Chapitre 6 : Déjà à l'époque...
- Que veux-tu, toi ?
Vincent se tenait devant eux, sa baguette tremblait dans sa main. Il voulait lui dire de dégager de là, que ce n'était pas le moment de jouer au héros mais sa langue était encore pâteuse à cause du sort que lui avait lancé Voldemort. Il n'était même pas capable de marcher, sa tante le traînait lamentablement.
-Laissez partir Draco !
Vincent n'avait pas que la baguette tremblante, sa voix possédait aussi un joli trémolo digne d'un poufsouffle de première année devant un Severus Snape en colère.
Draco réussit à croasser quelque chose comme « vas t'en ! » mais son injonction fut couverte par un « Avada Kedavra » lancé avec impatience par le Maître.
-Non ! gémit-il en voyant son ami tomber devant eux et sa voix était trop pathétiquement faible pour porter bien loin.
-Il faudra aller me chercher une pensine, Bellatrix.
Voldemort enjamba le corps.
Bellatrix fit de même en acquiesçant. Draco qui était trop faible pour faire un pas si grand dut marcher dessus.
« Je crois que je marche sur sa tête », pensa-t-il avec horreur. « Oh non, je vous en supplie tout sauf sa tête ! »
Alors il pleura, essaya de se dégager de la poigne de sa tante.
-Oh Draco, tu écrases sa figure ! Sa sale fiiiguuure de gros la-lard, chantonna Bellatrix. Reeegaarrde, reeegaaarrrde !
Draco baissa les yeux. Ce n'était plus le visage de Vincent sous ses pieds, c'était celui du premier moldu qu'il avait tué. Et elle changea et devint celle de Lestrange. Elle changea encore pour ressembler à celle de Daphné, puis de Gregory, puis de sa mère et de Bellatrix et de sa mère à nouveau. Et pour finir, elle devint celle de Potter qui souriait sous ses chaussures et qui avait son œil droit déchiqueté par le verre cassé de ses lunettes et qui répétait inlassablement à Draco « Tu l'as tué ».
Alors Draco hurla et se réveilla.
Son cœur battait encore vite quand il réalisa qu'il était à Poudlard. Pas au manoir. Poudlard. Il fut content d'avoir placé un sort de silence autour de son lit. Manquerait plus que les autres se rendent compte qu'il avait des terreurs nocturnes comme n'importe quel mioche un peu faible d'esprit.
Il passa ses jambes par-dessus le bord du lit. Il avait le corps moite et la bouche sèche. Il ouvrit doucement les rideaux d'un jaune délavé par les années. Dans la pièce, les autres semblaient dormir. Il avait intégré la même chambre que ses amis depuis sa sortie de l'infirmerie, une semaine plus tôt. Il n'y avait eu aucune grande discussion, Blaise l'avait juste traité de crétin et avait désigné le lit qui allait devenir le sien. Ils étaient au courant de son véritable rôle dans la guerre. Tout ce putain de château savait de toute façon et il ne comptait plus les regards respectueux qui se posaient sur lui, ce dernier point ne le dérangeait d'ailleurs pas. Après ça, l'ambiance entre les anciens serpentards était, en surface, redevenue celle de l'époque de Poudlard. En réalité, certaines choses ne pouvaient être réparées.
Draco se leva, pieds nus sur le plancher, il avança jusqu'à la porte. Il lui fallait un verre d'eau pour faire disparaitre l'impression qu'il avait d'avoir bouffé du sable. Les cuisines étaient juste à côté, heureusement. Peut-être le seul point positif qu'il y avait à être logé près de la salle commune des poufsouffles.
Sauf qu'une fois dans les cuisines, il vit que Daphné y était aussi. Elle était de dos mais cette chevelure blonde et soyeuse ne pouvait appartenir qu'à elle.
-On a une fringale ? lui dit-il, la faisant sursauter.
-Je plaide coupable, répondit-elle en montrant le sandwich qu'elle venait de préparer. Tu en veux un ?
-Non, mais je ne serais pas contre un verre d'eau.
Elle lui fit un léger sourire –quoiqu'un peu fatigué - et lui servit de quoi boire.
-Merci, dit-il une fois qu'il eut son verre en main.
Il la dévisagea alors qu'elle répondait d'un signe de tête tout en avalant une bouchée de son casse-croute improvisé.
Elle était jolie, vraiment. Plus que quand elle jouait à la future Madame Malfoy. Là, elle avait l'air naturel, sans maquillage, les cheveux simplement lâchés. Les yeux de Draco s'attardèrent un instant sur le renflement de sa poitrine. Quand on était bisexuel, la tentation était partout ou presque. Il se rendit compte que ça faisait presque deux semaines qu'il n'avait pas eu de relations sexuelles. Peut-être était-il temps qu'il cesse d'éviter Potter. Encore fallait-il que le Survivant rentre de mission.
-Pourquoi n'as-tu pas enlevé la bague de fiançailles ? lui demanda-il sincèrement curieux et pour éviter de penser à Potter.
Ce soir encore elle portait la bague. Il était pourtant certain que Daphné ne l'aimait pas. Il n'y avait qu'à voir la façon dont elle regardait Théo.
Elle contempla un instant le diamant et soupira en le retirant de son doigt.
-Ce n'était pas un reproche, se hâta de dire Draco. Tu peux la garder.
-Non, répondit-elle. Je voulais te la donner en main propre, c'est pour ça que je l'ai gardée. J'ai toujours su que tu ne m'aimais pas. Entre nous, il n'était pas question d'amour mais les femmes de ma famille ne sont pas des lâches alors quand des fiançailles sont rompues, on ne jette pas les bagues dans la première poubelle venue. On la remet à son propriétaire initial.
-Ça fait plus de dix jours que je suis revenu. Tu avais l'occasion de me la rendre avant.
Cette fois Daphné eut un sourire tout à fait charmant.
-Ça, murmura-t-elle, c'était pour faire chier Potter.
Draco plissa les yeux.
Daphné s'approcha de lui et glissa la bague dans sa main.
-Tu sais, lui murmura-t-elle à l'oreille, j'ai toujours pensé que la vie était mal faite. Nous deux, on devait être fait pour être ensemble…mais pas de chance, on préfère les bruns. Un conseil, reprit-elle, la prochaine fois que tu offres un anneau à quelqu'un assure-toi que ce soit pour de vrai. Tu n'es pas le genre d'homme à pouvoir vivre dans le faux semblant.
Draco ricana en se reculant.
-Détrompe-toi, j'ai été quasiment élevé dans cette optique.
Il n'aimait pas la façon dont elle le regardait. Limite condescendante.
-Si tu le dis, murmura-t-elle. Je vais faire un tour dehors.
