Tom Gottu

HARRY POTTER

RENVOYÉ

Cette histoire est une fanfiction tirée de l'oeuvre Harry Potter à l'école des sorciers de J. K. Rowling. Elle n'a aucun but lucratif et n'est liée en aucun point à l'autrice ou à la société de production Warner Bros.

Malgré cela, dans la mesure du possible concernant le cadre légal des fanfictions, j'aimerais dédicacer celle-ci aux animateurs du podcast Fréquence 9 3/4, Jérémy et Marina, qui font un travail d'exception.

Merci à eux.

CHOIXPITRE 3 :

Secrets en fond de cave

Quand Harry sortit de la grotte, une foule de questions se bousculaient dans son esprit. Cette rencontre l'avait complètement pris de court. Il ne pouvait s'empêcher de penser à toutes ces paroles, si énigmatiques, que le vampire lui avaient partagées. Pourtant, Harry tenta de ne rien laisser paraître lorsqu'il retrouva Hagrid. Ce-dernier, debout près du cadavre de la licorne, s'arrêta enfin de crier lorsqu'il l'aperçut.

– Harry, où étais-tu passé ?

– J'étais allé visiter la grotte, de l'autre côté des fourrés, répondit-il. Puis, avant que le garde-chasse n'ait la mauvaise idée d'y entrer également, il ajouta. – Il n'y a rien.

Hagrid hocha la tête, puis continua.

– C'te licorne a été tué proprement. J'sais pas qui pourrait faire une chose pareille… ' Tout cas, c'pas un animal.

Il invita Harry à se rapprocher, et le garçon découvrit enfin les détails de la dépouille. Il n'avait jamais vu quelque chose d'aussi net. Juste une morsure, au niveau de la jugulaire, et du sang de couleur argenté qui s'en était échappé. Au premier regard, Harry savait que le meurtre pouvait paraître barbare, mais il avait appris à ne pas se fier aux apparences. En fait, ce qui était le plus mystérieux était le corps. Aucun animal ne tuait pour ensuite abandonner sa victime. Ou peut-être le prédateur les avait-il vus arriver ? En tout cas, Hagrid semblait bien plus sûr de lui.

– C'qui a commis c'crime… C'est pas une bête sauvage… C't'un être très puissant… et très sombre.

– Voldemort ?

– J'sais pas, répondit Hagrid, non sans rechigner à l'entente du nom. – Si Voldemort est ici…

Mais Harry ne put s'empêcher de penser également au vampire. Serait-il possible qu'il ait tué la licorne pour se rassasier ? Il fallait qu'il en ait le cœur net…

– Hagrid ? commença-t-il. – Est-ce qu'un… est-ce qu'un vampire peut faire ça ? Tuer une licorne ?

Le géant se tourna vers lui, surpris, puis réfléchit un instant, et finit par répondre.

– J'crois pas… Les vampires sont d'puissants êtres, Harry, mais les licornes l'sont encore plus. D'ailleurs, tuer cette créature est un sacrilège. J'pense qu'même les vampires n'se risqueraient pas à subir la malédiction…

Harry acquiesca.

– Bon, termina Hagrid en s'étirant. – Faut qu'on rentre au château, y s'fait tard.

Il sortit une pierre de sa poche, et la posa délicatement auprès de la tête de la licorne.

– Qu'est-ce que c'est ? s'enquit le garçon, intrigué.

– C't'une pierre ensorcelée par Dumbledore. Elle protégera l'corps et le f'ra disparaître dans la terre. Puis un arbre magnifique pouss'ra ici, pour rendre hommage à la licorne. C'est d'la belle magie…

Après être restés quelques instants pour honorer la défunte licorne, les deux sorciers repartirent le long du chemin de terre. Ils marchèrent longtemps, toujours vigilants, mais sans oublier cet animal sublime qui, cette nuit, avait perdu la vie au profit d'une créature sombre, égoïste, monstrueuse. Une créature effroyable, et non un être, une créature condamnée à errer, se refusant la mort et qui, maudit par le sort, ne pourrait jamais plus goûter aux subtilités de la vie…

La semaine qui suivit se déroula sans incident notable. Bien que Malefoy, comme à son habitude, continuait de vilipender les trois amis chaque fois qu'il les voyait, le mardi ne fut pas à son avantage. Ce jour-là en effet, fier de la nouvelle relique magique que son père lui avait achetée, il n'avait pas hésité un instant à provoquer, une nouvelle fois, Ron.

– Alors, Weasley ! commença-t-il d'un ton dénigrant. – C'est pas tes parents qui achèteraient un objet pareil, n'est-pas ?

Il sortit une sombre boite de sa veste et en retira le couvercle. Dedans, sur un coussin de velours non moins obscur, reposait une petite dague. Aussitôt, Harry se demanda si ce genre d'objet était bien légal à Poudlard, mais il ne put réfléchir bien longtemps.

– Tu vois, Potter, ce genre d'objet pourrait te refaire ta cicatrice… Qu'en penses-tu ?

Le garçon s'apprêtait déjà à répliquer, lorsqu'il aperçut une silhouette, élancée et drapée de vert, surgir juste derrière Drago. C'était Minerva McGonagall.

– Bonjour messieurs… Puis, remarquant Hermione, elle se corrigea. – … dame. Puis-je faire quelque chose pour vous ?

Le garçon blond ne tarda pas à cacher son cadeau dans son gilet avant de se retourner, mais ce faux-pas éclaira la professeure.

– Je vois. Je vous prie, monsieur Malefoy, de me remettre cet objet.

– Pourquoi ? J'ai rien fait.

– Dans ce cas, inutile de trembler à l'idée de vous faire prendre, n'est-ce pas ?

Outre cette humiliation, très plaisante, à laquelle Harry et ses amis assistèrent, Drago finit par se faire confisquer la dague. De plus, pour introduction d'objet dangereux dans l'école, il écopa d'une retenue, ainsi que d'une baisse significative du nombre de points de sa maison.

Harry n'attendit pas longtemps pour partager son expérience vampirique du dimanche soir à ses amis. Ron trouvait stupéfiant qu'il ait survécu à cette rencontre, et Hermione ne cessait également de lui rappeler qu'il avait eu beaucoup de chance. Bien-sûr, ils réfléchissaient beaucoup au lien qui unissait Rogue et le vampire, mais ils se durent vite se rendre à l'évidence : ils n'avaient pas assez d'éléments pour comprendre quoi que ce soit.

Cependant, ce n'était pas la seule chose qui échappait, cette semaine, à Harry. En effet, les cours de chimie théorique donnés par son amie étaient loin de lui paraître limpides. Ainsi, les aptitudes dont il témoignait lors de ces cours particuliers attestaient d'un piètre niveau en la matière. D'ailleurs, tous les soirs, la jeune fille clôturait ses cours époumonée, et pour cause : elle y passait la majorité de son temps à soupirer d'exaspération face à l'inhabileté de Harry quand il s'agissait d'expliquer le fonctionnement des poisons et autres substances toxiques.

– Ce n'est pourtant pas compliqué ! s'accabla-t-elle ce jeudi soir. – L'Aconit napel produit l'aconitine, l'aconitine ouvre les canaux sodiques de tous les tissus. Le sodium est toxique s'il est libéré à trop haute dose ! Il provoque des contractions musculaires et un trouble des sens. Et quels sont les symptômes toxiques de L'Aconit ?

Harry regarda Ron. Il voyait dans ses yeux la même détresse et la même incompréhension – totale – qu'il ressentait à ce moment.

– Alors ? Une paralysie et un troubles des sens, par exemple du toucher ! termina la fille. – Et c'est sans parler de toutes les étapes intermédiaires, mais on n'a pas le temps pour cela.

Suivant ces cours, le garçon restait tant bien que mal jusqu'à la fin, mais en réalité, à peine arrivait-il au lieu de rendez-vous – la bibliothèque, – qu'il était déjà perdu. Si tels étaient véritablement les cours du professeur Rogue, ce dont il n'avait pas à douter… qu'est-ce qui avait bien pu passer par la tête du vampire lorsqu'il lui avait dit que Rogue était différent, qu'il était logique !?

