- Croyance !
Le garçon se redressa dans le lit alors que sa sœur tremblait. Son souffle s'accélérait et se diminuait. Il essayait de se stabiliser mais en vain. Son cœur battait beaucoup trop vite et des marques apparaissaient sur son visage, sa peau pâlissait, ses yeux devenaient blancs.
- Croyance…
Modestie se leva, attrapant un filin doré pour le voir s'étendre. Ses cheveux n'étaient-ils pas plus long à présent ? Elle aurait voulu juste attraper un ciseau et réessayer l'expérience mais elle n'avait jamais vu autant de personnes réagir à ses pouvoirs.
Faux.
À Azkaban.
Mais elle se souvenait aussi qu'ils étaient dans des cellules et qu'ils n'avaient pas pu venir à elle. Newt seul avait suffi à repousser l'Auror.
Pourquoi est-ce que les gens réagissaient comme ça ? Pourquoi d'autres ne le faisaient pas.
Modestie poussa un cri en voyant des amas gris émaner de lui, comme s'il était au cœur d'une tempête. Une part d'elle voulait se jeter dans ses bras pour le calmer, l'autre la clouait sur son lit, lui disant que si elle l'effleurait, elle mourrait…
- Croyance…
Il s'avança, son corps continuant d'émettre ces étranges fumerolles. Il s'avança vers la barrière où tout le monde se pressait. Dès que ses doigts effleurèrent la protection, elle explosa, repoussant tous ceux qui s'y agglutinaient. Ils gémirent, pêle-mêle sur le sol et sur les murs.
Il se tourna vers sa sœur, le corps ne s'étant pas modifié d'une seule parcelle.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Bonne question.
- Ils ne t'approcheront pas !
- Croyance… Ton corps…
Pas que son corps, en fait. Tout était en train de craqueler autour de lui. Le sol et les murs, les vêtements des gens autour. Et pourtant, leur adulation les poussait à se redresser et à se presser toujours plus vers Modestie qui tremblait d'angoisse.
- Croyance ! J'aimerais qu'on aille ailleurs.
Elle prit ses cheveux dans ses bras et les souleva.
Il fallait qu'elle trouve un moyen de pouvoir les transporter.
- Croyance… On devrait aller voir la mère de ta Fée. Dit-il.
Elle serra les dents, souleva la masse de cheveux, alors qu'une partie continuait de traîner sur le sol, et courut vers les escaliers.
- N'en faites pas à votre tête… N'en faites pas à votre tête. Répétait-elle alors qu'elle se précipitait vers les marches.
- Modestie !
La voix de son frère se transforma en un cri inquiétant qui manqua de se la faire s'arrêter sur place. Elle avait la conviction qu'il la suivrait.
Quelque chose la suivait en effet : des fissures. Des cris qui allaient de la peur à la haine en passant par le désir. Et ce qui continuait de la sidérer, c'était que des gens restaient inertes sur son passage, la regardant avec de grands yeux.
Elle entendit des exclamations puis elle dut presque se jeter sur le sol pour éviter des traits qui fusaient dans l'air. Certains renforçaient les infrastructures qui étaient en train de s'effondrer. D'autres avaient pour but de retenir Croyance. Et l'un d'eux le jeta sur le carrelage dans un bruit sec. Modestie roula sur le dos, écrasant ses cheveux, et écarquilla les yeux en regardant son frère se redresser, donner l'impression que ses os allaient sortir de son corps. Puis il disparut en une masse grise.
Les professeurs s'étaient avancés avec leurs baguettes sorties.
- Ne lui faites pas de mal ! S'écria-t-elle.
Elle ferma les yeux de toutes ses forces.
- S'il vous plaît, s'il vous plaît… faites quelque chose. Souffla-t-elle en serrant si fort ses cheveux entre ses mains qu'elle aurait tout aussi bien pu les arracher.
Elle entendit de nouvelles exclamations et souleva ses paupières juste à temps pour voir les éclats de lumières variées foncer vers son frère.
- NOOOOOOOOOOOON !
Son hurlement se répercuta contre les murs avec une telle force que la magie de ses cheveux se déploya en retour. Les gens se retournèrent et vinrent vers elle avec avidité mais elle ne les voyait pas, se redressant pour courir vers son grand frère. Elle se jeta dans la masse de fumerolles.