Il haussa les épaules, elle pouvait bien aller en orbite sur la lune, pour ce que ça l'intéressait. Il attendit encore deux minutes avant de quitter les lieux. Il espérait à présent pouvoir finir sa nuit sans cauchemarder. Il refusait de demander à Pomfresh des potions de sommeil sans rêve. Ce problème se réglerait seul. Il n'allait pas quémander de l'aide dès qu'il avait un pet de travers.
-…le côté Est peut encore tenir.
La voix basse et anxieuse de Lupin parvint à Draco dans le couloir. L'ancien espion cessa de marcher et tendit l'oreille.
-Oui mais est-ce qu'ils seront là à temps ? répondit une autre voix fatiguée et bien trop connue (et surtout bien trop espérée).
Il était rentré.
Draco sentit un poids qu'il n'avait même pas conscience d'avoir lui être retiré de la poitrine. Trois jours que Potter était parti en mission et il était (enfin) rentré.
Les deux hommes devaient surement se diriger vers les cuisines. Draco décida d'y retourner. Si Potter était en état il le baiserait ce soir…
°O°O°O°O°
Harry s'interrompit en entrant dans les cuisines. Draco se trouvait là, nonchalamment appuyé contre une des tables, ses yeux aciers fixés sur lui. A cet instant, il sembla au survivant que le temps venait de se suspendre. Il oublia Remus, oublia ce qu'il était en train de dire. Malfoy était là, juste lui, sans être entouré de ses délicieux amis comme c'était le cas depuis plusieurs jours à chaque fois qu'il le croisait. Et il le regardait de cette façon explicite (que Harry revoyait mentalement à chaque fois qu'il se branlait) qui voulait dire « J'ai envie de m'envoyer en l'air avec toi. Maintenant.»
Ce n'était pas ce que Harry avait prévu pour sa soirée.
-Bonsoir Draco, tu vas bien ?
-C'est plutôt à moi de vous demander ça. Votre mission s'est-elle bien déroulée ?
-Fatigante mais ça a été. Du neuf ici ?
Harry écouta Draco répondre que non, il n'y avait rien de neuf. Remus faisait la conversation pour eux deux. L'ancien gryffondor n'avait encore rien dit, les yeux gris n'avaient pas une seule fois quitté son corps même quand il s'adressait à Remus. Merde, ce salopard n'avait rien de discret. Harry aurait voulu être gêné mais il avait simplement envie que Remus se barre et qu'il les laisse seuls.
Il n'avait pas prévu de coucher avec Draco Malfoy ce soir mais ça n'avait pas d'importance. Il était presque content de ce retour à la normale. C'était mieux que la distance que le blond avait maintenue entre eux. Oh, ça n'avait rien à voir avec la discussion à cœur ouvert que Harry avait espéré mais pour ça, Malfoy devait sûrement encore avoir besoin de temps.
Harry était prêt à devenir la réincarnation de la patience pour lui. Merde, il était prêt à tout pour ce mec.
Physiquement, le blond allait mieux que quand Ron l'avait ramené. Il avait encore des cernes mais rien à voir avec celles qui lui mangeaient les yeux à l'époque où il espionnait Voldemort.
Puis vint l'instant où Remus se retira, Harry le salua vaguement, la gorge soudainement sèche.
Malfoy n'attendit pas pour s'approcher de lui. Harry crut qu'il allait l'embrasser mais il passa devant lui en murmurant un « viens » du bout des lèvres.
Ils marchèrent côte à côte dans les couloirs sombres de Poudlard, sans se toucher, sans dire un mot. C'était inutile, Harry savait où il l'emmenait. Il fit de son mieux pour redevenir maître de ses émotions et ne pas se laisser submerger par ce qu'il savait qu'il allait se passer une fois qu'ils seraient dans la salle sur demande.
Il fut content de voir que la main de Malfoy tremblait un peu lorsqu'elle se posa sur la poignée qui venait d'apparaître. La porte grinça légèrement, ce qui était étonnant mais Harry comprit vite pourquoi en entrant dans la pièce. Malfoy n'avait pas cherché à reproduire la chambre qu'ils avaient créée à l'époque de Poudlard. Ce que Harry avait sous les yeux, était la cabane hurlante.
Toujours aussi crade et inconfortable, toujours aussi peu chaleureuse. Il recula instinctivement d'un pas.
-Je n'ai jamais aimé cet endroit, dit-il et il se rendit compte que c'était la première chose qu'il disait à Draco ce soir là.
-Pourtant tu y venais avec un empressement certain, rétorqua le blond en allant s'asseoir sur le canapé défoncé.
Sauf que Malfoy, aux yeux de Harry, ressemblait à un prince et le canapé devenait alors trône et c'était ça la magie du blond. Rendre belles les choses qui en l'étaient pas. Alors pour lui, il pouvait accepter de retourner dans l'ambiance sordide de la cabane hurlante. Parce qu'il savait qu'une fois dans ses bras, il n'y aurait plus la guerre, plus de survivant. Il ne serait que Harry et il serait vivant.
Il s'approcha de Malfoy et s'accroupit devant lui.
-On ira où tu voudras, annonça-t-il en tendant une main pour caresser sa joue.
Malfoy l'attrapa avant qu'elle n'atteigne son but.
-Je veux te baiser Potter, annonça-t-il en crispant ses doigts sur son poignet. Et pour ça, ce canapé pourri est largement suffisant.
Harry baissa les yeux sur ses lèvres. Comment une bouche aussi bandante pouvait-elle laisser échapper autant de mots empoisonnés ? Il avait du mal à croire que cet homme puisse être amoureux de lui.
-Moi, je pense qu'on mérite mieux, répondit-il en fixant finalement ses yeux aux siens, mais...
-« On fera comme tu voudras Malfoy », l'imita l'ancien serpentard avec mépris. Merci Potter, ça tu l'as déjà dit. J'ai bien compris que tant que tu te faisais enfiler, peu t'importait le lieu, le moment et qui sait le mec aussi.
Harry dégagea brusquement sa main de la poigne du blond et se releva, le visage fermé.
-A quoi tu joues ? demanda-t-il les mâchoires serrées.
Il fut atterré de voir les yeux du blond luire d'autosatisfaction. Putain, il prenait son pied en le faisant souffrir ce con. Est-ce que le fait qu'il soit dans leur camp n'avait rien changé ? Ils n'avaient plus à être ennemis pourtant. Harry n'en pouvait plus de cette guerre intestine. Il y en avait déjà une dehors qui lui prenait toute son énergie. Il était fatigué de tout ça. Il se rendit compte qu'il n'était finalement pas prêt à tout pour Malfoy. Il refusait que tout redevienne comme avant sous prétexte que le sexe serait au rendez-vous.
Il refusait de claquer la porte au nez de ses sentiments une nouvelle fois. Trop longtemps qu'il jouait la comédie. Trop longtemps que tout ça l'empoisonnait. Enfin, il refusait de détester cet homme à nouveau.
