Chapitre 17
L'effroyable dimension d'Azkaban
Dans une barque, un homme de taille imposante faisait tout s'immobiliser d'un coup de baguette. Il leva les yeux vers l'immense prison en forme de triangle. Des récifs empêchaient les Moldus de venir par ici parce que sinon, c'était une puissante illusion qui donnait l'impression qu'il n'y avait rien ici.
Pourtant, il voyait très bien ces drapés à moitié détruit qui flottaient autour de la structure.
Et n'entendaient-on pas le son des fous ? Les hurlements, les lamentations…
- Vous êtes prêts ? Demanda l'imposant homme.
À ses pieds, il y avait trois personnes. Un jeune homme qu'il avait vu à quelques occasions et qui regardait l'eau, un adolescent recroquevillé sur le fond de la barque et une demoiselle sans expression vers laquelle il se sentait étrangement attiré…
- On est prêt.
Le jeune homme se leva et il tendit la main vers les deux enfants. Ceux-ci s'accrochèrent alors à lui. L'Auror qui les accompagnait passa son bras autour du sien et il transplana. Ils se retrouvèrent immédiatement à l'intérieur du bâtiment et les plus jeunes se blottirent l'un contre l'autre. Il faisait glacial ici.
- Vous êtes venu voir votre père, Monsieur Dumbledore ? S'assura-t-il en allant vers un bureau débordant de dossiers.
Il agita sa baguette magique en lançant un sort. Un grand lynx en sortit et commença à faire les cent pas, réchauffant l'atmosphère autour d'eux.
- C'est cela. Répondit Newt.
- C'est une fâcheuse nouvelle. Nous n'aurions jamais cru qu'Albus Dumbledore pourrait finir à Azkaban.
Tous les Aurors savaient pertinemment ce qu'il s'était passé et pourquoi il avait fini ici. Mais ils avaient un tel respect pour lui que personne ne semblait pouvoir l'accepter. Ils venaient jusqu'à sa cellule quand ils étaient de service ici et ils regardaient cet homme si grand se détruire en se demandant ce qui avait bien pu se passer.
- Est-ce que vous avez pensé à un sortilège d'Imperium ?
- Tout le monde nous le demande. Répondit Newt. Et nous sommes sûrs qu'il n'était pas sous Imperium.
- Que lui est-il arrivé ? Demanda l'homme à la peau foncée.
- On suppose qu'il a toujours été comme ça… Souffla-t-il.
Il se frotta la nuque en pensant encore aux mots que sa sœur lui avaient reportés. Il y pensait très souvent. Parce que c'était tellement horrible d'apprendre que pour votre père que vous aimiez tant, vous n'étiez que des objets. Est-ce que c'était la raison pour laquelle il avait une telle affinité avec ces enfants qui s'accrochaient à lui comme s'il était leur messie ?
C'était d'ailleurs étrange de voir ça de la part de Modestie… Il aurait juré qu'elle le haïssait. Pourtant elle s'accrochait à lui derechef dès que l'Auror lui jetait un regard. Une bonne chose parce que Croyance semblait être sur le point de déferler ses pouvoirs à tout instant…
- Est-ce qu'on peut aller voir mon père ? Questionna-t-il avec un sourire tendu.
- Bien sûr. Restez près de moi et du patronus.
- Est-ce qu'on pourra lui parler sans vous ? Demanda Newt.
Il se trouva un peu trop froid et reprit :
- S'il vous plaît ?
- Vous savez faire un patronus ? demanda-t-il en les emmenant vers les cellules.
- Oui. Je suppose qu'il sera assez puissant.
- Je resterais dans les parages. Dit-il. On ne voudrait pas qu'il vous arrive quelque chose.
- Merci.
Newt lui jeta un sourire hésitant alors qu'ils continuaient d'avancer. Ils pouvaient voir les gens qui se pressaient contre les barreaux en poussant des sons presqu'animaux. Ils pouvaient en trouver d'autres recroquevillés dans un coin, suppliant des gens qu'ils ne pouvaient plus supplier… Ils étaient en train de se faire ronger par quelque chose de tellement horrible.
Certains en oubliait leur nourriture et devenait famélique à force de se priver de manger et de boire. Et quand était-il des odeurs ?
Sa mère lui avait dit de ne pas venir ici et il commençait à comprendre pourquoi. Malgré la rancœur qu'il éprouvait pour son père, il ne tenait pas non plus à le voir dans un état affreux et innommable.
- Ça va ? Demanda-t-il vers les enfants.
