Les cours de Renée Bibine était le meilleur moyen pour les élèves de prendre un peu de bon temps. Ils étaient heureux d'avoir juste une heure de cours deux à trois fois la semaine pour pouvoir se soulager, en particulier lorsqu'on était ainsi en période d'examen.
Quoique certains demandaient tout de même s'ils pouvaient étudier pendant que les autres travaillaient.
Elle n'avait pas dit non.
Elle comprenait tout à fait puisqu'elle était une élève il n'y avait pas si longtemps que ça. Attendez… Si. Ça faisait déjà dix ans.
Dix ans !
Ça semblait tellement loin !
Elle n'arrivait pas à croire que ça faisait tellement longtemps.
- Tout devient bizarre. Pourquoi garder cette gamine et lui faire avaler je ne sais pas quoi pour la remplir de magie ?
- Je ne sais pas. Mais cet homme au village… Celui que tu as…
Un « hm-hm » lui répondit, coupant la seconde voix et la faisant passer à autre chose. Renée s'était arrêtée. Elle devait aller voir les autres élèves, les ramener dans la cour pour le prochain cours. Mais là, elle ne pouvait qu'écouter. C'était mal, elle le savait, mais elle n'avait la première voix était si reconnaissable.
Quoique d'abord, c'était une en passe de mue qu'elle avait eu le droit. Et c'était vrai qu'en la réentendant hier, elle avait été surprise. Surprise qu'elle soit devenue comme ça à la fois grave et envoûtante. Elle aurait pu céder.
En plus…
N'était-ce pas son premier amour ?
- C'est pour ça que je pense qu'il y a quelque chose et c'est pour ça que je pense que c'est un grand n'importe quoi. Annonça-t-il. Je ne pense pas qu'il veuille m'atteindre. Je suppose que… si, il veut me fragiliser pour avoir la ville ?
- Illogique. J'y ai pensé aussi mais une seule ville ne lui apportera rien. J'ai pensé qu'on pourrait aller voir mon père, en tant que génie du mal, il devrait savoir…
Il y eut un silence. C'était Newton qui lui parlait. Renée se demandait de quoi il s'agissait. Il parlait d'Albus Dumbledore ? C'était tout simplement impossible à imaginer. Pire encore pour ce qui était de l'admettre…
- Je ne sais pas si ce serait utile. Et je ne tiens pas à te faire du mal. Lui dit Percival en retour.
- Ça va. Comment vont les animaux ?
Leur voix et leurs pas se rapprochèrent.
- Bien. À part Hank, c'était un accident.
- Je ne t'en veux pas. Tu essayais, c'est déjà bien. Je te suis reconnaissant. Vraiment.
- Merci.
Renée avait envie de voir ce qu'il se passait, de surgir et de demander des comptes. Pourquoi est-ce que Newt persistait comme ça à rester avec ce monstre ?
- Je pense qu'on devrait aller voir les enfants.
- Tu les aimes bien, hein ?
- Chuuuut, les tableaux ont des oreilles. C'est pour ça qu'on fait attention. Dit-il.
Elle entendit un bruit bizarre. Celui d'un baiser contre une peau, probablement. C'était encore plus dur de résister à sortir.
- Mais… Jedusor, ça ne te dit rien ? Tu les as peut-être rencontrés par le passé ? Lui et sa famille ? Des gens qui ne t'aimeraient pas ?
- Je suppose qu'il y en a plusieurs poignées. Si je dois m'arrêter à ça, ça n'en finira pas.
- Tu veux me faire croire maintenant que tu étais un connard avant moi ?
- Peut-être que je le suis toujours. Répondit-il.
- J'en doute. Souffla Newton. Et j'en suis sûr que j'en doute.
- J'espère que Seraphine va rapidement répondre. Même si je ne sais pas si c'est prudent de rentrer pour l'instant. Avec ces… Mangemorts.
- Je comprends. Mais tu saurais faire face sans problème, non ?
- Oui. Je me retiendrais de les tuer.
S'il y avait du rire dans sa voix, la femme doutait de l'entendre comme il fallait. C'était bien un homme affreux, un monstre qui venait de dire ça.
Elle se retint une nouvelle fois de surgir mais jeta un regard vers les escaliers pour les voir descendre, la main de Newt glissant sur la rampe alors qu'il semblait souffler des mots pour ces objets inanimés, les convaincre de faire exactement ce qu'on leur disait et pas autrement.
Ce qui était particulier, c'était que la main du jeune homme était dans le creux du bras de ce monstre. Ils étaient si proches. Elle regarda vers les tableaux et eu une seconde l'envie de leur demander ce qu'il se passait. Mais elle supposait qu'il voulait faire du mal à quelqu'un d'aussi « influent ». Ne fut-ce que par les parents.
