Maintenant qu'ils s'étaient éloignés, Newt était un peu moins gêné de ne pas avoir dans ses bras sa robe pour le dissimuler un tant soit peu. Certes, la plupart des personnes qui étaient ici et qui auraient pu lui jeter un regard de dédain, l'avaient toujours vu en robe de Sorcier mais c'était le dernier de ses soucis. Il se moquait bien que des personnes comme eux trouvent répugnant qu'il soit un homme.
Rubeus s'en moquait bien, lui.
- Ta sœur est vraiment très douée !
- Oui ! C'est la meilleure en couture et en plein d'autres choses.
- Tu aurais dû me ramener des petits gâteaux qu'elle fait si bien !
- J'aurais dû ! Dit Newt d'un ton d'excuse.
- Ce n'est pas grave.
Le garde-chasse ouvrit la porte de sa petite cabane, laissant le garçon rentrer dans l'espace relativement étriqué. Il pouvait remarquer que rien n'avait changé et il devait reconnaître qu'il n'était pas sûr qu'il se sente ravi ou pas… Ça avait quelque chose de rassurant mais aussi de triste…
- Moi, j'ai des biscuits pour toi ! Lui dit Hagrid d'un ton joyeux.
- Vraiment ? Merci beaucoup !
Newt s'en souvenait très bien. On n'oubliait pas quand votre seul ami était un semi-géant qui avait une passion pour la cuisine alors qu'il était incapable de la faire.
Seul ami.
Même maintenant, Newt avait l'impression que c'était une vérité. Bien sûr, il aimait Jacob mais il avait plus l'impression qu'il était à ses côtés pour Queenie au lieu de vraiment le vouloir… Lors de sa scolarité, hormis la jeune Lestrange qui avait passé tant de temps avec lui, il n'y avait qu'Hagrid. Et il n'y avait que lui pour ne pas le trouver ennuyant alors qu'il parlait d'animaux.
Au contraire.
Et si Newt devait subir des biscuits qui étaient davantage des rochers, qu'à cela ne tienne !
- Raconte-moi tout ! Invita-t-il en venant posé le plateau avec les pâtisseries.
Puis il vint ramener une bouilloire brûlante qui était restée dans l'âtre. Il prit deux immenses tasses et mit des feuilles de thé dans chacune avant de laisser rouler le liquide en ébullition.
- Merci. Lui dit Newt, s'arrêtant sans ses réflexions.
Qu'est-ce qu'il pouvait lui dire ? Il ne voulait pas lui faire de peine !
Il se pencha vers Crockdur et le caressa en souriant.
- J'ai un Fléreur ! Mon… ami me l'a offert.
- Le grand type ? Je ne me souviens pas de lui. Je me souviens de toutes les personnes étant venues à Poudlard ! Dit-il.
Ses yeux pétillaient, disant clairement que c'était une de ses grandes fiertés.
- Il vient de Durmstrang. Répondit Newt.
- Durmstrang ? Ce ne sont pas des personnes très respectables là-bas. Dit-il. Beaucoup d'entre eux sont allés à Azkaban.
Newt leva les yeux vers lui une fraction de seconde puis les replongea dans la tasse dont le liquide prenait une couleur brune.
- J'aurais pas dû dire ça. J'aurais pas dû dire ça. Je suppose que ton ami est très bien ! Comment tu as dit qu'il s'appelait, déjà ?
- Ce n'est rien. Répondit Newt en continuant de caresser Crockdur.
Dire que Percival était fréquentable serait un mensonge, en fin de compte. Mais d'un autre côté, ça restait quelqu'un de respectable et qui faisait beaucoup d'effort compte tenu de ce qu'on lui avait enseigné… Et puis il l'aimait tellement…
- Il est le Maire du village de la Forêt de Dean. Souligna-t-il tout de même. Et il s'appelle Percival Graves.
- Graves.
Rubeus se frotta sa barbe touffue.
Newt se redressa pour goûter un morceau du biscuit. Définitivement immangeable.
- J'ai des Limaces de Feu. Elles sont fascinantes ! Elles dévorent toutes les boiseries et cherchent toujours à se nourrir mais je les trouve vraiment adorable. Elles dégagent un peu de feu et elles ont bon caractère tant qu'on les nourri. J'ai dû les laisser dans ma valise près de Gloucester, dans le Manoir où je vis, parce que je vis dans un Manoir maintenant, mais je travaille dessus. J'aimerais que les gens les aime autant que moi.
Newt avait envie de se donner des baffes. Il était tellement ennuyant. Il ne pouvait pas continuer comme ça ! Si seulement quelqu'un le laissait s'étrangler.
Mais Hagrid rit joyeusement.
- Je veux que tu m'envoies tes papiers sur le sujet !
- Si elles ne l'ont pas dévoré.
- Bien sûr ! Rit-il de plus belle.
Newt plongea son biscuit dans la tasse dans l'espoir de le ramollir et de pouvoir l'avaler. La queue remuant, Crockdur avait sa tête sur ses genoux.
- Et un Manoir ? Comment c'est possible ?
- Je vis avec un Niffler géant !
- Un Niffler géant ?!
Les yeux de Rubeus étaient écarquillés de joie et de passion.
- Il est plus grand que toi !
Le garde-chasse éclata de rire.
- Mais comment tu l'as trouvé ?