Malfoy écarta les jambes et se tripota le sexe par-dessus son pantalon, plaquant sur son visage un sourire volontairement salace.
-Fais pas cette tête Potty et sers-toi…ce soir sucette à volonté.
-Arrête ça, chuchota Harry.
Malfoy perdit son sourire. Il se leva à son tour empli d'une colère froide avant de foncer sur le survivant.
-Quoi ? T'as pas faim ? cracha-t-il en l'attrapant par le col. C'est pour ça que tu es là, pourtant ! Pour ça que tu m'as suivi dans cette cabane merdeuse !
La lueur dans les yeux de Malfoy était celle d'un mec paumé. Ce regard était totalement contradictoire avec ses paroles. Ce fut ça qui empêcha Harry de lui mettre son poing dans la gueule. Ce fut ça aussi qui le décida à se mettre à nu.
-Je t'ai suivi pour une autre raison, murmura-t-il doucement sachant que ce ton allait attirer toute l'attention de Malfoy sur lui, sur sa prochaine phrase.
Et quand ce fut le cas, quand Malfoy fut suspendu à ses lèvres, quand il arrêta de gigoter pour simplement attendre, Harry le lui avoua.
Ça n'avait été qu'un murmure là encore. Il crut un instant que Malfoy allait le pousser loin de lui car la prise sur son col se fit plus pressante mais la seconde d'après une bouche heurta la sienne avec violence.
Il recula la tête sous le choc mais les mains de Malfoy lâchèrent son cou pour s'agripper à ses cheveux et il plaqua à nouveau ses lèvres sur les siennes, l'empêchant d'échapper à ce baiser sauvage et hargneux. Des dents s'enfonçaient dans ses lèvres. Malfoy hoquetait. Malfoy l'insultait tout en violant sa bouche. Malfoy semblait avoir pété un boulon.
C'était la première fois que Harry le voyait dans cet état. Il se laissa faire, espérant que cette crise passionnelle allait passer d'elle-même.
En effet, quand il fut sûr qu'il ne se déroberait pas, Draco arrêta son baiser-tempête et posa son front contre son torse, respirant vite, les mains accrochées à présent aux manches de son t-shirt.
Après une hésitation, l'ancien gryffondor glissa ses mains dans les cheveux pâles puis les caressa tendrement.
-Je t'aime, répéta-t-il.
-Change moi cette cabane pourrie en une chambre plus décente, fut la réponse de Malfoy, j'ai envie de toi.
°O°O°O°
Draco s'enfonçait dans le corps de Potter avec ardeur. Le survivant avait créé une chambre douillette, le lit était grand, les draps étaient propres, il y avait des fenêtres partout autour d'eux avec une fausse vision extérieure d'une prairie verte et fleurie.
Ce n'était pas loin de la perfection. Ce n'était qu'un tissu de mensonge.
Peut-être que Draco y allait un peu fort mais Potter ne se plaignait pas, bien au contraire. Il sentait ses ongles s'enfoncer dans les hanches de son amant, il voyait son dos se cambrer jusqu'au point de rupture. Est-ce qu'il pouvait tuer Potter en le baisant trop fort ?
Et est-ce qu'il pouvait mourir aussi ?
Son souffle était déjà bien trop court. C'était bien beau d'y aller à la barbare, il n'avait rien d'un sportif de haut niveau, l'endurance commençait à lui faire défaut.
Les yeux verts ne le quittaient pas, empli d'une confiance à toute épreuve. Putain, il prenait Potter comme un chien et ce dernier en redemandait.
Est-ce que c'était ça l'amour ?
Juste le fait d'accepter de se faire baiser comme la dernière des catins ?
Parce que l'aveu du gryffondor n'avait pas changé la vie de Draco. Il n'avait pas changé sa putain de vie ! Les oiseaux ne chantaient pas dans sa tête. La terre ne s'était pas arrêtée de tourner, elle le faisait toujours et elle tournait mal.
Pourquoi rien n'avait changé ?
Il devrait être content pourtant ! Ses sentiments étaient partagés. Potter l'aimait. Youpi, alors pourquoi n'avait-il pas l'impression d'être en train de baiser sur un foutu nuage.
Il montait pourtant au septième ciel mais il n'avait qu'un lit pour tout moyen de locomotion et les bras de Potter comme point d'encrage. Rien de bien nouveau sous le soleil.
-Plus vite !
Draco eut envie de rire. Il en avait de bonnes le balafré. Comment pouvait-il y aller plus vite ? Il s'exécuta quand même, voyant des taches noires danser devant ses yeux et sentant l'orgasme pointer son nez et menacer de lui faire perdre complètement la raison. Potter et lui étaient des chiens.
Potter et lui étaient perdus.
Potter et lui.
La tête du brun partit en arrière et son anus se resserra sur le sexe Draco dans des spasmes de plaisir. Le blond le regarda jouir, le trouvant beau à en crever. Puis il se sentit partir aussi et il crut que son cœur allait lâcher tellement cela lui sembla fort.
Il s'écroula sur le corps du brun. Des bras l'étreignirent comme pour le rassurer. Ce ne fut qu'à ce moment là que Draco se rendit compte qu'il tremblait de tous ses membres.
-Tu as froid ? demanda Harry d'une voix encore essoufflée.
-Non, réussit-il à répondre mais d'un ton aussi tremblant que son corps. C'était juste trop fort.
Le petit rire satisfait de Potter parvint à ses oreilles lui faisant rouler des yeux.
-J'ai trouvé ça fort aussi, avoua quand même le brun.
C'était l'occasion rêvée pour Draco de s'excuser de lui avoir sauté dessus de cette façon mais il se contenta de se retirer du corps de Potter, arrachant au passage un gémissement à ce dernier. Les bras l'encerclèrent immédiatement après, le ramenant contre le torse chaud et tout en sueur.
-Désolé, grommela Draco tout de même. Est-ce que tu as mal ?
-J'ai l'impression que d'ici quelques heures je n'arriverais plus à bouger ne serait-ce qu'un petit doigt mais pour l'instant ça va, répondit Potter tout en traçant des arabesques invisibles sur son dos. Et toi, tu vas bien ?
-Ça ira mieux quand tu me laisseras respirer Potter, dit-il d'un ton un peu sec.
Il sentit Potter se tendre et l'instant d'après les bras ne furent plus sur lui. Une seconde encore et l'ancien gryffondor était assis sur le bord du lit, lui tournant le dos. Il fallait être complètement aveugle pour ne pas comprendre qu'il venait de le blesser. Mais il était incapable de laisser le brun être tendre avec lui alors que ses propres pensées étaient si sales.
