S'en prendre aux plus faibles que soi

Dans le bureau de McGonagall, celle-ci se trouvait face à une suite de noms et une question qui avait de quoi surprendre n'importe qui. Et pourtant, elle réussit à être bien plus surprise encore par l'énergie qui se déployait dans les environs. Elle avait l'impression qu'il s'agissait de magie.

D'une puissante magie.

- Qu'est-ce que c'est ? Souffla-t-elle.

- Croyance ! Dit Percival qui partait déjà vers la porte.

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- Pickett…

- Quoi ? Dit Rubeus.

- Pickett, j'ai l'impression qu'il ne va pas bien. Je dois y aller ! Je reviens !

Newt n'attendit pas plus longtemps pour sortir, se précipitant vers cette impression. C'était peut-être stupide ou incroyable. Mais il avait une sœur Legillimens et l'habitude de s'occuper des animaux.

Surtout de Pickett.

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Croyance hurlait, agitant les bras. Pickett essayait de se raccrocher à lui, ses ongles s'enfonçant dans sa peau et faisant perler le sang.

- Arrête ! Cria Lily. Pourquoi tu lui fais ça ?!

Elle se tourna vers les garçons qui se tenaient à l'arrière. Le petit gros qui riait sous le couvert de ses mains, le grand dadais qui souriait, les mains dans les poches de sa robe ou l'autre qui laissait faire avec un livre en main et un sourcil haussé.

- Vous le laissez faire ?! Rugit-elle.

- Il t'a fait du mal !

- Il a peur !

Une nouvelle déflagration de pouvoir les fit tous vaciller et attira l'attention de tout le monde alors que l'herbe remuait comme si une tempête la cognait.

- Je t'en prie, James !

Une autre secousse et la baguette de James vola hors de sa main. Là où il aurait voulu arrêter le sort en douceur, il se retrouva à ne pas pouvoir le contrôler et à voir l'adolescent tomber brusquement sur le sol. Il poussa un cri de douleur alors que son épaule prenait un angle étrange.

N'avaient-ils pas entendu un grand CRAC ?

- Croyance !

Lily se précipita vers lui.

Il se redressa pour échapper à son contact et il s'éloigna à quatre pattes. Il étendit toutefois la main pour saisir le Botruc.

- Pi… Pi… Pickett ?

L'animal-végétal agita son petit corps.

Il avait l'air vivant, c'était déjà ça…

- Croyance, ça va ?

L'adolescent n'eut pas le temps de répondre qu'il entendit une voix. Il leva les yeux et vit immédiatement Percival, suivi par Minerva McGonagall. Il se précipita alors vers lui, son corps penché en avant, sa façon de remuer le bras, de tenir l'autre sur Pickett. L'homme passa son bras autour de ses épaules lorsque son protégé se jeta contre lui.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Croyance ?!

Cette fois, c'était la voix de sa Fée qui arrivait aussi vite que possible, un chien aboyant autour de lui.

- Pickett va bien ! Lui cria-t-il, tout tremblant.

Minerva avait contourné Percival pour s'approcher des garçons, le regard sévère.

- Que s'est-il passé ?

- Rien Madame la Directrice, on… Commença James.

- Il s'en est pris à ce pauvre Cracmol ! Reprit Lily.

Newt arriva auprès de Croyance et de Percival, haletant mais les joues étant rouges. Enlaçant toujours l'adolescent, Graves retira son manteau et le tendit à son compagnon, sans le regarder. Lequel l'attrapa et s'y enroula avant de souffler un tendre « merci ». Sa main s'élança ensuite sur Pickett pour le prendre et s'assurer que tout allait bien. Le Maire observa l'épaule de leur protégé.

Déboitée.

- Je vais le tuer.

- Percival. Reprit Newt, mettant son ami contre son cœur.

Crockdur se remit à aboyer de plus belle, la queue agitée, les oreilles basses.

- C'est une façon de parler. Croyance, je vais te faire mal…

L'adolescent n'eut pas le temps de protester que son épaule était remboitée. Si brusquement qu'il poussa un cri et qu'une vague de magie se dégagea à nouveau de son corps. Percival fut éjecté brusquement, sa tête cognant contre le sol dur.

- Percival ! S'écria Newt.

Les yeux de Croyance s'écarquillèrent, ses jambes tremblant.

- Je ne voulais pas. Je ne voulais pas…

Est-ce que c'était du sang dans l'herbe ?

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Croyance était recroquevillé sur le bout de la table des Poufsouffle où on l'avait assigné. Le repas attendait devant lui mais il ne mangeait que peu. Il picorait en écoutant tout le monde parler mais en n'osant se mêler à personne. S'il regardait vers la table d'or et de rouge, il voyait les gens de tout à l'heure. Mais il n'avait plus envie d'être avec eux.

