à faire baisser les prix et à présent la réunion dans ce bar perdu allait bientôt se terminer. Ron savait qu'il devait trouver un plan d'attaque et rapidement.

Il fit mentalement le point sur ce qu'il savait. Tout d'abord, Malfoy était espion et si Voldemort ne l'avait pas tué avant de l'interroger, Ron supposait qu'il avait forcé Malfoy à lui apprendre tout ce qu'il savait sur l'autre camp. Le rouquin ignorait si Malfoy savait que Snape était un espion mais il décida de faire comme si c'était le cas. Donc, il était fort probable que Voldemort apprenne d'ici peu –si ce n'était déjà fait- que Snape était aussi un traître et donc qu'il demande qu'on l'attrape –sauf que ce serait, lui, Ron qui allait se faire attraper-.

Ron salua vaguement les sorciers qui s'en allaient tout en poursuivant sa réflexion. Il était seul. Impossible de prévenir l'Ordre avec McNair dans le coin et il sentait qu'il devait agir vite. Malfoy était peut-être déjà mort… Sauf qu'il ne pouvait pas compromettre la couverture de Snape si par chance Malfoy ignorait qu'il était aussi espion.

Il se leva et suivit McNair à l'extérieur.

-Je t'ai trouvé bien silencieux, Severus, lui annonça ce dernier en mettant les mains derrière sa nuque. Franchement, j'aurais pu faire ce boulot seul, pour ce que tu as servi…

Ron plissa les yeux. McNair, il avait eu l'occasion de le voir, était loin d'être stupide. Ron pouvait presque l'entendre réfléchir. Oh, c'est sûr qu'il ne mettrait plus trop longtemps à présent à se demander pourquoi Severus Snape s'était retiré une fois aux toilettes et avait commandé deux verres en plus au cours de la transaction. Oui, à présent qu'il n'avait plus de groupe de sorciers rétrogrades et pointilleux à gérer, il allait penser à son comportement étrange…

Ron sentit sa bouche s'assécher quand il vit McNair sursauter brusquement comme si une mouche l'avait piqué. La marque des Ténèbres, pensa Ron, c'est forcément ça qu'il a sentit ! L'homme marchait un pas devant lui, Ron approcha doucement sa main de sa baguette, le cœur battant à tout rompre. McNair descendit aussi ses mains le long de son corps.

La suite fut résolue en une fraction de seconde. Ron fut le plus rapide. Pour la première fois de sa vie il lança le sort d'Imperium. Il fut presque choqué de voir que ça avait marché. Le corps de McNair sembla s'affaisser et pourtant Ron pouvait le sentir essayer de lutter contre le sort. Il sentait son esprit se révolter contre cette prise de pouvoir. Mais le cerveau de McNair était comme une mouche engluée dans une toile d'araignée. Et pour l'instant le nouveau lien instauré par Ron était le plus fort.

-Saute à pied joint ! ordonna le rouquin.

McNair obéit, risible et privé de son libre arbitre. Ron se sentit envahi d'une joie malsaine. Ça ne dura qu'une seconde, juste le temps d'étirer un sourire narquois sur le visage de Snape puis il se reprit. McNair continuait à faire ses bonds ridicules et il n'y avait rien de joyeux à ça…c'était effrayant.

-Arrête ! s'écria Ron affolé.

McNair arrêta.

-Bon…je…Tu vas me prendre en otage, ordonna-t-il, et m'emmener au manoir parce que tu as deviné que j'étais un traitre…Si…Quand la voie sera libre, tu me rendras ma baguette et m'aideras à sortir du manoir avec Draco Malfoy, compris ?

En espérant qu'il soit vivant, rajouta Ron dans sa tête.

McNair hocha la tête avant d'attraper Ron par le bras et de le tordre derrière son dos. Il prit sa baguette et plaça la sienne contre le cou de son otage. A présent, Ron espérait qu'il avait fait le bon choix. C'était trop tard de toute façon pour revenir en arrière. McNair tira plus fort sur son bras, lui arrachant un cri de douleur. La seconde d'après il les faisait transplaner.