Croyance hocha la tête et Modestie souffla un « oui ». Elle regardait les corps, le visage fermé. Il lui tenait la main et elle tremblait.
- Vous pouviez rester sur la barque si vous préfériez.
- Non, je préfère être avec toi ! Répondit Croyance.
Newt n'eut pas le temps de lui répondre par un sourire parce qu'il y eut une décharge d'énergie opaline et que des prisonniers se jetèrent sur les barreaux, étendant la main pour essayer d'effleurer la jeune fille qui poussa un cri.
Les Détraqueurs eux-même se mirent à tournoyer autour d'eux. Kingsley souleva sa baguette et son patronus chassa les bêtes avides. Il se tourna vers Newt qui resserra Modestie contre lui.
- Que se passe-t-il ?
- Tant que vous avez un patronus et que les grilles sont solides, rien. Répondit Newt. Les pouvoirs de Modestie ne sont pas de ceux qu'on a l'habitude de voir.
Et ceux de Croyance non plus…
Il ne pouvait pas en dire plus parce qu'il n'en savait, en fait, absolument rien…
- D'accord. Quelle tente de contrôler ça.
La blonde lui lança un regard venimeux. Si elle en était capable, elle l'aurait déjà fait !
Newt la resserra de plus belle alors qu'ils continuaient d'avancer. Leurs pas résonnaient sur le sol de pierre et se réverbéraient contre les murs de pierres, assistés par quelques gouttes qui tombaient sans cesse. C'était une ambiance au moins aussi malsaine que les cris qui les accompagnaient. Que les créatures qui tentaient de tournoyer autour d'eux.
- Tu les vois ? Demanda Croyance.
Modestie tourna la tête vers lui.
- Quoi ?
- Les… Détraqueurs ?
Il leva les yeux vers Newt qui opina avant de s'adresser à la gamine.
- Ces créatures qui ont l'air de robe émaciées.
- Oui. Dit-elle.
Si ce n'était pas la preuve ultime qu'elle avait maintenant de la magie en elle, il ne savait pas ce qu'il leur fallait. Mais en regardant les cheveux de la fillette, il se demanda s'ils devaient faire quelque chose contre ça.
Elle pouvait enfin être avec son frère dans le monde qu'ils désiraient tellement connaître. Et elle possédait de quoi se défendre. Mais aussi se mettre dans les problèmes…
Mais si la magie était en train de devenir de la vraie magie, elle pourrait même aller à Poudlard, ce qui n'était pas donné pour Croyance…
C'était des questions qu'ils devraient se poser en temps et en heure…
- On arrive. Annonça Kingsley, comme pour approuver ses pensées.
- Merci. Dit Newt. On peut rester seuls ?
- Oui, oui. Sachez, jeune Dumbledore, que si quelque chose ne va pas…
- On vous appellera. Merci.
Le magizoologiste lui lança un sourire et il attendit qu'il se soit éloigné, non sans qu'il ait pris le relai niveau patronus, pour s'approcher de la prison.
Les Détraqueurs étaient dangereux parce qu'ils n'aspiraient qu'à vous voler tout souvenir joyeux et qu'ils vous détruisaient de l'intérieur… Newt avait la sensation qu'un Détraqueur venait de passer la barrière de son patronus et s'emparait de tout ce qu'il avait…
Il était devant son père. Il le voyait misérable, recroquevillé, comptant des petits galets sur le sol en fredonnant une chanson qui lui était que trop familière…
- Papa ? Fit Newt en s'avançant.
Il lança un coup d'œil à gauche vers Croyance qui lui broyait le bras, à droite vers Modestie qui se contentait de rester près de lui.
- Newt ?
La voix du vieillard sortait… eh bien, vieille et fatiguée. Exactement comme on s'attendait que les personnes âgées parlent alors que lui avait toujours été tellement plein de vigueur et de vie.
Le rire qui sortit de ses lèvres avait l'air fou.
- Qu'est-ce que tu viens faire ici ? Tu veux te repaître du spectacle de la Bête ?!
- Je m'y connais en Bête, papa. Et tu n'en es pas une.
- Tu as bien plus de pitié pour ces choses-là.
Le mépris dans son ton était effroyable. Était-ce bien l'homme qui avait toujours écouté tout ce qui le passionnait avec joie ?
Non…
- Tu as l'air médusé. Que se passe-t-il ?
- Papa, je voulais te voir parce que nous avons besoin de ton aide.
- Besoin de mon aide ?
Il éclata d'un nouveau rire semblant tout aussi fou.
