Le lendemain matin, Tikki dut secouer Marinette dans tous les sens avant de parvenir à lui faire ouvrir les yeux.

- Tikki, laisse-moi dormir encore un peu...

- Marinette, tes cours commencent dans dix minutes, tu vas être en retard !

Mais la jeune fille ne l'entendait pas de cette oreille, et elle plaça un oreiller sur sa tête pour mettre en sourdine les propos de Tikki et essayer de replonger dans ses rêves. Seulement, Tikki ne comptait pas laisser tomber aussi facilement. Au bout de cinq minutes, elle parvint à sortir Marinette de sa chambre, qui tout compte fait n'était pas vraiment réveillée la première fois.

Se rendant enfin compte de l'urgence de la situation, elle s'habilla en deux temps trois mouvement, et partit en courant en direction du collège, prenant au passage un croissant qui lui servit de petit-déjeuner.

Cependant, vous connaissez Marinette aussi bien que moi, et elle ne put s'empêcher de s'arrêter plusieurs fois pour diverses raisons, tantôt jouant l'héroïne à plus basse échelle, tantôt pour d'autres raisons plus futiles telles qu'un tissu placé dans la devanture d'un magasin qui avait attiré son attention, et ce malgré les reproches de la petite kwami rouge.

Elle arriva ainsi dans la classe avec quinze minutes de retard.

- Je suis désolée Madame, je...

Madame Bustier l'interrompit en souriant.

- Ne vous en faites pas Marinette, Adrien m'avait prévenue que vous auriez un empêchement, et la cause est honorable. Allez vous asseoir à votre place maintenant !

Marinette cependant resta bloquée à l'entrée de la salle. Quelle était cette histoire ?

- A-Adrien ? Prévenue ? Un empêchement ? Honorable ? balbutia la jeune fille.

Alors que sa professeure commençait à froncer les sourcils, doutant soudainement de la véracité des propos d'Adrien, ce dernier fit un signe à Marinette et celle-ci se ressaisit immédiatement.

- Ah euh oui bien sûr, l'empêchement ! Hehe... Je... Je vais m'asseoir à ma place.

Sans demander son reste, elle alla s'installer rapidement, non sans remercier avec un sourire le blond qui faisait battre son cœur, et Madame Bustier reprit le cours là où elle en était.

Marinette dut cependant subir le restant du cours les regards interrogatifs d'Alya, qui passaient de Marinette à Adrien et inversement sans cesse.

Lorsque la sonnerie retentit pour marquer la fin de l'heure, Alya bondit de sa chaise et, saisissant sa meilleure amie par le bras, l'entraîna dans un coin de la salle pour obtenir plus d'informations sur la scène qui s'était déroulée.

- Tu m'expliques ton retard de vingt minutes et l'excuse qu'Adrien t'aurait trouvée ?

- Quinze minutes de retard.

La journaliste en herbe soupira.

- A cinq minutes près, peu importe, ce n'est pas ça qui m'intéresse. Pourquoi Adrien t'a aidée ? Parce que j'ai bien cru comprendre que, comme chaque matin, tu n'avais encore une fois aucune excuse à ton retard.

Bien sûr qu'elle en avait une... Enfin, plus ou moins. Mais elle ne pouvait décemment pas avouer à Alya qu'elle avait été épuisée par le combat contre le Papillon la journée précédente.

- Je n'en ai absolument aucune idée. Mais ça renforce tellement les sentiments que j'ai pour lui !

Marinette avait dit cela des étoiles dans les yeux. Adrien était définitivement son sauveur. Avec un quart d'heure de retard, sans son aide elle se serait retrouvée dans le bureau du Principal en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "Ladybug".

Alya restait plus pensive cependant.

- Mais pour quelle raison t'a-t-il aidée ce matin ? C'est bien la première fois qu'il fait cela, et pourtant dieu sait que tu as un retard au moins deux fois par semaine. Peut-être... peut-être qu'il veut se rapprocher de toi, reprit la journaliste avec un clin d'œil.

Marinette rit.

- Alya... Tu sais très bien qu'Adrien est le garçon le plus gentil qui puisse exister. Il voulait se rendre sympathique, voilà tout ! Et peut-être que ce matin, il s'est réveillé avec une excuse toute préparée et sans se poser de question, il s'en est servi pour expliquer mon retard ! Il fait preuve d'une si grande gentillesse, murmura la jeune héroïne d'une voix rêveuse.

- C'est ça, continue à être aveugle ! C'est pas humainement possible de l'être à ce point... Adrien s'intéresse à toi plus que tu ne le penses Marinette, c'est évident. Et plus que jamais aujourd'hui.

Elle dit ces mots en dirigeant son regard vers Adrien, qui était en train d'observer Marinette.

- Tu vois ? Il te dévore des yeux.

Marinette tourna la tête pour constater que ce que disait sa meilleure amie était vrai ; son regard croisa celui du jeune mannequin et celui-ci se mit à rougir avant de lancer un timide sourire à la jeune fille et baisser les yeux.