°O°O°O°O°

Ouais, en y repensant, c'est sur qu'il avait eu de la chance. Personne ne semblait s'être rendu compte que McNair n'était plus le même. Voldemort et Bellatrix n'avaient rien fait qui put lui faire perdre le contrôle. Il n'y avait que Malfoy qui posait problème.

-Ok, dit-il à McNair, tu vas le porter et me donner ta baguette.

Il jeta un sort d'ouverture sur la porte de cellule qui ne bougea pas d'un iota. Avec un soupir agacé, Ron jeta un sort de destruction sur le mur d'à côté, celui-ci se désagrégea sans faire de difficulté.

-Comme dirait Mione, murmura-t-il, il y a toujours deux solutions à un problème.

L'instant d'après il sortait, McNair le suivait en portant Malfoy. Ron ignorait s'il avait bien fait de le bouger mais il n'avait de toute façon guère le choix.

-Le chemin où on risque de rencontrer le moins de monde, c'est lequel ? demanda-t-il arrivé au premier croisement.

McNair eut un vague geste du menton sur la droite.

-Bien, tu vas par là avec Malfoy. Et tu m'attends au prochain croisement. Si tu te fais attaquer tu dois en priorité protéger Draco Malfoy. Compris ?

Il n'attendit pas l'habituel acquiescement du mangemort et se dirigea en courant de l'autre côté. Il perdait sûrement un temps précieux mais il fallait qu'il soit sûr sinon, il en cauchemarderait toute sa vie. Si Crabbe était encore vivant, il devait l'emmener aussi.

Quand il arriva devant le corps suspendu au mur, il avança plus lentement. Devant le visage boursoufflé et les yeux vides qui le fixaient, il eut un haut le cœur. Merde, il n'avait jamais apprécié Crabbe mais il n'aurait jamais souhaité une telle fin pour lui. Ron ne pouvait rien faire d'autre à part lui fermer les paupières et c'est ce qu'il fit.

Il se détourna, se sentant plus impuissant que jamais. Si Crabbe était là c'était parce qu'il avait dû s'opposer à Voldemort. Avait-il essayé d'empêcher ce dernier d'emmener Malfoy au cachot ? Ron devinait que oui.

Il retourna en direction de McNair mais pas en courant, il semblait que sa poussée d'adrénaline, due en grande partie à la peur, s'était évanouie pour laisser place à une aussi profonde que malvenue fatigue. Il fallait qu'il se sorte de là. Qu'il ramène Malfoy. Ils allaient sûrement mourir dans l'opération mais il allait essayer.

Il fallait qu'il sorte du manoir pour pouvoir transplaner mais comment réussir ce prodige sans se faire repérer ? Avec Malfoy dans les vapes en plus ! Et combien de temps l'imperium allait-il durer sur McNair ? Cela faisait déjà quarante minutes, voire plus…Ron n'y connaissait rien mais il sentait le lien s'effilocher à chacune des secondes qui passaient. Soit il tuait McNair avant, soit il fallait qu'ils soient très loin quand l'Imperium s'estomperait totalement.

Quand il arriva à la hauteur du Mangemort et de Malfoy, ce dernier était en train de revenir à lui.

-Pose-le à terre, ordonna Ron.

McNair s'exécuta alors que Malfoy haletait de plus en plus sous la douleur. Ron se dépêcha de lui jeter des sorts pour atténuer la souffrance. Ce n'était pas grand-chose mais il valait mieux que le blond ne se mette pas à hurler tout ce qu'il savait dans les couloirs des sous-sols. Il le vit papillonner des yeux avant de serrer les dents. Il avait l'air d'avoir quand même mal mais d'autres sorts risquaient de l'assommer complètement. Les yeux gris et veinés de rouge se posèrent sur lui.

-Weasley ?

Le gémissement incrédule de Malfoy aurait presque pu paraître amusant si le blond n'avait pas l'air de souffrir autant. Cependant Ron fut soulagé de voir qu'il avait apparemment toute sa tête.

-Pas trop tôt Malfoy, répondit-il en se penchant sur lui, j'ai cru que j'allais devoir t'embrasser pour que tu daignes revenir parmi les vivants.

-Weasley ?! répéta Malfoy plus fort en essayant de se redresser.

