Tom Gottu
HARRY POTTER
RENVOYÉ
Cette histoire est une fanfiction tirée de l'oeuvre Harry Potter à l'école des sorciers de J. K. Rowling. Elle n'a aucun but lucratif et n'est liée en aucun point à l'autrice ou à la société de production Warner Bros.
Malgré cela, dans la mesure du possible concernant le cadre légal des fanfictions, j'aimerais dédicacer celle-ci aux animateurs du podcast Fréquence 9 3/4, Jérémy et Marina, qui font un travail d'exception.
Merci à eux.
CHOIXPITRE 2 :
Le Prince de la nuit
Le professeur s'avança dans le seul rayon de lumière manifeste. Son air sévère ne laissait rien présager de bon, et Harry savait que son indépendance ne suffirait probablement plus à le sortir de ce bourbier. Mais pour l'instant, l'état grave de Ron était la priorité. La main en sang, Harry le pointa du doigt et se tourna vers Rogue.
– Monsieur, son épaule…
Rogue semblait déjà avoir analysé la situation. Il s'approcha précipitamment du jeune garçon roux qui, allongé au sol, avait perdu connaissance. Harry n'osait pas même regarder son épaule. Il savait qu'elle était dans un état déplorable, mais ce n'est pas tant le dégoût qui l'effrayait que le fait de savoir que tout ça était de sa faute… Il avait persuadé Ron de s'aventurer dans la forêt, nonobstant ses réticences. Il comprenait maintenant qu'il avait eu tort, et que malgré tout ce qu'Hagrid lui avait enseigné, il était loin d'être prêt à affronter les obstacles que ce monde cruel lui tendrait tout au long de sa vie.
Sortant de ses rêveries, il décida de faire face à la vérité et se pencha vers Ron. Le sombre professeur était déjà à son chevet et, murmurant longuement une formule inconnue, il soignait les morsures subies par Ron. Quand ces dernières ne parurent plus qu'être des blessures superficielles – à la vue desquelles Harry sentit une bouffée de gratitude monter en lui –, Rogue se releva et obliqua en sa direction. Il lui attrapa violemment la main blessée, l'ausculta sans mot dire, puis dirigea sa baguette vers la chair tailladée. Il recommença à murmurer quelque formule obscure, et Harry sentit soudain une vive douleur dans sa main, qu'il retira immédiatement.
– Maîtrisez-vous ! souffla le professeur des potions. Son ton était calme, mais une sévérité sans faille s'en échappait, et Harry n'osa pas s'y opposer.
Il présenta à nouveau sa main, et endura quelques instants de plus – mais qui parurent être une éternité – cette étrange sensation de passer sa main dans un four. Quand Rogue s'arrêta enfin et rangea sa baguette, Harry sentit sa main se refroidir brusquement, comme s'il l'avait plongée dans un bain d'eau glacée. Mais cette impression passa étonnamment vite, et s'ensuivirent uniquement quelques démangeaisons. Une fois les premiers soins prodigués, le professeur Rogue se tourna une dernière fois vers Ron – qui, comme par magie, s'éleva dans les airs et le suivit –, puis il sortit de la grotte, Harry sur les talons.
La nuit s'était infiltrée dans les moindres recoins de la forêt. L'air froid serpentait le long des vêtements de Harry, et il le sentait traverser jusqu'aux plus petites ouvertures laissées par le tissu. Il s'insinuait dans son corps, au travers des pores de sa peau, et se fondait dans la moindre goutte de son sang. Le jeune homme avait désormais l'impression que son cœur pompait une liqueur glacée dans son corps, et il sentait petit-à-petit ses membres perdre de leur vigueur habituelle. Mais il était bien décidé à ne pas sembler faible, à « se maîtriser ». Bien-sûr, il se sentait coupable de tout ce qui était arrivé, et Harry voyait également en cette souffrance un moyen de se punir de son ineptie.
Les trois sorciers continuaient leur cheminement au travers de la dangereuse forêt, et le silence maintenu semblait plus sombre encore que la forêt elle-même. Harry n'avait jamais encore tenu si longtemps près de Rogue sans que leur comportement dérape. Ironiquement pourtant, Harry aurait donné raison au professeur Rogue de le sermonner à cet instant. Mais l'air, vide de toute chaleur et émotion, l'était aussi de paroles. En file indienne, dans un environnement plus lugubre que jamais, trois silhouettes à peine perceptibles évoluaient, craquant branches et froissant broussailles, dans la direction de Poudlard, le collège de sorcellerie…
Après une bonne heure de marche, les trois mages sortirent enfin de la forêt. Il montèrent le long du chemin de terre et arrivèrent devant les grandes portes du château. Toujours en tête, Rogue les mena dans le large dédale de couloirs, et ils finirent par rejoindre l'infirmerie. Harry remarqua que, malgré les rares élèves malades occupant quelques-uns des simples lits blancs, la salle était presque vide. Rogue les arrêta, puis après avoir couché Ron sur le lit le plus proche, rejoignit la petite porte en bout de salle et y toqua. Immédiatement, l'infirmière, Mme Pomfresh, en sortit encore vêtue de sa robe de nuit violette et se précipita vers Ron. Tandis qu'elle l'examinait de façon précise, le professeur de potions jeta un dernier regard à Harry, puis quitta la salle.
– Par la barbe de Merlin, qu'est-ce qui s'est passé !? s'inquiéta l'infirmière.
– C'était un dissimuleur, répondit prudemment Harry il n'avait pas envie de préciser tous les détails.
– Oh, je sais bien d'où proviennent ces morsures. Ce qui m'intrigue, c'est comment tout ça est arrivé ? Vous étiez dans la forêt ?
– Oui…
– Mon dieu, s'exclama-t-elle de façon shakespearienne, qu'alliez-vous chercher là-bas ? À votre âge… dans la forêt interdite… Un peu plus et j'aurais été obligée de lui faire repousser le bras !
– Vous pouvez faire ça ?
Mme Pomfresh de répondit pas. Après avoir étalé une crème jaunâtre sur les plaies de Ron, elle en prit une grosse poignée et la tendit à Harry.
– Mettez ça sur votre main, ça préviendra des infections et accélérera la cicatrisation.
