Revenant dans les environs de la tour, Tom Jedusor eut directement la sensation que quelque chose n'allait pas. Même s'il n'était pas à proprement parlé sujet à la magie déployée par Modestie, il était capable de la sentir. Il percevait l'appel moyen, le chant divin qui le conduisait à la tour.

Mais pas aujourd'hui.

Il n'était parti qu'une demi-heure et, lorsqu'il revenait, le voilà qui ne sentait pas l'agacement magique qu'elle le forçait habituellement à subir. Il utilisa sa baguette pour faire apparaître un escalier dans la paroi de la tour et s'empressa de le grimper, faisant rentrer les marches dans le mur à chaque fois qu'il la quittait.

Il arriva rapidement à la seule ouverture de la tour, s'y glissant.

Il ne fut même pas accueilli par les miaulements auxquels il avait dû s'habituer après avoir jeté deux ou trois de ces bêtes en pâtures à son serpent. Lequel était encore au sol, s'enroulant autour des fleurs aux senteurs si douces.

- Modestie ? Appela-t-il en glissant ses pieds sur le plancher.

Il se redressa pour arpenter la salle. D'habitude, il trouvait toujours ne fut-ce que l'éclat d'un bout de chevelure. Elle était si grande.

Mais il n'y avait rien.

Absolument rien.

- Modestie ! Appela-t-il plus férocement.

Comme si ça lui offrirait une meilleure réponse. La gamine n'était pas du genre à se présenter juste parce qu'il faisait tonner sa voix plus fort que celle d'un autre. La gamine ne se réfracterait pas seulement pour venir ramper à ses pieds.

Elle avait une force insoupçonnée qu'il voulait briser.

- Modestie ?!

Toujours rien.

Il se pencha à la fenêtre et observa son énorme serpent qui remontait le long du mur, s'accrochant ci et là. Il regarda vers la coiffeuse et avisa les flacons et les bijoux. Il chercha après les vêtements, un indice.

- Elle est partie. Son frère l'a emmené.

Tom se tourna vers la voix et il fronça les sourcils.

- Où ?

- À Poudlard.

- Je ne peux pas attaquer Poudlard.

Il ne craignait pas McGonagall, mais il craignait le nombre. Seul, il ne pourrait rien faire contre toute une école qui pouvait s'apprêter. Même s'il allait récupérer la poignée de personnes qui œuvraient pour lui.

- Alors que faire ? Souffla-t-il.

µµµ

Un dragon aux épines acérées, une sale bête immense qui ne jurait que par les richesses, des Limaces menaçant de mettre le feu à tout, des Botrucs acharnés, des Sombrals affamés, un Hippogriffe en phase d'apprentissage, un Demiguise invisible et un Fléreur qui avait un goût particulier.

Voilà tout ce dont Graves devait s'occuper sans être seulement sûr de ce qu'il faisait.

Il avait jeté des granulés à Dougal en espérant qu'il soit là où il jetait la nourriture, il avait apporté de la viande à Sammy qui avait essayé de lui arracher le bras… Il était au moins habitué aux Sombrals et savait comment éviter de perdre des doigts qui lui seraient plus qu'utiles. Il vint apporter un bol de fruits frais coupés en morceaux aux Botrucs, s'assurant qu'ils ne l'attaqueraient pas.

Il essuya ses mains emplies de jus sur la serviette qu'il avait prise et partit vers l'Hippogriffe. Il s'inclina et…

- Maître !

Percival sursauta et se redressa d'un coup. L'oiseau-cheval poussa un cri et se redressa, levant sa serre. Elle s'abattit dans un nouveau cri de protestation animal. Un hurlement strident et un claquement retentit dans la plaine. Juste après, l'hybride était jeté contre le mur et il glissa sur le sol, l'air lamentablement. Il poussa un geignement. Graves serra les dents. Il s'inclina profondément devant l'Hippogriffe qui y répondit piteusement. L'homme se hâta alors vers lui et le caressa.

- Ça devrait aller. Chuuuut… C'est moi qui m'occupe de toi. Percival, l'ami de Newt. Lui dit-il gentiment en continuant de le caresser.

Il entendit le bruit répétitif de quelque chose qui frappait répétitivement contre autre chose. Tournant la tête, il découvrit Huck qui se martelait le crâne.

- Huck !

- Le Maître a failli être blessé à cause de Huck. L'Hippogriffe du cher Newt a été blessé à cause de Huck !

- Ça suffit ! Arrête immédiatement ! Ordonna-t-il.

Alors, sur-le-champ, il s'arrêta. Il avait les yeux remplis de larmes. Le Maire caressa de plus belle les plumes.

- Que se passe-t-il ? Demanda l'homme.

- C'est notre cher Newt ! Il vous fait savoir qu'il a retrouvé Croyance et Modestie ! La petite demoiselle a de loooooong cheveux d'or.

- Comment est-ce possible ?

- Une potion !

- Je vais venir à Poudlard, si je suis accepté là-bas.

