I COULD LIE, SAY I LIKE IT LIKE THAT.

Un beau jour, l'homme auquel il imagine être sous les ordre, décide qu'il ferait un bon parent. Suigetsu n'est alors pas exactement certain de la manière dont il est supposé accueillir la nouvelle.

Il se souvient vaguement avoir échappé quelque chose comme un reniflement moqueur, pensant certainement à combien il faudrait absolument qu'il raconte à ses anciens coéquipiers ce qu'il venait d'entendre parce que, franchement, n'était-ce pas la meilleure plaisanterie jamais faite jusqu'à présent ? Il savait l'homme doté d'un humour plutôt particulier — d'accord, humour était peut-être un peu exagéré puisque à part ricaner dans son coin pour d'obscures raisons et jeter sur le feu, des insinuations plus dérangeantes les unes que les autres, on ne pouvait décemment lui accorder la moindre once d'humour — mais de là à sortir de pareilles grossièretés ? Suigetsu Hozuki avait tout simplement manqué d'en tomber sur le cul. Puis il avait réalisé que l'homme en question était tout ce qui pouvait y avoir de plus sérieux et les mots qu'il avait été sur le point de balancer (« — Bien sûr, pourquoi ne pas ouvrir une garderie, tant qu'on y est ? ») avaient trouvé la mort sur le bout de sa langue. Le silence s'était éternisé après cela. Puis, Suigetsu avait tourné les talons et disparu au-delà d'un couloir. Dieu sait qu'il neigerait en enfer avant qu'il se laisse aller à écouter les fabulations de ce type une fois de plus.

Évidemment, comme rien ne se passe jamais vraiment comme prévu, la neige s'en vient éventuellement à tomber en enfer et, seigneur, Suigetsu commence réellement à penser que les Dieux n'ont pas fini de se foutre du monde.

Il ne sait pas combien de temps s'écoule avant que le sujet revienne de manière flagrante sur le tapis. Peut-être des mois, peut-être même des années (un ans, trois mois, vingt-huit jours), ce qu'il sait, c'est que les nuits se sont vues raccourcir avec l'arrivée de l'hiver et que c'est une envie pressante nocturne couplée d'un élan de curiosité mal-placée qui termine de mener ses pas dans le laboratoire sous-terrain numéro deux.

Encore maintenant, Suigetsu peut se souvenir des ombres dansant sur les murs comme de vieilles histoires que l'on anime du bout des doigts à la lueur d'une bougie, du vrombissement des machines et de l'odeur chimique qui agressa son nez dès qu'il pénétra dans le sacro-saint labo. Une cuve, immense, semblait avoir pris racine au centre-même de la pièce. Autour de celle-ci, frôlant parfois le verre qu'il savait impénétrable, des câbles, tuyaux et autre fils d'utilité inconnue retombaient comme un rideau de cheveux sombre et entremêlés.

Pendant un instant, il avait eu l'impression d'être de retour bien des années en arrière. Pendant un instant, son cœur s'était emballé et un poids invisible s'était abattu sur ses épaules. Puis, il s'était souvenu que tout ça appartenait au passé et qu'il n'était pas celui piégé dans la cuve à la merci du premier bistouri venu.

Il s'était avancé, alerte. Et puis, il l'avait vu, cette chose, baignant dans un liquide qui, sous le faible éclairage, donnait l'impression au monde d'être englouti sous les eaux. Il l'avait longuement dévisagé, incapable, réellement, d'aligner la moindre pensée cohérente. Il se souvient avoir ressenti un mélange de dégoûtpeurterreurincrédulité et prié pour que, quoique ce soit, quoique Orochimaru ait eu la brillante idée de créer, cette chose mourrait avant même de voir le jour.

Ça fonctionna pendant un temps.

Pendant des mois, il se souvient avoir observé le maître des lieux s'énerver pour la plus petite des raisons. Il se souvient avoir été témoin des crises de nerfs, des sautes d'humeurs et des élans de rage. Il se souvient du soulagement éprouvé à chacune des détonations qu'il apparaissait être en mesure de percevoir tant les fondations s'en retrouvaient elles-mêmes secouées. Il se levait en songeant aujourd'hui sera une bonne journée et se couchait en songeant encore aujourd'hui fut une bonne journée, parce qu'à ce moment, il avait axé sans réellement sans rendre compte, sa vie autour d'une énième expérience. Avec un tant soit peu de recul, Suigetsu aurait pu réaliser le ridicule de la chose. Ne pouvait-il simplement pas se contenter d'ignorer les idioties de l'homme ? Ne pouvait-il pas prétendre que lui et ses machinations n'existaient que dans un monde alternatif — ou une autre connerie du genre ? N'était-il pas d'ores et déjà fatigué par tout ce cirque ? À choisir, il aurait préféré revivre la guerre, plutôt que de fréquenter de près ou de loin, cet espèce de génie du mal. Oh et, il s'y connaissait, en génie du mal. Il n'était pas la colombe la plus blanche de la nuée — loin de là, même. Mais s'il y avait bien des choses avec lesquelles il estimait qu'une touche scientifique n'était guère nécessaire, c'était bien.. tout ça. Rien que penser à ce que l'homme fabriquait avec ses microscope et tout le barda suffisait généralement à lui couper l'appétit. S'il pouvait entrevoir la beauté dans l'art de trancher un membre ou décapiter une tête de temps à autres, l'idée qu'on puisse vouloir bidouiller quelqu'un le rebutait.