Harry prit la crème gélatineuse, et l'épandit sur toute la surface de sa main. Il ressentit alors quelques picotements, mais rien d'insupportable. Harry s'apprêtait à s'approcher du lit de Ron pour voir comment ses blessures rendaient après traitement, mais le bruit des portes s'ouvrant brusquement le fit sursauter. Il tourna sur lui-même. Le professeur McGonagall accourait avec un air stupéfait. Harry repensa instinctivement au jour de son renvoi, et depuis lors, c'était la première fois qu'il voyait la professeure dans cet état presque hystérique.
– Comment avez-vous pu… Suivez-moi !
À peine arrivée, elle repartait déjà, Harry dans son sillage. Il se doutait bien qu'elle le menait chez Dumbledore, et il n'avait pas la moindre idée de la façon dont il allait s'en sortir cette fois-ci. Peut-être pourrait-il demander de rejoindre Rusard, mais il doutait que le concierge l'accepte comme compagnon… Il n'arrivait pas à se l'imaginer : en cinq mois, il allait réussir à se faire renvoyer deux fois… Peut-être aurait-il une médaille pour l'occasion ?
Ses idées noires l'occupèrent jusqu'à ce qu'ils arrivent devant la statue en pierre. Le professeur de métamorphose énonça le mot de passe, ce à quoi le monstre s'écarta et apparurent devant Harry les escaliers bien connus en colimaçon. Cette fois-ci, Harry monta tout seul. Arrivé devant la lourde porte en bois, il s'apprêta à frapper quand la voix de Rogue retentit à l'intérieur.
– … Potter est négligent ! Il a mis en danger sa vie et celle de Weasley !
– Severus, en éducation, il ne s'agit pas de sélection, répondit Dumbledore de son ton naturellement calme. – Nous ne pouvons juste… garder les meilleurs et négliger les irréfléchis… Ce serait irresponsable.
– Plus irresponsable que d'en éduquer un au mépris de la vie des autres ? Parce que lui a survécu ?
– Je serai intransigeant.
– Ses amis l'aident à apprendre la magie malgré son renvoi, le maniement du balai, ils risquent tous leur place pour lui et… comment leur rend-il ? En les envoyant prêt de la grotte ! Heureusement qu'ils ne sont que tombés sur le dissimuleur. Je vous préviens, Dumbledore, si qui que ce soit tombe dans son piège, je ne pourrai rien faire.
Harry n'en revenait pas. Rogue semblait bien connaître cette grotte qui l'avait intuitivement appelé quelques heures plus tôt… Mais en réalité, ce qui le surprenait vraiment, c'était que Rogue était au courant de tout ce qu'Hermione et les frères Weasley faisaient pour lui, depuis tout ce temps… Et avoir entendu cette accusation d'égoïsme le mettait très mal à l'aise. Il savait pertinemment que le professeur de potions avait raison, mais lui-même ne s'en était jamais rendu compte. Ce n'était que maintenant qu'il semblait se rendre compte à quel point il avait de la chance d'avoir ses amis… Et à quel point il les avait négligés jusqu'ici…
– Très bien, Severus. Vous pouvez disposer, termina Dumbledore.
Rapidement, Harry leva la main pour frapper… et la porte s'ouvrit. Derrière, toujours drapé de sa longue cape noire, se tenait Rogue, main sur la poignée. Il lança un regard perçant à Harry, comme s'il sondait son esprit, puis se détourna et descendit promptement les marches.
À l'intérieur, Dumbledore se leva de son bureau et rejoignit Harry en haut des marches. Son air si calme et accueillant étonna Harry, en qui naquit une soudaine impression d'immunité.
– Tu as été bien imprudent, cette nuit, engagea le vieux professeur.
Il se tourna vers la fenêtre qui tapissait le mur de la tour, et se mit à observer les étoiles.
– Quelle belle diversité que nous offre le ciel nocturne, n'est-ce pas ? J'ai toujours cru… – dit-il en tendant sa main ouverte en direction de la fenêtre, – que l'on pouvait… les attraper !
Sur ce, il ferma le poing. Lorsqu'il l'ouvrit, il montra sa paume à Harry : rien.
– Bien-sûr, c'est absurde… Mais les songes nous permettent de réaliser l'impossible, non ?
– Je… j'imagine, répondit Harry, incertain. Il ne savait pas où voulait en venir le vieux sorcier.
Dumbledore soupira, puis se tourna vers Harry et posa une main sur son épaule.
– Harry. Tu as peut-être une envie profonde d'aventure, inconsciente… Peut-être veux-tu juste apprendre le courage, et il m'est difficile de te critiquer. Moi-même ai-je suivi la voie de l'imprudence durant de longues années… Mais cela ne mène nulle part. Fais-moi confiance, il n'est pas sage de se perdre dans les dédales de la vie, et d'en oublier le bon chemin. Un jour viendra, crois-moi, où tu auras un rôle à jouer. Pour t'y préparer, il faut que tu apprennes à choisir, parmi toute cette multiplicité d'étoiles… celles qui importent vraiment… On n'a jamais trop d'une vie pour agir comme bon nous semble…
– Hagrid a disparu, murmura Harry.
– Ne t'inquiètes pas pour Hagrid. Je lui ai demandé d'aller voir… – Dumbledore sourit, se rapprocha alors de Harry et continua en chuchotant. – … Aragog. Histoire d'avoir un avis extérieure concernant toute cette affaire de… licornes.
Harry se sentait bête. Tout à coup, il trouvait son acte profondément idiot. Comment diable avait-il pu croire qu'il était le seul à être au courant de la disparition d'Hagrid ? Quand bien-même Hagrid serait partie à cause de leur dispute, il était évident que Dumbledore serait au courant ! C'était l'un des sorciers les plus puissants d'Europe…
– Va te coucher, maintenant, clôtura le directeur. – Il se fait tard.
Le jeune garçon commença à descendre les marches, quand Dumbledore l'interpella une dernière fois.
– Ah, et, Harry… Monsieur Weasley se contentera d'une retenue au château, mais toi, tu devras effectuer un travail plus large d'intérêt général… Peut-être une mission en forêt ? finit-il d'un air innocent.
Sur ces mots, ils se souhaitèrent bonne nuit, puis Harry, heureux de s'en sortir, quitta les lieux et s'en alla se coucher.