C'était la fin ?
Elle sentit quelque chose de confus, comme des caresses sur son corps mais aussi une déferlante de pensées. C'était Croyance ? Il pensait à son passé, à la haine qu'il avait pour leur mère, à celle qu'il avait pour Jedusor et tous ceux qui essayaient de les éloigner l'un de l'autre. Il songeait à la joie qu'il avait eue lorsqu'il avait enfin pu reconnu à sa juste valeur auprès de « la Fée » et « Monsieur Graves ». Bientôt noyé par la sensation qu'il ressentait actuellement. Celle de ne servir à rien ni personne… De pouvoir effleurer la magie mais n'être même pas capable de l'utiliser. La douleur. L'horreur de ne pas pouvoir sauver sa sœur.
Tout ça la vrillait et lui faisait terriblement mal aux membres. Est-ce que c'était pour ça que les autres venaient à mourir ? Est-ce que les émotions de Croyance étaient beaucoup trop puissantes pour eux ?
C'était ça le fin mot de l'histoire ?
Elle mourrait en sachant à quel point son frère était mal aimé et elle lui enlevait un peu plus de cet amour…
Elle voulait se donner un violent coup de poing et essayer de se remettre les idées en place.
Vit pour ton frère !
Elle ne pouvait même pas bouger les membres.
Vit pour ton frère !
- Croyance !
Elle sanglota, son visage devenant rouge.
- Croyance, je t'en prie !
Une nouvelle énergie se dégagea de son corps et elle fut repoussée. Ses bras lui firent horriblement mal et alors qu'une sensation de brûlure montait dans ses membres, elle remarqua qu'ils saignaient, brûlés sur le sol. Toutefois, elle remonta le visage vers son frère et vit qu'il avait reparu.
Elle sourit.
- Que se passe-t-il ? Questionna une voix sèche.
La mère de cette « Fée » !
- C'est ce garçon qui est devenu fou. Annonça une petite voix haut-perchée en désignant Croyance.
La blonde lui lança un regard mortel puis elle revint vers son frère qui émettait un étrange bruit de sanglot.
- Modestie ?
Il tâtonnait.
- Je suis là !
Elle se redressa et se précipita vers lui, trébucha sur ses cheveux puis finit sa course à genoux devant lui. Elle poussa un couinement puis prit le visage de son aîné entre ses mains.
Et rencontra ses yeux blancs. Complètement blancs…
µµµ
La table croulait sous les bons plats que Queenie avait faits. Purée onctueuses, plusieurs viandes tels que bacons, boudins, morceaux de poulet à la sauce blanche puis des haricots et une sauce à base de tomate pour achever le tout. Le dessert, une tarte au riz fait par Jacob, une recette apprise en Belgique, trônait au milieu des plats. Un peu d'eau ou de vin venait se mêler pour un délice des palais.
Et il fallait dire que c'était bien étrange de se mettre à manger comme ça alors qu'ils attendaient une certaine Fée…
Newt se leva, souleva les pans de sa robe et enjamba Sammy qui restait à ses pieds et il s'approcha de la fenêtre avec une gamelle.
- Voilà ! J'espère qu'il y en a assez.
- Il pourra toujours se resservir, sinon. Sourit Queenie.
Le Niffler attrapa son plat à travers la fenêtre, content qu'il y ait une gamelle parce que ça faisait encore plus de nourriture. Il n'était pas du genre à se heurter parce qu'on ne lui mettait pas tout sur une assiette…
- Qu'est-ce qu'on dit ? Questionna Newt.
- Merci. Marmonna-t-il.
Puis il se mit à dévorer son plat, se tapissant derrière la maison pour qu'on ne le voie pas trop. Il avait fait s'effondrer deux arbres et il prenait toute la place sur la pelouse, ayant même réduit en miettes quelques fleurs. Mais, au moins, il était dissimulé. Même si les habitants connaissaient le Niffler, à présent, il n'empêchait qu'il était un peu inquiétant.
Newt revint vers sa chaise et il s'installa avant de prendre un haricot pour le tendre à Pickett.
- Bon appétit. Lui souffla-t-il en souriant.
L'animal-végétal s'en saisit et se blottit contre sa joue alors que son arbre commençait à manger aussi.