Quand le soleil se leva, le vendredi matin, Harry se réveilla d'une nuit particulièrement mouvementée. En effet, il n'avait cessé de rêver d'une Hermione qui lui faisait boire du poison, et qui finissait par se transformer en une sombre silhouette, celle du professeur Rogue… Il se leva, se vêtit tout en étant à moitié endormi, puis sortit de la cabane pour rejoindre la grande salle. Quand il y arriva, il avait encore en tête le sourire machiavélique du professeur de potions, et mit quelques instants à trouver ses deux amis, assis à la table des gryffondors.

Quand il prit place face à Ron, il remarqua que le garçon roux n'avait pas l'air plus en forme que lui.

– Qu'est-ce qu'il a ? demanda-t-il à Hermione.

– Il a reçu sa convocation en retenue de la part du professeur McGonagall.

Harry haussa les sourcils, puis continua.

– Et alors ?

– Cet après-midi, pendant que tu auras ton cours avec Rogue, il devra aller ranger les livres à la bibliothèque. À la main.

Ron grogna, puis poursuivit son acte de silence funèbre. Harry tenta de le consoler.

– Au moins, tu n'auras pas la compagnie de Rogue, toi.

– Tu t'rends compte ? demanda Ron en levant la tête, abattu. – Ranger les livres d'la bibliothèque… Sans magie…

– Après avoir été une nuit dans la forêt, ça devrait être tâche facile, rétorqua Hermione de son air de raillerie caractéristique.

– Justement, s'exclama Ron en se tournant vers elle. – J'ai failli y laisser ma peau, dans cette satanée forêt ! C'est pas assez ?

– Considère ça comme une punition pour avoir mis en danger la vie d'un élève, la tienne. Maintenant, il te faut être puni pour avoir désobéi au règlement, clôtura la fille sans lever la tête de son assiette.

La journée se déroula de façon banale. Le matin, Harry aida Hagrid à découper de larges tranches de viande, destinées à des Sombrals. Le géant lui avait expliqué quelles étaient ces bêtes, mais ayant la particularité de n'être observables que de la part d'une personne pris conscience de la mort, le garçon n'avait malheureusement jamais pu les voir. Hagrid les lui avait donc décrits comme de grands chevaux sombres et squelettiques, avec de larges ailes membraneuses et abîmées, et les lui avait même dessinés. Mais ses dessins étaient peu souvent fiables. Quand le garçon les avait vus, il avait d'ailleurs éclaté de rire. L'animal représenté avait en effet un corps d'âne, une tête de poulet et des ailes de dragon plumé. Au final, il s'était renseigné dans des manuels spécialisés, et malgré son incapacité à interagir avec eux, il savait désormais à quoi ils étaient supposés ressembler.

À midi, les deux amis – bien que Harry considérait Hagrid, à ce stade de l'année, plus comme un père qu'un ami, – remontèrent le chemin de terre et déjeunèrent dans la grande salle. Le garçon rejoignit ses compagnons tandis que le géant traversait le long chemin central pour finir lourdement sur sa chaise en bois de chêne. Sans hâte, les trois amis commencèrent à manger, et pendant que les deux garçons se lamentaient sur leurs sorts respectifs, Hermione les écoutait sans rien dire. Ses deux amis connaissaient son point de vue concernant les faits, et il n'y avait aucune nécessité de pousser le bouchon plus loin. Mais le silence maintenu par la jeune fille était en réalité bien plus dérangeant que ses remarques désobligeantes. Ainsi, au bout de quelques minutes de profond désespoir, Ron finit par craquer.

– Et toi, là, tu dis rien !

Hermione ne daigna pas même lui adresser un regard, et lorsqu'elle déclina l'invitation au débat en se servant un verre de jus de citrouille, le garçon aux cheveux roux se détourna et s'enfouit – très probablement – dans de sombres pensées. Harry, quant à lui, comprit rapidement que la discussion n'était dorénavant qu'un amas de ruines, et décida de ne pas tenter de la relancer. Ils finirent donc leur déjeuner en silence, puis Hermione monta à la chambre commune de Gryffondor, Ron s'en alla péniblement à la la bibliothèque et Harry prit la direction des cachots.

Il ne tarda pas à s'apercevoir que des élèves de Poufsouffle et de Serdaigle suivaient le même chemin que lui. Voyant leur air sérieux, il se demanda une nouvelle fois s'il allait sortir vivant de ce cours. Pendant tous les mois passés à Poudlard, Harry n'avait en fait vu Rogue que très rarement, et malgré tout ce que lui racontaient ses deux amis, il ne savait pas du tout à quoi s'attendre.

Quand Harry atteignit le haut des escaliers, il sentit une bouffée d'air froid pénétrer jusqu'au plus profond de sa moelle. Tandis qu'il descendait lentement les escaliers en marbre, naquit en lui la désagréable impression qu'il s'enfonçait au plus profond d'une sombre grotte vide de chaleur et de tout bonheur. Il ne put s'empêcher de repenser à la nuit qu'il avait passé dans la forêt, et il comprenait déjà mieux pourquoi ces deux êtres – à savoir Rogue et le vampire – semblaient si bien s'entendre.

Arrivant en bas, le jeune garçon remarqua que l'obscurité était presque totale. Par ailleurs, son sang semblait se glacer au contact de l'air environnant. Il savait bien que son esprit diabolisait Rogue, et qu'en réalité, ce n'était qu'un humain comme lui, mais il ne pouvait s'empêcher d'absorber l'ombre des ténèbres environnants, et d'en imprégner – fatalement – toutes ses pensées. D'ailleurs, et cela ne le rassurait pas le moins du monde, il remarqua vite l'intense silence que les élèves de deuxième année observaient. Harry finit par s'adosser, sans bruit, contre le mur. Quelques instants après, la lourde porte de la salle des potions s'ouvrit sans aucunement rompre le silence établi. Dans l'antre de la porte, drapé de sa longue cape noire, à l'ombre menaçante et au visage impassible, se tenait, droit comme un pic, le professeur Rogue.

Les élèves entrèrent dans la salle un par un. Pas un ne parlait. Harry n'avait jamais vu une telle discipline de toute sa vie. La seule chose dont il se rappelait à propos de ses premiers – et seuls – cours de potion était en fait la haine que Rogue avait eu à son égard. Le garçon entra en dernier dans la salle. L'air y était humide, et une odeur nauséabonde régnait. Il se tourna vers le professeur en tentant de ne pas afficher son dégoût.

– Je dois faire quoi ?

– … Professeur, lui répondit sèchement Rogue.

– Qu'est-ce que je dois faire, professeur ?

Le sombre personnage resta muent un instant, puis pointa du doigt un seau, en fond de salle.

– Deux par chaudron.

Sur ces mots, il claqua la porte et rejoignit précipitamment le tableau. Pendant que Rogue commençait à lister une quantité interminable d'ingrédients et développait en détail l'utilisation de chacun d'entre eux, le garçon se rapprocha du sceau. Lorsqu'il vit ce qui reposait à l'intérieur, il comprit immédiatement pourquoi l'odeur était si terrible. Une multitude d'organes de petits mammifères, regroupés en petits paquets ficelés, attendaient au fond du récipient. Harry hésita à demander des gants, mais il renonça : Rogue ne savait probablement même pas ce que c'était.