-Je suis désolé, dit Potter d'une voix neutre, sans se retourner vers lui. J'ai bêtement cru comprendre que j'avais le droit de faire ce genre de chose avec toi…Les autres ont…insinué que toi aussi tu…enfin laisse tomber.
Draco savait très bien ce que Dumbledore, Snape et le miséreux avaient raconté à Potter. Ils lui avaient dit qu'il était amoureux de lui, que c'était pour ça qu'il avait espionné les mangemorts. Mais personne ne lui avait dit qu'il regrettait d'avoir fait ça. Personne pour lui raconter ses cauchemars. Personne pour lui expliquer ce qu'il avait perdu dans l'histoire. Personne pour lui apprendre que si c'était à refaire, il ne le referait pas.
« Ta vie contre mon âme Potter, je choisis mon âme », comment pourrait-il un jour lui avouer ça ?
-Tu ne dois pas croire tout ce qu'on te raconte, articula-t-il finalement, il tressaillit en voyant les épaules du brun s'affaisser encore plus. Tu ne sais pas tout.
Harry sentit sa gorge se serrer. Il avait sa réponse finalement. Malfoy ne l'aimait pas…
Il avait envie de chialer mais il préférait encore renifler les cheveux gras de Snape plutôt que de craquer devant le blond.
Il s'obligea à respirer calmement. Les yeux fixés sur un point invisible en face de lui. Derrière lui, dans le lit, il entendit Malfoy soupirer.
Il le sentit bouger et se raidit quand ses mains se posèrent sur ses épaules.
-Ce n'est pas ce que je voulais dire, l'entendit-il chuchoter presque contre son oreille.
-T'inquiète, répliqua Harry amer et dégouté d'avoir l'air de quémander à ce point un semblant de délicatesse. Je ne vais pas me mettre à chialer. J'ai juste mal compris ce qu'on m'a dit. Je mentirais en disant que ça ne fait pas mal…
Ouais putain, il aurait mieux fait de laisser ses couilles au placard cette fois-ci mais au moins l'abcès avait été crevé, de son côté du moins.
-Tais-toi, murmura encore la voix, légèrement agacée malgré le ton bas.
Harry mit sa tête en arrière jusqu'à la poser sur l'épaule moite de Malfoy.
Il respira l'odeur de sexe et de sueur qui émanait de l'ancien espion.
-Je ne suis pas comme toi, répondit-il tout en ayant une envie viscérale de se tourner pour lécher cette peau toujours saturée de ses précédentes caresses. J'ai besoin de te dire ce que je pense.
-Moi, j'ai envie de baiser sans prise de tête, répondit Malfoy en collant un peu plus de sa peau contre son dos.
Harry bougea légèrement de façon à sentir le sexe du blond contre ses reins et ne put que lâcher un soupire tremblant. Malfoy bandait contre lui. Sauf que là, Harry ne pouvait plus. Il se sentait trop con pour faire comme s'il ne venait pas de se prendre le râteau du siècle. Pas ce soir. Demain il recommencerait à baiser avec Malfoy comme si de rien n'était, mais là il voulait juste se retrouver seul pour se remettre sans avoir des yeux gris et scrutateurs posés sur lui.
-Tu as été très clair, lâcha-t-il avec cynisme en voulant se lever. Juste ma fierté qui en a pris un coup.
Son cœur aussi en avait pris un sacré coup mais il devait se contenter de parler un langage que l'ancien préfet en chef pouvait comprendre.
Malfoy le ramena contre lui sans devoir utiliser beaucoup de force. Une de ses mains descendit le long du bras du brun, avant d'attraper son poignet. Puis l'ancien serpentard poussa encore un soupire excédé.
Harry supposa qu'il le faisait chier avec son étalage de sentiment. Malfoy avait juste envie de l'enculer, pas de « se prendre la tête ».
Prendre mon cul lui suffit, pensa Harry amèrement.
-Tu n'avais pas mal compris Potter, reprit Draco.
Harry regarda la main pâle jouer avec ses doigts. Puis l'autre main quitta aussi son épaule pendant qu'il se demandait s'il devait se contenter de cette explication incomplète et incompréhensible.
Quelques secondes après, Malfoy glissait une bague – celle de Greengrass - à son petit doigt. Mince, cette fille avait vraiment les doigts fins.
Harry contempla l'anneau serti du diamant en fronçant les sourcils.
-Je…
-Tais-toi, répéta Malfoy en le faisant s'allonger sur le lit.
Il se plaça au dessus de lui, faisant peser son corps nu contre le sien. Son regard était farouche, une moue agacée s'était installé au coin de ses lèvres. Harry le trouva splendide.
-Pour soigner ta putain de fierté, expliqua le blond en désignant du menton la bague.
-Offrir la bague qui a servi à quelqu'un d'autre, quel gentleman tu fais! Se moqua l'ancien gryffondor en glissant sa main droite sur la nuque pâle.
Il avait à nouveau la gorge nouée mais la cause était beaucoup plus agréable cette fois-ci. Il prenait conscience de toute la symbolique de cette bague.
-Va te faire foutre, grinça Draco.
Harry eut un sourire arrogant et appuya sur la nuque de Malfoy pour approcher son visage du sien. Il écarta aussi légèrement les jambes en un geste involontaire et inconscient qui trahissait son avidité pour ce que Draco avait entre les siennes.
-Okay, dit-il et il l'embrassa.
°O°O°O°
-T'es convoqué aussi ?
Draco termina d'attacher sa cravate les yeux fixés sur son reflet avant de répondre à Blaise.
-Que veux-tu, dit-il, ils ne peuvent plus se passer de moi.
-Tu es là depuis tout juste deux semaines, ils pourraient te lâcher la grappe !
Draco haussa les épaules, même s'il était totalement d'accord avec Blaise. Il allait se rendre à la réunion de Dumbledore, mais juste parce que Potter y serait aussi. Le survivant était parti la veille en mission. Un truc pas dangereux, il l'avait expliqué à Draco mais la perception de ce qui était dangereux ou pas chez ce type n'était pas celle du commun des mortels.
Draco s'inquiétait pour lui. Il se faisait de plus en plus l'effet d'une de ses sempiternelles femmes attendant avec angoisse l'époux partit guerroyer. Autant dire qu'il avait horreur de tout ce que cette image représentait. Il n'avait rien d'une Pénélope mais il supposait qu'être préoccupé par la santé de Potter faisait parti des choses obligatoires quand on était amoureux.
-J'y vais, annonça-t-il plus à son reflet qu'à son ami et il inspira un grand coup pour se donner du courage.
Dans le couloir il croisa Weasley et Granger et dût terminer le chemin avec eux.
Granger lui parlait avec amabilité et il se sentait obligé de lui répondre même si c'était par monosyllabes. Toutes ces conneries pour ne pas blesser Potter. Weasley ne disait rien et Draco le remercia mentalement. Il se rendit compte que le miséreux était finalement celui qu'il appréciait le plus dans la bande à Potter.