-Alors oui, c'est moi. Oui, je suis en train de te sauver les miches. Non, je ne peux pas répondre à tes autres questions maintenant car oui nous sommes dans la merde. Donc dis-moi, comment sort-on de ton charmant intérieur pour transplaner ? Pas que je m'y sente mal mais je crois que les gens d'ici n'apprécient pas ma compagnie comme il se doit et je…

-Oh merde, Weasley…coupa Malfoy sur le ton d'un condamné à mort.

-Je confirme, c'est moi. Tu crois que tu peux te lever et marcher?

-Je peux essayer.

-McNair, aide-le ! ordonna Ron.

Draco regarda avec effarement le mangemort sortir de l'ombre et l'attraper par les épaules pour le soulever.

-L'Imperium est à la mode chez les gryffondors, on dirait ! siffla-t-il tout en essayant de tenir sur ses jambes. Refais-moi le sort d'antidouleur, Weasley.

-Je ne pense pas que…

-Ouais, arrête de penser. Contente-toi de le refaire, je crois que je vais tomber dans les vapes autrement !

-« S'il te plait », t'écorcherai la bouche ? râla Ron en lançant quand même le sort parce que c'était vrai que Malfoy avait l'air sur le point de s'effondrer d'une seconde à l'autre.

Ron commençait sérieusement à regretter que Malfoy ait cessé de jouer au Connard du Cachot Dormant. L'air de rien, un connard réveillé tapait beaucoup plus sur les nerfs.

-Merci, murmura cependant Malfoy visiblement soulagé et Ron refoula son irritation.

-Faut que tu nous sortes de là Malfoy, dit-il. Tu sais où nous sommes ?

L'ancien serpentard hocha la tête après avoir regardé plus attentivement autour de lui.

-Débarrasse-toi de McNair, lui ordonna-t-il en essuyant son visage en sueur. Il ne fera que nous encombrer.

Draco croisa le regard hésitant de Weasley et soupira.

-Ligote-le et jette lui un sort de silence, ça suffira, dit-il. Même si c'est ridicule, on devrait plutôt le tuer…

-Non, répondit Weasley. Je pense qu'on doit le laisser en vie.

Draco se contenta d'acquiescer, refusant le débat. Ron jeta successivement un sort d'immobilité et un autre de silence au Mangemort.

-Il y a une sortie pas trop loin qui mène à mes appartements…

-Ah oui, il ne faut pas que tu oublies ta brosse à dent surtout quand tu feras ta valise et puis ton pyjama, les nuits sont fraiches en ce moment!

Le blond leva les yeux au ciel. Pourquoi avait-il fallut qu'entre tous les membres de l'Ordre, ce soit celui qui a l'humour le plus foireux qui vienne le sauver ? Il aurait bien demandé à Weasley ce qu'il faisait là –dans les habits de Snape en plus- mais ce n'était pas vraiment le moment. Peut-être que tout cela n'était qu'une illusion d'ailleurs ? Les Doloris de sa tante avaient peut être fini par le rendre fou ? Fou ou pas, il fallait qu'il tente le coup. Il réfléchirait plus tard.

-On va prendre mon Ultimas et filer par la fenêtre, expliqua-t-il à la place comme s'il s'adressait à un demeuré –en même temps Weasley et demeuré n'étaient-ils pas des synonymes ?-.

-Tu as un Ultimas ?

-Tu veux vraiment qu'on débatte sur les balais de collection maintenant, Weasley ?

Comment ce type avait pu berner tous les mangemorts et Voldemort en personne et le sortir des cachots ? Draco secoua la tête, refusant de comprendre.

-Aide-moi juste à marcher, reprit-il, et il faudra que tu conduises le balai aussi…

Les yeux de Weasley brillèrent d'anticipation et il se dépêcha de passer un bras autour de sa taille. Draco avait du mal à cacher son incrédulité. Il n'y avait vraiment que Weasley pour être content dans une situation pareille…quelque part c'était rafraichissant. Aberrant mais rafraichissant. Potter n'aurait jamais réagi ainsi. Avant peut être mais pas depuis la guerre.

Draco se laissa traîner, il en voulait à Weasley d'avoir pu garder une part d'innocence. Pourquoi le miséreux et pas Harry ? Et pas lui ? Irrité, il serra les dents.