- Là, vous êtes là. Où étais-tu pendant trois mois, Newt ? je pensais que tu viendrais ! Que t'as fait cet homme ?
- Ce que tu espérais qu'il fasse à Tina ou Queenie.
Il frissonnait, se détestant de parler de la sorte, mais il entendit son père rire de plus belle. Il n'y avait que moquerie dans ces accents…
- Tu t'es donc vendu à un homme ? Je me doutais bien que tu agissais bizarrement avec lui.
- La F… Newt et Monsieur Graves s'aiment ! C'est pour ça qu'ils sont ensemble ! Protesta Croyance.
- Qui sont-ils ? Questionna Dumbledore.
Il semblait qu'il n'avait même pas entendu sa réponse. Folie ou vraie personnalité ?
Le vieux Sorcier se redressa et marcha jusqu'aux barreaux auxquels il s'accrocha. Il regarda l'un et l'autre.
- Un Sorcier et une… personne remplie de magie.
- Sorcier ? Souffla Croyance en se tournant vers Newt.
Pourtant, Monsieur Graves disait qu'il était un… Cracmol ? Non ?
- Ne l'écoute pas, Croyance.
- Mais oui. Venez me poser des questions et n'écoutez pas les réponses. Se moqua l'homme.
- Papa, je ne te permets pas de faire du mal à ses enfants…
- Le garçon est à peine plus jeune que toi. Ça me fait étrange de te voir comme ça. J'aurais cru que tu n'en avais qu'après les animaux. Ton monde n'a aucun sens…
Newt pinça les lèvres et il leva les yeux vers son patronus qui perdait en éclat. Être joyeux dans un moment pareil, c'était dur… Son père connaissait absolument tous ces points faibles.
- Ton petit ami n'est pas fréquentable, Newton. Ne voit pas en moi un ennemi. Je veux ton père. Je veux que tu ailles bien. Tu dois le fuir.
- Connais-tu Tom Jedusor ? Questionna Newt en levant les yeux vers lui.
- Tom Jedusor ?
- C'est un jeune Sorcier.
- Je le connais, en effet. Nous l'avons envoyé chez vous. Une solution de repli.
- Que veux-tu dire ? Interrogea le magizoologiste.
Et pourquoi est-ce qu'il lui vendait le pot aux roses si facilement.
- Tu n'es pas stupide, Newton.
- Vous vouliez que quelqu'un reprenne votre œuvre s'il arrivait quelque chose.
- Je ne pensais pas que toi ou ton ridicule petit ami pourrait nous battre. Mais nous étions prêts à toute éventualité.
- Pourquoi ? Questionna son fils.
Les lèvres du vieillard s'étirèrent à nouveau.
- Pourquoi est-ce que je te dirais tout ce que tu veux savoir ?
C'était étrange… Albus semblait tout à coup plus vivant. Il n'était pas en train de se nourrir de pensées heureuses, les Détraqueurs lui en avaient trop volées, mais quelque chose dans ce qu'ils faisaient l'amusait sans nul doute.
Un frisson parcouru Newt à l'instant où l'énergie opaline émana de Modestie. Il y eut des cris, des protestations, des menaces de faire goûter à cette petite beaucoup trop de douleurs.
Ou de plaisir…
Modestie trembla et le Magizoologiste la resserra contre lui. Elle leva ses yeux vers lui, se demandant comment il y résistait.
- Je vois… Chuchota Albus en souriant. Newton ! Je ne tiens pas à ce que vous vous en sortiez comme ça. Reprit-il.
- Pourquoi ? Tu es notre père. Tu devrais vouloir que tes filles et ton fils puissent vivre dans un monde sûr, non ?
- Bien sûr. Mais qu'est-ce que vous faites de votre vie, dis-moi ? Est-ce que vous méritez seulement ce que tu me demandes ?
Il lui lança un sourire glacial. Aussi glacial que l'air ambiant.
- Tina est seule et adjointe au Maire et Queenie s'en sort très bien comme couturière, on adore ses robes. Et elle sort avec le Moldu que vous avez peut-être eu l'occasion de rencontrer. Jacob.
- Et toi ? Reprit-il.
Ses yeux pétillaient étrangement mais il lissait aussi un certain dégoût.
- Que t'ont fait les Moldus ? Je pensais que tu les aimais…
- Il semble que je suis un bon acteur. Je les déteste. Je ne veux pas être à leur merci. Ils ont fait beaucoup de mal, tu sais. J'ai passé ma vie à devoir vous protéger…
- De quoi ?! Puisque tu nous as fait tant de mal !