Il lui avait, certes, sauvé la vie mais ce que Draco aimait chez lui c'est qu'il ne cherchait pas à être son ami sous prétexte qu'il s'envoyait Potter et qu'il était de leur côté. Weasley le considérait même avec une certaine froideur que Draco trouvait tout à fait appropriée.
Et puis Weasmoche était le seul à avoir eu un aperçu de ce qu'il se passait au manoir Malfoy et il ne l'avait pas regardé une seule fois avec pitié et pour ça plus que pour tout le reste Draco lui en serait éternellement reconnaissant.
La belette eut l'air aussi soulagée quand ils arrivèrent au bureau de Dumbledore et que Granger se la ferma enfin. Arthur Weasley, Shacklebolt, Snape et Potter étaient déjà là. Draco s'installa sur un siège et fut content de voir que Weasley faisait de même. Les autres se tenaient debout. L'ancien serpentard jeta un bref coup d'œil à son amant et se relaxa immédiatement dans son fauteuil. Il allait bien.
-Parfait, attaqua directement Dumbledore, Alastor et Remus ne viendront pas, alors on peut tout de suite commencer.
-Je crois que si on rajoute des hommes près du lac Sombre, les mangemorts qui campent ici seront défaits, annonça Arthur Weasley en se penchant sur une carte étalée sur le bureau du directeur. Depuis que nos deux espions ont été découvert, nous en sommes réduit à utiliser le nombre pour pouvoir gagner.
-Le problème c'est qu'il nous manque des hommes justement, contra Snape. Ceux vous avez aimablement décidé de mettre sous mes ordres ne savent même pas tenir une baguette correctement.
-Vous les terrorisez encore plus que les mangemorts, lâcha Potter l'air de rien en se penchant aussi sur la carte, normal que leurs sortilèges ne soient plus très assurés.
Bientôt ils furent tous autour de la carte à débattre, sauf Draco, avachi sur son fauteuil, et Weasley qui n'avait pas bougé du sien et semblait plus occupé à reluquer les fesses de sa petite amie.
Ce type montait dans son estime de seconde en seconde.
-Draco ? demanda finalement Dumbledore. Dans quelle équipe veux-tu aller ?
Draco, qui attendait et redoutait que le sujet vienne sur lui se redressa sur son siège. Ils avaient tous le visage tourné dans sa direction. Il ne fixa que Dumbledore pourtant, il n'était pas sûr de pouvoir annoncer ce qu'il avait à dire s'il regardait Potter.
-Aucune, répondit-il. Je ne veux plus me battre.
Il y eut un silence durant lequel il n'osa toujours pas regarder Harry. Il ne voulait pas voir la déception se peindre sur son visage.
-Je comprends, il te faut plus de temps, répondit Dumbledore. Tu as vécu des choses horribles et…
-Non, coupa Draco. Ça n'a rien à voir avec ce que j'ai subi quand ils ont découverts que je les espionnais. Je ne veux plus participer à cette guerre.
Dumbledore baissa les yeux.
-C'est ridicule, siffla Snape, tu es un sorcier doué. Tu nous serais utile sur le terrain. Bon sang, je sais de quoi tu es capable ! Chaque sorcier peut faire pencher la balance à présent. Le rôle d'un combattant n'a rien à voir avec celui d'un espion, la pression sera moins grande et tu ne seras pas seul.
Draco plissa les yeux et regarda son parrain. Il aurait pensé que lui au moins comprendrait sa décision, il savait mieux que quiconque ce que Draco avait déjà perdu dans cette guerre. Si lui avait encore la force de se battre, tant mieux, mais Draco ne l'avait plus. Il n'était pas un second Snape.
-Laissez le tranquille, s'éleva la voix de Potter. Draco a déjà fait beaucoup pour nous et s'il estime que c'est suffisant alors je me range à ses côtés.
Snape ricana.
-Bien sûr. Gardez-le donc bien à l'abri au château Potter. C'est tellement plus utile que de le voir nous aider dehors !
-Severus, il suffit ! dit Dumbledore. Draco a pris sa décision et je ne l'embêterai donc plus avec cette guerre. Tu peux sortir mon garçon. Nous devons encore discuter.
Le jeune homme blond eut un sourire amer et se leva. Se faire congédier de la sorte était une sorte de punition pour son refus de continuer à se battre, il l'avait parfaitement compris. Il passa devant Potter et sentit ce dernier presser sa main alors il s'autorisa à le regarder.
Le regard vert était soulagé et Draco comprit que c'était parce qu'à présent Potter savait qu'il ne risquait plus rien. Il pressa la main en retour brièvement avant de la lâcher et de sortir du bureau.
Une fois la porte fermée derrière lui, il s'adossa au mur, les jambes tremblantes.
Potter ne l'avait pas rejeté.
Il avait même semblé heureux de sa décision. C'était plus que ce dont Draco pouvait rêver.
Peut-être qu'à présent tout irait bien ? Il n'était plus obligé de se battre. Il était libre.
°O°O°O°
Environ six mois plus tard :
Blaise, Théo et Draco étaient en train de disputer une partie de poker sorcier dans leur chambre. Il était à peine quinze heures mais la pièce étaient déjà enfumée, quand Pansy y entra, elle dû jeter un sort d'aération pour que l'air redevienne respirable.
-Je vois que vous êtes très occupés, lâcha-t-elle avec une froide ironie. Dois-je vous rappeler que cette chambre et aussi à Daphné et moi ? Je ne suis pas sûre qu'elle apprécie de la voir transformée en salle de jeu pour loques, Nott.
-Que veux-tu, on s'ennuie Pansy, répondit le dit Nott. En plus ce jeu de carte ne fonctionne presque plus !
Blaise prit le temps de tirer sur sa cigarette avant de répondre.
-Je me disais aussi…le gamin à qui je l'ai piqué avait une mise bien trop misérable pour posséder un jeu digne de ce nom.
-Tu veux quoi Pansy ? demanda Draco froidement. Je ne suis pas d'humeur à supporter que tu joues à la maman avec nous.
-Ho Blaise, se moqua Théo, je savais bien que tu avais un complexe d'Oedipe…remarque pas étonnant vu la mère que tu te paies…Dis-moi est-ce que Pansy t'allaite aussi ?
-Vas te faire foutre Nott, cracha Pansy. Vous avez bu combien de verres ? Bordel, on est en milieu d'après midi !
Blaise haussa les épaules. Ils avaient eu juste le temps de faire disparaître l'alcool avant que Pansy ne rentre mais apparemment, ce n'était pas suffisant.
-Calme-toi chérie, dit-il sachant que c'était à lui en tant que petit-ami de désamorcer la bombe. On allait arrêter, de toute façon, ces deux là n'ont plus un rond.
