Tom Gottu
HARRY POTTER
RENVOYÉ
Cette histoire est une fanfiction tirée de l'oeuvre Harry Potter à l'école des sorciers de J. K. Rowling. Elle n'a aucun but lucratif et n'est liée en aucun point à l'autrice ou à la société de production Warner Bros.
Malgré cela, dans la mesure du possible concernant le cadre légal des fanfictions, j'aimerais dédicacer celle-ci aux animateurs du podcast Fréquence 9 3/4, Jérémy et Marina, qui font un travail d'exception.
Merci à eux.
CHOIXPITRE 1 :
Aventure en forêt
Lorsque Harry se leva, ce jeudi matin, il ne put s'empêcher de penser à ce qui l'attendrait l'après-midi. Son ami, Ronald – Ron – Weasley , lui répétait sans cesse que Drago Malefoy, comme son père, n'était seulement qu'un « gros » hypocrite mais Harry s'imaginait le pire. Que se passerait-il si, une fois devant son balai, il se positionnait à l'envers, aux yeux de tous ? C'était tellement absurde, et pourtant… Finalement, il se calma un peu quand Ron se risqua à poser l'hypothèse que, si Malefoy était réellement aussi bon au quidditch qu'il le prétendait, il l'aurait déjà prouvé. Après tout, Lucius Malefoy (le père de Drago) avait suffisamment de pouvoir pour obliger le directeur, Albus Dumbledore, à laisser Malefoy fils faire ce qu'il désirait c'était du moins ce que vantait le jeune Drago. Dans ces conditions, comment expliquer que Drago ne s'était pas encore pavané dans la grande salle, du haut de ses dix mètres, chevauchant le Nimbus 2000, le balai de course sorti peu de temps auparavant ? L'idée pouvait sembler grossière, mais elle suffit à faire tomber l'angoisse qu'éprouvait Harry à ce moment de la journée. Du moins, jusqu'à ce qu'ils descendent et qu'Hermione se joigne à eux…
À peine arrivée, la jeune fille commençait déjà son monologue.
– C'est affreux, je ne suis pas prête ! Je connais seulement un huitième des sept-cents fautes de quidditch ! Je ne réussirai jamais mon examen…
Les garçons se regardèrent. Évidemment, aucun des deux ne connaissait les sept-cents fautes du quidditch… mais ils n'en connaissaient pas même un huitième ! Ron devait en connaître au plus une vingtaine, quant à Harry, il ne pouvait qu'espérer qu'elles étaient similaires à celles des sports moldus. Malgré cela, Ron décida de taquiner Hermione.
– D'après mon père, affirma-t-il, la professeure est extrêmement sévère. Elle renvoie dès l'premier cours ceux qui n'savent pas attraper l'vif d'or sur le terrain en moins d'une minute…
Hermione le regarda, mi-douteuse, mi-affolée.
– Mais c'est impossible, rétorqua-t-elle. – Seuls les plus grands attrapeurs ont accompli cet exploit !
– J'dis juste c'que j'ai entendu, ajouta Ron, avant de détourner la tête.
C'en était trop pour Hermione. Elle se leva d'un bond et s'enfuit en courant.
– Elle va où ? demanda le rouquin.
– Sûrement réviser un peu, répliqua Harry, mais, en vérité, ça ne l'intéressait pas vraiment. Ils avaient tous leurs problèmes.
C'est alors que Neville Londubat débarqua. Il s'assit en face de Ron, et Harry ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait l'air encore moins serein que lui. Neville commença, comme à son habitude, à exposer ses problèmes.
– Je suis jamais monté sur un balai… ma grand-mère a jamais voulu.
Harry fit semblant d'être étonné, mais il savait en réalité que c'était la plus sage décision. Cependant, il se garda bien de le lui dire. La suite du petit-déjeuner se déroula sans un mot, mais Hermione refit surface peu avant la fin. Elle commença à énoncer quelques conseils – lus dans le livre intitulé Le Quidditch à travers les âges – qu'elle s'était avisée de retenir pour avoir le plus de chance de ne pas finir aplatie comme une crêpe, tombée d'un balai situé à vingt mètres du sol. Au début, Harry reconnut que les informations d'Hermione étaient utiles, mais il changea bien vite d'avis. En effet, Hermione avait la fâcheuse tendance d'associer à chacun de ses conseils un accident possible, le plus souvent avec le joueur finissant mort ou démembré. Ainsi, au lieu de réconforter Harry, elle attisait son stress.
Heureusement, le courrier ne tarda pas et, même si Harry lui-même ne reçut rien ce jour-là, l'arrivée des paquets destinés aux autres provoqua la fin de la liste interminable des conseils d'Hermione, qui voyait que plus personne ne l'écoutait. Malefoy, assis à la table des serpentards, brandissait fièrement son colis – des bonbons –, ce qui lui valut un regard dédaigneux de la part du professeur McGonagall, positionnée près de la table des professeurs. Neville, lui, reçut un objet bizarre. C'était une sphère transparente avec de la fumée blanche à l'intérieur. Après ses explications plus ou moins claires, qui affirmait que ce « Rapeltout » permettait de savoir si l'on avait oublié quelque chose, la fumée à l'intérieur tourna rouge. Tandis que le garçon se questionnait sur ce qu'il avait bien pu oublier, Malefoy s'approcha discrètement et arracha l'objet de la main de Neville. Harry et Ron se levèrent d'un bond et Ron s'apprêtait déjà à sortir sa baguette, lorsque le professeur McGonagall intervint.
– Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.
– C'est Malefoy qui m'a pris mon Rapeltout, gémit Neville.
Malefoy murmura un « C'était simplement pour jeter un coup d'œil » puis, après avoir lâché la boule sur la table, s'éloigna avec ses deux acolytes, Crabbe et Goyle.
Ce fut à trois heures et demi que les gryffondors se rendirent au terrain de quidditch. Après être passés devant l'infirmerie et sous la grande horloge du château, ils traversèrent la cour arrière, au centre de laquelle était disposée une magnifique fontaine, et arrivèrent dans les plaines via le grand pont en bois. Quand ils arrivèrent au terrain, la traversée des collines les avaient exténués. Harry espérait donc que la professeure leur épargnerait l'échauffement tant redouté qui ouvrait, en général, tous les cours de sport.
Les serpentards étant déjà sur le terrain. Ainsi, une fois les gryffondors arrivés, les élèves n'attendaient plus que Mme Bibine, leur professeure. Neville ne s'était pas séparé de son Rapeltout, et Harry se demanda comment voulait-il le garder une fois en l'air. Peut-être comptait-il tenir son manche avec une seule main ? Ce n'était pas très prudent, surtout si l'on prenait en compte les mises en garde des deux jumeaux Fred et George, qui affirmaient que les balais d'entraînement n'étaient pas vraiment stables… Mais ses pensées furent interrompues par l'arrivée de Mme Bibine. Elle avait des cheveux gris, coupés courts et des yeux jaunes au regard perçant. Les apparences ne s'avérèrent par ailleurs vraies. Mme Bibine était en effet stricte et, avant même d'avoir salué ses élèves, elle les réprimandait déjà, critiquant leur inactivité. Les élèves retrouvèrent rapidement leurs esprits et se mirent à ordonner « Debout », chacun à son balai respectif. C'était ce que la professeure leur avait imposé de faire, et aucun élève n'était en mesure – ni ne voulait – se plaindre de quoi que ce soit.