- Madame McGonagall veut vous voir dès que vous arriverez. Elle verra ensuite si vous pouvez rester à Poudlard. C'est ce qu'elle a dit. Mais je pense que vous avez tout à fait le droit d'être là-bas ! Dit Huck, ses oreilles s'agitant au vent.

- Va voir si je peux prendre l'Hippogriffe. Newt voudra s'en occuper.

- Tout de suite, Maître !

Et sur ces mots, l'Elfe de Maison disparu en agitant la main.

µµµ

Dans son bureau, Minerva McGonagall reprenait les cours pour l'année prochaine. Elle voulait un programme de base adapté. Elle entendit des coups de l'autre côté de sa statue, probablement faits par la magie pour qu'ils résonnent à son oreille.

Elle se leva, lissa sa robe de sorcière et se dirigea vers la sculpture qu'elle fit tourner. Sachant qu'ils avaient envoyés chercher Percival voilà une heure, elle se constitua une expression particulièrement sévère pour marquer son désaccord. Elle savait déjà comment elle allait demander à Percival de réparer ses erreurs.

- Vraiment ? C'est une bonne idée mais il est très occupé, tu sais ?

Le cœur de Minerva rata un battement puis ses lèvres s'étirèrent en un immense sourire. Elle le contrôla néanmoins un tantinet alors qu'elle étendait ses bras autour de Queenie puis de Tina. Elle leur caressa le visage et lança un regard vers Newt, enfermé dans le manteau de Percival.

- Ça me fait plaisir de vous voir. Tout se passe bien ? S'enquit la directrice.

Elle se recula pour les laisser rentrer. Elle leva les yeux vers Percival qui était auprès de son fils. Elle attrapa sa baguette pour faire apparaître des pouffes et qu'ils puissent s'installer. Elle fit voler quelques patacitrouilles et les installa sur une petite assiette pour qu'ils se servent. Elle fit aussi venir une théière qui se remplit d'eau puis ajouta des feuilles de thé et d'arôme de cerise. Elle les laissa prendre place.

- Comment vont les petits ? Questionna-t-elle avant d'attaquer le sujet principal.

- Bien. Ils sont ensemble dans l'infirmerie. Répondit Newt. On espère trouver un remède pour Modestie. Mais pour l'instant, ils prennent soin l'un de l'autre et c'est déjà une bonne chose.

Elle regarda son fils qui avait les bras couverts de blessures fraîches. Il aurait voulu emmené Hank avec lui mais avait fini par le laisser à Hagrid car il risquait de s'énerver dans une salle comme celle-ci. Surtout à cause des gens qui iraient et viendraient devant lui.

- Percival ?

- Oui ? Dit-il.

Queenie se leva et fit le tour pour venir à côté de lui et lui frotta le bras.

- Ça va bien se passer. Le rassura-t-elle.

- Je suis prêt.

- Je veux que tu ailles t'excuser auprès de James Potter et de ses amis. Du professeur Gobeplanche. Je tiens aussi à ce que tu répares tes fautes. Il faudra que tu surveilles les examens, et que tu aides l'école.

- Bien sûr, Madame.

McGonagall porta sa tasse à ses lèvres, buvant un long trait. Ses yeux restaient rivés sur Percival. Queenie se pencha alors sur lui, portant ses lèvres à son oreille.

- Je pense qu'il n'y a pas qu'à Gobeplanche que tu devrais faire des excuses. Mais je ne vais pas te dire qui et je te conseille d'être sincère.

Le Maire se frappa le visage du plat de la main. Il secoua la tête en marmonnant « désolé ».

- Madame McGonagall, je suis vraiment navré. Et je veux vraiment dire navré. Je n'avais pas réalisé plus tôt. Évidemment, vous m'avez laissé venir ici, dans Poudlard et j'étais sous votre responsabilité. Les actes que j'ai commis, même si c'était pour Croyance, ne sont pas pardonnables.

Sa tête était baissée et la main de son compagnon tout contre sa jambe. C'était presqu'invisible aux yeux des autres mais il devait reconnaître que ça lui remontrait le moral.

Il ne mentait pas.

Il pensait qu'il était honteux d'avoir ainsi fait du mal à la femme, indirectement. Il n'avait pas pensé qu'elle puisse lui en tenir rigueur à ce niveau-là. Il n'avait pas cru qu'elle pourrait se sentir insultée.

Mais plus qu'avoir été accepté chez elle, il ne fallait pas oublier un détail qui n'appartenait qu'à ce cercle réduit : il était avec son fils.

Le voir faire de telles choses pouvaient aussi la pousser à penser à lui d'une mauvaise façon, il en avait bien conscience. Il effleura la main de Newt puis se leva pour s'approcher de Minerva, posant le genou à terre.

- Oh c'est mignon, il va demander maman en mariage pour se faire pardonner. Lança Tina en venant s'installer à côté de son frère, lui enfonçant son coude dans le flanc.

- Si je peux faire quoi que ce soit pour vous être agréable, je le ferai.

- Merci beaucoup, Percival. Sourit la Directrice, j'en prends bonne note.

Il lui répondit par un sourire et se redressa.