Le lendemain, Harry se leva de bonne heure. Les événements de la veille lui avaient donné matière à réfléchir, et il n'avait pas la moindre envie de perdre son temps à procrastiner. Il s'habilla rapidement, puis sortit de la cabane d'Hagrid et prit la direction de la grande salle. Lorsqu'il y arriva, il remarqua plusieurs autres élèves, qui y étaient déjà installés. Harry baissa son regard et traversa la foule, sans se faire remarquer. A priori, personne ne devait être au courant, mais il préférait éviter tout trouble inutile.
– Harry, il est où, Ron ?
Harry fit volte-face. Fred et George se tenaient devant lui, leur air malicieux affiché au visage. Il réfléchit un instant, puis, jugeant inutile de mentir sur une information si facile d'accès, leur dit la vérité.
– Il est à l'infirmerie.
Les deux frères se regardèrent, souriant, puis tournèrent à nouveau la tête dans sa direction.
– Il s'est percé la main en rédigeant son devoir de potions ?
Harry fronça les sourcils.
– Oh… euh… non… enfin je crois pas, pourquoi ?
Fred se pencha vers lui et chuchota.
– On a ensorcelé sa plume. Un conseil : quand il voudra écrire avec, ne sois pas dans les parages…
Sur ce, les deux frères furent pris d'un fou rire et s'en allèrent en direction de leur salle commune. Harry assimila ce qu'il venait d'entendre, puis se servit un petit-déjeuner simpliste, composé de tartine et de confiture, et le mangea. Quand il le termina, il se leva de table et décida d'aller prendre des nouvelles de son ami blessé. Il traversa précipitamment la grande salle, sortit dans le hall et…
– Hagrid ! s'exclama-t-il à la vue du géant.
Ce dernier, qui venait d'entrer dans le hall, se tourna vers lui.
– Harry ! Le professeur McGonagall vient d'me dire que…
– On est allé te chercher, répondit hâtivement Harry. Après avoir vérifié qu'ils étaient bien seuls dans le hall, il continua. – Tu as disparu sans rien dire, on allait quand-même pas rester sans rien faire.
Ce fut au tour d'Hagrid de prendre ses précautions. Il secoua sa tête bien touffue dans tous les sens, puis se pencha vers Harry.
– J'étais allé voir…
– Aragog. Je sais. Le professeur Dumbledore me l'a dit.
– Oh… ben dans c'cas…
Il se redressa, puis reprit son chemin, talonné par Harry.
– Aragog sait rien sur les licornes. Faut dire qu'elle et ses p'tits quittent pas l'territoire. D'ailleurs, celui qui tue les licornes, qui qu'il soit, s'rait fou d'pénétrer sur leur terrain…
En parlant de la forêt, Harry se souvint immédiatement des mots de Rogue le soir précédent.
– Oui… Tu es au courant d'une certaine grotte dans la forêt ?
– Y a beaucoup d'grottes dans la forêt, Harry…
– Oui, mais une… plus spéciale… Une qui nous inviterait à y entrer, et gardée par un dissimuleur ?
Hagrid s'arrêta net. Il fronça les sourcils et semblait réfléchir.
– Ça m'dit rien… Mais t'sais, Harry, toutes les grottes d'la forêt sont dangereuses, j'en vois pas qui sort du lot… Et les dissimuleurs sont assez nomades, ils habitent pas juste dans une grotte.
– Ah… d'accord, merci, je vais voir Ron à l'infirmerie.
– Ok, à t'à l'heure !
Ils se séparèrent, et tandis qu'Hagrid prenait vraisemblablement la direction du bureau de Dumbledore, Harry entra dans le couloir menant à l'infirmerie. Il avait délibérément laissé de côté la thématique de la relation entre son père et Rogue, au vu de la façon dont le sujet se clôtura la dernière fois qu'il avait essayé…
Lorsqu'il entra à l'infirmerie, il aperçut Ron, debout près de son lit. Mme Pomfresh lui tendait une bouteille en verre remplie de la crème de la veille, et semblait lui donner des instructions. Quand Harry les rejoignit, elle s'exclama.
– Ah ! Voilà l'autre ! Et ne me faites plus jamais ce coup-là, vous deux, ou je vous fais pousser une deuxième tête pour vous aider à réfléchir.
Les deux amis se regardèrent, puis remercièrent l'infirmière et sortirent de la salle.
– Je suis désolé, j'aurais dû t'écouter, commença Harry, non sans mal.
– T'inquiètes, tant que mes parents ne l'savent pas…
– Dumbledore nous prévoit une punition, mais pas de renvoi.
– C'est déjà ça ! s'esclaffa Ron en se tournant vers Harry. – Tu te rends compte, à quel point j'vais pouvoir aller embêter Fred et George !? Qu'est-ce qu'ils n'auraient pas donné pour être à ma place… Survivre à la forêt interdite et ne pas se faire renvoyer, le rêve…
Harry s'estima chanceux que Ron le prenne si bien. Il hésita à lui dire pour la blague de ses frères, puis estima qu'il lui devait bien ça.
– À propos, fais attention à ta plume, la prochaine fois que tu l'utiliseras…
Ron le regarda d'un air ahuri, puis, ensemble, ils descendirent dans le parc pour profiter de la neige hivernale…
La fin des vacances se déroula plus calmement. Malgré l'avertissement de Harry, Ron se retrouva une nouvelle fois à l'infirmerie suite aux plaisanteries de ses frères, mais il leur rendit bien : en une semaine, il avait eu tout le loisir de leur vanter ses mérites de « survivant de l'extrême ». Toute cette histoire ne resta d'ailleurs pas longtemps secrète, et deux jours après les faits, toute l'école était au courant. Certains admiraient Harry et Ron, d'autres, comme les serpentards, les accusaient de mensonge ou critiquaient la souplesse du directeur. Quoiqu'il en soit, personne ne restait indifférent.
Le quatrième jour, Ron reçut une « beuglante » de la part de ses parents. C'était une lettre magique, destinée à punir. Grâce à une réprimande notoire, Ron s'assurait une humiliation publique. C'était sa mère, Molly Weasley, qui fut entendue ce matin-là dans toute la grande salle. Néanmoins, après un commencement abrupt, la lettre se finissait sur la douce voix d'une mère incapable de ne pas s'inquiéter pour son enfant, quoiqu'il eût fait.