Ce fut ensuite que tout commença à déraper. Neville, ne contrôlant pas son balai, s'éleva à quelques mètres dans les airs avant de faire une chute douloureuse, qui lui valut d'être emmené par Mme Bibine en direction de l'infirmerie. Les autres élèves avaient explicitement reçu l'ordre de ne pas toucher aux balais sans sa présence, mais, bien-sûr, Malefoy ne l'écouta pas. Il récupéra le Rapeltout, tombé au cours de la chute, et commença à se moquer du pauvre Neville. C'en était trop pour Harry. Sentant la colère monter, il ordonna à Malefoy de lui rendre le Rapeltout. Malgré son timbre de voix étonnamment sévère – dont Harry lui-même s'étonna –, il ne suffit pas à convaincre Drago Malefoy. Ce dernier prit son envol et, bien décidé à ridiculiser son adversaire, le défia de le rejoindre. C'est d'ailleurs ce que fit Harry qui, malgré le stress accumulé depuis le matin, sentait cette fois que la colère prenait le dessus. Ignorant les appels au calme d'Hermione, il enjamba le balai… et décolla. Une fois au niveau de Malefoy, il comprit qu'il venait de trouver ce dans quoi il était sûr d'être bon : le quidditch. Il sentait le balai vibrer, mais celles-ci n'étaient pas dues à un manque de stabilité. Harry avait en fait l'impression que le balai vivait. Suffisamment confiant, il se pencha et, avant même que Malefoy ne puisse prononcer un mot, le força à se décaler pour ne pas lui servir de cible car, lancé à la vitesse d'un javelot, il s'apprêtait à heurter Drago. Après un virage serré – qui lui valut les cris d'admiration de tous les gryffondors –, il se pencha à nouveau, mettant tout son poids sur l'avant du balai, qui se baissa de quelques millimètres avant de prendre une accélération inouïe – du moins pour un balai fourni pas l'école.
Ajustant sa position après un nouveau virage, Harry lança :
– Alors, Malefoy ! Crabbe et Goyle ne sont plus là pour te sauver la mise ?
Drago, qui semblait de plus en plus énervé, joua sa carte chance. Il lança le Rapeltout haut dans les airs et somma Harry de le rattraper. Ce-dernier n'hésita pas une seconde. Il fit demi-tour et s'engagea à toute vitesse dans une course contre le Rapeltout. La petite boule était à vingt mètres de lui lorsqu'elle commença à retomber. Harry angla immédiatement son balai. Il savait qu'il allait devoir faire attention, car il prévoyait d'attraper le Rapeltout juste avant qu'il ne s'écrase au sol. En fait, c'était sa seule chance de sauver l'objet il accéléra. Harry voyait très bien le Rapeltout se rapprocher de lui… mais aussi du sol ! Il tendit la main et se pencha encore sur son balai. À partir de maintenant, chaque faux mouvement pouvait lui briser la nuque. Cependant, ce qui l'inquiétait réellement était d'attraper l'objet volant identifié. Lentement, Harry s'approcha de la sphère… Elle n'était plus qu'à quelques centimètres… Enfin, juste avant que le Rapeltout ne se brise contre le sol, sa main se referma sur l'objet. Il remonta ensuite à une hauteur de sécurité avant de freiner et de se poser, tout doucement, sur la pelouse. Il avait réussi. Les gryffondors se ruèrent vers lui pour le féliciter. Tout allait pour le mieux…
– HARRY POTTER ! Jamais, depuis que je suis à Poudlard…
Harry sentit ses jambes défaillir. Il se tourna lentement, suivi des autres. McGonagall arrivait à grands pas. Elle semblait furieuse, mais surtout choquée. Ron se précipita à sa défense, soutenant que Malefoy était le vrai fautif, mais la professeure ne voulait rien entendre. Elle ordonna à Harry de la suivre, puis tourna les talons. Le garçon se mit en marche, jetant un dernier coup d'œil en arrière. Il aperçut alors Malefoy, Crabbe et Goyle, qui arboraient tous trois un sourire triomphant.
Harry suivait McGonagall sans rien dire. Il aurait bien voulu se défendre, mais sa voix l'avait délaissé. Perdu dans ses pensées, il se demanda ce qu'il allait devenir. Allait-il être renvoyé chez les Dursley ? Avait-il une chance de rester à Poudlard ? Peut-être pourrait-il vivre chez Hagrid ? Après tout, jadis avait-il été renvoyé, lui aussi… Pendant que toutes ces questions se chevauchaient dans son esprit, son corps obéissait docilement au professeur McGonagall. Ils montèrent les escaliers, traversèrent des couloirs, furent interrompus par Peeves – c'était la première fois que Harry était heureux de voir l'esprit frappeur, contrairement à la professeure, qui l'envoya balader sèchement –, et finirent leur chemin devant un grand monstre de pierre. McGonagall prononça probablement un mot de passe, « Malice Réglisse », car le monstre prit vie et se mit de côté. Derrière lui campait un magnifique escalier en colimaçon qui, au fur et à mesure que Harry et la professeure avançaient, semblait prendre de la hauteur. Ils finirent devant une grande porte en bois, qui s'ouvrit d'elle-même lorsque la femme y toqua.
Quand Harry entra derrière le professeur McGonagall, il regarda autour de lui. Il y avait dans ce bureau des objets normaux, et d'autres totalement farfelus. Ces-derniers représentaient, par ailleurs, la grande majorité de ce qui se trouvait sur les étagères. Harry n'avait pas la moindre idée de leur utilité, mais, pour tout dire, il s'en moquait : ils avait bien d'autres problèmes ! Il y avait également des dizaines de portraits de vieux sorciers, cloués au mur, et Harry aperçut, posé sur une armoire, le choixpeau. Mais ce qui l'étonnait le plus, c'était l'épée qui était posée à ses côtés. Elle étincelait comme si elle avait été forgée la veille, et de magnifiques cristaux ornaient son manche. Puis, il l'aperçut. Au centre de la pièce et debout derrière la table de travail, enveloppé dans sa magnifique robe pourpre, se tenait Albus Dumbledore. Malgré sa longue barbe et ses cheveux argentés, une aura d'assurance émanait de lui. Ses yeux, d'un bleu métallique, fixaient Harry tandis que la professeure McGonagall lui chuchotait quelque chose. Harry aperçut, derrière le directeur, un magnifique oiseau de proie aux plumes de couleur rouge et or. Lorsque McGonagall sembla finir son explication, Dumbledore la congédia. Le directeur fixa encore un long moment Harry, avant de finalement s'asseoir.
– Prends place, je t'en prie.
À ces mots, Dumbledore sortit sa baguette et, devant l'émerveillement de Harry, fit apparaître une chaise.
– Je dois t'avouer, Harry, que tu me mets dans une situation des plus inconfortables.
La voix de Dumbledore était grave, sévère mais aussi emplie d'une sympathie étonnante. Harry se demandait bien en quoi renvoyer un élève était si difficile, mais il préféra se taire.
– Tu comprendras que je n'ai d'autre choix que d'écrire à ta tante. Ce que tu as fait aujourd'hui était extrêmement imprudent, et tu as de la chance d'être encore en un seul morceau. Je ne peux risquer ta vie, et en tant que directeur, une décision s'impose.
Harry écoutait toujours, les yeux baissés. Il savait ce qui allait suivre. Il allait devoir faire ses valises, puis il allait prendre le train pour Londres, et il allait finir ridicule chez les Dursley. À moins que…
– Professeur… demanda-t-il. – Serait-il possible que… je reste à Poudlard ? Je pourrais aider Hagrid, par exemple ?
Dumbledore fixait toujours Harry, et il ne laissait entrevoir aucune émotion sur son visage. Harry, au fond de lui, ne savait pas vraiment ce qui était le meilleur : rejoindre les Dursley ou bien rester ici et subir les moqueries de Drago tout en voyant ses amis grandir et apprendre à être de grands sorciers ? Mais il avait vaguement l'impression que Poudlard restait le choix le moins mauvais…
Au bout d'un moment, le directeur brisa le silence.
– Hagrid est un semi-géant. À treize ans, il était plus fort que n'importe quel humain. Ça lui donnait un avantage décisif dans le domaine de la magizoologie.
Harry sentit son cœur s'arrêter. Il allait être renvoyé de Poudlard, et ne pourrait même pas rester aider Hagrid ?
– Mais je pourrais apprendre, rétorqua-t-il, tous les magizoologistes ne sont pas des géants, non ?
Dumbledore réfléchit un instant puis soupira.
– Il va falloir demander à Hagrid. S'il t'accepte comme assistant, et comme apprenti, tu peux rester.