Le nouveau stagiaire souleva le sceau – qui, passant, n'était pas du tout aussi lourd que la première impression pourrait laisser penser, – et se dirigea vers les tables. Lorsqu'il arriva devant le premier chaudron, il attrapa deux paquets et les sortit. Il sentit alors l'horrible texture gélatineuse des organes et aperçut du coin de l'œil une fine traînée de sang couler le long de ses doigts. Restant plus au moins stoïque au contact de ces membres inanimés, il en posa deux devant le premier chaudron, puis fit de même pour tout le reste de la classe. Lorsqu'il eut fini, il reposa le sceau au fond de la salle et se posa dans un coin. Contre toute attente, ce premier cours semblait plutôt bien se dérouler…

Quand le professeur Rogue clôtura les préparatifs, les élèves se levèrent d'un coup, et débutèrent – toujours dans le plus grand silence, – la réalisation de la potion du jour. Harry se demandait s'il devait prendre des notes, mais à défaut d'y être invité, il préféra rester immobile, sans déranger. Le professeur de potions semblait d'ailleurs l'avoir oublié, et il était désormais assis à son bureau, le nez dans des livres et des cahiers aux sujets sans aucun doute obscurs…

Quelques dizaines de minutes de déroulèrent sans incident. Mais l'art des potions était loin d'être accessible à tous, et la salle commençait lentement à se remplir de fumée noire. Ce n'était qu'une question de minutes avant qu'un élève ne fasse une erreur fatidique et provoque une explosion de chaudron – accident habituel, selon ses deux amis. C'est d'ailleurs ce qui arriva. Ainsi, près d'une heure après le début du cours, un long sifflement se laissa entendre. Tout le monde s'arrêta et se tourna vers Rogue… Et soudain, dans un bruit assourdissant, un chaudron explosa, propulsant de la mousse d'organe et des particules peu ragoûtantes un peu partout dans la salle. Quand la fumée se dissipa, le garçon remarqua que le professeur avait été le seul épargné – probablement s'était-il préparé à un accident du genre. Ce dernier se leva, se tourna vers Harry puis, lui tendant une serpillière, le somma de nettoyer. Le garçon serra les dents, mais choisit de ne pas répliquer. Il arracha le chiffon des mains de Rogue et commença à frotter au niveau du chaudron – ou plutôt de ce qui en restait.

– Plus vite, lui ordonna Rogue au bout de deux minutes.

Harry accéléra la cadence, et refoulait tant bien que mal l'énervement qui grandissait en lui.

– Et bien, Potter, une flaque d'eau semble plus résistante que vous, finit par lancer le sombre professeur, un sourire aux lèvre.

– Si vous voulez le faire, j'vous en prie ! se retourna Harry en lâchant le torchon par terre. – Vous avez une baguette, j'imagine que vous vous sentez fort avec, hein ?

Le sourire de Rogue s'élargit.

– Il est vrai que contrairement à vous, je ne me suis pas fait renvoyer après seulement deux semaines de cours.

– Et n'étant plus élève, je n'ai plus d'ordres à recevoir de vous. Si vous voulez une salle propre, vous la nettoierez vous-même !

Le professeur sortit sa baguette, fit un rapide mouvement de poignet – ce à quoi la fumée et les restes sales s'évaporèrent, – puis montra la porte – qui s'ouvrit violemment, – du doigt.

– Vous n'avez donc plus rien à faire ici. Je vous laisse vaquer à vos occupations forestières, et vous faire renvoyer dès la prochaine occasion.

– Vous savez, rétorqua Harry, mes occupations forestières peuvent être très instructives en ce qui concerne le monde magique. Notamment les vampires…

À ces mots, il se tourna vers la sortie et s'apprêta à laisser la classe en plan, lorsque la porte se referma brusquement devant lui. Harry se retourna vers le tableau.

– Alors, je ne sors plus ?

Mais quand le garçon croisa le regard de Rogue, qui semblait maintenant dénué de tout sourire, il fronça les sourcils. Il n'avait jamais vu un tel regard, si sérieux, si sévère. Il croyait trouver dans les yeux de Rogue de l'étonnement, voire de la peur, sachant qu'il savait tout sur sa relation avec le vampire. Mais il n'y avait rien de tout cela. Après un court instant de silence, le professeur de potions ordonna aux élèves de reprendre leurs préparation, puis se rapprocha de Harry, l'attrapa par le col et le sortit de la salle. Il referma la porte puis plongea son regard dans celui du garçon. Ce dernier eut alors la terrible impression que Rogue fouillait dans son esprit, qu'il contrôlait sa mémoire… et en rappelait une image effrayante : celle du vampire, debout dans l'ombre de sa grotte, au regard noir, vide, plongé dans celui de Harry…

Le garçon mit quelques instants à se remettre de ses émotions. Le temps qu'il reprenne le contrôle de ses pensées, le professeur de potions l'avait déjà attrapé au poignet et le tirait au travers de divers couloirs, montant les escaliers et se perdant dans le château. Harry tenta de résister, mais Rogue avait bien trop d'élan. Il traversèrent un pont extérieur, le long couloir menant aux dortoirs, puis finirent leur chemin au cœur de la grande tour. Là, le sombre professeur traîna Harry sur les escaliers, et ils débouchèrent dans le couloir menant au bureau du directeur. Le garçon ne comprenait toujours pas. Après tout, il n'avait rien fait de mal ! S'il avait rencontré le vampire, c'était uniquement dû à sa punition. Néanmoins, il esquissa un sourire en pensant au nombre de fois où il s'était retrouvé dans ce fameux bureau, avec cette étonnante diaspora d'objets tous plus bizarres les uns que les autres…

Arrivés devant le monstre en pierre, Rogue susurra le mot de passe – « corne de bouc », Dumbledore avait donc un esprit jovial, pensa le garçon, – puis ils entrèrent et montèrent les marches de l'escalier en colimaçon. Le professeur frappa trois coups secs à la lourde porte en bois, puis attendit la réponse.

Quand celle-ci s'éleva du fin fond de l'ancien bureau, le sombre personnage baissa la poignée et ouvrit grand la porte. Il tenait toujours fermement le poignet droit de Harry, et ce dernier commençait d'ailleurs à y ressentir une douleur aiguë. Rogue le lâcha finalement lorsqu'ils pénétrèrent dans le bureau et que la porte en chêne se ferma derrière eux. Le directeur, tête levée devant une dizaine de vieux livres à la reliure fragile, observa un instant Harry derrière ses lunettes en demi-lune. Mais le professeur de potions interrompit le silence et s'avança vers Dumbledore.

– Je vous avais prévenu. Qu'est-ce que vous comptez faire, maintenant ?

Le vieil homme leva les yeux vers son cadet, puis se leva, moins péniblement que son vieil âge aurait pu le laisser penser. Il regarda un instant Harry, puis se retourna vers Rogue, un sourire malicieux aux lèvres.

– Et bien, il est votre stagiaire, Severus. Je vous laisse le soin de lui enseigner ce qu'il doit savoir.

Le destinataire se crispa.

– Je ne peux rien faire de plus pour lui, vous le savez très bien.

Dumbledore soutint encore quelques instant le regard grave de son interlocuteur, puis se tourna vers le garçon.

– Alors, Harry, tu connais Caliginus ?

– Caliginus ?

– C'est un vieil habitant de la forêt interdite, continua Dumbledore. – On peut dire qu'il ne m'a pas facilité la tâche, à mes débuts de directeur. Il a fallu que je me montre… persuasif, pour le convaincre de rester chez lui… je veux dire, sans troubler le bon fonctionnement de l'établissement.

– C'est vraiment un vampire ? Il avait l'air plutôt sympathique… commença le jeune garçon.

Le directeur afficha alors une expression sévère.

– Les vampires sont de sombres créatures, Harry. Personne ne peut les comprendre… – À ces mots, Dumbledore jeta un regard presque imperceptible à Rogue, puis se concentra à nouveau sur le garçon. – Le professeur Rogue m'a dit que tu as discuté avec Caliginus. Est-ce que vos regards se sont croisés ?

La question étonna Harry. Il ne savait pas vraiment l'importance que cela avait de croiser le regard d'un vampire, mais décida de répondre honnêtement. De toute façon, il avait l'impression que Rogue savait absolument tout, et mentir ne pourrait lui apporter rien que des ennuis.

– Oui… Pourquoi ?

Le directeur l'observa un instant, puis, sans répondre, se tourna vers le portrait d'un vieux sorcier somnolant.

– Phineas, pouvez-vous prévenir le professeur McGonagall, s'il vous plaît, qu'elle puisse prendre les mesures appropriées?

