La demoiselle qui s'appelait Evans marchait devant, ne touchant pas Croyance qui avait les mains serrées sur le bas de sa chemise. Il était tout courbé. Tellement qu'il menaçait de basculer en avant dès qu'il descendait le long de la pente menant vers le lac.

- Tu ne m'as pas dit ton nom, je crois. Tenta-t-elle en se tournant vers lui, marchant à reculons.

Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule mais il n'y avait personne dans le chemin.

- Croyance Bellebosse…

- C'est un joli nom. Moi c'est Lily Evans !

Il lui répondit par un hochement de tête. Il ne lui dit pas que c'était joli. Entre autre parce qu'il le trouvait commun… Et de toute façon, il ne comptait pas mentir comme elle venait de le faire. Croyance Bellebosse, c'était loin d'être un joli nom. Il avait l'habitude qu'on se moque de lui. Pour ça ou pour d'autres choses.

- Tu n'étais jamais venu à Poudlard ? Tu viens d'où ?

- De Londres. Et toi ?

- Surrey. C'est vraiment proche de Londres ! On s'est peut-être déjà vu ? Sourit-elle.

- Pas sûr. Répondit-il.

- Tu n'es jamais venu à Poudlard avant, alors ? Reprit Lily.

Elle sentait qu'elle devait tenir le crachoir et ça lui faisait extrêmement bizarre.

- Ma mère ne m'a rien dit. Monsieur Graves pense que je suis Cracmol.

- Oh, je suis désolée. Mais on a un concierge qui est Cracmol aussi. Tu pourras apprendre beaucoup !

Il se demandait si un Cracmol pouvait faire de la magie. Mais pourquoi être désolée alors ?

- Moi, je suis née de parents moldus. Ma sœur est Moldue aussi.

- Ma sœur est Moldue. On la cherche. C'est pour ça qu'on est ici. Souffla-t-il.

Il espérait tellement la retrouver.

Mais il n'était pas très facile à comprendre parce qu'il ne savait pas comment s'exprimer, trop timide. Trop mal à l'aise en public.

- Et elle est ici ?

- Non. Ils cherchent quelqu'un qui la détient… S'ils ont son adresse, on la trouvera.

- Oh, d'accord…

Tout ça restait confus pour elle.

- Et tes… Euh… Les hommes avec qui tu étais, ils gèrent tout ?

Il acquiesça.

- Mais Newt aimerait que je profite un peu. J'aime la magie.

- Beaucoup des personnes qui ne peuvent pas en faire sont en fait fascinée par elle… Dit Lily avec une pointe de tristesse.

L'adolescent regarda Pickett qui était installé sur son épaule, l'air de bouder en scrutant les environs. Certainement à la recherche de Newt.

- Mais Newt pense que si je rejoins les premières années, je pourrais apprendre des sorts.

- Tu as une baguette ? Demanda-t-elle avec stupeur.

- Non. Mais Monsieur Graves fait aussi de la magie sans baguette… ce n'est pas normal ? Questionna-t-il.

- De la magie sans baguette ? Waou ! Plus personne n'en a fait depuis…

Elle se tourna vers lui, les yeux pétillant.

- Albus Dumbledore ! Il a été Directeur ici.

- C'est… Percival Graves… Dit bêtement Croyance, ne sachant pas quoi dire d'autre.

La jeune fille lui sourit.

- Je pense que même si on a appris récemment que tu étais Sorcier, tu as le droit d'apprendre et de devenir un bon Sorcier. Ça devait être particulier pour toi.

Lily avait pincé ses lèvres. Elle ne savait pas comment s'adresser à lui. Est-ce qu'il était Cracmol ? Est-ce qu'il était capable de faire de la magie ? Tout ça était beaucoup trop compliqué pour elle. Elle ne voulait pas le heurter. Elle ne voulait pas dire quelque chose qui n'irait pas…

- Hum… Je voudrais bien t'apprendre des choses.

