En ce mois d'Avril, il faisait déjà très chaud. Un peu partout, les gens avaient pris l'habitude de boire beaucoup, de rester aussi longtemps que possible dans leurs piscines ou de passer leur temps dans les douches. Et si certains d'entre eux pouvaient se le permettre, ce n'était bien sûr pas le cas de tous qui suaient tellement qu'ils étaient nappés d'un linceul d'eau.
C'était pareil à Poudlard, que les enfants soient dans leurs salles communes, à la bibliothèque ou dans le parc. Beaucoup tentaient d'étudier pour les examens qui arrivaient à grands pas…
Les professeurs se promenaient surtout à l'extérieur, gardant un œil bienveillant sur les élèves comme la Directrice leur avait semé. Ils pouvaient très rapidement oublier qu'ils devaient travailler et, surtout, se mettre en danger en allant trop près du saule cogneur ou du long Lac. Lequel recelait de bien trop de danger si on n'était pas prudent.
Heureusement, les professeurs étaient là.
Par une si belle journée, Minerva McGonagall-anciennement Dumbledore- comprenait tout à fait que les enfants veuillent ainsi s'amuser. C'était bien normal. Elle espérait toutefois qu'ils ne perdaient pas de vue ce qui devait être vu : les examens. Lorsqu'elle se déplaçait dans les couloirs, elle entendait les élèves de quinze et dix-sept ans protester de plus belle. Avec les BUSE et les ASPIC, ils étaient vraiment débordés. Elle comprenait leurs sentiments et elle tentait de les assister lorsqu'elle le pouvait…
Là, elle faisait le tour du bâtiment, passant de professeur en professeur pour s'assurer que tout allait bien.
- Minerva !
La femme se tourna vers la voix. Elle sourit en voyant Renée Bibine se précipiter vers elle. Toujours si étonnante avec ses yeux jaunes.
- Est-ce que vous allez à la gare ?
- Non, aux grilles. Et je ferai mieux de me dépêcher. Supposa-t-elle avec un ton amusé et entendu.
- Ça va tous nous donner un coup de vieux. Rit Renée.
- Ça ne fait que six ans. Je ne suis pas sûre que ça puisse vous faire un coup de vieux à ce point-là.
- Tu dis ça parce que c'est ton fils ! Taquina le professeur.
- J'avoue.
- Tu aurais dû décréter que c'était une journée de congé pour célébrer sa venue.
Le sourire de Bibine était large alors que McGonagall ne s'en accordait qu'un coin.
- C'est parce que vous avez tous envie de le voir.
- Ce n'est pas faux.
- De toute façon, il restera sans doute un ou deux jours. Vous pourrez le voir. Certifia-t-elle.
- Pourquoi ne pas lui proposer un travail ?
Le ton de Renée était plus que sérieux.
- Je verrais. Essaie de ne pas l'attacher à Poudlard si je le laisse seul.
Minerva sourit et partit vers les grilles de l'école. Elle savait que les paroles de sa collègue étaient pensées. Elle ne voulait pas seulement lui lécher les fesses dans l'espoir d'une promotion, de plus de vacances ou de moins de travail. Il fallait dire que beaucoup de personnes appréciaient son fils, jusqu'à ce qu'il ouvre la bouche. C'était un enfant mignon à qui les gens avaient envie de serrer les joues ou de lui parler comme s'il était un tout petit. Même lorsqu'il avait quitté l'école à seize ans.
La directrice se hâta alors de rejoindre son fils pour en profiter avant que ses collègues ne veulent revoir leur ancien élève.
Il fallait aussi dire que, hormis s'ils devenaient professeur, c'était assez rare de revoir des élèves…
µµµ
Près des arbres, Percival Graves faisait les cent pas, se mordillant de temps en temps la lèvre. Ce qui laissait presque penser qu'on aurait dû lui donner une pâtisserie ou un sandwich en quittant la maison parce qu'il n'arrêtait pas de la mâchonner. Toutefois, il semblait que c'était surtout l'inquiétude qui agissait. Il avait quitté les abords de Gloucester ce matin avec sa famille et s'il était vrai qu'il avait l'habitude de prendre le train comme le ferait un Moldu, il avait bien moins l'habitude de prendre le bus puis un taxi pour être livré dans des terres normalement désertes.
Il avait craint d'avoir fauté un bon nombre de fois.
- Ça va ?
La voix douce le fit lever les yeux et il remarqua, en chemin, que Croyance Bellebosse, son protégé, lui tendait la main. Ce qui était presque comique vu comme sa tête était baissée. L'homme s'approcha de lui et le prit dans ses bras, lui caressant la tête avec gentillesse. L'adolescent enfoui son visage dans son cou, se serrant et desserrant compulsivement les mains.
- Ça va, merci. Et toi ?