Harry souffla un merci, puis tenta une dernière fois de sauver la mise.
– Et Malefoy ? C'est lui qui a commencé, après-tout…
– Les témoins seront questionnés, et le professeur Rogue, en tant que professeur de potions, connaît très bien la matière. S'il a en effet pris son envol, il sera, lui aussi, renvoyé. Ah, et Harry… prends ça. – Dumbledore donna un petit livre à Harry, intitulé Les Animaux Fantastiques, Vie et Habitat, version spéciale, écrit par Nobert Dragonneau, l'auteur d'un des livres de cours de Harry. – C'est une version approfondie, que m'a offerte Dragonneau. Tu en auras sûrement besoin… Tu pourras probablement emménager chez Hagrid et dans quelques jours, le ministre viendra briser ta baguette. Sois-en au courant. Tu peux y aller, maintenant.
Harry ouvrit la porte et sortit, la tête basse, en passant devant le professeur McGonagall. Il n'avait pas tenu deux semaines. Maintenant qu'il avait été viré, plus rien ne l'intéressait. C'était fini, il allait vivre une vie ennuyeuse, en tant qu'aide garde-chasse de Poudlard. En fait, jamais il ne s'était autant trompé de toute sa vie.
Harry profita de la fin d'après-midi pour empaqueter ses affaires. Ses camarades étant encore en cours, il n'était pas obligé de subir leurs remarques désobligeantes… surtout les « Je t'avais prévenu ! » d'Hermione. Lorsqu'il eut fini de ranger toutes ses affaires, il sortit de la salle commune de Gryffondor et, bien que difficilement, au vu de la taille de ses bagages, il descendit les marches et traversa les couloirs. Ils s'apprêtait à sortir par la grande porte pour rejoindre Hagrid dans sa cabane, quand quelqu'un l'apostropha en criant.
– POTTER !
Harry se retourna. Face à lui, se tenait, droit comme un i et drapé dans sa longue cape noire, le professeur Rogue. Harry aurait préféré se trouver, à ce moment-là, partout, sauf ici. Il ne voulait pas subir les moqueries des serpentards, mais pas non plus celles de leur directeur de maison.
– Vous avez été renvoyé, à ce que je vois, dit le sombre professeur, un sourire s'affichant sur son visage.
– Vous êtes merveilleusement perspicace, à ce que je vois, rétorqua Harry. Maintenant qu'il n'était plus élève, il pouvait se moquer à joie de Rogue, sans que celui-ci ne puisse entreprendre quoi que ce soit envers lui. – Mais vous savez, Malefoy aussi va être renvoyé…
– Dois-je vous rappeler, Potter, que je suis le professeur des potions ? Il n'appartient qu'à moi de choisir du sort de Drago…
À ces mots, le professeur tourna les talons et s'éloigna rapidement. Harry n'en croyait pas ses oreilles. Rogue oserait-il mentir à Dumbledore dans l'unique but de sauver Drago Malefoy ? Mais alors, la sonnerie de la fin des cours retentit, et Harry dut se dépêcher pour éviter la foule. Il sortit en quatrième vitesse et descendit la pente en courant, tirant sa valise derrière lui.
Lorsqu'il arriva enfin devant la cabane de Hagrid, il vit la porte entrouverte. À l'intérieur, quatre personnes discutaient. Il reconnut les voix de Dumbledore et de Hagrid, mais deux autres personnes, inconnues de Harry, étaient aussi présentes. Quoiqu'il en soit, Harry s'arrêta devant la porte et décida d'attendre. Alors, il entendit la voix de Ron qui l'appelait. Il descendait rapidement sur le chemin de pierre et, au grand désarroi de Harry, Hermione le talonnait. Harry tenta tout d'abord de s'échapper. Il n'avait pas vraiment envie de discuter, même avec Ron. Mais, ne voyant aucune issue, il décida d'affronter la vérité en face. Dignement.
– On a croisé Rogue dans les couloirs… Qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda Ron en arrivant au chevet de Harry.
– J'ai été renvoyé…
– Je t'avais prévenue, commença Hermione, mais elle ne put finir sa phrase.
– TAIS-TOI ! hurlèrent Ron et Harry, en cœur.
Malheureusement, Hermione ne fut pas la seule à entendre ce cri… Hagrid sortit en effet la tête. Lorsqu'il vit Harry, il se figea. Il semblait à la fois heureux de savoir que quelqu'un allait partager ses journées à compter de ce jour, mais surtout triste pour Harry. Dumbledore apparut également dans l'ouverture et brisa le silence.
– Entre, Harry. Le ministre t'attend.
Ron et Hermione, n'ayant plus rien à faire ici, décidèrent de remonter. Quand Harry entra dans la cabane de Hagrid, il revit tous les grands meubles du géant, et aperçut deux hommes qu'il ne connaissait pas. Le premier avait la cinquantaine, les cheveux gris et était habillé avec un veston marron foncé. Le deuxième homme semblait bien plus antipathique. Il était grand, la quarantaine, les cheveux blonds descendant sur les épaules et était vêtu d'une longue veste noire. Lorsqu'il aperçut Harry, il esquissa un sourire plein de mépris.
Dumbledore s'occupa des présentations. L'homme aux cheveux gris n'était autre que Cornelius Fudge, le ministre de la Magie, tandis que le blond était le président du conseil d'administration de l'école au Ministère… Lucius Malefoy, le père de Dargo Malefoy. Quand le directeur se tut, Fudge prit la parole.
– Je suis désolé, Potter, mais, après étude de votre cas, une seule possibilité s'offre à nous… Je suis dans le devoir de vous demander votre baguette afin de la casser en deux… Garrick Ollivander sera prévenu de l'affaire.
Harry, bien qu'à contrecœur, sortit sa baguette en bois de houx et la tendit au ministre. Ce dernier la brisa net, puis donna les morceaux à Dumbledore. C'est alors que Malefoy père s'exprima, de son ton naturellement dédaigneux.
– Deux semaines… Et le jeune Harry Potter quitte l'éducation… Quel dommage !
– Ne vous en faites pas, répliqua sèchement Harry, je n'aurai pas été le seul. Le jeune Drago Malefoy quittera aussi l'éducation. Quelle perte !
Lucius fusilla Harry du regard, mais tenta de rester neutre. Et il y arrivait tant bien que mal.
– Ne soyez pas si égoïste, Potter… Ce n'est pas parce que vous êtes renvoyé que tous les autres élèves de Poudlard le doivent être aussi !
– Pas tous, continua Harry, seulement ceux qui ont volé sur un balai sans autorisation.
Le débat fut clôturé par l'intervention du directeur de Poudlard. Il salua Hagrid et Harry, puis invita Lucius Malefoy et Cornelius Fudge à le suivre à l'extérieur.
Ce soir-là, malgré tout le réconfort que les aimables paroles de Hagrid avaient pu lui apporter, Harry ne put pas dormir. Il commençait à se demander s'il était vraiment dans la réalité, ou bien était-ce un magnifique rêve qui se transformait lentement en un affreux cauchemar ?