- Oh oui ! C'est un excellent sujet de conversation. Comment se passe le mayorat, Tina. Est-ce que maintenant que Newt est là, c'est à lui de s'en occuper ?
Elle fronça les sourcils.
- J'avoue. Mais c'était une bonne question.
Elle sourit.
- Enfin ! Percy est un peu notre Roi ! Taquina-t-elle.
- Vos parents ne devaient pas appeler Newt « Princesse ». Supposa Jacob avec un rire avant que sa compagne n'ait put faire un commentaire qui l'empêcherait de parler à voix haute.
Juste parce qu'il voulait partager cette blague avec les autres.
Et lesdits autres rirent en effet ce qui le rassura un peu.
- Tu es fantastique. Lui dit sa compagne en tendant la main pour prendre la sienne.
Des coups frappés à la porte interrompirent le repas. Bien que l'assiette de Newt fut presque pleine et celle de ses sœurs, et de Jacob, presqu'achevées, il se leva et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit.
Sur le seuil, une étrange créature se tenait. Newt n'avait aucune idée de comment la qualifié tant elle était moche. Il aurait pu dire « crapaud » mais il avait la sensation que ce serait insulter cette pauvre petite bête. La Dame, si on pouvait dire ça, était tout de rose vêtue et elle avait un nœud dans ses cheveux bruns-noirs.
Elle se dégagea la gorge d'un petit « hm-hm ».
- Ravissante. Commenta-t-elle. Cette sale bête a dû goût. Vous devez en avoir moins.
- Bonjour ?
- Il ne vous a pas parlé de moi ? Et ayez l'obligeance de me regarder.
Newt lui jeta un rapide regard et força un sourire alors qu'il se sentait horriblement mal à l'aise. Il comprenait bien que c'était elle qu'ils attendaient. Que c'était la Fée, ou la Sorcière, mais il ne s'attendait pas à ça !
- Vous êtes très jeune. Dit-il.
- Vraiment ? Merci. J'ai cinq cent quarante-quatre ans.
- Oh… Vous ne les faites pas…
- Je sais. Je peux rentrer ?
Elle se racla à nouveau la gorge de cette façon bizarre et Newt lui offrit un nouveau sourire léger avant de se reculer.
- Nous mangions, vous voulez quelque chose.
- Du thé. Merci beaucoup.
Queenie agita sa baguette et le thé se prépara immédiatement alors que la femme avançait dans la salle. Newt fit un signe vers le Niffler pour qu'il se cache. La femme avança vers Jacob et prit la chaise du magizoologiste.
- Je ne me souvenais pas que vous ressembliez à ça… Machin. Dit-elle.
- Jacob…
- Jacob. Je ne me souvenais pas que vous étiez aussi gros. Je suppose qu'un siècle en tant que Niffler fait tout changer. Comment avez-vous trouvé ce joli brin de fille ?
- Oh… euh… On s'est rencontré dans la rue. On a continué à se fréquenter et c'est une personne fantastique. Elle s'inquiète vraiment de moi et je suis heureux avec elle.
- Ah ! Et vous avez su l'aimer malgré sa fourrure et son avarice ?
Elle se tourna vers Newt qui était debout à côté d'elle et regardait Sammy par-dessus les genoux de la Fée.
- Vous… Comment vous vous appelez ? Fit-elle.
- C'est Newtonia Fido Artemis Dumbledore ! Dit Queenie en souriant. Et vous, Madame ?
- Dolores Ombrage. Répondit l'espèce de crapaud. Qu'est-ce qui a fait que vous l'avez aimé, Newtonia ?
- Il est gentil. Il a mauvais caractère mais il est gentil et il s'inquiète pour ceux qu'il aime.
Jacob lança un coup d'œil vers sa compagne qui posa sa main sur sa cuisse sous la table en opinant.
Oui, il parlait du Niffler et pas de lui. Tout ça allait vite déraper.
- Nous sommes contents que vous soyez venue ici. Nous devions vous poser une question tant que vous êtes là.
- Oui ?
Elle prit une gorgée de thé puis observa le plat à peine entamé de Newt.
- Vous avez oublié de me servir de la viande.
Queenie agita sa baguette et des morceaux volèrent de la poêle vers l'assiette. Elle lança un regard vers son frère qui lui répondit par un sourire. Il pouvait attendre pour manger et il pouvait prendre une nouvelle assiette.