- Vous les surveillez ? Questionna-t-elle vers le tableau d'une dame au bras d'un homme déjà bien âgé avec une longue barbe.
On ne lui répondit pas mais elle avait la satisfaction que ça se passerait comme elle l'avait demandé.
µµµ
Newt descendit de la dernière marche et il se tourna vers son compagnon. Lequel posa sa main sur la sienne pour la caresser quelques secondes avant de s'obliger à le relâcher. Il ne voulait pas le mettre mal à l'aise en forçant le contact plus longtemps.
- Quand on rentrera à la maison, ce sera plus tranquille.
- Mais il faut s'occuper de Jedusor avant. Je ne veux pas qu'il plane comme une menace au-dessus de nos têtes. On va déjà avoir assez de problème avec Mo…
- Destie. Modestie. Lui répondit Newt.
Ils prirent un nouvel escalier auquel le jeune homme souffla quelques mots. Lui était sage alors ça semblait plus être une habitude qu'autre chose.
- Tu as des envies ?
- On a un millier d'animaux et je sais que rien ne t'arrêtera alors si on la garde, très bien. Au moins, on n'a pas dû s'occuper des couches et des pipis au lit.
- Tu vois le bon côté des choses !
- Modestie ne peut pas me détester plus que Clay. Un autre avantage.
- Tu sais que Clay ne te déteste pas.
Percival lui offrit une grimace en retour parce qu'il n'en était pas si sûr, au contraire. Mais il manquait peut-être d'effort.
- Même moi je te vois lever les yeux au ciel. Dit Newt.
Il s'appuya contre le garde-fou pour laisser passer une foule d'élèves. Il se collait exagérément contre la rampe pour éviter le contact. Une chose que le Maire avait déjà eu l'occasion de remarquer. Quand il évoluait parmi des exceptions, ça passait inaperçu, cela dit.
- Ça va ? Demanda-t-il alors que les classes vomissaient encore plus de gens.
- Oui. J'attends juste qu'ils passent. Ils ont des cours.
Percival se rapprocha de lui et prit discrètement sa main, lui lança un sourire comme si ça pouvait être un bouclier. Encore plus quand il le regardait à peine.
Soudainement, alors que Newt espérait que les adolescents auraient bientôt disparu dans leurs classes, ils entendirent un cri, un afflux de magie qui fit trembler tout le château. Tout le monde se figea, les yeux écarquillés. Les murmures commencèrent à affluer de partout.
- Croyance !
Percival fit un geste de la main, écartant la foule comme Moïse avec la Mer Rouge, et de son autre main, il attrapa le poignet de son compagnon et l'entraîna à sa suite.
Il espérait qu'il était bien à l'infirmerie où ils l'avaient laissé la dernière fois. Il espérait que ce n'était pas la faute de James sinon, malgré ce qu'il avait dit à McGonagall, il n'était pas sûr qu'il pourrait s'y soustraire.
Ils arrivèrent ensemble dans la salle de l'infirmerie où la femme était collée contre le mur, les yeux écarquillés.
Pour la première fois, Modestie pleurait vraiment, s'accrochant à son lit, toute recroquevillée. Et il y avait un cadavre devant le sommier, couvert de veinures noires et les yeux de Croyance étaient blancs, son corps tremblait, des ondes émanaient de lui et il semblait sur le point de se désagréger.
- Croyance !
Graves s'approcha de lui rapidement, enjambant le corps. Il mit ses mains sur les joues pâles et poussa un sifflement de rage lorsque quelque chose remonta dans ses paumes, lui faisant comme un millier de picotements. Ses veines saillaient et se couvraient de noirs.
- Croyance ? Souffla Newt. Qu'est-ce qu'il se passe ?
Percival recula d'un pas et trébucha sur le cadavre, s'effondrant de la façon la plus minable qui soit.
- C'est lui. Couina Modestie.
Elle désigna la dépouille.
- Il m'a sauté dessus. Et Croyance…
- Tout va bien, Croyance. Dit Newt.
- Nous protégerons ta sœur, il ne lui arrivera rien ! Surenchérit immédiatement Graves.
Ses mains lui faisaient horriblement mal et sa peau se décolorait en gris. Une chose qui ne manqua pas à son compagnon.
- Croyance, tu dois te contrôler. Tu peux le faire. Ta sœur a besoin de savoir que tu vas bien. Ce que tu as fait pour la protéger n'est pas mal…
- Il a tué quelqu'un ! S'écria l'infirmière. Il faut absolument prévenir la Directrice !
Le corps de l'adolescent sembla encore plus se désagréger et Modestie trembla de plus belle.