Harry partagea également avec Ron ce qu'il avait entendu de la bouche de Rogue – du moins, une partie. Il avait bien réfléchi, et, malgré toute l'antipathie qu'il éprouvait envers le professeur, il avait choisi de l'innocenter. En effet, depuis quelques semaines, l'idée que Rogue puisse être au service de Voldemort le tracassait, mais suite aux récents événements, il n'y croyait plus. Bien-sûr, il était détestable sous toutes ses coutures, mais Harry comprit que cela n'en faisait pas de lui un serviteur du Seigneur des ténèbres. Après tout, les Dursley étaient eux aussi odieux comme tout, mais rien que l'idée qu'ils puissent être alliés à Voldemort faisait sourire le jeune garçon. Vernon, au service du plus puissant mage noir de tous les temps ? Et puis quoi encore !
Début janvier survint le dernier week-end des vacances. Ce fut le retour de tous les élèves qui avaient fêté Noël chez eux, et parmi eux, Hermione. Elle ne mit pas longtemps à apprendre ce que les deux garçons avaient fait en son absence, et ce fut à son tour de les en blâmer.
– Comment avez-vous pu être aussi imprudents !? La forêt est pleine de monstrueuses créatures… et si le professeur Rogue ne vous avait pas secouru, que serait-il arrivé ?
– P'têt' que la réponse est dans un d'tes bouquins ? se moqua Ron.
Mais Hermione ne les lâcha pas d'une semelle.
– Et le dissimuleur ? Ron, on n'est qu'en première année !
– Techniquement, c'est moi qui l'ai convaincu, intervint Harry. – Sans moi, il n'aurait pas fait ça.
Hermione se tourna vers lui. C'était étonnant comme elle ressemblait à McGonagall, quand elle était en colère ! En plus jeune, bien-sûr…
– Toi, tu es loin de connaître assez de formules ! Vous n'aviez aucune chance, pourquoi avez-vous agi si… bêtement ?
– Euh… en fait, j'tavoue, on n'avait pas prévu de rencontrer le… machin, là ! ajouta Ron, de son ton ironique bien caractéristique.
Harry se souvint alors de cette fameuse formule, cette nuit-là, qui les aurait possiblement sauvés si Ron ne l'avait pas oubliée. Il se retourna vers Hermione.
– Vous avez travaillé quoi avec Flitwick, juste avant les vacances ?
Hermione, prise au dépourvue, s'arrêta net.
– Oh… et bien… Bombarda, je crois…
Ron écarquilla les yeux.
– J'sais bien que j'écoute pas grand-chose en cours, mais j'me souviendrais quand-même si on avait vu un truc comme ça…
Harry le regarda. Il décida de ne rien dire, mais il doutait de la faculté de Ron à se souvenir de quelque formule que ce soit. Mais cette fois-ci, il avait raison.
– Ah non, continua Hermione, excuse-moi. J'ai lu cette formule dans un des livres d'un cinquième année. Il me l'a prêté pour les vacances. En guise de lecture…
– Tu travailles des formules de cinquième année pendant les vacances !? s'étonna Ron.
– Non, je lis, seulement. On n'a pas le droit de faire de la magie hors des salles de classes. Pour ton information, Harry, c'est Petrificus Totalus, que l'on a travaillé. Pourquoi ?
Tandis que Ron affichait son air hébété, Harry jugea préférable ne pas avouer à Hermione que leur ami avait oublié cette formule.
– Oh, juste comme ça…
Mais il ne put contrecarrer l'esprit rationnel de son amie, qui se tourna directement vers Ron.
– Tu vois, si tu écoutais en cours, cette formule vous aurait probablement servi.
Ron grommela un « Oh, ça va, ça va », puis les trois amis sortirent dans le parc et prirent la direction de la cabane d'Hagrid.
Une semaine après la rentrée, tout était rentré dans l'ordre. Harry avait informé Hermione que Rogue savait pour leurs cours cachés, et bien qu'elle fut réticente à recommencer à la suite de ces aveux, il la convainquit rapidement. Ils n'avaient pas eu d'ennuis jusqu'ici, et il n'y avait pas de raisons que ça change. Harry reçut également sa première convocation en tant que stagiaire du professeur de potions. Il allait devoir assister au cours des deuxième-année du vendredi matin, la semaine d'après, avec les élèves de poufsouffle et de serdaigle. Il avait le temps de s'y préparer, et Hermione décida de focaliser les cours qu'elle lui donnait sur la chimie élémentaire. Elle doubla également les horaires, et le jeune garçon se vit, du jour au lendemain, être tenu de lui rédiger des devoirs sur parchemin. Elle les relisait et corrigeait toutes les choses qui n'allaient pas – et dieu sait qu'il y en avait ! – Ainsi, Harry se retrouvait avec beaucoup moins de temps pour aider Hagrid, mais ce dernier, au courant de ce à quoi il « perdait » son temps, l'encourageait à continuer. La jeune fille, entre ses études et les corrections, n'avait quant à elle plus le moindre temps libre !
Une nuit, après avoir passé près de quatre heures à tenter de comprendre le fonctionnement moléculaire des toxines végétales – cours qui lui avait par ailleurs donné une bonne migraine, – Harry prit le chemin du retour plus tard qu'à ses habitudes. Il faisait déjà nuit noire, et il passa à la lisière de la forêt interdite. Il y était habitué, et entendait souvent les hululements des chouettes et les cris d'autres bêtes sauvages. Cependant, le spectacle qu'il aperçut cette nuit-là lui glaça le sang. Sur son chemin, il croisa une petite bête noire penchée sur le sol. C'était une chauve-souris. Mais ce qui effraya réellement le garçon, ce fut lorsqu'elle leva la tête. Ses yeux globuleux, aux contours presque indéterminables, étaient d'un noir profond tandis que de sa bouche entrouverte, s'écoulait un liquide sale et visqueux. Malgré le noir environnant, Harry était quasiment sûr que c'était du sang. La bête le regardait attentivement elle semblait l'étudier. C'est en baissant un peu plus les yeux que le cœur de Harry s'arrêta. Gisait, sous l'animal nocturne, le corps déchiqueté d'un rongeur mort. Jamais Harry n'avait vu une chauve-souris s'en prendre à une si grosse proie, et encore moins le guetter, lui, comme s'il représentait sa prochaine victime.