Pansy Parkinson regarda les trois garçons en face d'elle. Théo était en train de ricaner bêtement, Blaise la fixait d'un air appréciateur et Draco avait les yeux rivés sur ses cartes. Le blond n'avait pas bu, elle le savait et elle savait aussi qu'il attendait qu'elle parle.
« Tu veux quoi Pansy ? » lui avait-il demandé.
-C'est Granger, se décida-t-elle enfin. Ils l'ont ramenée et elle est dans un sale état…je n'en sais pas plus.
« Mais Potter doit avoir sacrément besoin de toi, Draco » finit-elle mentalement.
Théo cessa de rire et Blaise regarda Draco, attendant sa réaction.
-Je me couche, dit-il enfin en posant ses cartes sur la table, la face cachée.
Puis il se leva et épousseta son pantalon qui avait reçu des cendres.
Il se rendit à l'infirmerie, le cœur lourd. Dire qu'il avait cru être libre en ne se battant plus, fallait-il qu'il fut idiot pour avoir pensé un truc pareil ?
Un peu plus de six mois avaient passé depuis qu'il avait annoncé sa décision mais rien n'avait changé. La guerre durait encore et elle avait l'air de ne pas vouloir s'arrêter. Dans quel état allait-il trouver Potter encore ?
Il s'arrêta devant l'infirmerie, Weasley se tenait devant la porte et il était seul.
Le rouquin s'avança vers lui. Il avait l'air d'avoir pris dix ans en une matinée.
-J'ai appris pour Gran…Hermione, commença Draco. Comment va-t-elle ?
-Pas très bien, répondit Weasley et Draco vit que ses mains tremblaient. Dumbledore est là dedans avec Pomfresh…je…elle a perdu beaucoup de sang…
Le blond crut que Weasley allait se mettre à chialer tellement sa voix s'était cassée sur la fin mais après une brève inspiration, le rouquin releva les yeux dans sa direction et essaya même d'esquisser un sourire. Autant dire que cette tentative fut un échec.
-Que sait-il passé ? demanda Draco qui se sentait mal à l'aise ici.
Où était Potter ? Pourquoi n'était-il pas à sa place entrain de parler à son meilleur pote ?
-Je ne sais pas trop, souffla le rouquin. Je n'étais pas avec eux, juste quelques mètres devant…puis j'ai entendu crier et… Malfoy, va me chercher Harry.
Les yeux bleus luisaient à présent d'une lueur farouche. Draco recula d'un pas.
-Ramène-le par la peau du cul s'il le faut, poursuivit Weasley implacable. Il nous a lâchés dans le parc, il doit y être encore. Dis-lui que sa place est dans ce couloir avec moi !
L'ancien serpentard acquiesça bien malgré lui. Dans l'état où était Weasley il valait mieux en effet que ça soit lui qui trouve Harry en premier.
Il n'avait aucune idée de ce qu'il s'était passé mais il avait peur de ce qu'il allait trouver.
Dans le parc, Potter ne fut pas dur à trouver, c'était la seule silhouette à la ronde. Il se tenait face au lac. Draco sentit la neige crisser sous ses pas et regretta de ne pas avoir pris une veste. Il se jeta rapidement un sort de chaleur et avança plus rapidement.
Harry l'entendit alors qu'il n'était plus qu'à quelques mètres et se tourna vers lui.
L'ancien espion s'arrêta net. Le manteau gris de Potter semblait trempé par endroit et poisseux, et ses mains étaient rougies par le froid comme si le jeune homme les avait plongé dans la neige.
Presque malgré lui il regarda aux pieds de Potter. La neige avait été en effet retournée et elle était à présent teintée de rouge. Draco se serait bien passé d'un pareil cliché : la neige, le sang…merde, heureusement que Noel était passé depuis un mois, ça affaiblissait un peu la mise en scène macabre!
« Putain ! » réalisa-t-il horrifié. « Il en a partout sur lui ! »
-Ce n'est pas le mien, dit le brun qui avait suivi son regard. Dégage Malfoy.
-C'est celui de Granger ?
Question idiote mais elle était sortie toute seule.
-Je t'ai dis de dégager.
Potter s'exprimait avec un calme effrayant. En temps normal, Draco aurait décampé sans demander son reste. Il détestait les affrontements, surtout si son seul tort était d'avoir été là au mauvais moment. Le problème c'est que ce n'était pas un mauvais moment, il ne pouvait pas laisser Potter seul ici, avec le sang de sa meilleure amie sur ses vêtements.
-Elle va s'en sortir, dit-il doucement en commençant à l'approcher.
Les yeux verts le traitèrent de menteur et il eut honte de lui, d'avoir sortit cette phrase bateau, indigne d'eux. Sa seule excuse c'est qu'il ne savait pas comment consoler les gens.
-Viens, reprit-il en posant ses mains sur ses épaules, on va renter. Tu vas te changer et après on ira à l'infirmerie.
-Lâche-moi, grinça simplement Potter sans faire un geste.
-Je dois te ramener, Weasley me l'a deman…
-Rien à foutre de ce qu'il veut ! cracha alors Potter en se dégageant. J'en ai marre, il peut comprendre ça ?!
-Je…c'est à lui que tu devrais dire ça, pas à moi.
Draco commençait à s'inquiéter sur ce qui s'était vraiment passé lors de cette mission. Première fois qu'il entendait Harry réagir comme ça à la mention de son meilleur ami.
-Tu veux que je lui dise quoi Draco ? Que c'est de ma faute si Hermione va mourir ? Il le sait déjà, ne t'inquiète pas !
-Il n'avait pas l'air de t'accuser de quoi que ce soit, tenta Draco.
Harry ricana et lui jeta un regard méchant.
-Ce n'est pas ton problème, dit-il. Contente-toi de rester en retrait, tu y excelles.
A ces mots, Draco serra les poings. On pouvait dire que Potter savait à présent aussi bien que lui comment frapper là où cela faisait mal. Il fallait dire qu'il avait été à bonne école… il en rirait bien, d'ailleurs, mais il avait les lèvres gercées.
-T'as raison, Potter, reste là avec tes pathétiques états d'âme. Garde même les fringues avec le sang de ta meilleure amie, ça donne plus de cachet à l'ensemble. Moi, je retourne me planquer et pas sûr que je te laisserai me retrouver cette fois.
Draco fit demi-tour, se demandant pourquoi il se prenait la tête pour ce type. Est-ce que être amoureux voulait dire être stupide ? Il n'avait pas fait dix pas que la voix de Potter s'éleva, le faisant sursauter.
-C'EST CA, lui criait-il, TIRE-TOI ! SALOPERIE DE LÂCHE !
