Enroulé dans les couvertures du lit, Jacob ne put retenir un petit grognement en sortant du monde des songes. Il se tourna et chercha Queenie mais elle n'était plus là. Comme souvent le matin…
Et il en était d'autant plus sûr qu'il y avait cette odeur dans la maison. Pain chaud, œufs, chocolat chaud et café. Il devinait la confiture et le chocolat pour tartiner ces brioches chaudes. Si on pouvait deviner alors que c'était ce qu'on avait tous les matins. Avec du jus frais et des pâtisseries qui variaient selon ce qu'il avait préparé la veille. Il suffisait à Queenie de les mettre au four.
La seule chose que sa magie ne faisait pas minute.
Jacob s'étira, alla rapidement se préparer dans la salle de bain, de A à Z. Il ne lui fallut que dix minutes, perdant surtout du temps lorsqu'il s'agissait de raser son visage si ce n'était sa moustache, surtout parce que sa chère et tendre le préférait presque glabre, puis il descendit pour rejoindre Queenie qui terminait de préparer la salle. Lorsqu'elle le vit, la blonde lui lança un sourire et trottina vers lui pour lui embrasser le coin des lèvres puis celles-là même.
- Tu es très beau aussi, ce matin. Assura-t-elle, souriant.
Jacob la serra tendrement contre lui puis il regarda la table qui était mise.
Pour deux.
- Tina n'est pas là ?
- Elle n'est pas revenue de la nuit.
- Tu veux que j'aille voir à la Mairie pendant que tu vas travailler ?
- Pourquoi pas. Est-ce que tu comptes voir ces gens de la… Confrérie du Mal, aussi ?
Il ouvrit la bouche et se demanda pourquoi il faisait encore ça alors que Queenie riait légèrement.
- D'accord. On te fera un goûter avec les restes. Et on se voit ce soir de toute façon.
Elle lui sourit de plus belle et l'embrassa. Elle n'aimait pas quand il allait voir ces gens mais elle savait aussi que c'était utile. S'ils pouvaient endiguer ce que Tom Jedusor avait prévu… Ce qui l'énervait, mais qu'elle ne disait jamais, c'était cette propension qu'ils avaient à détruire les Moldus. Bien sûr, elle le comprenait d'une façon… Parce qu'elle aussi, elle était lassée de ce cacher mais personne ne voyait le bien dans ce genre village ?
Ils étaient tous ensemble. Ils vivaient paisiblement, ils étaient heureux. Et en quoi est-ce que réduire la vie des Moldus, des personnes différentes d'eux à un point presque minime, était une bonne chose ?
Elle redressa la tête en percevant « Tina travaille trop. Mais elle va certainement bien. »
- C'est pour moi que tu penses ça ?
Jacob rit.
- Un peu. Un peu pour moi aussi.
La blonde lui sourit et se pencha sur lui pour l'embrasser tendrement avant de l'emmener vers la table du repas pour qu'ils s'installent et qu'ils puissent déjeuner. Elle le regarda et lui lança un sourire tendre.
- Des fois, j'aimerais que tu sois aussi capable de lire dans mes pensées. Avoua-t-elle.
Il leva les yeux vers elle et sourit.
- On n'aurait plus jamais besoin de parler. Rit-il.
- J'aime le son de tes pensées mais j'aime aussi le son de ta voix.
Elle tendit la main à travers la table, passant par-dessus le pot de chocolat aux noisettes fait maison, et prit la sienne. Il la serra en retour et y posa un baiser qui voulait dire de toutes les manières : je t'aime.
µµµ
- Mademoiselle Dumbledore ?
Tina se redressa et essaya d'arranger ses cheveux qui étaient complètement en désordre, comme si un pétard avait explosé à côté d'elle. Ou plutôt un sortilège d'explosion. Elle avait beau passé ses doigts dans sa chevelure indisciplinée, il n'y avait rien à faire.
- Ho… Hozaille ?
- Mademoiselle Dumbledore, nous n'avons pas pu vous donner un bon lit pour la nuit…
Tina remarqua les blessures sur les jambes malingres et grisâtres de l'Elfe de Maison. Il avait dû se punir pour ça…
- Mais nous avons fait un petit-déjeuner. Avez-vous encore besoin de quelque chose ?
Elle secoua la tête.
- C'est gentil. Je vais juste devoir aller travailler.
Elle bâilla dans le creux de sa main alors que l'Elfe installait le plateau avec un bol de café et des baguettes tartinées de confiture de groseilles. Il y avait un jus d'orange et des œufs au plat avec des tranches de bacon puis un peu de fèves à la sauce tomate. Et même s'ils faisaient de grands petit-déjeuner à la maison, elle avait l'impression que ça, elle ne pourrait jamais l'engloutir seule !