Au fur et à mesure que les semaines s'écoulaient, Harry avait appris à aimer sa nouvelle vie. S'occuper des animaux était une activité complexe, mais jamais monotone, et Hagrid semblait lui transmettre son amour de la nature. Malgré le fait que certaines ''bestioles'' le faisaient encore frémir, il fut forcé de reconnaître que les animaux étaient loin d'être bêtes et, s'il y donnait du sien, il parvenait même à lier une certaine amitié avec eux. Ainsi, lorsqu'il apprit que Drago n'avait pas été renvoyé, il entra dans une colère inimaginable, mais fut vite calmé par ses nouveaux amis. Bien que jeune, il avait été autorisé à suivre Hagrid dans la Forêt Interdite – il était le seul élève autorisé, ce qu'il n'hésitait pas à rappeler à Malefoy, – et ce qu'il y voyait l'émerveillait. Lentement, il apprenait à connaître les animaux, et bien que certains étaient bien plus abordables que d'autres, il savait qu'au bout de quelques mois d'apprentissage et d'entraînement, il pourrait communiquer – bien qu'avec un langage relativement basique – avec la grande majorité des animaux de la plaine. Lors de la troisième visite en forêt, il découvrit même Aragog, l'acromentule d'Hagrid – il savait déjà qu'Hagrid possédait un gigantesque chien à trois têtes, dénommé Touffu, mais le géant ne lui avait jamais précisé son ''utilité'', ni le lieu où il était enfermé, – et bien que cet événement l'avait légèrement secoué, il y repensait désormais avec plus d'amusement que de peur. De plus, chaque soir, Ron descendait lui rendre visite et ils échangeaient leurs aventures de la journée. Étant donné que Harry n'était plus élève, il avait également eu le droit de s'asseoir à la table des professeurs, aux côtés d'Hagrid – même si souvent, il restait manger à la table des gryffondors, avec Ron. – Enfin, son rapport avec les professeurs avait également changé. Bien qu'il était obligé de les respecter à cause de la différence d'âge – respect dont il se passait volontiers lorsqu'il s'agissait de Rogue –, il ne devait plus leur obéir au doigt et à l'œil et, surtout, il n'était pas obligé de respecter le même règlement intérieur que les élèves du château. Et même s'il n'avait pas le droit d'ajouter et de retirer des points aux maisons, il s'arrangeait toujours pour que les agissements irrespectueux de Drago soient connus des professeurs… qui s'occupaient ensuite de retirer les points nécessaires à Serpentard. Mais ce qu'il appréciait le plus, c'était que malgré sont impossibilité de faire du quidditch en cours, les jumeaux Weasley, qui étaient batteurs dans l'équipe de Gryffondor, avaient décidé, en voyant son talent, de lui donner des cours en secret. Pour cela, Harry leur était éternellement reconnaissant, et il n'hésitait pas à leur sauver la mise lorsqu'une de leurs actions non réglementaires tournait au vinaigre. Décidément, sa vie était bien plus amusante et mouvementée que prévue, et même s'il gardait un certain regret vis-à-vis des deux premières semaines de cours qu'il avait vécues, il y pensait de moins en moins.
Deux mois après le début des cours, Harry avait développé un certain flair qui lui indiquait si la journée s'annonçait bien ou mal… et même s'il ne pouvait pas se l'expliquer, il avait appris à toujours se fier à son instinct. Surtout lorsqu'il était avec les animaux. Après tout, le meilleur moyen de communiquer avec des êtres vivants majoritairement gouvernés par l'instinct n'était-il pas d'être soi-même gouverné par l'instinct ?
Le matin de Halloween, Harry avait justement le pressentiment que quelque chose n'allait pas. Il avait souvent songé à en parler à Dumbledore, mais il ne voulait pas le déranger pour rien – bien que le directeur en personne lui avait précisé qu'il ne devait pas hésiter s'il voulait lui parler. D'ailleurs, lorsqu'il se rendit, ce même jour, avec Hagrid dans la forêt, ils y trouvèrent une mare d'un liquide argenté, avec une texture plutôt visqueuse. Harry n'avait encore jamais vu ce genre de chose, mais il savait qu'il était loin de connaître tous les secrets de la forêt. Ce qui le troublait d'autant plus, c'était le comportement qu'Hagrid adopta suite à cette découverte. Il semblait savoir ce que c'était, et même s'il n'avait pas encore éclairé Harry sur le sujet, ce dernier pouvait nettement percevoir qu'il s'agissait là de quelque chose d'anormal – voir que cela présageait quelque chose de mauvais, de très mauvais… Lorsqu'ils rentrèrent, Harry resta avec Crockdur dans la maison de Hagrid – dont il était devenu, à force, un habitué –, tandis qu'Hagrid se rendait chez Dumbledore pour lui parler de l'incident de la matinée.
L'après-midi, Harry se vit enfin trouver l'occasion de demander à Hagrid ce qui le tracassait depuis leur excursion. Bien que prudent, le géant lui répondit.
– C'est du sang d'licorne, affirma-t-il. – Quelqu'un chasse des licornes, dans la forêt.
– Quelqu'un ?
Hagrid se frappa le front. Il en avait déjà trop dit. Il réfléchit un instant, puis, voyant qu'il était de toute façon trop tard, il continua ses explications.
– Les Licornes sont les créatures les plus parfaites d'notre planète, Harry. Aucune autre créature n'peut les chasser… Faut pour ça qu'il ait un immense pouvoir… Immense et sombre.
Harry pensa immédiatement à Lord Voldemort. Même s'il n'était plus élève à Poudlard, il réfléchissait souvent à ce que le mage noir pourrait faire, et où pourrait-il se cacher – bien qu'il ne savait pas le moins du monde ce qu'il allait faire une fois face à lui.
– Tu penses que Voldemort est dans la forêt ? questionna à nouveau Harry.
Hagrid frémit à l'écoute du nom, mais déclara tout de même.
– J'sais pas. J'pense que Dumbledore s'rait au courant. En tous cas, s'il s'nourrit de sang d'licorne, c'est qu'il est entre la vie et la mort…
Quand Harry avait emménagé chez Hagrid, une des premières choses qui l'avaient étonné, c'était la connaissance du géant. À première vue, on pourrait croire que le géant était un peu simplet et avait extrêmement peu de connaissances… Pourtant, six semaines après avoir rejoint Hagrid, il était sûr que ce dernier en savait plus sur les animaux du monde magique que Dumbledore lui-même. Après tout, il avait passé près de soixante ans à leurs côtés…
Ce fut le soir que la prédiction de Harry se réalisa. La grande salle était pleine – bien que Harry ne tarda pas à remarquer qu'Hermione n'était pas présente, – quand le professeur de défense contre les forces du mal, Quirinus Quirrell, entra dans la pièce en courant. Il cria « Un troll dans les cachots ! » , puis murmura quelque chose d'inaudible avant de s'évanouir aux pieds de la table des professeurs. Après quelques instants de surprise générale, le chaos se déchaîna. Harry vit Rogue sortir par une porte arrière et, profitant du brouhaha, il décida de le suivre. Il courait déjà dans le couloir depuis près de cinq minutes, quand Rogue tourna dans un étroit couloir. Harry s'apprêtait à le suivre, lorsqu'il entendit un fracas métallique derrière lui… Lentement, fermant les yeux, il se tourna. Il pensa une dernière fois, réfléchit à ce qu'il allait dire comme dernière volonté à la gigantesque créature qui se tenait derrière lui… Puis ouvrit les yeux, regardant haut vers le plafond. Personne. Il baissa sa tête vers le sol et… c'était Ron. Il s'était pris les pieds dans une armure, et avait tout renversé. Soulagé Harry l'aida rapidement à se relever, puis l'interrogea.
– Qu'est-ce que tu fais ici !?
– Percy nous ram'nait à la salle commune, commença Ron, essoufflé, – et j't'ai vu dans un couloir. Comme t'étais seul, j'me suis dit qu't'avais p't-être besoin d'aide, alors…
– Je te remercie, répondit Harry, mais…
Il ne put finir sa phrase, car un cri suraigu l'interrompit. Le cri provenait des toilettes des filles, devant lesquelles Harry et Ron se tenaient. Il n'avaient pas remarqué que la porte, entrouverte, abritait une gigantesque ombre… et Hermione ! Sans réfléchir, Harry se précipita à l'intérieur, Ron sur les talons. À l'intérieur, un troll des montagnes à la peau grise, de quatre mètres de haut, s'apprêtait à aplatir la fille avec un tronc. Elle était bloquée entre la bête et le mur, et n'avait aucune échappatoire possible. Harry empoigna un robinet, l'arracha du mur, et le lança sur le troll. Mais celui-ci ne le sentit même pas. Il brandit le tronc qui lui servait de massue, et… C'est ce moment que choisit Ron pour intervenir. Il sortit sa baguette, s'écria « Wingardium Leviosa ! » et, devant l'émerveillement de Harry, la massue s'arrêta dans les airs… avant de retomber directement sur la tête du troll, qui perdit connaissance et s'effondra, écrasant presque Harry.