- Pourtant, tu es heureux avec ton ami. Percival Graves… Je pense que tu peux me remercier.
Newt secoua la tête. Il eut une vague de mépris puis d'incompréhension et, enfin, de mépris en voyant le sourire de son père.
- Pourquoi est-ce que maman a rompu avec toi ?
Modestie se resserra contre leur protecteur alors que Croyance avait les yeux écarquillés. On ne lui avait jamais parlé d'Albus Dumbledore et il commençait à comprendre pourquoi. Honnêtement, comment est-ce que quelqu'un comme lui avait pu élever un être aussi doux que sa Fée ?
- Peut-être qu'elle se doutait que j'aurais un jour des desseins sombrent sans en être sûr.
- Tu désirais rencontrer Gellert. Tu voulais prendre ta revanche sur les Moldus, je comprends bien… Mais je ne comprends pas d'autres choses…
Le sourire de son père était à nouveau moqueur alors que son regard annonçait qu'il en savait tellement plus que lui. Il se souvenait de ce regard dans son enfance. Il se souvenait n'avoir rien contre lui. Au contraire. Ça voulait dire qu'il y avait tellement à apprendre. Et il voulait tant être capable de rendre son père fier.
En était-il seulement capable ?
Le patronus était bien là. Il voyait sa lumière mais il était incapable d'en ressentir les effets. C'était comme si les Détraqueurs ne cessaient de s'en prendre à lui. La différence étant que d'une certaine manière, il aurait été content de nourrir ces créatures. Mais là, il avait juste envie de vomir.
Que tout s'arrête…
- Oui ?
- Pourquoi Jedusor ? Pourquoi prendre des risques ? Vous saviez pertinemment que si on vous arrêtait, ce qu'on a fait, vous seriez à Azkaban.
- Newton, tu n'es pas idiot. Ne me laisse pas croire que mon fils est un idiot.
Les sourcils du Magizoologiste se froncèrent et il se tourna vers la petite fille.
- Tu as dit que tu l'entendais parler seul ?
Elle acquiesça.
- Il avait l'air d'être en conversation ?
Nouveau hochement de tête.
Newt se mordit la lèvre inférieure et il leva les yeux vers son père. Les orbes se rencontrèrent et si le jeune homme frissonna d'horreur, il le soutint.
- Gellert est mort à cause d'un sortilège de videntrailles mais Percival m'a juré que ce n'était pas de sa faute…
- Et tu l'as cru ?
- Je n'ai pas de raison de ne pas le croire. D'autant plus lorsqu'il me dit qu'il craint que ce soit pour que je pense que c'est lui qui l'a fait.
Le châtain secoua la tête.
- Je ne sais pas de qui c'était l'idée mais j'espère que ce n'est pas la tienne, papa. C'est très mal me connaître.
Il baissa à nouveau le regard, incapable de soutenir plus longtemps celui de son père. Il sentit une caresse sur sa main gauche.
- Personne ne se tue comme ça.
- À part les personnes qui ne sont plus très saines mentalement. Intervint tout de même Albus.
- Gellert savait pertinemment ce qu'il faisait. Il savait que s'il se tuait, ce ne serait pas fini…
Le regard de son père changea.
C'était celui-là.
Celui qu'il avait essayé de faire apparaître pendant toute son enfance en espérant qu'il pourrait exister aux yeux de son père. La fierté.
- C'est un fantôme. Et c'est pour ça que Modestie entendait une conversation à sens-unique. Elle est Moldue et elle ne peut pas entendre ou voir les fantômes.
Il y eut des cris et des hurlements dans les cellules voisines. « Laissez-la moi ! » rugissait-on. « Je veux la tuer ! » crachait un autre. « Si je mets la main dessus… »
- C'est presque fini, Modestie. Annonça Newt.
- Tu comprends ? Dit le vieillard. Vous êtes échec et mat. Vous ne pouvez rien faire contre un fantôme. C'est nous qui avons gagné.
- Pas vraiment… Tu me connais, tu connais Tina et Queenie mais nous ne sommes pas seuls.
- Vous ne pouvez rien faire ! Répéta Albus.
Newt emmena les enfants avec lui et il entendit un grognement, presqu'un hurlement, venant de son père. Il se fondait avec la masse de fou.
- Revient Newt !
Il avait envie de lui lancer un cruel « jamais ». Mais il se retint.
Il ne voulait pas être comme lui. Il ne pouvait pas l'être. Ce qui ne voulait pas dire qu'il ne lâcherait pas sa souffrance à un autre moment…