Il observa également les sabliers qu'on voyait sur les murs. Puis son regard se perdait dans les plats qui ne désemplissaient pas.

Puis il renifla en regardant vers la table des professeurs. McGonagall en son centre, Hagrid un peu plus loin.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda quelqu'un à la table.

Il se tourna vers lui, lui jeta un regard puis revint à son assiette et ses reniflements.

Qu'est-ce qu'il y avait ?

Il ne contrôlait pas ses pouvoirs. La magie n'avait rien de beau. Ce qu'il aurait voulu faire, désirant cette puissance durant tant d'année, ça ne faisait de lui qu'un danger public.

Percival avait saigné au niveau du crâne. Et il ne s'était pas réveillé depuis…

Il se détestait. Il ne savait plus quoi faire. Il n'était pas dans un rêve, comme il l'avait pensé et tant désiré. Il était dans un cauchemar…

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Tout était diffus. Un bourdonnement dans les oreilles, le bruit de ses veines qui pulsaient dans ses oreilles…

Il grogna et bougea légèrement avant d'entendre un doux « chuuuut ». Il rit en voyant des voilages jaunes mais se maudit parce que sa lança des pics acérés dans son crâne. Il poussa un long grondement et chercha à se réinstaller correctement. Quelque chose glissa de son front et il réalisa que c'était froid.

- Tout va bien. Tu as été soigné et c'est déjà oublié.

Des doigts graciles remplacèrent la chose fraîche et il grommela. Il n'allait pas lui dire qu'il avait mal ! Il avait l'impression de ne pas savoir bouger la main.

Il remua le doigt.

Ouf.

Il remonta la main pour la poser sur la cuisse ferme et rebondie perdue sous un océan topaze. Un doigt caressa sa joue.

- Tu te sens bien ?

- Oui.

Il vit l'éclat bleu se tourner vers lui.

- Menteur. Chuchota-t-il.

Juste après, il voyait le visage ravissant, il sentait des lèvres sucrées contre les siennes.

- Bisou magique ? Souffla-t-il.

Le rire de Newt le transporta et il essaya de bouger un tout petit peu plus. Sa tête était toujours comme prise dans une vierge de fer.

- Pickett va bien ?

Newt caressa son ami vert qui était installé sur son épaule.

- Oui. Plus choqué que blessé ? Et ce garçon qui a fait du mal à Croyance a eu dix heures de retenues.

- Je lui en aurais mis plus.

- En fin d'année, c'est difficile.

Percival grogna en se redressant.

- Et pour l'année d'après.

- Ils sont en septième.

Le Maire soupira puis monta son autre main vers la joue rebondie qu'il cajola de ses longs doigts.

- Quand même.

- Tout le monde va bien, c'est ce qui compte. Dit Newt.

Percival soupira de plus belle. Ses idées étaient confuses, sa tête comme prise dans un étau. Quand est-ce que ça s'arrêterait.

- Tu es beau, tu sais ? B. E. A. U. Prononça-t-il.

- Je dois comprendre quelque chose ?

Newt relâcha enfin Pickett et revint vers son compagnon.

- Tu n'as pas l'air mal à l'aise en homme. Et même si je comprends que tu te travestisses au village pour qu'on soit ensemble, tu n'es pas obligé de le faire quand tu peux être homme. Je ne te dis pas de changer. Habille-toi comme tu veux. Mais ne te sens pas obligé de cacher quoi que ce soit pour moi.

- Je sais. Tu me le dis tout le temps. Chuchota Newt avec un petit rictus. Je n'ai pas honte d'être un homme. Juste peur de te perdre.

- Je t'aime. À en mourir. Quoiqu'il advienne.

Le jeune Sorcier eut un pâle sourire. Percival continuait de lui caresser la pommette avec une tendresse qui lui secouait les tripes.

- Tu m'aimes aussi, n'est-ce pas ?

Mais il y avait un sentiment de besoin dans cette question. Newt hocha la tête.

- Je te le dis de temps en temps, non ?

C'était la façon mignonne dont il agissait. Parce qu'il était hors du Monde.

- Queenie dit que des fois, il faut le montrer.

Il se mordilla la lèvre inférieure avant de grimper sur le lit, à califourchon sur lui. Sa tête était légèrement baissée, ses joues rosées, son visage se rapprochant pour effleurer ses lèvres des siennes.

- C'est ce que tu veux ?

Percival ne pouvait pas dire « non », quand le voir s'installer comme ça sur son bassin lui faisait tellement plaisir. De toutes les façons.

- Je ne pourrais pas dire que je ne te veux pas. Souffla-t-il d'une voix trop rauque. Mais je ne veux pas que tu te forces.

Le magizoologiste lui sourit tendrement et se pencha pour presser son front contre le sien.