À cet instant, la porte s'ouvrit en claquant. Derrière elle se tenaient les professeurs McGonagall, Rogue et Quirrell. McGonagall semblait à la fois choquée, à la fois soulagée. Harry, lui, serra les dents. Il lui en voulait toujours de l'avoir fait renvoyer, et même s'il ne la détestait pas plus que Rogue, il profitait de chaque occasion pour lui donner tort.
– Comment avez-vous pu… Moins vingt points à Gryffondor, souffla-t-elle.
– Je ne suis pas de Gryffondor, professeur, répliqua Harry.
– Je le sais bien, Potter, mais ce n'est pas le cas de miss Granger et de monsieur Weasley.
Harry réfléchit un instant, puis continua :
– Vous allez enlever des points à Ron et à Hermione pour m'avoir sauvé la vie ? C'était moi, qui voulais combattre le troll. Tout est de ma faute, eux ne m'ont juste sauvé la vie !
Harry vit du coin de l'œil Hermione lui adressant un sourire timide. Il savait que dans ces conditions, McGonagall ne pouvait rien, ni contre lui, ni contre Gryffondor. Et même s'il n'appartenait plus à la maison Gryffondor, Harry faisait tout pour qu'elle gagne la coupe en fin d'année – même au risque de satisfaire Minerva McGonagall, directrice de la maison. McGonagall soupira, puis clôtura le débat.
– Plus dix points à Gryffondor pour votre chance… et votre courage.
Suite à cela, les professeurs quittèrent les lieux. Tandis qu'ils s'éloignaient le long du couloir, Harry ne put s'empêcher de remarquer quelque chose de très intriguant : le professeur de potions, Severus Rogue, boitait…
Les semaines passèrent et, avec du recul, Harry voyait en leur incident un heureux événement. Hermione, Ron et Harry se rapprochèrent beaucoup, et bien que la jeune fille soit restée pleine de ressources et prête à toujours les déballer, Harry découvrit qu'elle était également extrêmement bien organisée – même si l'un ne va pas souvent sans l'autre, – et qu'elle savait dans quels livres de la bibliothèque trouver quelles informations. Ainsi, elle dépanna plusieurs fois le garçon quand ce-dernier se trouvait dans une impasse face à certains animaux – ou bien face à autre chose… Il était, en effet, extrêmement curieux, et n'avait pas lâché Rogue des yeux durant toute la fin du premier trimestre. Cependant, ce qui avait le plus touché Harry, c'était la proposition qu'il avait reçue de la part d'Hermione. Elle était, naturellement, extrêmement douée dans toutes les matières, et avait décidée d'enseigner à Harry les éléments de base, que ce soit en Sortilèges, Métamorphoses ou dans toutes les autres matières (Hermione ne considérait pas du tout ces cours donnés comme du temps perdu, car ils lui permettaient de revoir un nouvelle fois chaque cours). Ainsi, lors de ces cours improvisés – qui avaient lieu lundi, mercredi et vendredi soir, en plus des cours de vol donnés par Fred et George le samedi après-midi, lors desquels Harry s'avérait d'un talent exceptionnel, – Hermione ressassait tout le cours à l'attention du garçon, qui s'entraînait avec la baguette de Ron. Malgré tout, et au grand désarroi de Harry, qui se pensait – à tort – responsable, le match de quidditch des gryffondors face aux serpentards avait été perdu. Le jeune garçon avait bien essayé de convaincre Olivier Dubois, le capitaine de l'équipe, de se déguiser, mais ce-dernier trop honnête, avait refusé. Si la supercherie était découverte, ajoutait-il, il serait immédiatement et sans conditions renvoyé de l'équipe, tandis que Harry serait probablement définitivement expulsé de l'école.
Petit à petit, Harry découvrait de nouvelles informations de plus en plus intéressantes en compagnie du garde-chasse. Ainsi, à force de lui poser des questions, il avait appris – bien que ce-dernier lui eut révélé involontairement –, que Touffu avait été prêté à Dumbledore et à un certain Nicolas Flamel. À partir de ce moment, Harry s'était occupé de relier tous les points il était désormais presque sûr que Touffu servait à protéger le minuscule objet qu'Hagrid avait récupéré, en début d'année, à Gringotts. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à trouver où se trouvait Touffu, mais il se doutait bien que l'interdiction faite par Dumbledore d'accéder au couloir du troisième étage, qui valait également pour Harry, n'était pas inutile.
Lorsque les vacances commencèrent, Hermione rentra chez elle, mais laissa à Harry et Ron toute une liste de livres susceptibles d'apporter des réponses aux questions que Harry leur avait partagées. En effet, il n'hésitait pas à leur dire tout ce qu'il apprenait de son côté, et Ron, accompagné de la jeune fille (quoique l'ordre exact serait plutôt Hermione accompagnée de Ron), s'occupait d'analyser le comportement de Rogue quand Harry ne pouvait pas le faire lui-même, c'est-à-dire en cours.
Le matin de Noël, Harry se leva dans une douce odeur de… brûlé. Hagrid ne savait pas vraiment faire à manger, et Harry s'en occupait souvent. Il y avait été habitué, chez les Dursley, et c'était bien la moindre des choses qu'il pouvait faire pour remercier Hagrid de l'avoir adopté. Maintenant, il le considérait réellement comme une sorte d'oncle – de telle sorte qu'à la moindre insulte de la part de Malefoy en direction de Hagrid, Harry se jetait sur lui, à la manière d'un prédateur, activité dans laquelle Harry s'était tellement spécialisé qu'aucune de ses proies n'avait le temps de dégainer sa baguette pour se défendre, supprimant ainsi tout avantage que cette dernière pouvait lui procurer, – et malgré les habitudes un peu spéciales du géant – comme manger des côtes sanguines à la manière d'un ogre, se retrouvant à la fin du repas avec une tête d'assassin cannibale, – Harry savait qu'il ne ferait pas de mal à une mouche. Seulement, ce matin-là, Hagrid avait sûrement voulu faire une surprise à Harry, et avait littéralement brûlé les biscuits. Ainsi, lorsque le garçon entra dans la pièce principale – la maison de Hagrid était, en effet, constituée d'une grande pièce et d'une chambre secondaire, plus petite, dans laquelle Harry avait élu domicile –, il vit un coin de la cabane tout en feu, et Hagrid qui tentait tant bien que mal de le maîtriser avec une couverture humide et – il était effectivement le seul à faire cela, – avec une gigantesque tranche de viande. Crockdur, le chien, s'était enfui et aboyait de l'extérieur. Harry réfléchit un instant, puis il prit un des bols qu'Hagrid utilisait pour boire – qui étaient en réalité des sceaux d'au moins trois litres, – sortit de la maison, récupéra de l'eau dans le collecteur, et rentra. Le chaos était encore plus infernal. Le feu avait pris beaucoup d'ampleur, et Harry soupira.
– Hagrid, qu'est-ce que tu as encore fait !?
Hagrid montra timidement une bouteille vide… de whisky pur feu. Il avait dû penser que tout ce qui est liquide éteint le feu… Harry était habitué à ce genre de petite bêtise, mais il avait appris à plus en rire qu'autre chose. De toute façon, avec Hagrid, il y avait une règle d'or : « Tout va toujours très mal, mais tout finit toujours très bien. » Le cas présent ne faisait pas exception. Malgré un ou deux meubles qui finirent en cendres – ce qui n'était pas une grande perte quand il s'agissait du géant, – ils réussirent à éteindre le feu.
– J'suis désolé, dit Hagrid, tête baissée. – J'voulais préparer un gâteau pour ton réveil…
Harry esquissa un sourire.
– C'est gentil, Hagrid, mais ça ne valait pas le coup de mettre le feu à ta maison ! répondit-il.
Hagrid sourit timidement, puis se tourna vers une théière.