- Croyance, ne l'écoute pas. Tu sais que c'est ma mère. On ne va pas la laisser te faire de mal, tu sais. Si tu ne peux pas rester ici, on rentrera tranquillement à la maison.
L'infirmière, tremblante, ouvrit la bouche. Graves leva la main malgré la douleur et fit un sort de mutisme pour qu'elle n'en dise pas plus. D'autant plus quand le corps de Croyance déchargeait maintenant bien moins d'énergie même si sa peau avait pris un aspect étrange.
- Je vais m'approcher. Dit doucement Newt.
Il fit un pas vers lui.
- Tout va bien. Tu as protégé ta sœur et on va s'assurer qu'il ne lui arrive rien d'autre. Nous sommes là pour ça aussi. Et nous ne vous séparerons pas.
- Je ne vous aurais pas laissé faire. Chuchota Croyance.
Percival serra les dents, sentant la menace. Mais Newt étendit la main vers lui, lui faisant signe de rester calme.
- Je vous aurai demandé de m'oublietter, comme vous dites.
Graves ne put retenir un soupir, puis un grognement de douleur. Peu importe la magie qu'utilisait Croyance, elle montait dans son corps. Aussi, quand il vit son compagnon approcher ses mains de lui, il ne put que siffler.
- Newt !
- Tout va bien.
Il ignorait s'il parlait à leur protégé, à la gamine recroquevillée ou à lui…
Newt passa ses bras autour de Croyance sous le regard médusé de Percival qui voyait les veines commencer à saillir.
- Newt…
- Tout va bien, Croyance.
Il posa un baiser sur sa tempe et lui frotta le dos.
- On est là. On ne vous sépare pas et on ne te retirera pas la magie. Tu pourras rester avec nous. À moins que ta sœur ne le veuille pas. Mais on trouvera une solution pour vous. Je te le jure.
Le garçon leva les yeux vers lui et croisa son sourire et les veinules noires qui se propageaient sur lui. Le sourire qui demeurait mais la douleur visible dans son regard. Du brun-noir revint dans les orbites de Croyance et il se recula en portant ses mains à sa bouche, se laissant tomber.
- N… Non… Je ne voulais pas ! S'écria-t-il. F… Fée, Monsieur Graves…
Son corps relâchait de nouvelles décharges de magie.
- Tout va bien, Croyance. Dit Newt, essuyant une douleur.
Modestie tremblait de plus belle.
- Il… Il y a un remède, pas vrai ? Dit-elle.
Elle regardait tantôt son frère qui était en proie à une seconde crise puis les deux protecteurs qui souffraient de cette étrange maladie. Celle qui avait ravi la vie de ce Gryffondor parce qu'il avait été frappé par une attaque directe.
Là, elle le voyait. Ce n'était pas des monstres, pas des sorciers au sens où on l'entendait. Ils étaient là pour aider Croyance. Ils avaient risqués leur vie !
Elle pleura de plus belle en suppliant tout ce qui existait que ce ne soit pas vrai. Qu'on puisse sauver les êtres qui étaient si cher pour son grand frère. Et à ce moment, elle sentit quelque chose… La même chose qui bouleversait son corps à chaque fois que quelqu'un se sentait obligeait de la rejoindre, des photographes, des chats, des pauvres garçons qui en mourraient, son frère… Pourtant, la décharge lui semblait plus douce.
Des éclats opalins se mirent à miroiter le long de sa chevelure et des fragments se détachèrent. Elle attrapa deux cheveux qui venaient de se détacher, les yeux écarquillés. Quelque chose en elle lui disait qu'ils étaient magiques. Qu'ils pouvaient les sauver. Mais comment ?
L'infirmière faisait des grands gestes dans son coin et elle se rapprocha. Elle montra les cheveux puis Newt et Graves avant de mimer le fait de manger.
- Vous voulez qu'ils mangent mes cheveux ? Dit-elle d'un ton indigné.
La femme hocha vivement la tête.
Percival prit son courage à deux mains pour le mettre en bouche et faire couler le long de sa gorge. Newt faisait moins de chichi que lui et son compagnon n'avait pas envie de savoir le genre d'horreur qu'il avait déjà mangées par le passé.
L'éclat opalin s'étendit sur son corps, comme pour le magizoologiste, et les veines noires se résorbèrent rapidement. La sensation de douleur s'envola et d'un geste de la main, le Maire libéra la pauvre infirmière de son sort.
- Merci…
- C… Comment c'est possible ? Questionna Croyance.