Elle se frotta les cheveux, sa crinière rousse se prenant dans le vent. Croyance leva les yeux vers elle, serrant ses mains sur sa chemise. Il était encore tout courbé et il avait dû écarter les jambes pour ne pas basculer vers l'avant. Il observa les environs, attrapant l'immense lac qui était si merveilleux, saisissant la forêt qui s'étendait et qui lui donnait envie d'aller y voir.

- C'est la baguette qui choisit son Sorcier… Commença la jeune fille. Mais je peux te prêter la mienne juste pour des exercices. Ça fonctionne très bien. Assura-t-elle.

- D'accord.

Elle lui tendit sa baguette, souriant. Il la saisit et la regarda avec la même fascination qu'il aurait eue pour celle de ses protecteurs. Il la fit tourner entre ses doigts et il se demandait comment ça fonctionnait. Il n'avait qu'une envie : agiter le bâton comme le faisait les hommes et voir les choses voler.

Il agita la baguette.

- Non ! S'écria Lily.

Elle étendit la main pour l'arrêter, prenant son poignet. Il poussa un cri et s'écarta rapidement, laissant tomber la baguette. La rousse s'accroupit et l'attrapa entre ses doigts tremblant, inspectant les abords de la colline, s'attendant de toute évidence à ce que quelque chose se soit brisé, retourné, chamboulé mais il n'y avait rien…

Est-ce qu'il savait seulement faire de la magie, en fin de compte ? Était-il sûr d'avoir fait de la magie, cette fois où il l'avait cru ?

- Désolée… Je t'avais dit que je ne te toucherais plus et j'ai manqué à ma parole.

Elle lui donna un rire nerveux en baissant les yeux vers la baguette qui reposait sur sa paume.

- C'est parce que ce n'était pas prudent. Une baguette réagit très vite et tu aurais pu mettre les autres en danger.

- Je ne l'ai pas fait. Dit-il.

Croyance se laissa tomber sur le sol, mettant sa tête entre ses genoux. Lily s'empressa de s'accroupir auprès de lui. Elle mit sa main au-dessus de son dos et le vit se tendre et tressauter en même temps. Elle ne le touchait pas mais c'était comme s'il sentait que ses doigts étaient à quelques centimètres de son corps.

- Qu'est-ce que c'est que ces choses noires ? On dirait des ombres. Dit-il.

Elle redressa la tête et observa les environs, surprise. Mais il n'y avait aucune ombre.

- Ils portent de vieux vêtements. N… ewt ? Newt dit que ce sont des animaux. Ou quelque chose du genre… Il les apprécie. Il apprécie tout le monde. Rectifia-t-il d'un ton doux.

Il le pensait vraiment… Il ne pensait pas que, aux yeux de Newt, il pouvait être spécial. Il ne pensait pas qu'il pouvait avoir une vraie affection pour lui. C'était juste quelque chose que Newt faisait.

Aimer.

- Tu parles… des Détraqueurs ? Les Cracmols ne savent pas les faire ! Dit-elle avec enthousiasme.

Il leva les yeux vers lui, incrédule pendant quelques secondes… Puis il sourit légèrement.

- Je ne suis pas Cracmol ? Souffla-t-il.

- Je suis sûre que tu ne l'es pas ! Viens !

Elle se redressa et lui tendit la main.

Il se leva sans la lui prendre et serra ses doigts sur les pans de sa chemise.

- D'accord. Pardon. Rit-elle.

Elle leva les yeux et se recula de deux pas.

- Je te prêterais ma baguette mais on va aller dans un meilleur endroit. Plus plat, moins dangereux.

- Merci.

Elle lui souriait toujours alors qu'elle descendait la pente. Il la suivit, faisant attention où il mettait les pieds. Il avait l'air d'un canard endimanché alors qu'elle était une biche virevoltante.

Ils allèrent près de l'eau puis s'éloignèrent pour ne pas risquer de tomber dans le lac ou de provoquer des raz-de-marée.

- Je t'apprends quelque chose de simple : on tourne et on abaisse. Dit-elle en montrant avec sa baguette.

Elle se tourna vers une petite pierre. Elle s'appliqua et dit, à voix haute :

- Wingardium Leviosa.