Draco fit volte face, Potter s'était laissé tomber dans la neige et, le visage levé vers le ciel, il hurlait à présent de rage.
Les veines de son cou saillaient sous la pression que Potter y mettait, ses poings étaient tellement crispés que ça devait lui faire mal. Bon sang, à présent, tout le monde devait être aux fenêtres du château pour essayer de voir ce qu'il se passait. Et il se passait que leur valeureux héros avait craqué.
« Il a pété les plombs ! » constata Draco tétanisé.
Il se secoua et élimina la distance entre lui et son amant avant de tomber à genoux à son tour. Immédiatement, les mains de Potter s'agrippèrent à son dos et il cria à nouveau mais cette fois, la bouche collée à son torse, pour étouffer son cri.
Draco le laissa faire, complètement bouleversé, puis maladroitement, il passa ses bras autour du corps crispé et nerveux du brun.
-J'en ai marre ! croassa le survivant contre lui quand sa voix fut trop cassée pour pouvoir encore crier. J'en ai marre de cette guerre ! Marre de ce sang ! Je n'en peux plus Draco…je n'en peux plus.
« Ça va aller » aurait dû dire Draco ou encore « Tu vas y arriver, tu vaincras ! » mais il n'avait pas envie de lui dire ça. Il ferma brièvement les yeux et prit une inspiration. Potter était en état de faiblesse, c'était le moment où jamais, il devait tenter le coup.
-Tirons nous d'ici, chuchota-t-il avec ferveur à l'oreille rougie par le froid. Toi et moi, Harry. On se barre loin de cette merde. On se planque chez les moldus. Plus de batailles, plus de sang.
Au début il crut que Harry ne l'avait pas entendu car il ne répondit rien, se contentant de rester collé à lui. Puis lentement il se détacha et leva ses yeux verts dans sa direction, fronçant les sourcils.
-Et Voldemort ? dit-il. Je ne peux pas partir Draco. Je dois le tuer, tu le sais non ?
Oh oui, Draco était au courant pour cette connerie de prophétie mais lui il s'en moquait de savoir qui était au pouvoir, surtout s'il vivait chez les moldus. Bien sûr, Voldemort les rechercherait, surtout Potter, mais le monde était vaste et ils arriveraient à se planquer.
-Arrête avec ça, répondit Draco agacé. Tuer Voldemort ne changera rien Harry. Ça ne ramènera pas tes parents.
-Je n'ai plus onze ans, je sais ça.
Draco grimaça, il n'aimait pas le ton ferme de Harry.
-Alors rien ne nous retient ici ! Depuis que vous n'avez plus d'espions, ça va mal pour l'Ordre. Un jour où l'autre votre défaite sera totale. Il faut se tirer d'ici pendant qu'il est encore temps. Regarde toi Potter, cette guerre te tue à petit feu…Tu viens juste de te donner en spectacle avec une jolie crise de pétage de plombs. Cela n'arrivera plus si nous partons loin de tout ça.
Potter cette fois se leva, le laissant à genoux dans la neige. L'ancien gryffondor le regarda de haut, l'écrasant sans le vouloir de sa prestance naturelle. Malgré ses lunettes de travers, ses cheveux ébouriffés et ses habits tachés de sang, il avait plus que jamais l'air d'un héros. Draco comprit à cet instant que quoi qu'il puisse dire, cet homme n'abandonnerait jamais. Il péterait surement encore des durits, peut-être même qu'il lui arriverait de chialer comme un môme mais il se battrait jusqu'à la fin.
Draco serra les dents, le détestant et l'admirant pour ça.
-Je dois le tuer Draco, dit Potter, pas pour me venger…j'ai dépassé ça. Je veux le tuer parce que je ne veux pas du monde qu'il propose.
Les idéaux. Voilà tout ce qui le séparait de Harry. L'histoire de courage ou de don naturel pour la magie, c'était des foutaises. Harry se battait pour une cause. Lui s'était battu pour une personne. Il ne croyait pas en cette guerre, il ne croyait qu'en ses sentiments.
Pour la première fois de sa vie il aurait aimé être comme Harry. Voir ce qu'il voyait, comprendre ce qu'il comprenait.
Mais il n'était pas ainsi. Il se moquait du sort des moldus et des sangs-de-bourbes, seuls les gens qu'ils aimait comptaient. Il n'avait rien d'exceptionnel et c'était pour cela qu'il était condamné à regarder Harry évoluer alors que lui stagnait.
Une main se tendit vers lui et il l'attrapa.
-Tu vas attraper froid, murmura Potter en l'aidant à se relever.
Il était redevenu le jeune homme mignon et ordinaire que Draco aimait.
-A qui la faute ? grogna Draco.
Il voulut dégager sa main de celle de son amant mais Harry la serra plus fort.
-Je suis désolé, lui dit-il. Je t'ai traité de lâche. Tu ne l'es pas Draco.
L'ancien espion haussa les épaules. Tout cela ne le concernait plus.
-Weasley t'attend, répondit-il simplement.
-Oui, allons-y.
Et durant le voyage qui menait à l'infirmerie, il ne lâcha pas sa main.
O°O°O°O
Environ huit mois plus tard…
Pourquoi déjà se retrouvait-il dans la bibliothèque à trier les putains de livres de cours ? Quatre ans que Poudlard ne faisait plus étudier personne – à part Granger qui venait toujours passer ses heures de liberté dans les bouquins de plus en plus poussiéreux-.
Il y avait certaines choses que même une guerre ne pouvait pas changer après tout, l'histoire d'amour entre la sang de bourbe et ses livres en faisait partie.
Dumbledore lui avait demandé de ranger la bibliothèque. Depuis que madame Pince avait quitté les lieux trois ans plus tôt, l'endroit était à l'abandon et même Granger avait eu autre chose à faire qu'à ranger tout ça (ouais pour lire elle trouvait bizarrement du temps cependant).
Draco qui s'ennuyait avait dit « pourquoi pas ».
Quand il se faisait chier, il disait vraiment des conneries. En réalité, il avait pensé que se trouver une occupation l'empêcherait un peu de penser à Potter.
Ça l'énervait que ce crétin s'obstine à être sur tous les fronts. Draco avait bêtement pensé qu'en ne se battant plus, il n'aurait plus cette peur qui le rongeait aussi surement qu'un acide. Mais s'il n'avait plus peur pour lui, il avait peur pour d'autres…pour Harry, pour Severus…et même pour ce stupide Weasley (juste parce que Harry deviendrait une loque si son ami venait à mourir et pas pour une quelconque affection de sa part envers le miséreux.). Mais il avait beau trembler pour les autres, il ne changerait pas sa ligne de conduite. Il ne se battrait plus.