- Je crois…
Il leva les yeux pour regarder l'immense château au loin. Il était tellement merveilleux. Il aurait tellement voulu pouvoir vivre là comme Newt lui avait dit qu'il l'avait fait. Il aurait voulu qu'on lui mette une baguette dans les mains et qu'on lui apprenne. Mais il ne savait même pas s'il serait un jour capable de refaire de la magie comme il l'avait fait.
Après ce sentiment de peur et d'ivresses combinées, il y avait aussi le fait qu'il espérait qu'ils auraient enfin un indice pour retrouver sa sœur. Il lui tardait de la serrer dans ses bras et de l'emmener dans ce monde. Pour le peu qu'on les laissait faire…
- Newt ? Appela Percival.
- J'arrive !
Il ne fallut plus qu'une toute petite minute, ou deux fois moins, pour qu'un jeune homme ne sorte des buissons où il se changeait comme le prouvait la robe jaune qu'il portait dans ses bras. Néanmoins, il avait assez baissé son bras pour que les volants cachent le bas de son corps. Il regardait les arbres et si c'était une attitude plutôt normale pour quelqu'un comme Newt qui ne regardait presque jamais les gens en face, cette fois, il avait les joues roses.
Ce n'était pas de l'habitude ou quelques retombées de sa maladie. Il se sentait affreusement mal… Et Percival détestait ça !
Il s'approcha de lui et le prit dans ses bras, enfouissant ses doigts dans ses courts cheveux châtains. Il lui posa un baiser sur le nez puis sur une joue couverte de taches de rousseurs. Puis l'autre.
- Tu es magnifique.
- Tu dis ça seulement pour me faire plaisir. Dit-il en regardant l'épaule de son ami.
Néanmoins, il ne put retenir un sourire attendri. Les doigts de son compagnon frottèrent ses joues et il fut resserré contre le torse ferme.
- On doit y aller. Murmura-t-il.
Il se forçait à sourire de plus belle mais ce n'était qu'une ébauche qui s'effondrait.
- Allons-y, alors. Dit-il en passant son bras autour de sa taille pour l'emmener vers les grilles à un bon demi-kilomètre de là.
Croyance s'empressa de marcher derrière eux, se retenant de trottiner, tellement qu'il avait envie de rencontrer cet univers.
- Tu ne devrais pas me tenir comme ça. Je suis un homme…
- C'est vrai.
Il ne pouvait retenir un soupir. Il aimait Newt et s'il avait eu du mal à accepter que c'était un homme au début, il était l'amour qu'il voulait conserver. Mais la société ne permettait pas à deux hommes d'être ensemble.
Percival ignorait encore si le fait que son compagnon ne s'était jamais montré nu devant lui. Ou parce qu'il avait encore peur de le perdre ?
Être à côté de lui mais ne pas le prendre dans ses bras était un peu douloureux. Il n'irait pas contre ses demandes, cependant.
- Et moi, Madame, comment je dois m'adresser à vous ?
Croyance s'approcha un peu plus, se retenant d'attraper le bras de Newt malgré l'envie. Mais celui-ci passa son bras autour de ses épaules pour le serrer contre lui.
- Tu peux m'appeler comme tu veux. Sinon, tu as aussi le droit de m'appeler par mon prénom. Invita-t-il doucement.
- D'accord. Merci.
Le jeune Sorcier lui sourit derechef, son autre bras toujours autour de ses vêtements.
Ils montèrent l'allée et arrivèrent jusqu'aux grilles qui étaient encore fermées néanmoins, elles s'ouvrirent sitôt ils se retrouvèrent à proximité. Minerva McGonagall s'avança vers eux avec un sourire léger aux lèvres. C'était plutôt ses yeux qui pétillaient que ses lèvres qui montraient ses émotions.
- Vous êtes en retard.
- J'ai l'impression que nous sommes à l'heure, mais tu dois avoir raison. Répondit Newt, un sourire aux lèvres.
Il lâcha prudemment Croyance qui pouvait se sentir mal pour moins que ça. Il lui effleura la joue puis s'approcha de sa mère, s'inclinant légèrement devant elle. Il aurait pu la prendre dans ses bras, lui faire la bise… mais rien ne semblait le bienvenu pour ça.
- Je reconnais Monsieur Graves mais qui est ce garçon ?
- Croyance Bellebosse. Nous nous occupons de lui pour l'instant.
Quoique le « pour l'instant » fit légèrement tressauter Croyance, resté aux côtés de Percival. Lequel lui caressa les cheveux pour le calmer.
- Très bien.
- C'est à cause de sa sœur que nous sommes venus te voir.
- Pas que pour ça, j'espère. Se permit-elle avec une once d'amusement.
Elle lui effleura la joue, semblant à peine le toucher en faisant cela.
- Pourquoi est-ce que vous ne vous tournez pas vers Seraphine Picquery ?
- Elle a un balai profondément enfoncé dans son c… entre ses fesses. Dit Graves.
Il se reçut un regard désapprobateur de la part de McGonagall.