- Il m'a trouvé ! C'est une longue histoire…
- J'ai le temps.
Rubeus lui lança un sourire mais il leva néanmoins le doigt avant de le laisser raconter l'histoire.
- Mais est-ce que tu veux bien venir avec moi tout à l'heure ? J'ai une Licorne malade.
- Une Licorne malade ? Vous en avez encore dans la Forêt Interdite ? Questionna Newt, les yeux rayonnant.
Question stupide.
- Bien sûr ! Ce serait une joie de pouvoir t'aider ! J'espère que ce n'est rien de grave.
- Je ne suis pas sûr… Mais tu travailles là-dedans et ton avis me sera très précieux. Sourit le demi-géant.
Newt lui lança un sourire puis revint à sa tasse qui était gonflée par le biscuit-caillou. Mordre la dedans était pire encore…
Maintenant, il devait trouver comment il pouvait raconter l'histoire du Niffler sans que son père ne passe pour un monstre. Ce qu'il était, certes !
Mais tout de même !
Il ne pouvait pas lui dire que son père l'avait vendu à un Niffler pour sauver sa vie, prétendument, et pouvoir se rapprocher de Gellert Grindelwald Graves… Il ne pouvait pas lui dire comment il avait voulu détruire les Moldus et libérer le monde de la magie au grand jour.
Surtout pas à Rubeus qui avait un tel respect pour son père…
- Je me suis retrouvé chez ce Niffler. Dit-il. Il vit dans un Manoir au bord de Gloucester. Tout était délabré, rempli d'argent à n'en plus pouvoir. Mais il ne cessait d'en amasser pour autant.
- C'est un Niffler !
- Exactement !
Leurs rires raisonnaient dans la salle. Crockdur agitait la queue de plus belle, content pour son maître et cet ami qu'il n'avait plus vu depuis un moment.
- Je me suis occupé de lui, il m'a apprécié et je suis resté avec lui, finalement.
C'était la version vraiment très courte. Il ne pouvait pas se permettre d'aller plus dans les détails. Il continuait de caresser le poil un peu rêche du molosse qui lui bavait allégrement sur les cuisses.
- Et c'est tout ? Je sais que tu es très attachant, bien sûr, mais je suis surpris ! Reconnut Rubeus.
Ses yeux pétillèrent juste ensuite.
- J'aurais plutôt cru que tu finirais entouré de trois Fléreurs !
- Trois ?
- Disons des dizaines ! Et plus d'animaux encore.
- Ça me semble mieux ! Répondit Newt avec un rire.
Hagrid lui mit une grande tape dans le dos, manquant de le faire tomber de sa chaise sous l'impact.
- Et toi ? Hoqueta le magizoologiste.
- Je n'ai pas eu beaucoup de nouveaux animaux. J'ai eu des Scrout à Pétard ! … Mais ils sont morts…
- Oh. Toutes mes condoléances, Hagrid. Dit Newt en lui prenant la main.
- Mais Touffu, Aragog et ses enfants, ils vont tous très bien.
- C'est une excellente nouvelle !
- J'ai voulu avoir un Dragon mais je n'ai pas pu en avoir un. J'ai essayé de convaincre ta mère que ce serait utile.
Newt lui lança un sourire puis revint à sa tasse. Il ne pouvait toujours pas lui dire pour Sammy !
- Et comment vont les Sombrals ? Demanda-t-il, l'air de rien.
- Très bien ! Ils sont toujours contents de pouvoir être utile à l'école. Mais ils sont surtout contents d'être nourri à volontés !
- Les miens aussi ! Mais ils se laissent caresser et je peux les étudier aussi.
- C'est une bonne chose. Les gens ne connaissent pas assez les animaux magiques ! Ils sont incompris.
- Je suis d'accord. C'est pour ça que je fais un livre. Expliqua-t-il.
- Un livre ? C'est une idée fantastique !
- J'ai ce livre sur les Monstres mais je n'aime pas comme il en parle… Mais je l'ai gardé comme animal de compagnie !
- Ça ne m'étonne pas !
Ils rirent de plus belle alors que Newt essayait au moins de décortiquer les biscuits à défaut de pouvoir les dévorer.
- Tu y parleras des Crabes de Feu ?
- Bien sûr ! Mais je n'en ai jamais étudié.
- Je pourrais t'en prêter ? Proposa-t-il en souriant.
- Je dois demander à Percival.
- Ton ami ? Pourquoi ?
- Euh…
Il vit les sourcils de son ami se froncer. De toute évidence, il essayait à nouveau de se rappeler en quoi il se souvenait de ce nom. Newt ne le manqua pas et se pinça les lèvres, cherchant un moyen de détourner la conversation.
Mais au lieu de lui parler de Chimère ou de Sphinx, il se tourna vers la porte. Une mauvaise impression faisait glisser une myriade de frisson le long de sa colonne vertébrale.
- Est-ce qu'il est relié à ce type ? Gellert Graves ? Non, certainement pas !
Newt repoussa gentiment Crockdur et se leva pour aller jusqu'à la porte, dégoulinant de bave.
- Gellert Graves n'a pas bonne réputation, n'est-ce pas ?
- Il a été Maire dans le village de la Forêt de Dean. Lui rappela gentiment Newt, ouvrant la porte. C'est son fils.
- Par la Barbe de Merlin !
- Pickett… Chuchota Newt.