-Oh ! fit soudainement Weasley alors qu'ils atteignaient la sortie des sous-sols.

-Quoi encore?

-L'Imperium est terminé, répondit-il et il avait l'air profondément soulagé.

Alors Draco comprit que c'était à cause de cette réaction que Weasley méritait de ne pas avoir été totalement pourri par la guerre.

-Allez, viens Weasmoche, répondit-il presque tendrement. On y est presque.

°O°O°O°O°

Le reste de leur fuite se passa rapidement. L'alerte fut donnée, bien évidemment, mais ils étaient sur le balai, Draco se cramponnait à un Weasley qui ressemblait plus à un gamin le jour de Noël qu'à un mec qui fuyait pour sa vie.

Draco décida que ce serait une perte de temps de lui dire d'arrêter ses « youhouuu ! » hystériques et se contenta d'essayer de ne pas tomber. Les sorts que lui avaient jeté Wesley commençaient doucement mais sûrement à s'atténuer. Et à présent qu'ils étaient presque sortis d'affaire, Draco avait tout le loisir de repenser à ce qu'il venait de vivre.

Il ne savait pas vraiment les dégâts qu'il allait devoir déplorer. Il se sentait brisé au niveau de sa barrière mentale. Il se demanda s'il serait capable à nouveau de faire de l'occlumentie ou s'il allait rester pour toujours aussi à découvert qu'un nouveau né. Physiquement, il pensait qu'il n'avait rien d'irréparable…du moins il l'espérait. Il avait un peu traîné la jambe dans le couloir car tout son côté droit lui semblait comme engourdit. Par contre son dos le brûlait tout comme la marque des Ténèbres depuis qu'il avait quitté le manoir. Voldemort était furieux.

Son visage aussi était douloureux. Ainsi que ses mains…il se rappela que sa tante avait trouvé amusant de les piétiner.

« Je suis vivant » pensa-t-il alors que Weasley accélérait encore.

Mais il n'arrivait pas vraiment à s'en réjouir.

Il n'était pas loin de lâcher Weasley quand celui-ci amorça la descente vers la Tête de Sanglier. Il glissa du balai, s'affalant presque sur le sol. Cette fois encore, le rouquin dû l'aider à se déplacer.

-On y est presque, lui dit-il pour l'encourager.

-Je vais bien, marmonna Draco.

Ouais sauf que vu la tête que tirait Weasley en le regardant, il venait de sortir une énormité.

Le reste resta assez flou dans son esprit. Il avait dû perdre connaissance. Oh, pas longtemps, car quand il se réveilla, Weasley et le frère de Dumbledore finissaient de le faire passer dans le tableau qui menait à Poudlard.

De l'autre côté, Dumbledore le récupéra.

-Draco, souffla le directeur avec tristesse.

-Je vais bien, répéta Draco en essayant d'avoir l'air convainquant. Vous m'emmenez à Poudlard, n'est ce pas ?

Sa voix raisonna de façon suppliante.

-Oui, répondit Dumbledore. Tu n'as plus rien à craindre.

C'était faux bien entendu mais Draco était content de l'entendre dire ça.

Il revenait à Poudlard...il en avait souvent rêvé.

°O°O°O°O°

Harry entra dans l'infirmerie. Première fois qu'il y venait depuis que Malfoy y avait été amené, trois jours plus tôt.

D'après Pomfresh, l'état du blond s'était nettement amélioré et il allait sortir d'ici un jour ou deux. Sauf que Malfoy garderait des séquelles. Il ne serait plus capable de faire de l'occlumentie, pour Harry ce n'était pas cher payé après être passé entre les mains de Voldemort mais il imaginait que pour Draco c'était déjà beaucoup trop.

L'ancien gryffondor avait passé de longues heures à discuter avec Dumbledore, Snape et Ron. Il avait compris que c'était pour lui que Malfoy était devenu espion, même si personne ne l'avait énoncé à haute voix. Peut-être qu'ils pensaient que c'était à Malfoy de le lui dire ?

Harry avança jusqu'au lit du fond, l'estomac noué. Il respira tout de suite mieux en voyant que Malfoy dormait –au temps pour le légendaire courage des Gryffondors-.