– Tu en veux tu thé ? Y n'a pas cramé…
Harry hocha la tête, et présenta deux tasses – une grande et une petite – au géant. Ce-dernier les remplit, puis reposa la théière. Ils s'assirent à la table, et burent lentement leur thé en papotant de tout et n'importe quoi. En vérité, le fait qu'il n'y ait rien à manger ne les dérangeait pas, étant donné qu'ils allaient, de toute façon, devoir se rendre à la grande salle pour le petit-déjeuner de Noël. Et bien qu'il leur arrivait, parfois, de ne pas manger avec les autres, mais bien juste à deux, le jour de Noël – ainsi que tous les autres jours spéciaux lors desquels un bon repas s'annonçait, comme par exemple à Halloween, – n'en faisait pas partie.
Quand Harry ouvrit la porte de la cabane, il eut l'agréable surprise de voir un tas de cadeaux devant la porte. Et, surprise grandissante, plusieurs étaient à son nom… Il entra avec les paquets. Il avait à peine donné les cadeaux destinés à Hagrid au géant qu'il commençait déjà à ouvrir les siens. Il n'avait pas l'habitude d'avoir des cadeaux, alors il perdait rapidement patience. Tandis qu'Hagrid s'émerveillait devant de magnifiques livres sur les animaux fantastiques – et une invitation en Roumanie de la part de Charlie Weasley, aîné de Ron travaillant avec des dragons –, Harry découvrit des chocolats, envoyés par Ron et Hermione – lui-même leur avait envoyé quelques petites friandises, – un pull cousu à la main de la part du géant, sensé résister aux flammes des dragons – le garçon lui avait offert un outil amusant utile pour calmer certaines espèces d'animaux, – et, enfin, un paquet surprise de la part de quelqu'un qu'il ne connaissait pas. Il l'ouvrit, et une lettre en tomba. Harry la ramassa, la déplia et la lut. L'écriture, de forme arrondie, lui était méconnue.
Harry,
Ton père m'a laissé ceci avant de mourir. Il est temps que tu en hérites. Fais-en bon usage.
Très joyeux Noël
P.S. J'ai pris la liberté d'y ajouter autre chose…
Il ne comprenait pas. Qui donc pouvait lui offrir des cadeaux ? Lentement, il ouvrit le paquet. Dedans, une magnifique cape brillante était pliée. Lorsqu'il la prit dans ses mains, Harry sentit la douceur extrême du tissu. Il n'en avait jamais vu auparavant. Mais ce qui l'étonna d'autant plus, c'était l'objet qui avait été rangé avec la cape : sa baguette magique ! Il ne savait pas si les baguettes pouvaient être réparées, mais il n'avait pas besoin d'être grand sage pour savoir que la sienne n'était pas sensée l'être. Il préféra ne même pas imaginer ce que le ministère ferait s'il découvrait que Harry avait à nouveau, en sa possession, une baguette magique… Quoiqu'il en soit, il rangea sa baguette dans la poche interne de sa veste, et décida de se glisser sous sa cape, histoire de voir comment elle rendait sur lui. C'est à ce moment qu'Hagrid décida de passer sa tête par la porte qui séparait les deux pièces de sa cabane.
– Harry, il est temps qu'…
Mais il ne put finir sa phrase, car, en voyant Harry, il se figea de stupéfaction. Harry n'avait plus de corps. En fait, une seule explication plausible se présentait au garçon : c'était une cape d'invisibilité. Il la retira et la présenta à Hagrid.
– Tu en penses quoi ? demanda-t-il.
– Qui t'a offert ça ?
– Je ne sais pas… Il y avait cette lettre avec le tout…
Harry montra la lettre à Hagrid, et il vit immédiatement que ce dernier reconnaissait l'écriture.
– Tu sais qui m'a offert tout ça ? Il y avait aussi ma baguette, réparée ! s'empressa de demander Harry.
Hagrid rendit le morceau de papier et la cape à Harry et se rapprocha de lui, comme s'il avait peur que quelqu'un les entende.
– C'est Dumbledore… chuchota-t-il. – Mais fais-y très attention, ces objets sont rares… Pour ta baguette, j'ai toujours cru qu'leur réparation était impossible… Même quand c'est de Dumbledore… – Puis, il reprit sa voix normale. – Viens, sinon on va être en r'tard pour le p'tit-déj'ner. Range bien ta cape.
Harry plia sa cape bien proprement, puis la cacha au fond de sa valise. Il la ferma, et suivit le géant.
Ils traversèrent la plaine, le long de l'étroit chemin en terre, puis arrivèrent au pont. Ils le passèrent rapidement, puis, ayant coupé par la cour en diagonale, pénétrèrent dans le château. Ils suivirent les couloirs, puis finirent dans la grande salle. Les autres professeurs – y compris Dumbledore – étaient déjà présents. Certains élèves l'étaient aussi, mais d'autres arrivaient encore. Hagrid et Harry n'étaient donc pas les derniers. Ils prirent place, et lorsque les derniers élèves restés pour les vacances arrivèrent – Drago Malfoy n'en faisait pas partie, et Ron était uniquement présent parce que sa famille passait des vacances avec l'un de ses frères aînés, – les assiettes se remplirent de plats délicieux. Il y avait de la dinde rôtie, des saucisses grillées avec une hétérogénéité inimaginable de sauces, du foie gras avec des toasts, et enfin, comme dessert, du pudding, des bûches glacées, et de la crème de châtaignes… Harry ne s'était jamais autant régalé. De plus, il régnait à la table – commune aux élèves et aux professeurs –, une ambiance formidable, à laquelle tous participaient. Mais le garçon ne mit pas longtemps à remarquer les absents. Le professeur Rogue n'était pas présent. Pourtant, Harry en était sûr, il était encore dans le château la veille. Après mûre réflexion, il décida de ne pas y accorder trop d'importance – pour l'instant.
Lorsqu'ils finirent de manger, les assiettes et les couverts disparurent de la table. Tout le monde se leva, et chacun vaqua à ses occupations respectives. Harry sortit avec Ron. Il lui avait fait part de son inquiétude à propos du professeur Rogue, mais ne lui avait pas encore parlé de ses cadeaux de Noël. Il le tira donc dans un recoin d'un couloir, observa les alentours, et, ne voyant rien, commença :
– Tu sais comment fonctionne la réparation des baguettes ?
– Une baguette cassée ne se répare pas, répondit Ron.
– Dumbledore m'a réparé la mienne, affirma Harry, tout en faisant attention à ce que personne ne l'entende.
Ron écarquilla les yeux.
– Et il m'a offert une cape d'invisibilité. Elle appartenait à mon père, finit-il.
Avant que Ron n'ait pu répondre quoi que ce soit, une ombre se présenta à eux. C'était Rogue.
– Moins cinq points à Gryffondor pour agissement suspect, dit-il d'une voix mielleuse.
Ron se retourna vers le professeur. Sa surprise avait laissé place à la colère.
– J'ai bien le droit de parler avec Harry, non !? demanda-t-il brutalement.
– Moins dix points. Manque de respect à un professeur.
– Quoi !?
– Moins quinze… continua Rogue.
Ron resta bouche bée, mais la tension était palpable.
– Moins vingt points, finit Rogue, tout sourire.
– Mais j'ai rien dit ! hurla Ron.
Harry se décida enfin à intervenir.
– Et combien de points doit-on enlever à Serpentard, commença Harry, à cause de son professeur référent, qui a agi de façon extrêmement suspecte en étant absent ce matin, au petit-déjeuner de Noël ?
– Vous avez entièrement raison, Potter, – dit Rogue. Son sourire s'élargissa grandement, et Harry se demanda soudain quelle supercherie allait-il encore trouver. – Plus dix points à Serpentard.
Devant l'expression choquée des deux jeunes garçons, le professeur tourna le dos et s'en alla. Mais il n'alla pas loin, parce que Dumbledore, qui venait d'arriver, l'apostropha. Harry et Ron se regardèrent, tout sourire. Rogue avait été découvert, et ses abus de pouvoir allaient enfin prendre fin. Quelle ne fut pas leur surprise lorsque le directeur s'exprima à propos d'un sujet totalement différent.