Elle se pencha tout de même dessus, continuant d'essayer d'arranger ses cheveux, et elle enfourna la nourriture.
- Vous avez besoin de vêtements ? Questionna l'Elfe.
- Non, je vais passer par la maison.
- Le Maître veut que vous soyez bien traitée. Insista Hozaille.
- Et je le suis. Je vais rentrer à la maison, me débarbouiller et changer de vêtements. Je reviendrais cet après-midi alors occupez-vous de tout en attendant. Comme hier. Intima-t-elle avec un sourire.
Le nez de la petite créature se plissa. Il avait l'impression, lui, de ne pas faire assez du tout !
- Très bien. Si vous avez besoin de quelque chose d'autre…
- Oui. Dit-elle en souriant.
Elle n'était pas très douée avec ces créatures et ignorait si elle pouvait leur faire un câlin ou quoi que ce soit.
Au lieu de ça, elle se contenta de faire descendre la nourriture dans sa gorge. C'était vraiment délicieux. Les Elfes de Maison étaient des pros ! Ça la mettait d'aplomb pour une bonne journée. D'autant plus qu'elle savait le travail qu'ils avaient. Elle devait faire attention à la Confrérie du Mal. Et aussi à Jacob, en particulier.
Surtout à Jacob.
µµµ
Il était tôt mais pour une journée scolaire, il était plutôt une heure avancée.
C'était la raison principale pour laquelle Minerva McGonagall, les cheveux tirés à quatre épingles, la tenue parfaitement arrangée, vint à la chambre de son fils et frappa à la porte. Elle attendit quelques instants pour ouvrir. Elle trouva son enfant à moitié assoupi sur Percival, lequel avait tiré les couvertures sur eux en entendant les coups résonner.
- Madame ? Dit-il d'une voix rauque.
- Il est l'heure de se lever et d'aller dans la grande salle pour manger. Vous avez dix minutes, ne soyez pas en retard. Est-ce que je dois m'occuper de votre protégé… Croyance Bellebosse ?
- On peut s'en charger. Souffla Newt.
Il se dégagea de Percival, sortant de sous les couvertures parce qu'il portait encore sa robe et qu'il pouvait se le permettre. Il espérait juste que ni le blanc, ni le rouge n'avait coulé sur ses jambes marquées de taches innocentes. Mais à voir l'air de sa mère, ce n'était pas le cas. Rien qui ne la surprenne, pas ses cheveux en bataille, pas sa robe… peut-être seulement le fait qu'il était clair qu'il avait passé sa nuit d'une certaine façon avec son compagnon.
Mais à part cela…
- Merci d'être venu nous réveiller. On se dépêche.
Percival se redressa dans le lit en prenant garde qu'on ne voyait rien de dérangeant avec son corps nu. Heureusement, la Directrice partit. L'homme se leva pleinement, sortant des couvertures et il se pencha pour attraper son caleçon qu'il enfila. Il s'approcha de Newt et le prit dans ses bras, posant un baiser sur ses lèvres.
- Bonjour, toi.
Newt sourit puis enfonça sa tête dans le creux de son cou et de son épaule.
- Bonjour.
- Je vais m'occuper de Croyance. Habille-toi et prends ma veste.
Percival s'éloigna d'un pas et embrassa ses joues. Il laissa ses doigts s'attarder à peine quelques instants, puis se retourna pour attraper des vêtements propres. Il enfila rapidement son pantalon, le boutonna d'un mouvement expert et sortit en mettant sa chemise pour rejoindre la chambre de Croyance. Il venait de fermer le dernier bouton lorsqu'il frappa à la porte. On ne tarda à venir lui ouvrir et il vit le visage rougissant de leur protégé. À la différence de lui, ou de Newt, il était déjà prêt, peigné. Ses doigts étaient serrés sur sa chemise mais il leva les yeux vers l'homme qui lui caressa la tête.
- Prêt à aller manger ?
- Oui. Est-ce qu'on doit faire quelque chose ? Pour remercier les hôtes ou… ?
- Tu n'es plus chez ta mère, Croyance. Tu n'as pas besoin de remercier et de t'excuser pour un rien.
- C'est la moindre des choses. Avança l'adolescent d'une petite voix.
- Ça n'a pas empêché ce crétin de s'en prendre à toi. Comment va ton épaule ? Dit-il en retournant vers la chambre qu'il partageait avec son aimé.
- Bien.
Croyance pinça les lèvres. Il lui semblait tellement logique de s'excuser, de remercier, de faire plus qu'il ne devait…
- Il faut trouver le juste milieu. Lui répondit-il. Tu peux remercier mais pas te retrouver à faire des tâches qui ne sont pas les tiennes parce que tu te sens obligé. Ce sont des Elfes de Maison qui font tout ici. Et ils aiment travailler. Travailler est pour eux une récompense en soi.