Cette guerre il la haïssait de toutes ses forces. Elle avait fait de lui un être amer et cynique, ce qu'il avait cru être pendant des années. Mais il se trompait. Avant il se croyait insensible mais il ne l'était pas. Il s'était cru fort aussi et capable de tout. Il avait seulement été capable de se détruire.
Il s'était battu pour de mauvaises raisons : l'amour, le Grand Amour.
Sauf qu'on lui avait menti depuis le début. L'Amour n'effaçait rien. Pire, il ne guérissait rien.
Il s'était cru sans conscience, sans âme…Il avait compris qu'il se trompait qu'au moment de la perdre. L'amour ne rachetait pas une conduite. Il ne faisait pas fuir les cauchemars. Il ne comblait pas le vide.
Et une partie de Draco restait obstinément vide.
Cette guerre ne le concernait pas.
C'était celle de la génération de ses parents...pas la sienne. Ce n'était pas ses idéaux.
Draco secoua la tête. Il ruminait de plus en plus ce genre de pensées et il n'aimait pas ça. C'était bon pour les papis. Le problème c'est qu'il n'arrivait pas à se projeter dans l'avenir.
Il ne s'y voyait pas.
Comment vivre après avoir était tellement abîmé ? Avec Potter ? S'il survivait…s'il voulait toujours de lui. Sauf que Potter avait changé aussi. Dans ses yeux verts, il faisait souvent sombre. Dans ses sourires, il planait toujours l'ombre de la tristesse. Petit Pote Potter laissait aussi des plumes dans cette guerre. Celles de son innocence. Et un beau matin, Draco se réveillerait au côté d'un homme comme lui : trop cynique, trop vide. Ils se renverraient alors leur néant à travers leur regard jusqu'à devenir fous.
Draco fit tomber le livre d'histoire de la magie qu'il était en train de ranger. Ce fichu bouquin lui avait échappé. Beaucoup de choses échappaient à Draco. Il jeta un bref coup d'œil à l'horloge et sa gorge se serra. Potter avait dit qu'il serait rentré à dix-huit heures…il était presque dix-neuf heures.
Il allait le retrouver, sans courir dans les couloirs alors qu'il en mourrait d'envie.
Est-ce que Potter allait bien ?
Il baissa les yeux pour ramasser le livre et vit qu'un parchemin s'était à moitié enfui de l'ouvrage. La feuille était pliée en deux, Draco se baissa et l'ouvrit.
Il resta accroupi quelques secondes, sous le choc. C'était un dessin de Thomas, le gryffondor avait toujours été doué avec un crayon dans les mains et son style était facilement reconnaissable. Draco avait été trop souvent caricaturé par cet idiot pour l'oublier. Sauf qu'il ne s'agissait pas d'une caricature cette fois. Ils étaient tous en cours d'Histoire de la Magie à une époque qui semblait à Draco si lointaine mais qui ne l'était pas tant que ça. Crabbe était vivant. Granger était plus miss-je-sais-tout que jamais. Et Potter…
C'était ce qu'il faisait lui sur le dessin qui lui avait un instant coupé la respiration.
Potter-plus jeune- l'embrassait dans le cou avec une telle douceur que Draco sentit sa peau se couvrir de frissons.
C'était avant la guerre et jamais Potter ne l'avait embrassé ainsi. Est-ce que ça voulait dire qu'il l'aimait déjà à cette époque ?
Draco se leva, soudainement, il s'en fichait d'avoir l'air ridicule. Il laissa le dessin à terre, il n'était pas important et se mit à courir dans les couloirs.
Il devait le voir. Maintenant. Etre sûr qu'il aille bien.
Il arriva essoufflé devant leur chambre et entra brusquement. Potter sortait de la douche, encore humide, pas blessé, légèrement étonné par son entrée.
-Salut, dit-il en s'essuyant les cheveux avec une serviette, tu vas bien ?
Draco balaya la question d'un geste de la main.
-Tu…m'aimais déjà à l'époque de Poudlard ? demanda-t-il le souffle court.
Il vit les yeux verts de Potter s'écarquiller alors que ses joues rosissaient.
-Comment as-tu…Peut-importe, tu as un problème avec ça ?
Le ton était hargneux mais les joues toujours rouges. Merde, à cet instant Potter était d'une beauté saisissante. Ce mec qui ne rougissait jamais quand Draco sortait les pires vulgarités tout en le baisant le faisait pour une simple question.
C'était comme un petit miracle. C'était comme si le monde qui s'était arrêté en même temps que Draco avait cessé de faire cette guerre, se remettait enfin à tourner.
-Tu..tu rougis ? bégaya Draco émerveillé.
Potter se renfrogna un peu plus, rougissant encore.
-Ça te pose un problème ? dit-il en détournant les yeux, gêné.
Draco secoua la tête. Il se sentait bien. Depuis qu'il avait jeté un coup d'œil sur le dessin, il se sentait comme si on venait de lui fournir la dernière pièce d'un puzzle compliqué. Il avait l'impression d'avoir à nouveau dix-sept ans et de comprendre enfin pourquoi il était tombé amoureux de Potter.
Il s'approcha, le cœur battant vite, il avait envie de rire.
Bien sûr, il regrettait toujours d'avoir fait cette guerre, il pensait encore qu'elle ne le concernait pas et il n'envisageait toujours pas de se battre et pourtant tout avait changé.
Potter rougissait.
Potter l'aimait déjà avant la guerre.
Il l'aimait encore malgré tout
-Non, répondit-il enfin. Je t'aime.
Il se rendit compte que c'était la première fois qu'il le lui disait vraiment mais quand on se sent âgé de dix sept ans, on a juste envie de croquer la vie à pleine dents.
Potter lui fit un sourire bien trop séduisant et Draco sentit ses joues prendre feu.
-Tu rougis aussi, murmura Harry d'une voix un peu rauque.
Draco hocha lentement la tête.
-Raconte ça à quelqu'un et je devrai t'éliminer, expliqua-t-il l'air le plus sérieux du monde.
-Comme si tu en étais capable, répliqua Potter avec arrogance.
-Merde, ferme-la Potter et embrasse-moi.
Potter s'exécuta de bonne grâce et Draco le laissa être tendre pour une fois et ça lui retourna la tête aussi sûrement que s'il venait de prendre un fix.
Il ne savait pas si tout allait s'arranger.
Il ne le croyait pas vraiment.
Mais il était prêt à laisser Potter y croire pour eux deux. Potter avait, de toute façon, toujours été beaucoup plus doué pour ce genre de chose – l'espoir et tout le reste de ces conneries - que lui.
Draco ne savait comment tout allait finir mais il savait qu'être ici, dans cette pièce avec Harry Potter dans ses bras était un début correct.
Plus que correct en fait. Tout ceci était, à cette seconde, pas loin de la perfection.
Fin
C'est fini pour dans la peau! merci d'avoir lu jusqu'ici ? Z'êtes grands o/
