Il n'en revenait pas.
Il n'en revenait toujours pas.
Sa Lady, sa Buguinette, la fille qui occupait toutes ses pensées depuis des mois...
Elle était juste derrière lui en cours.
Elle avait toujours été sous ses yeux, et il n'avait pas été fichu de s'en rendre compte.
Elle l'interrompit au milieu de ses pensées.
- Chat, au lieu de me regarder avec la bouche grande ouverte, purifie l'akuma. Histoire qu'il n'aille pas posséder une autre personne et que je récupère mon corps.
Il referma la bouche d'un coup sec, avant d'obéir à Ladybug.
Même dans cette situation, elle gardait son calme - ou en tout cas, donnait cette impression.
Elle qui tenait tant à ce que leurs identités restent secrètes...
Mais il ne pouvait s'empêcher d'être heureux.
Oui, il ne pouvait empêcher le grand sourire qui venait lui manger la moitié du visage.
Cela faisait désormais quelques semaines qu'il avait commencé à regarder Marinette différemment. Tout d'abord, suite à une discussion qu'ils avaient eu, en tant qu'Adrien, celle-ci avait fortement diminué ses bégaiements en sa présence. Et, bien qu'il en subsiste toutefois quelques-uns, il avait aussi l'habitude de rendre visite à sa princesse le soir sous la forme de Chat Noir, et elle se livrait à lui sans barrière. Il avait pu redécouvrir son amie, et l'image qu'elle lui renvoyait ne lui déplaisait pas.
Il avait voulu refréner, ignorer cette soudaine et particulière marque d'affection pour Marinette, croyant trahir les sentiments qu'il avait pour l'héroïne de Paris.
Mais maintenant, il en comprenait mieux l'origine, et se sentait plus heureux que jamais de voir que les deux filles qu'il aimait le plus ne constituaient qu'une seule et unique personne.
Un désastre.
C'était les seuls mots qui venaient à l'esprit de Marinette.
La jeune fille avait repris possession de son corps, mais pas de tous ses esprits, encore profondément choquée de la révélation qui venait d'avoir lieu.
Chat Noir avait découvert son identité secrète.
Elle ne pouvait pas lui en vouloir, il ne l'avait pas fait exprès.
Mais la façon dont il la regardait la plongeait dans un effroi total.
Que voulaient dire ces deux grands yeux verts qui la fixaient étrangement ?
Elle avait peur.
Peur qu'il soit déçu.
Après tout, elle n'était qu'une fille banale et maladroite. Comment Chat Noir pourrait encore s'intéresser à une fille comme elle ? Non que cela lui importe énormément... Mais elle aurait mal si le jeune homme la rejetait. Même si elle comprendrait, après tout l'image que renvoyait Ladybug ne correspondait pas à cette collégienne tout ce qu'il y a de plus normal.
- Chat, je... Je comprends que tu sois déçu. C'est vrai que tu ne devais pas m'imaginer comme ça, hehe...
Un rire sans joie sortit de ses lèvres.
Chat Noir ouvrit grand les yeux.
- Tu plaisantes ??
Le ton de sa voix fit redresser la tête de Marinette, qui fixait ses pieds comme s'ils étaient la chose la plus intéressante au monde.
Il avança vers elle, et lui ébouriffa les cheveux avant de lui lancer :
- Au contraire, je crois bien n'avoir jamais été aussi heureux. Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir de découvrir, depuis tout ce temps, que c'était toi ma Lady ! Marinette, Buguinette... Même mon inconscient semblait avoir compris, et s'en réjouissait sans doute déjà. Tu n'as aucun soucis à te faire. Avec ou sans le masque, tu restes la même personne. Et ne viens pas me dire que tes maladresses sont un fléau ; c'est ce qui fait ton charme.
Sur ces mots, il lui lança un clin d'œil charmeur, faisant définitivement fondre le cœur de Marinette qui avait déjà été touchée par ses paroles.
- Tu le penses vraiment ? souffla-t-elle.
Il s'avança encore plus vers la jeune fille, jusqu'à ce que leurs visages ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.
- Vraiment, répondit-il dans un murmure.
A peine avait-il dit cela que les boucles d'oreilles commença à biper.
Il voulut rester, mais Marinette l'en empêcha.
- Vas-y, je ne dois pas savoir. Autant maximiser nos chances d'éviter que le Papillon découvre nos identités secrètes, en commençant par cacher ton identité, Chaton.
Il fit la moue. Il avait tellement envie de lui crier qui il était ! "Je suis Adrien, ton ami, celui qui t'a donné ce parapluie le jour de notre rencontre !" Mais non, il ne pouvait pas, il devait respecter les choix de Marinette. Et elle avait raison. Lui révéler son identité reviendrait à la mettre encore plus en danger. Ils allaient déjà devoir être vigilants à l'avenir - il était presque certain que le Papillon ne savait pas qui était Marinette, tout s'étant déroulé très rapidement.
Il soupira, et, non sans un dernier regard pour sa Lady, partit se détransformer à l'abri des regards.
Redevenu Adrien, il s'étendit par terre contre le mur, épuisé par toutes ces émotions.
- Plagg...
Un petit toussotement lui fit relever la tête. Ce n'était pas Plagg qui le regardait, mais une petite créature rouge.
Il se frappa le front avec la paume de sa main.
Bien sûr que ce n'était pas Plagg, il avait gardé le miraculous de Ladybug !
- Tikki ?
- C'est bien moi !
Une petite voix fluette sortit de cette kwami, lui changeant des habituelles plaintes et grognements de Plagg à chaque fin de détransformation.
Il allait falloir qu'il rende son miraculous à Marinette, et qu'il récupère par la même occasion le sien... C'est vrai tien, il aurait pu penser à prendre la bague qui était dans la main de Marinette avant de partir.
Mais il n'y avait pas vraiment de problème. Il se rendrait chez Marinette sous forme de "Ladybug", récupérerait la bague de Chat Noir, et substituerait rapidement le costume de Ladybug pour celui de Chat Noir en demandant à Marinette de ne pas regarder. Bien qu'il était sûr qu'il n'aurait pas besoin de le préciser.
En plus de récupérer son miraculous, il aurait encore l'occasion de revoir Marinette avant demain.
Ce plan était parfait.