Le personnage du tableau hocha la tête, puis disparut. Le vieux mage se retourna à nouveau vers Harry, et l'observa attentivement.

– Severus, laissez-nous un instant – Rogue fit demi-tour, sortit et referma la porte derrière lui. – Il va falloir prévenir Hagrid. Tu dormiras désormais dans la chambre commune de Gryffondor, et tu n'iras plus dans la forêt. Le professeur Rogue s'occupera de t'enseigner tout ce que tu dois savoir, et en ce qui concerne l'aide que tu apportes à Hagrid, vous vous contenterez de travailler le jour, dans la plaine.

Harry ne comprenait toujours pas. Pourquoi devait-il prendre toutes ces précautions, alors que le vampire était théoriquement là depuis le début de l'année ?

– Je ne comprends pas… finit-il par dire. – Pourquoi ?

Le directeur de l'école réfléchit un instant, puis s'assit et leva les yeux vers le garçon.

– Sais-tu ce qui arrive lorsqu'un vampire croise le regard d'un humain ?

Harry resta silencieux. Bien évidemment, il ne savait pas.

– Oh, bien-sûr que Caliginus s'est comporté aimablement avec toi… Comment aurait-il, dans le cas contraire, mérité ta confiance ?

Là, Dumbledore marqua une pause. Même si son air était toujours aussi décontracté et serein que d'habitude, il parlait lentement, comme pour laisser à son élève le temps d'assimiler les propos. Le temps nécessaire pour comprendre que, loin d'avoir fait une rencontre admirable, il avait conclu un pacte avec le diable…

– Les vampires ont une intelligence remarquable. Couplée à une patience à toute épreuve, cela fait d'eux des prédateurs sans faille. Quel lien avec le regard, me demanderas-tu sûrement ? Et bien, c'est en fait la pièce maîtresse de leur panoplie de chasseur. Quand tu croises le regard d'un vampire… il lit en tes pensées. Tu lui offres ton âme, et ce faisant, il jette son dévolu sur toi. C'est dans son sang, vois-tu… cette envie irrésistible de traquer sa proie… La question n'est pas s'il veut le faire ou non. C'est dans sa nature, et il te pourchasseras jusqu'à t'avoir. Ou bien jusqu'à ce qu'il jette son dévolu sur quelqu'un d'autre… Lorsque le vampire est soumis à cette… émotion, il en devient lui-même victime. Comme un loup-garou – tu le sais bien, – il chassera même son meilleur ami.

Harry resta bouche bée. Il réussit cependant à poser une dernière question.

– Il m'a parlé de Ro… du professeur Rogue. Il m'a dit qu'ils se connaissaient.

Dumbledore sourit, puis répondit.

– Severus a toujours été un sorcier très talentueux. Il est vrai que, pendant sa scolarité à Poudlard, il a rencontré Caliginus. Mais à cet âge, il avait un avantage que tu n'as malheureusement pas. Severus pouvait discipliner son esprit, le verrouiller. Il est d'ailleurs excellent là-dedans, et c'est très probablement ce qui l'a sauvé du dévolu vampirique. Il n'a pas offert son âme à Caliginus, il resta tout le temps maître de la situation. Par conséquent, Caliginus pouvait lui-même se contrôler, sans subir cette… malédiction. Il n'avait pas ce besoin de tuer Severus. – Dumbledore se tut un court instant, puis reprit en chuchotant. – Entre nous, c'est d'ailleurs pour cela que le professeur Rogue peut côtoyer des personnes que nul autre n'aurait le courage – et la faculté psychique, – de fréquenter. Mais il est vital que tu gardes ce secret pour toi, Harry.

Le garçon hocha la tête, mais son instinct voguait déjà sur un océan de questions et de pensées hypothétiques. Parmi elles, il y en avait une qui ressortait sans arrêt : est-ce que Voldemort était lié à tout cela ? Se pourrait-il qu'il ait cette « faculté » de lire et de contrôler les esprits… et qu'il s'en serve ?

Les semaines suivantes s'écoulèrent sans altercation particulière. Bien-sûr, Harry suivait encore les cours hebdomadaires de Rogue, mais son comportement lui semblait habituel. Il avait également raconté les faits à ses amis, ce qui provoqua, chez Hermione, une crise d'hystérie relativement singulière. Elle passa des jours à récolter une grande variété d'informations dans des dizaines d'ouvrages, donnait à Harry des gousses d'ail chaque fois qu'il sortait et lui rapportait sans cesse des conseils d'une diversité étonnante. Le garçon en arriva vite à se demander si la quantité de renseignements dans les archives étaient suffisantes pour la jeune fille. Bientôt, se disait-il, on allait la retrouver en train de fouiller dans la bibliothèque personnelle de Dumbledore… Ron, lui, avait eu bien plus de succès. Durant sa retenue, il avait passé près de trois heures à ranger des livres. Passant outre le fait qu'il en avait fait tomber un grand nombre, il avait découvert un sujet fort intéressant : les propriétés du sang de dragon. Ainsi, après avoir survolé plusieurs fois le nom d'Albus Dumbledore, il s'étonna devant un nom moins commun : Nicolas Flamel. Le garçon décida, pour plus de commodité, d'emprunter le livre, et l'amena à Hermione. La jeune fille, insatiable de connaissances, lut l'œuvre complète la même nuit, et rapporta le lendemain sa découverte aux garçons : Nicolas Flamel, ami de Dumbledore, était le concepteur de la pierre philosophale…

Mais même ces expériences, qui étaient pour le moins intrigantes – il s'agissait bien là d'un objet capable de transformer tout métal en or et fournissant l'élixir de longue vie, – finirent par se dissiper de l'intérêt des deux écoliers. En effet, les semaines s'écoulaient et à l'approche des examens, les étudiants reçurent une charge de travail pléthorique. Harry, lui, n'avait pas de devoirs. Il continuait à aider Hagrid, bien-sûr, mais ses activités devenaient plus que monotone. Les animaux qu'ils élevaient étaient certes d'espèces bien différentes, mais c'était en fait les cours de potion qui étaient loin de le satisfaire. Le professeur Rogue ayant pris la mauvaise habitude de le considérer comme son larbin, il se retrouvait désormais à devoir nettoyer les cuves, essuyer les tables et récurer les chaudrons sales. Ce n'était pas une tâche très plaisante. Les éléments utilisés pendant les cours étaient souvent salissant, et il n'était pas rare de croiser un liquide, à la texture plus que douteuse, suffisamment acide pour grignoter les tables et les chaises. Même si les chaudrons étaient conçus pour résister à ces dissolutions, Harry ne supportait pas de devoir brosser, à la main, des chaises à moitié détruites pour qu'en fin de journée, le professeur de potions les répare d'un coup de baguette. Les vendredis soirs, il avait donc tendance à rentrer morne du cours mais cet air disparaissait aussitôt qu'il se retrouvait dans la chambre commune de Gryffondor, au coin du feu, mangeant des biscuits avec ses amis. Comme ces derniers devaient réviser (dans la pratique, seule Hermione travaillait), il en profitait pour rester éveillé jusqu'à minuit. Quand il ne jouait pas à un jeu de société magique avec son ami, il lui empruntait ses livres de cours pour y lire quelques paragraphes qui avaient retenu son attention.

Cependant, cela ne signifiait pas qu'il devait se passer des ses cours improvisés. Ainsi, même pendant cette période de révision, Hermione se débrouilla pour lui rapporter les cours qu'il ratait. Pour le vol, c'était plus simple. Les frères de Ron n'étant pas vraiment travailleurs, ils n'avaient pas imaginé une seule seconde d'arrêter d'aider Harry au profit de cette activité qu'on appelait le « travail »…

– Qu'est-ce que c'est que cette chose-là ? demanda Fred un beau matin d'avril.

Les vacances de pâques venaient de débuter, et, contrairement à Hermione, qui passait ses journées à travailler au fond de la bibliothèque, les frères jumeaux avaient proposé à Harry de doubler les heures d'entraînement sportif. Bien évidemment, Harry ne voulait pas qu'ils ratent leurs examens par sa faute, et insista pour qu'ils aillent étudier en vue des épreuves de fin d'année.