Il écarquilla légèrement les yeux en le regardant. Malfoy avait une barbe de trois jours et les traits tirés. Il semblait avoir vieilli de plusieurs années depuis la dernière fois que Harry l'avait vu et ça faisait quoi ? Cinq jours à peine.

La personne étendue sur ce lit ressemblait au grand frère que Malfoy aurait pu avoir. Peut-être était-ce un effet de cet aspect négligé que l'ancien gryffondor ne lui avait jamais vu ? Non, ce n'était pas ça. Pour la première fois Harry prenait les années de guerre en pleine tronche…et c'était le visage de Malfoy qui lui montrait cette réalité.

Il n'était plus l'adolescent efflanqué de dix-sept ans dont Harry était tombé amoureux. Non à présent, il était un homme de vingt et un ans, qui en avait trop vu, qui en avait trop fait…et pour toutes ces raisons, Harry qui l'aimait encore –et qui commençait à pressentir cela durerait toujours- ressentait une nouvelle émotion envers Draco Malfoy : il l'estimait. Et ça c'était nouveau pour lui. Jamais il n'aurait osé imaginer –à part en rêve- que Malfoy lui inspirerait de l'estime et du respect. A présent, Harry espérait juste pouvoir s'élever à son niveau et être à son tour quelqu'un dont Draco Malfoy pourrait être fier.

Sans pouvoir s'en empêcher, il passa doucement son index sur le visage pâle du blond. Il fit voyager son doigt sur la barbe rêche, retraça la forme de ses sourcils, longea l'arrête du nez. Il connaissait ce visage par cœur. Il aurait voulu le couvrir de baiser plutôt que de le caresser timidement du bout du doigt mais il ne s'en sentait pas le droit.

Son doigt trembla un peu quand il passa sur les lèvres légèrement gercées et il le vit froncer les sourcils et commencer à s'agiter. L'inspection de Harry devait l'agacer jusque dans son sommeil. Peut-être le prenait-il pour une mouche ?

Harry esquissa un sourire triste mais continua sa reconnaissance tactile, remontant sur les pommettes anguleuses avant de tracer une multitude de sillons invisibles sur son front et à la lisière de ses cheveux. La culpabilité l'écrasait encore plus que d'habitude, il lui avait fallu trois jours pour y faire face et trouver le courage de regarder Malfoy en face pour lui dire «Je suis désolé. C'est de ma faute si tu te retrouves ici.» sans se mettre à chialer comme un gosse. Il avait du mal à croire que l'ancien serpentard ait fait tout ça par amour pour lui. Peut-être que lui aussi avait besoin que Malfoy le lui dise en face pour y croire vraiment ?

Le fait que le blond soit peut-être amoureux de lui le remplissait d'un espoir fou et grandiose, comme si le bonheur était juste à portée de ses mains mais le prix de ce bonheur lui semblait bien trop cher payé. Ce que l'ancien serpentard avait subi pour lui était comme un cadeau empoisonné.

C'était comme lui montrer l'étendue de son amour et en même temps son impuissance à avoir pu le protéger.

Si seulement il avait été au courant…

Il vit exactement à quel moment Malfoy passa du sommeil au réveil. Sa respiration s'altéra, ses sourcils se froncèrent à nouveau et il papillonna des yeux. A contre cœur, Harry retira sa main. Son estomac se noua à nouveau.

La première chose que Draco analysa en sortant des brumes de son sommeil, fut que Potter se trouvait à son chevet. Ça ne le surprit pas outre mesure, il se doutait que cette confrontation aurait lieu un jour. Il aurait seulement préféré ne pas être alité dans un lit et surpris dans son sommeil.

Il se redressa immédiatement en position assise, faisant taire les élancements douloureux de son dos.

-Waouh ! lança-il avec ironie. L'Elu en personne à mon chevet ! Que me vaut l'honneur ?

-Comment vas-tu ? demanda Potter décidant d'ignorer sa première remarque.

Il avait l'air nerveux.

-Bien, répondit Draco en le dévisageant. Si on omet bien sûr, le fait que j'ai une dette assez phénoménale envers Weasley et qu'à chaque fois que j'y pense, j'ai envie de me jeter par la fenêtre.