- Elle est très stricte et elle ne nous aidera pas. Nous avons souvent eu des problèmes avec elle. Nous avons déjà du mal juste avec les animaux que je garde à la maison. Expliqua Newt en regardant le chapeau de sa mère.
Puis il baissa la tête et se recula de deux pas, faisant attention de ne pas bousculer son compagnon ou son protégé.
- Quels sont les animaux qui tu as ?
Newt baissa la tête avec un rire.
- Des Botrucs, dont mon adorable Pickett…
Il désigna le Botruc qui était chaudement installé dans la poche de son manteau.
- … des Limaces de Feu parce qu'on me les as donné, un Licheur que j'ai gardé depuis que je l'ai pris à un fermier du village de la Forêt de Dean, pour aider Percival. Percival m'a d'ailleurs offert un Fléreur ! On l'a appelé Milly. Puis il y a toujours Dugall ! Notre ami Demiguise. On a aussi des Sombrals, un Hippogriffe que j'ai gardé après que sa mère soit morte à Nottingham. Et le Niffler, d'ailleurs. Sourit-il. Si ça compte, Percival à trois Elfes de Maison. Ils sont géniaux ! Et puis… Un Magyar à Pointe.
L'hésitation qu'il avait eue était plus que compréhensible. Elle fut d'autant plus prouvée lorsque les sourcils de sa mère se froncèrent.
- Un Magyar à Pointe ? Où as-tu trouvé un Magyar à Pointe ?
- On me l'a convié parce qu'il était blessé. Normalement, je devrais le laisser repartir dès qu'il ira mieux. Son aile est un peu…
Il s'arrêta de parler.
Si son aimé l'écoutait toujours parler de ça, il avait toujours l'impression de l'embêter. Comme il se doutait que ça embêtait Croyance et sa mère. Il se recula d'un nouveau pas.
- Je comprends. Au moins, tu le relâcheras. Et pour le Niffler ?
- On vit ensemble dans le Manoir.
- C'est là le problème avec Seraphine. On doit lui donner constamment des informations pour pouvoir garder les animaux avec nous. Expliqua Percival. On n'avait pas non plus envie de se tourner vers elle. C'est pour ça que nous sommes venus vous embêter. J'espère que… ça ne vous embête pas trop.
- Depuis que j'ai annoncé la venue de Newt, tout le monde est content. Et puis certains élèves se souviennent de toi.
- Ils sont dans une année que je n'ai jamais passé, pourtant. Reconnut le châtain avec un sourire encore plus gêné.
Il pensait surtout qu'on l'avait oublié. Pas nécessairement les professeurs. Mais au moins les élèves… Pourquoi est-ce qu'on se souviendrait de lui ? Ses camarades de classe l'évitaient. Même la demoiselle avec laquelle il était sorti n'était pas intéressé par ce qu'il racontait.
La Directrice regarda les vêtements jaunes qui se propageaient devant son fils et elle eut une once surprise dans son regard. Finalement, elle se tourna et franchit les grilles ouvertes.
- Venez. Invita-t-elle.
Ni une, ni deux, les trois hommes la suivirent. La baguette de Minerva s'agita dans les airs et les grillages se refermèrent d'un seul coup.
- Je vous ai préparé un endroit où dormir dans le bureau du Directeur mais je crois que ce n'est pas là que vous passerez votre nuit. À moins que vous le vouliez vraiment.
Percival haussa un sourcil.
- On verra.
Newt avait l'air de se douter de quelque chose alors que Croyance regardait les environs avec les yeux écarquillés de joie. Il se demandait tout ce qu'il pouvait découvrir ici, à nouveau. Il retenait un million de questions. Mais il en resta une qu'il ne ravala pas…
- Est-ce que vous savez où est ma sœur, Modestie Bellebosse ? Je crois que je ne connais pas son nom de naissance.
Croyance eut un sursaut et mit sa main sur ses lèvres, les joues encore plus rouges qu'avant. Il n'aurait jamais dû se permettre de poser ainsi la question ! Il lança un regard vers Newt qui lui frotta gentiment l'épaule.
- Je vais devoir regarder mes registres. Expliqua Minerva. Surtout si on n'a pas le nom de famille.
- On peut le faire pour toi, si tu préfères. Dit Newt. On ne voudrait pas prendre tout ton temps.
- C'est gentil. Lui dit sa mère. Je sais que je peux te faire confiance mais je pense que c'est contre les règles. Je m'en assurerais.
Le châtain acquiesça.
Minerva continuait de les emmener à sa suite, ils remontaient le chemin en terre battue. Ils arrivèrent finalement dans l'immense parc surmonté par le gigantesque manoir aux tuiles sombres. Le lac s'étendaient d'un côté, on percevait le Saule Cogneur par là-bas quand on faisait attention et la forêt pour peaufiner le tableau.
C'était magnifique.
Les yeux de Croyance brillaient encore plus. Il ne croyait pas que c'était seulement possible… et pourtant !