Newt enjamba le cadavre et s'approcha de lui pour se mettre à genoux à son côté tandis que la femme répondit :
- C'est à cause d'un sort puissant. J'ai fait des prélèvements et tout son corps est empli de particules de Fleur-de-Moly. C'est plus puissant dans ses cheveux. Expliqua-t-elle.
Croyance se blottit dans les bras de son protecteur, le laissant lui caresser les cheveux et ne comprenant toujours pas ce qu'il s'était passé. Et sa façon de penser avait une forme d'ironie parce qu'il venait tout de même de déployer des pouvoirs dantesques. S'il était surpris, il ne posait pas de questions.
Plus de questions.
- De la Fleur-de-Moly ? Répéta Graves.
Il venait de s'asseoir, le dos reposant contre l'autre lit. Ses yeux se plissèrent vers la gamine qui était maintenant un peu plus calme. Si elle était toujours recroquevillée, elle ne pleurait plus et elle avait essuyé son visage.
La porte s'ouvrit et une jeune fille s'approcha de Modestie, les yeux grands ouverts. Elle eut un sursaut et Percival fit un geste de la main, renvoyant l'élève hors de la salle qu'il verrouilla avec sa baguette.
Tout ça c'était passé en seulement quelques minutes, laissant Modestie et l'infirmière aussi pantoise l'une que l'autre. La seconde se dégagea la gorge en toussant.
- C'est exact. Comme vous le savez sans doute, c'est un très puissant contre sort. C'est ce qui vous a sauvé la vie.
- Tu étais dans une tour, c'est ça ? Dit Percival vers la gamine.
Elle opina.
- Une tour dont le jardin était empli de Fleur-de-Moly ? Ou de fleurs blanches avec une tige noire ?
Newt regarda vers son homme alors qu'il appuyait sa joue contre le crâne de Croyance. L'adolescent avait passé ses bras autour de son corps et restait tout contre lui, respirant calmement.
- Oui. Répondit Modestie. Croyance vous l'a dit ?
- Non.
- Percival ? Souffla Newt.
- Je n'aime pas tout ça.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda la blonde.
Il voyait bien que l'infirmière, tout comme le garçon qui avait été à l'infirmerie pour un nez enflé, était intéressée par ce qu'il avait à dire.
- J'ai connu quelqu'un qui vivait là-bas, il y a environ un an. C'est elle qui cultivait les Fleurs-de-Moly. C'était là qu'elle vivait…
Croyance sortit la feuille de journal qu'il avait toujours sur lui et il la tendit à Graves qui s'en saisit. Dès que ses yeux accrochèrent le dessin qui bougeait tout le temps, quoique les runes avaient disparus, il était clair qu'il s'en souvenait.
- Celle qui est morte ? Hasarda Newt.
- Oui. Je dois y aller.
Percival se redressa.
- Je reviens dès que je peux, attends la lettre de Seraphine, je reviens très vite.
Sur ces mots, il partit vers la porte qu'il ouvrit de deux coups de magies et il utilisa néanmoins sa baguette pour que la matière du mur se modifie et attrape la fille qui voulait aller voir Modestie.
Il marchait un peu difficilement, la douleur continuant de grimper en lui après ce qu'il s'était passé avec Croyance.
- Percival !
Newt se redressa.
- Ça va aller ? Demanda-t-il vers le garçon.
Il acquiesça et lorsque le magizoologiste se tourna vers Modestie, celle-ci fit de même. Alors Newt sauta au-dessus du corps inanimé et des cheveux si purs avant de courir pour rejoindre son amant qui venait de monter sur un escalier. Lequel se mit à tourner.
- Percival !
Le jeune Sorcier s'approcha du garde-fou et le serra entre ses mains.
- Tout va bien se passer. Lui dit-il. Tu n'as pas à t'inquiéter. Je dois juste vérifier quelque chose par moi-même.
- Tu me fais des secrets ?
- Plus pour l'instant. Jura-t-il.
Mais Newt ne semblait pas convaincu.
- Newt !
Il leva les yeux et vit Queenie qui descendit les escaliers depuis le couloir des professeurs. Elle se pencha au-dessus de la rampe et souffla un « oh » avant de finir de rejoindre son frère.
- J'ai entendu tes pensées. Tu es inquiet ?
- J'ai été beaucoup inquiet ces dernières minutes.
- Pour Percival. Lui répondit-elle.
Elle regarda la silhouette disparaître.
- Tu utilises un aresto momento pour ralentir ma chute et je m'occupe de lui. Tu t'occupes des petits. D'accord ?
Newt se retrouva à bêtement hocher la tête. Sa sœur lui offrit un de ces rires délicat dont elle avait le secret et elle lui colla un baiser sur la joue avant de sauter par-dessus la rambarde.
Confiance totale.
- Aresto momento ! Cria Newt.