Alors lorsque l'on mande sa présence un soir, alors que le printemps se fait toujours autant désirer, pour lui montrer la dernière réussite en date du maître, Suigetsu songe qu'il peut en finir avec tout ça. Il se dit qu'il est suffisamment rapide et entraîné pour se faire, se dit que personne ne réalisera vraiment son geste avant qu'il soit trop tard et-

Son regard se pose sur la chose humanoïde baignant dans le liquide et vraiment, il est aisé de la détester, d'en haïr l'essence même. Il est aisé de souhaiter un dysfonctionnement — n'importe lequel — pour peu que le maître cesse avec ses idées de grandeurs. Il se dit qu'il ne peut pas plus mépriser quelque chose, que lorsqu'on lui demande — lorsqu'on lui dit — qu'il doit mener des tests de son côté. Je suis trop occupé, tu comprends, lui dit-on. Tu n'as rien de mieux à faire, de toutes évidences. Et, même s'il n'a pas tout à fait tort, Suigetsu se dit que ne rien faire, c'est toujours mieux que d'étudier un être vivant sous la précise lumière d'un microscope. Entre temps, il se découvre une morale qu'il ne savait pas avoir. C'est quelque chose dont il ne sait pas quoi faire et comme bien souvent avec ce genre de chose, le shinobi se contente de l'enfouir quelque part au fin fond de son esprit. Sonne le déclin du démon, la vie dans le tube a essaie.

Il se souvient avoir obéis. Qu'aurait-il pu faire d'autre, de toute manière ? Taper une crise ? Il n'avait plus quinze ans, merci bien. Sa liberté dépendait d'un type qui ne savait apparemment pas quand est-ce qu'il fallait en boucler un autre — ou quelque chose comme ça — et il n'avait pas envie de s'asseoir autour d'une tasse de thé pour discuter de l'absence de morale que possédaient visiblement, toutes personnes associées de près ou de loin, au corps scientifique. C'était une perte de temps, bon sang de bois. Il pouvait difficilement rivaliser, par ailleurs, avec le type qui avait hanté ses songes pendant des décennies. Après tout, s'était-il dit, mieux vaut ce truc, que moi. Il n'était pas désolé pour ça. Il n'était pas désolé à l'idée de satisfaire les lubies d'un homme qui soufflait chaud, puis froid un peu n'importe quand dans la journée et certainement pas désolé de ne pas vouloir risquer de replonger dans cette cuve qui avait été la sienne durant la bonne moitié de sa vie.

Il se souvient avoir compté et mesuré. Il se souvient avoir effectué toutes sortes de prélèvement, se souvient avoir observé le rejeton sous toutes ses coutures, essayant de trouver la preuve qui terminerait de donner raisons à ses envies d'en finir avec lui. L'Être pourtant, agissait comme n'importe quel autre être humain. Parlant, bougeant, mangeant comme n'importe lequel d'entre eux. Différaient ; les capacités sociales, les connaissances fondamentales — celles que tout parents se faisaient une joie d'inculquer à leur rejetons. Celui-ci se contentait de suivre les ordre, exactement comme…-

Éventuellement, l'individu grandis. Il apprend de nouveaux tours, de nouvelles techniques — parce que de toutes évidences, la voie du shinobi n'a pu que lui être imposée. Et Suigetsu lui, il reste là. Il reste là à noircir des cahiers de notes, il reste là à noter chaque changement, chaque détail tant et si bien qu'il a parfois l'impression de feuilleter un livre connu de lui seul. Il note sans réellement s'en apercevoir que les préférences du Sujet No.1. Un palais salé, une préférence pour les tons chaud, pour les températures froides. Il sait différencier le froncement de sourcils qui signifie je ne comprends pas, de celui qui dit tu commences à m'agacer avec tes petits jeux sournois. Un quelque chose s'installe, un goût de routine, de train-train quotidien, de pourquoi pas. Et puis, alors qu'il commence à se faire à l'idée que toute cette histoire n'est peut-être pas aussi mauvaise que cela, qu'il commence à se laisser aller à vouloir en savoir plus autrement que pour des raisons purement scientifiques, Orochimaru se pointe comme une fleur. Il parle et parle et parle et ce, pendant ce que Suigetsu imagine être des heures. Tout ce qu'il retient pourtant, c'est que l'expérience ne satisfait pas ou plus suffisamment son créateur.

On va tout reprendre à zéro, fait le scientifique. Débarrasse-toi du sujet et rejoins-moi au deuxième laboratoire.

Et tout ce à quoi Suigetsu peut songer c'est, Oh.