- Tu le sais parce que tu as été élevé par eux ? Souffla-t-il avec une fascination réservée.
- Oui. Et parce que Newt m'en a tellement parlé. Ajouta-t-il à voix basse.
Il ne voulait pas que son compagnon croit encore qu'il agaçait les gens.
- À ce sujet, on va avoir de nouveaux animaux sous peu, tu devras être prudent.
- D'accord. C'est quoi ?
- Des créatures liées au feu. Mais tu pourras en demander plus à Newt. Il sera ravi de t'en parler.
Il frappa à la porte, attendant que les coups résonnent dans la chambre. Celle-ci ne tarda à s'ouvrit et Newt en sortit. Il lança un sourire à Croyance avant de regarder le sol. Il se déplaça légèrement et ils partirent tous les trois vers la Grande Salle.
- Est-ce que tu veux aller suivre des cours avec les premières années, aujourd'hui, Croyance ? Questionna Newt.
- Je veux bien mais…
Il se mordit la lèvre inférieure, gêné.
- … Tu es sûr que je pourrais apprendre quoi que ce soit. Vous êtes sûrs ? Madame la Fée, Monsieur Graves ?
Ce dernier guetta les environs d'un œil vif. Personne ne semblait avoir attrapé les mots qui étaient signes que Newt n'était pas « normal ». Encore moins que les gens le prétendaient. Ils étaient encore dans le couloir des professeurs mais tous ne pouvaient pas admettre la différence du jeune Magizoologiste.
Ils s'engagèrent dans les couloirs principaux, ceux qui avaient tellement d'escaliers allant et venant tandis que leurs marches craquaient sous les poids qu'ils supportaient. Les gens se pressaient, quel que soit leur Maison.
- Je pense que tu peux apprendre. Dit Newt en regardant les tableaux.
- Moi aussi. Ta magie est différente. Nota Graves. Il faudra peut-être que tu fasses autre chose pour arriver au même point.
- Tu fais de la magie sans baguette, est-ce que…
Le Maire secoua la tête en mettant son doigt devant sa bouche.
Inutile qu'il aille dans cette direction-là. Ils n'étaient même pas comparables.
- Mais la fille, elle dit qu'on est en fin d'année et que c'est les examens.
Percival haussa les épaules.
- Ça laissera peut-être le temps aux professeurs de s'occuper de toi.
Newt approuva d'un hochement de tête puis passa le bras autour des épaules du garçon une seconde.
- Sinon, je m'occuperais de toi. Je prendrais des livres.
- Mais quand on retrouvera Modestie ?
Le magizoologiste jeta un petit coup d'œil à Percival. Ils avaient souvent eu cette discussion. Ils ne pouvaient pas garder Modestie. Pas sans que Seraphine ne leur pourrisse la vie. Mais Newt s'était attaché à Croyance et même lui devait reconnaître qu'il l'appréciait.
Juste, il ne le montrait pas. Parce qu'on ne pouvait pas dire que ce soit dans ses habitudes, si ce n'était pour la ravissante personne enroulée dans son manteau.
Ils dépassèrent des foules d'enfants qui restaient dans les escaliers et discutaient en riant. Percival pensait à Durmstrang où tout était terriblement organisé. On ne serait pas resté à gêné la circulation sauf si on voulait recevoir des blâmes. Graves avait vite oublié ce qu'aurait pu être le sentiment de rébellion. Déjà avec son père qui était strict puis avec les punitions d'ici.
Il comprenait aussi la façon dont agissait Croyance. Après tout, lorsque ça s'ancrait en vous, ça s'ancrait en vous !
Au final, ils étaient tous les trois un trio bien étrange. Ils ne portaient pas tous leurs blessures physiques comme un étendard mais leur cœur palpitait de ce même sentiment misérable au final. Peu importe pour quelle raison. Peu importe ce qui leur permettait de le franchir…
Ils parvinrent néanmoins à se frayer un passage à travers cette foule et ils avancèrent jusqu'à la Grande Salle. Croyance jeta un coup d'œil, redoutant bien trop de voir ce « James »… Newt allait rentrer, sans se soucier de qui que ce soit comme il le faisait peut-être trop souvent, et il sentit une main sur son épaule et il fut brusquement tiré en arrière alors que Graves lâchait un son étranglé.
Le magizoologiste en lâcha un à son tour lorsque son dos rencontra violemment le mur. Pickett ouvrit la bouche d'horreur puis se jeta sur l'assaillant, toutes griffes sorties.