Reprenant peu à peu ses esprits, Harry sortit sa baguette. Il avait un affreux pressentiment, et la peur qu'il éprouvait à ce moment dépassait tout ce qu'il n'avait jamais vécu. Il contourna lentement l'animal – si tant était qu'il était juste un animal, – mais ce dernier ne le lâchait pas du regard. Harry se remémora rapidement toutes les formules défensives qu'Hermione lui avait enseignées, et se prépara à l'action. Son cœur battait vite et sèchement. Il avait l'impression que tous ses membres s'affolaient, mais ne savait pas pourquoi cette scène avait un si puissant impact sur lui – après tout, il avait déjà rencontré un dissimuleur. – Cependant, il n'y réfléchissait pas. Son but était de rejoindre la cabane d'Hagrid, et bien que sa seconde volonté puisse sembler étonnante, il l'admettait : il voulait rester en vie.
Lorsqu'il jugea la distance entre lui et la bête suffisante, il se retourna et se mit à courir. Il rejoignit prestement la cabane, et ne se retourna qu'alors. La chauve-souris avait disparu. Avec la dépouille.
Le lendemain, Hagrid et Harry se levèrent tôt. Le premier avait rendez-vous avec Dumbledore, tandis que le deuxième voulait trouver au plus vite ses amis et leur raconter son aventure de la veille. Il préféra laisser le géant tranquille pour l'instant, mais comptait bien lui demander son avis durant la journée.
Arrivant dans la grande salle, Harry aperçut les professeurs à leur table, puis retrouva Ron et Hermione. Discutant du cours de métamorphose, ils ne le virent pas arriver.
– Mais si, Hermione, ça s'ra mortel !
– … ça n'est pas une bonne idée, Ron…
– Tu es la seule à pouvoir le faire ! renchérit le garçon roux, puis il aperçut le nouveau venu. – Salut, Harry. Il faut que tu m'aides…
Hermione se tourna vers lui, et l'invita à s'asseoir. Après avoir pris place, Harry demanda.
– Qu'est-ce qu'il y a ?
– Ronald veut transformer la chaise du professeur McGonagall en une cuisse de poulet, affirma Hermione de son ton naturellement sérieux.
– Quoi ?
– On a eu une idée géniale avec Dean et Seamus, précisa Ron. – Au prochain cours avec McGonagall, juste avant qu'elle ne s'asseye, on transforme sa chaise…
– En cuisse de poulet ? demanda Harry, étonné.
– Oui. Mais aucun de nous ne réussit ce sort. À part Hermione, bien-sûr…
– Non, Ron, je ne transfigurerai pas la chaise du professeur McGonagall en cuisse de poulet !
– Allez, quoi, ça s'ra marrant ! tenta Ron d'un air désespéré. – En plus, elle te félicitera d'avoir réussi !
– Si tu veux le faire, rétorqua la fille, tu n'as qu'à t'entraîner.
Sur ces mots, Hermione acheva la discussion en se servant du pudding à la citrouille. Ron se tut également, et Harry en profita pour leur raconter sa mésaventure. Tandis que Ron paraissait de plus en plus intrigué par cette histoire, Hermione affichait une expression de dégoût. Quand il finit son récit, ses deux auditeurs restèrent muets.
– Alors, les pressa-t-il, vous en pensez quoi ?
– Harry, répondit Hermione avec désormais plus de compassion que de dégoût. – Tu es mieux placé que nous pour savoir ça mais… la forêt est vraiment dangereuse. Je ne crois pas qu'il y ait un quelconque animal normal parmi ses arbres…
Harry réfléchit un instant. Il ne savait plus du tout quoi penser.
– Et tu n'as pas une idée de ce que ça pourrait être ?
– Rogue.
Cette réponse de Ron stupéfia ses deux amis. Lentement, Hermione se tourna vers lui.
– Ne dis pas de bêtises, Rogue ne serait pas… comme ça, même s'il pouvait se transformer. Ce qui n'est pas sûr…
– Réfléchis, Hermione, à quoi te fait-il penser si c'est pas à une chauve-souris ? s'activa Ron.
– Ce n'es pas parce qu'il s'habille en noir que c'est une chauve…
Harry les arrêta. Le professeur en question s'était levé de table et s'approchait dangereusement. Il traversa le long couloir central et sortit par la porte.
– Cette nuit, je vais prendre ma cape d'invisibilité, déclara Harry. – S'il est à nouveau là, je le suivrai.
Hermione se tourna vers lui.
– Harry, tu as déjà failli te faire renvoyer deux fois !
– J'irai seul.
– Tu n'apprends donc jamais de tes erreurs ?
– Hermione, exposa-t-il, il y a une chauve-souris meurtrièredans la forêt, qui en plus semble avoir des pouvoirs psychiques bizarres ! Tu veux que je laisse passer ça ?
– On est dans un monde de magie, Harry, les pouvoirs psychiques bizarres sont normaux ! contesta la fille. – Et on est loin d'être suffisamment bons pour nous défendre face à ce qu'il y a dans la forêt…
Harry ne répondit pas. Il était bien décidé à mettre son plan à exécution, quoi qu'il lui en coûte.
Lorsque les trois amis allèrent à la bibliothèque, après le petit-déjeuner, Harry se précipita à ses rayons habituels. Tandis que Ron et Hermione sortaient leurs parchemins respectifs et se mettaient à rédiger des lignes et des lignes, il récupéra quelques livres sur les animaux des forêts et s'installa près d'eux.
Les heures passèrent. Harry lut un grand nombre d'informations sur les animaux, mais ne trouva rien de convenable. À midi, lorsqu'ils allèrent déjeuner, il réfléchissait encore à ce que pouvait être cette bête. Hermione ne cessait de le mettre en garde contre sa témérité, mais il ne l'écoutait pas. Ron, lui, tentait tant bien que mal d'aider son ami à trouver une réponse sérieuse, mais en vain.
– On pourrait demander à Quirrell ? essaya Ron.
– Pour être sûr de ne pas trouver ? répondit Harry. – C'est un professeur, je te rappelle, s'il sait que nous nous intéressons à la forêt, il fera en sorte qu'on ne puisse plus s'en approcher.
– Ce qui ne serait pas une si mauvaise idée… partagea Hermione.
Pour la suite du repas, Harry décida de changer de sujet. Ils finirent ainsi leur déjeuner en imaginant toutes les horribles tâches que Rogue allait pouvoir demander à Harry d'effectuer, puis descendirent voir Hagrid. Mais ce dernier n'était toujours pas revenu, et les trois bons amis finirent l'après-midi tantôt écrivant des devoirs, tantôt ensorcelant la neige extérieure pour donner vie à des bonhommes de neiges.