– Monsieur Weasley, veuillez nous laisser, s'il-vous-plaît. Je dois m'entretenir avec Severus et Harry en privé.
Ron s'éloigna et monta les escaliers. Harry, perdu, se demandait ce que le vieux professeur mijotait.
– Professeur Rogue, commença Dumbledore, je vous assigne votre nouveau stagiaire : Harry Potter.
C'était au tour de Harry d'écarquiller les yeux. C'était une blague ? Il allait devoir partager ses journées avec celui qu'il – et qui le – détestait le plus ?
– Mais monsieur… – commença Harry. Il était tellement surpris qu'il n'arrivait pas à parler fluidement. – Je suis déjà le stagiaire d'Hagrid… J'ai déjà des choses à faire… et en plus, j'ai été renvoyé !
Dumbledore sourit.
– Je sais, affirma-t-il. Ce qu'il t'enseigne est, par ailleurs, merveilleux… Mais insuffisant. Tu es dans un monde de sorciers, Harry, et malgré ton renvoi, je me dois de te préparer à la vie.
Ce fut au tour de Rogue, à la grande joie de Harry, de tenter de refuser.
– Avec tout le respect que je vous dois, professeur Dumbledore – cette phrase étonna déjà bien assez Harry, – je n'ai pas besoin de stagiaire.
– Oh, Severus, vous savez comme moi que mon choix est incontestable et, surtout, d'une extrême importance pour vous deux.
Sur ces mots, Dumbledore tourna le dos, laissant Harry et le professeur Rogue debout, bouche bée, l'un à côté de l'autre.
Quand Harry raconta à Ron et à Hagrid son assignation, ces-derniers ne surent pas comment le prendre. Hagrid disait que Harry devait s'estimer chanceux, il pourrait suivre des cours et apprendre alors qu'il n'était pas sensé. Harry ne pouvait que lui donner raison. Le seul problème dans tout cela, c'était Rogue. Pourquoi Rogue ? Pourquoi pas Flitwick, Quirrell ou encore McGonagall ? Même s'il n'aimait pas particulièrement McGonagall, il commençait lentement – en grande partie grâce à Hermione – à comprendre qu'il ne pouvait pas lui en vouloir toute sa vie. Après tout, Harry avait agi bêtement, il devait en subir les conséquences (cette phrase avait valu à Hermione une semaine pendant laquelle le garçon ne lui avait pas adressé le moindre mot). Quoiqu'il en soit, il préférait largement la professeure de métamorphose au professeur des potions.
– Demande à Dumbledore de changer, proposa Ron, lorsqu'ils se retrouvèrent l'après-midi, chez Hagrid, à boire le thé.
Hagrid secoua la tête.
– Quand Dumbledore dit que'qu'chose, y n'change pas. Et il a ses raisons. Pas étonnant quand on voit la relation entre Rogue et ton père…
Hagrid se stoppa net. Lentement, Harry se tourna vers lui.
– Quelle relation ? demanda-t-il, très intrigué.
– Oublie c'que j'viens d'dire. T'étais pas sensé l'entendre, se précipita Hagrid en se réfugiant derrière son sceau de thé.
– Hagrid ! C'est mon père ! Si tu ne veux pas parler de Nicolas Flamel, d'accord, ce sont pas nos affaires. Mais là, c'est autre chose !
Harry voyait que Hagrid se sentait de plus en plus mal, mais ce qu'il venait d'entendre balayait tout. S'il y avait un lien quelconque entre Rogue et son père, il fallait qu'il sache.
– Hagrid !
Le géant secoua vivement la tête, comme pour se convaincre de ne rien dire.
– Tu d'manderas à Dumbledore, commença-t-il. Y sait ça mieux qu'moi. Je ne dois pas m'mêler de c'qui me r'garde pas…
– Tu t'en es déjà assez mêlé. Hagrid ! continua Harry en haussant le ton.
– Non non non. Viens, Crockdur, on doit s'occuper des licornes.
Hagrid se leva, prit son arbalète et, malgré les cris de Harry, sortit avec son chien et ferma la porte. Ron, qui n'avait rien dit jusqu'alors, se risqua à tenter de faire baisser la tension :
– Hagrid a des licornes ?
Harry le regarda longuement, perdu dans ses pensées, puis se leva brusquement.
– Viens, ordonna-t-il.
– Où ça ?
– À la bibliothèque.
Harry sortit en courant et, Ron sur les talons, commença à remonter le chemin de terre. Il se doutait qu'il n'allait pas trouver grand-chose à la bibliothèque, mais il devait essayer. De plus, ils étaient loin de la fin des vacances et Harry ne pouvait pas attendre. Il était vraiment indécis. Il fallait qu'il demande conseil à Hermione.
Harry et Ron entrèrent dans le château en courant, le traversèrent de part en part, puis atteignirent finalement leur but. Ils pénétrèrent dans la bibliothèque, et se mirent directement à chercher. Harry ne savait pas du tout comment trouver un document ayant pour sujet son père, il essaya donc de sortir des livres concernant les années soixante-dix. D'après ce qu'il savait, ses parents – et possiblement Rogue –, étaient élèves à Poudlard à cette époque. Malheureusement, les seuls livres qui s'intéressaient à ses parents étaient les livres dont le sujet central était… Harry lui-même. De plus, ces livres étaient extrêmement peu nombreux. Harry n'apprit donc rien d'intéressant.
Lorsque Ron et Harry en eurent assez des recherches, le soleil s'était déjà couché. Harry, qui avait réfléchi à ce sujet durant toute l'après-midi, décida de ne pas déranger Hermione. Elle était en vacances, et il décida de s'en sortir seul pendant ce temps – du moins, il allait essayer. Les deux amis sortirent tard de la bibliothèque, et décidèrent qu'il était temps de se rendre à la grande salle, pour dîner.
Quand ils arrivèrent, Harry vit immédiatement qu'il y avait de nombreux professeurs manquants. Rogue, tout d'abord – mais Harry ne s'en étonnait désormais plus –, Quirrell – cela intrigua déjà plus Harry –, et enfin Hagrid – ce qu'il trouvait le plus étonnant, bien qu'il se doutait que c'était dû à leur dispute.
Ce ne fut que tard le soir que Harry réussit à enfin trouver le sommeil. Tous les événements de la journée l'avaient exténué, et il avait bien du mal à ne pas y penser… Sans compter le fait qu'il n'avait pas revu Hagrid.
Le lendemain matin, voyant que Hagrid n'était toujours pas revenu, Harry se décida à aller le chercher. La nuit lui avait clarifié les idées, et il savait désormais qu'il allait devoir se montrer patient pour avoir des réponses. De plus, il se disait que ses cours avec Rogue allaient lui être d'une bien plus grande aide que tout le reste. Mais la compagnie du géant lui manquait. Il commença donc par chercher au château, demandant des informations à toutes les personnes qu'il croisait, y compris les professeurs. Il avait même demandé au professeur Rogue, mais celui-ci, après l'avoir longuement et muettement dévisagé, s'en alla sans donner de réponse. Malgré ce comportement, Harry avait l'impression que Rogue avait changé. En général, il profitait de toutes les occasions pour se moquer de lui, alors pourquoi pas cette fois ? Rogue semblait se contrôler et – bien qu'il était loin d'en être sûr –, il trouvait cela extrêmement bizarre.
N'ayant rien trouvé au château – mis à part Ron, mais ce n'était pas la personne qu'il cherchait, – il décida de repartir dans la cabane, prendre tout ce qui pourrait lui être utile, et s'aventurer… dans la forêt. Ron vint avec lui à la cabane, mais, et Harry ne pouvait pas l'en blâmer, décida aussi d'y rester.
– C'est pas qu'j'ai peur ou quoi que ce soit mais… Il vaut mieux que l'un d'nous reste, tu vois, au cas où Hagrid reviendrait…
– Bien sûr, conclut Harry en attrapant un carreau d'arbalète que Hagrid avait laissé ici. Tu viendras me chercher si Hagrid revient ?