Et faisant le geste, elle la pointa vers une pierre qui se redressa et se mit à flotter dans les airs. Puis elle retomba. Elle se tourna vers lui et lui brandit sa baguette qu'il saisit. Il fit le mouvement en murmurant la formule, comme s'il avait peur de la dire.

La pierre ne bougea pas.

Il pensa qu'il ne l'avait pas dit assez fort et tenta de plus belle.

- Wingardium Leviosa ! Dit-il en agitant la baguette.

Rien.

Il se mordit la lèvre inférieure et ravala ses larmes alors qu'il rendait sa baguette à Lily. C'est peut-être pour ça qu'on ne lui présentait pas de baguette à la maison. Il n'y arriverait pas. Il n'avait pas de pouvoir en lui. Il pensa à sa mère, comme il la détestait, comme il l'avait voulue morte. Il espéra que ça ferait naître en lui un renouveau magique. Que ses envies meurtrières commencent comme la première fois.

Mais rien.

Juste rien.

- C'est pas grave. Dit-il. Je n'espérais pas.

Il n'espérait pas quoi ?

Il se mentait à lui-même. Bien sûr qu'il avait espéré ! De tout son cœur. Tout ce qu'il avait voulu, c'était un peu de magie. Maintenant, il la voulait pour retrouver sa sœur.

- Je peux te demander ce que c'est une vie de… Cracmol ?

- Il n'y a rien de spécial. Dit-il. Tu connais les… Moldus. C'est pareil. Répondit-il simplement.

Lily le regarda avec d'autant plus d'amusement.

- Tu as raison !

Elle avait pensé, une seconde, qu'il n'était pas très intelligent à cause de son air renfermé mais il venait de lui donner une bonne leçon en lui faisant comprendre qu'il n'était pas en reste !

- Qu'est-ce que tu vas faire ?

- On reste quelques jours ici. C'est Newt ou Monsieur Graves qui décidera.

Croyance rougit, se sentant stupide.

- Tu pourras peut-être suivre des cours ! Peut-être que ça se débloquera.

- Oui.

Il se pinça les lèvres.

- Monsieur Graves est très doué, il saura peut-être pourquoi je ne suis pas comme les autres Sorciers. Il le sait même sans doute.

- Tu es sûr que ce n'est pas ton père ? Plaisanta-t-elle en approchant sa main de la sienne, s'asseyant à son côté.

Croyance se sentait un peu harcelé et il bougea de l'autre côté.

- C'est juste l'homme qui s'occupe de moi avec… Newt.

Il allait réussir à dire son nom sans problème, pas vrai ?

Pickett hochait la tête vers Lily pour approuver les dire de Croyance.

- Je trouve qu'on dirait un enfant trop fier de son père. Taquina-t-elle.

Croyance haussa les épaules. Il ne pensait pas qu'il était tellement adorable vis-à-vis de Graves. S'il l'appréciait beaucoup et qu'il avait un grand respect pour lui, il préférait Newt. Peut-être parce que, dans ses yeux, il restait à jamais sa Fée ?

- Eyh !

L'adolescent redressa la tête en entendant cette voix. Elle était trop proche… Il remarqua alors un groupe de quatre personnes, guidée par un bruit à lunette qui trottinait vers eux.

- T'es qui toi ? Tu sais que c'est ma petite amie ?

- James !

- Il est pote avec toi et Servillus ? Questionna le dénommé James.

- Oui, c'est mon ami maintenant.

Elle attrapa la main de Croyance pour souligner ses dires. Bien sûr, il eut un sursaut, étouffa un cri et se recula brusquement. Trop brusquement. Une décharge de magie jaillit de lui mais il n'avait pas de quoi être heureux cette fois… Surtout pas lorsque la jeune fille était repoussée et qu'elle gémissait de douleur.

Surtout pas lorsque le dénommé James poussait un grondement énervé et indigné. Et la seconde d'après, Croyance se retrouvait dans les airs, les bras ballotant à tout va sans qu'il n'arrive à retrouver son assisse.