Quand le soleil se coucha derrière l'horizon montagnard, et malgré tous les avertissements d'Hermione, Harry prépara sa cape d'invisibilité et sa baguette magique. Il les rangea dans la large poche de sa veste, puis invita ses amis à sortir et à aller dîner. Ils longèrent la forêt, et Harry décela l'endroit exact où il vit l'animal, la veille. Il en prit note, se le définit comme position, puis termina de monter au château avec Ron et Hermione. Il traversèrent la cour, entrèrent dans le hall, croisèrent Peeves, l'esprit frappeur du château – qu'Harry avait la chance de ne voir que très peu, passant la majeure partie de son temps dehors, – puis tournèrent et pénétrèrent dans la grande salle.
Les plats étaient déjà sur table et après avoir trouvé trois places de libres, les amis s'assirent et entamèrent leurs assiettes. Le brouhaha insupportable qui régnait dans la salle n'empêchant pas les amis de bavarder, la discussion tourna vite à la critique des objectifs du jeune Harry.
– Sincèrement, c'est une très mauvaise idée. Si tu veux vraiment te renseigner, demande à un professeur, ou même à Dumbledore ! s'inquiétait Hermione.
– Il a largement autre chose à faire, refusa Harry. Il regarda à la table des professeurs, puis renchérit. – Il n'est même pas ici !
Ron se tourna aussi vers la table des professeurs.
– Hagrid et Rogue non plus, remarqua-t-il.
– J'imagine qu'Hagrid est avec Dumbledore… proposa Harry.
– Et Rogue est dans le parc pour voir si tu ne fais pas de bêtises, conclut Hermione, mais c'était sans compter l'esprit taquin de Ron.
– Ou il est en chauve-souris, en train d'raffoler des p'tits lapinous…
Harry ne put s'empêcher de laisser s'échapper un petit rire en s'imaginant la scène… le professeur de potions se léchant les babines en se penchant sur un petit lapin ! Mais Hermione ne tarda pas à refroidir l'ambiance.
– Dis-moi, Harry, tu ne comptes pas vraiment repartir dans la forêt ?
– Si. Après tout, tu m'as enseigné Petrificus Totalus, je suis tranquille…
Hermione soupira de désespoir, mais sembla abandonner, car elle ne répondit plus. Ils finirent leur dîner, puis se levèrent et prirent la direction de leurs chambres respectives. Hermione tenta une dernière fois de raisonner Harry, mais n'ayant pas le droit de sortir dans le parc la nuit, elle ne put voir son vœu exaucé…
Harry rejoignit rapidement son poste. Après avoir observé les alentours, il s'assit et se recouvra de sa cape d'invisibilité. Il n'avait plus qu'à attendre… Les heures passèrent, et Harry avait assisté à l'extinction de tous les feux dans la château. Les seules fenêtres par lesquelles sortaient encore une faible lueur étaient celles du bureau du directeur. Le garçon commençait à grelotter, et pensa immédiatement à la douce chaleur du feu de la cabane d'Hagrid. Cependant, il canalisa vite ses idées pour avoir les pensées claires, mais ne tint pas longtemps. Son esprit s'en alla vagabonder, et Harry se surprit à se demander ce que Dumbledore pouvait bien faire à cette heure-ci, puis à se questionner sur ce qu'il faisait, ici, seul, dans le froid, là où personne ne pouvait le voir. Enfin, la fatigue eut raison de lui, et le jeune garçon s'endormit sous la cape, sa veste comme seule barrière entre lui et la neige…
Lorsque Harry se réveilla, ce dimanche matin, il avait froid. C'était un fait. Il mit quelques instants à comprendre qu'il avait dormi une nuit dehors, dans la neige. Neige qui avait eu le temps de fondre, et le jeune garçon était désormais mouillé de la tête aux pieds. Il se leva tant bien que mal, et força ses membres engourdis à rejoindre la cabane d'Hagrid. Il était complètement harassé, et admettait volontiers qu'il venait de passer la pire nuit de toute sa jeunesse.
Quand il entra dans la cabane, il entendit les ronflements caractéristiques du propriétaire, qui rappelaient à chaque instant le rugissement d'un lion. Harry rejoignit sa chambre, se déshabilla prestement, prit une douche – limitée à un seau d'eau naturelle qu'il se versait dessus, – puis mit des vêtements secs. Il installa les autres à sécher, puis se prépara une tisane. Il avait l'impression d'avoir une citrouille à la place de la tête, et à ce moment précis, plus rien ne l'intéressait. En tâtonnant, il sortit les biscuits de marbre d'Hagrid, se cassa les dents sur deux d'entre eux, puis mit un peu d'ordre dans la cabane. Lorsqu'il ressortit de la maison – beaucoup doutaient du fait que le terme « maison » soit approprié pour cet habitat, mais Harry ne s'était jamais senti autant chez lui que dans cette cabane pour lui, c'était bien une maison, – il remonta la colline. Entrant dans la grande salle, il remarqua que bien des élèves étaient déjà là, et ce n'est qu'alors qu'il eût l'idée de regarder l'heure ce qu'il fit, malgré l'utilité passée d'une telle action. Finalement, il rejoignit ses amis, qui semblaient déjà avoir achevé leur petit-déjeuner – bien que Ron ne laissait jamais passer une occasion de plus pour se goinfrer !
– Harry, s'écria Hermione, soulagée, lorsqu'il se présenta. – Alors, qu'est-ce que tu as fait ?
– J'ai dormi dans la neige, grommela l'intéressé, puis il s'assit et se servit à nouveau des biscuits.
Hermione regarda Ron, visiblement surprise de la réponse, puis se retourna vers Harry.
– Comment ça tu as… dormi dans la neige ?
– Bah… euh… j'me suis endormi dans la neige… et j'ai une d'ces migraines ! continua le garçon, totalement déconnecté du monde extérieur.
Hermione sembla réfléchir un instant, puis sortit sa baguette et la pointa sur Harry. Ce dernier ne réagit pas, et Hermione murmura une formule.
– Revigor.
Harry sentit une vague froide lui traverser le corps, comme si tous ses organes et muscles s'étaient éteints. L'instant suivant, une bouffée de sensation chaude sembla redémarrer tout son organisme. Il était maintenant en pleine forme.