- Nous avons un problème de Fantôme. Est-ce que vous pouvez nous aider à nous en débarrasser ? Questionna Tina.
- De quoi voulez-vous parler ?
- Un Fantôme qui parasite les gens et qui veut continuer à poser problème avec les Moldus de par-delà la mort. Nous voulons le détruire. Mais nous savons que nous ne pouvons pas faire ça facilement. Reprit Tina.
- C'est grâce à Jacob. Dit Queenie en serrant sa main sur la cuisse de son compagnon. Il nous a parlé de vous et nous avons compris que c'était l'opportunité parfaite pour nous sortir de ce mauvais pas.
Elle lui donna un sourire alors que Newt restait debout, faisant les cent pas. Il regardait les animaux sur le sol. Sammy qui fixait Ombrage et Joachim qui dormait sur le sol. Il se pencha sur la table pour prendre un nouvel haricot qu'il tendit à Pickett.
- Vous avez eu beaucoup de chance, n'est-ce pas ? Ou ce Fantôme vous ennuie depuis longtemps.
- Depuis longtemps. On a saisi l'occasion. Dit Tina.
La Fée se dégagea une nouvelle fois la gorge et elle regarda Newt puis Jacob.
- Vous pouvez être un peu plus proche que ça. Je ne jugerais pas. Assura-t-elle.
Elle affichait d'ailleurs un sourire.
- Je dois voir que vous vous aimez vraiment. J'ai souvent pensé que ce maudit Jacob pourrait essayer de me duper.
- Comment pourrait-il faire ça ? Questionna l'aînée Dumbledore.
Queenie acquiesça discrètement vers son compagnon et jeta un coup d'œil vers son frère qui avait l'air inquiet. Il se mordilla la lèvre inférieure alors que Jacob se levait.
- Il doit y avoir moyen avec des sorts ou des potions. Je n'ai pas fait attention à ce qu'on pouvait faire ou ne pas faire.
Newt n'avait jamais cherché non plus. Surtout parce que Clay ne voulait pas redevenir humain. Et c'était bien pour ça qu'il était ainsi terré dans le jardin.
- J'espère que vous ne me mentez pas. Reprit-elle en coupant son poulet. Je ne supporte pas les menteurs. Et si vous le faites…
Ses yeux se rétrécirent alors qu'elle les dévisageait. Jacob s'approcha de Newt.
- Ne vous inquiétez pas, Dolores.
Il attrapa son ami.
- Pas vrai, poupée ?
Il le renversa d'un seul coup et se pencha pour coller ses lèvres contre les siennes. Tina haussa un sourcil alors que Queenie, gloussait. Surtout d'entendre les pensées de l'un et l'autre.
- Magnifique. Fit Dolores avant d'avaler de nouveaux morceaux de nourriture.
Elle goûta la purée en réfléchissant.
- Il se trouve que, oui, il y a un moyen d'exterminer un Fantôme. Mais ce n'est pas non plus la chose la plus aisée à faire. Comme vous le savez, seuls les gens qui ont peur de la mort restent des Fantômes. Et il est possible de les faire partir si on les aide. Mais c'est rare. Il y a moyen de les annihiler mais ce n'est pas facile…
- Ce n'est pas quelqu'un qui a peur de la mort qui a fait ça. Dit Newt.
Il repoussa Jacob.
- Ma petite sœur a du mal avec les contacts physiques. Précisa Queenie.
Ombrage opina alors qu'elle buvait à sa tasse.
- La personne qui nous pose problème est très puissante et je pense qu'elle a volontairement choisi de rester ici.
- Alors si cette personne est vraiment puissante, elle s'est liée à un endroit. Ou à une personne. Si vous vous débarrassez de cette personne, ce sera fini.
- Papa ? Questionna Tina.
- Non. Pas si on en croit Modestie. Répondit Newt. Plutôt Jedusor.
- Jedusor, c'est plus logique. Certifia Queenie.
- Alors on en est au même point : on doit le trouver ?
La Fée émit un étrange petit bruit, comme si elle se moquait d'eux, et elle porta sa tasse à ses lèvres.
Elle n'aurait vraiment pas cru que cet idiot de Prince se trouverait quelqu'un qui le sauverait de son sort. Il semblait qu'elle s'était trompée.
Dommage.