– Mais si, Fred ! s'écria George en se frappant le front. – C'est de la magie noire, et il faut y faire extrêmement attention…

Harry sourit. En vérité, il s'attendait à cette réponse. Il leur avait déjà proposé quelques fois de le laisser et d'aller travailler leurs cours, mais leurs réponses avaient toujours suivi cette logique du travail futile. Le garçon comprenait déjà mieux pourquoi Ron ne travaillait pas non plus… Avec deux frères de ce genre, sa jeunesse avait dû être une diabolisation mouvementée de tout ce qui touche, de près ou de loin, aux études…

– Et vos examens ? continua néanmoins Harry.

– Oh, tu sais, même sans travailler, on les réussit…

Les trois garçons finirent leur chemin au terrain de quidditch. Les frères Weasley enfourchèrent leurs balais, prirent la balle d'entraînement et s'élevèrent dans les airs. Harry se mit en place, puis les suivit. Son but était d'attraper la balle, que les deux frères se lançaient à tour de rôle. La tâche n'était bien-sûr pas si facile, car les deux jumeaux faisaient tout leur possible pour la lui compliquer.

Quand George donna le signal de départ, Harry se positionna pour suivre sa tactique habituelle. Il s'élevait suffisamment haut pour surplomber les deux lanceurs, puis se mit à faire des tours de terrain. En général, il attendait environ cinq minutes comme ça, puis, lorsqu'il repérait une ouverture, il fondait sur la balle. Bien souvent, il ne l'attrapait pas du premier coup, mais il avait développé un « plan B ». Il profitait de sa vitesse pour perturber le récepteur prévu de la balle. Ainsi, ce dernier ne l'attrapait pas, et Harry la récupérait suite à un virage plus que dangereux. Aujourd'hui… tout se passa comme prévu.

Suite à la reprise des cours, la charge de travail des élèves se trouva à nouveau multipliée. Hermione, naturellement laborieuse, supporta le coup. Ron, au contraire, se plaignit de plus belle.

– Comment on peut travailler autant ? s'écria-t-il un matin, désespéré.

– Tu n'aurais pas besoin de tout faire maintenant si tu t'y étais mis plus tôt, rétorqua la fille sans lever les yeux de son manuel d'histoire de la magie.

Le garçon soupira puis referma son livre. Il en avait marre. Harry, quant à lui, restait en silence, lisant son livre. Certes, il le lisait pour le plaisir – ou par intérêt personnel, – mais il en lisait un. Ils étaient à table, et ses amis venaient d'apprendre que leurs cours du matin ne seraient pas assurés. Contrairement à Ron, qui n'avait pas manqué l'occasion pour s'extasier en public, Hermione l'avait mal pris. Maintenant, cependant, elle comblait le manque de travail par un acharnement sur le rôle des magiciens dans la politique démocratique en Grèce antique. Parfois, elle se mettait à parler toute seule, et Harry avait ainsi appris que les sorciers avaient tous migré à Athènes vers le milieu du Vème siècle avant Jésus Christ. Grand mal les en avait pris, ils se retrouvèrent dans une situation problématique à la fin de la guerre du Péloponnèse. Puis était venu Socrate. Selon une légende, il avait un jour vu un de ses amis faire de la magie, ce qui l'avait encouragé à développé son esprit critique. Non pas qu'il eût été réticent vis-à-vis du surnaturel, mais ces événements l'avaient conforté dans sa philosophie du savoir superficiel.

La matinée se déroula calmement. Personne ne faisait de bruit, la majorité des élèves étant suffisamment angoissés à l'idée de rater leurs épreuves. Il ne leur restait plus que deux semaines, et le savoir suffisait à mettre au travail même les plus retardataires. Le jeune garçon profita donc de ce silence pour remettre ses pensées au clair. Il n'avait cessé de se poser des questions sur le vampire, Voldemort, mais aussi sur les relations de Rogue : celles qu'il entretenait avec l'homme chauve-souris, bien-sûr, mais aussi celles qu'il avait eu avec son père. Ce problème le tracassait plus que tout. En fait, il croyait y voir la clef de toutes ses questions. Mais il était loin de connaître la réponse. Et il n'avait pas envie de déranger Hagrid avec ça, au vu de la tournure que le sujet avait pris à sa dernière évocation.

Il décida finalement de tout garder pour lui-même, et d'y réfléchir au calme. Cette histoire de vampire qui le chassait lui paraissait d'ailleurs de plus en plus absurde. Où était-il, ce prédateur hors pair ? Cela faisait prêt de deux mois qu'il n'en avait pas entendu parler. Il est vrai qu'il s'était déjà réveillé, en pleine nuit, apercevant deux yeux brillant l'observer par la fenêtre. Sur le moment, il avait bien pris peur, mais il s'était calmé en quelques instants. Si la chauve-souris avait vraiment été le vampire – Caliginus – et non une simple petite bête innocente (qui plus est courante, la nuit, aux alentours de Poudlard), comment expliquer qu'il n'avait pas brisé la vitre pour entrer dans la chambre ? Harry ne doutait pas un instant que le château avait un système de défense perfectionniste, mais si les vampires étaient réellement aussi menaçants que le laissait entendre le vieux directeur, alors rien n'aurait pu le retenir.

Suite à ces réflexions, le garçon avait vraiment fini par considérer le danger qui était supposé le guetter comme une ineptie. Du reste, il préférait se concentrer sur les problèmes de Rogue. Le garçon essayait tant bien que mal de récupérer des informations que le sombre professeur pourrait disséminer ça et là, mais désormais, force lui était de constater que cet homme n'avait pas une réputation mensongère. Il était vraiment impénétrable.

Les jours s'écoulèrent comme les grains dans un sablier. Du jour au lendemain, Harry eut l'impression que tout le mode, autour de lui, s'exaspérait à cause des épreuves. La première, celle de métamorphose, devait avoir lieu le lendemain matin. Hermione avait expliqué à son ami que toutes les épreuves consistaient en une épreuve écrite de deux heures – dont la durée s'allongerait au fur et à mesure que les élèves verraient leur niveau augmenter, – et une épreuve pratique, pour les matières qui ne se bornaient pas à la théorie. La première était en fait une « deux en une ». Les élèves avaient une heure et demi pour disserter sur un problème donné, ou bien sur une vision pratique de la matière en question, puis finissaient par une interrogation d'une demi-heure portant sur le programme de l'année. La deuxième partie, si elle avait lieu, ne devait durer que quinze minutes, lors desquelles les professeurs de Poudlard leur donnaient à produire des sortilèges tirés au hasard.

Ce qui était, pour Ron, le plus effrayant, n'était d'ailleurs pas l'épreuve en soi c'était le juge qu'il se verrait attribuer pour les parties pratiques. En effet, les élèves étaient bien trop nombreux. Par conséquent, les professeurs qui avaient le niveau pouvaient se retrouver à corriger des matières qui n'étaient pas la leur. En théorie, Ron pouvait donc très bien tomber sur Rogue en seconde épreuve de métamorphose…

Cette nuit-là fut mouvementée pour tous les élèves. Certains se levaient en pleine nuit pour se remettre à réviser, de sorte que personne ne pouvait dormir. Le garçon finit par proposer son aide à ses camarades. Après tout, s'il ne pouvait pas se reposer, autant qu'il fasse quelque chose… Il se retrouva donc à courir au travers de la tour des gryffondors pour transporter des livres, poser des questions, apporter les réponses, et ce, toute la nuit ! Mais Harry, qui ne passait pas d'épreuve, s'en moquait. En fait, il avait bien une épreuve en zoologie et en potions, mais elles ne comptaient pas vraiment. Par ailleurs, il savait qu'il allait réussir la première haut la main et son intérêt pour la seconde était d'autant plus inexistant qu'il savait que Rogue ne lui offrirait jamais la satisfaction de la réussite.