– Wah… Il faut que tu m'apprennes ça, s'émerveilla Harry.
La fille se contenta d'un sourire timide, puis rangea sa baguette. Ron, lui, s'était carrément arrêté de manger – ce qui n'arrivait pas souvent !
– Dément… souffla-t-il.
Après s'être remis de leurs émotions, les deux garçons finirent rapidement leur petit-déjeuner, puis les trois amis descendirent voir Hagrid. Sur le chemin, Harry leur expliqua en détail sa précédente soirée, et voyant clairement Hermione apaisée à l'idée de savoir qu'il n'avait rien, il ne put s'empêcher de repenser aux paroles du professeur Rogue. Il ne leur avait pas avoué cette partie de la discussion, et ne pouvait s'empêcher de se sentir gêné chaque fois qu'il s'en rappelait. Mais, personnellement, il était bien décidé à ne plus blesser ses amis, et encore moins à mettre leur vie en danger.
Quand ils arrivèrent à la cabane et frappèrent à la porte, le géant ne mit pas longtemps à leur ouvrir.
– Ah ! C'est vous ? Entrez, entrez… s'exclama-t-il de sa voix imposante, mais toujours chaleureuse.
Les trois jeunes traversèrent le rideau de chaleur qui semblait disparaître au niveau de la porte, et prirent place sur leurs tabourets habituels.
– Alors, Hagrid, commença Harry, qu'est-ce qu'il voulait, Dumbledore ?
– Oh, on a parlé d'tes bêtises. Le directeur m'a dit qu'on allait d'voir repartir dans la forêt.
– Encore ? s'étonna Hermione. – Mais vous ne faites que ça depuis le début de l'année !
– Et Harry qui prend comme punition d'aller dans la forêt pour y être allé, c'est le comble non ? ajouta Ron d'un air enjoué.
Harry sourit, puis reprit.
– Mais qu'est-ce qu'on va y faire ?
Hagrid regarda autour de lui, comme s'il s'imaginait qu'il était observé, puis se pencha vers les trois enfants et baissa le ton.
– Il veut qu'on aille voir les centaures, cette nuit. Dumbledore veut avoir l'plus de témoignages à propos des licornes…
– Et pourquoi il veut que je t'accompagne ?
La réponse d'Hagrid à la question de Harry fit sourire les trois amis.
– C'est Dumbledore !
Suite à cela, les amis aidèrent Hagrid à nourrir quelques petits noueux qui avaient élu domicile sous le lit du géant, puis finirent la journée dans le travail et la bonne humeur avant de remonter, le soir, au château.
À onze heures du soir, comme convenu, Harry rejoignit Hagrid à l'entrée de la forêt. À la demande de ce dernier, il avait pris sa baguette, mais rien de plus. Le géant lui-même se contenta de son arbalète et de deux carreaux seulement, car, disait-il, les centaures n'aiment que l'on aille chez eux trop armés. Il pénétrèrent dans la forêt et se mirent à marcher le long de l'étroit chemin de terre. Des bruits effrayants se laissaient entendre, que ce soient des sortes de rugissements, des soufflements rauques ou encore des sifflements. Ils étaient habitués à tous ces bruits, mais restaient tout de même vigilants – bien qu'Hagrid ait développé cette faculté de se montrer plus calme dans la forêt qu'en dehors. – Entre les arbres, il n'y avait pas de place à l'erreur, et Harry l'avait appris à ses dépends. Le géant marchait devant, et s'arrêtait parfois, pour tendre l'oreille ou pour regarder les traces au sol. Les heures passaient rapidement, et même si Harry n'avait pas prévu de dormir cette nuit, la fatigue commençait à se faire ressentir. Heureusement, la forêt avait pour fâcheuse habitude de mettre constamment les sens de ses occupants à l'épreuve, et il était presque impossible de se laisser emporter par le sommeil.
Le garde-chasse et son apprenti marchaient déjà depuis des heures quand Hagrid s'arrêta pour de bon. Il baissa son arbalète et se mit à attendre. Au bout de quelques instants, deux centaures sortirent des hautes herbes environnantes. Le premier, aux cheveux gris lui tombant sur les épaules et avec une petite barbe de la même teinte, semblait sans préjugés, calme, mais déterminé. Ce n'était pas le centaure le plus trapu, et Harry reconnut en lui Froths. Il l'avait déjà rencontré lors de rares occasions, et savait que l'être en question faisait partie des centaures les plus raisonnables de la tribu. On pouvait discuter normalement avec lui – dans la mesure du possible avec un centaure, bien évidemment, – mais cela ne signifiait pas que l'on pouvait le provoquer. Le jeune homme, tout comme Hagrid, savait que derrière cette intelligence remarquable se cachait un honneur sans faille, et que s'il y était contraint, Froths n'aurait aucun mal à armer son arc et décocher une flèche fatale à son détracteur. Le second centaure, bien plus vigoureux, ne lui rappelait cependant rien.
– Froths, Hatis, bonsoir, les salua Hagrid d'un hochement de tête.
Harry perçut immédiatement la méfiance dans la voix d'Hagrid lorsque celui-ci prononça le deuxième nom. Il en conclut que l'intéressé était bien plus conservateur que son camarade et il ne se trompait pas.
– Vous n'êtes pas les bienvenus ici, affirma Hatis d'une voix grave et menaçante. – Repartez tant que vous le pouvez encore.
– On est venu de la part de Dumbledore, continua Hagrid sans broncher. – Il veut…
– On n'a que faire des demandes de ce vieillard.
Harry vit alors Hatis encocher une flèche. Heureusement, Froths intervint.
– C'est à propos des licornes, Hagrid ? demanda-t-il en se positionnant entre son compagnon et le géant.
Mais Hatis ne resta pas en reste.
– Tu n'as pas le droit de les aider, Froths.
– Le coucher de soleil fut sanglant, répliqua ce dernier en se retournant vers son partenaire. – Tu sais ce que ça veut dire.
– Ce ne sont pas nos affaires !
– Le meurtre d'un être aussi pur qu'une licorne nous atteint tous dans ce monde, clôtura Froths, puis il continua à l'attention d'Hagrid. – Un tel crime ne reste pas impuni… mais il ne nous appartient pas encore d'y participer. Je ne peux rien de plus pour toi, Hagrid.