Mais Marinette n'était pas moins cramoisie que lui. Elle continua cependant à refuser de voir l'évidence.

- Alya, ça ne veut rien dire. J'avais peut-être un truc sur le visage...

- Marinette, tu me désespères.

- Je sais.

- Bon, puisque tu es décidée à ne pas me croire, JE vais faire bouger les choses.

D'un pas assuré, Alya se dirigea vers Nino.

- Ça te dit qu'on se mette à côté à l'heure suivante ?

Puis, se tournant vers Adrien, elle continua.

- Ça te dérange pas de te mettre avec Marinette ? Je suis sûre que vous avez plein de choses à vous dire...

Adrien rougit encore. Marinette, bien qu'énervée par l'initiative d'Alya à premier abord, savait qu'elle la remercierait plus tard ; d'autant que voir les pommettes d'Adrien se teinter d'une couleur vermeille était tout sauf désagréable.

Comme prévu, lorsque la professeur de physique entra dans la salle, Adrien avait pris la place d'Alya tandis que cette dernière s'était placée devant Marinette, le siège habituel d'Adrien.

Pendant près de dix minutes, Marinette n'osa pas adresser la parole à son voisin. Cependant, elle finit par rassembler son courage.

- Adrien ?

Ce dernier sursauta à l'évocation de son nom et tourna la tête vers Marinette. Celle-ci put alors se plonger dans la contemplation de ses magnifiques yeux verts qui... Non, il fallait qu'elle se ressaisisse.

- Oui ? souffla-t-il.

- Pourquoi tu m'as aidée, ce matin ?

C'était une bonne question que posait Marinette. Mais Adrien avait seulement trouvé naturel, maintenant qu'il connaissait la cause des retards accumulées de son amie, de lui venir au secours autant que possible. Simplement, il ne pouvait pas lui avouer les choses telles qu'elles, en aucun cas elle ne devait savoir qu'il savait qui elle était ; elle avait été claire à ce sujet, elle ne voulait - et ne devait - pas connaître son identité secrète.

- Je... Parce que tu es mon amie ?

Il avait dit cela sur un ton si peu convaincant que Marinette fronça les sourcils.

- Mais... Dans ce cas, pourquoi ne l'aurais-tu pas fait avant ? Ce n'est pas la première fois que j'ai un retard.

Adrien eut un rire nerveux.

- Parce que... parce que... parce que je n'y avais pas pensé avant !

Prenant un air plus assuré cette fois, il se permit même de lui dire la chose suivante avec un clin d'œil.

- Et dorénavant, tu peux compter sur moi pour te couvrir.

Les joues de Marinette se teintèrent rapidement de rouge. Oh, que cela plaisait à Adrien de provoquer cette effet sur sa Lady ! S'il n'avait jamais remarqué - ou plutôt compris - auparavant le comportement particulier qu'avait Marinette avec lui, Nino lui avait ouvert les yeux sans vraiment le vouloir à la pause. Et maintenant qu'il le disait, il y avait des chances qu'Adrien plaise à Marinette.

- Me-merci, balbutia-t-elle.

Afin d'éviter de trahir ses sentiments, Marinette détourna le regard pour se reconcentrer sur le cours de physique. Mais les réactions d'oxydoréduction étaient bien moins intéressantes que la mâchoire parfaitement sculptée de son voisin, sur laquelle se dessinaient deux lèvres qu'humidifiait de temps à autre Adrien, et qui faisaient brûler d'envie Marinette.

- Mademoiselle Dupain-Cheng, auriez-vous besoin d'un microscope pour observer plus en détail votre voisin ?

La voix perçante de Madame Mendeleiev et le ricanement de Chloé et Sabrina qui suivirent sa réplique ramenèrent Marinette à la réalité.

Mortifiée, elle découvrit que c'était au tour d'Adrien de la regarder, un demi-sourire sur les lèvres. Il semblait amusé par la situation, ce qui rajouta à la panique de la jeune fille.

- Ça ira Madame, bredouilla-t-elle.

Le regard de la professeure transperça le corps cramoisi de Marinette puis elle reprit son cours.

Adrien jubilait. S'il voulait une preuve que Marinette s'intéressait un tant soit peu à lui, il en avait une. Il avait bien senti le regard de sa voisine posé sur lui, mais il ne voulait pas s'en assurer lui-même, sachant que si un contact visuel entre les deux avait été établi, il aurait été rompu dans les secondes suivantes.

Pour que les choses soient parfaites, il faudrait désormais que Marinette comprenne qu'elle lui plaisait.

Ainsi, sans vraiment trop savoir où ça aller les mener, il se pencha imperceptiblement vers la jeune fille.

Elle ne devait plus le regarder ; grâce à sa grande discrétion, Adrien devait sûrement se poser des questions. Dans ce cas, autant limiter la casse.

Jamais un cours de physique n'avait à la fois autant ennuyé et intéressé la jeune fille.

Tout du moins, jusqu'à ce qu'elle sente un souffle chaud caresser son oreille et une voix lui susurrer :

- Ce soir, au parc, à dix-huit heures ?