- Eh bien, tu es notre beau-papa ? Taquina Tina.

- Bien sûr que non.

- Pourtant, tu es déjà un des deux. Reprit Queenie.

Newt lui jeta un regard, intrigué.

- Non, je doute qu'il soit papa dans ton dos.

- Oh, tu l'as vu avec Croyance ? Répondit Tina, un sourire aux lèvres.

- Pas faux ! Fit Queenie.

Percival revint vers le fauteuil mais la place étant prise, il se contenta de rester à côté, les bras croisés et un léger sourire aux lèvres. Newt tourna la tête pour lui lancer une de ces expressions adorables et divines à la fois dont il avait le secret.

µµµ

Les allées et venues de l'infirmière commençaient à agacer Modestie, bien que ça ne se voyait pas sur son visage, alors qu'elle était obligée de ramener tous ses cheveux sur le lit afin d'éviter qu'ils se fassent constamment marcher dessus.

Croyance était assis sur la chaise à côté d'elle, les mains sur le haut de ses genoux, ses ongles s'enfonçant de temps en temps dans la chair et son expression fermée, timide, triste.

- Tout va bien ? Questionna la blonde en se penchant vers lui.

Il redressa la tête et croisa son regard toujours aussi indescriptible. Il lui offrit un rictus hésitant.

- Qu'est-ce qu'on va faire ? Demanda-t-elle.

- Qu'est-ce que tu veux faire ?

- Tu peux prendre des décisions aussi, Croyance.

Elle tendit la main et lui prit la sienne, la serrant.

- Qu'est-ce que tu veux faire ?

Elle le regardait avec une certaine douceur dans le regard et une partie de lui l'insultait violemment. Comment pouvait-il laisser sa sœur prendre les choses en mains ? Mais ne l'avait-elle pas toujours fait ?

Est-ce qu'il avait le droit d'être égoïste ?

Il tendit les doigts de son autre main et effleura un filin doré. Elle suivit son geste du regard.

- La Fée et Monsieur Graves, ils disent que seuls les personnes ayant de la magie, même par leurs parents, peuvent voir Poudlard. Tu la vois, n'est-ce pas ?

- Oui.

Elle fronça les sourcils.

- Est-ce que tu penses qu'on pourrait rester avec eux ? Pas à Poudlard. Mais si tu peux le voir c'est que quelque chose que tu as mangé était rempli de magie !

Croyance rayonnait avec une certaine timidité ce qui perturbait la jeune fille. Elle resserra sa main de plus belle.

- Quoi qu'il se passe, on essaie de faire en sorte que je n'aie plus ça en moi. Rappela-t-elle d'une légère voix.

- C'est vrai.

Il baissa la tête, gêné.

- Tu voudrais vraiment rester avec eux ?

- Pas si tu n'es pas là !

Il redressa le visage et bien que son bras tremblait, il le passa autour d'elle pour l'attirer contre son corps. Il lui caressa les cheveux, appuyant sa tête contre elle.

- Il est hors de question qu'on se perde.

- Merci.

Elle resta contre lui.

- Jedusor disait que si tu n'étais pas la corde sensible de ce « Monsieur Graves », tu serais celle de ta Fée et que ce serait pareil…

Croyance se redressa légèrement, de l'incertitude gravée sur le visage.

- Hein ?

- Jedusor veut faire du mal à ces gens que tu appelles « Moldus ».

- Eux. Rectifia Croyance. Ce sont les gens sans pouvoirs magiques, qu'ils disent.

- Il veut leur faire du mal et il prépare un plan, visant à étendre le nombre de ses adeptes. Il a éparpillé ses adeptes un peu partout et il fait croire aux « Moldus » qu'il est leur ami pour qu'ils se livrent à lui. Il a mis au point de véritables salles de tortures…

Alors qu'elle déblatérait tout ça, son visage demeurait pour le moins impassible.

- En quelques jours ?

Elle secoua la tête.

- En plusieurs mois. Presque quatre. Je l'entendais parler. Et j'ai vu ces albums photo', son journal intime.

Elle n'osa pas lui parler des images qui bougeaient, du cahier dont l'écriture disparaissait puis qui écrivait tout seul. D'accord, elle était fascinée par la magie tout comme son frère, d'accord, ses cheveux étaient devenus démesurément longs et dorés, mais on ne pouvait pas croire ça.

Même pour elle qui rêvait de découvrir la magie, ça avait presque été de trop…

- Il était différent avant. Je pense qu'il était ambitieux quand même mais… mieux ?

- Monsieur Graves dit que les premiers jours, il semblait différent. Dit Croyance.

- Mais, reprit sa sœur, celui après qui il en a, je ne sais pas pourquoi, c'est ton « Monsieur Graves ».

Croyance accusa le coup de la nouvelle mais il ne put pleinement l'étudier car la porte claquait contre le mur et qu'il entendait une voix précipitée.

- Je dois la voir !

Andrew Kirke se précipita vers le lit, regardant Modestie avec un immense sourire. Quoiqu'inquiétant.

Et plus inquiétant encore qu'il se jeta sur la petite.