- Puis tu as encore mal partout.

- Je crois que j'aurais moins mal si tu t'occupais de moi. Remarqua-t-il. Mais… Si je sais que tu m'aimes et que tu n'as pas besoin de te forcer, je n'ai rien contre le fait que tu me le montres à ta manière.

Newt le regarda comme s'il venait de lui parler un étrange dialecte seulement connu de lui.

Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pouvait faire pour ça.

Percival se redressa et lui posa un baiser sur les lèvres, sa main venant directement se perdre sur sa joue.

- Je suis sûr que tu me le montres sans même t'en rendre compte. Rassura-t-il.

- Je te fais confiance. Souffla-t-il alors qu'il était empli de doute.

Il aimait son homme, il n'en doutait pas une seule seconde, pas de ça. Par contre, il n'était pas sûr de savoir le montrer. Ses animaux lui rendait son amour alors il ne devait pas être si exécrable que ça mais il le pensait lorsqu'il disait qu'il ennuyait les gens, lorsqu'il pensait qu'il ne méritait pas ceux qui l'entouraient.

- Où est Croyance ? Questionna le Maire, laissant glisser sa main sur la taille de son compagnon.

- Je l'ai laissé dans la salle à manger. Il a été secoué mais il avait besoin de manger. Et de se détendre.

- On devrait le rejoindre. Tu m'aides à me lever ? Proposa Percival.

Le magizoologiste se déplaça de son corps et lui prit la main pour l'assister avant de se reculer d'un pas, les lèvres à nouveau pincées. Une attitude que son partenaire compris. Il le connaissait assez sur ce point.

Il supposait d'ailleurs que, même si sa trouvait sa source dans une peur ridicule qu'il ne l'aimait pas s'il se « rendait compte » que Newt était un homme, c'était sa façon de lui montrer qu'il l'aimait.

Il protégeait leur couple.

Et c'était adorable.

- Tu peux prendre mon manteau. Invita Percival.

Il se déplaça vers le vêtement bleu, posé sur une chaise, et le tendit à son aimé.

- Merci. Je me suis entièrement changé. Je vais juste avoir besoin d'un peu de temps…

Graves hocha la tête et s'assit sur ladite chaise. Newt eut quelques secondes d'hésitation, redoutant qu'il ouvre les yeux. Mais non. Il s'empressa alors de se changer. Pour finir, il passa le manteau de Percival qui avait toujours son odeur même s'il était le dernier à l'avoir mis. Il le boutonna puis s'approcha de son amant.

- Je suis prêt.

Le Maire se tourna puis lui sourit. Il aurait voulu prendre sa main mais il savait où ils allaient. Mieux valait éviter.

Ils descendirent et rejoignirent la grande salle où des élèves étaient déjà parti pour revenir dans leurs dortoirs, que ce soit pour étudier ou autre chose.

Dès qu'ils franchirent les portes, Percival eut la sensation que leur présence n'avait pas manqué. Peut-être parce que les gens avaient plus l'habitude de voir des gens sortir que rentrer à cette heure-ci. Quelques têtes se tournèrent vers eux et il opta pour la discrétion.

Lui.

Mais pas Rubeus qui se leva d'un coup, faisant trembler toute la table des professeurs, où il en manquait déjà un ou deux, pas plus que Croyance. Lequel se leva d'un bond.

- Monsieur Graves ! S'écria-t-il.

La timidité s'envola le temps qu'il traversa l'allée entre les tables mais elle ressurgit au moment où il voulait se jeter dans ses bras. Il recula d'un pas, baissa la tête et rougit.

Pourtant, il sentit des bras autour de lui et fut attiré dans une étreinte alors qu'une main se perdait dans ses cheveux.

Newt regarda quelques secondes cet adorable tableau alors que les élèves s'en désintéressaient, n'en ayant rien à faire, et revenaient à leur plat. Il leva les yeux et croisa les yeux de sa mère qui l'observait derrière le verre impeccable de ses lunettes. Elle était bien la seule à pouvoir faire ces prouesses : conserver des lunettes parfaitement propre.

Il lui lança une grimace qui devait être un rictus navré. Puis il étendit la main pour la mettre sur l'avant-bras de son compagnon. Il l'invita à le suivre vers les tables pour qu'ils s'installent.

- Je suis désolé, Monsieur Graves. Je ne voulais vraiment pas vous faire du mal. Assura-t-il d'une voix enraillée.

- Ce n'est rien. Plus de peur de de mal. Lui répondit-il.

- Sûr ?

- Mais oui. Lui dit Graves en lui caressant la tête.

Croyance lui sourit en retour, enfin un peu détendu. Il se mit même à manger, prenant un peu de tout avec appétit. C'était délicieux !