– Ben… oui…
– Parfait, finit Harry. Alors adieu !
Sur ces mots, il sortit de la cabane avec le carreau – seule arme qu'il avait trouvé, mais elle équivalait à une lance pour notre héros – et ferma la porte. Il préférait ruser, mais ne comptait en réalité pas partir sans Ron. À peine arriva-t-il à la limite de la forêt, que le rouquin l'avait déjà rejoint.
– Bon, d'accord, j'viens, marmona-t-il. – Mais si j'meurs dans d'atroces souffrances, t'auras personne à qui parler.
– Tu veux dire à part Hermione et Hagrid ? demanda Harry avec un large sourire. – Et ne t'inquiètes pas, j'ai déjà été dans la forêt.
Il disait bien évidemment cela uniquement dans le but de rassurer Ron. Harry savait bien qu'il commençait à bien connaître les animaux, mais si Hagrid n'allait jamais en forêt sans son arbalète, c'est qu'il y avait une bonne raison. Il repensa immédiatement à Aragog. Harry savait que Ron avait peur des araignées, et il n'avait pas dit ce secret ni à lui, ni à Hermione. Il leur avait, bien sûr, parlé de Touffu, le chien à trois têtes, mais c'était surtout parce qu'il semblait être lié au secret de Nicolas Flamel. Aragog, lui, était juste une des dizaines de bestioles affreusement dangereuses qu'Hagrid adorait côtoyer.
Harry et Ron marchaient déjà depuis dix bonnes minutes, lorsque Ron demanda :
– Tu es sûr qu'Hagrid n'est pas au château ? Pourquoi aurait-il passé la nuit dans la forêt ?
– Ron, j'ai passé toute la matinée à le chercher dans le château, répondit Harry avec exaspération.
Les deux amis continuèrent leur recherche dans le silence et, mis à part quelques bruits de sabots lointains qui les forcèrent à se cacher, aucun incident notable ne se produisit. Lentement, ils s'enfonçaient dans la forêt, de plus en plus profondément. Seul Ron semblait le remarquer, étant donné qu'il tournait la tête, sans arrêt, à gauche et à droite. Harry, lui, continuait à les conduire à des endroits de plus en plus sombres de la forêt. Malgré le nombre de fois où il y avait été avec Hagrid, Harry était loin de connaître la forêt. Elle était gigantesque, et la lumière ne pénétrant que très peu à l'intérieur. Tous les coins de la forêt se ressemblaient plus ou moins. Peu à peu, l'inévitable se produisit : ils se perdirent. Bien sûr, Harry ne l'avoua pas à Ron, et ce dernier ne s'inquiéta pas davantage.
Après des heures de marche, les deux garçons n'avaient toujours rien trouvé. Harry trouvait cela désolant, tandis que Ron, au contraire, s'émerveillait d'être toujours en vie – et Harry ne pouvait que lui donner raison. Bien sûr, il savait reconnaître l'habitat d'Aragog, et il ne les y avait pas emmené, pour l'instant. Mais il commençait à ne plus avoir le choix. Il savait à quel point Aragog comptait pour Hagrid – et réciproquement, même si cela pouvait être plus dur à admettre, – et il y avait beaucoup chances pour qu'Hagrid lui ait rendu visite. En revanche, s'il n'était pas là-bas… Il préféra ne pas penser à ce que l'acromentule leur ferait.
– Ron, il y a quelque chose que je dois te dire, dit soudain Harry.
Ron se tourna lentement vers lui. Harry voyait très clairement qu'il préférerait largement ne pas savoir…
– Quelque part dans la forêt, il y a une araignée géante. Il faut la trouver.
– Gé… Géante ? demanda Ron d'une toute petite voix.
– Oh, un à deux mètres… – Ron écarquilla les yeux –… pour les petits. Quatre à cinq pour le père.
Sans attendre la réaction de Ron, Harry se retourna et recommença à avancer. Mais Ron l'interpella, d'une voix tellement aiguë, que Harry se demanda si Ron était vraiment humain. Il se retourna donc, et vit Ron observer les feuilles.
– Viens, on n'a pas le temps pour…
Ron lui fit signe de venir. Il semblait voir un mort, voire pire – les morts ne leur faisaient plus peur, le château étant rempli de fantômes. – Harry le rejoignit, et suivit le regard de son ami. Derrière un petit bosquet, le garçon vit une grande ombre. C'était sûrement l'entrée d'une grotte. Puis, le sang de Harry se glaça. Il comprenait maintenant la réaction de Ron. Deux yeux jaunes les observaient fixement. Harry avait vu un grand nombre d'animaux fantastiques, mais aucun n'avait des yeux pareils. En revanche, il connaissait assez bien les animaux pour pouvoir lire leurs intentions primaires dans leurs yeux – et l'animal qu'ils avaient face à eux était loin d'être aimable… Harry savait qu'à tout moment, il pouvait leur sauter dessus…
– Recule… souffla-t-il à Ron.
– Quoi ?
C'est le moment que choisit la bête, qui avait vaguement la forme d'un humanoïde extrêmement poilu, pour bondir. Harry la vit à peine leur sauter dessus, qu'il plongea au sol. Il sortit sa baguette, et même s'il ne connaissait pas grand-chose en formules magiques, se tourna face à l'agresseur. Mais ce dernier avait disparu. Ron, lui, avait eu moins de chance. Sa cheville était en sang, et il gémissait de douleur. Harry se leva, et il porta Ron jusqu'à la grotte. Harry eut alors un sentiment étrange, comme si la grotte l'invitait à y pénétrer. Mais il avait momentanément d'autres problèmes, et il ignora ce ''message''.
– C'était quoi ce machin ? demanda Ron, entre deux cris de douleur.
– J'sais pas… souffla Harry. – Tu connais quoi comme sortilèges ?
– Euh… Wingardium Leviosa ?
– Tu n'as pas quelque chose de plus utile ? demanda Harry, sans arrêter de regarder en direction de la forêt.
– Il y a un truc… réfléchit Ron, tout en se serrant la cheville. – Je sais pas trop, on l'a pas encore beaucoup travaillé…
– Dis toujours, s'impatienta Harry.
– C'est… Petrus… Petrofi… Petrificotolus… Je sais plus…
Harry soupira.
– Tant pis… Il faut qu'on trouve un moyen de sortir d'ici.
Soudain, Ron poussa un cri. Harry se retourna. La bête était juste derrière eux. Il la reconnut. Hagrid lui avait souvent parlé de cet animal, et les livres de cours avaient aussi une ou deux pages qui traitaient de lui.
– C'est un dissimuleur, cria-t-il en tentant de le frapper. – Wing…
Mais le dissimuleur était plus rapide. Avant que Harry ne puisse faire quoi que ce soit, la bête lui sauta dessus et lui mordit la main si fort qu'il lâcha sa baguette. Heureusement, il avait encore le carreau d'Hagrid… qu'il planta dans le thorax du dissimuleur. Ce dernier grogna, puis se retira… Pour attaquer à nouveau ! Harry tenta de le tenir à distance, mais le dissimuleur, bien plus grand et plus fort que lui, lui arracha le carreau des mains. C'est alors que Ron s'écria, baguette à la main :
– Wingardium Leviosa !
Le dissimuleur s'éleva de quelques mètres, mais retomba aussitôt. Cette fois-ci, il sauta sur Ron et le mordit à l'épaule. Harry tenta de ramasser un bâton, mais l'animal le bouscula et le griffa au visage. Les deux amis étaient, blessés, par terre, face à une bête en colère…
Juste avant que le dissimuleur ne leur saute dessus, une lumière éblouissante les irradia. Harry vit un sortilège atteindre le dissimuleur en pleine poitrine, et ce dernier culbuta en arrière, avant de heurter la paroi de la grotte, inanimé.
– Messieurs se sont perdus ? demanda une voix doucereuse.
Harry ne connaissait que trop bien cette voix. C'était Severus Rogue.
FIN DU PREMIER CHOIXPITRE.
17