Ça eu au moins le mérite de faire sourire Potter, à moins qu'il ne soit juste très poli.

Il y eu ensuite un silence plutôt gênant pendant lequel le survivant cherchait vraisemblablement ses mots et Draco se résignait à les entendre.

-Je…je sais tout ce que tu as fait pour nous, déclara enfin Potter dont les yeux verts capturèrent les siens. Je voulais te remercier et te dire que je suis désolé pour tout ce que tu as subi.

Ça y était : Le Grand Héros saluait l'action du petit héros de l'ombre. Draco eut envie de le mordre mais se contenta de sourire d'un air serein.

-Pas de souci Potter ! répondit-il avec désinvolture. C'était plutôt cool de jouer à l'espion !

Le visage anxieux de Potter se ferma immédiatement et ses yeux brillèrent dangereusement. L'image qui vint à Draco fut celui d'un chat qui se hérisse sous une fureur aussi soudaine qu'inattendue sauf que Potter ne mit pas à cracher –fort heureusement-.

-« Cool » ? répéta le brun visiblement en colère alors que Draco essayait de s'empêcher de le trouver attirant ainsi. Tu as trouvé ça « cool » de risquer ta vie chaque jour ?

-Tu veux que je te dise quoi ? demanda Draco calmement. Que non, ce n'était pas cool ? Tu veux vraiment la vérité ?

-Bien sûr !

Cette fois, Draco n'arriva plus à contenir sa colère et son masque d'indifférence amusée se brisa en silence. Comment osait-il venir ici pour le remercier ? Oh, il pouvait être nerveux ce con ! Et il devait sûrement avoir appris qu'il était amoureux de lui. Il croyait quoi ? Que maintenant que Draco s'était foutu à poil devant lui, tout allait bien se passer ? Sauf qu'il avait fait plus que se foutre à poil dans l'histoire. Bordel, il y avait laissé de sa chair et de son sang… et son âme.

Et il avait quoi en retour ?

Potter à son chevet ! Parfait et alors ? Est-ce que ça allait changer sa vie ? Est-ce que ça allait lui faire oublier les gens qu'il avait tués ? Est-ce que la guerre allait s'arrêter ou mieux ne devenir qu'une hallucination collective « Hey, surprise, on a tous rêvé et il ne s'est rien passé ! ».

-Draco, parle-moi !

Le blond secoua la tête. Soudainement fatigué. Cracher sa fureur, son impuissance sur Potter ne servirait à rien.

-Je veux dormir, dit-il en se rallongeant.

Il lui tourna le dos, pour ne plus voir son regard perdu et triste.

« Je l'aime, pensa-t-il. Mais ça ne change rien. C'est trop tard. Je me sens si vide. »

Il le savait à présent, l'Amour ne guérissait pas tout, ne remplaçait pas tout. Il frissonna pourtant quand Potter posa une main sur son épaule.

-J'attendrai, Malfoy. (Il était revenu au rassurant « Malfoy »). Quand tu voudras parler, viens me voir. Tu sais je…j'ai besoin de toi.

La main pressa une dernière fois son épaule avant de s'enfuir. Draco avait les yeux grands ouverts alors que les pas de Potter décroissaient dans son dos.

« J'ai besoin de toi ».

C'était presque comme une déclaration d'amour. Sauf que Draco ne voulait plus qu'on ait besoin de lui. Il était celui qui avait besoin de Potter. Il voulait juste se reposer et qu'on le laisse tranquille.

Est-ce que Potter aurait toujours « besoin de lui », s'il savait à quel point il regrettait d'avoir été espion ? S'il savait que si c'était à refaire, Draco ne le referait pas, même pour lui, même pour lui sauver la vie ?

Draco en doutait sérieusement.

Il connaissait déjà la vraie gagnante dans l'affrontement entre les Mangemorts et le camp de l'Ordre du Phoenix. Et cette gagnante était la guerre elle-même.

Pour sa part, elle l'avait déjà mis à terre : un pion en moins sur son grand échiquier. Ainsi soit-il.

A suivre…

Voilà, il reste un chapitre^^ A bientôt.