Les premiers jours d'examen se déroulèrent bien plus vite que prévu. Les trois amis remarquèrent vite quelque chose d'étrange, à savoir que Dumbledore semblait être parti du château, mais ils n'y prêtèrent pas plus d'attention que ça : ils avaient tous leurs problèmes. Autour de lui, Harry ne voyait cependant que des personnes défaitistes. À les entendre, il avait l'impression que personne ne passerait en deuxième année. Seule Hermione était contente d'elle… même s'il lui arrivait de se plaindre d'avoir raté une question, au total. Le garçon avait, quant à lui, terminé ses deux interrogations. Comme prévu, il avait réussi celle de zoologie, et raté celle de potions. Pourtant, en sortant de la deuxième, il avait eu une vague impression de succès, mais le professeur Rogue n'avait pas tardé à l'en débarrasser.

Vendredi matin – dernier jour des épreuves, – Harry décida de se promener dans le château. Il avait pris cette habitude en début de semaine, pour faire passer le temps pendant qu'il était seul. Il marchait dans les couloirs, s'arrêtait pour discuter avec des tableaux – notamment celui d'un chevalier très bavard, – puis continuait son chemin. Ce jour-là, cependant, Harry aperçut quelque chose d'étrange. Ou plutôt quelqu'un : Rogue. Le professeur de potions marchait d'un pas pressé, montant les escaliers de la grande tour. Le garçon, plus qu'intrigué, se convainquit de le suivre.

Ils montèrent ainsi deux étages, et sortirent dans un étroit couloir. Harry avait dû se cacher plusieurs fois, car le professeur semblait sur ses gardes. Au final, le garçon le vit entrer dans un couloir étonnamment obscur, et l'y suivit. Il ne savait pas exactement où ils étaient, mais pour l'instant, ce n'était pas son plus gros problème. Où est-ce que Rogue comptait aller ? Le sombre professeur s'arrêta devant une porte, en souleva doucement l'imposant loquet, et ouvrit grand la porte. Harry se figea. Derrière, s'élevant sur trois bons mètres, se tenait Touffu. Le cerbère d'Hagrid baissa les yeux, et se mit à grogner. Il retroussa ses babines, et le garçon vit apparaître les trois mâchoires du chien. Avec de tels muscles et des dents de la taille d'une dague, il pouvait aisément déchiqueter n'importe quelle personne dans ce château.

Malgré les grognements d'avertissement de Touffu, Rogue ne recula pas. Il sortit sa baguette, et une douce mélodie s'éleva dans le couloir. Harry se demanda bien ce que le professeur comptait faire avec un air de flûte aussi ridicule, mais, à sa grande surprise, le chien sembla se calmer. Ce fut alors, juste avant que le gigantesque molosse ne s'endorme, que le garçon comprit. C'était la pierre philosophale, qui était cachée dans les entrailles du château. Il ne s'en était pas rendu compte jusqu'ici, mais maintenant, tout s'éclairait. Ce petit paquet, qu'Hagrid avait récupéré au coffre numéro 713, en début d'année, lequel avait été ouvert de force peu après… C'est donc à ça que Touffu servait…

Mais le garçon n'eut pas le temps de repenser les choses plus en détails. Rogue avait déjà disparu sous une trappe, et il fallait que quelqu'un l'arrête. En fait, il était abasourdi. Malgré toutes leurs querelles, il avait vraiment fini par croire que le professeur n'était pas un mage noire. Pourtant…

Le garçon finit par se lancer. Il entra dans la salle et regarda au travers de la trappe. Tout était obscur. Il ne savait pas quoi faire : sauter ? Dumbledore n'était pas ici, il ne pouvait le prévenir… Finalement, il se jeta dans le trou. Il chuta quelques instants, et atterrit sur quelque chose de mou. C'était visqueux… et ça bougeait ! Le garçon se leva précipitamment, mit sa main dans sa veste… Sa baguette ! Cette fois-ci, il était mal. Il s'en rappelait, désormais : il l'avait rangé, le soir précédent, dans sa valise… Tandis que des grosses racines s'enroulaient autour de ses membres, l'esprit du garçon se remplit d'idées toutes plus affreuses les unes que les autres. Qu'allait-il faire ? Le sol commençait à l'aspirer, et Harry, seul, se retrouvait piégé. Il essaya de réfléchir, de penser à des moyens de s'en sortir… mais ses pensées étaient totalement désordonnées. Il avait l'impression que son cerveau surchauffait, tournant à cent à l'heure, mais rien ne sortait… Aucune idée de génie, rien que des songes insignifiants, vides… comme si son esprit s'était bloqué. C'était cette émotion d'impuissance qui s'emparait de lui. Ces images, ces pensées, qu'il n'avait pas le calme pour analyser. Lentement, l'anxiété totale le gagna. Il commença à se débattre. Il devait tenter par tous les moyens de se sortir de là. Il n'avait pas le choix… mais il en était déjà à la taille, et ce sol qui continuait à l'engloutir…

Soudain, une lumière aveuglante éclaira la sinistre scène. Harry vit les contours flous d'un homme se dessiner près de lui, les tentacules se rétracter, puis il chuta sur des dalles de pierre. Le souffle coupé, il mit quelques instants à se ressaisir. Lentement, il leva la tête. Il s'attendait à voir Rogue, l'ayant sauvé pour un raison inconnue… Ce n'était pas lui. Le garçon soupira de soulagement. C'était le professeur de défense contre les forces du mal, Quirinus Quirrell.

– Professeur, s'écria Harry, toujours essoufflé. – Rogue, il veut prendre la pierre… Il est devant…

Le professeur le regarda un instant, comme s'il ne comprenait pas, puis se reprit.

– Al… alors il … il f… f… faut… l'ar… arrêter.

Harry ne put s'empêcher de penser que s'il était aussi bon en sortilèges que dans le discours, ils étaient dans de beaux draps… mais se rappela néanmoins qu'il lui devait la vie. Il ne devait par conséquent pas être si mauvais…

Les deux sorciers traversèrent un couloir, et arrivèrent devant une lourde porte en bois. Le professeur l'ouvrit. Derrière, une multitude de clefs volantes s'agitaient dans tous les sens. Il fallait attraper la bonne.

– Je crois que je peux le faire, professeur, affirma Harry.

Puis, sans attendre de réponse, il enfourcha le balai présent. Malgré l'antipathie soudaine de toutes les autres clefs ailées, il réussit à attraper la bonne – c'était la plus grosse la plus grosse.

Après avoir traversé une épreuve de jeu d'échec et un troll des montagnes déjà pétrifié, les deux héros arrivèrent devant un test plus excentrique. C'est ici que le garçon comprit réellement à quoi faisait référence le vampire. Cette épreuve, de potions – probablement concoctées par le professeur Rogue en personne, – était en fait une énigme logique. Après une bonne minute de réflexion, Harry vit Quirrell s'emparer d'une fiole.

– D… Deux… doses.

Il en but la moitié, puis donna la fiole au garçon. Ce dernier en avala le fond, puis se dirigea hâtivement vers la porte d'en face. Il se moquait de savoir si Quirrell s'était trompé ou non, il fallait se dépêcher. Arrivant à la porte, recouverte de flamme, il attrapa la poignée… et l'ouvrit. Il traversa le portique. Quirrell ne s'était pas trompé.

Quand il arriva dans la dernière salle, il ne put s'empêcher de remarquer qu'elle était gigantesque. Au centre, un drôle de miroir tenait debout. Devant, la poigne resserrée sur quelque chose de petit, Rogue. Le professeur ne tarda pas à remarquer qu'il n'était plus seul. Il fit volte-face, et son regard s'enfonça dans celui de Harry.

– J'ai cru que vous étiez vraiment partisan de Dumbledore…

– Comme ton père, tu n'as jamais su utiliser ta raison pour trouver une quelconque once de vérité dans le monde qui t'entoure, répliqua froidement Rogue.

Entre temps, le professeur Quirrell les avait rejoint.

– Do… donnez cet… cette pierre.

Harry vit les paupières de Rogue se resserrer, puis il dégaina sa baguette.