Le géant sembla déçu, mais remercia tout de même les centaures. Il se retourna puis, talonné par Harry, disparut dans les dédales de la forêt.
Après quelques dizaines de minutes de marche, Harry nota qu'ils n'empruntaient pas le même chemin qu'à l'aller. Il ne se posa cependant pas tant de questions, car il savait qu'une multitude de chemins existaient pour rentrer à l'école. Ils continuèrent donc leur route en silence, attentifs aux murmures des arbres et aux susurrements de la forêt.
Mais à mesure qu'ils avançaient, la méfiance du garçon se stipula. Il avait l'impression de traverser une zone plus sombre de la forêt, une zone plus lugubre… Soudain, Hagrid s'arrêta. Harry l'imita, puis baissa les yeux. Devant, eux, dans toute sa splendeur mortifère, traînait le cadavre d'une somptueuse licorne. Froths n'avait donc pas menti… Le garde-chasse décida de faire une pose pour étudier la créature morte, et l'enfant alla se poser sur une pierre plate, non loin de la scène du crime.
Quelques mornes instants s'écoulèrent, quand Harry entendit un murmure. C'était même plus qu'un murmure, c'était un appel… Le garçon se leva et se tourna vers les fourrés. Il avait l'impression de déjà avoir entendu cet appel, mais il ne savait plus où… ni quand. Curieux, il décida de traverser les bosquets… et tomba nez-à-nez avec la grotte. Il s'en souvenait désormais : c'était cette grotte qui l'avait appelée, lors de sa mésaventure avec le dissimuleur. Sur le moment, il ne s'y était pas intéressé, mais maintenant… Il regarda autour de lui et sortit sa baguette. Il entendait encore Hagrid marmonner dans sa barbe, de l'autre côté des broussailles, quand il s'approcha de la sombre grotte. L'intérieur était profond, et Harry ne voyait pas où il menait. Le seul moyen de le découvrir était d'y entrer… Levant sa baguette, le garçon pénétra dans les ténèbres.
Il marcha quelques instants, puis, aveugle, se prit le mur de pierre et s'écorcha le visage. À tâtons, il repéra les murs et tourna, suivant ainsi le tunnel. Lorsqu'il arriva à la prochaine sinuosité, un faible rayon lumineux, passant par un trou au travers de la voûte rocheuse, éclaira le fond de la caverne. Son sang ne fit qu'un tour et Harry se figea, tandis que face à lui, tête vers le bas, pendait la chauve-souris tueuse. Elle le fixait sans bouger, les yeux toujours aussi globuleux, et, en dessous d'elle, jonchant le sol, des dizaines d'ossements de tailles et de formes différentes étaient éparpillés. Des morceaux de chair traînaient çà et là, et Harry sentit la nausée monter en lui.
Les deux êtres se fixèrent longtemps, puis l'animal se laissa soudain tomber. Harry, figé par la terreur, ne réagit pas. Il resta planté, alors que devant lui, l'animal nocturne disparaissait dans une sombre brume… pour que s'en élève, dos au jeune garçon, une forme humanoïde, enveloppée d'une longue cape noire. L'enfant pensa immédiatement à Rogue, mais, étonnamment, cette idée absurde lorsque Ron la partagea ne lui donnait plus du tout envie de rire, si ce n'est d'un rire nerveux, à la fois effrayant et soulagé de voir que ce n'était que le professeur de potions…
Lorsque l'humanoïde se tourna vers Harry, ce-dernier fut encore plus stupéfait. Ce n'était pas Rogue qui se tenait face à lui, mais un homme au visage peu ridé, avec des yeux profondément noirs, des cheveux coupés courts de la même couleur et… deux longues canines, dépassant de sa mâchoire supérieure.
– Bonsoir, souffla-t-il.
Ces mots, aucunement menaçants, réveillèrent Harry, qui répondit en bégayant.
– Euh… Bon… soir… Bonsoir…
Le vampire l'observa un instant, puis claqua des doigts. Des bougies, tapis dans l'ombre du mur, s'enflammèrent, pendant que deux lourds rochers sortirent du mur et se présentèrent, un devant le maître des lieux, l'autre à Harry.
– Assieds-toi, je t'en prie, dit l'hôte en s'exécutant lui-même.
Le garçon s'assit, toujours en fixant le sombre personnage. Ce dernier, semblant comprendre que Harry n'avait pas l'intention de prendre d'initiative, demanda, de son ton mesuré et sévère – ton qui rappelait bien au jeune homme celui du professeur Rogue.
– Pourquoi es-tu ici ? Ce n'est pas prudent de ta part. Tu as de la chance que Severus m'ait indiqué qui tu es, car sinon…
Cette phrase acheva de tirer Harry de ses illusions.
– Vous connaissez Rogue ?
– Bien-sûr que je le connais. Depuis déjà une courte décennie…
– Et vous habitez ici ?
– Depuis près de deux-cents-douze ans, oui.
Harry écarquilla les yeux. Jamais il ne s'était imaginé que sa première discussion avec un vampire de déroulerait ainsi. D'ailleurs, maintenant qu'il y repensait, il avait complètement délaissé les vampires en se renseignant sur les chauves-souris. Il savait bien pourquoi, et s'indignait de son erreur : il avait cherché chez les animaux, or les vampires étaient des êtres.
– Et comment connaissez-vous Rogue ?
– C'est une longue histoire… Pour faire court, lorsqu'il commença à enseigner, il venait souvent dans la forêt, seul, la nuit, se maudissant de ce qu'il avait fait. J'ai rapidement remarqué que c'était un grand sorcier de l'esprit ! C'est ce qui m'a le plus intrigué, chez lui, et ce sont ces sciences de la pensée et de la raison qui nous ont rapprochés. J'ai toujours trouvé que les sorciers se reposent trop sur leurs facultés magiques, et pas assez sur leur sens logique et leur entendement…
Harry ne comprenait pas le moindre mot de ce que lui racontait le vampire. Il s'apprêtait à poser une nouvelle question, lorsqu'il entendit la voix d'Hagrid, l'appelant.
– Je dois y aller… euh… heureux d'avoir fait votre connaissance…
Puis Harry repartit dans l'obscur couloir, et, lorsqu'il se retourna pour la dernière fois, il ne vit plus qu'une petite chauve-souris, posée sur un rocher, au regard profond et… humain.
FIN DU SECOND CHOIXPITRE.
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