– Et bien, Quirinus, avez-vous choisi votre camp ?

Le professeur au turban sortit également sa baguette. Harry jugea prudent de s'éloigner un peu. Quelques instants s'écoulèrent, puis, subitement, Rogue lança un sortilège. Le garçon vit Quirrell se perdre dans une parade de fumée, puis, sans comprendre, il fut violemment repoussé jusqu'au mur. Le garçon se cogna brusquement la tête, mais resta tant bien que mal éveillé. Les deux professeurs s'échangèrent encore quelques rafales, puis Rogue se prit un sort dans la hanche. Il s'écroula.

Harry soupira. Il se leva, et se dirigea vers le corps inanimé. Il lança un regard vers Quirrell, pour voir s'il allait bien… et son sang se figea. Ce n'était pas Quirrell, qui le regardait. À cet instant, il ressentit une vive brûlure au niveau de sa cicatrice.

– Bonjour, Harry, souffla une voix glaçante.

Le garçon releva la tête. Les yeux qui le fixaient étaient rouge sang, et le visage était celui d'un monstre, à la fois humain et reptile. Mais ce qui horrifia le plus Harry, c'était que le visage se trouvait… à l'arrière de la tête du professeur Quirrell.

– Qu'est-ce que… demanda-t-il, mais il ne put finir sa phrase.

Il se tordit de douleur, et ne vit que le turban violet du professeur de défense contre les forces du mal, à moitié brûlé, tombé au sol.

– Tu avais raison, Harry. Ce n'était pas Rogue… siffla la voix caverneuse. – Mais maintenant, il est trop tard…

Le garçon se leva à nouveau. Il vit Quirrell faire demi-tour et prendre sa direction. Il leva sa baguette, et ouvrit sa bouche.

– Avad…

Soudain, le professeur se figea. Il leva ses mains à sa tête, et se mit à hurler de douleur. Harry ne comprenait pas. Il regarda autour de lui, puis aperçut Rogue. À genoux, le regard fixé sur Quirrell, il ne bougeait pas d'un poil… L'enfant vit néanmoins son visage crispé.

Il assistait à un duel psychique entre Rogue et Voldemort…

Un long instant s'écoula ainsi. Quirrell, hurlant toujours, tentait d'expulser Rogue de son esprit, mais il n'y arrivait apparemment pas. Il commença à se secouer dans tous les sens, comme si son essence même était en train de se désagréger. De son côté, Rogue, plus stoïque que jamais, tenait bon…

Soudain, une gigantesque vague explosa depuis le corps de Quirrell. Elle se propagea tout le long des murs, et finit son chemin au fond. Lors de la collision avec la roche, Harry entendit un grondement caverneux… et le mur s'effondra. Un trou béant l'avait remplacé : une grotte. Harry, qui avait, une nouvelle fois, été propulsé en arrière, atterrit cinq mètres plus loin. Malheureusement, c'était aussi le cas de Rogue, et Quirrell, par la même occasion, se libéra. Il se releva, et se tourna à nouveau vers le garçon. Ce dernier, croisant son regard, comprit qu'il n'y avait plus une seule parcelle de raison dans son ancien professeur. Il semblait désormais être une poupée, commandée par un marionnettiste. Voldemort.

Mais alors que ce corps sans vie se rapprochait du jeune garçon, une vague de froid s'engouffra dans la cave. Il était là. Sortant de l'ombre de l'abysse, derrière le professeur Quirrell, un sourire diabolique aux lèvres. Caliginus le fixait. Droit dans les yeux.

Il n'y avait plus d'échappatoire possible. D'un côté, le vampire et Quirrell, qui se rapprochait dangereusement et de l'autre, un mur. Harry réfléchit, mais aucune idée majestueuse ne se présenta à lui. Il ne vit seulement le vampire s'élever dans les airs, une antempête se forma autour de lui… et il disparut dans la brume.

Quirrell n'était plus qu'à quelques mètres…

Une chauve-souris, noire comme le ciel de la nuit, s'élança depuis la tempête du fond de la salle. Propulsée à une vitesse monstrueuse, elle se rapprocha des deux adversaires…

Quirrell n'était plus qu'à deux mètres… un mètre… Soudain, son corps fut aspiré vers l'arrière. Un vent furieux s'éleva alors dans la salle, et Harry fut projeté au sol. Il tenta de se relever, mais il n'y avait rien à faire. L'ouragan, d'une puissance indicible, le plaquait contre le sol. Il ne pouvait plus bouger. Pas son corps, pas sa tête, mais pas même ses doigts… Il était paralysé, et rien ne pouvait désormais l'aider… Rien que la fin…

Lorsque la bourrasque sembla enfin se calmer, il risqua un œil. Il était toujours dans la salle… et vivant. Il ne comprenait pas. Pourquoi ? Lentement, il se leva. Devant lui, dans un état épouvantable, gisait le corps de Quirrell. Tout droit sorti d'un monde cauchemardesque, il avait été lacéré, labouré, déchiré… Harry ne savait pas si c'était dû à la tempête, si son corps avait été déchiqueté par les vents… mais il en doutait. Plus étonnant encore, le vampire était nulle part. Seul Rogue, affalé contre le miroir – qui avait, étonnamment, tenu bon, – observait le creux dans le mur.

Le garçon se leva. Rogue lui jeta un regard, comme pour s'assurer que tout allait pour le mieux, puis, après avoir fait cicatriser ses blessures, se mit péniblement debout. Il ramassa une petite pierre rouge et la mit dans une poche de sa veste. Harry attendit quelques instants, puis jugeant qu'il ne risquait pas grand-chose, se hasarda à demander.

– Mais si vous ne vouliez pas voler la pierre… Pourquoi la prendre ?

Le professeur jaugea le garçon, puis se mit en marche vers les escaliers.

– Vous le saurez quand vous aurez à le savoir, Potter.

Après ça, il se tourna vers le fond de la salle. Il leva sa baguette, ce à quoi les roches se remirent en place. L'instant d'après, il ne restait plus une marque de la violente scène qui s'était déroulée ici quelques secondes plus tôt.

Harry attendait devant le bureau de Dumbledore. Ses amis, qui l'avaient accompagné jusqu'ici, patientaient désormais en bas des escaliers. Les examens avaient pris fin une heure auparavant, et ils étaient maintenant en vacances. Le directeur, lui, était en pleine discussion avec le ministre de la magie, Rogue et McGonagall, mais Harry savait que son tour ne tarderait pas. Il en avait été prévenu, et maintenant, à peine quelques heures après les événements, il se tenait, debout, guettant le moindre mouvement de la porte…

Quand, enfin, la poignée se baissa et la porte s'ouvrit, le garçon se poussa. Il laissa passer Fudge, tout d'abord, mais également les deux professeurs. Il eut d'ailleurs droit à un regard encourageant de la part de Minerva McGonagall – qu'il avait appris à apprécier pendant son séjour à Gryffondor, – et un rapide coup d'œil – bien qu'inexpressif – de Rogue. Ce fut ensuite la voix du vieux directeur qui résonna dans la tour.

– Entre, Harry.

Le garçon pénétra dans le bureau et ferma la lourde porte en bois. Dumbledore lui indiqua un siège. Il s'assit.

– J'imagine que tu as des questions…

Harry hocha la tête. Il attendit un moment, puis, voyant le sorcier l'encourager, il commença.

– Qu'est-ce qui va se passer, maintenant ?

– Oh, répondit Dumbledore en souriant. – … rien. Après les vacances, tu reviendras à Poudlard, et tu continueras ton éducation… Un petit peu spéciale.

– Et la pierre ? Qu'est-ce qu'elle est devenue ? Pourquoi Rogue la voulait ?

– Tu sais, je me méfie du professeur Quirrell depuis déjà quelques temps… à raison, d'ailleurs, c'était lui qui tuait les licornes. Quand je suis parti, en début de semaine… c'était d'ailleurs pour aller discuter avec Caliginus, mais peu importe… Et bien j'ai demandé au professeur Rogue de s'assurer de la protection de la pierre. Puis, après quelques jours sans aucune trace de notre ami… le vampire, bien-sûr… j'ai décidé de reprendre les choses en main. J'ai envoyé Severus chercher la pierre, histoire de soigneusement la garder… le temps de mon séjour hors du château. Non pas que je ne fasse pas confiance à la sécurité de Poudlard… bien que certaines rumeurs semblent critiquer un certain relâchement à ce niveau-là, ajouta-t-il d'un ton moqueur. – … Mais, permets-moi de m'en vanter une fois : je crois bien connaître la magie.

Harry acquiesça. C'était donc pour Dumbledore que Rogue était descendu…

– Et le vampire ? Il aurait dû me tuer, non ?

Le vieux professeur afficha un large sourire.

– Oui. Et je dois dire que ce n'est qu'à la suite d'une heureuse coïncidence que nous sommes tous encore ici. Vois-tu… Caliginus t'a sauvé de Voldemort, tandis que Voldemort t'a sauvé de Caliginus.

Harry ne comprenait pas. Le vampire l'avait sauvé, ça oui, mais comment Voldemort aurait-il pu le sauver ?

– Bien évidemment, continua le professeur, il ne l'a pas fait volontairement. Mais, tu vois, il a ordonné à Quirrell de te tuer. Notre cher professeur s'est donc tourné vers toi… C'est bien cela ?

– Oui.

– Et bien, derrière lui, si le professeur Rogue m'a en effet dit la vérité… ce dont je n'ai aucune raison de douter… je crois savoir qu'il y a eu un effondrement. Entre nous, il n'était pas dû au hasard. Ce mur était plus faible, parce que derrière, il y avait une grotte, qui menait à l'extérieur… Quoiqu'il en soit, Caliginus a pu entrer.

Harry commençait lentement à comprendre. C'était en effet donc dû à un heureux hasard… mais pas tout à fait.

– Ce qui t'a sauvé, Harry, c'est le fait que Quirrell ait le visage de Voldemort derrière lui, et qu'à ce moment précis, il essayait de te tuer. Par conséquent, lorsque Caliginus se tourna vers toi pour te chasser… et bien il croisa le regard de Voldemort. Tu comprends ?

– Oui. répondit lentement le garçon. – Du coup, la vampire… Caliginus… s'en est pris à Voldemort…

– … parce qu'il a croisé le regard de quelqu'un d'autre. Exactement ! Tu connais la suite mieux que moi. Après avoir aspiré Voldemort de Quirrell, qui en est malheureusement… mort… il est parti.

– S'il a été aspiré par Caliginus… Voldemort ne peut pas revenir, n'est-ce pas ?

– Pour tout te dire, je ne sais pas. Je ne pense pas que Voldemort soit mort. Il doit, a priori, avoir fusionné avec Caliginus… Les vampires, je te l'ai dit, sont très puissants. Mais, fais-moi confiance, Voldemort n'a rien à leur envier. D'ailleurs, je pense qu'en ce moment même, ces deux… âmes maudites… sont en train de se battre à l'intérieur du corps vampirique. La vraie question est… qui est-ce qui en sortira vainqueur ?

Harry ne bougeait plus. Ce qu'il venait d'entendre dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer. Mais il lui restait encore une question…

– Le professeur Rogue a connu mon père, n'est-ce pas ?

– Oui.

– C'est pour ça que vous m'avez nommé son stagiaire.

Dumbledore réfléchit un instant, puis se rapprocha du jeune garçon.

– Severus et James n'ont jamais été en très bon termes. Mais ça arrive, ces choses-là, lorsque l'on fréquente des personnes. En revanche, ce dont je suis sûr, c'est que le professeur Rogue est un excellent enseignant. Tu as été renvoyé, malheureusement… Mais je crois qu'à son contact, tu peux beaucoup apprendre. À condition que tu continues les cours, il en va de soit…

– J'ai le choix ?

– Bien-sûr. Je ne force personne, dit Dumbledore en souriant de plus belle.

– Et lui… il a accepté de continuer ? À me donner des cours, je veux dire.

– Et bien… oui.

– … D'accord… J'espère juste pouvoir faire plus que nettoyer sa salle…

– Je lui dirai, conclut le professeur. – Si tu n'as plus de questions… tu peux disposer.

Harry se leva et se tourna vers la porte. Il l'empoigna… puis se retourna vers Dumbledore.

– Professeur…

– Oui ?

– Est-ce que j'ai fait quoi que ce soit de… bien, cette année ? Je veux dire, je me suis fait renvoyé, j'ai risqué la vie d'un de mes amis… Ron… je me suis mis un vampire sur le dos… et au final, quand je croyais enfin pouvoir aider… empêcher de voler la pierre… Et bien je me suis trompé. Je n'ai, finalement, pas servi à grand-chose en bas…

Le vieux professeur afficha à nouveau un sourire. Mais cette fois-ci, ce n'était pas « juste un sourire ». Ce n'était pas non plus un sourire de pitié. C'était un sourire de sympathie.

– Détrompe-toi, Harry, tu es loin de l'échec… Premièrement, tu as vécu des aventures inconnues de tous autour de toi… même de moi ! Tu t'es fait renvoyé, certes, mais crois-tu vraiment que je t'aurais gardé… que je t'aurais proposé un stage si ton cas était réellement désespéré ? Tu as deux possibilités. Soit tu acceptes l'idée d'un destin… et dans ce cas, tu ne peux pas échouer échouer signifierait en effet rater ton destin. Mais moi, je te propose autre chose. Tu écris ton destin. Ce sont tes expériences passées qui écrivent ton histoire, et elles dépendent de toi. Il faut juste apprendre à… se satisfaire de ce qu'on a… Ta mère l'avait bien compris. Et pour cette année, plus objectivement, tu as sauvé le professeur Rogue et la pierre. Et ce n'est pas rien.

Harry fronça les sourcils.

– Bien-sûr ! affirma Dumbledore, voyant l'incompréhension de Harry. – En rencontrant Caliginus et en descendant dans la cave… tu as empêché Quirinus de voler la pierre, et au passage, de tuer Rogue.

– Mais ce n'était pas directement moi. Et si je n'avais pas rencontré Caliginus, vous ne seriez pas parti !

– Harry, on ne peut savoir ce qui serait arrivé « si… » La seule chose qu'on a, ce sont des faits… ici et maintenant. Et ils sont clairs : tu as bien plus servi que tu ne veux bien l'admettre. Et je ne suis pas d'accord avec toi quant à tes actions « directes ». Dans un sens, tu as fait tes choix… Tu as directement choisi d'aller dans la forêt… et tu as délibérément choisi de descendre dans la cave… Mais on tarde. Il va falloir que l'on se quitte…

Harry salua son aîné, puis sortit du bureau et rejoignit ses amis.

La dernière semaine s'écoula bien plus vite que prévu. Harry accueillit avec joie les heureuses informations : ses amis avaient réussi leurs examens. Y compris Fred et George. Hermione, bien-sûr, avait eu des résultats frôlant la perfection. Ron, quant à lui, s'en était sorti avec des résultats « convenables », selon McGonagall.

Quand vint le jour de boucler les valises, les trois amis se levèrent plus tôt. Ils descendirent manger, puis sortirent faire un dernier tour dans le parc du château.

Il y faisait un temps merveilleux. Sous un ardent soleil d'été, brillant de mille feux, une douce brise s'élevait. Il n'y avait aucun nuage. Harry, Ron et Hermione s'assirent ensemble, sur la tendre herbe truffée de petites fleurs merveilleusement belles, non loin du majestueux saule cogneur. Ils regardaient, au niveau de l'horizon, les collines forestières qui se découpaient très nettement du vaste ciel d'un bleu uni, reposant. Aux pieds du château, autour d'une petite île peuplée de quelques arbres, s'étendait jusqu'à l'infini, parfaitement calme et regorgeant de mystères, le lac noir.

FIN DU TROISIÈME CHOIXPITRE.

FIN DE LA PREMIÈRE ANNÉE.

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